Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse , d’ailleurs j’ai une petite remarque à propos de la traduc­tion, que penser de cette phrase :« John Berger accom­pagne John Sassal, un méde­cin de campagne un ami à lui  » ? 

Je savais pour avoir lu les critiques sur de nombreux blogs, que je lirai ce roman, La souris jaune, Keisha, Domi­nique, Krol, Aifelle (et sans doute, bien d’autres encore) en ont parlé avec enthou­siasme . Je partage avec Aifelle l’agacement à propos des #hash­tag malgré la justi­fi­ca­tion que j’ai lue. Je ne trouve pas du tout que cela crée un réseau souter­rain au roman, mais ce qui est sûr c’est que ça freine désa­gréa­ble­ment la lecture. Ce roman est un travail de deuil pour l’auteure qui vient de perdre un compa­gnon, Pablo, tendre­ment aimé et qui raconte celui que Marie Curie a été amenée à faire lors de la mort acci­den­telle de Pierre. Les deux souf­frances se mêlent pour nous donner ce roman dont j’ai eu envie de reco­pier des passages entiers pour vous faire parta­ger mon plai­sir et aussi rete­nir ce que Rosa Montero nous dit de façon si simple et si humaine. J’ai beau­coup lu à propos de Marie Curie, en parti­cu­lier, il y a bien long­temps, le livre d’Ève Curie, et je me souviens très bien de la souf­france de Marie, la scène où elle brûle les effets tâchés du sang de Pierre sont gravés dans ma mémoire. J’aime cette femme de tout mon être , elle corres­pond à un idéal qui a marqué la géné­ra­tion de mes parents. Mais c’est aussi un idéal impos­sible à atteindre, comme tous les génies elle est hors de portée des autres femmes. Mais cela fait tant de bien qu’elle ait existé. Je connais­sais aussi l’épisode où la presse s’est éver­tuée à la détruire car elle a été la maîtresse de Paul Lange­vin . De tout temps la presse a été capable de s’amuser à détruire la répu­ta­tion d’une personne surtout si elle est célèbre. Mais l’accent que met Rosa Montero sur la person­na­lité de Paul Lange­vin montre les peti­tesses de ce person­nage. Il a trompé sa femme et il l’a fait jusqu’au bout de sa vie mais il n’est victime d’aucun juge­ment de la part de la presse ni de l’opinion publique. Bien sûr il ne défen­dra pas Marie qu’il lais­sera tomber, mais fina­le­ment il se rappel­lera à son bon souve­nir en lui deman­dant une place dans de cher­cheuse dans son labo­ra­toire pour une fille qu’il a eu avec une de ses étudiantes . Quel galant homme !

Ce roman nous entraîne donc dans une réflexion sur le deuil et la condi­tion de la femme dans le couple. Cette superbe éner­gie que l’on connaît chez Marie Curie, on sait qu’elle habite Rosa Montero qui roman après roman nous livre le plus profond de son imagi­na­tion. Rien ne peut l’arrêter d’écrire, comme rien n’a pu arrê­ter Marie d’aller véri­fier ses expé­riences dans son labo­ra­toire. Seule­ment ce sont aussi des femmes de chaires et de sang et elles peuvent flan­cher. Marie après la mort de Pierre s’est enfer­mée dans un silence morti­fère et après la cabale de la presse à propos de son amour avec Paul Lange­vin, elle est restée un an loin du monde et de ses chères recherches. Est-ce la façon de cette auteure de nous dire que sa souf­france a failli, elle aussi, la faire trébu­cher vers la non vie ?

Citations

l’écriture

Je me sens comme le berger de cette vieille blague qui sculpté distrai­te­ment un morceau de bois avec son couteau, et qui, quand un passant lui demande : « Mais vous faites la figure de qui ? » répond : « Eh bien, s’il a de la barbe saint Antoine, sinon la Sainte Vierge. »

Autobiographie ou roman ?

Même si, dans mes romans, je fuis l’autobiographie avec une véhé­mence parti­cu­lière, symbo­li­que­ment je suis toujours en train de lécher mes bles­sures les plus profondes. À l’origine de la créa­ti­vité se trouve la souf­france, la sienne et celle des autres.

La féminité dans les années 70

J’appartiens à la contre-culture des années 70 : nous avions banni les soutiens-gorge et les talons aiguilles, et nous ne nous épilions plus sous les bras. J’ai recom­mencé à m’épiler par la suite, mais quelque part j’ai conti­nué de lutter contre le stéréo­type fémi­nin tradi­tion­nel. Jamais je n’ai porté de talons (je ne sais pas marcher avec). Jamais je ne me suis mis du vernis à ongle. Jamais je ne me suis maquillée les lèvres.

