Traduit de l’espagnol par Bertille Haus­berg.

C’est un livre abso­lu­ment génial, d’ailleurs, Keisha  l’a mis deux fois sur son blog ! La petite souris jaune dont j’aime beau­coup les idées de lecture, l’a aussi plébis­cité. J’avais emporté le livre Rosa Montero dont j’ai déjà chro­ni­qué « le terri­toire des barba­res  » et « le roi trans­pa­rent  » dans un voyage aux Açores, j’aime beau­coup relié un voyage à une bonne lecture. Je suppose que cette auteure va être ravie, elle vient d’obtenir 5 coquilla­ges pour la première fois sur Luocine, et encore si je pouvais lui mettre tous les coquilla­ges de la plage, je les lui mettrais sans aucune hési­ta­tion, c’est un livre génial que j’ai eu envie de le reco­pier en entier, j’ai telle­ment peur d’oublier ces purs moments de bonheur total que je voudrais appren­dre ce livre par cœur pour pouvoir le citer sans effort, elle donne des clés sur tout ce qui l’amène à écrire :

Je pour­rais dire aussi que j’écris pour suppor­ter l’angoisse de la nuit. Dans l’agitation fébrile de l’insomnie, pendant qu’on se tourne et se retourne dans son lit, on a besoin de penser à quel­que chose pour ne pas voir les mena­ces enva­hir les ténè­bres.

À travers de courts chapi­tres, tous très inté­res­sants, elle traite des diffé­rents moments de la créa­tion litté­raire. C’est vivant, varié et drôle. On la suit aussi dans ses amours, décep­tions et embal­le­ments mais ce n’est pas une auto­bio­gra­phie car l’imagination de la roman­cière n’est jamais bien loin. Il ne s’agit pas, non plus, d’un essai exact et méti­cu­leux au sujet de la créa­tion roma­nes­que mais d’un livre qui permet de faire vivre la créa­tion. D’ailleurs ses amours avec » M » pour­raient donner lieu à 3 romans diffé­rents qui lui restent à écrire. Rosa Montero foisonne d’idées, « la folle du logis » enva­hit toute sa vie et ses réflexions. Ce livre est aussi un régal pour la balade qu’il nous fait faire chez les roman­ciers les plus variés. Les portraits sont rapi­des et jamais méchants, j’ai remis, grâce à elle, dans mes listes le livre de Victor Klem­pe­rer que je voulais lire depuis long­temps à propos du langage tota­li­taire. On est en bonne compa­gnie avec tous les auteurs dont elle parle bien mais elle n’est jamais, vis à vis d’eux, dans une admi­ra­tion béate. Je suis ravie de ce qu’elle a écrit sur Goethe dont l’oeuvre m’a telle­ment ennuyée et pour­tant, j’ai essayé tant de fois de le lire. Je suis contente qu’elle rappelle la méchan­ceté stupide de Sainte-​Beuve contre Sten­dahl. Car c’est aussi cela son livre, un chemi­ne­ment avec des auteurs connus qui sont dans toutes les mémoi­res des écri­vains et des lecteurs. Elle sait qu’entre écrire et lire, si elle était obli­gée de choi­sir, elle garde­rait la lecture qui, pour elle, repré­sente les fonda­tions à tout acte d’écriture. (J’en suis restée aux fonda­tions ! !)

Citations

Souvenirs familiaux

Ma sœur Martina et moi échan­geons parfois, comme des images, certai­nes scènes du passé : c’est à peine si le foyer fami­lial dessiné par chacune de nous a des points communs. Ses parents s’appelaient comme les miens et habi­taient une rue portant le même nom mais ce ne sont abso­lu­ment pas les mêmes person­nes.

Nous inven­tons nos souve­nirs, ce qui revient à dire que nous nous inven­tons nous – mêmes car notre iden­tité se trouve dans notre mémoire, dans le récit de notre biogra­phie.

L’écrivaine

Les mots sont pareils à ces pois­sons des gran­des profon­deurs, un simple scin­tille­ment d’écailles au milieu des eaux noires. S’ils se décro­chent de l’hameçon, on a peu de chance de les repê­cher. Les mots sont rusés, rebel­les et fuyants. Ils n’aiment pas être domes­ti­qués. Domp­ter un mot (en faire un cliché) c’est le tuer.

