Category Archives: Guerre 14-18

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Édition Albin Michel

Encore la guerre 1418 ? Non, pas tout à fait ! Il s’agit ici de la fin de cette guerre et le fait qu’elle a engen­dré celle qui a suivie, et que, d’après l’auteur, rien n’a été fait pour l’évi­ter. Antoine Rault mêle à son roman des pages très précises d’ana­lyses histo­riques, et le lecteur revit avec préci­sion la signa­ture du traité de Versailles.

Il sera ressenti comme un « Diktat » humi­liant pour tous les alle­mands. Peu d’entre eux verront dans les années qui suivent l’oc­ca­sion de fuir la guerre et on connaît la suite l’es­prit de vengeance et la folie du Natio­nal-Socia­lisme.
Côté roma­nesque : le personne de Charles-Albert, un soldat amné­sique, il sera utilisé par les services de rensei­gne­ment fran­çais pour espion­ner l’Al­le­magne, il est à la fois crédible, tragique et atta­chant. On suit, donc, son parcours, d’abord dans les centres de soins fran­çais qui n’ont qu’un seul but dépis­ter les simu­la­teurs. Puis à travers son enga­ge­ment dans ce qui reste de l’ar­mée alle­mande, la montée inexo­rable vers un natio­na­lisme qui va bien­tôt détruire ce qui reste de la nation alle­mande. L’état de l’Al­le­magne après cette guerre que l’ar­mée n’a pas eu la sensa­tion de perdre est parfai­te­ment raconté et même si j’ai trouvé parfois que l’au­teur est trop didac­tique, ses argu­ments sont impa­rables et ses démons­tra­tions très convain­cantes. Les horreurs de la guerre sont insou­te­nables et j’avoue avoir décou­vert ce qui s’est passé, grâce à ce livre, en Letto­nie ? Dans les temps actuels, où beau­coup de gens doutent de l’Eu­rope, ce roman permet d’ou­vrir les yeux sur les dangers des guerres guidées par le natio­na­lisme c’est donc une lecture que je ne peux que recom­man­der même si la nature humaine appa­raît comme bien cruelle qu’il s’agisse des puis­sants de ce monde qui se jouent de la vie des popu­la­tions, que des simples soldats qui deviennent des tortion­naires et des bouchers à la première occa­sion lorsque le droit de tuer leur est donné.

Citations

Les soins aux traumatisés de la guerre

Les poilus appe­laient « le torpillage » pour expri­mer qu’a­près s’être fait mitrailler et pilon­ner dans les champs de bataille, le soldat trau­ma­tisé avait droit, en plus, de se faire torpiller à coups de décharges élec­triques – mais les méde­cins, eux, parlaient De réali­sa­tion ou de galva­ni­sa­tion, suivant le courant utilisé, ça vous avait tout de suite un petit air régé­né­rant, et, bien sûr, ils prenaient soin de préci­ser que c’était « pour ainsi dire indo­lore ».
Derrière toute cette approche, une grande idée en ces temps de patrio­tisme exacerbé et de chasse aux « lâches » , aux embus­qués, aux déser­teurs : consciem­ment ou incons­ciem­ment, les trau­ma­ti­sés simulent pour fuir les combats. Le but n’est donc pas de les soigner mais de les renvoyer là-bas. Petite préci­sion inté­res­sante : en France, les trau­ma­tismes psychiques dus à la guerre ne sont recon­nus comme des bles­sures ouvrant droit à une inva­li­dité que depuis 1992.

Les banques

Et puis, de toute façon, une banque ne peut pas être un profi­teur de guerre puisque la voca­tion même d’une banque, c’est de savoir profi­ter en toute circons­tance… Une banque fonc­tionne de la même manière en temps de paix qu’en temps de guerre. On lui confie des valeurs et elle accorde des crédits et contri­buent ainsi à soute­nir l’éco­no­mie. C’est très noble, au fond, très noble, en temps de paix comme en temps de guerre. Parfois, Alfred se repré­sen­tait en Dieu multi­pli­ca­teur et redis­tri­bu­teur. Il y avait un côté magique, démiur­gique, dans son métier, qui le mettait en joie. La banque était le métier le plus… aérien… oui, c’est ça… le plus subli­me­ment éthéré du monde. Bien plus qu’un peintre qui emploie de vraies couleurs ou qu’un écri­vain qui utilise des mots pour racon­ter une histoire, le banquier, lui, n’a recourt qu’à l’abs­trac­tion et au senti­ment. Pour créer, il compte sur la confiance, sur la crédu­lité humaine. Un Dieu, donc, un illu­sion­niste, un grand mani­pu­la­teur.

Cruautés de la guerre pays balte 1919

Avant d’aban­don­ner Riga, les géné­raux russes ordon­nèrent à leurs troupes de mettre à mort des centaines de Lettons qui avaient été jetés en prison parce qu’il était suspecté d’être hostiles aux Soviets. Les soldats refu­sèrent de se livrer à cette bouche­rie mais les femmes bolche­viques fana­ti­sées l’ac­com­plir avec une sauva­ge­rie inouïe. Natu­rel­le­ment, « à titre de repré­sailles », comme ils se justi­fièrent eux-mêmes, les Alle­mands ne furent pas en reste. Ils fusillèrent non seule­ment ces femmes crimi­nelles mais près de mille prison­niers. Sans comp­ter bien sûr les tortures, les viols et des pillages. Alors, en repré­sailles de ces repré­sailles, les natio­na­listes Lettons se livrèrent à leur tour à des atro­ci­tés à l’en­contre des soldats qu’ils parve­naient à captu­rer. C’est la vieille loi de la cruauté humaine. La barba­rie des uns nour­rit et libère la barba­rie des autres.

Cliché sur les femmes

Les Pari­siennes ont du charme, c’est certain, mais elles rous­pètent tout le temps, elles réclament, elles ont des tas d’exi­gences. Ça doit être ruineux, une fran­çaise. Et puis, elles sont adorables, coquettes, amusantes, mais elles n’ont pas la beauté racée des Slaves.

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Quel livre ! Bravo Alexandre Duyck vous avez su de nouveau m’in­té­res­ser, je devrais dire, me passion­ner pour la guerre 1418. Encore ce sujet, peut-on dire , oui mais ce roman donnera un éclai­rage que je crois indis­pen­sable à une bonne compré­hen­sion de cette guerre. Augus­tin Trébu­chon est déclaré mort le 10 novembre 1918, c’est écrit sur le monu­ment au morts mais c’est un mensonge ! Il est mort en réalité le 11 novembre 1918. L’au­teur retrace le parcours de ce berger de l’Ariège qui a choisi de partir à la guerre alors qu’or­phe­lin, il aurait pu être dispensé en tant que soutien de famille. Nous revi­vons avec lui, l’en­thou­siasme des premiers jours de 1914. L’au­teur remarque que les plus enra­gés à vouloir tuer les boches sont des gens qui ne la feront pas, cette guerre, mais qui se croient obli­gés de dire, plus fort que tout le monde, combien ils auraient aimé la faire ! Puis viennent les combats, l’hor­reur que nous connais­sons si bien, mais aussi l’évo­ca­tion de la dure condi­tion de berger qui n’est pas étran­gère à l’en­ga­ge­ment d’Au­gus­tin . Berger en Ariège, c’est être le plus pauvre des paysans, et le moins consi­déré des hommes. Au point où, Augus­tin n’ose même pas abor­der la fille qu’il aime ; bien sûr, il aime la faire danser au son de l’ac­cor­déon le soir où il y a bal au village, mais ce n’est pas tout à fait suffi­sant. La vie d » Augus­tin est donc remplie par sa connais­sance des animaux, ces moutons et les animaux sauvages de la montagne, ainsi qu’une percep­tion très fine de la nature. Ce savoir, si peu valo­risé dans son village, va se révé­ler un précieux atout pour résis­ter aux quatre longues années de guerre, jusqu’au 11 novembre 1918, où il attend avec toute sa compa­gnie la dernière sonne­rie de clai­ron qui va signi­fier que l’ar­mis­tice est signée, elle l’est d’ailleurs depuis quelques heures. Il rêve à ce qu’il va faire , et surtout à l’Ar­gen­tine où il a prévu de s’exi­ler. Cette attente est bien longue et l’au­teur rend parfai­te­ment l’am­biance de ces derniers instants.