Réflexions sur le couple

« Le problème avec le mariage, c’est que les Femme se marient en pensant qu’ils vont chan­ger, et les hommes se marient en pensant qu’elles ne vont pas chan­ger.« Terri­ble­ment lucide et telle­ment bien vu ! L’immense majo­rité d’entre nous s’obstine à chan­ger l’être aimé afin qu’il s’adapte à nos rêves gran­dioses. Nous croyons que, si nous le soignons de ses soi-disantes bles­sures, notre parfait bien-aimé émer­gera dans toute sa splen­deur. Les contes de fées, si sages le disent clai­re­ment : nous passons notre vie à embras­ser des crapauds , convain­cues de pouvoir en faire des princes char­mants. .…. quand Arthur dit que les hommes croient que nous n’allons pas chan­ger, il ne veut pas parler du fait que nous prenions un gros cul et de la cellu­lite, mais que notre regard se remplit d’amertume, que nous ne les bichon­ner plus et ne nous occu­pons plus d’eux comme si c’étaient des dieux, que nous pour­ris­sions notre vie commune par des reproches acerbes.
Tant de fois, nous menton aux hommes. À tant d’occasions, nous faisons semblant d’en savoir moins que nous n’en savons, pour donner l’impression qu’ils en savent plus. Ou nous leur disons que nous avons besoin d’eux pour quelque chose alors que ça n’est pas vrai. Juste pour qu’ils se sentent bien. Ou nous les adulons effron­té­ment pour célé­brer la moindre petite réus­site. Et nous allons jusqu’à trou­ver atten­dris­sant de consta­ter que, si exagé­rée soit la flat­te­rie, ils ne s’aperçoivent jamais que nous sommes en train de leur passer de la pommade, parce qu’ils ont véri­ta­ble­ment besoin d’entendre ces compli­ments, comme des adoles­cents auxquels il faut un soutien exté­rieur afin qu’ils puissent croire en eux

Le cadeau de Pierre à son amoureuse

Avec Marie il avait trouvé son âme sœur. En fait, au début de leur rela­tion, au lieu de lui envoyer un bouquet de fleurs ou des bonbons, Pierre lui avait envoyé une copie de son travail, inti­tulé » Sur la symé­trie des phéno­mènes physiques. Symé­trie d’un champ élec­trique et d’un champ magné­tique » : on convient que ce n’est pas un sujet qui fascine toutes les jeunes filles.

J’ai souri

On se mit tout de suite à utili­ser les rayons x pour diag­nos­ti­quer les frac­tures des os, comme main­te­nant, mais aussi à des fins absurdes comme par exemple pour combattre la chute des cheveux : on dirait que chaque nouveauté inven­tée par l’être humain est testé contre la calvi­tie, cette obses­sion terrible atti­sée par le fait que ceux qui perdent leurs cheveux, ce sont des hommes.

La mort

Je suis sûre que nous parlons tous avec nos morts : moi bien évidem­ment je le fais, et pour­tant je ne crois pas du tout à la vie après la mort. Et j’ai même senti Pablo à mes côtés de temps à autre .…… Marie s’adresse à Pierre parce-qu’elle n’a pas su lui dire au revoir, parce-qu’elle n’a pas pu pu lui dire tout ce qu’elle aurait dû lui dire, parce qu’elle n’a pas pu ache­ver la narra­tion de leur vie commune.

Paul Langevin le grand homme !

Quelques années plus tard Paul Lange­vin eut une enfant illé­gi­time avec une de ses anciennes étudiantes ( un vrai cliché) et il demanda à Madame Curie de donner à cette fille un travail dans son labo­ra­toire. Et vous savez quoi ? Marie le lui donna.

Traduit de l’espagnol par Bertille Haus­berg.

C’est un livre abso­lu­ment génial, d’ailleurs, Keisha  l’a mis deux fois sur son blog ! La petite souris jaune dont j’aime beau­coup les idées de lecture, l’a aussi plébis­cité. J’avais emporté le livre Rosa Montero dont j’ai déjà chro­ni­qué « le terri­toire des barbares  » et « le roi trans­pa­rent  » dans un voyage aux Açores, j’aime beau­coup relier un voyage à une bonne lecture. Je suppose que cette auteure va être ravie, elle vient d’obtenir 5 coquillages pour la première fois sur Luocine, et encore si je pouvais lui mettre tous les coquillages de la plage, je les lui mettrais sans aucune hési­ta­tion. C’est un livre génial et j’ai eu envie de le reco­pier en entier, telle­ment j’ai peur d’oublier ces purs moments de bonheur total, je voudrais apprendre ce livre par cœur pour pouvoir le citer sans effort, Rosa Montero donne des clés sur ce qui l’amène à écrire :

Je pour­rais dire aussi que j’écris pour suppor­ter l’angoisse de la nuit. Dans l’agitation fébrile de l’insomnie, pendant qu’on se tourne et se retourne dans son lit, on a besoin de penser à quelque chose pour ne pas voir les menaces enva­hir les ténèbres.

À travers de courts chapitres, tous très inté­res­sants, elle traite des diffé­rents moments de la créa­tion litté­raire. C’est vivant, varié et drôle. On la suit aussi dans ses amours, décep­tions et embal­le­ments mais ce n’est pas une auto­bio­gra­phie car l’imagination de la roman­cière n’est jamais bien loin. Il ne s’agit pas, non plus, d’un essai exact et méti­cu­leux au sujet de la créa­tion roma­nesque mais d’un livre qui permet de faire vivre la créa­tion. D’ailleurs ses amours avec » M » pour­raient donner lieu à 3 romans diffé­rents qui lui restent à écrire. Rosa Montero foisonne d’idées, « la folle du logis » enva­hit toute sa vie et ses réflexions. Ce livre est aussi un régal pour la balade qu’il nous fait faire chez les roman­ciers les plus variés. Les portraits sont rapides et jamais méchants, j’ai remis, grâce à elle, dans mes listes le livre de Victor Klem­pe­rer que je voulais lire depuis long­temps à propos du langage tota­li­taire. On est en bonne compa­gnie avec tous les auteurs dont elle parle bien mais elle n’est jamais, vis à vis d’eux, dans une admi­ra­tion béate. Je suis ravie de ce qu’elle a écrit sur Goethe dont l’oeuvre m’a telle­ment ennuyée et pour­tant, j’ai essayé tant de fois de le lire. Je suis contente qu’elle rappelle la méchan­ceté stupide de Sainte-Beuve contre Sten­dahl. Car c’est aussi cela son livre, un chemi­ne­ment avec des auteurs connus qui sont dans toutes les mémoires des écri­vains et des lecteurs. Elle sait qu’entre écrire et lire, si elle était obli­gée de choi­sir, elle garde­rait la lecture qui, pour elle, repré­sente les fonda­tions à tout acte d’écriture. (J’en suis restée aux fonda­tions ! !)

