SONY DSCTraduit du Norvé­gien par Jean-Baptiste Cour­saud.
Un énorme merci Keisha  pour ce petit joyau.

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J’espère vous donner envie de lire ce roman qui est sur ma liste de juillet 2014. Avec un talent rare, Ingvar Ambjørn­sen raconte le quoti­dien de deux hommes que l’hôpital psychia­trique a réuni. Ils sont diffé­rents des gens dits « normaux », Elling le person­nage prin­ci­pal est très cultivé, s’exprime dans une langue très recher­chée mais il est abso­lu­ment inca­pable d’affronter les réali­tés du quoti­dien. Tout devient très compli­qué quand, comme lui, on essaie de tout comprendre, ce qui se voit et ce qui ne se voit pas avant la moindre action. Heureu­se­ment, dans sa vie, il y a Kjell Bjarne son « pote pour la vie » et à deux, ils finissent par s’en sortir. J’oubliais un person­nage clé, Frank, l’infirmier psychia­trique qui les aide à se recons­truire en dehors de l’institution. Il mérite une médaille cet homme, car il sait malgré tous les obstacles que l’ont peut rame­ner vers la vie en société ces deux olibrius, qui passent leur temps à le criti­quer alors même qu’ils lui font une confiance abso­lue.

Les situa­tions font vrai­ment rire, car à travers tout le sérieux avec lequel Elling nous explique le pour et le contre de telle ou telle déci­sion, on imagine les réac­tions des gens autour de lui qui pensent qu’il serait si simple d’agir au lieu de tant réflé­chir. Imagi­nez par exemple à quel point il peut-être diffi­cile de prendre un billet pour aller en train dans une ville de la banlieue d’Oslo. Ceci pour aller voir Frank qui n’a pas jugé utile de venir les cher­cher en voiture. Fina­le­ment tout se passera correc­te­ment, même si Elling a été un peu long au guichet, il a tenu à expli­quer à l’employé qui était Frank, quelle partie de sa famille avait un rapport avec la ville de banlieue en ques­tion… et évidem­ment derrière lui les gens s’impatientaient un peu… Mais les deux compères sont arri­vés, un peu en avance (quatre heure d’avance) dans un pays ou attendre dans le froid n’est pas sans consé­quence !

Je ne peux évidem­ment tout racon­ter, je vous laisse décou­vrir le rapport entre la poésie et la chou­croute, l’utilité de chan­ger de slips, la diffi­culté d’utiliser les toilettes publiques, l’importance des statues dans les jardins… Mais surtout lais­sez-vous embar­quer pour une grande, très grande leçon d’humanité et des bonnes tranches de rire.

Citation

L’aménagement de l’appartement , l’imaginaire bridé par Frank (celui qui doit les aider depuis leur sortie de l’hôpital psychiatrique)

Je me plai­sais à me présen­ter notre appar­te­ment comme étant le mien .Comme étant le nôtre, à Kjell Bjarne et moi. Lequel , toujours à Broynes , m écri­vait pour me deman­der comment se passait les réno­va­tions . Je répon­dais qu’elles se passaient mal . Qu’un dénommé Frank s’interposait en perma­nence. Notre idée d’installer un jardin suspendu dans le salon tombait sale­ment à l’eau. Frank n’avait même pas voulu en discu­ter.

La rencontre amoureuse de Kjell Bjarne et la psychologie torturée d’Elling

Je ne parve­nais pour ainsi dire pas à m’emparer de l’image repré­sen­tant Kjell Bjarne et Reidun Nord­slet­ten dans la cuisine . De quoi parlaient-ils ? Kjell Bjarne était-il aussi peu loquace qu’il en avait pris l’habitude avec moi ? Ou brillait-il grâce à des mots d’esprit et des tour­nures amusantes main­te­nant qu’une femme lui prêtait une oreille avide ? Lui prêtait-elle d’ailleurs autre chose d’avide que sa seule oreille ? Y avait-il déjà quelque chose entre eux ? Non. Sans quoi je m’en serais rendu compte . Il ne fallait pas pous­ser !

