Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard, où il a obtenu un coup de cœur. Traduit de l’américain par Josette Chiche­por­tiche.


Véri­table embal­le­ment de la blogo­sphère, ce livre mérite les coups de cœur qu’il a reçu chez Krol, Domi­nique, Aifelle, Jérôme et Noukette et beau­coup d’autres dont je mettrai les noms au fur et à mesure des commen­taires. J’avais une réserve à cause de la réfé­rence à « La Route  », roman que j’avais peu appré­cié. Ici l’apocalypse suppo­sée est beau­coup plus crédible, et elle ne consti­tue pas l’essentiel du roman. D’ailleurs avant même que le monde s’effondre, on ne sait pas trop pour­quoi, cette famille avait choisi de vivre au cœur d’une forêt. les deux filles Neil et Eva ne vont pas à l’école et sont éduquées par leurs parents, l’une sera danseuse et l’autre prépare son entrée à Harvard. Mais peu à peu le monde s’arrête et tout le confort que notre société nous procure dispa­raît, et fina­le­ment les deux jeunes filles doivent vivre seules au milieu d’une forêt et de rencontres pas toujours amicales. On retrouve un peu les efforts de survie que doit faire l’héroïne du « mur invi­sible  » pour assu­rer sa survie mais le message est diffé­rent. Ce n’est pas, en effet, le savoir de l’homme qui va sauver les deux filles mais la connais­sance de la nature. Et si ce roman, s’appelle « dans la forêt », c’est parce que leur salut vien­dra de ce que la forêt peut leur appor­ter. Comme avant elles, les rares indiens qui ont pu échap­per à l’extermination program­mée de leurs peuple.

Je relis en ce moment « Sapiens une brève Histoire de l’humanité » on y retrouve ce même message, la révo­lu­tion agri­cole nous dit Yuval Noah Harari est la plus grande escro­que­rie de l’histoire et elle a asservi l’homme au lieu de le libé­rer. Nos deux héroïnes vont donc reve­nir au stade des « chas­seurs cueilleurs » beau­coup plus adapté à la survie en forêt. Je pense que les écolo­gistes vont adorer ce roman qui a tout pour leur plaire, de plus l’écrivaine vit au fond des bois de l’écriture de ses livres et de l’apiculture. Mais ce n’est pas qu’un roman à messages, c’est aussi une intrigue bien menée et les person­nages sont inté­res­sants et crédibles. J’ai vu le film qui a été tiré de cette histoire, il insiste beau­coup sur la riva­li­tés et le lien entre les deux sœurs, encore un film qui est beau­coup mins inté­res­sant que le roman. Si j’ai une petite réserve, c’est que je garde, malgré moi, un certain agace­ment vis à vis des Améri­cains qui sont les plus farouches défen­seurs de l’environnement et en même temps les plus grands pollueurs de la planète.

Citations

Le plaisir d’habiter un lieu isolé ‚un plaisir que je ne partage pas

Voilà le vrai cadeau de Noël, nom de Dieu -la paix, le silence de l’air pur. Pas de voisins à moins de six kilo­mètres , et pas de ville à moins de cinquante. Bénis soient Boud­dha, Shiba, Jého­vah et le service des Forêts de Cali­for­nie, nous vivons tout au bout de la route !

Nell et Eva s’approprient la forêt

Petit à petit , la forêt que je parcours devient mienne, non parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître. Je la vois diffé­rem­ment main­te­nant. Je commence à saisir sa diver­sité -dans la forme des feuilles, l’organisation des pétales, le millions de nuances de verts. Je commence à comprendre sa logique et à perce­voir son mystère. Où que j’aille, j’essaie de noter ce qu’il y a autour de moi – un massif de menthe, une touffes de fenouil, un buis­son de manza­nita ou d’amarante à ramas­ser main­te­nant ou plus tard quand je revien­drai, quand le besoin se fera sentir ou que ce sera la saison.