Citations

Souvenirs familiaux

Ma sœur Martina et moi échan­geons parfois, comme des images, certaines scènes du passé : c’est à peine si le foyer fami­lial dessiné par chacune de nous a des points communs. Ses parents s’appelaient comme les miens et habi­taient une rue portant le même nom mais ce ne sont abso­lu­ment pas les mêmes personnes.

Nous inven­tons nos souve­nirs, ce qui revient à dire que nous nous inven­tons nous – mêmes car notre iden­tité se trouve dans notre mémoire, dans le récit de notre biogra­phie.

L’écrivaine

Les mots sont pareils à ces pois­sons des grandes profon­deurs, un simple scin­tille­ment d’écailles au milieu des eaux noires. S’ils se décrochent de l’hameçon, on a peu de chance de les repê­cher. Les mots sont rusés, rebelles et fuyants. Ils n’aiment pas être domes­ti­qués. Domp­ter un mot (en faire un cliché) c’est le tuer.

La mort

Les roman­ciers, scribes incon­ti­nents, décrochent inlas­sa­ble­ment des mots contre la mort, comme des archers postés sur les créneaux d’un château fort en ruine. Mais le temps est un dragon à la peau dure qui dévore tout. Nul ne se souvien­dra de la plupart d’entre nous dans un siècle ou deux : ce sera exac­te­ment comme si nous n’avions pas existé. L’oubli total de nos prédé­ces­seur est une chape de plomb, la défaite qui préside à notre nais­sance et vers laquelle nous nous diri­geons. Notre pêché origi­nel.

Ecrire

Aussi long­temps qu’ils restent dans les limbes ruti­lantes de l’imaginaire, dans le domaine des projets et des idées, nos livres sont abso­lu­ment merveilleux, les meilleurs qu’on ait jamais écrits. C’est plus tard que les choses se gâtent, au moment où on se met à les fixer mot après mot dans la réalité, comme Nabo­kov épin­glait ses malheu­reux papillons sur du liège, quand on les trans­forme inexo­ra­ble­ment en choses mortes, en insectes cruci­fiés, même si on les recouvre de poudre d’or.

L’engagement

Parfois, une même personne peut avoir des compor­te­ments diffé­rents : se montrer héroïque face à certaines menaces et lamen­tables en d’autres circons­tances. Le très célèbre mani­feste de Zola en faveur de Drey­fus est toujours cité comme exemple de l’engagement moral et poli­tique de l’écrivain et Zola a dû sans aucun doute faire preuve de courage pour écrire son « J’accuse » plein de fureur, prati­que­ment seul face à tous les bien-pensants. Mais on oublie que ce même Zola avait refusé trois ans plus tôt de signer le mani­feste à Oscar Wilde, condamné à deux ans d’emprisonnement dans les terribles geôles victo­riennes pour homo­sexua­lité.

L’envie d’être lu

Dieu sait d’où nous vient ce besoin impé­rieux qui fait de tous les écri­vains des éter­nels indi­gents du regard des autres.

L’écriture dite féminine

Quand une femme écrit un roman dont le person­nage est une femme tout le monde consi­dère qu’elle parle des femmes mais quand un homme écrit un roman dont le héros est un homme, tout le monde consi­dère qu’il parle du genre humain.

L’écriture et la lecture

On écrit pour apprendre, pour savoir, et on ne peut entre­prendre ce voyage vers la connais­sance si on emporte avec soi des réponses préa­lables.

Car lire c’est vivre une autre vie.

Un lecteur vit plus long­temps que les autres car il ne veut pas mourir avant d’avoir terminé le livre commencé.

(d’après les propos de Graciela Cabal)

Le roman

C’est pour­quoi le roman est le genre litté­raire que je préfère, celui qui se prête le mieux au carac­tère décousu de la vie. La poésie aspire à la perfec­tion, l’essai à l’exactitude, le drame à l’ordre struc­tu­rel. Le roman est l’unique terri­toire litté­raire où règnent là même impré­ci­sion, la même déme­sure que dans l’existence humaine.

20160918_124104Traduit de l’espagnol par Eduardo Jime.

3
S’il s’agit bien ici d’un roman d’espionnage, il s’agit surtout de décou­vrir un aspect peu connu de la guerre d’Espagne. Et loin de suivre les exploits d’une « James Bond girl », on est, sans doute, plus près de la réalité en matière d’espionnage, presque tout se passe dans un salon de couture. Et si la jeune Sira sait habiller les femmes qui ont les moyens de dépen­ser des fortunes pour se vêtir alors que l’Espagne est rava­gée par la misère, elle sait aussi écou­ter les conver­sa­tions, qu’elle rapporte fidè­le­ment aux auto­ri­tés britan­niques.