Hélas un gradé , un de ceux que détestent Augus­tin lui demande d’al­ler porter de toute urgence un message de la plus haute impor­tance aux troupes postées à l’avant de leur ligne. Il est 1o heures 45, dans un quart d’heure le clai­ron doit sonner, mais l’ur­gence du message et l » imbé­cil­lité du gradé ne souffrent d’au­cun retard , Augus­tin tombera sous une balle enne­mie avec dans sa poche ce message :

« Rendez-vous à Dom-le-Mesnil pour la soupe à 11h30 »

Citations

Les chefs

Les chefs qui jouent les gentils qui m’ap­pellent « mon petit : alors que j’ai quarante ans, qui demande de mes nouvelles et moi comme un con, je leur réponds mais à peine ai-je commencé à parler, il regarde déjà ailleurs, je me plains de mes pieds, ils répondent : » Parfait, c’est très bien conti­nue comme ça mon petit », ces chefs-là sont tous des faux-culs, des lâches qui n’as­sument pas d’être des chefs mais qui, dans le dos des petits sont pires encore que les autres parce qu’à la fin ils trahissent toujours la confiance.

Les rapports des hommes entre eux

C’est notre côté cul-terreux, disaient les Pari­siens, les pires de tous, les Lyon­nais sont pas mal non plus mais les Pari­siens restaient les pires, si certains de tout savoir, les pires des pires étant les insti­tu­teurs pari­siens deve­nus lieu­te­nant et qui nous parlaient comme à des demeu­rés, à des gosses, à leurs élèves, à croire qu’ils n’ont eu que des dégé­né­rés dans leur école, les instits pari­gots, faudraient les livrer en masse au boches, en cadeau, faites-en ce que vous voulez, montrez leur du pays mais par pitié, ne nous les rendez pas ou alors mort, et encore. Les insti­tu­teurs et la science infuse, comme ils disent, la haine du patois, leur beau Fran­çais dont ils usent comme d’une arme pour mieux t’hu­mi­lier, te démon­trer leur supé­rio­rité, ils emploient des verbes, des temps de conju­gai­son dont tu n’as jamais soup­çonné l’exis­tence ni deviné l’uti­lité mais il en abuse, ils en jouissent, ils te parlent d’écri­vains célèbres dont tu ignores jusqu’au nom, nous des frus­trés qui te refusent le droit de moins bien parler qu’eux, qui te jugent parce que tu en sais mille fois moins qu’eux et qui sont inca­pables de se débrouiller sans une carte

Les humiliations des gradés

Il me répète ce que je sais déjà, dans moins de 30 minutes la guerre va s’ache­ver, nous avons gagné, les boches ont signé l’ac­cord, on va tous pouvoir rentrer chez nous : » Moui dans ma belle maison pour y baiser maman », qu’il dit » Toi dans ton trou à rat de bouseux de Lozé­rien ». Ne pas réagir, ne pas lais­ser appa­raître la moindre émotion, Pons m’a expli­qué comment faire comme si de rien n’était. Comme j’ai peur de le regar­der dans les yeux, j’ap­plique la méthode que m’a expli­qué un copain, fixer des poils entre les deux sour­cils, on fait croire à l’autre qu’on le regarde droit dans les yeux mais en fait on ne fait que comp­ter ses poils entre les sour­cils.
Des gars sont morts de froid dans les tran­chées, des tas de gars, c’est quand même fin de mourir de froid la guerre. Moi je ne m’en suis jamais plaint. Mais je ne suis jamais endormi les fois où j’ai compris qu’il valait mieux ne pas. Un jour j’ai entendu un jeune sous-lieu­te­nant se vanter :« Les poilus ont de la paille, moi un lit ». C’est la première fois depuis le début de la guerre, je crois, où j’ai vrai­ment eu envie de tuer quel­qu’un.

Quelle traver­sée du 20° siècle et même du début du 21° ! Nous suivons les desti­nées des membres d’une famille bour­geoise pari­sienne bien ancrée dans les valeurs chré­tiennes et du patrio­tisme. Les hommes se donnent corps et âmes à leur voca­tion mili­taire ou autres et font des enfants à leurs femmes qui élèvent la nombreuse tribu. Tout le talent d’Alice Ferney, c’est de ne pas juger avec nos yeux d’au­jourd’­hui les enga­ge­ments d’hier. Elle rend cette famille très vivante et les person­na­li­tés des uns et des autres sont crédibles, on s’at­tache à ces hommes et ces femmes d’une autre époque et pour moi d’un autre monde. On comprend leur desti­née, et son but est atteint, on ne peut plus les juger avec nos menta­li­tés d’au­jourd’­hui. Je reste quand même un peu hési­tante sur les guerres colo­niales, certes ceux qui n’ont pas accepté la colo­ni­sa­tion ont utilisé des façon de faire peu recom­man­dables mais beau­coup en France n’ac­cep­taient pas le colo­nia­lisme. Sans doute étaient-ils plus nombreux que ceux qui ont tout de suite compris que Pétain faisait fausse route. Mais peu importe ces détails, cette famille et tous ces membres ont captivé mon atten­tion (comme le prouvent les nombreux passages que j’ai reco­piés). Nous passons donc douce­ment d’une famille atta­chée aux valeurs roya­listes parce que le roi était chré­tien à une famille répu­bli­caine patriote. Les enfants se bous­culent dans des familles nombreuses et pour Alice Ferney c’est de ce nombre que vient une de leur force. On sent qu’elle a un faible que son lecteur partage volon­tiers pour le cancre de la tribu, Claude, qui fina­le­ment avait des talents cachés que le système scolaire n’avait pas su mettre en valeur. Ce roman a été, pour moi, un excellent moment de lecture, sauf les 50 dernières pages, qui sont répé­ti­tives et qui ne rajoutent rien au roman. On sent qu’il y a à la fois trop de person­nages et que l’au­teur n’a plus grand chose à ajou­ter puis­qu’elle n’a pas voulu faire entrer cette famille dans le 21° siècle. Cette époque où la réus­site des femmes ne se mesure plus au nombre de leurs enfants ni à la réus­site de ces derniers, mais plutôt à leur épanouis­se­ment qui passe aujourd’­hui par une carrière et un rôle social en dehors de la famille.