20161112_145710Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

4Il pleu­vait ce soir là, mais dès que j’ai lu les dix premières pages, j’ai su que j’allais passer un très bon moment, qui me ferait oublier la pluie, les jours qui raccour­cissent et toutes les mauvaises nouvelles du monde réel. Un poli­cier honnête qui croit encore que son rôle est de défendre les victimes quelles que soient leurs origines : pros­ti­tuées, noirs, drogués, pauvres ou riches découvre tout au long de sa carrière que toute la société améri­caine est gangre­née par une corrup­tion soute­nue par le trop rapide enri­chis­se­ment des nouvelles entre­prises liées aux nouvelles tech­no­lo­gies. Il se trouve chargé d’une enquête : il doit retrou­ver Ada, créa­tion d’une société immen­sé­ment riche qui travaille sur l’intelligence arti­fi­cielle.

C’est l’occasion pour ce roman­cier de retrou­ver ses thèmes favo­ris : le monde virtuel, les complots, l’intelligence arti­fi­cielle. Une simple recherche sur Inter­net nous montre que le créa­teur d’Ubiqus, Antoine Bello,connaît bien ce nouveau monde. L’enquête de Frank Logan permet d’explorer les diffé­rentes socié­tés qui peuplent et font vivre la Sili­con Valley. On le sait main­te­nant ce sont des jeunes qui ont réussi à gagner des sommes abso­lu­ment folles sans pour autant que leurs richesses ne soient fondées sur la produc­tion de biens mais sur des compé­tences virtuelles qui four­nissent des infor­ma­tions qui seront utili­sées à des fins que nous ne maîtri­sons pas.

Ce qui rend ce roman à la fois drôle et intri­gant, c’est que Ada a été conçue pour deve­nir écri­vain. Cela nous amène à réflé­chir sur l’écriture et sur ce que pour­rait faire en matière d’écriture l’intelligence arti­fi­cielle. C’est drôle mais très inquié­tant, pas tant d’ailleurs pour la créa­tion roma­nesque que pour la forma­tion intel­lec­tuelle. Comment lutter sur le copier/​coller dans les recherches univer­si­taires, dans ce roman Antoine Bello décrit des logi­ciels qui vont cher­cher des infor­ma­tions dans tout inter­net et qui seront bien­tôt capables d’en faire la présen­ta­tion, niveau collège, lycée, univer­sité, et pour­quoi pas de thèses, en 10 mots en 100 mots, en 1000 mots et plus. Bien sûr nous voyons tous les métiers de l’écriture dispa­raître les logi­ciels sont déjà bien meilleurs que n’importe quel « trader », mais bien­tôt les articles de la presse spor­tive ne seront pas écrits par des jour­na­listes mais par des robots.

Toutes les acti­vi­tés humaine qui laissent des traces sur un ordi­na­teur, peuvent être analy­sées par des logi­ciels et le grand collec­teur de tous ces DATA pren­dront le pouvoir sur l’homme si faillible. J’ai appré­cié que l’auteur face une place parti­cu­lière à l’amour qui semble échap­per encore à l’intelligence arti­fi­cielle contrai­re­ment à la créa­tion litté­raire puisque voilà Ada qui a écrit un premier roman dans la collec­tion Arle­quin mais qui peut certai­ne­ment s’améliorer, d’ailleurs qui sait, n’est-ce pas elle qui se cache derrière le pseudo Antoine Bello ?

Citations

Humour d’Antoine Bello

Frank avait vu « Black Runner » à sa sortie en 1982 . Il en gardait deux souve­nirs :

  1. Harri­son Ford pour­chas­sait des robots d’apparence humaine
  2. Il n’avait rien compris au film.

La prostitution aux États-​Unis

On estime que 1500 travailleurs du sexe entrent chaque année aux États-​Unis contre leur gré, le plus souvent sans savoir à quelles fins ils seront utili­sés. Torture, pédo­phi­lie, trafic d’organes : les rares affaires rendues publiques offrent un aperçu terri­fiant des turpi­tudes de l’âme humaine. Là encore, la Cali­for­nie, capi­tale mondiale de l’industrie porno­gra­phique, paie un tribut parti­cu­liè­re­ment lourd.