Le cœur du roman, et une grande partie de son inté­rêt c’est de nous racon­ter ce moment parti­cu­lier où Franco après sa victoire contre les répu­bli­cains a hésité à s’engager auprès des alle­mands qui l’avaient si bien aidé dans ses combats. Cette jeune Sira est dabord une femme assez sotte qui a failli finir en prison pour les beaux yeux d’un malfrat . Mais elle luttera de toutes ses forces pour s’en sortir et créera à Tanger un salon de couture pour clien­tèle huppée, elle fréquente une popu­la­tion cosmo­po­lite du plus bas de l’échelle sociale à la maîtresse du gouver­neur. Elle est recru­tée par les services britan­niques et repart à Madrid. La situa­tion de l’Espagne n’occupe pas une grande place dans ce roman mais les quelques pages qui lui sont consa­crée sont abso­lu­ment terribles.

J’ai des réserves sur ce récit , car il contient trop d’ingrédients dont les auteurs ont telle­ment abusés : la jeune fille sans père qui est fina­le­ment recon­nue par son géni­teur qui se trouve être une des grandes fortunes d’Espagne ; un bel amou­reux qui n’en veut qu’à son argent ; une jeune coutu­rière qui démarre de rien et qui à force de travail devient riche et recher­chée par toute la haute société ; et pour couron­ner le tout un futur mari bien comme il faut .… Ça fait beau­coup, mais malgré cela, j’ai lu avec inté­rêt ce moment de l’histoire espa­gnole.

Citations

Personnalité britannique peu sympathique

Sa résis­tance à l’alcool se révé­lait stupé­fiante, presque compa­rable aux mauvais trai­te­ments infli­gés à la domes­ti­cité. Il s’adressait à eux en anglais, de mauvaise humeur, sans prendre la peine de consi­dé­rer qu’ils igno­raient tota­le­ment sa langue, et quand il se rendait compte qu’ils n’avaient rien compris, il se mettait à hurler en hindi, la langue de ses anciens domes­tiques à Calcutta, comme si, pour les employeurs de maison, il exis­tait une langue univer­selle.

La misère en Espagne après la guerre civile

Madame Engra­cia est à moitié aveugle et elle déam­bule dans les rues ; elle a l’air folle elle remue avec un bâton tout ce qu’elle trouve. Dans ton quar­tier, il n’y a plus ni chats ni pigeons, ils les ont tous mangés .… Andeita a été éven­trée par un obus un après midi en traver­sant la rue Fuen­car­ral pour rejoindre son lieu de travail.…Sole a eu des jumeaux ; cadeau d’un mili­cien qui a disparu sans meme leur lais­ser un nom ; comme elle n’a pas pu garder les enfants, parce qu’elle n’avait pas de quoi les entre­te­nir, ils ont été emme­nés à l’hospice, et elle n’a plus eu de nouvelles On raconte qu’elle se vend main­te­nant aux débar­deurs du marché de la Cebada, elle demande une peseta par passe, sur place, contre le mur ; elle traîne dans le coin, elle ne porte pas de culotte, elle soulève sa jupe dès que les camion­nettes arrivent, aux premières lueurs de l’aube.

20150912_183039Traduit de l’espagnol par Alain Keru­zoré.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

2
Aban­don ou presque… Cela ne m’arrive pas souvent et encore moins de le mettre sur mon blog. Je l’ai lu conscien­cieu­se­ment jusqu’à la page 100. Et puis ensuite en diago­nale jusqu’à la fin. Je sais que je rate quelque chose (n’est ce pas Keisha ?), mais cet auteur est, pour moi, tota­le­ment indi­geste. Tout commence par une rencontre amou­reuse. Et horreur (c’est moi qui dis horreur), le person­nage lui est très ennuyé, la jeune femme meurt dans ses bras. Aucune autre réac­tion si ce n’est de savoir quoi faire : partir, rester ? Je déteste ce genre de person­nage qui semble ne jamais rien déci­der dans leur vie et qui laisse le destin agir pour eux. Toutes ses déci­sions l’entraîneront à entrer plus avant dans la vie de cette jeune femme à connaître son amant, son mari…

Le style est dit « envou­tant » moi je le trouve étouf­fant, on ne respire jamais, on est écrasé par les répé­ti­tions et les circon­vo­lu­tions de la pensée du person­nage. On m’a parlé d’humour, je ne l’ai pas vu. Mais, on ne peut être sensible à l’humour quand on est si forte­ment agacé par un roman. Je suis d’autant plus déso­lée de ne pas avoir accro­ché à cette écri­ture que ce roman a été conseillé par une char­mante parti­ci­pante espa­gnole de notre club de lecture.

Citations

Je copie la première phrase car, jusque là, je croyais aimer ce livre

Personne ne pense jamais qu’il se retrou­vera un jour une morte entre les bras et n’en verra plus le visage dont il garde le nom.

Traduit de l’espagnol par Myriam CHIROUSSE.
Merci à Keisha et à Atha­lie (qui n’a pas encore fait de billet sur ce livre me semble-t-il ?) leurs conseils étaient bons « le roi trans­pa­rent » valait que je persé­vère dans la lecture de Rosa Montero.