Citations

Le café du mort

Jérôme Bour­geois n’était plus. Sa tasse pleine fumait encore et il ne la boirai pas. Peut-on boire le café d’un mort, si on le fait pense-t-on ce qu’on pense habi­tuel­le­ment d’un café ( il est froid, il est trop sucré, trop fort, il est bon) et si on ne le fait pas, que pense-t-on au moment de le jeter dans l’évier ? Je me le deman­de­rais en songeant à ce détail, parce que je connais cette éduca­tion qui inter­dit de gâcher et que la géné­ra­tion de Jérôme l’avait reçue. Mais non, pense­rais-je, dans l’ins­tant où quel­qu’un vient de mourir personne alors ne boit plus, le temps de la vie se suspend, le trépas acca­pare l’at­ten­tion, l’as­pire comme un trou noir la matière cosmique,et tout le café de ce jour funeste est jeté. 

Un beau portrait 

Jérôme fut réso­lu­ment fran­çais et provin­cial. Il ne fut pas méde­cin du monde, il fut méde­cin de son monde : il soigna les gens du coin. C’était peut-être moins glorieux, personne d’ailleurs ne lui remit de déco­ra­tion, mais ce fut bon pour ceux qui étaient là. Géné­ra­liste, Jérôme rece­vait tous ceux qui le deman­dait : les personnes âgées soli­taires et les nour­ris­sons avec leur mère, les enfants qui était à l’école avec « ceux du docteur » et venait se faire soigner en même temps que jouer chez lui, les ouvriers, les derniers agri­cul­teurs, les commer­çants, les notables. Il n’en n’avait jamais assez des gens, ils disaient oui je vous attends. Parfois on le payait en nature, un pain, une poule, un lapin. Clarisse embar­quait l’ani­mal à la cuisine. Jérôme avait accepté le suivi médi­cal des déte­nus de la prison voisine. C’était le temps Michel Foucault mili­tait. Jérôme ne lisait pas le théo­ri­cien des châti­ments, il péné­trait dans la déten­tion. Pas un appel d’au­trui qu’il n’en­ten­dît . Quand on se donne à dévo­rer aux autres, on n’a jamais le temps de s’in­quié­ter pour soi. Jérôme était une éner­gie en mouve­ment.

Les familles nombreuses 

Être dix, c’était avan­cer dans la vie comme une étrave avec derrière soi le tonnage d’une énorme famille. C’était une force inouïe, la force du nombre. C’était se présen­ter devant le père avec l’en­cou­ra­ge­ment des autres, et s’ag­glu­ti­ner autour de la mère dans la chair des autres, et goûter à la table des autres. C’était ne se sentir jamais seul mais aussi être heureux quand par miracle on l’était, séparé soudain de l’es­saim, dans un silence éblouis­sant auprès d’une mère dispo­nible. C’était exis­ter dans dix au lieu de n’être qu’en soi. C’était avoir grandi à la source de la vie, dans sa divi­sion cellu­laire, spec­ta­teur de l’ap­pa­ri­tion d’au­trui. Je n’ai connu maman enceinte, remarque souvent Claude.

Tellement vrai

Ils seraient les repré­sen­tants d’une époque et d’un milieu typi­que­ment bour­geois, parisien,catholique,très « Action fran­çaise » comme on le dit main­te­nant, avec la sévé­rité de ceux qui viennent après et n’ont guère de mérite, puis­qu’ils savent où mènent certaine idées et que l’His­toire a jugé. 

Henry Bourgeois né en 1895

À l’âge adulte, Henri fut toujours du côté de l’église plutôt que de celui de l’état. Il répé­tait ces préven­tions à qui voulait l’en­tendre : » En affaires il y a une personne à qui il ne faut pas faire confiance, c’est l’état ». Entre­pre­neur, chef de famille qui avait l » élan d’un chef de bande, Henri avait la haine de cette puis­sance chan­geante. Sa préfé­rence allait à un guide spiri­tuel plutôt que poli­tique. En En somme, laïcisé, le monstre froid ne l’in­té­res­sait plus.

Collaborer résister 

Le sens exacer­ber de la disci­pline et une chose concrète et la condi­tion sine qua none du métier mili­taire. Aucun Bour­geois ne l’igno­rait. On ne tran­sige pas avec l’obéis­sance sauf si elle récla­mait des actes contraires à l’hon­neur. L’hon­neur était une grande valeur. Or à cette aune qu’est-ce que c’était qu’é­mi­grer ? S’en­fuir comme un malpropre ? Aban­don­ner le pays et le peuple dans un désastre ? Ainsi pensait Jean à l’âge de 19 ans. Mers-el-Kébir ne fit qu’a­vi­ver son amour pour la France, sa défiance de l’An­gle­terre, sa confiance dans la légi­ti­mité de Vichy. Il est possible de le comprendre si l’on parvient à ne pas lire juillet 1940 à la lumière d’août 1945.

Le sport

Le sport n’était pas encore une pratique répan­due chez les Bour­geois. On appré­ciait pas tout ce qui allait avec : les tenues décon­trac­tées, la sueur, les vestiaires collec­tifs et la promis­cuité. La préfé­rence était donnée aux rites sacrés ou anciens, comme la messe, le déjeu­ner domi­ni­cal et les partie de campagne à Saint-Martin. On y restait entre soi, dans une société choi­sie et connue, alors que les asso­cia­tions spor­tives mêlaient des popu­la­tions hété­ro­gène. En un mot, le sport c’était popu­laire. C’était le Tour de France. C’était plouc ! C’était rustre. Cette opinion effa­rou­chée c’était évidem­ment formée en vase clos et à distance .

Portrait et révélation d’une personnalité 

Claude accom­pa­gnait le président partout. Il était ses yeux. Il lui décri­vait tout ce qu’il voyait, ce qui est aussi une manière d’ac­croître sa propre atten­tion. 
- Dites-moi un peu plus sur ses déchets, deman­dait le président. 
Et Claude décri­vait les déchets. Au fond et sans le savoir, il pratique et le diffi­cile exer­cice qu’on appelle en grec « ekphra­sis ». Quoi de plus forma­teur pour apprendre à regar­der, à connaître et à expri­mer ? Claude trouva en lui quelque chose qu’il igno­rait, le talent.
Chez le président, il trouva l’ex­pé­rience. Un jour, dans l’avion pour Casa­blanca, Claude lui lisait le jour­nal. Quels sont les titres aujourd’­hui ? deman­dait Jean Émile Gugen­heim. Puis informé de tout : lisez moi tel et tel l’ar­ticle. Un entre­fi­let ce jour-là racon­ter comment un fonc­tion­naire soudoyé pour l’ob­ten­tion d’un contrat avait rendu l’argent. Le jour­na­liste vantait l’hon­nê­teté et se réjouis­sait de sa persis­tance. Claude fit de même. Jean Émile Guggen­heim s’amusa de ses naïve­tés.
- Pour­quoi riez-vous ? demanda Claude
- Il n’y avait pas assez dans l’en­ve­loppe !
. Le président connais­sait la nature humaine. Il n’en conce­vait ni déso­la­tion, ni épou­vante, mais compo­sait , et parfois il se diver­tis­sait de ce qu’elle fût si immuable et prévi­sible.