L’évolution commercial dans le monde

Les coif­feurs à 1 dollar de l’époque (1950) avaient cédé la place à des salons de soins capil­laires où le prix des coupes démarrent à 250 dollars

Humour sur les succès littéraires

les éléments qui tirent les livres vers le succès ; en vrac : les échanges de vœux, les chatons, la tour Eiffel, la paille, la marée montante, les brouettes, les carto­man­ciennes, les prome­nades en gondole, les miroirs en pied, les porte-​jarretelles et l’huile solaire.

D’autres éléments à l’inverse tirent les ventes à la baisse : l’aïoli, les verrues plan­taires, les tortues, les voyages en classe écono­mique, la bière brune, la couleur jaune, les jardi­niers mexi­cains, le basket-​ball et la tecto­nique des plaques.

L’accueil dans les grandes firmes

Trois récep­tion­nistes qui auraient pu consti­tuer le podium de Miss Dane­mark étudiaient leurs ongles derrière un comp­toir en verre dépoli

Trait de caractère toujours négatif

Ambi­tieux et pares­seux à la fois : le plus dange­reux des cock­tails …

Starbuck

N’en déplaise à ses porte-​parole, Star­buck avait esquinté le tissu écono­mique de l’Amérique en rempla­çant les entre­pre­neurs par des employés et, acces­soi­re­ment, en impo­sant à tous ses restau­rants de diffu­ser la même musique insi­pide du mépris des coutumes locales.

La religion

Nos compa­triotes donnent chaque année 100 milliards à des asso­cia­tions reli­gieuses pour réser­ver leur place au Para­dis ! Sans garanti, évidemment- personne ne les rembour­sera en cas de publi­cité menson­gère.

20151221_135737Traduit de l’anglais (États-​Unis) par Fanchita Gonzales Battle. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

3
Roman poli­cier clas­sique donc, évidem­ment, avec une pointe d’originalité, celle-​ci provient du fait que deux prota­go­nistes sont télé­pathes. Ils entendent parfai­te­ment les idées des gens qui sont en face d’eux. C’est parfois utiles, quand on joue au poker par exemple, gênant quand on fait l’amour et qu’on se rend compte que sa parte­naire fait sa liste de courses en même temps, mais très utiles pour inter­ro­ger des terro­ristes. Je pensais beau­coup m’amuser en lisant ce roman, mais il n’y a pas tant d’humour que cela. L’intrigue est assez complexe et demande à être menée jusqu’au bout. Donc, cela occupe une grande partie du roman. Il faut de plus comprendre le pour­quoi du phéno­mène . Si bien que fina­le­ment, on est dans un poli­cier bien ficelé et très clas­sique. Ce n’est pas trop mon style mais j’ai hâte d’être à la réunion du club car nous avons des incon­di­tion­nelles du genre.

Pour ma part, je trouve que le suspens prend trop de place par rapport à la réflexion que j’aurais souhaité plus déve­lop­pée sur ce qu’un gouver­ne­ment est capable de faire pour la « bonne cause », par exemple la lutte contre le terro­risme. J’ai regretté égale­ment que l’auteur ne soit pas plus humo­ris­tique sur les possi­bi­li­tés qu’offrirait la télé­pa­thie. Je me souviens d’un roman de Fredric Brown « martien Go-​Home » telle­ment plus amusant et destruc­teur. Des martiens qui n’ont comme arme que le fait de dévoi­ler la vérité et les pensées les plus secrètes de chaque homme, finissent par détruire complè­te­ment la société améri­caine. J’avais beau­coup ri, mais je ne l’ai pas relu depuis long­temps.

Citation

À quoi pense une femme qui fait l’amour ?

Les animaux c’est sympa ; conti­nua Denny. Je ne me sens pas mal avec eux. Ils ne pensent pas beau­coup. Angela, c’est une fille bien, mai merde, elle n’arrête pas de penser. On était en train de baiser l’autre soir et elle pensait à la vais­sele qu’elle avait lais­sée dans l’évier.

