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Cette auteure a une place à part dans ma biblio­thèque, dans une période diffi­cile pour moi j’ai lu L’encre du poulpe, je m’y suis complè­te­ment retrou­vée et ce livre m’a aidée à ressor­tir du noir absolu. Depuis, je lis tout ce qu’elle écrit, à chaque fois j’ai des bons moments sans être convain­cue par l’ensemble du livre.Dans Chan­son des Mal-Aimants, j’aime bien certains moments de vie de Laudes-Marie mais pas le roman sans que je sache bien expli­quer pour­quoi. On suit la vie de cette enfant aban­don­née et albi­nos, ses drames et aussi ses moments de bonheur.

Citations

Le début est superbe

Ma soli­tude est un théâtre à ciel ouvert. La pièce a commencé voilà plus de soixante ans, en pleine nuit au coin d’une rue. Non seule­ment j’ignorais tout du texte, mais je suis entrée seule en scène, tous feux éteints, dans une indif­fé­rence univer­selle. Pas même un arbre ni un oiseau pour enjo­li­ver le décor.

Sitôt née, j’ai été confié au hasard. Certes, ce n’est pas la plus fiable des nour­rices, le hasard, mais ce n’est pas la pire. Père et mère, d’un commun désac­cord en temps décalé, n’ont pas voulu de moi.

Très beau passage

J’aimais les mots comme des confi­se­ries raffi­nées enve­lop­pées dans du papier glacé aux couleurs chatoyantes ou du papier cris­tal trans­lu­cide qui bruit sous les doigts quand on les déplie. Je les lais­sais fondre dans ma bouche, y répandre leur saveur. Mes préfé­rés étaient les mots qu’il fallait croquer ainsi que des nouga­tines ou des noix grillées et cara­mé­li­sées, et ceux qui déga­geaient un arrière-goût amer ou acidulé. Certains mots me ravis­saient, pour la trou­blante douceur de leur suffixe qui intro­dui­sait de l’inachevé et un sourd élan du désir dans leur sens : « flaves­cence, efflo­res­cence, opales­cence, rubes­cente, arbo­res­cence, lumi­nes­cence, déhis­cence … » Ils dési­gnaient un proces­sus en train de s’accomplir, très inti­me­ment, secrè­te­ment… et j’avais forgé un mot sur ce modèle : « amou­res­cence ». Dans l’espoir que par magie de ce vocable neuf un peu d’amour naîtrait dans le cœur évanoui de ma mère, et dans le mien, tout encroûté de larmes et de colère.

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Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-lise Marlière.

2
Je n’ai pas du tout été sensible au charme celto-irlan­dais de ce roman. Tout se passe dans la brume ou sous la pluie, les person­nages sont tous pour le moins bizarres. Et pour couron­ner le tout, l’héroïne tombera amou­reuse de son père dont elle aura un enfant. On découvre les tinkers (gitans irlan­dais) qui sont évidem­ment reje­tés de la popu­la­tion séden­taire.

J’ai, évidem­ment, quelques diffi­cul­tés à accep­ter la passion amou­reuse entre un père et une fille, mais ce n’est pas la seule raison de mon peu d’intérêt pour ce livre. L’ambiance géné­rale ou rien n’est clair ni logique, doit être néces­saire pour faire accep­ter l’inceste, mais cela ne donne pas beau­coup d’intérêt à cette histoire ; par exemple savoir si sa mère est ou n’est pas une selkie (sirène) ne m’a pas beau­coup passion­née.

Citations

Les reli­gieuses char­gées des travaux domes­tiques …. lavaient le linge avec du vinaigre blanc. De cette façon, les élèves s’endormaient en se rappe­lant qu’on avait donné du vinaigre à boire au Christ avant qu’il ne fût cruci­fié

- Finvarra… Oui ça lui va bien. C’est le nom du roi des fées de l’Ulster.

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Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Bour­dier.

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La couver­ture du livre laisse rêveuse ! Le roman vaut mieux que la couver­ture, mais quand même ! Tout le temps de la lecture, j’ai pensé à la petite maison dans la prai­rie. La saga de la famille fondée par Matthew et Callie Soames se déroule dans le Missouri au début du 20° siècle. Le roman est divisé en six parties, la première est consa­crée à la famille puis, les cinq suivantes aux person­nages prin­ci­paux : le père, les trois filles aînées et la mère. C’est un procédé roma­nesque que j’aime bien, cela permet de chan­ger de point de vue sur les mêmes faits. Les cinq parties consa­crées aux person­nages permettent de suivre leurs amours. Il est vrai que c’est un peu plus complexe que je ne l’avais imaginé au début de la lecture et même le père, profes­seur rigou­reux et mora­li­sa­teur se laisse parfois aller à des idées d’adultère et d’amours illi­cites avec une élève !

La vie rurale semble très agréable, on y cueille des fruits en abon­dance, on fait beau­coup de confi­tures, on se baigne dans la fraî­cheur des rivières, on cite et on lit beau­coup la bible. Je cari­ca­ture un peu car le roman est plus inté­res­sant que ces premières impres­sions. IL y a bien ce côté idéal du monde rural, mais les person­na­li­tés sont minu­tieu­se­ment décrites et cachent des fêlures qui les inscrivent dans la réalité de la vie. La sœur aînée, par exemple Léonie, qui fait tout bien et qui risque de rater sa vie à force de dévoue­ment pour­rait être un person­nage passion­nant à la limite de la perver­sion, mais ce n’est pas le style de cette auteure : on reste dans la gentillesse un peu guimauve.

Ce livre avait été un best-seller et était retombé dans l’oubli, je serai surprise qu’il connaisse de nouveau un grand succès en France.

Citations

De plus on lui avait ensei­gné l’humilité. Dans l’étroite pers­pec­tive de son milieu, la simple conscience de soi ressor­tis­sait à la vanité. « Car qui veut s’élever sera abaissé et qui se veut humble sera loué »

Regar­dant autour d’elle, elle savoura toute la beauté de ce paysage fami­lier. Toute cette beauté ! Dieu aimait tant le monde …. Oh même si elle ne devait jamais aller au ciel, tout cela suffi­sait : cette merveilleuse terre, avec son soleil, ses matins glorieux et avec toujours quelque chose à attendre et espé­rer…
- Merci, dit-elle en regar­dant le ciel clair.
Puis elle rega­gna la maison pour aller prendre son petit déjeu­ner. (c’est la fin du livre !)

4
Encore « un cadeau » de mon club de lecture de Dinard. Je ne connais­sais pas cet auteur et ce roman d’amour est un petit joyau. J’ai ri, toute seule en le lisant hier soir , il n’a pas comblé une insom­nie, il m’a empê­chée de dormir, il était hors de ques­tion que je ne le termine pas avant de dormir. Il est vrai qu’il se lit très vite, c’est comme une bouf­fée de plai­sir. Le style est origi­nal, les person­nages sont vivants et sympa­thiques, et l’histoire très touchante. Les notes en bas de page sont très drôles. Ce qui m’a complè­te­ment charmé, ce sont les petits tableaux de la vie quoti­dienne, moi qui ne sais jamais quoi boire dans un café, j’ai beau­coup ri, lorsque Fran­çois réflé­chit à ce que Natha­lie va choi­sir à leur première rencontre.
J’ai quand même une sérieuse réserve sur la promo de son livre, on dirait un clip pour un chan­teur : link.

Citations

Exemple de notes en bas de page

Les sièges sont si étroits au théâtre. Markus était fran­che­ment mal à l’aise. Il regret­tait d’avoir de grandes jambes, et c’était là un regret abso­lu­ment stérile

La loca­tion de petites jambes n’existent pas.

Les idées de François, lors de la première rencontre au café

Un thé ce n’est guère mieux. À peine rencon­trés et déjà s’installe une sorte de cocon un peu mou. On sent qu’on va passer des dimanches après midi à regar­der la télé­vi­sion. Ou pire : chez les beaux-parents. Oui ; le thé c’est incon­tes­ta­ble­ment une ambiance belle-famille.

Des phrases que j’aime

Il y a peut-être une dicta­ture du concret qui contra­rie en perma­nence les voca­tions.

Markus sortit du bureau aussi stupé­fait que le soleil pendant une éclipse.

Des formules que je retiendrai

Oui il était marié. Il nageait dans ce qu’il appe­lait la vie conju­calme.

L’auteur nous parle

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Il y a vrai­ment de très bons moments dans ce livre. On est pris par la descrip­tion des deux person­nages : Annette, femme du nord de la France que la vie n’a pas beau­coup épar­gnée et Paul, paysan qui vit dans une ferme du Cantal, entouré de deux oncles et d’une sœur qui aura bien du mal à faire de la place à l’intruse. La descrip­tion du monde paysan m’a fait penser au film de Raymond Depar­don « profil paysans : le quoti­dien, et la Vie moderne.

Autant les person­nages sont bien décrits autant l’histoire est juste esquis­sée, c’est un peu dommage. La langue est éton­nante souvent plai­sante, le voca­bu­laire est parfois très (trop ?) recher­ché.

Citations

Exemples de mots qui m’ont étonnée

À l’automne, toute honte bue, ils vinrent à rési­pis­cence ( ?) devant des confi­tures de fruits rouges. 

Nicole brodait avec gour­man­dise sur telle ou telle gourle ( ?) notoire.

Belle phrase

…. des vieux garçons il est vrai pour la plupart ensau­va­gés de soli­tude et de bois­son, après la mort des parents.

Le roman débute par une très belle évocation de la nuit à la campagne

La nuit de Fridière ne tombait pas, elle montait à l’assaut, elle prenait les maisons les bêtes et les gens, elle suin­tait de partout à la fois, s’insinuait, noyait d’encre les contours des choses, des corps, avalait les arbres, les pierres, effa­çait les chemins, gommait, broyait.

On en parle

link.

Traduit de l’anglais (Austra­lie) par Marie-France Girod.

3
La lecture des blogs m’a conduite à ce livre. Je dois avouer que je n’ai pas du tout été sensible à la construc­tion roma­nesque : c’est la mort qui sert de narra­teur et évidem­ment de 1939 à 1943 elle a du travail, la mort ! J’ai parti­cu­liè­re­ment été agacée par les effets d’annonce qui se répètent à chaque début de chapitre :

La jongle­rie se termine, mais la lutte se pour­suit. J’ai dans une main Liesel Memin­ger, dans l’autre Max Vanden­burg. Bien­tôt je les réuni­rai dans une même scène, lais­sez moi encore quelques pages.

Je ne sais pas si cela aide les adoles­cents à lire plus faci­le­ment, si oui, tant mieux. À la moitié du livre, quand la famille vivant dans une toute petite ville alle­mande , cache un juif, j’ai été prise par l’histoire. Le roman décrit de façon origi­nale le nazisme, la peur, la faim, la pénu­rie, les bombar­de­ments la guerre, les jeunesses hitlé­riennes. Une fois de plus on comprend que si l’horreur de la guerre n’avait pas atteint les alle­mands dans leurs villes et si leurs propres enfants n’avaient pas été tués à Stalin­grad où ailleurs, peu d’entres eux auraient douté de leur Führer. J’ai souri en lisant le passage où Max le juif caché dans la cave, peint les pages de « Mein Kampf » en blanc pour écrire son propre livre dessus.

Citations

Le temps était long pour Max Vander­burg dans son envi­ron­ne­ment de ciment.

Les minutes étaient cruelles.

Les heures étaient des puni­tions.

Quand il était éveillé, le sablier du temps se déver­sait au-dessus de lui et mena­çait de l’étouffer. On peut faire beau­coup de mal à quelqu’un en le lais­sant vivre.

Visi­ble­ment la guerre brouillait la fron­tière entre la logique et la super­sti­tion.

On en parle

link.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Renaud Morin.

2
Au programme de mon club de lecture, je ne l’ai pas terminé. Je suis toujours un peu ennuyée quand je dois dire que je n’ai pas trop appré­cié un livre. Encore plus cette fois, car j’ai vrai­ment aimé le début, j’ai appré­cié l’humour, le person­nage « cafouilleux » et puis peu à peu je me suis lassée de cette histoire trop compli­quée. Je pense aussi, que les réfé­rences litté­raires qui sont le véri­table inté­rêt du livre m’échappent car je connais mal les écri­vains clas­siques améri­cains.

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Dans un roman très court, le narra­teur raconte sa rencontre avec une femme qu’il a aimée. Ils n’ont pas construit leur vie ensemble. Sa mort l’oblige à prendre conscience qu’il l’aimait et toute la place qu’elle prenait dans sa vie. J’ai été touchée par son émotion : on aime­rait se savoir l’Ava de quelqu’un.

Citations

C’étaient les années quatre-vingt, « les années fric » comme on a décidé de s’en souve­nir aujourd’hui. Un rache­teur d’entreprise à tête de clébard, un présient qui sentait le renard, une géné­ra­tion qui se préten­dait « morale » pour mieux cacher sa vile­nie.

Restent les faci­li­tés que nous nous sommes accor­dées pendant toutes ces années, Ava et moi. De nous être quit­tés, nous nous sommes toujours retrou­vés. J’aimerais n’avoir aucun doute sur la ques­tion : nous remar­che­rons ensemble dans les rues du temps.

Livre étrange qui procure un grand plai­sir de lecture. Comme l’annonce la quatrième de couver­ture la descrip­tion de l’embarquement du pur-sang dans un avion cargo est épous­tou­flante. Il y a d’autres moments comme ça dans le livre. Plus en douceur : le plai­sir des corps nus dans la mer. La tragé­die : la folie du feu… J’ai du mal à comprendre pour­quoi les deux femmes s’appellent Marie et pour­quoi il parle tout le long du roman de Jean-Chris­tophe de G. alors qu’il s’appelle Jean-Baptiste. J’ai adoré l’humour de l’écrivain. Le passage où Marie recherche son passe­port alors qu’il ne leur reste que quelques minutes avant l’embarquement est à mourir de rire. Et telle­ment vrai ! La logique au roma­nesque n’est pas évidente mais je ne pense pas que cela puisse gêner le lecteur.

C’est un beau roman d’amour.

Citations

Marie compen­sait toujours ses retards par une brusque accé­lé­ra­tion finale dans une hâte osten­ta­toire et une préci­pi­ta­tion de façade, à des rendez-vous où elle avait souvent plus d’une heure de retard.

Marie ne fermait jamais rien, ni les fenêtres ni les tiroirs. C’était tuant même les livres, elle ne les fermait pas, elle les retour­nait, ouverts, à côté d’elle sur la table de nuit quand elle inter­rom­pait sa lecture (je fais ça aussi !)

C’était un horaire inflexible, un horaire japo­nais

On parlait de la robe des chevaux .Est-ce que c’était le même mot en anglais ? A dress ? Jean-Chris­tophe lui dit que non, en anglais on disait a coat, un manteau à cause du climat, lui expli­qua-t-il en souriant, en France les chevaux peuvent se conten­ter d’une robe en Angle­terre ils ont besoin d’un manteau (et d’un para­pluie natu­rel­le­ment ajouté-t-il avec flegme).

Je plai­sais, peut-être pas aux femmes en géné­ral, mais à chaque femme en parti­cu­lier… Chacune d’elles étaient en fait persua­dée que ces quali­tés invi­sibles, qu’elles avaient déce­lées en moi, échap­paient à tout autre qu’elle-même, alors qu’elles étaient en réalité très nombreuses à être ainsi les seules à appré­cier mes quali­tés secrètes et à tomber sous le charme. Mais il est vrai que ces quali­tés secrètes ne sautaient pas aux yeux, et que, à force de nuances et de subti­li­tés, mon charme pouvait passer pour terne et mon humour pour éteint, tant l’excès de finesse finit par confi­ner à la fadeur.

On en parle

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J’ai recom­mandé ce livre à notre club de lecture à la suite d’excellentes critiques sur les blogs . Je suis moins enthou­siaste, peut être que j’attendais trop. Mais il y a un charme à ce livre et comme toutes les lectrices de Proust j’aime bien la façon dont la famille s’empare de cet auteur pour fuir un quoti­dien doulou­reux. Ce n’est pas très réaliste de mobi­li­ser tout un village autour de la « Recherche du temps perdu » mais ça va bien dans l’histoire, on y croi­rait presque. Il y a un peu trop de bons senti­ments et … ça ne fait pas forcé­ment de la bonne litté­ra­ture. Pour résu­mer c’est un livre gentil.

Citation

Jusqu’au pois­son­nier qui, agacé, dans un furieux pied de nez, inscrit sur son ardoise : « A la recherche du thon perdu : 17 francs le kilo »

On en parle

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