Traduit du néer­lan­dais (Belgique) par Daniel Cunin Ce roman prêté par ma sœur, lui avait beau­coup plu car il se foca­lise sur un aspect peu connu de la guerre 14 – 18 vu du côté britan­nique, à savoir la mino­rité qui n’a pas parti­cipé à l’élan patrio­tique qui a conduit une géné­ra­tion à faire la guerre. J’ai partagé son plai­sir de lecture et j’ai aimé les rapports entre les deux person­nages prin­ci­paux : John le paci­fiste et Martin le va-t-en-guerre. Ils ont grandi auprès de la même femme. La mère de Martin,madame Bombley, d’un milieu très pauvre et secoué par l’alcoolisme brutal d’un père marin, heureu­se­ment souvent absent, a été la nour­rice de John dont la mère n’a pas survécu à son accou­che­ment. Son père se réfu­gie dans la douleur et la passion pour les livres anciens qu’il ne lit pas mais qu’il collec­tionne. John Patter­son est destiné aux études, malheu­reu­se­ment la guerre 14 – 18 vien­dra inter­rompre cette desti­née. Le choix de ces deux person­nages permet à l’au­teur de cerner au plus près le patrio­tisme en Grande Bretagne. C’est ma réserve par rapport à ce roman, les patriotes sont tous abru­tis et seuls les paci­fistes ont le courage de réflé­chir. C’est inté­res­sant de voir tous les procé­dés qui ont amené les Britan­niques à s’en­ga­ger dans une guerre qui, somme toute, n’était pas la leur. Par exemple des groupes de femmes qui décorent de plumes blanches les hommes qui ne s’en­gagent pas alors qu’ils pour­raient le faire. Les agents recru­teurs postés dans tous les endroits stra­té­giques de Londres qui entraînent tous les jeunes à vouloir au plus vite servir leur pays, les effets de la propa­gande qui repré­sentent les Alle­mands comme des sauvages et qui annoncent victoire sur victoire des troupes anglaises. Face à cela, deux person­nages qui s’op­posent à la guerre et dont les person­na­li­tés sont très bien analy­sées et ont, cela se sent, toute la compré­hen­sion de l’écri­vain. Fina­le­ment, John s’en­ga­gera, lorsque son père sera tué, victime annexe d’un bombar­de­ment alle­mand avec un zeppe­lin. Il recher­chera Martin et voudra savoir ce qui lui est arrivé. Ce sera encore l’occasion de détruire un peu plus l’image de l’héroïsme et dénon­cer la cruauté des armées au combat.Tout ce qui est dit est vrai, sans doute mais explique mal l’élan de tout un peuple pour faire cette guerre. L’in­té­rêt du roman, réside dans l’ana­lyse de l’ami­tié conflic­tuelle qui lie Martin et John et aussi le portrait du père de John, le facteur qui ne supporte plus d’ap­por­ter les lettres annon­çant la mort des soldats dans les foyers anglais. Le titre du roman est très impor­tant car si tout se joue sur le terrains au milieu des bombes et des balles qui fauchent les vies, l’au­teur accorde une grande impor­tance au cour­rier qui peut à lui seul chan­ger le sort de ceux qui reçoivent ces lettres. Le point de vue de cet auteur belge sur l’en­ga­ge­ment britan­nique est origi­nal et très fouillé, mais j’ai vrai­ment du mal à croire que seuls les abru­tis voulaient faire la guerre cela a dû jouer sur un ressort plus profond de la nation anglaise. 

Citations

Comment influencer ceux qui ne sont pas assez patriotes

Quatre filles de mon année, qui m’avaient à quelques reprises accosté, lambi­naient dans le couloir ; sans tarder, je partis dans la direc­tion oppo­sée alors que le garçon aux boucles, qui ne se doutait de rien, tomba dans leur piège. Je ralen­tis le pas pour écou­ter ce qui allait suivre. Comme je m’y atten­dais, les filles s’empressèrent de lui adres­ser la parole sur un ton mépri­sant.
« Qu’est-ce que tu fabriques au cours de Ker ? » lança l’une d’entre elles coif­fée à la garçonne.
« On ne t’a jamais vu avant, fit l’autre. Tu t’es perdu ? »
« Tu as peut-être perdu ta maman ? gloussa la troi­sième.
Le géant resta bouche bée. Bien souvent, la meilleure réponse réside dans le silence. Mais les étudiantes n’étaient pas déci­dés à lâcher leur proie.
« Tu veux qu’on t’aide à trou­ver ton chemin ? suggéra la fille à la physio­no­mie garçon­nière. Il y a un bureau de recru­te­ment à deux pas d’ici. C’est là qu’est ta place. A moins que tu ne sois trop poltron pour te battre  ? »
Le ton deve­nait plus agres­sif.

Pourquoi les jeunes se sont-ils engagés ?

Les gens sont des lemmings, reprit-il. Ils s’acharnent à marcher avec la multi­tude. Au sein de laquelle il se croit en sécu­rité. Qui les dissuade de réflé­chir. De choi­sir. Suivant aveu­gle­ment le courant quel que soit l’en­droit où il les même. Animés, et chauf­fés par l’ha­leine de la masse. Toujours plus loin. Entraî­nant tout et tout le monde. Jusqu’au jour où…

j’ai encore une fois trouvé cet auteur sur la blogo­sphère et je m’en féli­cite. Il se trouve que je l’ai lu deux fois car j’ai été isolée dans un endroit avec ce seul livre comme lecture possible, alors comme autre­fois dans ma jeunesse, j’ai relu ce livre tout douce­ment pour ne pas le finir trop vite​.Et j’ai été très sensible à la langue et par moment une réflexion sur les mots, ceux venant du patois comme « empur­gué » qui désigne à la fois la nais­sance et la mort. Telle une tragé­die antique le roman tient en une jour­née de 1961. Mais fina­le­ment la clé du livre est donnée dans un court texte qui lui se passe 2011 et raconte un fait histo­rique peu connu de 1940 dans la ligne Magi­not le combat et la résis­tance de l’ar­mée fran­çaise à Schœ­nen­bourg . Le roman évoque un petit village d’Au­vergne c’est l’époque du remem­bre­ment et de l’ar­ri­vée de la télé­vi­sion. Des person­nages complexes que l’on ne peut pas juger faci­le­ment. Un geste héroïque d’un père qui sait depuis 1940 ce que veut dire la guerre. Et enfin un moment de notre histoire très mal racon­tée par nos livres d’histoire et très défor­mée dans notre incons­cient collec­tif : la ligne Magi­not. Nous suivons d’abord les pensées d’Al­bert qui n’a jamais su trou­ver les mots pour racon­ter sa guerre à ses enfants. Il sait une chose Albert, il ne veut pas de la moder­nité que sa femme aime tant. Et le remem­bre­ment qui s’an­nonce signi­fie pour lui la fin de son monde car il se sent plus paysan qu’ou­vrier chez Miche­lin. Puis les pensées de Gilles, ce petit bonhomme de CM2 qui a trouvé dans les livres sa raison de vivre et qui, ce jour là, est plongé dans « Eugé­nie Gran­det ». En chemi­nant dans ce roman trop diffi­cile pour lui, il ouvre peu à peu les portes de la compré­hen­sion de la vie. C’est merveilleu­se­ment raconté. Et puis il y a la belle Suzanne, la mère d’Henry soldat en Algé­rie né avant la guerre 3945 et de Gilles né après. C’est la femme d’Albert qu’elle a cessé d’ai­mer.