20151215_112915Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

3Je dédie ce livre à mon fils heureux papa d’une petite fille qui a un an aujourd’hui. S’il lit ce roman, il y retrou­vera toutes les angoisses de sa mère lorsqu’il était adoles­cent. Il s’agit, en effet d’un roman sur l’addiction au monde connecté. Isabelle Jarry nous plonge dans un futur pas très éloi­gné du nôtre. L’homme a réussi à créer des androïdes capables d’une certaine forme d’intelligence donc, d’autonomie. Pour lutter contre les méfaits d’un temps trop long passé devant des écrans, la société impose des cures de désin­toxi­ca­tion d’une semaine à tous ceux qui ne savent pas se décon­nec­ter du monde virtuel. C’est ainsi que commence le roman : Tim se retrouve bruta­le­ment dans un de ces centres pour une semaine sans possi­bi­lité de préve­nir Today, son androïde, qui, à force d’interactions, est devenu pour lui beau­coup plus qu’un robot, il est son véri­table assis­tant et son compa­gnon de vie.

Le roman permet de suivre deux survies, celle de Tim qui se retrouve confronté à la nature et qui s’inquiète sans cesse pour son androïde qu’il voudrait au moins préve­nir de son absence. Or il ne le peut pas puisque le prin­cipe de la cure est de priver bruta­le­ment le patient de tous ses liens avec le monde virtuel. L’autre person­nage en errance, c’est Today (l’androïde) dont l’existence est sans cesse mena­cée par des rencontres plus au moins hostiles.

Le roman ne décrit pas un monde déshu­ma­nisé et la rela­tion de Tim et de Today n’a rien d’impossible. À travers leurs deux expé­riences, l’auteure nous fait revivre notre société dans des aspects à la fois tragiques et amusants. Les recherches de Tim portent sur la survie après une catas­trophe nucléaire, et il rentre donc en contact avec un sage japo­nais qui est resté vivre à 40 kilo­mètres de Fuku­shima, ça c’est pour l’aspect tragique mais pas déses­péré puisque ce Japo­nais a réussi à survivre dans une nature délais­sée par l’homme donc de plus en plus belle. Le côté léger et drôle vient des person­nages rencon­trés par Tim et Today, le chef de cuisine, paro­die de ceux présen­tés à la Télé­vi­sion, la canta­trice quelque peu déca­tie, le clochard lubrique…

Bien sûr, on retrouve dans ce roman une oppo­si­tion entre la vie dans la nature et le monde moderne connecté mais ce n’est pas pour autant un roman mora­li­sa­teur ni trop simpliste. Et une fois n’est pas coutume, le mot de la fin est donné à l’androïde pas à l’humain. J’ai quelques réserves, encore une fois – ça devient de plus en plus fréquent– les passages en anglais ne sont pas traduits. Mais surtout, j’aurais aimé en savoir plus sur Tim et sur ce qu’il va deve­nir enfin l’histoire de plusieurs person­nages ne me semble pas finie. l’auteure laisse à notre imagi­naire le destin de plusieurs person­nages : je me suis sentie aban­don­née par l’écrivain , que devien­dra Mme Hauvelle la cher­cheuse aigrie, et Mirène la canta­trice clochar­di­sée et surtout Tim, c’est un peu dur de ne pas savoir où va le person­nage prin­ci­pal , je suis déso­lée pour toutes celles qui détestent qu’on « divul­gache » les intrigues mais voici la dernière phrase concer­nant Tim

Il ne savait pas où il allait.…

Je n’en dis pas plus pour garder mes lecteurs et lectrices, mais moi je trouve ça frus­trant. C’est la raison pour laquelle je n’ai mis que 3 coquillages alors que, jusqu’à l’avant dernier chapitre, je pensais en mettre quatre. L’auteure prépare peut-​être une suite ?

