Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Sur Michel Hoel­le­beck , on lit telle­ment d’avis et en parti­cu­lier sur ce roman qui semble avoir prévu les atten­tats de Bali de 2002, que je n’ai pas hésité à le choi­sir quand la biblio­thé­caire l’a mis au programme de notre club dans le thème « tourisme » . Il a telle­ment sa place, dans ce thème ! (Pour justi­fier ma photo, oui, il parle de Dinard et même de ma plage – une ou deux phrases, mais elle y est !) Depuis « les Parti­cules Élémen­taires », je conti­nue à le lire régu­liè­re­ment, sans être déçue, même si parfois il me rend très triste. J’avais bien aimé « La carte et le terri­toire » et depuis long­temps, je voulais lire « Plate­forme ». C’est, comme toujours chez lui , une analyse assez froide des compor­te­ments de nos contem­po­rains, il s’agit ici du tourisme, mais pas seule­ment. Aussi de la façon dont notre société adule l’argent pour l’argent. il s’amuse à nous décrire certains excès des instal­la­tions d’art contem­po­rain. Il montre à quel point la violence peut deve­nir incon­trô­lable dans les banlieues. Il se fait une piètre idée de l’Is­lam et n’hé­site pas à l’écrire. Et surtout, il fait une descrip­tion très détaillée du plai­sir sexuel sous toute ses formes. Le héros tombe amou­reux d’une Valé­rie plus jeune que lui lors d’un voyage en Thaï­lande, il travaille au minis­tère de la culture, où il orga­nise des expo­si­tions toutes plus bizarres les unes que les autres, son père meurt, il a donc quelques dispo­si­tions finan­cières. Valé­rie travaille pour le tour-opéra­teur qu’ils avaient choisi et il va l’ai­der à monter des concepts de voyages plus rentables. Le héros et les deux autres person­nages impor­tants Valé­rie et son chef Jean-Yves se rendent compte que lors des voyages orga­ni­sés la seule chose que dési­rent les touristes c’est avoir des rela­tions sexuelles , autant les prévoir par le Tour-Opéra­teur qui se nommera « Aphro­dite ».

Tout le talent de cet écri­vain , c’est d’al­ler juste un peu plus loin, et parfois pas tant que ça de nos compor­te­ments et donc ces occi­den­taux qui viennent « baiser » loin de chez eux trou­ve­ront tout ce qu’ils veulent sauf que .… un terrible atten­tat en 2002 en tuera plus de deux cents d’entre eux. Ne cher­chez pas de condam­na­tions morales ou des juge­ments de valeur, on a l’im­pres­sion que rien ne le choque ; Michel Houel­le­beck décrit ce que tout le monde peut voir ou connaître. Dans un style parti­cu­lier qui peut sembler assez plat, il accroche son lecteur, (en tout cas moi) sans aucun autre effet qu’une histoire très bien racon­tée et un point de vue d’une honnê­teté abso­lue, mais comme toujours assez triste car très désa­busé sur la nature humaine.

Citations

Le bonheur et les voyages

J’ai passé ma dernière jour­née de congé dans diffé­rentes agences de voyages. J’ai­mais les cata­logues de vacances, leur abstrac­tion, leur manière de réduire les lieux du monde à une séquence limi­tée de bonheurs possibles et de tarifs, j’ap­pré­ciais parti­cu­liè­re­ment le système d’étoiles pour indi­quer l’in­ten­sité du bonheur qu’on était en droit d’es­pé­rer. Je n’étais pas heureux, mais j’es­ti­mais le bonheur, et je conti­nuais à y aspi­rer.

Du Houellebeck tout pur

« Je n’ai rien à attendre de ma famille, pour­sui­vit-elle avec une colère rentrée. Non seule­ment ils sont pauvres, mais en plus ils sont cons. Il y a deux ans, mon père a fait le pèle­ri­nage de la Mecque ; depuis, il n’y a plus rien à en tirer. Mes frères, c’est encore pire : ils s’en­tre­tiennent mutuel­le­ment dans leur conne­rie, ils se bourrent la gueule au pastis tout en se préten­dant les dépo­si­taires de la vraie foi, ils se permettent de me trai­ter de salope parce que j’ai envie de travailler plutôt que d’épou­ser un connard dans leur genre. »

Je partage cet avis sauf pour l’alcool et les cigarettes

Prendre l’avion aujourd’­hui, quelle que soit la compa­gnie, quelle que soit la desti­na­tion, équi­vaut à être traité comme une merde pendant toute la durée du vol. Recro­que­villé dans un espace insuf­fi­sant et même ridi­cule, dont il sera impos­sible de se lever sans déran­ger l’en­semble de ses voisins de rangée , on est d’emblée accueilli par une série d’in­ter­dic­tions énon­cées par des hôtesses arbo­rant un sourire faux. Une fois à bord, leur premier geste et de s’emparer de vos affaires person­nelles afin de les enfer­mer dans les coffres à bagages ‑auxquels vous n’au­rez plus jamais accès, sous aucun prétexte, jusqu’à l’at­ter­ris­sage. Pendant toute la durée du voyage, elles s’in­gé­nient ensuite à multi­plier les brimades, tout en vous rendant impos­sible tout dépla­ce­ment, et plus géné­ra­le­ment toute action, hormis celles appar­te­nant à un cata­logue restreint, dégus­ta­tion de soda, vidéos améri­caines, achat de produits duty free. La sensa­tion constante de danger, alimen­tée par des images mentales de crash aérien, l’im­mo­bi­lité forcée dans un espace limité provoquent un stress si violent qu’on a parfois observé des décès de passa­gers par crise cardiaque sur certains vols long-cour­riers. Ce stress, l’équi­page s’in­gé­nie à le porter à son plus haut niveau en vous inter­di­sant de le combattre par les moyens usuels. Privé de ciga­rettes et de lecture, on est égale­ment de plus en plus souvent, privé d’al­cool.

Et vlan pour les profs de français

J’avais appris qu’elle était prof de lettres « dans le civil », comme disait plai­sam­ment René ; ça ne m’avait pas du tout étonné. C’était exac­te­ment le genre de salopes qui m’avaient fait renon­cer à mes études litté­raires, bien des années aupa­ra­vant.

Qui d’autre que Houellebecq à le droit d’écrire cela

Il y avait égale­ment deux Arabes isolés, à la natio­na­lité indé­fi­nis­sable ‑leur crâne était entouré de cette espèce de torchon de cuisine auquel on recon­naît Yasser Arafat dans ses appa­ri­tions télé­vi­sée.

Intéressant

Les seules femmes dont je parve­nais à me souve­nir, c’était quand même celles avec qui j’avais baisé.Ce n’est pas rien, ça non plus ; on consti­tue des souve­nirs pour être moins seul au moment de la mort.

L’évolution de la société

Nous vivions en résumé dans une écono­mie mixte , qui évoluait lente­ment vers un libé­ra­lisme plus prononcé, qui surmon­tait peu les préven­tions contre le prêt à usure – et , plus géné­ra­le­ment , contre l’argent- encore présentes dans les pays d’an­ciennes tradi­tions catho­liques. Certains jeunes diplô­més d’HEC, beau­coup plus jeunes que Jean-Yves, voire encore étudiant, se lançaient dans la spécu­la­tion bour­sière, sans même envi­sa­ger la recherche d’un emploi sala­rié. Ils dispo­saient d » un ordi­na­teur relié à Inter­net, de logi­ciels sophis­ti­qués de suivi des de suivi des marchés. Assez souvent, ils se réunis­saient en club pour pouvoir déci­der de nous de mises de fonds plus impor­tants. Ils vivaient sur leur ordi­na­teur, se relayaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ne prenaient jamais de vacances. Leur objec­tif à tous était extrê­me­ment simple : deve­nir milliar­daire avant trente ans.