Tout le roman tourne autour de l’ar­ri­vée de la télé­vi­sion car l’émis­sion phare de la seule chaîne alors diffu­sée « 5 colonnes à la une » consacre un repor­tage aux soldats d Algé­rie. Henry est inter­viewé à l’oc­ca­sion. Sa mère ne manque­rait pour rien au monde ce moment de revoir son fils. Les consé­quences seront tragiques.
Il y a aussi la mère très âgée qui perd parfois la tête, et la sœur d’Al­bert qui a choisi la moder­nité et le commu­nisme.
Voilà donc un moment de vie dans la campagne en 1961 et pour moi la décou­verte d’un écri­vain qui a su évoquer en une seule jour­née trois guerres, celle de 1418, le père d’Albert en est revenu victo­rieux, celle de 3945 dont Albert est revenu muet et vaincu et celle d’Henry son fils qui risque sa vie même si personne ne comprend très bien ce qu’il fait dans ce pays si loin­tain. Je sais que ce roman restera gravé dans ma mémoire et que je ferai de nouveau confiance à cet auteur pour m’embarquer dans son univers .

Citations

Explication du titre

In extre­mis, il réus­sit à rava­ler ses pleurs sous ses paupières et à les manger dans ses yeux. Ça le brûlait telle­ment qu’au moment où il les rouvrit il crut avoir perdu la vue. Il n’en reve­nait pas de ce séisme au-dedans, lui qui ne versait jamais une larme, pas même aux enter­re­ments, pas même à l’en­ter­re­ment de son père. Un homme qui pleure, ça n’avait pas de sens. Sauf parfois les vieux. Il avait déjà remar­qué que, à partir d’un certain âge, les hommes n’hé­si­taient pas à sortir leur mouchoir, pour presque rien. Il se souve­nait du père Pelou qu’il avait aidé, il y avait plusieurs années de cela, à retour­ner la terre de son pota­ger. L’homme avait été une force de la nature mais, après de 80 ans, il n’avait plus un muscle dans les bras et, malgré son grand âge, il devait encore nour­rir un fils impo­tent que le reflux de 14 lui avait ramené comme un un déchet. Inca­pable de le remer­cier du service rendu, le vieil homme s’était mis à trem­bler comme une feuille. C’était son corps tout entier qui pleu­rait sans pouvoir s’ar­rê­ter. Et pour­tant Dieu sait qu’il n’avait pas été tendre dans sa vie celui-là, surtout pas avec sa femme, une sainte, qui s’epui­sait à s’oc­cu­per de leur fils unique condamné à vie dans sa chaise roulante. En vieillis­sant les hommes pleurent. C’était vrai. Peut-être pleu­rait-il tout ce qu’il n’avait pas pleuré dans leur vie, c’était le châti­ment des hommes forts.

Un fait historique peu connu

Je suis allé plusieurs fois visi­ter le fort de Schœ­nen­bourg pour écou­ter ce silence de la plaine. À un moment, il faut renon­cer aux mots et donner les chiffres. Seule­ment 22000 soldats fran­çais ont vaincu 240 000 Alle­mands en Alsace et en Lorraine, et seule­ment 85000 autres soldats fran­çais alpin dans leurs alpins dans leurs cham­pi­gnons de béton ont arrêté près de 650000 Alle­mands et Italiens. Pas un ennemi n’est passé sur la ligne Magi­not, tant que des soldats sont restés à leur poste. Pas un ! Et quand l’ar­mis­tice entra en vigueur le 25 juin, les soldats ne capi­tu­lerent pas pour autant, et conti­nuèrent à se battre comme des chiens ou comme des dieux. Ils voulurent vaincre ici, puisque ailleurs tu t’étais déjà perdu, unique­ment pour l’hon­neur de leur père et surtout pour faire la preuve non pas de leur courage (ils étaient bien trop humbles pour ça), mais de l’ef­fi­ca­cité du plus grand projet de forti­fi­ca­tion jamais pensé ni réalisé, ni égalé en Europe et qui les avait rendu invin­cibles eux- mêmes. Le muscle de béton avait parfai­te­ment joué son rôle et tenu ses promesses, et même au-delà. Si le haut comman­de­ment avait fait son travail au nord, donné les ordres au bon moment, ou si la Belgique avait opté pour un prolon­ge­ment de la ligne Magi­not sur ses fron­tières à l’est au lieu de préfé­rer la naïve neutra­lité qui leur a coûté beau­coup plus cher en vies humaines, le cours de l’his­toire eût été tout autre.

Les Américains en 1918 et Maginot

Fini, enfin, d’ap­pe­ler à notre rescousse ces améri­cains si mal élevés qui refu­saient que leurs soldats noirs parti­cipent aux célé­bra­tions de la victoire. Saviez-vous que ce sont les paysans fran­çais qui sont allés cher­cher les soldats noirs dans leur caserne où leurs maîtres blancs les avaient bouclé à double tour. Et, malgré le règle­ment améri­cain, ces mêmes paysans ont jeté ces esclaves dans les bras de leurs filles pour danser sur les places de tous les villages. Ils ont aimé l’ac­cor­déon, ces noirs qui ne connais­saient que le jazz. Pour­quoi croyez-vous que la France fut une terre bénie pour les jazz­men qui arri­vèrent à Paris au moment où Magi­not juste­ment réflé­chis­sait à la façon d’évi­ter que le massacre recom­mence un jour ? Le jazz, c’est la musique de l’idéal, le blues, c’est la musique du spleen. Ça jouait du jazz partout, et l’ar­mée cher­chait aussi à sa façon à faire écho à cet idéal. Enfin, toutes ces raisons addi­tion­nées donnaient une réponse claire, il fallait éviter qu’un jour autant d’hommes meurent pour sauver leur pays. Après tout, ce n’est pas aux hommes de sauver leur pays, c’est au gouver­ne­ment. Magi­not en était convaincu.

J’aime réfléchir sur les mots

Mais est-ce que ça pouvait vrai­ment être ça le bonheur ? Il cher­cha dans le diction­naire , qu’il avait aussi emprunté à son frère , l’éty­mo­lo­gie de ce mot . Il décou­vrit que le bonheur n’était pas cet état de béati­tude qu’il avait imaginé, le bonheur était un présage, le présage du bien, comme le malheur était le présage du mal. C’était juste une promesse.

Le charme du patois

Albert connais­sais aussi le miracle de cette langue ancienne des paysans ou le feu meurt à tout jamais, alors que les hommes s’éteignent pour naître dans la mort. On ne disait pas que quel­qu’un était mort, on disait qu’il s’était éteint puis « empur­gué ». Le mot oublié remonta en lui pour le conso­ler. L’Em­pur­gar ! Le seul mot qui dési­gnait en patois la nais­sance dans la mort, un mot gaulois sûre­ment, qui n’exis­tait pas en fran­çais, le seul mot qui devait apai­ser Made­leine en secret.