La mort

Les roman­ciers, scri­bes incon­ti­nents, décro­chent inlas­sa­ble­ment des mots contre la mort, comme des archers postés sur les créneaux d’un château fort en ruine. Mais le temps est un dragon à la peau dure qui dévore tout. Nul ne se souvien­dra de la plupart d’entre nous dans un siècle ou deux : ce sera exac­te­ment comme si nous n’avions pas existé. L’oubli total de nos prédé­ces­seur est une chape de plomb, la défaite qui préside à notre nais­sance et vers laquelle nous nous diri­geons. Notre pêché origi­nel.

Ecrire

Aussi long­temps qu’ils restent dans les limbes ruti­lan­tes de l’imaginaire, dans le domaine des projets et des idées, nos livres sont abso­lu­ment merveilleux, les meilleurs qu’on ait jamais écrits. C’est plus tard que les choses se gâtent, au moment où on se met à les fixer mot après mot dans la réalité, comme Nabo­kov épin­glait ses malheu­reux papillons sur du liège, quand on les trans­forme inexo­ra­ble­ment en choses mortes, en insec­tes cruci­fiés, même si on les recou­vre de poudre d’or.

L’engagement

Parfois, une même personne peut avoir des compor­te­ments diffé­rents : se montrer héroï­que face à certai­nes mena­ces et lamen­ta­bles en d’autres circons­tan­ces. Le très célè­bre mani­feste de Zola en faveur de Drey­fus est toujours cité comme exem­ple de l’engagement moral et poli­ti­que de l’écrivain et Zola a dû sans aucun doute faire preuve de courage pour écrire son « J’accuse » plein de fureur, prati­que­ment seul face à tous les bien-​pensants. Mais on oublie que ce même Zola avait refusé trois ans plus tôt de signer le mani­feste à Oscar Wilde, condamné à deux ans d’emprisonnement dans les terri­bles geôles victo­rien­nes pour homo­sexua­lité.

L’envie d’être lu

Dieu sait d’où nous vient ce besoin impé­rieux qui fait de tous les écri­vains des éter­nels indi­gents du regard des autres.

L’écriture dite féminine

Quand une femme écrit un roman dont le person­nage est une femme tout le monde consi­dère qu’elle parle des femmes mais quand un homme écrit un roman dont le héros est un homme, tout le monde consi­dère qu’il parle du genre humain.

L’écriture et la lecture

On écrit pour appren­dre, pour savoir, et on ne peut entre­pren­dre ce voyage vers la connais­sance si on emporte avec soi des répon­ses préa­la­bles.

Car lire c’est vivre une autre vie.

Un lecteur vit plus long­temps que les autres car il ne veut pas mourir avant d’avoir terminé le livre commencé.

(d’après les propos de Graciela Cabal)

Le roman

C’est pour­quoi le roman est le genre litté­raire que je préfère, celui qui se prête le mieux au carac­tère décousu de la vie. La poésie aspire à la perfec­tion, l’essai à l’exactitude, le drame à l’ordre struc­tu­rel. Le roman est l’unique terri­toire litté­raire où règnent là même impré­ci­sion, la même déme­sure que dans l’existence humaine.

20160918_124104Traduit de l’espagnol par Eduardo Jime.

3
S’il s’agit bien ici d’un roman d’espionnage, il s’agit surtout de décou­vrir un aspect peu connu de la guerre d’Espagne. Et loin de suivre les exploits d’une « James Bond girl », on est, sans doute, plus près de la réalité en matière d’espionnage, pres­que tout se passe dans un salon de couture. Et si la jeune Sira sait habiller les femmes qui ont les moyens de dépen­ser des fortu­nes pour se vêtir alors que l’Espagne est rava­gée par la misère, elle sait aussi écou­ter les conver­sa­tions, qu’elle rapporte fidè­le­ment aux auto­ri­tés britan­ni­ques.

Le cœur du roman, et une grande partie de son inté­rêt c’est de nous racon­ter ce moment parti­cu­lier où Franco après sa victoire contre les répu­bli­cains a hésité à s’engager auprès des alle­mands qui l’avaient si bien aidé dans ses combats. Cette jeune Sira est dabord une femme assez sotte qui a failli finir en prison pour les beaux yeux d’un malfrat . Mais elle luttera de toutes ses forces pour s’en sortir et créera à Tanger un salon de couture pour clien­tèle huppée, elle fréquente une popu­la­tion cosmo­po­lite du plus bas de l’échelle sociale à la maîtresse du gouver­neur. Elle est recru­tée par les servi­ces britan­ni­ques et repart à Madrid. La situa­tion de l’Espagne n’occupe pas une grande place dans ce roman mais les quel­ques pages qui lui sont consa­crée sont abso­lu­ment terri­bles.