Citations

La place de l’homme dans la nature

L’être humain lui-​même était si faible… La nature dans son exubé­rance, sa force insur­mon­table, son inépui­sable éner­gie, sa faculté à essai­mer et à se repro­duire, la nature l’avait nargué dès le début. Pour­quoi, à l’instar des autres espèces, n’avait-il pas accepté la place qu’il occu­pait , préda­teur des uns, proie des autres, maillon dans la chaîne de la vie ? Pour­quoi avait-​il voulu échap­per à cette condi­tion, impo­ser sa loi ?

Le Haïku qui donne son titre au roman

La voix du rossi­gnol s’éloigne
La lumière s’éteint
Magique aujourd’hui

SONY DSC
Traduit de l’anglais par Stéphane Roques.

3
Roman recom­mandé par Aifelle et que je conseille­rais à tous les jeunes lecteurs (adoles­cents). Cette remarque montre ma réserve vis à vis de ce genre de roman science-​fiction-​post-​catastrophe. J’ai évidem­ment pensé à « La Route  » en le lisant. On sent dans ce roman toutes les peurs de notre époque. Il fut un temps ou la peur racon­tée par les roman­ciers, tel Aldous Huxley dans « Le meilleur des mondes », était que l’humanité se déshu­ma­nise au profit de la tech­nique. Aujourd’hui, les hommes ont peur de faire mourir la planète par une guerre nucléaire ou des acci­dents dus aux progrès scien­ti­fiques. L’intérêt de ce roman, c’est de se pencher sur les conduites humaines lorsque toutes les ressources données par le confort ont disparu. La lutte pour la survie n’est pas belle à imagi­ner . Ce roman est davan­tage inspiré par les faits réels (l’accident de Tcher­no­byl, les guerres dans l’ex URSS) que « La Route », on retrouve toutes les horreurs dues aux multiples violences de notre siècle , goulag, guerres civiles, extré­mismes reli­gieux…

Marcel Theroux a situé son roman en Sibé­rie, région qui en a vu d’autres sur le plan de la violence, la simple vérité histo­rique de ce qui s’est passé dans « l’île aux canni­bales » est plus terrible que ce roman. L’auteur dit avoir été inspiré par Tcher­no­byl, lieu où il s’est rendu. Il y a rencon­tré une femme qui a décidé contre l’avis des auto­ri­tés de vivre dans sa maison et de se nour­rir de son pota­ger. L’isolement de cette femme, sa volonté de rester là où sa vie a été heureuse, on le retrouve dans le carac­tère de Make­peace, héroïne au nom bizarre qui perdu toute sa famille et toute sa commu­nauté. La terre n’est peuplée que de gens dange­reux ou parti­cu­liè­re­ment adap­tés à vivre dans des condi­tions extrêmes. On suit avec inté­rêt les aven­tures de cette jeune femme, dégui­sée en homme , et peu à peu son passé nous est dévoilé. Elle a, je trouve, trop de chance de se tirer de tous les mauvais pas dans lesquels elle se met. J’ai un peu de mal avec la fin : la vie semble reprendre ses droits, on se demande bien pour­quoi.

Citations

Réflexion sur l’humanité

L’être humain est rusé comme une fouine et vous tuera allé­gre­ment plutôt deux fois qu’une pour un repas chaud. C’est ce qu’une longue obser­va­tion des choses m’a appris. D’un autre côté le ventre plein, une bonne récolte dans la grange, et du feu dans l’âtre, il n’y a rien de plus gentil, de plus géné­reux, personne de plus honnête qu’un homme bien nourri.
Fina­le­ment la bonté n’existe que quand l’époque le permet
.

Notre monde celui qu’a fui le père de Makepeace

Et pour­tant mon père disait être né dans un monde d’abondance. C’était un monde sans dessus dessous, dans lequel le riche était maigre et les pauvres étaient gros.

Les scientifiques

Tous les jours ils avaient jonglé avec la nais­sance et la mort des étoiles et des civi­li­sa­tions. Avaient pensé Genèse et Apoca­lypse ? Comment éradi­quer la vie de la planète, et comment la faire renaître dans la foulée.