4
Cette histo­rienne adore le Haut Moyen-Age , la période où les socié­tés humaines ont failli faire un peu plus de place aux femmes, et où la reli­gion aurait pu deve­nir moins fana­tique. Hélas ! On connaît la suite… 
le roman se termine avec l’anéantissement des Cathares et la fin d’une utopie reli­gieuse qui aurait fait une place aux femmes et à la réflexion . L’auteur nous prévient dans sa volonté de nous présen­ter un roman d’aventure passion­nant, elle se permet quelques distor­sions avec les dates … Les puristes juge­ront !

Quant à moi, j’ai senti son plai­sir de nous faire décou­vrir la vie de cette époque à travers l’histoire impro­bable d’une jeune paysanne serve qui devient libre et culti­vée. La jeune Léola amou­reuse de son Jacques devra se cacher sous l’armure d’un cheva­lier pour avoir la vie sauve. À travers sa fuite à la recherche de son amou­reux , puis simple­ment pour survivre, nous compre­nons peu à peu ce qu’a été cette époque ; aussi bien dans les détails vesti­men­taires que dans les idées et les conflits armés qui ont boule­versé la vie des habi­tants si souvent victimes de la fureur des plus puis­sants qu’eux.

Les cheva­liers ne ressortent pas grandi la seule chose qu’ils sachent faire c’est se battre, tuer et encore tuer. Cela se termine auprès des Cathares qui semblent être bien seuls dans leur envie de vivre en paix , ils ne pour­ront guère résis­ter à la folie guer­rière des soi-disant cheva­liers armés par une idéo­lo­gie chré­tienne qui permet­tait de brûler tout ce qui pouvait de près ou de loin ressem­bler à une héré­sie.

Le livre se lit très faci­le­ment , les person­nages sont sympa­thiques ou odieux et on n’est jamais très loin du merveilleux. Il y a une sorte de faci­lité dans ce roman qui me gène un peu mais aussi une jubi­la­tion qui emporte mon adhé­sion.

Citations

Le début des villes

Les bourgs affran­chis travaillent mieux, paient des béné­fices, créent moins de problèmes, parti­cipent en hommes et en argent aux conflits armés

Les reliques

Les fameuses reliques… Vous recon­naî­trez que quelques-unes sont fran­che­ment curieuses… Une fiole du lait de la Vierge, un frag­ment des langes de Jésus… Je suis presque tentée de donner raison aux cathares lorsqu’ils disent que tout cela n’est que super­che­rie païenne.

Le poids des mots

Les paroles émues sortent trop vite de la bouche et on finit par dire des choses qui ne sont pas tout à fait vraies . Et nous devons respec­ter les mots, parce qu’ils sont le vase qui nous donne notre forme.

Le Christ comme tout enfant juif était circoncis, et c’est ce qu’on célèbre le 1er janvier !

Quel mal y aurait-il à toujours à commen­cer l’année le même jour ! Il y en a qui disent que ce serait bien mieux de la faire commen­cer au 1 janvier ! Au jour glorieux de la circon­ci­sion du Sauveur !

Les dangers de l’écriture au moment d’un débat sur l’écriture à la main ou au clavier

Non seule­ment c’est une façon d’écrire gros­sière et appau­vris­sante qui ne peut soute­nir aucune compa­rai­son avec la beauté de la calli­gra­phie caro­lin­gienne, mais qui plus est, la divul­ga­tion de cette écri­ture maligne parmi la plèbe et autres gens sans éduca­tion ne fait que paver la route du démon. Ne voyez-vous pas la gravité et le danger qu’il peut y avoir à mettre certaines connais­sances, même fausses et médiocres à la portée de la plèbe inculte ?

La théorie des Cathares

Notre coeur est la seule église de Dieu , et c’est la plus belle. Nous n’avons pas besoin de construire des édifices coûteux , qui ne servent à rien sauf à y enter­rer des sommes consi­dé­rables d’argent qui pour­raient être utili­sées pour pallier les besoins pres­sants des fidèles.

On en parle

Chez Keisha et Yspad­den et Zazie qui s’est ennuyée ce que je peux comprendre aussi.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41PfOsdO2ML._SL500_AA300_.jpg

Traduit de l’Espagnol par André GABASTOU

4
J’ai décou­vert Rosa Montero grâce aux blogs, à Keisha,en parti­cu­lier, et j’ai en réserve « le roi trans­pa­rent ». J ai lu avec plai­sir ce roman, et je suis entiè­re­ment d’accord avec ce que plusieurs d’entre vous en disaient. Elle sait créer une atmo­sphère.

Les barbares dont il s’agit ici, ce sont les êtres si accro­chés à la drogue, qu’aucune valeur humaine ne résiste à leur passion destruc­trice. Ce que le person­nage prin­ci­pal a été capable de faire pour se payer sa dose du temps de son addic­tion est abso­lu­ment révol­tant. C’est le genre d’histoires que je déteste lire d’habitude. Je sais que l’horreur existe, il suffit que j’ouvre un jour­nal, mais je n’aime pas le lire en roman.

Le talent de Rosa Montero c’est d’avoir situé son histoire au moment où Zarza , cette ancienne droguée est sortie de son addic­tion. Son frère , ange maudit qui l’a fait plon­ger dans la drogue la pour­suit pour se venger ; l’ambiance de cette traque est bien rendue. Elle nous permet aussi de remon­ter à l’enfance et de comprendre bien des aspects de la souf­france de cette jeune femme. Ce qu’elle voulait se cacher à elle-même : les actions les plus sordides qu’elle avait été capable de commettre autre­fois, lui reviennent comme des nausées qui l’étouffent.

