Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard, il a obtenu un coup de cœur.

Je savais, grâce au billet d « Aifelle , que je lirai ce livre, depuis j’ai lu « Anna ou une histoire fran­çaise  » et je ne peux encore une fois que me féli­ci­ter de ce conseil de lecture. Même si, ce n’est pas une lecture très facile, surtout la partie sur l’angoisse d’Abraham, j’ai été très touchée par ce récit. Comme Aifelle je vous conseille d’écouter son inter­view car elle raconte si bien tout ce qui l’habite. Alors pour­quoi Abra­ham est-​il angoissé, je n’ai pas trouvé la réponse, mais en revan­che Rosie Pinhas-​Delpuech a raison, si on ne connaît pas la cause on connaît bien l’heure à laquelle l’angoisse nous saisit : c’est l’heure où le soleil, même s’il illu­mine une dernière fois de mille feux le ciel, va se coucher et où la lumière va faire place à l’obscurité.

C’est l’heure où les enfants pleu­rent sans pouvoir être faci­le­ment conso­lés, c’est l’heure où le malade a peur de la nuit qui s’installe, c’est l’heure où le marin voudrait être au port.

Cette auteure nous entraîne dans un voyage, celui de son exil et celui de l’exil de sa langue. Ses passa­ges sur le fran­çais des étran­gers sont d’une justesse incroya­ble . Elle nous fait connaî­tre aussi Israël autre­ment et c’est si rare aujourd’hui enten­dre parler posi­ti­ve­ment et simple­ment de ces gens qui habi­tent sur cette terre telle­ment convoi­tée. Elle nous raconte aussi la France des années 70 et les quel­ques pages sur Nanterre sont inté­res­san­tes, elle y mêle la toute nouvelle univer­sité : quel­ques bâti­ments très laids sortis d’une friche assez triste, contras­tant avec l’exigence intel­lec­tuelle des profes­seurs et les débats sans fin avec son amie, le murs qui cache un bidon­ville où des émigrés moins chan­ceux qu’elle s’entassent. Elle n’oublie jamais que sa condi­tion d’étrangère peut se rappe­ler à elle bruta­le­ment. Et qu’elle peut se retrou­ver sur l’île de la Cité à faire la queue parmi les déses­pé­rés du monde pour renou­ve­ler ses titres de séjour. Fina­le­ment sa vraie patrie sera ses langues et surtout la traduc­tion, c’est à dire encore un voyage celui qui lui permet de passer de l’hébreu au fran­çais et du fran­çais à l’hébreu. Elle n’en n’oublie pas pour autant le turc qui reste sa langue mater­nelle.

Citations

L’exil

Ils(les Russes blancs) ravi­vaient auprès de ces derniers, et surtout des Juifs, la mémoire des guer­res, des horreurs qui les accom­pa­gnent, du déclas­se­ment qu’entraîne tout dépla­ce­ment forcé, de l’exil d’un peuple qui avait la nostal­gie de sa terre, de sa langue et d’une chose tout à fait indé­fi­nis­sa­ble que Dostoïevski- qui écrit « L’idiot » au cours d’un long exil à l’étranger- « le besoin d’une vie qui les trans­cende, le besoin d’un rivage solide,d’une patrie en laquelle ils ont cessé de croire parce qu’ils ne l’ont jamais connue ».

L’aéroport de Lod

Mon souve­nir de l’aéroport de Lydda-​Lod en 1966 recoupe certai­nes photos des « Récits d’Ellis Island » de Geor­ges Perec et Robert Bober. Les mêmes baga­ges bour­rés et, fice­lés, inélé­gants, les mêmes visa­ges un peu figés par l’attente , l’angoisse, l’excès d’émotion. En 1966, l’aéroport de Lod est un lieu unique au monde où des retrou­vailles sont encore possi­bles entre morceaux de puzz­les disper­sés sur la surface de la terre ou manquants.

les Juifs, la terre et la nation

Déta­ché de la terre par des siècles d’errance, inter­dit d’en possé­der, de la travailler, le Juif est histo­ri­que­ment une créa­ture urbaine. Parmi les notions élémen­tai­res qui me faisaient défaut par tradi­tion et culture profonde, la terre, la patrie, le drapeau, n’étaient pas les moin­dres. Toujours hôtes d’un pays étran­ger, d’abord de l’Espagne puis de l’empire otto­man, la terre était pour nous une notion abstraite, hostile, excluante. Nous étions des loca­tai­res avec des biens mobi­liers, trans­por­ta­bles : ceux qui se logeaient dans le cerveau et éven­tuel­le­ment dans quel­ques vali­ses. La terre appar­te­nait aux autoch­to­nes, ils avaient construit une nation, puis planté un drapeau, et nous étions les hôtes, dési­ra­bles ou indé­si­ra­bles selon les jours.

Le style que j’aime, cette image me parle

C’est exac­te­ment ainsi que m’est apparu Hirshka, (…) comme s’il draguait dans un filet de pêche une histoire qu’il avait traî­née à son insu jusqu’aux rives de la Médi­ter­ra­née.

La langue des » étrangers »

Quand on est en pays étran­ger, même si on en comprend la langue, on ne se comprend pas . Parfois, on n’entend pas les paro­les qui sont dites. L’entendement est obstrué. On est frappé de surdité audi­tive et mentale. La peur qu’éprouve l’étranger et, le rejet qu’il subit, le rendent défi­cient. Il se fait répé­ter les choses, de crainte de ne pas compren­dre.

Entre le jargon disser­ta­tion de la philo­so­phie , le caquè­te­ment des commè­res de la rue, l’argot de l’ouvrier, celui de l’étudiant, il ne restait pas le moin­dre inter­stice pour le parler respec­tueux de ceux qui, depuis deux siècles, avaient élu domi­cile dans le fran­çais de l’étranger.

Comme Aifelle je vous conseille d’écouter cette femme


Ce livre, cadeau d’amis navi­ga­teurs, a été récom­pensé par plusieurs prix et commenté de façon très élogieuse sur de nombreux blogs. Si j’ai quel­ques réser­ves sur ce roman et que je n’en fais pas comme tant d’autres lecteurs et lectri­ces un coup de cœur, je le consi­dère cepen­dant comme un très grand roman. Cathe­rine Poulain, cette petite femme à la voix si douce est à coup sûr une roman­cière éton­nante. Elle raconte, son expé­rience de 10 ans en Alaska, où elle est allée faire la pêche dans des condi­tions extrê­mes. C’est une femme de défis, et elle veut montrer à tous, et d’abord à elle même qu’elle peut tenir sa place sur les bateaux menés par des hommes par tous les temps.

