Édition Galli­mard NRF (du monde entier)

Traduit de l’ita­lien par Danièle Valin

Quand j’ai chro­ni­qué « le poids du Papillon » Domi­nique m’avait conseillé de lire ce roman. Comme elle, j’ai parfois des lectures moins enthou­siastes de cet auteur par exemple « le jour avant le bonheur » et même « le tort du soldat » m’avaient moins convain­cue que ces deux derniers romans. Encore un coup de cœur pour celui-ci. Un des sujets du roman c’est le travail du « passeur » arti­san (il refu­se­rait le titre d’ar­tiste) qui doit « expo­ser la nature » du christ c’est à dire son sexe. Oui, j’ai appris grâce à ce roman que les cruci­fiés étaient nus sur leur croix. Il existe de rares statues du christ nu.

Un sculp­teur décide au début du XX° siècle de faire une sculp­ture du cruci­fié nu, mais l’église a imposé que l’on cache le sexe sous un pagne de pierre. Notre person­nage prin­ci­pal est donc chargé d’en­le­ver le rajout et sculp­ter le sexe du christ.

Le person­nage, – voilà l’autre thème du roman- est un habi­tant des montagnes mais il doit trou­ver refuge dans une petite ville de bord de mer car il est devenu bien malgré lui trop célèbre dans son village. Habi­tant des régions fron­ta­lières, il est devenu « passeur », pour « des gens » qui veulent conti­nuer leur périple en Europe. Ces immi­grés sont, comme il nous le dit, les nouveaux nomades de notre époque. Il s’ac­quitte avec succès de cette tâche, en accep­tant le prix fixé par deux passeurs du village mais lui rend aux immi­grés leur argent dès la fron­tière passée. Cela se sait et tous les médias s’in­té­ressent à lui. Ses anciens amis se sentent trahis et ne veulent plus de lui dans le village. Il part donc et trou­vera ce travail dans une église du bord de mer. C’est pour lui, et pour nous, l’oc­ca­sion de se confron­ter au travail du sculp­teur sur marbre et de réflé­chir au sens des trois grandes reli­gions mono­théistes. Tout le livre très court ‑cet auteur écrit souvent de moins de deux cent pages- est plein d’une sagesse, d’hu­mour et de réflexions qui font sourire parfois, nous troublent souvent. J’ai aimé ce roman , j’es­père me souve­nir de quelques une des cita­tions que j’ai notées ‑celle sur Char­lot a fait écla­ter de rire mes amis-. À mon tour de vous en recom­man­der chau­de­ment la lecture.

Citations

J’adore .…

Je grave des noms pour les amou­reux endur­cis qui les préfèrent sur des branches et des cailloux plutôt que sur des tatouages. Ils durent plus long­temps sans pâlir. 

Les frontières dans les montagnes

Ils sont cocasses ces États qui mettent des fron­tières sur les montagnes, ils les prennent pour des barrières. Ils se trompent, les montagnes sont un réseau dense de commu­ni­ca­tion entre les versants, offrant des variantes de passage selon les saisons et les condi­tions physiques des voya­geurs.

Le personnage principal doit sculpter le sexe du Christ qui a été enlevé et caché par un linge en granit

Il m’ap­prend que je suis le dernier d’une longue liste d’ar­tistes, confir­més ou non, qui ont été consul­tés. L’un d’eux a dit que l’en­lè­ve­ment trau­ma­tique de la couver­ture suffi­rait déjà à repré­sen­ter la nudité et son histoire censu­rée. Ceux qui ont accepté d’es­sayer ont proposé des solu­tions bizarre. À la place de la partie déta­chées, quel­qu’un a imaginé un oiseau, plus préci­sé­ment un coucou, parce qu’il met ses œufs dans le nid des autres. Un deuxième à penser à une fleur. Un jeune artiste a eu l’idée d’un robi­net.

Le vin

Le curé conti­nue à m’écou­ter tout en prenant une bouteille de vin et deux verres. Il remplit le mien à ras bord. C’est l’usage chez les ouvriers. Si on offre du vin, on remplit le verre. Ce sont les riches qui en verse peu. Eux, ils ne boivent pas ils sirotent. Si on en offre à un ouvrier, on en verse jusqu’à ce que le verre déborde.

Vous la portez à droite ou à gauche ?

Il est curieux de connaître celui qui a fina­le­ment été chargé de restau­rer la gêne. Son père qui était tailleur, l’ap­pe­lait ainsi quand il prenait les mesures pour un panta­lon. Il deman­dait au client de quel côté, droit ou gauche, il portait la gêne. 

Traverser la place de la gare à Naples

J’ob­serve ce que font les passants pour atteindre la rive oppo­sée du trot­toir. Le courant d’au­to­mo­biles est continu.
Ils font comme ça, ils descendent du bord tandis que le flux s’écoule indif­fé­rent à eux. Ils l Ils avancent dans le gué , frôlés et contour­nés par les voitures comme des rochers qui affleurent. Ils avancent rapi­de­ment jusqu’à la berge d’en face. Il ne faut pas croire que la mer Rouge s’ouvre en deux pour eux, mais c’est une mer rouge locale, élas­tique, qui coule en évitant le peuple en marche. Elle l’in­cor­pore et le repose indemne de l’autre côté. Je regarde sans bouger. Je prends des notes visuelles étonné sur la dyna­mique du lieu, sans me déci­der à tenter l’ex­pé­rience. Il est impé­ra­tif de ne pas hési­ter une fois dans le courant. La mer Rouge s’adapte à l’in­trus si son pas est décidé, mais devient colé­reuse et impé­tueuse s’il hésite ou change d’avis.

Charlot

Char­lie Chaplin a parti­cipé au concours des imita­teurs de Char­lot et il est arrivé troi­sième. 

Le prix et la langue des passeurs

Les voya­geurs paient comp­tant, forcé de faire confiance. On utilise un anglais de dix mots, le jargon des dépla­ce­ments.

Destins d hommes

J’écoute les histoires de destins bizarres, des façons nouvelles de mourir : dans une soute asphyxié par les gaz du moteur, gelé dans le compar­ti­ment du train d’at­ter­ris­sage d’un avion, étouffé dans un camion garé l’été en plein soleil.

Cruauté des hommes

Nous parlons de tout le mal que l’es­pèce humaine a inventé pour elle-même. Aucun animal ne se rapproche de notre pire. Aucune autre créa­ture vivante n’a imaginé le supplice de l’emballement. L’ha­bi­leté du bour­reau consis­tait à prolon­ger l’ago­nie.

Nous cessons de manger pendant un moment, nous nous regar­dons, nous bais­sons les yeux. Il y a peu de temps encore, nous aurions assisté à ces exécu­tion dans la rue sans détour­ner le regard. Décidé par les auto­ri­tés : cela suffit à leur donner force de loi.

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Un roman magique, soutenu par une écri­ture entre poésie et fantai­sie, on se laisse bercer par la déam­bu­la­tion des chats à travers le quar­tier de Mont­martre et on suit la person­na­lité de cette superbe afri­caine Masseïda et du peintre Théo­phile Alexandre Stein­len. Dont tout le monde connaît, au moins, les affiches.

mais peut être, moins ses litho­gra­phies sur le peuple de Paris

Époque terrible, où la pauvreté pouvait conduire à la misère et à la mort. Mais une époque, aussi, où le bouillon­ne­ment de vie permet­tait à toute une faune de vivre surtout à Mont­martre qui est alors une zone entre ville et campagne. Le lecteur recon­naît au passage des figures célèbres et des lieux qui main­te­nant sont telle­ment poli­cés : on ne s’en­ca­naille plus à Mont­martre et on ne cultive plus beau­coup non plus, c’est devenu un haut lieu touris­tique et Masseïda se senti­rait moins seule, les couleurs de peaux se mélangent certai­ne­ment plus qu’à cette époque, et la misère est plus cachée et plus éloi­gnée de la butte. Cet auteur a réussi son pari : faire revivre un lieu et une époque à travers les œuvres des artiste du temps. Une petite décep­tion : les derniers chapitres, le roman ne se termine pas ; mais cela ne m’empêche pas d’être un très beau roman dont le style m’a enchan­tée.

Citations

Joli début

La Butte en ce temps là, parais­sait une montagne. La poésie et la tuber­cu­lose y régnaient à parts égales.

Une soirée, au Lapin Agile

C’est Anatole Deibler, le bour­reau de Paris, que la complainte de Masseïda avait replongé dans les affres du deuil. Lorsque les pupilles du bour­reau balayèrent la salle et accro­chèrent le regard du maque­reau, ce dernier, instinc­ti­ve­ment, se gratta la nuque. Près de l’âtre deux filles outra­geu­se­ment maquillées, atti­fées de rubans et de bijoux en toc, se tenaient par l’épaule, un verre de cidre à la main, et lui adres­saient des œillades de conni­vence.

Le public du lapin agile on reconnaît Apollinaire et Picasso

Un préfet mélo­mane, un poète au coup de buffle, un peintre aux prunelles félines, un anar­chiste violo­neux, un maque­reau pati­bu­laire et deux catins en goguette, tel était le public de choix que Masseïda avait conquis le temps d’une chan­son.

La peinture

Les plus beaux nus sont déses­pé­rés.
Qui déjà, disait ce genre de chose… Forcé­ment un peintre, quel­qu’un qui avait souf­fert mille morts devant le cheva­let.
Lui appa­rut alors une figure aux traits disgra­cieux, qui semblait lui adres­ser un sourire gogue­nard, par-delà le temps. Toulouse. Ce vilain nabot de Lautrec. Son meilleur ami. L’ar­tiste qu’il avait le plus admiré et auprès duquel il avait le plus appris. C’était bien Lautrec qui avait dit, avec son accent impayable des bords de la Garonne, le déses­poir qu’il fallait entre­te­nir en soi pour peindre la chair nue. Il savait de quoi il causait, le bougre, lui qui passait des sanglots aux éclats de rire, le temps d’un vermouth :
les plus beaux nus sont déses­pé­rés.

Traduit du gali­cien par Ramon Chao et Serge Mestre. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Pour commen­cer une réflexion à médi­ter :

Les vraies fron­tière, ce sont celles qui parquent les pauvres loin du gâteau.

Un roman des années 2000 dont je ne connais­sais pas du tout l’au­teur. Manuel Rivas écrit en gali­cien, est traduit parfois en breton, soli­da­rité des langues celtiques, se traduit lui-même en castillan et, est, plus rare­ment, traduit en fran­çais. Origi­nal, non ?

Ce roman raconte la guerre civile espa­gnole, cette guerre qui a laissé tant de traces et qui s’es­tompe dans les mémoires car les combat­tants des deux côtés dispa­raissent. Mes premières lectures « enga­gés » parlaient de cette guerre et un de mes chan­teurs préfé­rés étaient Paco Ibanez, cette chan­son résume bien l’es­prit de ce roman.

En effet « Le crayon du char­pen­tier », choi­sit une façon déli­cate et poétique de racon­ter l’hor­reur et la bruta­lité et ça fonc­tionne très bien. Un garde civil, Herbal, assas­sine un peintre dans sa cellule, celui-ci lui donne son crayon de char­pen­tier, à partir de là cet homme va vivre avec une voix inté­rieure qui lui intime l’ordre de sauver le docteur Da Barca et de lui permettre de vivre une superbe histoire d’amour avec la belle Marisa Mallo. Grâce à cette histoire, nous allons rencon­trer des hommes éton­nants qui auraient pu dessi­ner une toute autre histoire à l’Es­pagne si seule­ment ils ne s’étaient pas détes­tés entre eux, et puis au milieu des plus grandes ordures au service du régime fran­quiste, cette superbe figure de la mère Izarne qui diri­geait le sana­to­rium réservé aux prison­niers tuber­cu­leux. Tout le roman se situe entre réalité et le rêve, un peu à l’image de toute vie surtout quand la réalité se fracasse sur une dicta­ture impla­cable et qui refuse à tout rêve de se réali­ser. En suivant le chemi­ne­ment d’Her­bal, l’au­teur veut donner une chance au pire des tueurs à la solde de Franco de prendre conscience de ce qu’il a fait et de se rache­ter.