J’ai des réser­ves sur ce récit , car il contient trop d’ingrédients dont les auteurs ont telle­ment abusés : la jeune fille sans père qui est fina­le­ment recon­nue par son géni­teur qui se trouve être une des gran­des fortu­nes d’Espagne ; un bel amou­reux qui n’en veut qu’à son argent ; une jeune coutu­rière qui démarre de rien et qui à force de travail devient riche et recher­chée par toute la haute société ; et pour couron­ner le tout un futur mari bien comme il faut .… Ça fait beau­coup, mais malgré cela, j’ai lu avec inté­rêt ce moment de l’histoire espa­gnole.

Citations

Personnalité britannique peu sympathique

Sa résis­tance à l’alcool se révé­lait stupé­fiante, pres­que compa­ra­ble aux mauvais trai­te­ments infli­gés à la domes­ti­cité. Il s’adressait à eux en anglais, de mauvaise humeur, sans pren­dre la peine de consi­dé­rer qu’ils igno­raient tota­le­ment sa langue, et quand il se rendait compte qu’ils n’avaient rien compris, il se mettait à hurler en hindi, la langue de ses anciens domes­ti­ques à Calcutta, comme si, pour les employeurs de maison, il exis­tait une langue univer­selle.

La misère en Espagne après la guerre civile

Madame Engra­cia est à moitié aveu­gle et elle déam­bule dans les rues ; elle a l’air folle elle remue avec un bâton tout ce qu’elle trouve. Dans ton quar­tier, il n’y a plus ni chats ni pigeons, ils les ont tous mangés .… Andeita a été éven­trée par un obus un après midi en traver­sant la rue Fuen­car­ral pour rejoin­dre son lieu de travail.…Sole a eu des jumeaux ; cadeau d’un mili­cien qui a disparu sans meme leur lais­ser un nom ; comme elle n’a pas pu garder les enfants, parce qu’elle n’avait pas de quoi les entre­te­nir, ils ont été emme­nés à l’hospice, et elle n’a plus eu de nouvel­les On raconte qu’elle se vend main­te­nant aux débar­deurs du marché de la Cebada, elle demande une peseta par passe, sur place, contre le mur ; elle traîne dans le coin, elle ne porte pas de culotte, elle soulève sa jupe dès que les camion­net­tes arri­vent, aux premiè­res lueurs de l’aube.

20150912_183039Traduit de l’espagnol par Alain Keru­zoré.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard.

2
Aban­don ou pres­que… Cela ne m’arrive pas souvent et encore moins de le mettre sur mon blog. Je l’ai lu conscien­cieu­se­ment jusqu’à la page 100. Et puis ensuite en diago­nale jusqu’à la fin. Je sais que je rate quel­que chose (n’est ce pas Keisha ?), mais cet auteur est, pour moi, tota­le­ment indi­geste. Tout commence par une rencon­tre amou­reuse. Et horreur (c’est moi qui dis horreur), le person­nage lui est très ennuyé, la jeune femme meurt dans ses bras. Aucune autre réac­tion si ce n’est de savoir quoi faire : partir, rester ? Je déteste ce genre de person­nage qui semble ne jamais rien déci­der dans leur vie et qui laisse le destin agir pour eux. Toutes ses déci­sions l’entraîneront à entrer plus avant dans la vie de cette jeune femme à connaî­tre son amant, son mari…

Le style est dit « envou­tant » moi je le trouve étouf­fant, on ne respire jamais, on est écrasé par les répé­ti­tions et les circon­vo­lu­tions de la pensée du person­nage. On m’a parlé d’humour, je ne l’ai pas vu. Mais, on ne peut être sensi­ble à l’humour quand on est si forte­ment agacé par un roman. Je suis d’autant plus déso­lée de ne pas avoir accro­ché à cette écri­ture que ce roman a été conseillé par une char­mante parti­ci­pante espa­gnole de notre club de lecture.

Citations

Je copie la première phrase car, jusque là, je croyais aimer ce livre

Personne ne pense jamais qu’il se retrou­vera un jour une morte entre les bras et n’en verra plus le visage dont il garde le nom.

Traduit de l’espagnol par Myriam CHIROUSSE.
Merci à Keisha et à Atha­lie (qui n’a pas encore fait de billet sur ce livre me semble-​t-​il ?) leurs conseils étaient bons « le roi trans­pa­rent » valait que je persé­vère dans la lecture de Rosa Montero.