Comme elle n’a aucun préjugé, elle cher­che à connaî­tre ces marins qui après avoir passé des semai­nes en mer dans des condi­tions de fati­gue effroya­ble revien­nent à terre pour se saou­ler dans les bars des ports. Elle en fait des portraits au plus près de la réalité et trouve en chacun d’eux, même ceux qui roulent dans le cani­veau après leur beuve­ries, leur part d’humanité. J’ai beau­coup aimé ces récits de pêche et on reste sans voix devant la violence contre l’espèce animale. Les scènes où ces hommes tuent ces super­bes pois­sons sont d’une beauté mais d’une tris­tesse infi­nie, les hommes sont-​ils obli­gés de tant de cruauté pour se nour­rir ? Même les limi­tes impo­sées par les contrô­les pour la survie des espè­ces ne sont guère rassu­ran­tes pour la repro­duc­tion des gros pois­sons des mers froi­des. Bien sûr, les pêcheurs ne doivent pas rame­ner des pois­sons trop petits, ils les rejet­tent donc dans les flots, seule­ment qui s’inquiètent qu’ils soient déjà à l’état de cada­vres ? Tout cela est parfai­te­ment raconté, alors pour­quoi ai-​je quel­ques réser­ves ? C’est un récit très répé­ti­tif surtout quand Lily est à terre. Je n’ai pas une grande passion pour les beuve­ries dans les bars et il y en a beau­coup, beau­coup trop à mon goût dans ce roman.

Citations

Être pêcheur

Embar­quer, c’est comme épou­ser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T’as plus de vie , t’as plus rien à toi. Tu dois obéis­sance au skip­per. Même si c’est un con (.….) Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d’amour aussi, il ajoute à mi-​voix, jusqu’à n’en plus pouvoir, jusqu’à haïr le métier, et que, malgré tout on en rede­mande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à deve­nir fou. Qu’on finit par ne plus pouvoir se passer de cette ivresse, de ce danger, de cette folie !

Dangers de la pêche

- Mais a quoi exac­te­ment je dois faire atten­tion ?
– À tout. Aux lignes qui s’en vont dans l’eau avec une force qui t’emporterait si tu te prends le pied, le bras dedans, à celles que l’on ramène qui, si elles se brisent, peuvent te tuer, te défi­gu­rer … Aux hame­çons qui se coin­cent dans le vireur et sont proje­tés n’importe où, au gros temps, au récif que l’on n’a pas calculé, à celui qui s’endort pendant son quart, à la chute à la mer, la vague qui t’embarque et le froid qui te tue.…

Scènes à vous dégoûter de manger du poisson et une idée du style de l’auteure

Mais non, pas des dollars .… des pois­sons bien vivants… des créa­tu­res très belles qui happent l’air de leur bouche stupé­faite, qui tour­noient folle­ment sur le clair blanc de l’aluminium, aveu­glés par le néon, se cognent encore et encore à cet univers cru où tout est tran­chant, toute sensa­tion bles­sante.

Une femme à bord

Une femme qui pêche va se fati­guer autant qu’un homme, mais il va lui falloir lui trou­ver une autre manière de faire ce que les hommes font avec la seule force de leurs bisco­teaux, sans forcé­ment réflé­chir, tour­ner ça autre­ment, faire marcher son cerveau. Quand l’homme sera brûlé de fati­gue elle sera encore capa­ble de tenir long­temps, et de penser surtout. Bien obligé.

Que cherche-​t-​on dans ces conditions extrêmes

Vous êtes venus cher­cher quel­que chose qui est impos­si­ble à trou­ver. Une sécu­rité ? Enfin non même pas puis­que c’est la mort que vous avez l’air de cher­cher, ou en tout cas vouloir rencon­trer. Vous cher­chez… une certi­tude peut-​être… quel­que chose qui serait assez fort pour combat­tre vos peurs, vos douleurs, votre passé -qui sauve­rait tout, vous en premier.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard et coup de cœur de mon club

Je le mets dans la caté­go­rie « Roman qui font du bien », avec ces quatre coquilla­ges, il est aussi dans « mes préfé­ren­ces », parce qu’il raconte un très bel amour qui a duré tout le temps d’une vie de couple, brisé seule­ment par la mort trop précoce due à la chorée de Hunting­ton. Il y a telle­ment d’histoires de couples qui n’arrivent pas à s’aimer dans la litté­ra­ture actuelle. Certes, (et hélas !) la mort précoce de la jeune femme, est peut-​être un facteur de réus­site de cet amour, mais Tris­tan Talberg sous la plume de Patrick Tudo­ret raconte si bien cette rela­tion réus­sie, pleine de passion, de tendresse, d’attention à autrui que cela m’a fait vrai­ment du bien au creux de cet hiver très gris. Ce roman n’est pas non plus un texte de plus sur le pèle­ri­nage de Compos­telle, mais plutôt un chemin vers la sortie du deuil.

Cette longue marche à pied, permet grâce à l’effort physi­que souvent soli­taire, un retour sur soi et une réflexion sur la foi. Les bruits du monde sont comme assour­dis, s’ils parvien­nent aux marcheurs c’est avec un temps de réflexion salu­taire. Ce n’est pas un livre triste, au contraire, il est souvent drôle, les diffé­rents marcheurs sont bien croqués, cela va de l’athée mili­tant aux confits en reli­gion. Tris­tan est un agnos­ti­que dans lequel je recon­nais volon­tiers plusieurs de mes tendan­ces. Beau­coup plus cultivé que moi, il se passionne pour les auteurs comme Pascal, Chateau­briand, Saint Augus­tin mais c’est pour réflé­chir sur ses doutes et fuir tous les secta­ris­mes. Et le prix Nobel dans tout cela ? disons que c’est un beau prétexte pour réflé­chir sur la noto­riété et la média­ti­sa­tion du monde actuel. Un roman agréa­ble à lire et j’ai déjà en tête bien des amies à qui je l’offrirais volon­tiers.

Citations

Ceux qui ont refusé le Nobel

Sartre en 1960, vexé peut-​être que Camus l’eût devancé de trois ans… ; Beckett aussi, ascète incor­rup­ti­ble des Lettres (.…) Beckett n’avait pas un rond vaillant et la gentillette somme atta­chée au prix l’eût sans doute bien aidé, mais sa soupente d’étudiant éter­nel était plus vaste que tous les palais

Ce portrait m’enchante

Fervent secta­teur du guide Miche­lin, son ingé­nieur de père, pour qui la poésie du monde rési­dait davan­tage dans un roule­ment à billes que dans les vers impairs de Verlaine, en vantait sans fléchir l’objectivité et le sérieux .