Le plaisir des livres

Eugé­nie Gran­det était le premier grand roman qu’il lisait, sans savoir que c’était un grand roman. Dès les premières lignes, sa confiance en ce qui était écrit gran­dit au fur et à mesure de sa lecture. Dans le livre, on ne parlait pas comme chez lui, à part Nanon peut-être, qui parlait un peu comme sa grand-mère. Les phrases étaient comme des routes de montagne avec des virages qui s’en­chaînent les uns aux autres et au bout desquels se révèlent des paysages magni­fiques. Elles étaient compli­quées, même ardues quel­que­fois et, malgré cette diffi­culté, il comp­tait bien aller jusqu’au bout du livre. Les pages étaient encore scel­lées entre elles et, à l’aide du canif que son père lui avait offert, il coupait les pages les unes après les autres avec un plai­sir équi­valent à celui d’un explo­ra­teur obligé de couper la végé­ta­tion pour se frayer un chemin dans une forêt épaisse et noire, atta­qué lui aussi par les mouches qui se multi­pliaient dans la chaleur.

Découverte du roman de Balzac et les pleurs d’un homme.

Le cousin d’Eu­ge­nie était incon­so­lable. Gilles, plongé dans un nouveau chapitre du roman, chas­sait machi­na­le­ment les mouches qui brouillaient les lignes noire et genait sa lecture. Charles venait d’ap­prendre la mort de son père. C’était pour l’éloi­gner du drame que le vieil homme ruiné l’avait envoyé à Saumur, chez son oncle. Il était perdu, le pauvre garçon. Ninon, la bonne à tout faire, et Euge­nie cher­chaient par tous les moyens à soula­ger la peine de ce jeune homme si diffé­rent de tout ce qu’elles connais­saient , et qui n’ar­rê­tait pas de pleu­rer. Ça, c’était curieux. Gilles savait qu’un enfant pouvait pleu­rer, que sa mère pleu­rait quand elle lisait les lettres d’Henri, mais un homme ! Charles Gran­det était un homme déjà. Gilles n’avait jamais vu son père pleu­rer, ni aucun homme autour de lui, pas même Henri. Alors, de quoi était fait ce Charles qui s’ef­fon­drait des nuits entières, comme une fille, écrasé dans ses oreillers ?

Ma photo dit où j’ai trouvé ce roman et pour qu’il conti­nue à trou­ver des lecteurs, j’irai le remettre dans cette petite cabine de plage qui sert de boîte à livres à Dinard. Lors de sa paru­tion je n’avais entendu que des louanges à propos de ce roman. J’avoue être moins enthou­siaste. J’au­rais vrai­ment préféré que les « âmes soient grises » mais non, le méchant est d’un noir absolu ce qui a rendu ma lecture pénible. Le juge Mierck est un horrible person­nage qui se fait servir des œufs mollets alors qu’il ausculte le corps d’une petite fille de dix ans assas­si­née sans éprou­ver la moindre compas­sion. Ce juge est peu crédible, même si on peut mettre sous le compte de la guerre toute proche les actions qu’il est capable de faire pour parve­nir à ses fins. Je comprends d’au­tant moins ce person­nage que les autres prota­go­nistes de l’af­faire sont juste­ment plus en nuances. Je croyais que ce roman était aussi un roman sur la guerre 1418 , ce n’est pas tout à fait exact. Bien sûr la guerre sert de toile de fond, d’au­tant que l’au­teur a situé son intrigue dans une ville où résonne le bruit des canons. Alors évidem­ment la guerre, on ne parle que d’elle, l’élan patrio­tique mis à rude épreuve devant la multi­tude des corps bles­sés. D’ailleurs, s’il n’avait pas fallu réqui­si­tion­ner la route qui relie le village à la demeure du gendarme l’his­toire aurait pu être très diffé­rente. L’af­faire même n’au­rait pas eu lieu. Philippe Clau­del n’a pas raconté la guerre et pour­tant elle est la cause de toute cette tragé­die. La construc­tion de ce roman est vrai­ment origi­nale et c’est pour cela que j’ai mis quatre coquillages. Quel­qu’un nous parle, au début, on ne sait pas qui il est. Et puis peu à peu on comprend qu’il s’agit d’un gendarme qui a payé de la mort de sa femme le fait de s’être occupé d’un témoi­gnage à propos du meurtre de la petite fille, le jour où sa femme a accou­ché toute seule. Depuis l’al­cool lui sert de support et c’est donc à travers son cerveau embrumé que peu à peu une vérité va se faire jour, une vérité car la vérité c’est vrai­ment trop compli­qué à saisir. Tout le village est présent dans cette histoire et aussi la guerre puisque sans être sous le feu, ce petit village de l’ar­rière vit au rythme des batailles de 14 – 18. Il restera au gendarme un dernier aveu à faire qui rajoute à la noir­ceur de cette histoire.

Je ne peux pas dire que j’ai adoré cette lecture, peut être à cause du dernier aveu, mais je suis très contente de l’avoir faite. Je regrette un peu de ne plus pouvoir en discu­ter car ce n’est plus d’ac­tua­lité autour de moi mais peut-être grâce aux commen­taires vais-je ravi­ver vos souve­nirs. Comme par hasard un blog, « le bouqui­neur » que j’ap­pré­cie vient d’en parler et son avis est beau­coup plus enthou­siaste que le mien.

Citations

Explication du titre

Les salauds, les saints, je n’en ai jamais vu. Rien n’est ni tout noir, ni tout blanc, c’est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c’est pareil… Tu es une âme grise, joli­ment grise, comme nous tous…

Un beau passage

Un procu­reur au début du siècle, c’était encore un grand monsieur. Et par un temps de guerre, quand un seul coup de mitraille fauche une compa­gnie solide de gaillards prêts à tout, deman­der la mort d’un homme seul et enchaîné rele­vait de l’ar­ti­sa­nat.

Un portrait : humour et délicatesse

C’était frap­pant cette pâleur de future morte, et cette rési­gna­tion dans les traits. Elle se prénom­mait Clélis . Ce n’était pas banal, et c’est très joli­ment gravé dans le marbre rose de sa tombe.

J’aime bien ce genre de remarques

La jeune fille était une de Vincey. Ses ancêtres s’étaient battu à Crécy. Ceux de tout le monde aussi sans doute, mais personne ne le sait et chacun s’en fiche.

Traduit de l’an­glais par Chris­tine Raguet.