4
Cette histo­rienne adore le Haut Moyen-​Age , la période où les socié­tés humai­nes ont failli faire un peu plus de place aux femmes, et où la reli­gion aurait pu deve­nir moins fana­ti­que. Hélas ! On connaît la suite… 
le roman se termine avec l’anéantissement des Catha­res et la fin d’une utopie reli­gieuse qui aurait fait une place aux femmes et à la réflexion . L’auteur nous prévient dans sa volonté de nous présen­ter un roman d’aventure passion­nant, elle se permet quel­ques distor­sions avec les dates … Les puris­tes juge­ront !

Quant à moi, j’ai senti son plai­sir de nous faire décou­vrir la vie de cette époque à travers l’histoire impro­ba­ble d’une jeune paysanne serve qui devient libre et culti­vée. La jeune Léola amou­reuse de son Jacques devra se cacher sous l’armure d’un cheva­lier pour avoir la vie sauve. À travers sa fuite à la recher­che de son amou­reux , puis simple­ment pour survi­vre, nous compre­nons peu à peu ce qu’a été cette époque ; aussi bien dans les détails vesti­men­tai­res que dans les idées et les conflits armés qui ont boule­versé la vie des habi­tants si souvent victi­mes de la fureur des plus puis­sants qu’eux.

Les cheva­liers ne ressor­tent pas grandi la seule chose qu’ils sachent faire c’est se battre, tuer et encore tuer. Cela se termine auprès des Catha­res qui semblent être bien seuls dans leur envie de vivre en paix , ils ne pour­ront guère résis­ter à la folie guer­rière des soi-​disant cheva­liers armés par une idéo­lo­gie chré­tienne qui permet­tait de brûler tout ce qui pouvait de près ou de loin ressem­bler à une héré­sie.

Le livre se lit très faci­le­ment , les person­na­ges sont sympa­thi­ques ou odieux et on n’est jamais très loin du merveilleux. Il y a une sorte de faci­lité dans ce roman qui me gène un peu mais aussi une jubi­la­tion qui emporte mon adhé­sion.

Citations

Le début des villes

Les bourgs affran­chis travaillent mieux, paient des béné­fi­ces, créent moins de problè­mes, parti­ci­pent en hommes et en argent aux conflits armés

Les reliques

Les fameu­ses reli­ques… Vous recon­naî­trez que quelques-​unes sont fran­che­ment curieu­ses… Une fiole du lait de la Vierge, un frag­ment des langes de Jésus… Je suis pres­que tentée de donner raison aux catha­res lorsqu’ils disent que tout cela n’est que super­che­rie païenne.

Le poids des mots

Les paro­les émues sortent trop vite de la bouche et on finit par dire des choses qui ne sont pas tout à fait vraies . Et nous devons respec­ter les mots, parce qu’ils sont le vase qui nous donne notre forme.

Le Christ comme tout enfant juif était circoncis, et c’est ce qu’on célèbre le 1er janvier !

Quel mal y aurait-​il à toujours à commen­cer l’année le même jour ! Il y en a qui disent que ce serait bien mieux de la faire commen­cer au 1 janvier ! Au jour glorieux de la circon­ci­sion du Sauveur !

Les dangers de l’écriture au moment d’un débat sur l’écriture à la main ou au clavier

Non seule­ment c’est une façon d’écrire gros­sière et appau­vris­sante qui ne peut soute­nir aucune compa­rai­son avec la beauté de la calli­gra­phie caro­lin­gienne, mais qui plus est, la divul­ga­tion de cette écri­ture mali­gne parmi la plèbe et autres gens sans éduca­tion ne fait que paver la route du démon. Ne voyez-​vous pas la gravité et le danger qu’il peut y avoir à mettre certai­nes connais­san­ces, même faus­ses et médio­cres à la portée de la plèbe inculte ?

La théorie des Cathares

Notre coeur est la seule église de Dieu , et c’est la plus belle. Nous n’avons pas besoin de construire des édifi­ces coûteux , qui ne servent à rien sauf à y enter­rer des sommes consi­dé­ra­bles d’argent qui pour­raient être utili­sées pour pallier les besoins pres­sants des fidè­les.

On en parle

Chez Keisha et Yspad­den et Zazie qui s’est ennuyée ce que je peux compren­dre aussi.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41PfOsdO2ML._SL500_AA300_.jpg

Traduit de l’Espagnol par André GABASTOU

4
J’ai décou­vert Rosa Montero grâce aux blogs, à Keisha,en parti­cu­lier, et j’ai en réserve « le roi trans­pa­rent ». J ai lu avec plai­sir ce roman, et je suis entiè­re­ment d’accord avec ce que plusieurs d’entre vous en disaient. Elle sait créer une atmo­sphère.