La mort de l’aimée

Elle ne vit qu’une masse sombre effon­drée sur le lit. Une masse sombre tran­chant sur le drap clair, dans cette cham­bre étouf­fante et blan­che. Un homme couché sur une femme aimée, ploye sur elle, la couvrant de tout son corps comme si elle avait froid. Mais elle n’avait plus froid

Agnostique et Athée

Mais, tu le sais, j’ai toujours eu les fonda­men­ta­lis­tes en horreur, qu’ils fussent croyants ou athées. Leurs idées arrê­tées en font des statues de sel, des cerveaux en jachère. Leurs certi­tu­des m’emmerdent. Cette pensée enkys­tée me fait honte et m’effraie à la fois. Fonda­men­ta­lisme athée, gonflé de préten­tion sur ratio­na­lis­tes, tenant dans le plus insup­por­ta­ble mépris les 9/​10° de l’humanité pour qui Dieu et le sacré sont au coeur de tout, mais aussi fonda­men­ta­lisme reli­gieux qui nous fait le coup de la certi­tude « infor­mée », fermée à toute autre forme de pensée

20160813_105713Traduit du danois par Raymond ALBECK

5
Quel livre ! Je le dois encore une fois à Domi­ni­que. Que sa curio­sité insa­tia­ble soit mille fois remer­ciée ! Sans son blog ce livre ne serait pas parvenu jusqu’à moi puis­que ma média­thè­que ne possède pas encore (depuis j’ai convaincu les biblio­thé­cai­res de l’acheter) ce « chef d’oeuvre », comme le dit la quatrième de couver­ture. Et je suis entiè­re­ment d’accord, c’est un petit chef d’oeuvre. Thor­kild Hansen, décrit avec une préci­sion extra­or­di­naire, tant sur le plan tech­ni­que qu’humain, une expé­di­tion qui part du Dane­mark en 1761, pour faire connaî­tre au monde un pays alors inviolé : « L’Arabie Heureuse ». Un roi danois Frédé­ric V, soutenu par un minis­tre, Berns­torff, parti­cu­liè­re­ment gagné à l’esprit des lumiè­res, mobi­lise des sommes impor­tan­tes pour finan­cer une expé­di­tion auda­cieuse. Il s’agit de rassem­bler des savants les plus poin­tus de l’époque pour décou­vrir une partie de la planète où aucun occi­den­tal n’était encore allé.

D’abord, il s’agit de compren­dre ce nom : pour­quoi s’appelle-t-elle « Heureuse » cette Arabie ? Qui sont les peuples qui la compo­sent ? Pour cela, il faut un savant linguiste , ce sera un Danois von Haven. Pour compren­dre la géolo­gie et les plan­tes, on fera appel un savant suédois Peter Forss­kal, un méde­cin physi­cien danois le docteur Kramer pour soigner les membres de l’équipe , un pein­tre graveur Bauren­feind pour rame­ner les illus­tra­tions de tout ce qui sera décou­vert et un arpen­teur d’origine alle­mande, Cars­ten Niebuhr, le moins titré des cinq hommes. Tous ces gens ont beau­coup écrit, envoyé de longs rapports sur leur voyage (sauf le docteur Kramer). Torkild Hansen, les a tous lus et pour certains de ces écrits, il en était le premier lecteur.

Son récit nous faire revi­vre de l’intérieur cette incroya­ble épopée qui a failli être un des plus grands fias­cos de tous les temps. Pour une raison que l’on sait dès le début du livre van Haven et Forss­kal se haïs­saient, et malheu­reu­se­ment Berns­torff n’a pas su anti­ci­per les consé­quen­ces de cette haine impla­ca­ble. Il aurait au moins fallu dési­gner un chef, mais non, on leur demande à tous de s’entendre ce qu’ils sont tota­le­ment inca­pa­bles de faire. La raison en est sans doute que l’éminent profes­seur danois von Haven, déce­vait beau­coup son employeur qui n’osait pas l’avouer. Sur le terrain la mollesse d’esprit et de corps de von Haven le discré­di­tera tota­le­ment, au profit du coura­geux, éner­gi­que mais colé­reux Forss­kal.

La mala­ria empor­tera dans la mort ces deux hommes, le premier n’aura rien décou­vert d’important, se plai­gnant à longueur de rapports de l’inconfort et de l’insécurité. Le second au contraire a réussi à envoyer de multi­ples rapports, de nombreu­ses cais­ses de plan­tes, d’animaux empaillés, ou conser­vés dans l’alcool , de semen­ces, de plan­tes séchées. Tout cela parfai­te­ment décrit dans de mult ouvra­ges. Malheu­reu­se­ment, rien ou pres­que de son fabu­leux travail n’a été exploité. Pour­quoi ? Il était suédois et le roi du Dane­mark n’avait guère envie que la Suède s’attribue le succès d’une expé­di­tion qu’elle avait finan­cée. Forss­kal est un élève de Linné qui est déjà un savant reconnu mais suédois, les consé­quen­ces de ce natio­na­lisme absurde c’est que von Haven n’a rien décou­vert par paresse et que les extra­or­di­nai­res décou­ver­tes de Forss­kal ont été complè­te­ment négli­gées ou pres­que.

Il ne reste donc rien de cette expé­di­tion qui dura 7 ans ? et bien si ! Le seul person­nage peu titré était cet arpen­teur d’origine alle­mande : Cars­ten Nieb­hur qui a toujours refusé le moin­dre titre hono­ri­fi­que, il est le seul à reve­nir vivant de cette extra­or­di­naire épopée et il a fourni au monde, pour plusieurs siècles, des cartes exac­tes de cette région du monde. Même s’il a donné le nom correct à l’Arabie « Heureuse » : le Yemen , il n’a pas trouvé pour­quoi on l’avait si long­temps appelé Heureuse. La réponse est dans le livre, à vous de l’y trou­ver…

C’est peu de dire que j’ai lu avec passion ce voyage abso­lu­ment extra­or­di­naire, ne m’agaçant même plus d’un procédé qui d’habitude me gêne beau­coup : l’auteur nous annonce souvent les événe­ments impor­tants à venir. Je préfère toujours décou­vrir les diffé­ren­tes péri­pé­ties au cours de ma lecture sans effet d’annonce. Quand j’ai réalisé que l’énorme travail de Forss­kal, d’une qualité remar­qua­ble allait être réduit à néant par la stupi­dité et la mesqui­ne­rie humaine, j’ai alors lu ce livre comme un thril­ler, je n’arrivais pas à le croire ! Si je dois encore vous donner une raison supplé­men­taire pour vous plon­ger dans ce voyage, lisez-​le simple­ment pour décou­vrir une des plus belles person­na­lité que les livres m’ont permis de connaî­tre : celle d’un arpen­teur qui avec téna­cité et intel­li­gence a permis de faire de cette expé­di­tion une superbe réus­site. Une person­na­lité de cet acabit : modeste, honnête, humaine, altruiste, coura­geuse, sans préjugé … bref, à lui seul, il mérite un collier entier de coquilla­ges !

Citations

Les temps anciens

Ce minis­tre nour­ris­sait pour l’art et la science un inté­rêt qu’il nous est diffi­cile d’imaginer, alors que nous avons amélio­rer la consti­tu­tion de l’État et que le despo­tisme éclairé a fait place à la démo­cra­tie non éclai­rée.

Trait de personnalité toujours sujette à la critique

Il avait de la valeur, on le lui eût pardonné, mais il le savait lui-​même, montrait avec osten­ta­tion qu’il en était convaincu, et cela était inex­cu­sa­ble.

La science et les mythes : l’explication de la fluorescence de la mer.

Des expé­rien­ces plus récen­tes ont prouvé que la phos­pho­res­cence de la mer est due à des orga­nis­mes vivants. Les filles de Nérée sont tout simple­ment des proto­zoai­res unicel­lu­lai­res, flagel­les et rhizo­po­des.

Des questions hautement scientifiques

Pres­que toutes les univer­si­tés euro­péen­nes deman­dent aux voya­geurs d’étudier tous les problè­mes imagi­na­bles : entre autres, un circon­cis éprouve-​t-​il plus de plai­sir au cours d’un coït qu’un incir­con­cis.

Le langage diplomatique dans toute sa splendeur

Il ne va pas jusqu’à dire que von Haven, à bout d’arguments, avait demandé à Forss­kal de lui « baiser le cul », mais que « von Haven avait eu recours à une insulte si gros­sière que le respect que m’inspire Votre Excel­lence m’interdit de la lui répé­ter, et toute­fois comme les circons­tan­ces me font un devoir de préci­ser, j’indiquerai que la popu­lace s’en sert pour accu­ser un homme de la lâcheté la plus abomi­na­ble, en lui attri­buant certai­nes habi­tu­des cani­nes » .…

La fin terrible de cette aventure pour les deux savants de l’expédition

Les deux profes­seurs ambi­tieux et querel­leurs ont partagé en fin de compte le même destin. L’un fut tout au long du voyage sans éner­gie, dépourvu d’esprit d’initiative, manquant d’idées, inté­ressé seule­ment par des ques­tions de confort. L’autre a travaillé du matin au soir, s’est passionné pour tout ce qui l’entourait, a décou­vert des problè­mes capti­vant là où les autres ne voyaient que des vérité de la Palisse, et a su les résou­dre. Il a collec­tionné, cata­lo­gué, décrit. Il n’a pas laissé derrière lui un simple jour­nal : ses manus­crits remplis­saient sept lourds colis et ses collec­tions au moins vingt gran­des cais­ses. Mais il n’en a pas plus tiré profit que le premier. On a connu la plus grande partie de ses décou­ver­tes seule­ment après que d’autres les eurent refai­tes et publiées. La mise de chacun est diffé­rente mais le résul­tat est le même : il ne reste rien.

Peter Forsskal

Le seul souve­nir vivant de Peter Forss­kal qui mourut à Yerim, en Arabie Heureuse, la plante de Forss­kal, est une ortie.

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Traduit de l’Italien par Béatrice Vierne.

Citation qui donne tout son sens à cet essai

Ah la vérité histo­ri­que… C’est une île imagi­naire, elle ouvre des trous noirs qu’on ne peut rempla­cer qu’au condi­tion­nel. 

3Toujours Domi­ni­que tenta­trice pour les voya­ges inso­li­tes, mais j’ai été beau­coup moins convain­cue que par « Aux fron­tiè­res de l’Europe  », certes je suis séduite par l’érudition de cet auteur et aussi son talent à nous faire revi­vre Hanni­bal que l’on ne connaît qu’à travers ses enne­mis qu’il a bien failli anéan­tir : les Romains. Mais ma progres­sion dans ce voyage fut labo­rieux, je n’ai pas retrouvé l’allant de ma précé­dente lecture. Certes, le sujet passionne les érudits et ce chef de guerre est bien diffi­cile à cerner. Il y a tant de légen­des qui courent sur son compte. Où est donc la vérité ?

Surtout que l’on sait bien que Rome n’a eu de cesse que d’effacer toutes les traces de celui qui a les a pres­que fait dispa­raî­tre de l’histoire de l’humanité. Les lieux sont bien diffi­ci­les à mettre sur une carte, car même les lits des riviè­res ont évolué depuis les guer­res puni­ques. Alors où se trouve, donc, Cannes qui a vu l’extermination de 60 000 soldats ? Bataille mémo­ra­ble, encore étudiée dans les écoles mili­tai­res mais dont on ne retrouve aucune trace à l’endroit où l’on a cru pendant long­temps qu’elle s’était dérou­lée. Toute l’Italie est là dans ce récit, la romaine comme la catho­li­que, la fasciste comme celle d’aujourd’hui, mais tant d’érudition et d’hésitations sur ce qui s’est vrai­ment passé ont fini par épui­ser ma réserve de bonne volonté.

Citations

Réflexion sur notre époque

Vingt-​deux siècles, ce n’est qu’un souf­fle dans l’histoire humaine. Je repense à ce que me racon­taient mes grands-​parents et je m’aperçois qu’en effet il existe encore un fil rouge qui me relie à l’Antiquité. Je ne sais pas si mes fils pour­ront en dire autant, dans cette société qui tue le temps avec l’hypervélocité télé­ma­ti­que.

Remarque sur les chaînes d’hôtels

Lors­que j’arrive à l’hôtel, un block­haus glacial, affligé de la déco­ra­tion funé­raire propre aux chaî­nes hôte­liè­res améri­caine…

Dégâts du béton

En Espa­gne vous dira-​t-​on , le béton « a fait plus de dégâts que la guerre civile ». Le béton des pots-​de-​vin, bien évidem­ment. Un assaut de spécu­la­tions immo­bi­liè­res, qui au cours de ces derniè­res années a donné lieu à des failli­tes spec­ta­cu­lai­res et à des fuites rocam­bo­les­ques avec le butin, parmi les déli­ces de Marbella.

Tourisme fluvial

Je me dis : cette Europe fluviale somno­lente est vrai­ment un conti­nent inconnu, avec ses marins d’eau douce qui sont bien les seuls à célé­brer les joies de la lenteur dans une ultime zone fran­che assié­gée par le vacarme de la terre ferme.

L’Italie aujourd’hui

Au sortir des Alpes commence la plaine des Italiens moyens qui déam­bu­lent avec leur porta­ble vissé à l’oreille. Mon peuple est en apnée sous des nuages de mous­son, avan­çant à la queue leu leu dans le laby­rin­the d’un réseau routier dément. Entre­pôts, herbes folles et insulte à la mémoire sont visi­bles de partout dans cet espace qui paraît avoir perdu chacune de ses lignes direc­tri­ces

Pour réfléchir

Les provin­ces se pren­nent par la force, mais se gouver­nent par le droit. Elles sont faci­les à conqué­rir, diffi­ci­les à conser­ver. (Héro­dote)

La modernité

la mort du mythe est le phéno­mène le plus obscène des temps moder­nes. C’est la fin de l’enchantement, de l’imagination , du désir.

Exploit de Jules César

Jules César qui déplaça ses hommes de la Toscane à l’Andalousie en vingt-​huit jours à peine.

SONY DSCTraduit (de façon étrange parfois) de l’anglais par Béatrice Vierne.

4
J’ai suivi les plai­sirs de Domi­ni­que et j’ai mis mes pas dans ceux de Kath­leen Jamie. Avec un peu d’appréhension car je me méfie des passion­nées de nature. Mais je devais me rendre à la bouti­que Orange pour échan­ger ma « Live box » foudroyée par un orage du début de l’été. Allez chez Orange, c’est appren­dre la patience, et pour ne pas être enva­hie par la laideur ordi­naire du centre commer­cial, quoi de mieux qu’un livre qui vous entraîne dans les îles du nord de l « Écosse. Le livre comporte 11 balla­des, 8 m’ont abso­lu­ment ravie. Une m’a vrai­ment déçue, celle à travers les bocaux des patho­lo­gis­tes et anato­mis­tes de l’hôpital de Surgeons » Hall et je n’ai trouvé aucun inté­rêt à la descrip­tion d’Edimbourg.

J’ai parfois été éton­née par la traduc­tion, heureux ceux qui peuvent lire cette auteure en anglais ! Les cinq premiè­res balla­des sont abso­lu­ment magi­ques, on peut les lire avec Inter­net pour savou­rer toutes les images que Kath­leen Jamie nous évoque avec beau­coup de grâce, de préci­sion et d’humour.

Elle se sert de ses talents d’écrivaine pour nous embar­quer dans des lieux magi­ques et nous faire réflé­chir sur la complexité de l’âme humaine. Pour­quoi en effet les hommes d’aujourd’hui se précipitent-​ils à Maes Howe sur l’île prin­ci­pale des Orca­des, pour voir un simple rayon de soleil éclai­rer le fond du tombeau au solstice d’été, alors que notre monde met de la lumière partout et semble détes­ter par dessus tout l’obscurité ? En reve­nant de cette visite, elle se demande et nous avec elle, quels vesti­ges de notre civi­li­sa­tion d’autres hommes dans 2000 ans visi­te­ront avec autant d’émotion ? Un simple rayon de soleil capté par une construc­tion de pierre a donc plus de chance de passer à la posté­rité que la fusée qui a conduit des hommes sur la lune ?

À la recher­che des oiseaux , elle nous fait aimer le « crex-​crex » ou « râle des genets » oiseau qui était commun et abon­dant et que la méca­ni­sa­tion de l’agriculture a fait dispa­raî­tre. N’est-elle pas cette agri­cul­ture, respon­sa­ble de la dispa­ri­tion d’une certaine poésie. Les horri­bles rollers de foin entou­rés de plas­ti­que vert ont défi­ni­ti­ve­ment chassé les « petits dieux des champs ». Si être passionné par les oiseaux, c’est avoir la chance d’assouvir son passe temps dans des endroits aussi beaux que les Orca­des ou les iles Hébri­des alors je crois bien que je ne vais pas tarder à faire partie de leur confré­rie.

Citations

L’obscurité

Un peu de pitié pour l’obscurité ! Que nous sommes donc soucieux de la terras­ser et de la bannir, qu’elle est donc pleine à écla­ter de tout ce qui est diabo­li­que, tel un sinis­tre réduit sous l’escalier… Tenez , j’ai cher­ché le mot « obscu­rité » sur Inter­net – et aussi­tôt on m’a servi des minis­tè­res chré­tiens se propo­sant de me guider vers le salut.

Météo que je connais (petit problème de traduction que vient faire le « cependant » ici ?)

Après la pluie, cepen­dant, deux jours complets, nous avons vu poin­dre une jour­née écla­tante et relui­sante de propreté : tout avait été rincé à fond, le ciel et les arbres, les gout­tiè­res et les fenê­tres, et même les écla­bous­su­res de fiente, sous la corni­che des deux faucons avaient disparu. 

Vrai problème de traduction que veut dire ici le mot « un cours » ?

Je n’avais jamais encore mis les pieds sur un yacht, jamais navi­gué sur un bateau plus petit qu’un ferry de la compa­gnie CalMac, je n’étais jamais arri­vée à terre ailleurs que dans un port, une ville, avec toute la pano­plie des acti­vi­tés humai­nes – les casiers empi­lés, les émana­tions de diesel, une église en haut d’une butte avec une girouette en forme de pois­son. Je n’avais jamais compris qu’on pouvait tracer une ligne droite à travers l’océan et appe­ler ça un cours

La poésie et les oiseaux

Me voyant émer­veillée, il m’a assuré qu’identifier un oiseau était assez compa­ra­ble au fait d’élaborer un poème ou tout autre écrit , à partir de notes comme celles que je m’arrêtais pour pren­dre dans mon cahier à l’abri du vent

C’est bien vrai

Jusque là, cepen­dant, si l’ancre chas­sait ou si la chaîne se rompait, nous serions drossé à la côte. « Pour un marin, la terre n’est pas syno­nyme de sécu­rité. Ce qu’on veut, c’est être entraîné vers la haute mer. »

Le râle des genets ou crex crex

Le temps n’est pas idéal pour obser­ver les râles des genets. Le ciel est très couvert , les coups de chien mena­çant, la brise est très froide.Or, si le vent dépasse les trois nœuds , les râles n’ont pas envie de sortir. Ils n’aiment pas voler, le vent et la pluie leur déplai­sent, et ils n’ont aucune envie de se donner en spectacle- c’est le genre d’oiseau qui demande à être dispensé d’activités spor­ti­ves.
Sarah me parle d’une vieille dame qui est restée assise , tran­quille et bien élevée, pendant une heure , deux heures.… et puis soudain, il y a eu des cris de sioux et Sarah s’est retour­née pour voir la visi­teuse bondir comme une folle, en donnant des coups de poing dans le vide, comme un foot­bal­leur, tout ça parce qu’elle avait entrevu un insai­sis­sa­ble oiseau brun.

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3
Un livre que l’on m’a offert en pensant à mes exploits de navi­ga­trice débu­tante. Roman passion­nant, sur une navi­ga­tion très parti­cu­lière. Clara a beau­coup aimé, elle partage avec moi le goût des récits qui se passent en Breta­gne sur l’eau ou sur terre. Le roman a commencé par m’agacer à cause du style de l’auteur, volon­tiers poéti­sant. Et puis, lors­que ces trois person­na­ges pren­nent la mer pour fuir vers l’Angleterre en partant de Saint-​Malo, mon atten­tion a été immé­dia­te­ment captée. En partie parce que, comme les trois person­na­ges, j’ai débuté la voile, dans la baie de Saint-​Malo et je connais toutes les diffi­cul­tés dont parle Sylvain Coher, je voulais savoir comment trois néophy­tes pouvaient passer dans le chenal entre le grand Jardin et l’île Cézem­bre sans encom­bre.

Sylvain Coher a été lui-​même moni­teur de voile, il connaît bien la côte bretonne et ses multi­ples pièges, cela lui permet d’avoir à la fois le regard d’un expert et se souve­nir de tous les éton­ne­ments des débu­tants. Il m’a beau­coup amusée lors­que l’un des fugi­tifs imagine que les bouées annon­çant les dangers devaient être une façon d’amarrer un bateau qui voulait s’arrêter en pleine mer.…

La tension monte dans ce roman, car évidem­ment la navi­ga­tion est beau­coup moins simple qu’ils ne l’imaginaient, et même si les cours d’optimiste de l’ado malouine les aident bien au début, décou­vrir la voile au milieu du rail de la Manche entre les cargos et la houle qui s’est levée s’avère une périlleuse entre­prise révé­la­trice des quali­tés et de la force de résis­tance de chacun. Le person­nage prin­ci­pal, c’est la mer, celle qui attire et qui fait peur, qui rend malade certains et fasci­nent les autres. Avec un voca­bu­laire précis et des images que j’ai de plus en plus appré­ciées, l’auteur rend bien ce qui peut se passer sur un bateau au large mené par des débu­tants.

L’accostage auprès du phare des Scilly est un moment de tension extrême, le phare Bishop est aussi appelé ou phare des naufra­gés et ce n’est pas pour rien !

La tension vient aussi du passé que fuit les deux garçons. Il est peu à peu dévoilé et le lecteur comprend ce qui les unit. Cette histoire là, est moins bien rendue que la diffi­culté de la navi­ga­tion avec toute sa palette de réac­tions : Lucky décou­vrira sa voca­tion, il ressen­tira l’appel de la mer et sera marin, le « petit » le plus jeune n’a, sur ce petit voilier, éprouvé que la peur et a été tout de suite victime d’un mal de mer qui ne lui a laissé aucun répit, il aurait préféré être dans les bras de la fille qui n’était pas la sienne. Un roman à lire pour la descrip­tion de la navi­ga­tion, il faut tenir bon, j’ai dû passer les cinquante premiè­res pages pour être conquise . C’est aussi un livre à offrir à tous ceux et celles qui navi­guent au large des côtes breton­nes.

Citations

Phrases poétiques qui m’ont agacée au début

Il s’étira et se laissa cares­ser une bonne heure par la main experte d’un soleil pour­tant déjà rendu bas dans le ciel

La pluie l’appuyait au sol dans les longues flaques du parking désert

L’eldorado anglais

D’après Lucky, les Anglais allaient droit au but ; là-​bas, l’école comp­tait bien moins que l’esprit d’entreprendre, les béné­fi­ces nets et les costu­mes bien taillés. En Angle­terre, les hommes se refai­saient à neuf en rien de temps. le monde s’ouvrait à eux, pour peu qu’ils aient des tripes.

Le personnage de la fille ado

La mer,c’est là où on s’emmerde le plus après le bahut, bien sûr

le quart de nuit

Impression de débutant que j’ai eu !

Le retour sur terre

Le ponton flot­tant accom­pa­gnait encore un peu leur pas. Mais tout au bout, le bitume leur offrit une terri­ble sensa­tion de pesan­teur et d’immobilité .Chaque fois qu’ils posaient le talon sur le sol, c’était comme si on leur mettait le pied à l’étrier. La bour­rade faisait fléchir les genoux et pesait lour­de­ment sur les épau­les. Ils étaient simul­ta­né­ment trop raides et trop mous, leurs premiers pas ressem­blaient à ceux des poulains dans les prés

Quelques mots au hasard

le vit de mulet 

Les moques 

Le vent les dépa­lait

Capeyer 

La boucaille 

Cape­ler

Les dalots du cock­pit

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard.

2
Roman très étrange, que ce récit d’un jeune atta­ché d’ambassade à qui l’on confie une mission sans grand inté­rêt : trou­ver les ancien­nes fron­tiè­res des pays Baltes. On y décou­vre la vie des ambas­sa­des et de son person­nel et avec mon esprit mal tourné, je me dis qu’en période d’économie, il y aurait là de très bonnes idées à piocher pour réduire les dépen­ses de l’état. Mais vu le savoir faire avec lequel nous est décrit ces person­nes de la haute fonc­tion publi­que fran­çaise (tailler son cigare, faire la tour­née des bars, rédi­ger des télé­gram­mes que personne ne lit…) cela ne ferait que des chômeurs de plus !

J’ai commencé la lecture avec un grand inté­rêt et, au début, ce roman sur ces contrées loin­tai­nes m’a bien inté­res­sée, puis, peu à peu, le person­nage prin­ci­pal se perd dans une non-​vie qui rend son roman non-​vivant. On s’attend sans cesse à ce qu’il se passe autre chose, mais rien ne vient sinon qu’il fait froid et que les popu­la­tions y vivent diffi­ci­le­ment. Les chapi­tres courts aident à tour­ner rapi­de­ment les pages mais sans que rien n’accroche vrai­ment. On peut simple­ment se faire une idée, par ailleurs fort peu sympa­thi­que, des pays baltes en parti­cu­lier sur les diffi­cul­tés d’être ou ne pas être de la natio­na­lité du pays.

Plein de détails m’ont forte­ment agacée, d’abord le pays n’est pas nommé, cela empê­che le pays et le roman de s’ancrer dans le réel, la langue est souvent recher­chée à la limite du snobisme, les expres­sions étran­gè­res ne sont jamais tradui­tes (La voix de bary­ton réper­cu­tée par Lothar à tue – tête, Nun ist die Welt so trübe, der Weg gehüllt in Schnee). Le flou, peu à peu, s’installe entre le réel et l’imaginaire, et la dénon­cia­tion de ce qui s’est passé pendant la deuxième guerre mondiale est noyée dans les limbes de son cerveau embrumé. Ceci dit il y a parfois de très beaux passa­ges et le début m’a beau­coup inté­res­sée .

Citation

Un portrait

C’est une femme plan­tu­reuse, la peau couleur d’argile, le ventre feuilleté de plis, les cuis­ses macu­lées de taches verdâ­tres , le visage large et lippu, le crâne aplati ; les yeux bridés trahis­sent une origine asia­ti­que ; son sexe glabre est enfoui sous la chair surnu­mé­raire, ses fesses sont d’une déesse auri­gna­cienne , ses énor­mes seins suin­tent de tris­tesse – leurs aréo­les me décro­chent un regard noir.

le langage diplomatique

Je devine qu’il s’agit tout bonne­ment de ceux que le langage commun appelle des espions – les servi­ces secrets qui affec­tion­nent les péri­phra­ses disent « les offi­ciers trai­tants ».

L’ambiance des pays baltes en automne

Les visi­tes de Neva se font de plus en plus rares. Elle semble gagnée à son tour par la mélan­co­lie que j’ai observé chez Lotha. Elle devient bizarre. Me parle du mauvais temps, de ses études qui l’ennuient, des mala­dies de sa mère, de l’indifférence de son beau-​père, de la froi­deur de son oncle. Serait-​elle sur le point de sombrer dans une de ces hysté­ries nordi­ques, fréquente à cette lati­tude, sous ce ciel avare de lumière. 

Belle description avec un mot que je ne connaissais pas

Traduit de l’anglais par Fernande DAURIAC
Lu grâce à la recom­man­da­tion de mon libraire préféré.

Voya­ger c’est décou­vrir que tout le monde a tort.

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J’espère que mon libraire n’attend pas avec impa­tience mon arti­cle sur Luocine car cela fait quel­que temps que je trim­bale ce livre dans tous mes dépla­ce­ments… Sans jamais m’y mettre , mais, lors­que je l’ai commencé, j’ai compris son enthou­siasme. C’est un livre à recom­man­der à tous les voya­geurs.

En voici le prin­cipe, à chaque fois qu’Aldous Huxley arrive dans un lieu, il nous en fait une descrip­tion précise et rien que pour cela , ce livre mérite d’être lu. Aldous Huxley n’est pas qu’un obser­va­teur c’est aussi un penseur criti­que sur l’organisation sociale et comme le titre l « indi­que un authen­ti­que septi­que. J’ai savouré ses descrip­tions. Celle de Bombay est très drôle l’énumération des diffé­rents style d’une ville qui a été construite entre 1860 et 1900 est inou­blia­ble :

On passe du « style gothi­que véni­tien » au « style orne­menté fran­çais du quin­zième siècle » en passant par le « style gothi­que du quator­zième siècle » et pour finir « le style moyen­âgeux de Mr Trub­shawe » et comme le rajoute Aldous Huxley avec son humour si britan­ni­que : « Mr Trub­shawe resta prudem­ment impré­cis. » Cet auteur m’a sidéré par la moder­nité, la perti­nence et parfois la profon­deur de ses propos. Son livre est publié en 1926, et la partie la plus inté­res­sante et la plus longue de son voyage se situe en Indes.


Il passe ensuite en Malai­sie, en Chine, au Japon, aux USA, et revient à Londres. C’est une époque où, un Anglais aux Indes est amené à s’interroger sur la supé­rio­rité, ou la soi-​disant supé­rio­rité, des valeurs du colo­ni­sa­teur par rapport à celles du colo­nisé. Bien loin de simpli­fier les situa­tions, il nous entraîne à chaque fois dans une réflexion qui nous étonne. Je prends un exem­ple, il est amenée à faire une prome­nade à dos d’éléphant, il expli­que d’abord ce que repré­sente un éléphant pour un homme impor­tant à Jaipur, puis avec un humour très britan­ni­que décrit ce mode de trans­port, 

au risque de paraî­tre ingrat, je dois recon­naî­tre que, de tous les animaux que j’aie jamais montés, l’éléphant est de beau­coup le plus incon­for­ta­ble.

Suit une expli­ca­tion précise de l’inconfort. Comble de l’horreur, ce jour là l’éléphant se soulage. Une pauvre paysanne se préci­pite pour recueillir les excré­ments du royal animal.

Première remarque sur les différences de statuts

elle nous donna du Salaam Maha­raj, nous octroyant dans sa recon­nais­sance le titre le plus pompeux qu’elle pût trou­ver

Il conti­nue sa réflexion et après sa gène, d’être aussi nanti, il finit par conduire sa réflexion sur l’utilité de recy­cler les excré­ments. Et voici sa conclu­sion :

« Notre œuvre , quand on la compare à celle des vaches et des éléphants, est remar­qua­ble . Eux, font, de façon auto­ma­ti­que , du fumier ; nous, nous le recueillons et en faisons du combus­ti­ble. Il n’y a pas là matière à dépri­mer ; il y a là de quoi être fiers. Pour­tant , malgré le récon­fort de la philo­so­phie, je restai songeur. » 

Trois pages de réflexions sur les excré­ments d’éléphant .. nous lais­sent un peu songeur mais très amusés égale­ment !
A son arrivé à Manille, il est solli­cité par la presse, il réflé­chit alors sur ce qu’est la noto­riété et il se scan­da­lise d’être plus solli­cité par les jour­na­lis­tes parce qu’il est un écri­vain déjà célè­bre. Il se dit que s’il avait été un scien­ti­fi­que dont les recher­ches pour­raient être très impor­tan­tes pour l’avenir de l’humanité, il aurait été beau­coup moins connu.
Je me suis alors demandé ce qu’il pense­rait de notre époque ou une jeune femme devient célè­bre pour avoir dit « Allô quoi « !

J’ai moins aimé ses descrip­tions et ses remar­ques sur les USA, pour­tant ça commen­çait bien avec la descrip­tion de la publi­cité pour une entre­prise de pompes funè­bres qui est vrai­ment très drôle !

Un livre à dégus­ter et qui vous surpren­dra !

Citations

philosophie du voyageur

En voyage vous perdez vos convic­tions aussi faci­le­ment que vos lunet­tes, mais il est plus diffi­cile de les rempla­cer.

Un septique

Bien des maté­riaux pour­raient, sans incon­vé­nient pour personne, être lais­sés là où ils sont. Par exem­ple, ces molé­cu­les d’encre que je trans­porte si labo­rieu­se­ment de leur bouteille à la surface de mon papier.

La vie des colons

En discu­tant avec des Euro­péens qui vivent et travaillent en Orient, j’ai constaté que, s’ils aiment l’orient ( et c’est le cas de la plupart) , ils l’aiment toujours pour la même raison. Là , disent-​ils un homme est quelqu’un : il a de l’autorité, il est consi­déré ; il connaît tous les gens qui comp­tent, on le connaît . Dans son pays le même homme est perdu dans la masse, ne compte pas, n’est personne.

Solutions à propos de la puanteur des gens trop pauvres pour se laver

Comme remède, Tolstoï nous suggère de puer tous ensem­ble. D’autres réfor­ma­teurs souhai­tent amélio­rer la situa­tion écono­mi­que pour que tout homme puisse pren­dre autant de bains chauds et chan­ger de chemise aussi souvent que les privi­lé­giés d’aujourd’hui qui ne puent pas. Person­nel­le­ment, je préfère la seconde solu­tion.

Valeurs humaines des Indiens

Car les Indes ne sont pas le berceau des senti­ments huma­ni­tai­res. La vie d’une vache, il est vrai, y est respec­tée, mais non la vie d’un homme.

Dieu

Le fait que les hommes ont eu sur Dieu des idées absur­des et évidem­ment faus­ses ne justi­fie pas notre effort pour élimi­ner Dieu de l’univers . Les hommes ont eu des idées absur­des et faus­ses sur pres­que tous les sujets imagi­na­bles. Ils ont cru , par exem­ple que la terre était plate et que le soleil tour­nait autour d’elle. Nous n’en concluons pas que l’astronomie n’existe pas.

Enfin voici ma préférée

Voyager c’est décou­vrir que tout le monde a tort.

Les philo­so­phies, les civi­li­sa­tions qui, de loin, vous semblent bien supé­rieu­res à la vôtre, vues de près sont toutes, à leur façon , aussi déses­pé­ré­ment Impar­fai­tes. Appren­dre cela -et cela ne s’apprend qu’en voyageant- mérite, il me semble, toute l aa peine, toute l’absence de bien-​être , et tous le s frais d’un tour du monde.

On en parle

On en parle peu voici un blog où j’ai trouvé un avis qui rejoint un peu le mien : Le pas grand chose

Emprunté à la média­thè­que. J » ai beau­coup aimé Le grand Coeur, du même auteur.

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J’arrive un peu tard , et je pense que, beau­coup d’entre vous êtes convain­cus de la qualité de ce livre. Mais trois raisons me pous­sent à mettre un arti­cle sur mon blog :

  1. Il reste peut-​être un marcheur ou une marcheuse qui n’a pas encore entendu parler de ce livre ou qui hésite à le lire, à moi de les convain­cre !
  2. Je trouve injuste de ne pas parler d’un livre qui nous a plu (nous, les blogueurs et blogueu­ses), sous prétexte qu’on en dit du bien partout. Nous n’avons pas qu’une fonc­tion de décou­vreur. Ça arrive, et c’est bien agréa­ble de trou­ver des petits chefs-d’œuvre, qui, sans nous,seraient passés inaper­çus mais j’aime aussi, quand je lis sur mes blogs favo­ris, qu’un livre fait l’unanimité.Avec cinq coquilla­ges, je dis assez que j’ai adoré ce témoi­gnage.
  3. Enfin la dernière raison me concerne. SI je tiens ce blog c’est, entre autre, pour garder une trace de pres­que tous les livres que j’ai lus.

Comme l’auteur, je rêve de faire ce chemin ou un autre. La marche à pied me fait du bien et j’y puise un récon­fort moral qu’aucun sport ne me peut me donner. Jean-​Christophe Ruffin , décrit avec atten­tion l’état dans lequel se trouve peu à peu le marcheur , un état de fati­gue et de bien-​être très parti­cu­lier.

La marche permet de réflé­chir , offre une vie en harmo­nie avec la nature et permet d’éclairer diffé­rem­ment les réali­tés du monde d’aujourd’hui. Le marcheur ne peut aller plus vite que ses pas et doit tout porter sur son dos. Il change, alors, ses prio­ri­tés et ce qui était néces­saire devient très vite super­flu (en parti­cu­lier quand un objet pèse plus de quel­ques kilos). Le regard du marcheur sur les abords des villes m’a beau­coup inté­res­sée . Si nos ancien­nes cités ont encore bien des char­mes, les zones d’activité arti­sa­na­les et commer­cia­les qu’il faut traver­ser avant d’y arri­ver, sont unifor­mé­ment tris­tes que l’on se rappro­che de Dinan ‚Véze­lay ‚ou d » Aix en Provence. On oublie ces zones quand on est touriste et en voiture, on se dépê­che de regar­der ailleurs , mais le piéton traverse tout d’un même pas, il ne peut pas se racon­ter des histoi­res quand c’est moche, il en profite jusqu’au bout.

Le récit de cet écri­vain est plein de remar­ques légè­res et drôles sur le petit peuple des « Jaquets » , ainsi appelle-​ton les pèle­rins de Saint Jacques. Un regard amusé sur l’inconfort des auber­ges desti­nées à rece­voir ce petit monde qui ne veut surtout pas dépen­ser trop d’argent : le pèle­rin est pauvre mais surtout radin. Les chemins sont parfois beaux à couper le souf­fle et ces instants de magie se suffi­sent à eux seuls. Il est une ques­tion à laquelle je ne répon­drai pas, Pour­quoi fait-​on le chemin ? C’est un chapi­tre du livre et je ne connais toujours pas la réponse.

Je pense qu’on peut marcher partout et j’aurais tendance à croire qu’on est partout mieux que sur les chemins qui mènent à Compos­telle, je signe par là que je n’ai pas encore été atteinte par le virus…

Citations

Difficultés du marcheur

Sitôt levé, assommé par le manque de sommeil ; il me fallait marcher jusqu’à trou­ver un café ouvert. Le rituel du réchaud est par trop dépri­mant le matin et, dans ce pays pourvu de toutes les commo­di­tés, il n’y a pas vrai­ment de raison de vivre comme dans les espa­ces désert de hautes monta­gnes.
Le seul problème est la contra­dic­tion qui existe entre les lieux où le camping sauvage est possi­ble et ceux où se rencon­trent des cafés.

L’égalité devant la marche

Celui ou celle pour qui la ville est impi­toya­ble, avec sa concur­rence terri­ble, ses modè­les tyran­ni­ques qui condam­nent le gros, le maigre, le vieux, le laid, le pauvre, le chômeur, décou­vre dans la condi­tion de pèle­rin une égalité qui laisse sa chance à chacun.

Les régions vertes

Il faut toujours se méfier des régions vertes. Une végé­ta­tion si drue, une verdure si écla­tante ne peuvent avoir qu’une origine : la pluie.

L’orgueil du pèlerin et le secret du chemin

Car il est assez trivial de dire (mais plus rare d’éprouver soi-​même ) que l’extrême humi­lité est une des voies de l’orgueil . À mesure qu’il se dimi­nue le pèle­rin se sent plus fort et même pres­que invin­ci­ble. La toute-​puissance n’est jamais loin de la plus complète ascèse. C’est en réflé­chis­sant à cela qu’on appro­che peu à peu le véri­ta­ble secret du Chemin, même s’il faut du temps pour le décou­vrir.

Les conduites humaine

Je connais des bistrots à Paris où ces messieurs par ailleurs auto­ri­tai­res et habi­tués à comman­der vien­nent s’adonner à l’heure du déjeu­ner au plai­sir maso­chiste de se faire rudoyer par un patron inso­lent et gros­sier. Les coups de fouet moraux qu’il leur assène pendant le repas semblent les revi­go­rer et leur donnent une éner­gie nouvelle pour tour­men­ter à leurs propres subor­don­nés.

Les bondieuseries

Il est une règle qui ne souf­fre pas d’exception : chaque fois qu’un projet artis­ti­que est soumis à l’arbitrage d’un grand nombre, la bana­lité et la laideur préva­lent. La collé­gia­lité, en matière artis­ti­que, c’est l’eau tiède. On peut être certain que beau­coup de gens ont été consul­tés pour l’érection de la statue qui orne le Monte del Gozo car il est diffi­cile de conce­voir plus laid, plus préten­tieux et plus décou­ra­geant. On pour­rait consi­dé­rer que c’est un chef-d’œuvre, à condi­tion de le faire concou­rir dans un genre bien parti­cu­lier : celui du kitsch catho­li­que.

et voici la photo .….. plus moche ce n’est pas possi­ble ! ! ! !

J’aime cette formule

Pour le dire d’une formule qui n’est plai­sante qu’en appa­rence : en partant pour Saint Jacques, je ne cher­chais rien et je l’ai trouvé.

On en parle

à sauts et à gamba­des (en livre lu) , le goût des livres et ….36 criti­ques chez Babe­lio