Une plon­gée dans la souf­france d’un homme rongé par l’al­cool, et qui a laissé sur son chemin un bébé qui a dû se débrouiller tout seul pour gran­dir. Non, pas tout seul car le geste le plus beau que son père a accom­pli, a été de le confier au seul être de valeur rencon­tré au cours de sa vie d’homme cabos­sée par une enfance bafouée, puis par la guerre, par le travail manuel trop dur et enfin par l’alc­col : « le vieil homme » saura élevé l’en­fant qui lui a été confié et en faire un homme à la façon des Indiens , c’est à dire dans l’amour et le respect de la nature. Bien sûr, cet enfant a de grands vides dans sa vie : son père qui lui promet­tait tant de choses qu’il ne tenait jamais et sa mère dont il ne prononce le nom qu’aux deux tiers du roman mais que la lectrice que je suis, atten­dait avec impa­tience. Ce roman suit la déam­bu­la­tion lente de la jument sur laquelle le père mourant tient tant bien que mal à travers les montagnes de la Colom­bie-Britan­nique, guidé par son fils qui jamais ne juge son père mais aime­rait tant le comprendre. Après Krol, Jérome Kathel, j’ai été prise par ces deux histoires, la tragé­die d’un homme qui ne supporte sa vie que grâce à l’al­cool. Et celle de son enfant qui a reçu des valeurs fonda­men­tales de celui qu’il appelle le vieil homme. Tout le récit permet aussi de décou­vrir le monde des Indiens, du côté de la destruc­tion chez le père, on vit alors de l’in­té­rieur les ravages mais aussi la néces­sité de l’al­cool. Souvent on parle de l’al­coo­lisme des Indiens, comme s’il s’agis­sait d’une fata­lité, mais au centre de ce compor­te­ment, il existe souvent des secrets trop lourds pour que les mots suffisent à les évacuer. L’en­fant en parle ainsi

C’est un peu comme un mot de cinq cents kilos

L’autre aspect, bien connu aussi du monde des Indiens, c’est l’adap­ta­tion à la nature qui remet l’homme à sa juste place sur cette planète. Et l’au­teur sait nous décrire et nous entraî­ner dans des paysages et des expé­riences que seule la nature sauvage peut nous offrir. 

Citations

Être indien

Il était indien. Le vieil homme lui avait dit que c’était sa nature et il l’avait toujours cru. Sa vie c’était d’être seul à cheval, de tailler des cabanes dans des épicéas, de faire des feux dans la nuit, de respi­rer l’air des montagnes, suave et pur comme l’eau de source, et d’emprunter des pistes trop obscures pour y voir, qu’il avait appris à remon­ter jusqu’à des lieux que seuls les couguars, les marmottes et les aigles connais­saient.

L’alcool

Le whisky tient à l’écart des choses que certaines personnes ne veulent pas chez elle. Comme les rêves, les souve­nirs, les désirs, d’autres personnes parfois.

La souffrance et l’alcool

J’ai essayé de me mentir à moi-même pendant un paquet d’an­nées. J’ai essayé d’me racon­ter que ça s’était passé autre­ment. J’ai cru que j’pour­rai noyer ça dans la picole. Ça a jamais marché du tout.

Les couchers de soleil

Lors­qu’ils passèrent la limite des arbres au niveau de la crête, les derniers nuages s’étaient écar­tés et le soleil avait repris posses­sion du ciel à l’ouest. Les nuages été à présent pommelé de nuances mordo­rées et il pensa que c’était bien la seule cathé­drale qu’il lui faudrait jamais.
Photo prise dans un blog que j’aime beau­coup : rura­lité .net
oui, les couchers de soleil sont des cathé­drales !

20161107_111041Traduit de l’an­glais par Élodie LEPLAT. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard. Notre Club s’est donné une tradi­tion pour clore ses lectures. Au mois de juin, nous élisons « notre coup de cœur des coups de cœur », pour cela, la ving­taine des parti­ci­pants – remar­quez le mascu­lin, cette année deux hommes nous ont rejointes !) doivent lire les dix livres en lice pour pouvoir parti­ci­per au vote autour d’agapes faites maison. « Le chagrin des vivants » avait connu un tel succès que je n’avais pas pu le lire l’an dernier , et depuis il est toujours sorti de la média­thèque. Comme je comprends son succès ! je pense que ce roman va être un concur­rent sérieux pour notre prix en juin 2017. 5 Le roman se déroule essen­tiel­le­ment à Londres, sur cinq jours, du 7 novembre 1920 au 11 novembre où toute cette grande ville et tout le pays lui-même se souvien­dra de ceux qui sont morts pendant la guerre 14 – 18 sur le sol de France. Nous suivons égale­ment la dépouille du « combat­tant inconnu » qui sera inhumé à West­mins­ter. Le début du roman est un peu compli­qué, car c’est un roman choral, nous suivons le destin d’Het­tie une jeune fille d’ori­gine très modeste, de 19 ans qui veut danser et vivre à tout prix alors que son frère mort vivant n’ar­rive pas à retrou­ver le goût de la vie après son retour du front. Puis à Evelyn d’ori­gine aris­to­crate qui a travaillé dans une usine d’ar­me­ment pendant la guerre pour oublier la mort de son fiancé, et se sent deve­nir une vieille fille acariâtre et enfin à Ada dont le fils est mort à Albert avant d’en­voyer cette carte postale de l’église tris­te­ment célèbre à sa mère. 066_001À partir de ces quatre femmes dont les destins se croisent, l’après guerre à Londres se dessine devant nos yeux de lecteur encore surpris de tant d’hor­reurs. Est-ce qu’il faut attendre 100 ans pour que tout soit dit sur une guerre ? J’ai beau­coup lu sur celle-ci, mais évidem­ment du côté fran­çais, il me semble qu’en France on a mieux traité les anciens combat­tants qu’en Grande Bretagne. Les hommes muti­lés sont réduits à la mendi­cité. J’ai­me­rais en savoir plus sur ce sujet mais déjà, dans la célèbre série Down­ton Abbey, on voit que les anciens soldats ont besoin de la charité publique pour se nour­rir. La force du roman vient de ce que peu à peu comme beau­coup de Londo­niens nous sommes atti­rés par la céré­mo­nie du 11 novembre 1920 où beau­coup de Britan­niques, dont nos quatre person­nages, trou­ve­ront dans cette céré­mo­nie en l’hon­neur du « combat­tant inconnu » un peu de conso­la­tion pour des maux si multiples et si profonds que rien ne semblait pouvoir les apai­ser. L’auteure a très bien rendu compte de la variété des destins bras­sés dans un même creu­set, celui de la guerre qui a tué, mutilé, ravagé une géné­ra­tion d’hommes jeunes et donc par voies de consé­quences de leurs proches.

Citations

Les souffrances d’une mère

L’au­tomne vint, les jour­nées commen­çaient à raccour­cir, la conscrip­tion à s’im­po­ser. Alors elle commença à prier, ce qu’elle n’avait pas fait depuis des années. Elle priait égoïs­te­ment, déses­pé­ré­ment, pour elle, pour Michael, pour que la guerre s’ar­rête à sa porte. Elle igno­rait à qui elle adres­sait ces prières, elle igno­rait qui était le plus puis­sant : un Dieu distant, qui écou­tait ou pas ; la guerre affa­mée elle-même, qui gron­dait sur leur seuil.

Ceux qui sont revenus

Pour­quoi ne peut-il pas passer à autre chose ? Pas seule­ment lui. Tous autant qu’ils sont. Tous les anciens soldats qui font la manche dans la rue, une planche accro­chée autour du cou. Tous vous rappellent un événe­ment que vous voudriez oublier. Ça a suffi­sam­ment duré. Elle a grandi sous cette ombre pareille à une grande chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie. La guerre est termi­née, pour­quoi ne peuvent-ils donc pas tous passer à autre chose, bon sang ?