L’art contemporain

Je travaillais alors sur le dossier d’une expo­si­tion itiné­rante dans laquelle il s’agis­sait de lâcher des grenouilles sur des jeux de cartes étalés dans un enclos pavé de mosaïques ‑sur certains des carreaux étaient gravés des noms de grands hommes de l’his­toire tels que Dürer, Einstein,Michel-Ange. Le budget prin­ci­pal était consti­tué par l’achat des jeux de cartes, il fallait les chan­ger assez souvent, il fallait égale­ment de temps en temps, chan­ger les grenouilles. L’ar­tiste souhai­tait, au moins pour l’ex­po­si­tion l’ex­po­si­tion inau­gu­rale à Paris, dispo­ser de jeu de tarots, il était prêt, pour la province, à se conten­ter de jeux de cartes ordi­naires

Édition le Seuil

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Après « la villa des femmes » et « l’empereur à pied », voici ma troi­sième lecture de ce grand écri­vain liba­nais. Ce texte est très court et les chapitres qui le composent font parfois moins d’une demi-page. Le titre dit beau­coup sur cette biogra­phie : Raphaël Arben­sis aurait pu, en effet mener des vies bien diffé­rentes. L’au­teur sent que sa desti­née tient plus du hasard et de la chance que de sa propre volonté. Ce sont des idées bien banales aujourd’­hui mais qui, au début du XVII° siècle, sentent l’hé­ré­sie pour une élite catho­lique toute puis­sante et peu éclai­rée. Elle vient de condam­ner Gali­lée et donc, regar­der, comme le fait le person­nage, le ciel à travers une lunette gros­sis­sante relève de l’au­dace. L’au­teur ne connaît pas tout de la vie de cet aven­tu­rier du pays des cèdres comme lui, mais malgré ces périodes d’ombre qu’il s’empêche de remplir par trop de roma­nesque, il sait nous rendre vivant ce person­nage . Le plus agréable pour moi, reste son talent d’écri­vain : grâce à son écri­ture, on se promène dans le monde si foison­nant d’un siècle où celui qui voyage prend bien des risques, mais aussi, est telle­ment plus riche que l’homme lettré qui ne sort pas de sa zone de confort. Chaque chapitre fonc­tionne comme une fenêtre que le lecteur ouvri­rait sur la société de l’époque, ses grands person­nages, ses peintres, sa pauvreté, ses paysages. Un livre enchan­teur dont les ques­tion­ne­ments sont encore les nôtres : qu’est ce qui relève de notre déci­sion ou de la chance que nous avons su plus ou moins bien saisir ?

Citations

De courts chapitres comme autant de cartes postales du XVII° siècle

Chapitre 6
Il fréquente aussi les lavan­dières qui lavent le linge dans le Tibre . Il fait rire et les trousse à l’oc­ca­sion. À cette époque , les rives bour­beuses du fleuve sont enva­hies par les bate­liers , et les tein­tu­riers y diluent leurs couleurs. Nous sommes dans les premières années du ponti­fi­cat d’Ur­bain VIII. La colon­nade du Vati­can n’est même pas encore dans les projets du Bernin, Borro­mini n’a pas encore construit la Sapienza, le palais des Barbe­rini s’ap­pelle encore palais Sforza et la mode des villas véni­tienne intra-muros commence à peine. Mais il y a des chan­tiers et l’on creuse des allées et des voies. Des peintres et des sculp­teurs habitent en ville. Le Tras­te­vere et un village séparé de la cité, cette dernière n’a pas la taille de Naples, mais depuis le bord du fleuve on voit les dômes de Saint-Pierre et le palais Saint-Ange. Les grands murs du temps de l’Em­pire sont toujours debout, roses et briques parmi les cyprès et les pins, et sous la terre dorment encore bien des merveilles. Un jour de 1625, sur la place du Panthéon, un larron inter­pelle Raphaël pour lui vendre quelque chose en l’ap­pe­lant Monsi­gnore. Arden­tis s’ar­rête, méfiant, le larron rit en décou­vrant une horrible rangée de dents abîmées et lui indique sa brouette sur laquelle il soulève une petite bâche. Aven­sis se détourne du spec­tacle de l’af­freuse grimace du mendiant pour regar­der ce qu’il lui montre et là, au milieu d’un bric-à-brac fait de clous, de chif­fons, de morceaux de plâtre et de divers outils abîmés, il voit une tête en marbre, une grande tête d’empereur ou de dieu, le front ceint d’un bandeau, les lèvres pulpeuses, le nez grec et le cou coupé, posé sur le côté, comme lors­qu’on dort sur un oreiller.
Chapitre 27 un des plus courts
Dans le ciel, il y a toujours ces grands nuages blancs qui se contor­sionnent tels des monu­ments en apesan­teur, qui prennent des postures fabu­leuses et lente­ment chan­geantes comme les anges et les êtres séra­phiques impro­bables de Véro­nèse.

Á travers une longue vue les personnages regardent Venise et le lecteur croit reconnaître des tableaux

Une autre fois, il voit un homme buvant du vin à une table sur laquelle, en face de lui, une femme nue est accou­dée qui le regarde pensi­ve­ment, le menton dans la main. Il voit un maître de musique près de sa jeune élève devant un clave­cin, il voit une table un globe terrestre dans une biblio­thèque déserte et un jour, dans ce qui semble une chambre à coucher, il voit une femme en bleu, peut-être enceinte, debout et absor­bée dans la lecture d’une lettre.

Le hasard ou le destin

Nos vies, écrit-il, ne sont que la somme, tota­li­sable et dotée de sens après coup, des petits inci­dents, des hasards minus­cules, des acci­dents insi­gni­fiants, des divers tour­nants qui font dévier une trajec­toire vers une autre, qui font aller une vie tout à fait ailleurs que là où elle s’ap­prê­tait à aller, peut-être vers un bonheur plus grand si c’était possible, qui sait ?, mais sans doute souvent plutôt vers quelque chose de moins heureux, tant le bonheur est une proba­bi­lité toujours très faible en compa­rai­son des possi­bi­li­tés du malheur ou simple­ment de l’in­si­gni­fiance finale d’une vie ou de son échec.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Un livre éton­nant qui commence une série que je ne connais­sais pas l « Égo-histoire », qui se défi­nit ainsi :

une forme d’ap­proche histo­rio­gra­phique et de courant d’écri­ture histo­rique à travers laquelle l’his­to­rien est censé analy­ser son propre parcours et ses méthodes de manière réflexive et distan­ciée. (Wiki­pé­dia) . 

Il peut très bien se glis­ser dans une de vos valise pour accom­pa­gner vos vacances. Même si il n’est pas qu’un livre léger et plai­sant de souve­nirs d’une famille intel­lec­tuelle pari­sienne, ceci n’est, en effet, qu’un tout petit aspect de ce livre, qui cherche à atteindre des buts beau­coup plus larges, plus « scien­ti­fiques » trou­ver en quoi les vacances orga­ni­sées par ses parents s’ins­crivent dans une conduite socio­lo­gique ne corres­pon­dant pas exac­te­ment à l’ori­gi­na­lité à laquelle elle semblait à l’époque répondre. C’est certai­ne­ment l’aspect qui lui a enlevé un ou deux coquillages sur Luocine, car j’ai trouvé ces expli­ca­tion très répé­ti­tives, on comprend assez vite mais l’au­teur a besoin d’y reve­nir plusieurs fois sans rien ajou­ter au propos. Le second aspect m’a beau­coup touchée : que se cache-t-il derrière cette injonc­tion pater­nelle « Soyez heureux ! » ? Toutes les diffi­cul­tés des resca­pés de la Shoah sont dans ces deux mots et la façon dont son père a rendu ses enfants « heureux » est extra­or­di­naire à la fois de simpli­cité mais aussi de courage . Enfin le dernier aspect, ce sont les souve­nirs de cet enfant qui a comme tous les enfants préfèrent jouer avec ses amis plutôt qu’é­cou­ter les expli­ca­tions savantes à propos des ruines grecques et romaines.

Un livre que j’ai beau­coup aimé malgré les bémols que j’ai évoqués.