L’éternel optimisme

Même si j’ai tendance à dire du mal des gens et à penser les pires choses sur leur compte, au fond, j’attends toujours qu’ils me surprennent. J’ai beau essayer, je n’arrive pas à déses­pé­rer du genre humain.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/4125xE4uacL._SL500_AA300_.jpg

4
Je ne me suis accro­chée à ce livre que parce qu’une amie du club, Virgi­nie, m’en avait dit le plus grand bien. Je n’ai pas un grand goût pour la science fiction et au début tout m’a semblé confus dans cette histoire. Je supplie tous les lecteurs aussi impa­tients que moi de s’accrocher un peu, ils ne seront pas déçus. D’ailleurs ce livre a reçu un coup de cœur au club de la biblio­thèque de Dinard hier soir. Mon texte sera donc le résumé de ce qui s’est dit à notre réunion.

Première remarque, nous avons toutes salué le talent de cet écri­vain qui a su chan­ger complè­te­ment d’atmosphère après son succès avec « la pièce montée ». Comme nous sommes des lectrices assi­dues, nous repro­chons aux auteurs à succès d’écrire toujours un peu le même roman. Blan­dine Le Callet a quitté l’analyse sarcas­tique des phéno­mènes de société pour entrer dans la fiction et par la même nous faire comprendre les disfonc­tion­ne­ments d’un monde trop policé et trop protégé.

Nous avons souli­gné l’originalité de la construc­tion du roman, la société qui est décrite ne nous est pas expli­quée, petit nous compre­nons que ce n’est pas tout à fait la réalité, même si cela s’en approche. On doit faire l’effort de ne comprendre que peu à peu le monde qui nous est dévoilé. Person­nel­le­ment, ce qui m’a le plus touché c’est le combat de Lila pour vivre en rusant tout le temps avec ceux qui veulent « son bien ». Lila a survécu à des violences physiques et morales, elle ne peut plus avoir confiance dans les adultes. Son seul but c’est de retrou­ver sa mère, celle qui l’a fait souf­frir, mais, elle en est certaine l’a aussi aimée. Je trouve que sa lutte de tous les instants est très proche de tous les enfants ou adoles­cents qui sont murés dans une souf­france psycho­lo­gique morti­fère.

La fin du roman a déçu une lectrice, et en l’écoutant je me suis rendu compte que je n’y avais pas atta­ché beau­coup d’importance, mais qu’il est vrai qu’on ne sait pas très bien comment se termine cette histoire. En reli­sant la fin tran­quille­ment chez moi, j’ai compris que je n’avais pas accepté la fin , mais qu’hélas il y en a bien une !

Il me reste à parler de l’aspect « science fiction », des êtres hybrides ni homme ni robot, de la surveillance par vidéo de tous les faits et gestes de chacun, de la zone seul endroit où cet ordre n’existe pas. Tout cela donne une atmo­sphère parti­cu­lière, on recon­naît notre société qui attire les jeunes des mondes pauvres et en guerre, mais les exclut aussi impi­toya­ble­ment pour mieux se proté­ger et vivre en vase clos. C’est bien notre monde, un tout petit plus exagéré, ce petit rien qui nous permet de réflé­chir à ce que nous voulons comme société pour demain.

Citations

Quand je suis arri­vée dans le Centre, je n’étais ni bien grande, ni bien grosse, ni en très bon état. Ils ont tout de suite cher­ché à me faire manger. Me faire manger, c’était leur obses­sion, mais c’était trop infect. Chaque fois qu’ils essayaient, je détour­nais la tête en serrant les mâchoires.

Mais surtout, je pensais que mes mots possé­daient un pouvoir : celui de vous proté­ger. Tant que quelqu’un vous parle, quelque part, vous écrit, vous ne pouvez pas mourir. Vous êtes encore au monde.

On en parle

Je connais ce blog depuis peu de temps, je le trouve très agréable à lire, pour­tant il ne partage pas mon opinion sur ce livre Livrogne.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51u0%2BQLW32L._SL500_AA300_.jpg

Traduit de l’anglais par Anne RANINOVITCH.