Le monde de la drogue est bien raconté, et comme Zarza est une histo­rienne du Moyen-âge son récit s’enrichit de romans de la cheva­le­rie. J ai quand même quelques réserves , est ce que cela vient de la traduc­tion ou pas, le style est très complai­sant, et la construc­tion du roman est –à mon avis- alour­die par les récits du « roman de Chré­tien de Troyes ». Mais c’est avant tout un très bon livre sur un sujet telle­ment tragique.

Citations 

Le destin

L’enfance est l’endroit où tu passes le reste de ta vie, pensa Zarza ; les enfants battus battront leurs enfants, les fils d’ivrognes devien­dront alcoo­liques, les descen­dants des suici­dés se tueront , ceux qui ont des parents fous le seront à leur tour.

Vivre avec la drogue

La vie est une guerre. Non, la vie, c’est comme avan­cer dans un pays inconnu. Il faut que tu sois sans arrêt sur tes gardes à l’affût.…Et chaque jour qui passe, les jours empirent, parce que tu pénètres de plus en plus dans le pays des méchants, de plus en plus seul, de plus en plus cerné.

Pourquoi je ne me ferai jamais tatouer

C’est con que les tatouages durent plus long­temps que les souve­nirs.

L’addiction

Zarza cher­chait la Reine, parce qu’en dehors de ses bras, le monde semble exsangue et asphyxiant, un univers insup­por­table en blanc et noir. La Reine tue, mais sans elle on n’a plus envie de vivre et souvent il ne reste plus qu’à courir , courir de plus en plus vite , galo­per jusqu’à l’abîme et s’écraser .
Le chemin vers l’enfer est fait de petits faux pas.

Philosophie de vie

Si tu n’es pas capable de voir les autres, tu ne peux pas non plus te voir toi-même. Parce que les autres, ceux qui t entourent, ta vie et les enga­ge­ments qu’elle implique, ce sont les limites qui te font être ce que tu es.

On en parle

« Conduite en état livresque  » (le nom du blog est assez bien trouvé non ?).

http://extranet.editis.com/it-yonixweb/IMAGES/ESL/P3/9782365690447.JPG

Traduit de l’espagnol par Cata­lina SALAZAR

3
Ouf j’ai fini ! J’ai traîné ce livre pendant 10 jours en cher­chant pour­quoi Cathulu et Clara avaient été aussi enthou­siastes, c’est ce qui m’a permis, d’ailleurs,d’aller jusqu’au bout. Même la fin est déce­vante, évidem­ment c’est au lecteur de l’imaginer !

Les hypo­con­driaques me font rire d’habitude mais celui-là m’a ennuyée , on ne sait abso­lu­ment pas pour­quoi il est tueur et pour­quoi il doit tuer sa victime. On a une pâle expli­ca­tion à la fin, une sombre histoire d’héritage. L « impor­tant n’est pas là , mais dans la descrip­tion de toutes les mala­dies du tueur.

On sourit parfois (heureu­se­ment !) , mais 230 pages sur les mala­die imagi­naires, les siennes, ou celles des hommes illustres, c’est terri­ble­ment ennuyeux. J « ai souri à la descrip­tion de sa gros­sesse nerveuse et je veux bien croire que c’est très rare chez l’homme ! C’est compli­qué de tuer un homme quand on louche, quand on est atteint de sommeils subits à n’importe quel moment de la jour­née, de cris­pa­tions des doigts au moment de tirer…

Contrai­re­ment à Clara, j’ai trouvé ce roman très répé­ti­tif et puis même traité sous le ton de l’humour j’ai fini par ne plus suppor­ter les descrip­tions des mala­dies. On sait par avance qu’il ne parvien­dra pas à tuer sa cible, le seul inté­rêt c’est de savoir quelle nouvelle mala­die va l’en empê­cher. Cela ne m’a pas suffit pour trou­ver de l’intérêt à cette longue élucu­bra­tion sur toutes les patho­lo­gies que l’on peut s’inventer aujourd’hui.

Citations

Genre de statistiques absurdes mais drôles

Selon le Dépar­te­ment des Risques de l’université de l’Iowa, il y a 700 000 méde­cins en acti­vité aux États-Unis et il meurt 120 000 personnes par an pour des raisons déri­vées d’une mauvaise pratique médi­cale. Cela équi­vaut à une moyenne de 0,171 mort par méde­cin. Par ailleurs , 80 millions d’Américains possèdent une arme à feu et 1500 personnes meurent chaque année d’un acci­dent lié à ces mêmes armes a feu . Ce qui donne une moyenne de 0,0000188 mort acci­den­tel par armes. Par consé­quent , si l’on en croit les statistiques,nous devrions en conclure qu’un méde­cin est 9000 fois plus dange­reux qu’une arme à feu, conclu­sion sans doute exagé­rée. 

Conseils pour être un bon tueur

Ne tue jamais sous l’emprise de la colère,même pas les gens qui t’énervent dans le métro , dans les bureaux de l’administration publique ou à la merce­rie , même si l’on te méprise en raison de ton physique diffé­rent, de ta façon de te dépla­cer et de t habiller , de tes coutumes taci­turnes , de ton âme sensible et mélan­co­lique et, parfois aussi, de ta maladresse au tir. 