Citations

Ambiance familiale marquée par la Shoah

Dans ma famille, le bonheur repré­sen­tait un tel enjeu qu’il en deve­nait non seule­ment inac­ces­sible, mais vicié, légè­re­ment putré­fié, pas si dési­rable que cela. C’est une perver­sion dont je ne me suis jamais tout à fait remis. Le seul remède à cette mala­die de l’âme consis­tait à rompre le soup­çon et a décidé immé­dia­te­ment, toutes affaires cessantes, que je pouvais être heureux, pour aucune autre raison que j’en avais le droit. 

Le camping ‑car

Si les moque­rie de mes cama­rades me mettaient mal à l’aise , c’est parce que je sentais qu’elles visaient bien plus que des vacances : notre iden­tité fami­liale , notre mode de vie , notre « style » , la person­na­lité de mes parents , donc l’édu­ca­tion que je rece­vais d’eux. Partir en camping-car révé­lait un certain niveau de revenu, mais aussi l’ab­sence de tradi­tions fami­liales et de racine ; un certain capi­tal cultu­rel, et aussi un manque de savoir-vivre ; une incli­na­tion au ridi­cule, mais aussi une liberté d’es­prit, une capa­cité de déta­che­ment, par fierté ou indif­fé­rence au qu’en-dira-t-on.

Liberté

j’étais libre parce qu’il n’y avait pas de cein­ture à l’ar­rière et que nous nous dépla­cions dans l’ha­bi­tacle pendant les trajets
parce que je pouvais flâner dans les musées sans les visi­ter
parce que je pouvais rester des heures à jouer dans les vagues
j’étais libre parce qu’on campait n’im­porte où, sur les plages, les débar­ca­dère, les parkings, au bout des jetées , dans les clai­rières
parce que mon sac de couchage était un vais­seau spatial, avec des manettes et des cadrans inté­grés
j’étais libre parce que aucun cahier de vacances ne venait prolon­ger le travail scolaire de l’an­née
parce qu’une pres­sion se relâ­chait
l’ur­gence était suspen­due
parce qu’on chan­geait de desti­na­tion tous les ans
parce que nos spots ne figu­raient sur aucun guide de voyage
et que cela ne coûtait rien de se perdre, l’éga­re­ment n’étant qu’un autre chemin
j’étais libre de m’éprou­ver Juif errant, tout en étant protégé par un État 

Je sais que je dois cette lecture à la blogo­sphère en parti­cu­lier à Jérôme mais à d’autres aussi. J’ai d’abord dégusté et beau­coup souri à la lecture de ce petit livre et puis je me suis sentie si triste devant tant de destruc­tions, à la fois humaines et écolo­giques. Le regard de cet auteur est impla­cable, il sait nous faire parta­ger ses révoltes. Comme lui, j’ai été indi­gnée par le compor­te­ment de Philippe Boulet qui refuse de donner un simple coup de fil pour sauver de pauvres Malgaches partis en pirogues. Un de ses adjoint finira par l’y contraindre , mais trop tard si bien que seuls 2 sur 8 de ces malheu­reux ont été sauvés et vous savez quoi ?

En tant que chef de mission, Philippe Boulet a été décoré d’une belle médaille par le gouver­ne­ment malgache pour son rôle émérite dans le sauve­tage des pêcheurs. un article de presse en atteste. Il sourit sur la photo.

La vision de la Chine est parti­cu­liè­re­ment grati­née, entre les ambiances de façades et la réalité il y a comme un hiatus. Comme souvent dans les pays à fort contrastes « le gringo » ou le« blanc » est consi­déré comme un porte monnaie ambu­lant. L’au­teur se moque autant de ses propres compor­te­ments que ceux des touristes qui veulent abso­lu­ment voir de « l’au­then­tique ». Mais souvent la charge est lourde et quelque peu cari­ca­tu­rale. C’est peut être mon âme bretonne qui m’a fait être agacée aux portraits de bretons alcoo­liques. Ceci dit, pour voya­ger comme il le fait, il vaut mieux résis­ter à l’al­cool car on est souvent obligé de parta­ger le verre de l’ami­tié qui est rare­ment un verre de jus de fruit quand on veut abso­lu­ment vivre avec et comme les autoch­tones.

Enfin, le pire c’est le trai­te­ment de la nature par l’homme, c’est vrai­ment angois­sant de voir les destruc­tions s’ac­cu­mu­ler sous le regard des gens qui se baladent de lieux en lieux sans réali­ser que, par leur simple présence, (dont celle de l’au­teur !) ils contri­buent à détruire ce qu’ils trouvent, si « jolis », si « authen­tiques », si « typiques ».…

Citations

Humour

J’ai passé des jour­nées à marcher dans les rues, foui­ner chez les disquaires de Soho, contem­pler l’agi­ta­tion de Notting Hill ou des puces de Camden. Tout cela était très inté­res­sant, je rencon­trais d’autres possibles, mais ça ne m’ai­dait pas réel­le­ment à savoir qui j’étais. Le déclic eut lieu une nuit que j’étais à me morfondre dans quelque pub anglais au cœur de Londres. Accoudé sur un comp­toir, je noir­cis­sais des page de cahier à spirale, dans une navrantes tenta­tive posta­do­les­cente de deve­nir Arthur Morri­son. Je zonais depuis une semaine, le groupe du pub repre­nait Walk Of Life et j’en étais à écrire des sonnets sous Kronen­bourg quand quel­qu’un a renversé son verre de Guin­ness sur mes vers de détresse. Une vision, fémi­nine, cheve­lure fatal et hormones au vent. Note pour les jeunes poètes maudits : écrire la nuit dans les bars, pour pathé­tique que ce soit, peut atti­rer la gour­gan­dine. C’était une vieille, elle avait au moins 25 ans. Elle portait une robe noire sophis­ti­quée et des talons arro­gants ; elle travaillait dans la mode. Ses yeux brillaient d’une assu­rance alcoo­li­sée. Volu­bile et pleins d’his­toires.

Très drôle

Il existe, à l’est de Leeds, loca­lité dont peu de gens soup­çonne l’exis­tence. Un port où le soleil n’est qu’un concept loin­tain, une cité prolé­taire ou Marga­ret That­cher est Satan et Tony Blair, Judas. Une riante bour­gade rava­gée par la crise post­in­dus­trielle, où l’on repère les étran­gers à leur absence de tatouages et de cirrhose. Liver­pool sans groupe de rock mythique, Manches­ter sans le foot. Hull est un sujet de moque­rie pour le reste de l’An­gle­terre. Sa page Wiki­pé­dia se résume à 5 lignes, c’est que pour une ville de 250000 habi­tants.
PS : Véri­fi­ca­tion Hull a plus que 5 lignes sur Wiki­pe­dia

Cette envie de recopier le livre !

Toutes ses écono­mies dila­pi­dées dans un voyage à pile ou face, des mafias engrais­sées, le cache cache avec la police de deux conti­nents, la peur et le froid. Tout cela pour deve­nir esclave à Hull, qui concourt au titre de la ville la plus pour­rie d’Eu­rope. Khalid n’ex­pri­mait aucun regret : « Il vaut mieux être ouvrier à Hul que mort à Kaboul. » Une évidence contre laquelle aucune loi ne peut lutter.
… Dix kilo­mètres jusqu’à la maison. Des cités déca­ties où descen­daient les rouquins à capuche, un immense super­mar­ché Tesco, qui était une des raisons pour lesquelles Azad, Moha­med et Khalid, victimes de la géogra­phie poli­tique avez tenté la vie en Europe. Je travaille à l’usine pour pouvoir voya­ger. Ils avaient beau­coup, beau­coup voyagé pour venir travailler à l’usine.

Bombay

J’ai entendu quelques histoires de jeunes Anglais venus faire de l’hu­ma­ni­taire en Inde en sortant de chez leurs parents, et repar­tant au bout de trois jours, trau­ma­ti­sés par la réalité de la misères. Impos­sible de faire abstrac­tion, dans cette ville où il faut prendre garde à ne pas marcher sur les nouveaux nés qui dorment sur le goudron.

Portrait de surfeurs

Tous ces garçons vivent entre eux dans une colo­nie de vacances perpé­tuelle, voya­geant d’un spot à l’autre autour du monde, mangeant des corn flakes et des sand­wichs à la mayon­naise dans des maisons de loca­tion, torse nu, pendant que le coach les dorlote. Le soir, ils boivent des bières autour d’un barbe­cue. Chaque année, à date fixe, il retrouve Hawaï, la Gold Coast austra­lienne, le Brésil, l’Afrique du Sud ou Laca­nau, sans avoir le temps de connaître les endroits qu’ils traversent. Ils ne se préoc­cupent pas de descendre sous la surface, leur fonc­tion est de rester à flot. Ils gagnent très bien leur vie, ce sont des stars. Leurs perfor­mances spor­tives leur permettent de postu­ler au Statut de surhomme. Musclés et bron­zés, ça va sans dire. Pas très grands, pour des histoires de centre de gravité. Leurs copines sont des splen­deurs, rayon­nantes de santé et de jeunesse, tout cela est très logique. On pour­rait moquer la spiri­tua­lité de paco­tille qui entoure le monde du surf, bric-à-brac de panthéisme cool où l’homme fusionne avec la nature dans l’ac­tion, mais ce n’est pas néces­saire. Ces types consacrent leur vie à la beauté du geste, dans un dépas­se­ment de soi photo­gé­nique. Ils tracent des sillons parfaits, en équi­libre constant entre la perfec­tion et la mort. Ce n’est pas rien.

La Chine

À Chong­qing, je je trouve ce que j’aime dans lex tiers-monde. Le chaos orga­nisé, la vie dans la rue, les gens qui vendent n’im­porte quoi à même le sol, les cireurs de chaus­sures,( l’un deux a voulu s’oc­cu­per de mes tongs), les vieux porteurs voûtés qui char­rient le double de leur poids, les bars qui appar­tiennent à la mafia et les chiens qui n’ap­par­tiennent à personne.

À Pékin, on a posé une Chine en plas­tique sur la Chine. Et ça fonc­tionne très bien. Ils ont réussi à cacher les pauvres et les cras­seux. À Chong­qing, il n’y a pas de jeux olym­piques. Les pauvres et les cras­seux côtoient les costards cravates. Des ouvriers cassent les vieux immeubles à la masse, torse et pieds nus, à 15 mètres du sol. Les normes de sécu­rité ne sont pas opti­males. Mais un centre commer­cial doit ouvrir dans 20 minutes à cet empla­ce­ment , alors il faut faire le boulot.

Portrait féroce et réducteur de l’autre.…

Elle est prof. De maths. Alle­mande. Un sacré boute-en-train. Elle passe son temps à détailler de A à Z, tous les points de désac­cord avec la culture chinoise. Je ne compren­drai jamais les gens qui, sortant de chez eux, ne supportent pas qu’on ne se comporte pas comme chez eux. De son côté, elle ne comprend pas que les Fran­çaises s’épilent les jambes régu­liè­re­ment. C’est pour l’ins­tant, le plus gros choc cultu­rel de mon séjour.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Par grande tempête, ce qui n’était pas le cas le jour où j’ai pris cette photo, les côtes de la manche rappellent les tour­ments dans lesquels ont été pris l’équi­page du Toroa : le capi­taine Rongo Walker, le second Tama­toa et le narra­teur le Fren­chie dont on ne connaî­tra que ce surnom.

C’est l’un des sujets de ce roman, les lois impi­toyables de la mer. Pour les avoir une seule fois oubliées, Rongo Walker a failli perdre la vie, celle de ses deux équi­piers et son bateau. Cela a commencé par une mauvaise pêche, puis par une panne de radio, enfin par un soleil couchant trop rouge annon­cia­teur de tempêtes. Mais l’appât d’une pêche mira­cu­leuse à la langouste, a fait perdre au capi­taine sa légen­daire prudence. Les descrip­tions de la mer en furie sont à vous donner le mal de mer et à vous empê­cher de dormir. Mais sur un bateau aux condi­tions de vie si rudes se tissent aussi des liens d’ami­tié très forts qui nous permettent de comprendre pour­quoi et comment les hommes ont de tout temps réussi à vaincre la peur de la mer déchaî­née.

Le deuxième thème du roman, ce sont les tradi­tions Mahori, dans des sortes de contes qui s’insèrent dans le roman, elles sont racon­tées et permettent de comprendre une autre civi­li­sa­tion qui avait une toute autre connais­sance de la mer que celle qui permet de navi­guer aujourd’­hui. Ce sont de très beaux textes qui permettent de réflé­chir, encore une fois, à la dispa­ri­tion de civi­li­sa­tions orales qui valaient large­ment la notre et qu’on n’a ni su comprendre et encore moins respec­ter.

Si j’étais par moment complè­te­ment séduite par ce livre, j’ai, aussi, été moins prise par la répé­ti­tion des récits tradi­tion­nels qui veulent trop démon­trer les charmes et les valeurs de ces civi­li­sa­tions. J’ai trouvé les propos répé­ti­tifs, ces anciens qui savaient navi­guer sans aucune carte ni bous­sole seule­ment avec les étoiles, les courants et le sens de la houle, c’est abso­lu­ment magique mais j’ai eu du mal à m’y inté­res­ser plusieurs fois de suite. Je vois pour­tant que ces récits à leur façon accom­pagnent le roman et que le dernier évoque la fin d’un ancien navi­ga­teur mais cela n’a pas suffi à capter toute mon atten­tion. Alors que les récits de la pêche et de la vie sur le bateau m’ont saisie d’ef­froi et d’ad­mi­ra­tion. Malgré mes réserves, je ne peux que conseiller la lecture de ce roman j’ai­me­rais tant parta­ger avec vous ce plai­sir de lecture. Ne serait-ce que pour vous dépay­ser (par beau temps) dans des paysages abso­lu­ment magni­fiques et peu connus

Citations

Une de mes réserves : la difficulté de lire des noms étrangers

Mon nom est Tema­rii à Terii­paia, je suis né le 1er décembre 1919 à Iripau,le village dans le nord de Tahaa. Les Poly­né­siens, trois choses nous importent, un lopin de terre ou bâtir son Fare, un coin de lagon pour la pêche, une montagne à culti­ver. Moi c’est Muri­fe­nua dans la baie de Vaiore et ma plan­ta­tion là-haut, sur la colline de Maha­mene.

Un dicton qui fait réfléchir

Dans nos îles on a ce prin­cipe : Ha’a­mata Hape, Ha’aoti Hape.Ce qui commence faux finit faux.

Climat du Sud de la nouvelle Zélande

Fiord­land – ce nom avait acquis au fil des mois l’éclat mysté­rieux des légendes. Les gens d’ici évoquaient cette région sauvage, aux confins sud de la Nouvelle-Zélande, avec un émer­veille­ment souvent teinté d’ef­froi. Rien que d’im­menses forêts, des lacs et des montagnes, une poignée d’ha­bi­tants à peine sur des centaines de kilo­mètres, un climat effroyable, – pluie, vent et froid prenaient dans la région des propor­tions d’apo­ca­lypse. Il n’y avait que les pêcheurs pour navi­guer dans ces parages. Les tempêtes en mer de Tasman étaient violentes, impré­vi­sibles, on enten­dait parler de navire en perdi­tion dros­sés sur les récifs, de chavi­rage brutaux, d’hommes perdus en mer. Les abris et étaient rares sur ces côtes, très éloi­gnés les uns des autres, inac­ces­sibles par vent fort.

La poésie

C’est un poète, il a l’amour des mots… Aimer les mots, c’est aimer les hommes surtout. On ne peut pas se parler à soi-même comme si on était seul !… Tout le monde aime les mots, nous les Maoris plus encore. On a perdu cela, mais nos anciens pouvaient se dispu­ter trois jours et trois nuits sans repos pour déci­der du sens d’un verbe…

La vie sur un bateau

En mer ce n’est pas chacun dans son coin, il faut savoir à tout moment sur qui on peut comp­ter. Par ses contraintes et sa mono­to­nie, la soli­tude qu’elle impose, toujours sous le regard des autres, la vie au large et un révé­la­teur. On dit qu’al­ler sur un bateau c’est comme être en prison avec, en prime, le risque de périr noyé. Les faux-semblants se dissolvent dans l’eau salée, on ne peut pas mentir long­temps.

Navigation traditionnelle

Je suis pas perdu, compre­nez. Je sais me retrou­ver sur le grand océan. Je sais où, car je l’ai appris, je sais sous quel astre se trouve tout les terres connus. Je connais les chemins d’étoiles, les oiseaux, tous les signes… Sans voir le ciel pendant trois jours, je trouve une place étroite entre de roche. C’est la houle qui me guide. Te Lapa m’aide aussi, les éclairs sous l’eau qui dansent en profon­deur. On voit toutes sortes de lumière la nuit quand on est seul en mer. Les reflets de la lune et des constel­la­tions, ça tremble en surface. L’éclat jaune vert qui brille là où l’eau brasse dans le sillage du Vaka, ou quand les pois­sons jouent avec les vagues. Les feux des hommes qu’on aper­çoit très loin, les objets enflam­mées qui traversent le ciel…

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. (Mon club de lecture va peut ‑être deve­nir célèbre)

Ce petit roman m’a beau­coup plu, mais je suis inca­pable de savoir s’il plaira à d’autres. Je le défi­ni­rai comme un roman d’at­mo­sphère, il règne une ambiance à laquelle je me suis lais­sée prendre. La narra­trice, part en train sur les bords du lac Baïkal pour retrou­ver un homme qu’elle a aimé Gyl, et dont elle n’a plus de nouvelles. Ce voyage est l’oc­ca­sion de renouer tous les fils qui font d’elle la femme qu’elle est aujourd’­hui. Cette péré­gri­na­tion vers ce qu’elle est, avait commencé quelques années aupa­ra­vant lors de sa rencontre avec une femme très âgée, sa voisine du dessous, Clémence Barrot, une ancienne modiste qui ne sort plus guère et à qui elle lit des histoires. Elle la retrouve le plus souvent possible instal­lée sur son canapé rouge, ‑d’où le titre- .

Cette femme est riche d’une histoire d’amour qui s’est bruta­le­ment termi­née en 1943. Paul a été fusillé par les Alle­mands, il avait été recruté par le PCF et était entré dans la résis­tance. Clémence garde une photo prise sur les bords de la Seine, qu’elle cache derrière le canapé. Ils avaient 20 ans, ils étaient amou­reux, ils étaient beaux et la mort a tout arrêté. Clémence en veut terri­ble­ment aux Nazis et un peu au commu­nisme qui lui a enlevé son amou­reux. On retrouve un des éléments qui a consti­tué le passé d’Anne et Gyl, ils étaient tous les deux utopistes et voulaient chan­ger la société. Gyl, n’a pas supporté que le commu­nisme s’ar­rête et c’est pour­quoi il est parti en Sibé­rie pour faire revivre ce en quoi il croit. Clémence aime les histoires qu’Anne lui raconte, il faut dire qu’elle choi­sit des femmes au destin éton­nant, la brigan­dine Marion du Faouët, Olympe de Gouge, et Miléna Jezenska.

C’est l’autre élément qui construit le destin d’Anne : toutes ces femmes qui ont ont lutté jusqu’à la mort pour s’ac­com­plir. Et puis il y a les livres qui l’habitent, Dostoïevski et Janké­lé­vitch qu’elle a appor­tés avec elle pour ce voyage. Mais surtout, le plus impor­tant c’est de croire en la rencontre amou­reuse. Tout cela provoque son départ et son voyage vers Gyl, mais en chemin elle croise Igor et s’il ne se passe pas grand chose avec lui, c’est un person­nage impor­tant du voyage. Cette traver­sée de la Russise et son arri­vée à Irkoutsk lui permettent de prendre conscience de ce qu’elle était venue cher­cher : elle même plus que Gyll. Hélas ! à son retour Clémence n’est plus là, elle ne pourra donc pas savoir qu « Anne a enfin trouvé ce qu’elle cher­chait.

Citations

Fin d’une utopie

Je n’étais pas seule à perce­voir cette insi­dieuse érosion des certi­tudes qui avaient emballé notre jeunesse, mais ce qui m’ef­frayait c’était le senti­ment, que parta­geaient quelques-uns de mes amis, de ne rien pouvoir d’autre que de m’abîmer dans ce constat. J’avais lu dans un roman à propos de la mort des théo­ries, « On se demande jusqu’à quel point on les avait prises au sérieux ». J’en voulais à l’au­teur pour sa cruelle hypo­thèse. Ce monde rêvé, cette belle utopie : être soi, plei­ne­ment soi, mais aussi trans­for­mer la société tout entière, pouvaient-il n’être qu’en­fan­tillages ? Nous conso­laient-ils seule­ment d’être les héri­tiers orphe­lins des dérives commises à l’Est et ailleurs, que certains de nos aînés avaient fait semblant d’igno­rer ?

Nostalgie

Sans aucun doute, Igor était né après la mort de Staline, et je me deman­dais ce qu’il me répon­drait si je pronon­çais ce nom. J’au­rais pour­tant aimé lui dire combien son pays avait habité nos esprits, les cruelles désillu­sions qu’i l nous avait infli­gées, et comment ce voyage me rame­nait à des années lumi­neuses où le sens de la vie tenait en un seul mot : révo­lu­tion.

Fin d’un amour

Je me souviens aussi qu’en ouvrant la porte, j’avais en tête une phrase d’An­to­nioni, » Je cherche des traces de senti­ments chez les hommes ». Je l’avais dit un jour à l’homme qui me quit­tait sans l’avouer, par petites trahi­sons succes­sives. Nous faisions notre dernier voyage. En entrant dans la chambre après des heures d’er­rance dans une ville où nous nous perdions, je lui avais dit ces mots comme s’ils 
étaient les miens et il avait pleuré. Je le voyais pleu­rer pour la première fois. La fatigue alour­dis­sait nos corps, nous avions fait l’amour dans une sorte de ralenti, d’en­gour­dis­se­ment, il conti­nua de sanglo­ter dans mon cou, j’au­rais aimé que ces minutes ne s’ar­rêtent jamais, tout se mélo­drame déli­cieux nous sépa­rait avec une infi­nie douceur, conte­nait à lui seul le temps vécu ensemble.

Traduit de l’italien par Elise GRUAU. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Roman qui se lit agréa­ble­ment mais je pense que je l’ou­blie­rai assez vite. Il raconte cepen­dant un point de vue inté­res­sant, une jeune femme, fille d’un artiste reconnu et célèbre, part avec celui qui n’a pas su être un père dans un voyage à travers l’Italie alpine . On sent tout de suite que c’est leur dernière chance de se comprendre : tant de choses les ont sépa­rés. Elle est la fille d’un couple qui n’a pas su s’aimer et d’un père célèbre trop souvent absent. Elle est la femme d’un mari qui ne la fait plus rêver et la mère d’une petite fille qu’elle aime de toutes ses forces. Il faudra du temps pour que ce père mutique et fuyant arrive à lui faire comprendre qui il est : au-delà de l’artiste célèbre et consa­cré se cache un enfant blessé et un homme meur­tri. Accep­tera-t-elle de quit­ter sa posi­tion de victime (qu’elle est) pour lui tendre la main ? Ce qui est certain c’est qu’elle ne sortira pas indemne de ce voyage vers une Italie des origines où se mêlent aux drames d’une enfance tragique des forces mysté­rieuses et magiques.

Pour que cette histoire soit plau­sible, c’est à dire pour comprendre pour­quoi le père et la fille se connaissent si peu, il faut que les secrets qui les séparent soient à la fois énormes et crédibles. Sinon ils se résument en une phrase trop banale et quelque peu sordide. Son père a épousé sa mère par inté­rêt mais était amou­reux d’une autre femme. Je ne trahis en rien le roman car tout le travail de l’écrivain c’est d’habiller cette triste réalité par des senti­ments très forts, des pouvoirs magiques venant de femmes puis­santes, des mystères de la créa­tion artis­tique. Malgré cela, je ne peux pas dire que j’ai été très convain­cue par ce roman qui m’a semblé telle­ment » italien », dans la descrip­tion du senti­ment amou­reux.

Citations

Personnalité masculine

-Et puis que veux-tu que je te dises Viola ? Que je suis un ingrat ?
Il avait tout à coup pris ce visage que je détes­tais, celui qui disait : « Saute moi dessus si tu penses que cela peut te faire du bien, ou pardonne-moi. Mais ensuite, oublie et mets un point final. Tu n’ar­ri­ve­ras pas à me faire chan­ger, de même que personne n’a jamais réussi à le faire. »

L’artiste et les femmes

-Oliviero place dans toutes ses sculp­tures quelque chose qui m’ap­par­tient et qu’il me dérobe en perma­nence, conti­nua-t-elle, en s’ef­for­çant de masquer ces mots avec la stupeur d’une flat­te­rie. Il finira par m’avoir tout prix, ajouta-t-elle en souriant.
Ma mère ne perdit pas de temps, et à la première occa­sion elle raconta à mon père ce qui lui avait été confié. Et si Oliviero pouvait suppor­ter la jalou­sie de Pauline, il était en revanche trop jaloux de son art pour accep­ter qu’elle s’en serve pour se vanter face à une incon­nue.
- Comment as-tu pu dire à cette femme une chose pareille, telle­ment à nous ?
- Tu as fait bien pire : pour elle, tu détruis la seule chose qui soit vrai­ment à nous. L’amour.

Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Clotilde Meyer et Isabelle D. Taudière.

Lais­sez moi vous dire une chose. On est jamais trop vieux pour apprendre.


Après Domi­nique, Kathel, Keisha et tant d’autres, je viens vous recom­man­der la lecture de cette épopée. Voici le sujet, tel que le raconte la quatrième de couver­ture :

« lorsque Jay Mendel­sohn, âgé de quatre-vingt-et-un ans, décide de suivre le sémi­naire que son fils Daniel consacre à l’Odyssée d’ Homère, père et fils commencent un périple de grande ampleur. Ils s’affrontent dans la salle de classe, puis se découvrent pendant les dix jours d’une croi­sière théma­tique sur les traces d’Ulysse. »

Daniel Mendel­sohn a écrit un roman concer­nant la famille de sa mère assas­si­née lors des massacres de la Shoah : « Les Dispa­rus » ‑récom­pensé par le prix Médi­cis en 2007‑, livre qui m’avait beau­coup marquée . (C’était avant Luocine, et je me promets de le relire). Il consacre donc ce temps roma­nesque et son talent d’écrivain à la quête de la person­na­lité de son père. Il le fait à travers l’analyse minu­tieuse de l’Odyssée, ce si diffi­cile retour d’Ulysse vers son royaume d’Ithaque, son épouse Péné­lope et son fils Télé­maque. On y retrouve tous les récits qui ont construit une partie de notre imagi­naire. Ulysse et ses ruses, Péné­lope et sa fidé­lité à toute épreuve, Télé­maque, ce fils qui recherche son père, mais aussi le Cyclope, Circé, Calypso, les enfers… tous ces récits, grâce au talent du profes­seur Daniel Mendel­sohn, nous permettent de réflé­chir à la condi­tion humaine. On aurait, je pense, tous aimé parti­ci­per à ce sémi­naire au cours duquel ce grand spécia­liste de la litté­ra­ture grecque et latine, n’assène pas son savoir mais construit une réflexion commune aux parti­ci­pants et au profes­seur grâce aux inter­ven­tions perti­nentes de ses étudiants. Je n’ai pas très bien compris si tous connaissent le grec ancien ou si (comme cela me semble plus probable) seul le profes­seur peut se réfé­rer au texte origi­nel. L’épopée prend vie et se mêle à la quête de l’auteur. Qui se cache derrière ce père taiseux, inca­pable de montrer ses senti­ments à ses enfants ou à son épouse ? Certai­ne­ment plus que la person­na­lité d’un père ingé­nieur devant lequel son fils trem­blait avant de lui avouer qu’il ne compre­nait rien aux mathé­ma­tiques. Au détour d’une réac­tion d’étu­diant, d’une phrase analy­sée diffé­rem­ment, nous compre­nons de mieux en mieux ces deux fortes person­na­li­tés si diffé­rentes. On se prend à rêver que tous les pères et tous les fils sachent un jour entre­prendre ce voyage vers une réelle connais­sance de l’autre. Daniel est écri­vain et profes­seur, le chapitre inti­tulé « Anagno­ri­sis », où il s’agit bien de « recon­nais­sance » se termine ainsi :
Quand vous ensei­gnez, vous ne savez jamais quelles surprises vous attendent : qui vous écou­tera ni même, dans certains cas, qui déli­vrera l’en­sei­gne­ment.
Et il avait commencé 60 pages aupa­ra­vant de cette façon :
Une chose étrange, quand vous ensei­gnez, c’est que vous ne savez jamais l’ef­fet que vous produi­sez sur autrui ; vous ne savez jamais, pour telle ou telle matière, qui se révé­le­ront être vos vrais étudiants, ceux qui pren­dront ce que vous avez à donner et se l’ap­pro­prie­ront ‑sachant que « ce que vous avez appris d’un autre profes­seur, une personne qui s’était déjà demandé si vous assi­mi­le­riez ce qu’elle avait à donner.…
Quel effet de boucle admi­rable et toujours recom­men­cée, oui nous ne sommes au mieux que des trans­met­teurs d’une sagesse qui a été si bien racon­tée et mise en scène par Homère. J’ai beau­coup de plai­sirs à racon­ter les exploits d’Ulysse à mes petits enfants qui s’émer­veillent à chaque fois du génie du rusé roi d’Ithaque, j’ai retrouvé le livre dans lequel enfant j’avais été passion­née par ces récits. Et je crois que comme le père et le fils Mendel­sohn, j’ai­me­rais faire cette croi­sière pour confron­ter mes souve­nirs de récits à ces merveilleux paysage de la Grèce.
Peut-être que comme Jay, je trou­ve­rai que l’ima­gi­naire est telle­ment plus riche que la réalité, et puis hélas je n’ai plus de parents à retrou­ver car il s’agis­sant bien de ça lors de cette croi­sière « sur les pas d’Ulysse » permettre à Daniel de retrou­ver la facette qu’il ne connais­sait pas de son père, celui qui sait s’amu­ser et se détendre et faire sourire légè­re­ment la compa­gnie d’un bateau de croi­sière. Bien loin de l’aus­tère ingé­nieur féru de formules de physique devant lequel trem­blait son plus jeune fils.

Citations

Relations d’un fils avec un père qui n’aime pas qu’on fasse des petites manières ou des histoires.

Lorsque mon père racon­tait cette histoire, il passait rapi­de­ment sur ce qui, à moi, me semblait être la partie la plus inté­res­sante – la crise cardiaque, sa préci­pi­ta­tion, à mon sens, poignante à rejoindre mon grand-père, l’ac­tion, en un mot – et s’éten­dait sur ce qui avait été pour moi, à l’époque, le moment le plus ennuyeux : les rota­tions de l’avion. Il aimait racon­ter cette histoire, car pour lui, elle montrait que j’avais très bien su me tenir : j’avais supporté sans me plaindre l’as­som­mante mono­to­nie de tous ces ronds dans l’air, de tout cette distance parcou­rue sans avan­cer. « Il n’a pas fait la moindre histoire », disait mon père, qui avait horreur que l’on fasse des histoires, et même à cette époque, malgré mon jeune âge, je compre­nais vague­ment qu’en donnant une légère inflexion caus­tique au mot « histoires », c’était en quelque sorte ma mère et sa famille qu’il visait. « Il n’a pas fait la moindre histoire », disait papa d’un hoche­ment de tête appro­ba­teur. « Il est resté sage­ment assis, à lire, sans un mot ».
De longs voyages, sans faire d’his­toires. Des années ont passé depuis ce long périple de retour, et depuis, j’ai moi-même eu à voya­ger en avion avec des enfants en bas âge, et c’est pour­quoi, lorsque je repense à l’his­toire de mon père, deux choses me frappent. La première, c’est que cette histoire dit surtout à quel point « lui » s’était bien tenu. Elle témoigne de la façon exem­plaire dont il a géré tout cela, me dis-je main­te­nant : en mini­mi­sant la situa­tion , en faisant comme s’il ne se passait rien d’anor­mal, en donnant l’exemple et restant lui-même tran­quille­ment assis, et en résis­tant ‑contrai­re­ment à ce que j’au­rais fait car, à bien des égards, je suis davan­tage le fils de ma mère et le petit-fils de Grandpa – à la tenta­tion d’en rajou­ter dans le sensa­tion­nel ou de se plaindre.
La seconde chose qui me frappe quand je repense aujourd­hui à cette histoire, c’est que pendant tout le temps que nous avons passé ensemble dans l’avion , l’idée de nous parler ne nous a pas effleu­rés un instant.
Nous avions nos livres et cela nous suffi­sait.

Les questions que posent les récits grecs et qui nous concernent toujours.

Nous savons bien sûr que « l’homme » n’est autre Ulysse. Pour­quoi Homère ne le dit-il pas d’emblée ? Peut-être parce que, en jouant dès l’abord de cette tension entre ce qu’il choi­sit de dire (l’homme) et ce qu’il sait que nous savons (Ulysse), le poète intro­duit un thème majeur, qui ne cessera de s’intensifier tout au long de son poème, à savoir : quelle est la diffé­rence entre ce que nous sommes et ce que les autres savent de nous ? Cette tension entre anony­mat et iden­tité sera un élément clé de l’intrigue de l’odyssée. Car la vie de son héros dépen­dra de sa capa­cité de cacher son iden­tité à ses enne­mis, et de la révé­ler, le moment venu, à ses amis, à ceux dont il veut se faire recon­naître : d’abord son fils, puis sa femme, et enfin son père.

Message d Homère

L’Odys­sée démontre la vérité de l’un des vers les plus célèbres et les plus trou­blants, que le poète met dans la bouche d’Athena à la fin de la scène de l’as­sem­blée :« Peu de fils sont l’égal de leur père ; la plupart en sont indignes, et trop rares ceux qui le surpassent. »

Le plaisir des mots venant du grec

Les récits de Nestor sont des exemples de ce que l’on appelle les récits du « nostos ». En grec, « nostos » signi­fie « le retour ». La forme pluriel du mot, « nostoi », était en fait le titre d’une épopée perdue consa­crée au retour des rois et chefs de guerre grecs qui combat­tirent à Troie. L’Odys­sée est-elle même un récit du « nostos », qui s’écarte souvent du voyage tortueux d’Ulysse à Ithaque pour rappe­ler, sous forme conden­sée, Les « nostoi » d’autres person­nages, comme le fait ici Nestor ‑presque comme s’il crai­gnait que ces autres histoires de « nostoi » ne survivent pas à la posté­rité. Peu à peu, le mot « nostoi », teinté de mélan­co­lie et si profon­dé­ment ancrée dans les thèmes de l’Odys­sée, a fini par se combi­ner à un autre mot du vaste voca­bu­laire grec de la souf­france, « algos », pour nous offrir un moyen d’ex­pri­mer avec une élégante simpli­cité le senti­ment doux-amère que nous éprou­vons parfois pour une forme parti­cu­lière et trou­blante de vague à l’âme. Litté­ra­le­ment, le mot signi­fie « la douleur qui naît du désir de retrou­ver son foyer », mais comme nous le savons, ce foyer, surtout lors­qu’on vieillit, peut aussi bien se situer dans le temps que dans l’es­pace, être un moment autant qu’un lieu. Ce mot est « nostal­gie ».

L’implication de l’écrivain dans le récit de l’odyssée

J’avais hâte d’abor­der l’épi­sode de la cica­trice d’Ulysse, où se trouve mêlé dans deux thèmes essen­tiels de l’Odys­sée : la dissi­mu­la­tion et la recon­nais­sance, l’iden­tité et la souf­france, la narra­tion et le passage du temps. Mais une fois de plus, j’ai dû me rendre à l’évi­dence, les étudiants ne s’in­té­res­saient pas du tout au même chose que moi. Seul Damien, le jeune Belge, avait parlé de la cica­trice d’Ulysse sur notre forum. Sans doute, me dis-je, est-ce parce que je suis écri­vain que cette scène me fascine plus qu’eux : car tout l’in­té­rêt de la compo­si­tion circu­laire est de four­nir une solu­tion élégante au défi tech­nique qui se présente à quiconque veut entre­la­cer le passé loin­tain à la trame d’un récit au présent en gommant les sutures.

Pour comprendre ce passage, il faut savoir que l’auteur est homosexuel. Cela avait été difficile pour lui de le dire à ses parents. Mais son père ne l’avait pas jugé à l’époque. Il est en train de faire une croisière sur « les pas d’Ulysse ». Il est adulte et son père est très vieux. Dialogue père fils

Papa, attends, insis­tai-je. Donc, si je comprends bien, il y a eu un garçon gay amou­reux de toi dans le Bronx, c’est de lui que te vient ton surnom de « Loopy », et tu n’as jamais songé à m’en parler ?
Mon père baissa les yeux. C’est simple­ment, Dan, que… Je ne savais pas trop comment t’en parler.
Que répondre à cela ? Alors j’ai fait comme mon père : j’ai été sympa avec lui.
C’est bon, dis-je. Au moins, main­te­nant, c’est fait. Bon Dieu, papa…
Il appuya sur un bouton de son iPad et l » Iliade émit une lumière bleu­tée dans la pénombre. Ouais, on dirait… Puis il leva les yeux et dit : c’est une croi­sière sur l’Odys­sée, n’ou­blie pas. Chacun a une histoire à racon­ter. Et chacun a… son talon d’Achille.
Oui, sans doute.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard, il a obtenu un coup de cœur.

Je savais, grâce au billet d’Aifelle , que je lirai ce livre, depuis j’ai lu « Anna ou une histoire fran­çaise » et je ne peux encore une fois que me féli­ci­ter de ce conseil de lecture. Même si, ce n’est pas une lecture très facile, surtout la partie sur l’angoisse d’Abra­ham, j’ai été très touchée par ce récit. Comme Aifelle je vous conseille d’écou­ter son inter­view car elle raconte si bien tout ce qui l’ha­bite. Alors pour­quoi Abra­ham est-il angoissé, je n’ai pas trouvé la réponse, mais en revanche Rosie Pinhas-Delpuech a raison, si on ne connaît pas la cause on connaît bien l’heure à laquelle l’an­goisse nous saisit : c’est l’heure où le soleil, même s’il illu­mine une dernière fois de mille feux le ciel, va se coucher et où la lumière va faire place à l’obs­cu­rité.

C’est l’heure où les enfants pleurent sans pouvoir être faci­le­ment conso­lés, c’est l’heure où le malade a peur de la nuit qui s’ins­talle, c’est l’heure où le marin voudrait être au port.

Cette auteure nous entraîne dans un voyage, celui de son exil et celui de l’exil de sa langue. Ses passages sur le fran­çais des étran­gers sont d’une justesse incroyable . Elle nous fait connaître aussi Israël autre­ment et c’est si rare aujourd’­hui entendre parler posi­ti­ve­ment et simple­ment de ces gens qui habitent sur cette terre telle­ment convoi­tée. Elle nous raconte aussi la France des années 70 et les quelques pages sur Nanterre sont inté­res­santes, elle y mêle la toute nouvelle univer­sité : quelques bâti­ments très laids sortis d’une friche assez triste, contras­tant avec l’exi­gence intel­lec­tuelle des profes­seurs et les débats sans fin avec son amie, le murs qui cache un bidon­ville où des émigrés moins chan­ceux qu’elle s’en­tassent. Elle n’ou­blie jamais que sa condi­tion d’étran­gère peut se rappe­ler à elle bruta­le­ment. Et qu’elle peut se retrou­ver sur l’île de la Cité à faire la queue parmi les déses­pé­rés du monde pour renou­ve­ler ses titres de séjour. Fina­le­ment sa vraie patrie sera ses langues et surtout la traduc­tion, c’est à dire encore un voyage celui qui lui permet de passer de l’hé­breu au fran­çais et du fran­çais à l’hé­breu. Elle n’en n’ou­blie pas pour autant le turc qui reste sa langue mater­nelle.

Citations

L’exil

Ils(les Russes blancs) ravi­vaient auprès de ces derniers, et surtout des Juifs, la mémoire des guerres, des horreurs qui les accom­pagnent, du déclas­se­ment qu’en­traîne tout dépla­ce­ment forcé, de l’exil d’un peuple qui avait la nostal­gie de sa terre, de sa langue et d’une chose tout à fait indé­fi­nis­sable que Dostoïevski- qui écrit « L’idiot » au cours d’un long exil à l’étran­ger- « le besoin d’une vie qui les trans­cende, le besoin d’un rivage solide,d’une patrie en laquelle ils ont cessé de croire parce qu’ils ne l’ont jamais connue ».

L’aéroport de Lod

Mon souve­nir de l’aé­ro­port de Lydda-Lod en 1966 recoupe certaines photos des « Récits d’El­lis Island » de Georges Perec et Robert Bober. Les mêmes bagages bour­rés et, fice­lés, inélé­gants, les mêmes visages un peu figés par l’at­tente , l’an­goisse, l’ex­cès d’émo­tion. En 1966, l’aé­ro­port de Lod est un lieu unique au monde où des retrou­vailles sont encore possibles entre morceaux de puzzles disper­sés sur la surface de la terre ou manquants.

les Juifs, la terre et la nation

Déta­ché de la terre par des siècles d’er­rance, inter­dit d’en possé­der, de la travailler, le Juif est histo­ri­que­ment une créa­ture urbaine. Parmi les notions élémen­taires qui me faisaient défaut par tradi­tion et culture profonde, la terre, la patrie, le drapeau, n’étaient pas les moindres. Toujours hôtes d’un pays étran­ger, d’abord de l’Es­pagne puis de l’empire otto­man, la terre était pour nous une notion abstraite, hostile, excluante. Nous étions des loca­taires avec des biens mobi­liers, trans­por­tables : ceux qui se logeaient dans le cerveau et éven­tuel­le­ment dans quelques valises. La terre appar­te­nait aux autoch­tones, ils avaient construit une nation, puis planté un drapeau, et nous étions les hôtes, dési­rables ou indé­si­rables selon les jours.

Le style que j’aime, cette image me parle

C’est exac­te­ment ainsi que m’est apparu Hirshka, (…) comme s’il draguait dans un filet de pêche une histoire qu’il avait traî­née à son insu jusqu’aux rives de la Médi­ter­ra­née.

La langue des » étrangers »

Quand on est en pays étran­ger, même si on en comprend la langue, on ne se comprend pas . Parfois, on n’en­tend pas les paroles qui sont dites. L’en­ten­de­ment est obstrué. On est frappé de surdité audi­tive et mentale. La peur qu’é­prouve l’étran­ger et, le rejet qu’il subit, le rendent défi­cient. Il se fait répé­ter les choses, de crainte de ne pas comprendre.

Entre le jargon disser­ta­tion de la philo­so­phie , le caquè­te­ment des commères de la rue, l’ar­got de l’ou­vrier, celui de l’étu­diant, il ne restait pas le moindre inter­stice pour le parler respec­tueux de ceux qui, depuis deux siècles, avaient élu domi­cile dans le fran­çais de l’étran­ger.

Comme Aifelle je vous conseille d’écou­ter cette femme


Ce livre, cadeau d’amis navi­ga­teurs, a été récom­pensé par plusieurs prix et commenté de façon très élogieuse sur de nombreux blogs. Si j’ai quelques réserves sur ce roman et que je n’en fais pas comme tant d’autres lecteurs et lectrices un coup de cœur, je le consi­dère cepen­dant comme un très grand roman. Cathe­rine Poulain, cette petite femme à la voix si douce est à coup sûr une roman­cière éton­nante. Elle raconte, son expé­rience de 10 ans en Alaska, où elle est allée faire la pêche dans des condi­tions extrêmes. C’est une femme de défis, et elle veut montrer à tous, et d’abord à elle même qu’elle peut tenir sa place sur les bateaux menés par des hommes par tous les temps.

Comme elle n’a aucun préjugé, elle cherche à connaître ces marins qui après avoir passé des semaines en mer dans des condi­tions de fatigue effroyable reviennent à terre pour se saou­ler dans les bars des ports. Elle en fait des portraits au plus près de la réalité et trouve en chacun d’eux, même ceux qui roulent dans le cani­veau après leur beuve­ries, leur part d’hu­ma­nité. J’ai beau­coup aimé ces récits de pêche et on reste sans voix devant la violence contre l’es­pèce animale. Les scènes où ces hommes tuent ces superbes pois­sons sont d’une beauté mais d’une tris­tesse infi­nie, les hommes sont-ils obli­gés de tant de cruauté pour se nour­rir ? Même les limites impo­sées par les contrôles pour la survie des espèces ne sont guère rassu­rantes pour la repro­duc­tion des gros pois­sons des mers froides. Bien sûr, les pêcheurs ne doivent pas rame­ner des pois­sons trop petits, ils les rejettent donc dans les flots, seule­ment qui s’in­quiètent qu’ils soient déjà à l’état de cadavres ? Tout cela est parfai­te­ment raconté, alors pour­quoi ai-je quelques réserves ? C’est un récit très répé­ti­tif surtout quand Lily est à terre. Je n’ai pas une grande passion pour les beuve­ries dans les bars et il y en a beau­coup, beau­coup trop à mon goût dans ce roman.

Citations

Être pêcheur

Embar­quer, c’est comme épou­ser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T’as plus de vie , t’as plus rien à toi. Tu dois obéis­sance au skip­per. Même si c’est un con (.….) Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d’amour aussi, il ajoute à mi-voix, jusqu’à n’en plus pouvoir, jusqu’à haïr le métier, et que, malgré tout on en rede­mande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à deve­nir fou. Qu’on finit par ne plus pouvoir se passer de cette ivresse, de ce danger, de cette folie !

Dangers de la pêche

- Mais a quoi exac­te­ment je dois faire atten­tion ?
– À tout. Aux lignes qui s’en vont dans l’eau avec une force qui t’emporterait si tu te prends le pied, le bras dedans, à celles que l’on ramène qui, si elles se brisent, peuvent te tuer, te défi­gu­rer … Aux hame­çons qui se coincent dans le vireur et sont proje­tés n’im­porte où, au gros temps, au récif que l’on n’a pas calculé, à celui qui s’en­dort pendant son quart, à la chute à la mer, la vague qui t’embarque et le froid qui te tue.…

Scènes à vous dégoûter de manger du poisson et une idée du style de l’auteure

Mais non, pas des dollars .… des pois­sons bien vivants… des créa­tures très belles qui happent l’air de leur bouche stupé­faite, qui tour­noient folle­ment sur le clair blanc de l’alu­mi­nium, aveu­glés par le néon, se cognent encore et encore à cet univers cru où tout est tran­chant, toute sensa­tion bles­sante.

Une femme à bord

Une femme qui pêche va se fati­guer autant qu’un homme, mais il va lui falloir lui trou­ver une autre manière de faire ce que les hommes font avec la seule force de leurs bisco­teaux, sans forcé­ment réflé­chir, tour­ner ça autre­ment, faire marcher son cerveau. Quand l’homme sera brûlé de fatigue elle sera encore capable de tenir long­temps, et de penser surtout. Bien obligé.

Que cherche-t-on dans ces conditions extrêmes

Vous êtes venus cher­cher quelque chose qui est impos­sible à trou­ver. Une sécu­rité ? Enfin non même pas puisque c’est la mort que vous avez l’air de cher­cher, ou en tout cas vouloir rencon­trer. Vous cher­chez… une certi­tude peut-être… quelque chose qui serait assez fort pour combattre vos peurs, vos douleurs, votre passé ‑qui sauve­rait tout, vous en premier.