4
Problème de traduc­tion : je ne trouve pas que le titre fran­çais traduise bien le titre anglais : Never Let Me Go. J’espère que cela ne reflète pas le travail de la traduc­trice ! Toutes les critiques autour de ce roman se trouvent confron­tées à la même diffi­culté : comment parta­ger le plai­sir de la lecture sans dévoi­ler l’intrigue qui est éton­nante et fait pour une grande part l’intérêt de ce roman. Donc je ne dévoi­le­rai rien. Au-​delà de l’aspect science fiction, qui je l’espère ne sera jamais réalité, l’analyse des souve­nirs et des senti­ments venus de l’enfance est d’une finesse abso­lu­ment remar­quable. N’oublions pas que Kazuo Ishi­guro a écrit « Les Vestiges du jour », on retrouve la même préci­sion dans l’analyse des senti­ments et de la société britan­nique.

Ce que je peux rajou­ter, c’est qu’une fois termi­née la lecture, j’ai pris un très grand plai­sir à relire ce livre avec toutes les clés de compré­hen­sion. J’ai été sidé­rée de voir à quel point j’avais négligé les indices très clai­re­ment donnés dès les premières pages, un peu comme les enfants réunis dans ce lieu de Hail­sham , j’avais tous les éléments pour comprendre , mais le voulais-​je vrai­ment ? C’est une prouesse d’écrivain que de nous mener au même rythme que ces héros et nous forcer peu à peu à accep­ter la réalité qui nous fait peur.

Citations

Madame avait peur de nous. Mais elle avait peur comme d’autres avaient peur des arai­gnées. Nous n’avions pas été prépa­rées à cela. Nous n’avions jamais eu l’idée de nous deman­der ce que nous éprou­ve­rions si on nous voyait ainsi, si les arai­gnées, c’était nous.

En tant qu’élèves de Hail­sham, nous étions tous très spéciaux, et notre mauvais compor­te­ment était d’autant plus déce­vant.

Je pense que j’avais perçu qu’au-delà de cette ligne il y avait quelque chose de plus dur et de plus sombre, et que je ne le voulais pas. Ni pour moi, ni pour aucun d’autres.

On en parle

link.

Traduit de L’anglais (États Unis) par Fran­çois Hirsch.

3
La ques­tion que je me pose : pour­quoi un auteur a-​t-​il besoin d’imaginer une fin de vie sur terre aussi atroce ? Un père et un fils errent sur une terre déso­lée après une apoca­lypse. La nature est deve­nue hostile, les hommes sont pour la plupart des hordes de canni­bales. Le dialogue du père et du fils est poignant. Quelques para­graphes sur la beauté de notre monde sonnent comme autant de mises en garde de ce que nous risquons de perdre si nous détrui­sons notre seul bien commun à tous : la planète terre.

Ce livre m’a rendue triste et m’a mise très mal à l’aise, je ne peux pas dire que je l’ai appré­cié mais je n’ai pas pu le lâcher avant la fin.

Citations

Dilaogue père fils

- J’ai dit qu’on n’était pas en train de mourir. Je n’ai pas dit qu’on ne mour­rait pas de faim.
– Mais on ne mange­rait personne ?
– Non. Personne.
– Quoi qu’il arrive.
– Jamais. Quoi qu’il arrive.
– Parce qu’on est des gentils.
– Oui.
– Et qu’on porte le feu.
– Et qu’on porte le feu. Oui.
– D’accord

Fin du livre

Autre­fois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immo­biles dres­sées dans le courant couleur d’ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondu­laient douce­ment au fil de l’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élas­tiques. Sur leur dos il y avait des dessins en poin­tillé qui étaient des cartes du monde en son deve­nir. Des cartes et des laby­rinthes. D’une chose qu’on ne pour­rait pas refaire. Ni répa­rer. Dans les vals profonds qu’elles habi­taient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère.