Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Si vous voulez vous faire une idée exacte du trafic de l’ivoire entre l’Afrique et l’Asie ne ratez pas ce roman. L’évocation des paysages afri­cains, m’ont entraî­née vers un ailleurs qui me sortait agréa­ble­ment de la grisaille bretonne. Mais bien loin des notes exotiques habi­tuelles, nous sommes face à la réalité afri­caines : cette jeune Anglaise Erin, veut abso­lu­ment arrê­ter le trafic de l’ivoire qui tue les éléphants afri­cains. Oui mais, qui est-elle pour empê­cher des hommes pauvres de vivre de ce qui leur rapporte un peu d’argent ? Que peut-elle contre les corrom­pus à qui ce trafic rapporte tant ? Et que faire face aux tradi­tions qui pensent que les cornes des rhino­cé­ros sont plus effi­caces que le viagra ?

Est-ce un combat perdu d’avance ? En tout cas, la lutte semble telle­ment inégale, d’autant plus que, même si le trafic s’arrêtait, l’inexorable progrès et l’accroissement de la popu­la­tion afri­caine met en grand péril la faune sauvage.
Tous les aspects sont bien trai­tés dans le roman, ce qui rend la lecture un peu labo­rieuse parfois, mais on ne peut pas repro­cher à l’auteur d’être trop sérieux.

L’intrigue est bien construite, Erin a décidé de tracer les défenses d’éléphant pour frap­per un grand coup contre la contre­bande d’ivoire, elle sera aidée par un ranger qui connaît bien les habi­tudes des bracon­niers qu’il a été lui-même autre­fois et un membre du gouver­ne­ment du Bost­wana, cela nous permet un tableau assez complet de la popu­la­tion afri­caine impli­quée dans ou contre le trafic de l’ivoire.

Je me demande toujours comment nous, les Euro­péens, nous pouvons donner des leçons à l’Afrique, nous qui avons éradi­qué tous, ou presque tous, les animaux sauvages qui peuplaient nos régions.

Citations

Trafic en Afrique

Ces dernières années, aux abords du célèbre parc, on est deux à trois rhino par jour. Leur corne, bien qu’elle soit un simple bout de kéra­tine, restait l’appendice animal le plus cher et beau­coup essayaient de contour­ner la loi qui en avait inter­dit le commerce.

Le pourquoi des trafics

Tant que l’homme pense que ses faiblesses peuvent être compen­sées par la bile, du foie, des pattes, des griffes, qui lui suffit de consom­mer ou d’accumuler des parties animales pour guérir ou pour exis­ter, tant que les pays consom­ma­teur de corne, d’ivoire, d’écaille et autres produits issus de la faune sauvage ne décide pas d’interdire ces pratiques et de les condam­ner, le bracon­nage pros­pé­rera toujours plus.

Rupture de milieu

C’est vrai que mon fils est quelqu’un d’important main­te­nant qu’il travaille pour le minis­tère. Si impor­tant qu’il ne peux plus dormir chez sa propre mère.

Culpabilité

Il y a quelques mois, il lui avait proposé de s’installer à Gabo­rone, il lui loue­rait un petit appar­te­ment, mettrait son père dans une clinique, mais ça ne s’était pas fait, elle ne lais­se­rait jamais ses frères seuls, et Serese n’avait pas beau­coup insisté. Autour de lui, au minis­tère, on avait connu des écoles privées, on avait voyagé, lui n’était allé qu’en Afrique du Sud, il avait étudié un an à l’université de Johan­nes­burg. On lui avait appris à penser petit, il s’en était excusé avant de comprendre que le chan­ge­ment devait venir de lui, qu’il n’y avait personne d’autre à tenir pour respon­sable de ses faiblesses, même si ce n’était pas si simple.

La Chine et le commerce illégal de l’ivoire

Chaque année, le gouver­ne­ment chinois injec­tait cinq tonnes d’Ivoire sur le marché inté­rieur légal, ivoire qui était répar­tie entre les diffé­rents atelier de sculp­ture du pays. Cinq tonnes, un chiffre déri­soire. S’approvisionner par la seule voie auto­risé était impos­sible. Des centaines de tonnes d’Ivoire entrait illé­ga­le­ment dans le pays. Il se murmu­rait que le gouver­ne­ment comp­tait d’ici deux ans inter­dire le commerce légal et fermer le marché, les atelier de sculp­ture, mais ces ateliers n’étaient qu’une vitrine, la majo­rité des tran­sac­tions étaient illi­cites, se passaient de certi­fi­cats d’authenticité. Les groupes qui tenaient ce marché tenaient aussi des poli­ciers, des hommes poli­tiques, le réseau était vaste, complexe, Yang n’en n’était qu’une infime partie. Il avait fallu des années pour qu’elle se construise son propre réseau, trouve des sources fiables d’approvisionnement, mais si son rôle était essen­tiel, sa personne ne l’était pas, toujours, il y aurait une autre Yang.
Ces groupes avaient des tueurs, mettaient des têtes à prix, combien de victimes de leur volonté de s’enrichir. À la sortie d’un avion, là où on se sent en sécu­rité, près d’une grande ville, dans un quar­tier huppé, des balles qui se perdent, qui se logent dans le corps de cet homme qui dispa­raît avec son combat, lais­sant un enfant à qui il sera dur de racon­ter la véri­table histoire. Dans certains ateliers de Pékin, les défenses sculp­tées étaient affi­chées a plus de 350000 dollars.

L’avenir de la faune sauvage

Si Erin était un éléphant, elle verrait aussi les forêts deve­nir des fermes, elle verrait des routes coupées en deux son habi­tat natu­rel, des barrières élec­tri­fiées sur le chemin de ses migra­tions, elle verrait l’être humain rogner toujours plus sur les terres sauvages pour déve­lop­per l’agriculture, conqué­rir chaque jour du terrain, elle serait empri­son­née dans un monde plus petit chaque année, ce qui était vaste ne serai plus que grand, elle pour­rait aussi éprou­ver la soif et boire des litres d’une eau conte­nant du sodium de cyanure dilué, elle pour­rait être prise de convul­sions, sentir son cœur ralen­tir, sa respi­ra­tion s’alourdir, elle pour­rait s’effondrer sur le sol, entendre des coups de fusil, être chas­sée pour la simple posses­sion de son ivoire, peser plus de six tonnes et deve­nir un brace­let, si elle faisait partie de ce groupe, elle pense­rais sans cesse à l’homme, il l’obséderait, elle saurait recon­naître ses inten­tions à la simple into­na­tion de sa voix et adap­te­rait son compor­te­ment en consé­quence, elle pour­rait être aussi victime de la folie du diver­tis­se­ment et être captu­rée vivante par des hommes de l’agence de la vie sauvage zimbabwéenne pour le profit de zoo qui naissent à Hangz­hou ou à Shan­ghai, elle pour­rait finir dans un parc clos, derrière une vitre, elle pour­rait être une mémoire perdue, oui, si elle était l’un d’entre eux, elle serait en danger, une menace perpé­tuelle comme elle ne le sera jamais en temps qu’Erin.

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Un roman magique, soutenu par une écri­ture entre poésie et fantai­sie, on se laisse bercer par la déam­bu­la­tion des chats à travers le quar­tier de Mont­martre et on suit la person­na­lité de cette superbe afri­caine Masseïda et du peintre Théo­phile Alexandre Stein­len. Dont tout le monde connaît, au moins, les affiches.

mais peut être, moins ses litho­gra­phies sur le peuple de Paris

Époque terrible, où la pauvreté pouvait conduire à la misère et à la mort. Mais une époque, aussi, où le bouillon­ne­ment de vie permet­tait à toute une faune de vivre surtout à Mont­martre qui est alors une zone entre ville et campagne. Le lecteur recon­naît au passage des figures célèbres et des lieux qui main­te­nant sont telle­ment poli­cés : on ne s’encanaille plus à Mont­martre et on ne cultive plus beau­coup non plus, c’est devenu un haut lieu touris­tique et Masseïda se senti­rait moins seule, les couleurs de peaux se mélangent certai­ne­ment plus qu’à cette époque, et la misère est plus cachée et plus éloi­gnée de la butte. Cet auteur a réussi son pari : faire revivre un lieu et une époque à travers les œuvres des artiste du temps. Une petite décep­tion : les derniers chapitres, le roman ne se termine pas ; mais cela ne m’empêche pas d’être un très beau roman dont le style m’a enchan­tée.

Citations

Joli début

La Butte en ce temps là, parais­sait une montagne. La poésie et la tuber­cu­lose y régnaient à parts égales.

Une soirée, au Lapin Agile

C’est Anatole Deibler, le bour­reau de Paris, que la complainte de Masseïda avait replongé dans les affres du deuil. Lorsque les pupilles du bour­reau balayèrent la salle et accro­chèrent le regard du maque­reau, ce dernier, instinc­ti­ve­ment, se gratta la nuque. Près de l’âtre deux filles outra­geu­se­ment maquillées, atti­fées de rubans et de bijoux en toc, se tenaient par l’épaule, un verre de cidre à la main, et lui adres­saient des œillades de conni­vence.

Le public du lapin agile on reconnaît Apollinaire et Picasso

Un préfet mélo­mane, un poète au coup de buffle, un peintre aux prunelles félines, un anar­chiste violo­neux, un maque­reau pati­bu­laire et deux catins en goguette, tel était le public de choix que Masseïda avait conquis le temps d’une chan­son.

La peinture

Les plus beaux nus sont déses­pé­rés.
Qui déjà, disait ce genre de chose… Forcé­ment un peintre, quelqu’un qui avait souf­fert mille morts devant le cheva­let.
Lui appa­rut alors une figure aux traits disgra­cieux, qui semblait lui adres­ser un sourire gogue­nard, par-delà le temps. Toulouse. Ce vilain nabot de Lautrec. Son meilleur ami. L’artiste qu’il avait le plus admiré et auprès duquel il avait le plus appris. C’était bien Lautrec qui avait dit, avec son accent impayable des bords de la Garonne, le déses­poir qu’il fallait entre­te­nir en soi pour peindre la chair nue. Il savait de quoi il causait, le bougre, lui qui passait des sanglots aux éclats de rire, le temps d’un vermouth :
les plus beaux nus sont déses­pé­rés.

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Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Un livre éton­nant loin de beau­coup d’idées précon­çues auxquelles on pour­rait faci­le­ment penser, puisque cette écri­vaine a choisi de mettre le drame dont elle a été victime au cœur du récit et pour­tant il n’y a ni voyeu­risme ni détails sensa­tion­nels donc raco­leurs dans ce roman. D’abord, c’est très bien écrit, j’ai lu le souffle court ce récit ou deux êtres vont finir par se rencon­trer, l’une est écri­vaine, l’autre est l’assassin de sa mère. Elle se sert de tout son talent pour fouiller la conscience de cet homme, elle le suppose après ses années de prison devenu jardi­nier à Nogent Rotrou. C’est le person­nage prin­ci­pal du roman, que pense-t-il aujourd’hui de l’horreur de son geste ? Est-ce que sa conscience le tour­mente ? Ou arrive-t-il à oublier complè­te­ment en vivant le quoti­dien le plus inten­sé­ment possible ? Cela nous vaut de très beaux passages sur le travail des jardi­niers d’une petite ville et une approche réaliste de la vie en province. Et puis il y a la deuxième voix, celle de l’écrivaine qui explique au lecteur qu’elle se donne le droit d’inventer une conscience et une person­na­lité à celui qui vit quelque part sur terre avec le souve­nir de ce qu’il a fait. Il n’y a pas de rancœurs dans ce roman, sauf une et elle est forte, il existe un repor­tage qui avait été fait à l’époque sur l’assassin de sa mère. Et les jour­na­listes avaient construit une théo­rie sur l’homosexualité de l’assassin et en avait fait une sorte de victime de la misère sexuelle. Cela, elle le trouve très injuste et décrit très bien la façon dont les jour­na­liste de télé­vi­sion font accou­cher les gens de propos auxquels ils n’avaient même pas penser. La force du roman, c’est la montée dans l’intensité de la rencontre de ces deux êtres, on est vrai­ment saisi par ce roman. Je pense que l’écriture aura permis à cette auteure de regar­der en face tout ce qui était enfoui au plus profond d’elle même. Quand on sait que cette femme a, aussi, dû vivre la mort tragique de sa fille, le lecteur espère très fort que l’écriture permet de survivre aux plus terribles des souf­frances quand on a ce talent : celui d’être écri­vaine et à mon goût une excel­lente écri­vaine.

Citations

La façon d’interroger dans les médias

Ce qu’ils voulaient entendre, ils te l’arrachaient de la bouche. Ils avaient une façon de t’interroger, de te poser les ques­tions en suggé­rant les réponses, d’orienter l’entretien, de mani­pu­ler ton discours, de t’amener là où t’avais pas prévu, avec des « Vous voulez donc dire que,» et des « On pour­rait donc en conclure que …» Et toi, t’es comme un con, tu sens que c’est pas exac­te­ment comme ça que tu penses, mais comme il faut pas lais­ser de blancs trop longs, à cause du ronron de la caméra qui tourne, tu dis » Oui oui, c’est ça » sans trop réflé­chir, et ton destin est changé. 

Portraits de deux paumés style SDF

Gilbert et moi restions collés l’un à l’autre comme un naufragé à son rondin, tous les deux étran­ge­ment oppres­sés, comme si le déla­bre­ment de nos vies se lisait sur nos visages, comme si l’odeur de défaite qui émanait de nos parkas défraî­chis dres­sait un cordon sani­taire autour de nous.

La culture en prison

Les seules fois de ma vie où j’ai vu des spec­tacles, c’était en taule. Les premières années c’était vrai­ment une fête, un truc raris­sime. On était tous volon­taires pour aména­ger le réfec­toire, pous­ser les tables et les chaises, accro­cher aux fenêtres de vieilles couver­tures pour faire un semblant d’obscurité. Et puis au milieu des années 90 c’est devenu monnaie courante, un truc banal. Toutes les semaines un nouveau pack cultu­rel bien démago, session de rap, de slam ; impromp­tus théâ­traux, sur le racisme, les ravages de la drogue, l’injustice sociale et autres cala­mi­tés du monde moderne. Plus personne y allait, blasés on était… À la fin, c’était presque les concert de musique clas­sique qui finis­saient par avoir plus de succès. Moi, en bon fayot, j’ai assisté à tout, ça faisait des points, je me faisais bien voir, je multi­pliais les distinc­tions sur mon costume de bagnard. Conver­ties en année de remise de peine, ça faisait un beau pactole.

Traduit du Suédois par Anna Postel

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. et comme vous le voyez, il a obtenu un coup de cœur du club !

Je ne lis presque jamais de romans policiers,mais celui-ci a été défendu avec un tel enthou­siasme par les membres de mon club, que je n’ai pas hésité à me plon­ger dans cette lecture. Ce roman a très bien occupé ma nuit d’insomnie et comme c’était une nuit de tempête j’avais quelque peu du mal avec les bruits du vent dans les arbres qui ryth­mait trop bien ma lecture. Signe que ce roman est vrai­ment bien mené, c’est la première fois que je ne commence pas par la fin, Camilla Grebe a su rete­nir mon atten­tion jusqu’au bout. Non seule­ment à cause du suspens, mais encore parce qu’elle dévoi­lait peu à peu de la vie de ce petit village suédois aux confins du grand nord, dans l’obscurité et le froid de l’hiver. L’intérêt du roman poli­cier vient de la double enquête qui y est menée :

  • celle de Malin, une jeune poli­cière dyna­mique qui s’apprête à quit­ter défi­ni­ti­ve­ment cette région dont elle est native.
  • celle de Jack un jeune garçon qui aime se traves­tir en femme et se prome­ner la nuit . Un soir il trouve une femme qui erre hagard les pieds nus et qui semble perdue, il a le temps de se cacher et d’entendre qu’elle est prise en charge par quelqu’un qui l’a aperçu dans cette tenue. Il ramasse un gros carnet, commence alors la deuxième enquête, car cette femme c’est Hanne est une enquê­trice qui est venu dans le village pour résoudre une ancienne histoire d’un cadavre trouvé dans le village, c’était celui d’une enfant de cinq ans qu’on n’a jamais pu iden­ti­fier. Elle écrit tout sur un carnet car elle commence une mala­die d’Alzheimer.

Grâce à ces deux enquêtes paral­lèles, le petit village de Ormberg prend vie devant nos yeux. Les deux usines ont été délo­ca­li­sées là où la main d’oeuvre est bon marché, donc ne reste au village que ceux qui n’ont pas eu la force, ni l’envie de partir. Ce sont pour la plupart des gens aigris et très alcoo­li­sés. Dans ce village, l’état y a implanté un centre pour réfu­giés qui sont bien vite accu­sés de tous les maux . Ces étran­gers cris­tal­lisent le mécon­ten­te­ment de la popu­la­tion qui trouve que l’état en fait plus pour eux que pour les Suédois très pauvres qui ont perdu leur emploi. Le village revit l’été grâce à des amou­reux de la nature, mais ces riches oisifs sont détes­tés par la popu­la­tion locale. Voilà pour le cadre, pour les deux enquêtes je vous les laisse décou­vrir, elles plai­ront certai­ne­ment à toutes les amatrices et les amateurs du genre !

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

C’est un livre étrange construit autour de courts chapitres ayant pour thème les rela­tions entre deux frères. J-B est le frère cadet de J-F Ponta­lis, jeunes l’aîné avait tout pour lui mais n’a pas fait grand chose de ses talents, son jeune frère s’est mieux débrouillé que lui, il devien­dra célèbre et sera fina­le­ment détesté par son aîné. Les diffé­rents portraits de fratries aimantes ou haineuses m’ont amusée le temps de la lecture, mais je sais que j’oublierai assez vite ce livre. J’ai été très contente de voir une réfé­rence à un roman que j’ai adoré « Le pouvoir du Chien » et qui, il est vrai, décrit très bien les rela­tions entre deux frères unis par la haine et le mépris. J’ai aimé aussi le portrait de Modiano, et il faut souli­gner que cet auteur écrit très bien. Un livre facile et agréable à lire, mais aussi, hélas, à oublier !

Citations

Difficultés de porter un nom célèbre

Pour autant, pas ques­tion de le renier, ce pesant patro­nyme. C’eût été renier mon père dont le nom, lui, ne figure dans aucun diction­naire, seule­ment, à jamais, dans ma mémoire. J’ai eu, tout au long de mon adoles­cence, à résoudre cette contra­dic­tion : être, j’y tenais par-dessus tout, le fils de mon père et n’être à aucun prix le descen­dant de sa famille. Sans doute pour garder toujours vivante en moi, et à moi seul, l’image – non, pas l’image : la présence, de ce père aimé-aimant, mort très jeune, me fallait-il fuir tous les membres d’une famille qui avait commis la faute impar­don­nable de n’être pas lui.

Bonne remarque

Je ressem­blais à ces touristes qui vont de site en site, d’un portail d’église à un château-fort sans quit­ter de leurs yeux leur guide bleu ou vert, cher­chant à véri­fier si ce qui est devant eux corres­pond bien à ce qui est inscrit dans le guide. Ils ne voient rien. Ils refusent de se lais­ser absor­ber, ne fût-ce que quelques instants, par ce qui est là, à portée de leur regard, offert. Ils font plus confiance au guide qu’à eux-mêmes, ils ne savent pas perce­voir.

Quand J-B Pontalis parle d’un de mes roman préféré

L’intensité tragique de ce roman défi tout résumé. Son titre : » pouvoir du chien ». Son auteur, améri­cain, se nomme Thomas Savage. C’est un des romans les plus fort que j’ai lu.

Portrait de Modiano

Il ne peut être que notre ami, qu’un frère très proche, ce grand garçon inquiet, inca­pable de finir une phrase, mécon­tent si, croyant lui venir en aide,on tente de la finir à sa place.

Si bien raconté !(cela se passe en 1942)

Quand je sortais du lycée Henri IV, j’étais parta­gée entre deux senti­ments, plai­sir d’échapper à l’ennui savam­ment distil­lée par la plupart de nos profes­seurs, parti­cu­liè­re­ment celui dont les « fiches » qu’il tenait serrées dans sa main pote­lée comme un prêtre son bréviaire avait de quoi vous dégoû­ter à jamais de la litté­ra­ture ; vague tris­tesse de me sépa­rer de mes cama­rades qui s’empressaient de rentrer chez eux, à l’exception des internes dont les blouses grises me parais­saient avoir déteint sur toute leurs personne. Comme tout alors était gris, à commen­cer par le ciel, comme l’avenir était obscur .

Ce jour je vais publier deux romans de deux auteurs pour lesquels j’éprouve de l’affection. Cela ne se dit pas, sauf sur un blog. Tous les deux font partie de ma famille de lectures, et tous les deux racontent le deuil.

Je lis tous les livres de cet auteur qui me tombent sous la main, celui-là c’est la souris jaune qui me l’a conseillé, qu’elle en soit remer­ciée. C’est un très beau livre, qui explique bien des failles et des diffi­cul­tés d’être à fond dans la vie qui sont évoquées dans tous les livres de Jean-Philippe Blon­del. Lorsqu’il avait 18 ans un acci­dent de voiture a tué sa mère et son frère, c’est son père qui condui­sait et celui-ci meurt quatre ans plus tard. Plombé par ces deux tragé­dies, le narra­teur très proche de l’auteur, sans aucun doute, a bien du mal à trou­ver l’envie de « rester vivant » . Avec beau­coup d’humour et en restant très pudique, il arrive à nous faire comprendre et parta­ger sa souf­france. Ce que j’apprécie chez lui, c’est que jamais il ne s’apitoie sur lui, jamais il ne fait pleu­rer sur son sort. Sa vision de l’Amérique est origi­nal et tout en suivant une chan­son de Lloyd Cole Rich qui l’amènera à Morro Bay. 

Mais aussi à Las Vegas où il a bien failli se perdre lui et et aussi Laura et Samuel. Ce sont ses amis et leur trio est compli­qué, Laura c’st son ex qui est main­te­nant la petite amie de Samuel qui est son ami pour toujours. Ce road movie lui permet de faire des rencontres inté­res­santes et même la loueuse de voiture qui semble d’un banal achevé se révé­lera plus riche qu’il ne s’y atten­dait. Bien curieuse famille où lui était l’enfant raté à côté du frère parfait qu’il enten­dait pour­tant pleu­rer très souvent la nuit dans son lit.

la chan­son qu’ils ont chanté pendant leur voyage à propos de laquelle il dit

Je devrais écrire un mail à Lloyd Cole.

Je commen­ce­rai par « Tu vois, Lloyd, un jour, j’y suis allé, à Morro Bay ».

Un jour, j’en suis revenu aussi. Et après, la vie a repris ses droits.

Citations

Style

Nous restons un moment comme ça, inutiles, sur le trot­toir. Il n’y a presque personne dans les rues de la ville. On est un vendredi 2 mai. Le nuage de Tcher­no­byl s’est arrêté au fron­tière fran­çaise. Il fait bon. Je sens des pico­te­ments dans mes mains et dans mes pieds. Je remarque une tache de pein­ture rouge sur le mur d’en face. Samuel se dandine d’une jambe sur l’autre. Il demande ce qu’on fait main­te­nant. Je veux voir du monde. Sentir la sueur et l’alcool. Nous optons pour le seul café qui reste ouvert jusqu’à trois heures du matin. En marchant, j’oublie que je sors de l’hôpital, j’oublie que je devais me faire opérer le lende­main, j’oublie que mon père est mort sur une route de campagne. La seule chose dont je me souviens, c’est que j’ai vingt deux ans ans.

Le deuil

Nous avons pris la voiture tous les quatre, au grand dam de mon oncle – qui ne voyait pas ce que Samuel avait à voir avec tout ça. Laure, encore, à la limite. Mais Samuel, non. J’ai simple­ment dit :» Il vient aussi. » Et tout le monde a obéi. Être le roi du malheur, ça a quand même des avan­tages. Les sujets se plient de mauvaise grâce à vos désirs, mais ils n’ont pas assez de cran pour vous contre­dire.

Une vision originale de Las Vegas

Je me sens instinc­ti­ve­ment bien à Las Vegas.

C’est le centre du monde de l’oubli.

Traduit de l’hébreu par Valé­rie Zenatti

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Avant les camps, nous ne savions pas discer­ner l’éphémère de l’immuable. À présent nous avons eu notre compré­hen­sion des choses.

J’ai déjà lu, et j’avais été très touchée par l’Histoire d’une Vie, le décès de Aharon Appen­feld en janvier 2018 a conduit notre biblio­thé­caire à mettre ce livre au programme de notre club. Cette lecture est un nouvel éclai­rage sur la Shoah. L’auteur y rassemble, en effet, ses souve­nirs sur les quelques mois après la libé­ra­tion des camps de concen­tra­tion. Nous suivons Théo Korn­feld qui veut retrou­ver sa maison fami­liale en Autriche. Dans des chapitres très courts, le jeune homme raconte son errance à travers une Europe rava­gée par la guerre, et sa volonté de retrou­ver son père et surtout sa mère, il est peu à peu envahi par ses souve­nirs d’enfance. Avant la guerre, sa mère, visi­ble­ment bipo­laire, entraîne son fils dans tous les lieux où l’on peut écou­ter des concerts de Bach en parti­cu­lier les monas­tère chré­tiens et petites chapelles isolées même si elle en est parfois reje­tée comme « salle juive ». Elle entraîne aussi son mari vers une faillite finan­cière, lui qui travaille comme un fou pour satis­faire tous les besoins de sa trop belle et fantasque épouse. L’errance de Théo à peine sorti de son camp, lui fait croi­ser les « resca­pés ». Chaque personne essaie de retrou­ver une once de dignité pour repar­tir vers d’autres hori­zons. C’est terrible et chaque vie révèle de nouvelles souf­frances, je pense à cette femme qui s’installe sur le bord de la route pour appor­ter des soupes chaudes et récon­for­tantes aux personnes qui viennent d’être libé­rées et qui sont sur les routes. Elle ne peut pas se remettre d’avoir empê­ché sa sœur et ses deux nièces de s’exiler en Amérique avant l’arrivée des nazis, elles sont mortes main­te­nant et en nour­ris­sant les pauvres ères échap­pés à la mort elle essaie d’oublier et de revivre.

Entre rêve et hallu­ci­na­tion, Théo livre un peu les horreurs dont il a été témoin, et surtout il redonne à chacune des personnes dont il se souvient une person­na­lité complexe qui ne se défi­nit pas par le numéro gravé sur son bras, ni par sa résis­tance ou non aux coups reçus à longueur de jour­née. Tout ce que raconte Théo se passe dans une atmo­sphère entre rêve et réalité, il est trop faible pour avoir les idées très précises et les souve­nirs de l’auteur viennent de si loin mais ils ne se sont jamais effa­cés c’est sans doute pour cela qu’il dit de ses jour­nées qu’ils sont « d’une stupé­fiante clarté ». Un livre qui vaut autant par la simpli­cité et la beauté du style de l’auteur que par l’émotion qu’il provoque sans avoir recours à un pathos inutile, ici les faits se suffisent à eux mêmes.

Citations

L’enfance du narrateur avant la Shoah

Tandis que ses cama­rades de classes étaient rivés à leur banc dur, sa mère et lui voguaient sur des rails lisses, avalant de longues distances dans des trains luxueux. Le père était inquiet, mais il n’avait pas la force de stop­per un désir si puis­sant. Il enfouis­sait sa tris­tesse dans la librai­rie, jusque tard dans la nuit.
Il essayait parfois d’arrêter la mère. » Le petit n’est pas allé à l’école depuis une semaine. Ses notes sont catas­tro­phiques. »
- Ce n’est pas grave, ce qu’il perçoit durant le voyage est plus impor­tant et l’armera pour la vie. »
-Je baisse les bras, concluait Martin en recon­nais­sant sa défaite

Passion ou folie de sa mère

La vieille Matilda dispen­sait bon sens et quié­tude. Consi­dé­rant d’un œil répro­ba­teur la passion de la mère pour les églises les monas­tères, elle la sermon­nait :«Tu dois aller prier à la syna­gogue. Les prières atteignent leur desti­na­taire lorsqu’on suit le rite de ses ancêtres. »
Mais la mère rétor­quait que dans les syna­gogues il n’y avait ni séré­nité, ni musique, ni images boule­ver­santes, le plafond était nu et le cœur ne pouvait s’exalter.

L’après guerre

Le lende­main il s’engagea sur une route large et lisse, en direc­tion du nord. Un camion était couché après un virage, moteur pointé vers le ciel, donnant à l’habitacle une expres­sion de mort veines. Théo le contem­pla un instant avant de se dire qu’il trou­ve­rait sûre­ment de dans un briquet des ciga­rettes fines.
Des acces­soires mili­taires étaient épar­pillés au milieu de boîte en carton et de bouteilles de bière qui avait été projeté de toutes parts.

La langue des camps

Au camps, on parlait une autre langue, une langue réduite, on utili­sait que les mots essen­tiels, voire plus de mots du tout. Les silences entre les mots était le vrai langage. Un jour, un compa­gnon de son âge, pour qui il avait de l’estime, lui avait confié : « J’ai peur que nous soyons muets lorsque nous serons libé­rés. Nous n’avons presque plus de mots dans nos bouches. »

Traduit de l’anglais écosse par Céline Schwal­ler 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Véri­table coup cœur pour moi que je n’explique pas complè­te­ment. Je vais énumé­rer ce qui m’a plu :

  • J’ai retrouvé l’ambiance des films britan­niques que j’apprécie tout parti­cu­liè­re­ment au festi­val de Dinard.
  • J’ai adoré les senti­ments qui lient les deux héroïnes, deux sœurs diffé­rentes mais qui s’épaulent pour sortir de la mouise.
  • Je suis certaine que, lorsqu’on va mal, la beauté de la nature est une source d’équilibre.
  • Les person­nages secon­daires ont une véri­table impor­tance et enri­chissent le récit.
  • La mère va vers une rédemp­tion à laquelle on peut croire.
  • La fin n’est pas un Happy-End total mais rend le récit crédible.
  • Le carac­tère de la petite est drôle et allège le récit qui sinon serait trop glauque.

Voilà entre autre, ce qui m’a plu, évidem­ment la survie dans la nature encore sauvage des High­lands est diffi­cile à imagi­ner, pour cela il faut deux ingré­dients qui sont dans le roman. D’abord un besoin absolu de fuir la ville et ses conforts. Sal l’aînée en fuyant l’horreur abso­lue de sa vie d’enfant a commis un geste qui ne lui permet plus de vivre chez elle. Il faut aussi que les personnes soit formées à la survie en forêt, et Sal depuis un an étudie toutes tes façons de survivre dans la nature. Malgré ces compé­tences, les deux fillettes auront besoin d’aide et c’est là qu’intervient Ingrid une femme méde­cin qui a fui l’humanité elle aussi, mais pour d’autres raisons. Sa vie est passion­nante et c’est une belle rencontre. C’est diffi­cile à croire, peut-être, mais j’ai accepté ce récit qui est autant un hymne à la nature qu’un espoir dans la vie même quand celle-ci a refusé de vous faire le moindre cadeau.

Les High­lands :

Citations

La maltraitance

J’avais envi­sagé de le racon­ter pour Robert et qu’il comp­tait bien­tôt aller dans la chambre de Peppa aussi qu’il battait m’man et qu’il était saoul et défoncé tout le temps. Mais je savais que la première chose qui se passe­rait serait qu’il se ferait arrê­ter et qu’on nous emmè­ne­rait et qu’on serait séparé parce que c’est ce qui se passait toujours. En plus personne ne croi­rait que m’man n’était pas au courant et on l’accuserait peut-être de maltrai­tance ou de négli­gence et elle irait en prison. J’avais lu des histoires là dessus sur des sites d’informations, où la mère était condam­née et allait en prison et où le beau-père y allait pour plus long­temps parce que c’était lui qui avait fait tous les trucs horribles comme tuer un bébé ou affa­mer une petite fille, mais il disait que la mère avait laissé faire et elle se faisait coffrer aussi. Ils accusent toujours la mère d’un gamin qui se fait maltrai­ter au frap­per, mais c’est toujours l’homme qui le fait.

L’étude de la survie

Tout en atten­dant à côté du feu éteint d’entendre quelque chose j’ai essayé de mettre un plan au point. Les chas­seurs essaient de prévoir la réac­tion de leur proie pour savoir où et quand il les trou­ve­ront, ils savent ce qu’elles cherchent comme de l’eau et de la nour­ri­ture et ils adaptent leur propre compor­te­ment en fonc­tion. Les préda­teurs exploitent les besoins des proies pour essayer de les attra­per quand elles sont les plus vulné­rables comme lorsqu’elles font caca ou se nour­rissent.

La nature

C’était la première fois que je voyais des blai­reaux ailleurs que sur un écran et même s’ils étalent plus gros qu’on aurait pu le croire ils se dépla­çaient en souplesse avec leur dos qui ondu­lait. Les deux plus petits ont commencé à foui­ner dans la neige et les feuilles et l’un d’eux n’arrêtait pas de partir et de reve­nir en courant vers les autres comme s’il voulait jouer. Le gros a humé l’air puis il est parti sur une des pistes qui venait presque droit sur nous. Les deux autres l’ont suivi et tous les trois se sont appro­chés de nous en ondu­lant et la m’man m’a saisi la main et me l’a serrée quand je l’ai regar­dée elle avait la bouche ouverte sur un immense sourire et ses yeux étaient tout écar­quillés et brillant comme si elle n’en reve­nait pas. Comme les trois blai­reaux s’approchaient de plus en plus de notre arbre on est resté parfai­te­ment immo­bile. Ils ont conti­nué d’avancer et on les enten­dait grat­ter dans la neige et on voyait les poils gris et noir de leur pelage bouger et ondoyer à mesure qu’ils marchaient. À envi­ron quatre mètres de nous le gros s’est arrêté puis il a levé la tête et nous a regardé bien en face. Il nous fixait dans les yeux tandis que les deux autres avaient le nez baissé et conti­nuaient de reni­fler et de grat­ter la terre derrière lui. Ils ont levé les yeux à ce moment là et nous ont fixé tous les trois. J’avais envie de rire parce qu’ils avaient l’air carré­ment surpris avec leurs petites oreilles dres­sées. M’man relâ­chait son souffle très douce­ment. On est restées comme ça pendant que les minutes passaient dans le bois silen­cieux, maman et moi sous un arbre en train de fixer trois blai­reaux.

J’avais repéré ce roman chez Keisha, Jérôme, Kathel, AifelleKrol (qui ne tient pas à jour son Index des auteurs).J’ai fait plusieurs tenta­tives pour le finir car ce livre est une vraie claque mais le genre de claque qui rend triste et plombe le moral. Il faut un certain courage pour affron­ter cette réalité : oui, les hommes se conduisent mal sur la seule planète qu’ils seront sans doute capables d’habiter. Ils dominent tout, saccagent tout, pour pouvoir vivre confor­ta­ble­ment leur vie de « Maîtres et posses­seurs » comme nous l’avait enjoint Descartes∗. Alors, à la manière d’un Montes­quieu avec ses Persans et d’un Swift avec Gulli­ver, Vincent Message veut nous faire réflé­chir sur ce que nous faisons sur notre planète, il imagine qu’à notre tour, à une époque diffé­rente, nous sommes « Domi­née et Possé­dés ». Son roman est très fort car il n’a pas cher­ché à fabri­quer des extra terrestres un peu ridi­cules, nous ne savons rien de ces « Domi­na­teurs » sauf que ces êtres nous ont étudiés et qu’ils ont parfai­te­ment compris comment nous avons fait pour êtres des « Maîtres » et à leur tour, il sont deve­nus « Nous » mais en nous rempla­çant. Les hommes sont main­te­nant trai­tés comme nous le faisons avec les animaux aujourd’hui.

  • Les animaux de compa­gnie qui ont le droit de vivre confor­ta­ble­ment auprès de leur maître.
  • Des esclaves qui triment jusqu’aux limites de leur forces puis sont abat­tus.
  • Et enfin la pire des condi­tions, des hommes d’élevages qui seront abat­tus et consom­més sous forme de viande.

Comme ces êtres ont d’abord cher­ché à nous comprendre, cela permet à l’auteur d’écrire quelques pages terribles sur nos absurdes compor­te­ments destruc­teurs, par exemple dans la mer. Les pages sur la pêche indus­trielle sont insup­por­tables mais telle­ment vraies. Le roman alterne des périodes d’actions intenses car le héros Malo est un être supé­rieur et un haut cadre de la nouvelle société, il est l’instigateur d’un projet de loi qui demande que l’on auto­rise les hommes à vivre dix ans de plus : jusqu’à 70 ans, car dans cette fiction, il sont systé­ma­ti­que­ment abat­tus à 60 ans pour éviter les problèmes liés à la vieillesse des humains. Malo s’est épris d’une jeune femme humaine, Iris qui était une femme d’élevage. Il veut la sauver à tout prix, alors qu’elle a été victime d’un acci­dent de voiture. Le système impla­cable que les maîtres ont mis en place se referme peu à peu sur lui. En dehors de cette action intense, l’auteur nous offre des périodes de réflexions sur le trai­te­ment de la nature. Ces êtres supé­rieurs ont, en effet, seule­ment cher­ché à domi­ner et à faire mieux que nous, en consé­quence de quoi la planète est aussi malme­née que lors de la domi­na­tion humaine. Une petite lueur d’espoir dans ce roman si sombre, les hommes ont une carac­té­ris­tique que ceux qui nous ont dominé n’ont pas, ces « maîtres » ne sont pas des créa­teurs. Alors l’art saurait-il nous sauver ? Et puis, à la fin du roman on parle d’un lieu sur terre où les choses se passent diffé­rem­ment et fina­le­ment pouvons nous réjouir de cette certi­tude les domi­na­teurs connaî­tront un jour, eux-aussi leur fin ?

Citations

∗Extrait du discours de la méthode de Descartes

« Car [ces connais­sances] m’ont fait voir qu’il est possible de parve­nir à des connais­sances qui soient fort utiles à la vie, et qu’au lieu de cette philo­so­phie spécu­la­tive, qu’on enseigne dans les écoles, on peut en trou­ver une pratique, par laquelle connais­sant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous envi­ronnent, aussi distinc­te­ment que nous connais­sons les divers métiers de nos arti­sans, nous les pour­rions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et posses­seurs de la nature. Ce qui n’est pas seule­ment à dési­rer pour l’invention d’une infi­nité d’artifices, qui feraient qu’on joui­rait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commo­di­tés qui s’y trouvent, mais prin­ci­pa­le­ment aussi pour la conser­va­tion de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fonde­ment de tous les autres biens de cette vie.”

La vision des nouveaux maîtres de la planète sur les hommes

L’ironie c’est qu’ils avaient cru être supé­rieurs, eux aussi, en leur temps, mais c’était dans leur cas au prix d’un aveu­gle­ment qui prenait avec la distance un aspect un peu pathé­tique. Ce qui les mettait à part, c’était, disaient-ils, leur intel­li­gence redou­table, leur manie­ment fin du langage, leur créa­ti­vité. Ne pas être capable de régu­ler pour de bon sa démo­gra­phie, déter­rer et brûler le carbone jusqu’à rendre l’air irres­pi­rable, c’était pour eux le signe d’une intel­li­gence redou­table. Réduire de force plusieurs milliards de leurs propres congé­nères à une vie de quasi esclave pour qu’une mino­rité concentre les richesses, c’était l’indice certains de leur inven­ti­vité excep­tion­nelle. Ils ne se deman­daient presque jamais si le fonde­ment de l’intelligence ne consiste pas à se donner des moyens de survivre sur le long terme, si la capa­cité à une auto-conser­va­tion durable n’est pas le premier signe de la raison. Ils mépri­saient comme des aber­ra­tions de la nature des rebuts de la créa­tion toute une série d’espèces qui les avaient précé­dés sur terre et qui leur auraient survécu de quelques millions d’années s’ils n’avaient pas eu la chance que nous repre­nions les choses en main. Nous les avons trou­vés pullu­lant à certains endroits et ne se repro­dui­sant pas assez à d’autres. Tout aussi inca­pables de répar­tir le travail que la popu­la­tion. Et cette incon­sé­quence, d’une constance tout à fait remar­quable, elle tenait pour beau­coup à leur empri­son­ne­ment dans le chaos des inté­rêts parti­cu­liers. Pour rien au monde ils n’auraient accepté quelque chose qui favo­rise plus le pays voisins que le leur, ou consenti à des efforts substan­tiels pour des gens qui n’étaient même pas encore nés. C’était là des traits qui, si on en faisait la somme justi­fiait assez la rapi­dité de leur effon­dre­ment et la légi­ti­mité de notre domi­na­tion.

Les Hommes comme nourriture

Natu­rel­le­ment, des esprits critiques, des polé­mi­queurs -j’ai dit déjà que nos rangs en comptent plus que de raison- affirment qu’il y a une sorte de schi­zo­phré­nie à élever certains hommes pour les aimer et parta­ger notre quoti­dien avec eux, et d’autres hommes pour les tuer les manger. On peut juger cela étrange, mais tout comme le réel nous ne sommes pas à une étran­geté prêt. C’est la moindre des schi­zo­phré­nies dont nous nous avérons capables. Jamais, il faut l’avouer, il ne nous vien­drait à l’idée de manger ceux qui nous servent d’animaux de compa­gnie, nous aurions le senti­ment, en mordant dans leur chair, de recon­naître impli­ci­te­ment que nous sommes nous-mêmes comes­tible, et que tout être vivant, entre les murs que nous habi­tons, pour­rait parfai­te­ment, à son tour, se retrou­ver équarri , mis au four, découpé sur une planche, réparti par tranches fines dans des assiettes que l’on tend à la ronde en disant commen­cez, commen­cez, n’attendez pas que ça refroi­disse.

Ce livre reçu en cadeau m’a beau­coup inté­res­sée, il faut dire que nous sommes contem­po­rains. Jean Pierre Le Goff est issu de la tradi­tion catho­lique alors que j’ai fréquenté les écoles laïques. Mais nous avons été pris dans le même mael­strom en mai 1968. Le sous-titre de son essai est impor­tant et résume la thèse de son livre

Récit d’un monde adoles­cent, des années 1950 à Mai 1968

Le début est passion­nant, il décrit le creu­set à la fois catho­lique et rural de la pointe de la Hague dans lequel l’enfant a été élevé, dans le souve­nir très présent de la guerre qui venait de s’achever. Souve­nirs maté­riels avec les nombreux block­haus, souve­nirs du mur de l’Atlantique mais aussi, certai­ne­ment psycho­lo­giques à travers l’éducation de ceux qui avaient subi ou fait cette guerre. Cette géné­ra­tion du « baby-boom » que le père de l’auteur appelle « la géné­ra­tion des enfants gâtés », il la décrit très bien, élevée dans un confort qui arrive dans les maisons et qui profite de la « société de consom­ma­tion et des loisirs » , elle s’inscrira à jamais dans la révolte adoles­cente. Elle«jouera » à la révo­lu­tion, Jean-Pierre Le Goff s’amuse à compa­rer les chiffres des morts des événe­ments de Mai de 68 et du Weekend de pente­côte où les pompes à essence avaient été remplies. Évidem­ment les 6 ou 8 morts des événe­ments semblent ridi­cules au regard de la centaine de gens qui se tuaient sur les routes tous les Weekend à l’époque. (en 1968 plus 16 000 morts sur les routes et plus de 300 000 bles­sés).

Dans son essai, le socio­logue Jean-Pierre Le Goff sait très bien faire revivre tout ce qui défi­nit une époque aussi bien sur un plan géné­ral comme celui de la nation que pour les indi­vi­dus qui la composent. Alors, les années 60, verront soute­nues par ce nouveau média, la télé­vi­sion, les chan­sons yéyé pour les jeunes et la poli­tique de la France, menée par le Géné­ral de Gaulle. Tous les chan­ge­ments qui conduisent à l’affirmation de cette géné­ra­tion adoles­cente de Mai 68, l’auteur les décrit avec minu­tie et ses contem­po­rains s’y retrouvent avec bonheur mais aussi réalise – s’ils ne l’avaient pas déjà fait– l’aspect quelque peu déri­soire de leurs enga­ge­ments divers et variés..

Citations

Différence ouvriers et pêcheurs

Les ouvriers de l’Arsenal avait un surnom : les » cocus du port ». Cette expres­sion ironique renvoyait sans doute à la chance d’avoir un métier protégé et sûr, de mener une acti­vité à heures fixes. Ce n’était pas le cas de la majo­rité de la popu­la­tion locale et tout parti­cu­liè­re­ment les marins-pêcheurs qui travaillaient dure­ment.

Les préjugés et les dictons

Les noirs de peau – peu nombreux dans La région– étaient consi­dé­rés comme des êtres étranges et primi­tifs, susci­tant quelques réflexions gros­sières du genre : « Ils se ressemblent tous et avec une couleur pareille , je me demande comment ils font pour se distin­guer les uns des autres » …
Ces préju­gés et ces super­sti­tions se mêlaient à un sens commun issu de l’observation des compor­te­ments : » grand diseu, p’tit faiseu. »

La grande liberté des enfants des années 50

À cette époque, il était normal et « sain » que les enfants s’amusent à leur façon, du moment qu’ils ne faisaient pas de trop grosses bêtises. Les enfants avaient leur propre monde dans lequel les adultes ne s’immisçaient pas trop. Ces derniers travaillaient beau­coup ou avaient bien d’autres préoc­cu­pa­tions en tête que celles de surveiller leurs jeunes enfants. Nos jeux se dérou­laient dans des espaces, ceux de la rue et de la maison, qui nous étaient proches et fami­liers.

Après une bruta­lité d’un enfant de la bande adverse
On attrapa vite le coupable et on l’amena devant moi en le forçant à se mettre à genoux et à me deman­der pardon. Je n’aimais pas ce garçon qui était plus grand et plus fort que moi, mais je n’appréciais pas pour autant qu’on l’humilie de cette façon. J’avais l’habitude que les conflits se règlent entre jeunes, en dehors des adultes et d’une tout autre façon. Les plaies et les bosses étaient le prix à payer pour jouer libre­ment.

La confession

Tous ces péchés n’étaient pas des péchés mortels mais leur accu­mu­la­tion permet­tait peut-être de s’en rappro­cher. En fin de compte, l’abbé finis­sait toujours par poser la ques­tion. : « As-tu eu de mauvaises pensées ? As-tu regardé avec plai­sir de vilaines choses ?»
En d’autres termes, « le vilain péché » était lié à la sexua­lité nais­sance et à la mastur­ba­tion. Certains curés avaient les mains bala­deuses, c’est du moins ce qui se disait parmi les élèves, mais, bien que m’étant confessé à l’un d’eux de, je n’ai jamais eu affaire à ce genre d’attouchement. L’abbé se conten­tait de me prendre la main ou de mettre la sienne sur ma joue de temps à autre comme un signe d’affection. Cela me gênait un peu, d’autant plus que je trou­vais qu’il « puait la Gauloise », marque de ciga­rette brune très connue à l’époque, et que sa soutane ne sentait pas bon.

L’éducation

Malgré nos appa­rences d’enfant et d’élève obéis­sant, nous gardions un rapport à nous-mêmes qu’ils ne pouvaient maîtri­ser. Cette liberté inté­rieure était un secret bien gardé qui était partagé seule­ment avec quelques amis qui nous ressem­blaient comme des frères. Quelles que soient les contraintes, la sévé­rité de la disci­pline et des puni­tions, nous n’étions pas, malgré les appa­rences, des enfants soumis et serviles.Les inter­mi­nables grand-messe où, comme le disait Berna­nos, on « ne saurait rien parta­ger avec Dieu que l’ennui », permet­tait de rêver et de voya­ger dans un autre monde plus joyeux et plus coloré, tout en donnant le change de l’apparence de la doci­lité et de la piété par des paroles et des gestes conve­nus. Le silence et l’ennui stimu­laient l’imagination.

L’arrivée de la télé

Je n’ai pas de récep­teur chez moi, déclare en 1962 un direc­teur d’école dans la presse locale, mais je connais chaque jour parfai­te­ment le programme de la veille, lorsqu’il y a du catch, j’ai 150 catcheur dans la cour de l’école à la récréa­tion. Après un western, c’est 300 cowboy qui se battent, affu­blés de revol­ver, de lassos… Dans l’ensemble, les enfants en profitent et sont beau­coup plus docu­men­tés qu’autre fois sur les ques­tions géogra­phiques ou scien­ti­fiques par exemple. Malheu­reu­se­ment, beau­coup de parents n’ont pas l’autorité suffi­sante pour les renvoyer se coucher à 8h30 ou à 9h. Les enfants en sortant de l’école, s’installent devant le poste et n’en bougent plus avant la fin du programme.

L’église évolue …

Un de mes premiers souve­nirs du chan­ge­ment dans l« « ensei­gne­ment reli­gieux » fut celui d’un cours ou le jeune prêtre vint avec sa guitare nous chan­ter quelques chan­sons de sa compo­si­tion. Il s’inspirait, avec plus ou moins de bonheur, de reli­gieux de l’époque qui avaient connu un succès certain en enre­gis­trant des disques. Il en allait ainsi du Père Duval, jésuite, compo­si­teur et chan­teur, qui, dans les années 1950, rassem­blait les foules (avant tout catho­liques), dans les nombreux concerts en France et dans les autres pays. Surnommé, le « Bécaud » de la foi, où « le Bras­sens » en soutane, il semblait venir d’un autre âge à l’heure des yéyés et de la pop anglaise. La jeune sœur Sourire, Domi­ni­caine et chan­teuse, avait connu le succès avec une célèbre chan­son enjouée dont on rete­nait faci­le­ment l’air et les premières paroles du refrain :» Domi­nique, nique, nique, s’en allait tout simple­ment… » Je n’étais pas le seul parmi les élèves à consi­dé­rer cette chan­son mièvre comme l’un des sommets d’expression des « culs-bénis ».

Le nerf de son explication

Ces inter­pré­ta­tions « révo­lu­tion­naires » de mai 68 demeurent aveugles sur une nouvelle donne histo­rique qui n’entre pas dans le cadre de l’action mili­tante : la venue sur la scène sociale et poli­tique d’un nouvel acteur social, le « peuple adoles­cent » élevé et éduqué dans la nouvelle société de consom­ma­tion et des loisirs. La « Commune étudiante » de mai 68 en porte la marque.

Rôle des médias

Les médias ont accom­pa­gné le mouve­ment et accen­tué ses aspects violents et spec­ta­cu­laires lui donnant une portée une signi­fi­ca­tion révo­lu­tion­naire qui confor­taient les inter­pré­ta­tions et les actions gauchistes. En mai 68, s’est déve­loppé un nouveau rapport à l’information qui anni­hile le recul et la distance au profit du règne de l’émotion. L’information dans sa forme même (le direct) et dans sa façon de rendre compte de la réalité ( le ton émotion­nel et drama­tique) est partie inté­grante de la mise en scène de la Commune étudiante pour qui l’intensité du présent, l’expression débri­dée et la drama­ti­sa­tion sont les signes évidents d’une révo­lu­tion en acte. Ces carac­té­ris­tiques de la Commune étudiants de mai 68 vont consti­tuer un moule premier dans lequel vien­dront se couler des luttes étudiante et lycéenne, et ce qu’on appel­lera les « mouve­ments sociaux ».

Incroyable coquille ou erreur ?

J’admirais,comme beau­coup d’autres,les pages de Montaigne après la mort de son ami Du Bellay .…
et si vous voulez l’entendre je dois vous dire que son livre est beau­coup plus clair que son entre­tien car il a ce défaut de ne pas toujours finir ses phrases à l’oral