Domi­nique, merci.

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Et, j’espère que mon billet va donner envie à d’autres blogueurs et blogueuses de lire cet essai. Ok ! il est un peu long mais passion­nant presque de bout en bout. Le « presque » n’est pas une critique mais décrit la nature même de cet essai. Svet­lana Alexie­vitch part à la recherche de témoi­gnages de citoyens qui ont connu l’URSS et qui vivent main­te­nant en Russie​.Il y a donc, des témoi­gnages plus inté­res­sants que d’autres. Elle sait écou­ter ses compa­triotes et on sent qu’il faut parfois du temps à ces gens pour dévoi­ler ce qui les rend très malheu­reux.

L’auteur alterne les témoi­gnages assez longs avec des « propos de cuisine », qui sont un peu les brèves de comp­toir chez nous. On y lit l’opinion de « Monsieur et Madame tout le monde » et que, le saucis­son a long­temps été l’unité de mesure de la richesse d’un pays ! Tous ou presque sont tristes et les seuls destins moins tragiques sont ceux qui vivent à l’étranger.

On ressort boule­versé par cette lecture, car on se sent aspiré peu peu par les diffé­rentes tragé­dies russes. J ai parfois été proche du malaise, car il ressort de ce livre que le pire ennemi de l’homme c’est l’homme s’il a le droit de tout faire subir à son semblable. Comme ce tortion­naire qui se vante d’avoir fait mourir des prison­niers en leur main­te­nant la tête dans les seaux d’excréments.

Il se pose alors régu­liè­re­ment cette ques­tion : comment vivre serei­ne­ment en Russie, puisqu’aucun tortion­naire n’a été jugé. Les victimes et les bour­reaux se partagent donc les lieux de rencontre. Je pense que cela ne doit pas être très facile à vivre. À travers tous ces témoi­gnages un élément ressort régu­liè­re­ment, du temps de la période sovié­tique, l’argent n’avait pas d’importance et c’est pour tous un choc énorme d’imaginer qu’aujourd’hui, on soit jugé sur ses capa­ci­tés finan­cières.

Il y avait peu de plai­sirs durant les 70 années du sovié­tisme, en consé­quence de cela (peut-être), les joies de l’esprit -en parti­cu­lier celles des textes litté­raires- s’imposaient. Les jeunes Russes d’aujourd’hui n’ont plus ce goût de lire. Être libres, voulaient dire pour les intel­lec­tuels sovié­tiques, pouvoir lire ce qu’on voulait ‚sauf que main­te­nant ils sont libre et ils ne lisent plus !

Le plus déchi­rant , parce ce que plus contem­po­rain : les victimes des purges stali­niennes appar­tiennent au passé, c’est le sort des Russes dans les nouvelle Répu­bliques. Les guerres contre les mino­ri­tés sont horribles , tout est permis et, hélas ! Ça conti­nue.

Un grand livre indis­pen­sable pour comprendre notre époque !

Citations

Humour communiste

Un commu­niste, c’est quelqu’un qui a lu Marx, et un anti-commu­niste, c’est quelqu’un qui l’a compris.

L « argent

Avant, je mépri­sais l’argent parce que je ne savais pas ce que c’était. Dans notre famille, on n’avait pas le droit de parler d’argent. C’était honteux. Nous avons grandi dans un pays où on peut dire que l’argent n’existait pas. Je touchais mes cent vingt roubles, comme tout le monde, et cela me suffi­sait. L’argent est arrivé avec la peres­troïka. Avec Gaïdar. Le vrai argent. Au lieu de « Notre avenir, c’est le commu­nisme ! » il y avait partout des pancartes avec « Achetez…Achetez.….L’argent est devenu syno­nyme de liberté.

Juger Staline ?

Pour­quoi nous n’avons pas fait le procès de Staline ? Je vais vous le dire… Pour juger Staline, il faut juger les gens de sa propre famille , des gens que l’on connaît. Ceux qui nous sont le plus proches.

Les gens simples

Ils n’étaient pas tous commu­nistes, mais ils étaient tous pour un grand pays. Les chan­ge­ments, ça leur faisait peur , parce qu’après tous les chan­ge­ments, les gens simples finissent toujours par se faire avoir.

Un pays conçu pour la guerre

Notre État a toujours fonc­tionné sous le régime de la mobi­li­sa­tion , dès les premiers jours. Il n’était pas conçu pour la paix.

Une formule à retenir

Le commu­nisme, c’est comme la prohi­bi­tion : l’idée est excel­lente mais ça ne marche pas.

Une famille ordinaire

Moi, je fais partie des gens que monsieur l’oligarque envoie se faire foutre. Je viens d’une famille ordi­naire : mon père est alcoo­lique, et m amère se crève la paillasse pour trois fois rien dans un jardin d’enfants. À leurs yeux nous sommes de la merde , du fumier… Un jour quelqu’un me mettra obli­ga­toi­re­ment un fusil entre les mains . Et je le pren­drai.

L’exil

J’ai fichu le camp aux États-Unis. Je mange des fraises en hiver. Du saucis­son, il y en a autant qu’on en veut ici.

Les changements

Il y en a qui ont eu le gruyère et d’autres, les trous du gruyère.

Les héros soviétiques à la maison

Un héros ! Pendant long­temps, il s’est pavané avec son manteau mili­taire, il buvait, il faisait la bringue. C’était ma grand mère qui travaillait. Lui, il était un héros.

On en parle

Chez Domi­nique où je l’avais noté et « entre les lignes et entre les mots » blog que j’ai trouvé chez Babe­lio.

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