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La lecture de cet ouvrage histo­rique, je la dois à une discus­sion enflam­mée avec un ami : lui soute­nait que si les soldats avaient tenu 4 ans dans cette effroyable bouche­rie que fut la guerre 1418 , c’était par peur des repré­sailles, moi, qu’ils étaient habi­tés par un senti­ment patrio­tique qu’on ne peut plus comprendre aujourd’hui. Je m » appuyais pour cela sur le livre de Becker : « les Fran­çais dans la grande guerre » qui m’avait beau­coup appris sur ce sujet. Pour conti­nuer le débat, j’ai donc lu ce livre qui m’avait été offert il y a 3 ans.

C’est un livre passion­nant et qui est facile à lire alors même qu’il est d’une grande exigence intel­lec­tuelle. Tout ce qui concerne la première guerre du côté fran­çais est rassem­blé dans ces 500 pages que je viens seule­ment de quit­ter. On est abasourdi par la légè­reté avec laquelle des nations on conduit tant d’hommes à la mort. Le déclen­che­ment est à peine croyable , ensuite la machine étant lancée, il restait à l’arrêter. Tout cela on le sait tous un peu. Ce qui m’a le plus inté­res­sée c’est le portrait des diffé­rents acteurs du conflit.

Il y a une gale­rie de portraits inou­bliables, les hommes poli­tiques ne ressortent pas gran­dis, surtout en compa­rai­son avec le courage et l’abnégation des simples soldats. L’historien Jean-Baptiste Duro­selle est, je pense, un homme de coeur et un travailleur acharné . Il ne cache pas ses inimi­tiés ni ses sympa­thies qui sont nées lors de la lecture des textes ‚des archives et grâce à la confron­ta­tion des diffé­rents travaux de recherche. Je croyais que Pétain avait été le grand vain­queur de la guerre, évidem­ment influencé par ce qu’on sait de la guerre 3945 , Duro­selle a analysé la moindre de ses réac­tions . Et l’on voit déjà que c’était un géné­ral hési­tant , se lais­sant faci­le­ment convaincre et concen­tré unique­ment sur la défense. Briand que je croyais un grand homme, n’a guère ses faveurs trop poli­ti­cien à son goût . Par contre Clemen­ceau reste bien à sa place au panthéon de ma mémoire.

Alors pour mon débat, je dirai après cette lecture que le patrio­tisme est bien le moteur qui a poussé les hommes au combat et qui les a fait partir à la guerre. Mais ensuite ? Pour Duro­selle, si la peur de mourir est constante la peur des repré­sailles n’est pas ce qui a été le ciment de cette armée incroya­ble­ment valeu­reuse, c’est vrai­ment l’envie d’en finir et de bien faire ce qu’on avait commencé qui est l’explication de tant de bravoure. Il explique, par exemple, que les muti­ne­ries de 1917 ne sont pas dues au refus de combattre mais à la percep­tion par les combat­tants que l’armée était mal diri­gée et que s’il fallait mourir il fallait au moins que ce soit pour quelque chose.

Je recom­mande ce livre à toutes celles et à tous ceux que cette période inté­resse , je ne m’y suis jamais ennuyée, j’ai tout compris alors que je ne suis abso­lu­ment pas histo­rienne.

Citations

Une conséquence étonnante de l’organisation économique en temps de guerre

Cette formi­dable orga­ni­sa­tion, dont l’Exécutif des trans­ports mari­times est à la tête, symbo­lise parfai­te­ment ce qui a proba­ble­ment été le phéno­mène écono­mique essen­tiel de la guerre : la substi­tu­tion du diri­gisme d’État à l’initiative privée.

Portrait d’un notable et une pointe d’humour

Enfin pour prési­der le tout, le célèbre Ernest Lavisse « person­nage prépotent de l’Université devenu très gros person­nage de l’État ; on ne pouvait rien faire sans lui qu’on ne lui parût entre­prendre contre lui.… Il accepta sans la moindre réti­cence »

Les Africains dans la guerre, le Général Mangin parle d’eux dans ces termes

Dans les batailles futures, écrit-il, ces primi­tifs pour lesquels la vie compte si peu et dont le sang bouillonne avec tant d’ardeur attein­dront certai­ne­ment à l’ancienne « furia fran­çaise » et la réveille­ront s’il en était besoin.

Discours devant les députes de Clémenceau à la fin de la guerre

Quant aux vivants , que nous accueille­rons quand ils passe­ront sur nos boule­vards, vers l’Arc de triomphe , qu’ils soient salués d’avance ! Nous les atten­dons pour la grande oeuvre de recons­truc­tion sociale . Grâce à eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de l’humanité, sera toujours le soldat de l’idéal.

Commentaire de l’auteur

On pouvait employer des formules comme celle-là en 1918 , le 11 novembre. De tels moments sont rares dans l’histoire d’un peuple. Une telle inten­sité de senti­ments ne peut être qu’éphémère.

Et finalement notre débat, La peur de la mort

Que pensent ces hommes avant le moment fatal ? À part quelques exal­tés (Hitler en était), tous ont peur – la coutume étant de ne pas l’avouer et surtout de ne pas en accu­ser les cama­rades. Les combat­tants ont su, pendant quatre ans et demi, que sans cesse une épée de Damo­clès mena­çait de les détruire.

Et pourquoi s’est-t- on battu jusqu’au bout ?

Alors pour­quoi se bat-on ? Le soldat de 1916 ne se bat ni pour l’Alsace, ni pour ruiner l’Allemagne, ni pour la patrie. Il se bat par honnê­teté, par habi­tude et par force. Il se bat parce qu’il ne peut pas faire autre­ment. Il se bat ensuite, parce que après les premiers enthou­siasmes, après le décou­ra­ge­ment du premier hiver est venue… la rési­gna­tion… On a changé sa maison contre un gourbi… On a taillé sa vie dans la misère, comme autre­fois dans le bien-être… On s’imagine même plus que cela puisse chan­ger. On l’espère toujours, on n’y compte plus.

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