On comprend son médecin

Le dernier méde­cin de famille que j’ai appelé lors d’une attaque de goutte en pleine nuit , avec le gros doigt du pied droit et les genoux enflés , m’a dit à l’aitre bout du fil :
- Bon Dieu, vous voulez bien arrê­ter de télé­pho­ner à n’importe quelle heure, monsieur ? Je vais vous donner un autre numéro. Notez le : 901 242 626. C’est bon ? Vous l’avez ? Bien , c’est celui d’une entre­prise de pompes funèbres. Ils s’occuperont mieux de vous que moi. 

On en parle

Je n’ai trouvé que des avis posi­tifs, je suis visi­ble­ment la seule à m’être ennuyée ! Outre Clara et Cathulu le blog de Moon

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Traduit de l’espagnol par Fran­çois Maspero.

3
Livre prêté par une amie, Gene­viève, Photo­graphe, parce qu’elle y avait trouvé une réflexion inté­res­sante sur l’acte de photo­gra­phier. Loin de son travail, ce roman est une analyse, ô combien précise, du métier de repor­ter-photo­graphe de guerre, au cours du roman la réflexion s’élargit à la photo­gra­phie et à l’art en géné­ral.

Ce que ne m’avait pas assez dit Gene­viève, c’est l’horreur du sujet, la violence des guerres dont a été témoin ce repor­ter. Ce livre lu entre Paris et Saint-Malo, m’a plombé complè­te­ment le moral. Par la violence des descrip­tions – le sujet est d’ailleurs très proche- il m’a fait penser au film « Incen­dies  ». Mais contrai­re­ment à Gene­viève, les mots ont pour moi une réalité bien plus forte que les images.

Le livre pose un problème qui m’a toujours plus ou moins hanté, au lieu de photo­gra­phier des bébés mourant de faim pour­quoi les photo­graphes des maga­zines occi­den­taux ne les nour­rissent pas. Pour les photo­gra­phies de guerre, je dois dire que je ne les regarde jamais, j’en ai quand même dans mon réser­voir à images, celle de Capa qui est commenté dans ce roman, et la femme en pleurs après un atten­tat en Algé­rie.

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Ce roman est très prenant, mais m’a mise très mal à l’aise : comment quelqu’un d’aussi douée pour la vie que Gene­viève peut me conseiller de lire de tels passages.

« Ce n’était pas possible de photo­gra­phier le danger ou la faute. Le bruit d’une balle qui fait explo­ser un crâne. Le rire d’un homme qui vient de gagner sept ciga­rettes en pariant sur le sexe du fœtus de la femme qu’il a éven­trée avec sa baïon­nette »

Ensuite, le problème que j’ai dû résoudre c’est pour­quoi je suis allée jusqu’au bout de ce roman, Gene­viève avait le prétexte de la réflexion sur la photo, moi, celui qu’elle me l’avait prêté. Quel rôle joue le lecteur de telles horreurs ? Ne suis-je pas alors voyeur d’un exhi­bi­tion­niste de talent de la souf­france humaine ? Car si le photo­graphe prend un cliché avant de penser à sauver celui qui va être tué, il n’existerait pas si sa photo ne se vendait pas et n’était pas regar­dée.

La trame roma­nesque est assez bien tendue : le rapport entre l’ancien soldat Croate dont le repor­ter photo­graphe a détruit la vie à cause d’une bonne photo, et l’histoire d’amour, un peu trop roma­nesque cepen­dant. Tout n’est raconté que pour faire réflé­chir à ce que repré­sente une image. Le photo­graphe repor­ter ne s’appelle pas pour rien un « chas­seur d’images ». Est-ce qu’avoir conscience que la guerre, amène obli­ga­toi­re­ment ce genre de souf­frances permet­tra de chan­ger le compor­te­ment des hommes ? Il faut l’espérer.

Pour conclure un livre à ne pas mettre entre des mains sensibles à cause d’une descrip­tion, hélas trop vraie, des guerres qui ont traversé ces dernières années. Un livre enfin, qui pose le problème du témoi­gnage de l’horreur dans toute sa complexité.

Citations

Photo­gra­phier un incen­die n’implique pas de se sentir pompier.

(Seule note d’humour)

J’ai le plai­sir de t’annoncer que tu es très beau Faulques. Et je me trouve au point exact où une Fran­çaise te tutoie­rait, une Suis­sesse tâche­rait de décou­vrir combien de cartes de crédit tu as dans ton porte­feuille et une Améri­caine te deman­de­rait si tu as un préser­va­tif.

La photo­gra­phie consi­dé­rée comme un art est un terrain dange­reux : notre époque préfère l’image à la chose, la copie à l’original, l’apparence à l’être ;

Il savait qu’aucune photo­gra­phie n’était inerte ou passive. Elles exer­çaient toutes une action sur ce qui les entou­rait, sur les gens qui y figu­raient.

On en parle

canoe​.ca diver­tis­se­ment.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51QHDJG2VHL._SL500_AA300_.jpg

Traduit de l’espagnol par Fran­çois Maspero.

4
Le mois de septembre, c’est le mois de mon anni­ver­saire donc le mois où je reçois des livres souvent merveilleux. L’an dernier, ma sœur m’a offert « l’ombre du vent ». Étant donné ce que j’en avais lu sur les blogs, je me suis préci­pi­tée mais voilà, parfois je lis mal et trop vite et je me suis perdue dans les méandres de cette histoire. Cette année, j’avais plus de temps et j’ai abso­lu­ment été capti­vée du début jusqu’à la dernière page. J’aurais voulu que le plai­sir dure encore… Je me deman­dais pour­quoi il ne m’avait pas séduit tout de suite. C’est simple on ne peut pas le lire trop vite. L’intrigue est complexe les histoires très imbri­quées les unes dans les autres. En prenant mon temps tout s’est éclairé, en plus c’est un tel hymne à la lecture au plai­sir des livres que tous les lecteurs se retrouvent à un moment ou à un autre dans les person­nages. Ma sœur avait raison ce livre ne pouvait que me plaire.