Lorsqu’il est redes­cendu, sifflo­tant, sa boîte à outils sous le bras, j’ai été soudain très acca­paré par la lecture du jour­nal du jour. S’il croyait que mille et une ques­tion me brûlaient la langue, il pouvait toujours se bros­ser. A peine si j’ai daigné lui accor­der un regard avant de retour­ner à mon article.Tiens donc : le parti social-démo­crate récla­mait une baisse des taxes d’importation sur les véhi­cules ! Il valait mieux lire ça que d’être aveugle. Et, ailleur , ils annon­çaient qu’il allait faire plus froid. On se couche déci­dé­ment moins bête le soir à chaque seconde qui passe, ai-je songé.

Coup de téléphone non prévu

Il voulait savoir s’il me déran­geait, si j’étais très occupé. Ce que j’étais à l’évidence étant donné que je rangeais mon tiroir. Mais quelque chose me rete­nait de lui four­nir cette expli­ca­tion. J’ai menti, répon­dant que je m’ennuyais à cent sous de l’heure.

Portrait de Frank vu par le Elling le rouspéteur

Frank ? Mais que croyait-elle à la fin ? que nous sortions de notre plein gré manger une pizza avec ce misé­rable espion des services commu­naux qui four­rait son nez dans tout ce que nous disions et faisions ? Nous n’avions pas le choix, si tant est que nous voulions conser­ver notre appar­te­ment ainsi que les maigres privi­lèges qui y étaient liés. Frank ? Un gauchiste minable qui rame­nait sa fraise de façon intem­pes­tive et se mêlait même du choix de la pizza que les gens allaient consom­mer et qui, par dessus le marché, était payé par la ville d’Oslo pour le faire !

Et pour le fun si vous voulez un petit air de Norvège.. Et imaginez Terry, un Togolais qui fait la vaisselle à l’hôpital royal qui devient en quatre mois un expert en Halling

Ce que j’ai trouvé sur Youtube sur les films réali­sés à partir de l’œuvre de Ingvar Ambjørn­sen (que j’aimerais pouvoir les voir !).

10 Thoughts on “Potes pour la vie – Ingvar AMBJORNSEN

  1. 5 coquillages !!! Je l’ai loupé chez Keisha on dirait… ou oublié… je le note donc en carac­tères gras ! Je crois que c’est un livre qui pour­rait me plaire !

  2. 5 coquillages !!! tu termines bien l’année, pour­quoi est ce que je l’ai raté sur le blog de Keisha, ou alors pas noté immé­dia­te­ment et après pfft on se demande où on l’a vu
    cette fois pas d’oubli je viens de le mettre dans mon panier, les fêtes me donnent toujours le blues alors un livre plein d’humanité c’est bon pour le moral

  3. Chic ! Quand je peux parta­ger avec succès mes idées lecture ! (je crois que tu es la deuxième à avoir lu ce livre depuis mon billet) Hélas je n’ai pas mis la main sur les autres de la série…

    • ah voilà Keisha, et ses superbes idées de lecture, j’ai rare­ment été aussi touchée par un livre en plus avec le sourire. Quel dommage que le film n’existe qu’en suédois sous titré en anglais , et encore il n’est plus dispo­nible !

  4. Comme tout le monde, je vais m’exclamer sur les 5 coquillages ! je l’avais remar­qué chez Keisha, hélas ma biblio­thèque ne le connaît pas. Peut-être sortira-t’il en poche.

    • Et tu peux peut-être suggé­rer à ta biblio­thèque de l’acheter. En ce moment je suis à Paris et je recherche le troi­sième tome ‚je suis passée dans une dizaine de librai­ries indé­pen­dantes et je ne l’ai pas encore trouvé. Je sais que si j’étais chez moi je l’aurai déjà acheté par Amazon. Ça m’énerve de le contas­ter mais le côté pratique l’emporte(pour moi), sur le côté mili­tant « défense des petites librai­ries » où on ne trouve fina­le­ment que les livres qu’on trouve partout.

  5. Tiens, je l’avais manqué chez Keisha. Je note avec empres­se­ment. En fait, j’aime bien ce sujet, ça m’attire toujours.

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