Les barba­res dont il s’agit ici, ce sont les êtres si accro­chés à la drogue, qu’aucune valeur humaine ne résiste à leur passion destruc­trice. Ce que le person­nage prin­ci­pal a été capa­ble de faire pour se payer sa dose du temps de son addic­tion est abso­lu­ment révol­tant. C’est le genre d’histoires que je déteste lire d’habitude. Je sais que l’horreur existe, il suffit que j’ouvre un jour­nal, mais je n’aime pas le lire en roman.

Le talent de Rosa Montero c’est d’avoir situé son histoire au moment où Zarza , cette ancienne droguée est sortie de son addic­tion. Son frère , ange maudit qui l’a fait plon­ger dans la drogue la pour­suit pour se venger ; l’ambiance de cette traque est bien rendue. Elle nous permet aussi de remon­ter à l’enfance et de compren­dre bien des aspects de la souf­france de cette jeune femme. Ce qu’elle voulait se cacher à elle-​même : les actions les plus sordi­des qu’elle avait été capa­ble de commet­tre autre­fois, lui revien­nent comme des nausées qui l’étouffent.

Le monde de la drogue est bien raconté, et comme Zarza est une histo­rienne du Moyen-​âge son récit s’enrichit de romans de la cheva­le­rie. J ai quand même quel­ques réser­ves , est ce que cela vient de la traduc­tion ou pas, le style est très complai­sant, et la construc­tion du roman est –à mon avis- alour­die par les récits du « roman de Chré­tien de Troyes ». Mais c’est avant tout un très bon livre sur un sujet telle­ment tragi­que.

Citations 

Le destin

L’enfance est l’endroit où tu passes le reste de ta vie, pensa Zarza ; les enfants battus battront leurs enfants, les fils d’ivrognes devien­dront alcoo­li­ques, les descen­dants des suici­dés se tueront , ceux qui ont des parents fous le seront à leur tour.

Vivre avec la drogue

La vie est une guerre. Non, la vie, c’est comme avan­cer dans un pays inconnu. Il faut que tu sois sans arrêt sur tes gardes à l’affût.…Et chaque jour qui passe, les jours empi­rent, parce que tu pénè­tres de plus en plus dans le pays des méchants, de plus en plus seul, de plus en plus cerné.

Pourquoi je ne me ferai jamais tatouer

C’est con que les tatoua­ges durent plus long­temps que les souve­nirs.

L’addiction

Zarza cher­chait la Reine, parce qu’en dehors de ses bras, le monde semble exsan­gue et asphyxiant, un univers insup­por­ta­ble en blanc et noir. La Reine tue, mais sans elle on n’a plus envie de vivre et souvent il ne reste plus qu’à courir , courir de plus en plus vite , galo­per jusqu’à l’abîme et s’écraser .
Le chemin vers l’enfer est fait de petits faux pas.

Philosophie de vie

Si tu n’es pas capa­ble de voir les autres, tu ne peux pas non plus te voir toi-​même. Parce que les autres, ceux qui t entou­rent, ta vie et les enga­ge­ments qu’elle impli­que, ce sont les limi­tes qui te font être ce que tu es.

On en parle

« Conduite en état livres­que » (le nom du blog est assez bien trouvé non ?).

http://extranet.editis.com/it-yonixweb/IMAGES/ESL/P3/9782365690447.JPG

Traduit de l’espagnol par Cata­lina SALAZAR

3
Ouf j’ai fini ! J’ai traîné ce livre pendant 10 jours en cher­chant pour­quoi Cathulu et Clara avaient été aussi enthou­sias­tes, c’est ce qui m’a permis, d’ailleurs,d’aller jusqu’au bout. Même la fin est déce­vante, évidem­ment c’est au lecteur de l’imaginer !

Les hypo­con­dria­ques me font rire d’habitude mais celui-​là m’a ennuyée , on ne sait abso­lu­ment pas pour­quoi il est tueur et pour­quoi il doit tuer sa victime. On a une pâle expli­ca­tion à la fin, une sombre histoire d’héritage. L « impor­tant n’est pas là , mais dans la descrip­tion de toutes les mala­dies du tueur.