Payer pour une inscription sur les tombes des soldats morts en France

Ils m’ont demandé quelle inscrip­tion mettre sur la tombe. C’était six pence la lettre, rien que ça. On aurait pu croire qu’ils paye­raient pour ça non ?

Qui a gagné la guerre

L’An­gle­terre n’a pas gagné cette guerre. Et l’Al­le­magne ne l’au­rait pas gagnée non plus - Qu’est ce que tu veux dire ? – C’est la guerre qui gagne. Et elle conti­nue à gagner, encore et toujours.

SONY DSC3Déso­lée pour la couver­ture de ce livre, j’ai rare­ment vu plus moche. Heureu­se­ment, comme ce roman a été couronné par tant de prix et admiré dans le monde des blogs cela n’empêchera personne de l’ache­ter . J’avais d’au­tant plus envie de le lire que j’avais commencé à l’en­tendre lu par l’au­teur lui-même. L’his­toire est main­te­nant bien connue, deux soldats de la guerre 14 – 18 réchappent de très peu à la mort, malgré la cruauté d’un « salo­pard de gradé » le lieu­te­nant d’Aul­nay Pradelle qui en veut à leur vie. Réunis par la mort qui est passée si près d’Al­bert Maillard, et qui a grave­ment mutilé Edouard Péri­court en lui arra­chant la moitié du visage, les deux anciens poilus vont essayer de survivre dans l’après guerre, puis ils vont imagi­ner une fabu­leuse escro­que­rie. Les deux person­na­li­tés sont tota­le­ment oppo­sées autant l’un est timoré et ne cherche qu’à se faire le plus discret possible, autant l’autre est complè­te­ment hors norme. Un des inté­rêt du roman, c’est de mettre en scène l’après guerre. Et si l’ar­naque aux monu­ments aux morts est une inven­tion roma­nesque, le scan­dale de la façon dont on s’est occupé des dépouilles des soldats tués au combat est en revanche tout à fait histo­rique. Le roman est soutenu par un suspens très fort, on se demande si, ayant échappé au pire, ces deux hommes ne vont pas connaître un destin funeste. Le person­nage de Henri d’Aul­nay-Pradelle est telle­ment odieux, qu’il en est cari­ca­tu­ral ; on espère sans cesse que la vie va lui faire payer toutes ses turpi­tudes. C’est ma grande réserve pour ce roman, je n’ai pas pu croire aux person­nages des méchants. Pas plus d’ailleurs, qu’au person­nage du fonc­tion­naire incor­rup­tible : il est mal aimé, mal habillé, porte un dentier qui tient mal, sent mauvais, n’est compris de personne, il faut donc avoir ce physique là pour ne pas être corrup­tible ? Le rythme du récit fait penser à un roman poli­cier, et les traits des person­na­li­tés à une bande dessi­née (et, il existe main­te­nant en bande dessi­née). Comme souvent, quand on attend beau­coup d’un roman, on est parfois déçu. Je m’at­ten­dais à beau­coup plus de nuances dans le trai­te­ment des person­nages. Ce serait si simple si les méchants étaient tous comme Henri d’Aul­nay-Pradelle, et tous les hommes poli­tique corrom­pus jusqu’au dernier.

Citations

Verdun

En 1916, au début de la bataille de Verdun – dix mois de combats, trois cent mille morts‑, les terrains de Chazières-Malmont, pas loin des lignes de front, encore acces­sible par la route et assez proches de l’hô­pi­tal, grand pour­voyeur de cadavres, s’étaient révé­lés, pendant un moment, un lieu pratique pour enter­rer les soldats. La fluc­tua­tion des posi­tions mili­taires et les aléas stra­té­giques bous­cu­lèrent à plusieurs reprises certaines parties de ce vaste quadri­la­tère dans lequel se trou­vaient à présent ense­ve­lis plus de deux mille corps, personne ne connais­sait réel­le­ment le nombre, on parlait même de cinq mille, ce n’était pas impos­sible, cette guerre avait fait explo­ser tous les records.

J’adore cette scène

Henri (le sale type de l’his­toire) n’at­ten­dit pas la fin de la phrase pour quit­ter la pièce en claquant violem­ment la porte derrière lui. Ce bruit allait faire vibrer la maison de haut en bas. Hélas, l’ef­fet tomba à l’eau. Cette porte, munie d’un méca­nisme pneu­ma­tiques, se rabat­tit lente­ment avec des petits ouf… ouf… ouf… sacca­dés.

les sentences de Madame Maillard qui scandent le roman à chaque difficulté de son fils Albert

Albert a voulu partir aux colo­nies , bon, moi je veux bien. Mais s’il fait comme ici et qu’il se met à pleur­ni­cher devant les indi­gènes, il va pas arri­ver à grand chose, c’est moi qui vous le dis ! Mais bon c’est Albert. Qu’est ce que vous voulez, il est comme ça.

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 5 Un grand merci égale­ment à Sandrine qui m’avait déjà donné envie de lire ce roman-biogra­phie, le style est abso­lu­ment magni­fique. L’au­teur est tota­le­ment impré­gné de l’œuvre de Ravel , et il veut que son écri­ture rende compte à la fois du carac­tère de Ravel, de son inspi­ra­tion musi­cale, et de la violence de la guerre 1418. Je vous conseille une expé­rience : lire la page 165, en écou­tant le concerto pour la main gauche , les phrases plus belles les unes que les autres parlent si bien de la musique que j’ai eu du mal à maîtri­ser mon émotion.

Quelques notes claires dans les ténèbres, et c’est comme une énorme bulle remon­tée des profon­deurs, gorgée de lumière, qui s’ou­vri­rait au visage. La souf­france s’éteint, l’an­goisse dispa­raît, et la beauté fami­lière, si mal connue et tout à coup dévoi­lée, donne son dernier baiser. C’est la vie qui reflue à celui qui la perd, juste avant la fin le meilleur de la chan­son.

Je ne connais­sais pas la vie de Ravel, et long­temps je ne pouvais citer de son œuvre que Le Boléro. Peu à peu , j’ai appris à aimer sa musique et j’aime beau­coup ce qu’il a écrit pour la voix. Cette biogra­phie lui rend un hommage vibrant et discret, à l’image de ce qu’a été la vie de ce grand compo­si­teur fran­çais. Une élégance et une discré­tion qui allait de pair avec un enga­ge­ment total dans ce qu’il croyait. Sa déter­mi­na­tion à servir son pays, alors que, trois fois, il avait été réformé par la méde­cine mili­taire est admi­rable, mais ce qui m’a la plus touchée, c’est lors­qu’il refuse après la guerre la Légion d’Hon­neur. Lui qui avait vu tant d’hommes mourir au combat ne pouvait pas accep­ter la moindre récom­pense pour sa musique qu’il savait par ailleurs admi­rable. Il faut lire ce livre, pour ressen­tir la genèse de la créa­tion musi­cale, la vie de ce compo­si­teur hors du commun et pour comprendre la force du patrio­tisme en 1914, mais par dessus tout il faut le lire pour le style de Michel Bernard qui m’a récon­ci­liée avec la litté­ra­ture fran­çaise, c’est un grand plai­sir de lire de si belles phrases dans sa langue mater­nelle.

Citations

Le désir de servir sa patrie

La guerre