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Après le succès de « Ru »,
Kim Thuy a retrouvé la magie de l’inspiration et de l’écriture pour nous livrer « Man ». 
Dès que j’ai lu dans des blogs amis , que ce livre vous avait plu, je me suis préci­pi­tée ! Je vais rajou­ter des louanges aux louanges.

J’aime la façon dont cette femme mêle les fils de son histoire et de de l’histoire tragique de son pays d’origine. Comme, dans « Ru » ‚on a le cœur serré à l’évocation des plus grandes des tortures que les hommes du ving­tième siècle ont su inven­ter. Ce père famé­lique, par exemple, qui voit ses enfants mourir de faim et qui laisse une soupe à la tomate et au persil à côté d’une clôture pour que ses enfants puissent s’en empa­rer.

Cette soupe , la meilleure du monde pour Hong sa fille survi­vante, deve­nue cuisi­nière dans le restau­rant de la narra­trice sera à l « origine d’une des recettes qui fera le succès de leur entre­prise. Car c’est cela qui m’attache aussi fort à cette écri­vaine, des souf­frances naissent aussi la vie . On peut, au début de la lecture, être dérouté par sa façon de racon­ter ‚ car son récit n’est pas linéaire. Fina­le­ment elle renoue tous les fils , ce n’est qu’à la fin du roman qu’on comprend la première phrase :

« Maman et moi nous ne nous ressem­blons pas. Elle est petite, et moi je suis grande. Elle a le teint foncé, et moi j ai la peau des poupées fran­çaises. Elle a un trou dans le mollet, et moi j’ai un trou dans le cœur. »

C’est bien ce trou dans le cœur qu’elle va nous racon­ter , à sa manière et en passant par tout ce qui fait sa vie : Man, cette mère qui l’a élevée, la guerre du Viet­nam et son cortège d’horreurs, les odeurs et les goûts d’une cuisine qui la feront vivre, et aussi un amour passion­nel qui lui trouera le cœur.

Citations

Le plaisir des mots

C’était mon premier mot de fran­çais,« londi » . En viet­na­mien , « lon » signi­fie canette et « di » partir . Ces deux sons ensemble en fran­çais font « lundi » dans l’oreille d’une Viet­na­mienne . A la manière de sa mère ‚elle m a ensei­gné ce mot en me deman­dant de poin­ter la canette avant de lui donner un coup de pied et de dire « lon-di » pour lundi. Ce deuxième jour de la semaine est le plus beau de tous parce que sa mère est décé­dée avant de lui apprendre à pronon­cer les autres jours. 

Le plaisir de la lecture

Beau­coup de livres en fran­çais et en anglais avaient été confis­qués pendant les années de chaos poli­tique. On ne connaî­tra jamais le sort de ces livres , mais certains avaient survécu en pièces déta­chées. On ne saurait jamais par quel chemin étaient passées des pages entières pour se retrou­ver entre les mains des marchands qui les utili­saient pour enve­lop­per un pain, une barbotte ou un bouquet de lise­ron d’eau … On ne pour­rait jamais me dire pour­quoi j avais eu la chance de tomber sur ces trésors enfouis au milieu des tas de jour­naux jaunis. Maman me disait que ces pages étaient des fruits inter­dits tombés du ciel. 

Le vietnamien une langue tonale

Julie pronon­çait les « la, là, lâ, lä , lah … » en distin­guant les tons même si elle ne compre­nait pas les diffé­rentes défi­ni­tions : crier, être, étran­ger, évanouir, frais.

Aimer en chinois

le profes­seur avait expli­qué que le carac­tère « aimer » englo­bait trois idéo­grammes : une main,un cœur et un pied, parce que l’on doit expri­mer son amour en tenant son cœur dans ses mains et marcher à pied jusqu’à la personne qu’on aime pour le lui tendre.

Les visages de l’amour

Pour­tant à côté du visage de Luc, le mien me ressem­blait comme une évidence. Si j’étais une photo­graphe , Luc serait le révé­la­teur et le fixa­teur de mon visage, qui n’existait jusqu’à ce jour qu’en néga­tif.

Le temps après

Moi je possé­dais l’éternité parce que le temps est infini quand on n’attend rien. 

On en parle

D’une berge à l’autre, lectu­ris­sime , lire et merveille, (avec une inter­view passion­nante de l’écrivaine) et bien d’autres que j’oublie.

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