On sourit parfois (heureu­se­ment !) , mais 230 pages sur les mala­die imagi­nai­res, les sien­nes, ou celles des hommes illus­tres, c’est terri­ble­ment ennuyeux. J « ai souri à la descrip­tion de sa gros­sesse nerveuse et je veux bien croire que c’est très rare chez l’homme ! C’est compli­qué de tuer un homme quand on louche, quand on est atteint de sommeils subits à n’importe quel moment de la jour­née, de cris­pa­tions des doigts au moment de tirer…

Contrai­re­ment à Clara, j’ai trouvé ce roman très répé­ti­tif et puis même traité sous le ton de l’humour j’ai fini par ne plus suppor­ter les descrip­tions des mala­dies. On sait par avance qu’il ne parvien­dra pas à tuer sa cible, le seul inté­rêt c’est de savoir quelle nouvelle mala­die va l’en empê­cher. Cela ne m’a pas suffit pour trou­ver de l’intérêt à cette longue élucu­bra­tion sur toutes les patho­lo­gies que l’on peut s’inventer aujourd’hui.

Citations

Genre de statistiques absurdes mais drôles

Selon le Dépar­te­ment des Risques de l’université de l’Iowa, il y a 700 000 méde­cins en acti­vité aux États-​Unis et il meurt 120 000 person­nes par an pour des raisons déri­vées d’une mauvaise prati­que médi­cale. Cela équi­vaut à une moyenne de 0,171 mort par méde­cin. Par ailleurs , 80 millions d’Américains possè­dent une arme à feu et 1500 person­nes meurent chaque année d’un acci­dent lié à ces mêmes armes a feu . Ce qui donne une moyenne de 0,0000188 mort acci­den­tel par armes. Par consé­quent , si l’on en croit les statistiques,nous devrions en conclure qu’un méde­cin est 9000 fois plus dange­reux qu’une arme à feu, conclu­sion sans doute exagé­rée. 

Conseils pour être un bon tueur

Ne tue jamais sous l’emprise de la colère,même pas les gens qui t’énervent dans le métro , dans les bureaux de l’administration publi­que ou à la merce­rie , même si l’on te méprise en raison de ton physi­que diffé­rent, de ta façon de te dépla­cer et de t habiller , de tes coutu­mes taci­tur­nes , de ton âme sensi­ble et mélan­co­li­que et, parfois aussi, de ta maladresse au tir. 

On comprend son médecin

Le dernier méde­cin de famille que j’ai appelé lors d’une atta­que de goutte en pleine nuit , avec le gros doigt du pied droit et les genoux enflés , m’a dit à l’aitre bout du fil :
- Bon Dieu, vous voulez bien arrê­ter de télé­pho­ner à n’importe quelle heure, monsieur ? Je vais vous donner un autre numéro. Notez le : 901 242 626. C’est bon ? Vous l’avez ? Bien , c’est celui d’une entre­prise de pompes funè­bres. Ils s’occuperont mieux de vous que moi. 

On en parle

Je n’ai trouvé que des avis posi­tifs, je suis visi­ble­ment la seule à m’être ennuyée ! Outre Clara et Cathulu le blog de Moon

http://fr.canoe.ca/divertissement/livres/critiques/2007/03/16/batailles_248.jpg

Traduit de l’espagnol par Fran­çois Maspero.

3
Livre prêté par une amie, Gene­viève, Photo­gra­phe, parce qu’elle y avait trouvé une réflexion inté­res­sante sur l’acte de photo­gra­phier. Loin de son travail, ce roman est une analyse, ô combien précise, du métier de reporter-​photographe de guerre, au cours du roman la réflexion s’élargit à la photo­gra­phie et à l’art en géné­ral.

Ce que ne m’avait pas assez dit Gene­viève, c’est l’horreur du sujet, la violence des guer­res dont a été témoin ce repor­ter. Ce livre lu entre Paris et Saint-​Malo, m’a plombé complè­te­ment le moral. Par la violence des descrip­tions – le sujet est d’ailleurs très proche- il m’a fait penser au film « Incen­dies  ». Mais contrai­re­ment à Gene­viève, les mots ont pour moi une réalité bien plus forte que les images.

Le livre pose un problème qui m’a toujours plus ou moins hanté, au lieu de photo­gra­phier des bébés mourant de faim pour­quoi les photo­gra­phes des maga­zi­nes occi­den­taux ne les nour­ris­sent pas. Pour les photo­gra­phies de guerre, je dois dire que je ne les regarde jamais, j’en ai quand même dans mon réser­voir à images, celle de Capa qui est commenté dans ce roman, et la femme en pleurs après un atten­tat en Algé­rie.

http://www.arretsurimages.net/media/breve/s51/id5023/original.16815.demi.jpg

Ce roman est très prenant, mais m’a mise très mal à l’aise : comment quelqu’un d’aussi douée pour la vie que Gene­viève peut me conseiller de lire de tels passa­ges.