En toile de fond, les violences de la guerre civile espa­gnole avec toutes ses horreurs ! Si le livre est souvent sombre et tragique, il est aussi plein d’humour, le person­nage de Firmin et de son immense amour pour toutes les femmes est à la fois tendre et drôle. Les histoires d’amour sont très belles et passion­nées (nous sommes en Espagne !) La tendresse des pères pour leur enfant est émou­vante.

Bref un très beau roman qui suit les méandres complexes de la litté­ra­ture, on y retrouve beau­coup de clins d’œil litté­raires, ce qui ne rend pas le roman pédant pour autant.

Citations

L’un des pièges de l’enfance est qu’il n’est pas néces­saire de comprendre quelque chose pour le sentir. Et quand la raison devient inca­pable de saisir ce qui se passe autour d’elle, les bles­sures du cœur sont déjà trop profondes.

Ces gens qui voient le péché partout ont l’âme malade, et si tu veux vrai­ment savoir, les intes­tins aussi. La condi­tion de base du bigot ibérique est la consti­pa­tion chro­nique.

Elle a même appris à broder et on m’a dit qu’elle ne s’habille plus en Simone de Beau­voir

Le problème, c’est que l’homme, pour en reve­nir à Freud et utili­ser une méta­phore, fonc­tionne comme une ampoule élec­trique : il s’allume d’un coup et refroi­dit aussi vite. La femme, elle, s’est scien­ti­fi­que­ment prouvé, s’échauffe comme une casse­role. Peu à peu, à feu lent, comme la bonne fricas­sée. Mais quand elle est chaude, personne ne peut plus l’arrêter.

La femme, c’est Babel et Laby­rinthe. Si vous la lissez réflé­chir, vous êtes perdu. Souve­nez-vous-en : cœur chaud, tête froide. L’a b c du séduc­teur.

La vie dans la rue est brève. Les gens vous regardent avec dégoût, même ceux qui vous font l’aumône, mais ce n’est rien comparé à la répu­gnance qu’on s’inspire à soi-même. C’est comme vivre atta­ché à un cadavre qui marche, qui a faim, qui pue et qui refuse de mourir.

On en parle

link.

http://img.over-blog.com/196x300/2/90/12/86/le-ruban-rouge.jpg

Traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon

1
Ouvrez le lien que j’ai mis à la fin de mon texte, et vous verrez qu’on peut adorer ce livre que j’ai person­nel­le­ment détesté. (De là, à le compa­rer avec » Les mémoires d’Hadrien » de Margue­rite Your­ce­nar… à vous de juger !). Je ne cours pas après les romans histo­riques, mais alors celui-là, c’est exac­te­ment ce que je déteste. Je le pense assez raco­leur pour connaître un certain succès et pour un roman d’été il ne fati­guera personne. Comme on y parle beau­coup de sexe, il peut plaire. Je ne supporte pas le mélange des genres, entre les expli­ca­tions pseudo histo­riques et les romans d’amour de la belle madame Tallien, l’auteur non seule­ment ne choi­sit jamais, mais explique le compor­te­ment des person­nages par nos façons de penser actuelles

La rédac­tion des mémoires de cette trop jolie femme espa­gnole qui a résisté à trois maris , beau­coup d’amants et aux épisodes les plus sanglants de la révo­lu­tion fran­çaise devait sembler un bon sujet roma­nesque, hélas ! c’est peut être trop roma­nesque juste­ment. Pour un public étran­ger qui ne connaît ni la révo­lu­tion, ni cette période, il y trou­vera peut-être un peu d’intérêt mais j’en doute. L’érudition distil­lée dans ce roman est insup­por­table. On a l’impression que l’auteur a écrit en consul­tant Wiki­pé­dia pour chaque person­nage et même pour certains objets (voir ce qu’elle écrit sur le condom ou Madame Tussauds puis l’article de Wiki­pé­dia). On a eu l’occasion de lire telle­ment d’ouvrages passion­nants sur la révo­lu­tion fran­çaise, c’est vrai­ment dommage que, celui consa­cré à cette figure fémi­nine, soit si peu sérieux. Je ne reproche pas le côté fémi­nin du point de vue sur les événe­ments, je pense même que c’est le seul inté­rêt du roman, ce qui m’est insup­por­table c’est l’absence de profon­deur du person­nage. Et du coup le roman tombe à plat, le côté histo­rique est plus que super­fi­ciel , alors il reste quoi ?

En refer­mant le livre, je me suis demandé s’il ravi­vait quelques souve­nirs de mes cours d’histoire, pas grand-chose il est vrai. Je me souve­nais que Madame Tallien avait échappé à la guillo­tine. C’est vrai que sa vie est beau­coup plus passion­nante que ce simple épisode, et je pense qu’à l’occasion je me plon­ge­rai dans un véri­table ouvrage histo­rique.

Citations

Une dame riche ayant des amants est une grande dame ; une femme pauvre et volage n’est en revanche qu’une garce.

Savoir de quel pied boite l’ennemi est toujours utile au moment de l’affronter.

On en parle

En bien : link, en beau­coup moins bien : link.