« Ce n’était pas possi­ble de photo­gra­phier le danger ou la faute. Le bruit d’une balle qui fait explo­ser un crâne. Le rire d’un homme qui vient de gagner sept ciga­ret­tes en pariant sur le sexe du fœtus de la femme qu’il a éven­trée avec sa baïon­nette »

Ensuite, le problème que j’ai dû résou­dre c’est pour­quoi je suis allée jusqu’au bout de ce roman, Gene­viève avait le prétexte de la réflexion sur la photo, moi, celui qu’elle me l’avait prêté. Quel rôle joue le lecteur de telles horreurs ? Ne suis-​je pas alors voyeur d’un exhi­bi­tion­niste de talent de la souf­france humaine ? Car si le photo­gra­phe prend un cliché avant de penser à sauver celui qui va être tué, il n’existerait pas si sa photo ne se vendait pas et n’était pas regar­dée.

La trame roma­nes­que est assez bien tendue : le rapport entre l’ancien soldat Croate dont le repor­ter photo­gra­phe a détruit la vie à cause d’une bonne photo, et l’histoire d’amour, un peu trop roma­nes­que cepen­dant. Tout n’est raconté que pour faire réflé­chir à ce que repré­sente une image. Le photo­gra­phe repor­ter ne s’appelle pas pour rien un « chas­seur d’images ». Est-​ce qu’avoir conscience que la guerre, amène obli­ga­toi­re­ment ce genre de souf­fran­ces permet­tra de chan­ger le compor­te­ment des hommes ? Il faut l’espérer.

Pour conclure un livre à ne pas mettre entre des mains sensi­bles à cause d’une descrip­tion, hélas trop vraie, des guer­res qui ont traversé ces derniè­res années. Un livre enfin, qui pose le problème du témoi­gnage de l’horreur dans toute sa complexité.

Citations

Photo­gra­phier un incen­die n’implique pas de se sentir pompier.

(Seule note d’humour)

J’ai le plai­sir de t’annoncer que tu es très beau Faul­ques. Et je me trouve au point exact où une Fran­çaise te tutoie­rait, une Suis­sesse tâche­rait de décou­vrir combien de cartes de crédit tu as dans ton porte­feuille et une Améri­caine te deman­de­rait si tu as un préser­va­tif.

La photo­gra­phie consi­dé­rée comme un art est un terrain dange­reux : notre époque préfère l’image à la chose, la copie à l’original, l’apparence à l’être ;

Il savait qu’aucune photo­gra­phie n’était inerte ou passive. Elles exer­çaient toutes une action sur ce qui les entou­rait, sur les gens qui y figu­raient.

On en parle

canoe​.ca diver­tis­se­ment.

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Traduit de l’espagnol par Fran­çois Maspero.

4
Le mois de septem­bre, c’est le mois de mon anni­ver­saire donc le mois où je reçois des livres souvent merveilleux. L’an dernier, ma sœur m’a offert « l’ombre du vent ». Étant donné ce que j’en avais lu sur les blogs, je me suis préci­pi­tée mais voilà, parfois je lis mal et trop vite et je me suis perdue dans les méan­dres de cette histoire. Cette année, j’avais plus de temps et j’ai abso­lu­ment été capti­vée du début jusqu’à la dernière page. J’aurais voulu que le plai­sir dure encore… Je me deman­dais pour­quoi il ne m’avait pas séduit tout de suite. C’est simple on ne peut pas le lire trop vite. L’intrigue est complexe les histoi­res très imbri­quées les unes dans les autres. En prenant mon temps tout s’est éclairé, en plus c’est un tel hymne à la lecture au plai­sir des livres que tous les lecteurs se retrou­vent à un moment ou à un autre dans les person­na­ges. Ma sœur avait raison ce livre ne pouvait que me plaire.

En toile de fond, les violen­ces de la guerre civile espa­gnole avec toutes ses horreurs ! Si le livre est souvent sombre et tragi­que, il est aussi plein d’humour, le person­nage de Firmin et de son immense amour pour toutes les femmes est à la fois tendre et drôle. Les histoi­res d’amour sont très belles et passion­nées (nous sommes en Espa­gne !) La tendresse des pères pour leur enfant est émou­vante.

Bref un très beau roman qui suit les méan­dres complexes de la litté­ra­ture, on y retrouve beau­coup de clins d’œil litté­rai­res, ce qui ne rend pas le roman pédant pour autant.

Citations

L’un des pièges de l’enfance est qu’il n’est pas néces­saire de compren­dre quel­que chose pour le sentir. Et quand la raison devient inca­pa­ble de saisir ce qui se passe autour d’elle, les bles­su­res du cœur sont déjà trop profon­des.

Ces gens qui voient le péché partout ont l’âme malade, et si tu veux vrai­ment savoir, les intes­tins aussi. La condi­tion de base du bigot ibéri­que est la consti­pa­tion chro­ni­que.

Elle a même appris à broder et on m’a dit qu’elle ne s’habille plus en Simone de Beau­voir

Le problème, c’est que l’homme, pour en reve­nir à Freud et utili­ser une méta­phore, fonc­tionne comme une ampoule élec­tri­que : il s’allume d’un coup et refroi­dit aussi vite. La femme, elle, s’est scien­ti­fi­que­ment prouvé, s’échauffe comme une casse­role. Peu à peu, à feu lent, comme la bonne fricas­sée. Mais quand elle est chaude, personne ne peut plus l’arrêter.

La femme, c’est Babel et Laby­rin­the. Si vous la lissez réflé­chir, vous êtes perdu. Souvenez-​vous-​en : cœur chaud, tête froide. L’a b c du séduc­teur.

La vie dans la rue est brève. Les gens vous regar­dent avec dégoût, même ceux qui vous font l’aumône, mais ce n’est rien comparé à la répu­gnance qu’on s’inspire à soi-​même. C’est comme vivre atta­ché à un cada­vre qui marche, qui a faim, qui pue et qui refuse de mourir.

On en parle

link.

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Traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon

1
Ouvrez le lien que j’ai mis à la fin de mon texte, et vous verrez qu’on peut adorer ce livre que j’ai person­nel­le­ment détesté. (De là, à le compa­rer avec » Les mémoi­res d’Hadrien » de Margue­rite Your­ce­nar… à vous de juger !). Je ne cours pas après les romans histo­ri­ques, mais alors celui-​là, c’est exac­te­ment ce que je déteste. Je le pense assez raco­leur pour connaî­tre un certain succès et pour un roman d’été il ne fati­guera personne. Comme on y parle beau­coup de sexe, il peut plaire. Je ne supporte pas le mélange des genres, entre les expli­ca­tions pseudo histo­ri­ques et les romans d’amour de la belle madame Tallien, l’auteur non seule­ment ne choi­sit jamais, mais expli­que le compor­te­ment des person­na­ges par nos façons de penser actuel­les

La rédac­tion des mémoi­res de cette trop jolie femme espa­gnole qui a résisté à trois maris , beau­coup d’amants et aux épiso­des les plus sanglants de la révo­lu­tion fran­çaise devait sembler un bon sujet roma­nes­que, hélas ! c’est peut être trop roma­nes­que juste­ment. Pour un public étran­ger qui ne connaît ni la révo­lu­tion, ni cette période, il y trou­vera peut-​être un peu d’intérêt mais j’en doute. L’érudition distil­lée dans ce roman est insup­por­ta­ble. On a l’impression que l’auteur a écrit en consul­tant Wiki­pé­dia pour chaque person­nage et même pour certains objets (voir ce qu’elle écrit sur le condom ou Madame Tussauds puis l’article de Wiki­pé­dia). On a eu l’occasion de lire telle­ment d’ouvrages passion­nants sur la révo­lu­tion fran­çaise, c’est vrai­ment dommage que, celui consa­cré à cette figure fémi­nine, soit si peu sérieux. Je ne repro­che pas le côté fémi­nin du point de vue sur les événe­ments, je pense même que c’est le seul inté­rêt du roman, ce qui m’est insup­por­ta­ble c’est l’absence de profon­deur du person­nage. Et du coup le roman tombe à plat, le côté histo­ri­que est plus que super­fi­ciel , alors il reste quoi ?

En refer­mant le livre, je me suis demandé s’il ravi­vait quel­ques souve­nirs de mes cours d’histoire, pas grand-​chose il est vrai. Je me souve­nais que Madame Tallien avait échappé à la guillo­tine. C’est vrai que sa vie est beau­coup plus passion­nante que ce simple épisode, et je pense qu’à l’occasion je me plon­ge­rai dans un véri­ta­ble ouvrage histo­ri­que.

Citations

Une dame riche ayant des amants est une grande dame ; une femme pauvre et volage n’est en revan­che qu’une garce.

Savoir de quel pied boite l’ennemi est toujours utile au moment de l’affronter.

On en parle

En bien : link, en beau­coup moins bien : link.