L’art , la pein­ture, la poésie pren­dront une grande part aux déchi­re­ments intimes de ce garde civil qui réus­sira à sauver ce merveilleux docteur Da Barca qui a passé sa vie à faire le bien autour de lui, même si ce garde civil fran­quiste convaincu n’a pas pu sauver le peintre qui vient lui rendre visite si régu­liè­re­ment depuis qu’il l’a certes assas­siné mais pour lui éviter une mort sous la torture par ses amis plus fran­quistes ou tout simple­ment plus cruels que lui. Aujourd’­hui, il termine sa vie dans un bordel, mais n’a pas perdu sa conscience (le crayon du char­pen­tier), son message d’es­poir, il le trans­met à une jeune pros­ti­tuée qui trou­vera, peut-être, elle aussi sa voix inté­rieure qui la conduira vers un avenir où la beauté permet de combattre la laideur.

Citations

L’humour d’un mourant

Comment vous sentez-vous ? demanda Souza.. Il fallait bien trou­ver quelque chose pour commen­cer.

Comme vous le voyez, dit le docteur en écar­tant les bras, l’air jovial, je suis en train de mourir. Vous êtes sûr que c’est bien inté­res­sant de m’interviewer ?

Un passage assez long qui fait comprendre ce que voit un peintre et le dur métier de lavandière

Regarde, les lavan­dières sont en train de peindre la montagne, lança soudain le défunt. En effet, les lavan­dière éten­daient leur linge au soleil, entre les rochers, sur les buis­sons qui entou­raient Le phare. Leur balu­chon ressem­blaient au ventre de chif­fon d’un magi­cien. Elles en tiraient d’in­nom­brables pièce de couleur qui repei­gnaient diffé­rem­ment la montagne. Les mains roses et boudi­nées suivaient les injonc­tions que lançaient les yeux du garde civile guidés à leur tour par le peintre : les lavan­dières ont les mains roses parce qu’à force de frot­ter et de frot­ter sur la pierre du lavoir, le temps qui passe se détache de leur peau. Leurs mains rede­viennent leurs mains d’en­fants, juste avant qu’elle ne soit lavan­dières. Leurs bras, ajouta le peintre, sont le manche du pinceau. Ils ont la couleur du bois des aulnes car eux aussi ont grandi au bord de la rivière. Lors­qu’ils sortent le linge mouillé, les bras des lavan­dières deviennent aussi dur que les racines plan­tées dans la berge. La montagne ressemble à une toile. Regarde bien. Elles peignent sur les ronces et les genêts. Les épines sont les plus effi­caces pinces à linge des lavan­dières. Et vas‑y. La longue touche de pinceau d’un draps tout blanc. Et encore deux touches de chaus­settes rouges. La trace légère et trem­blante d’une pièce de linge­rie. Chaque bout de tissu étendu au soleil raconte une histoire.
Les mains des lavan­dières n’ont presque pas d’ongle. Cela aussi raconte une histoire, une histoire comme pour­rait en racon­ter égale­ment, s’il nous dispo­sions d’une radio­gra­phie, les cervi­cales de leur colonne verté­brale, défor­mées par le poids des balu­chon de linge qu’elles trans­portent sur la tête depuis de nombreuses années. Les lavan­dières n’ont presque pas d’ongles . Elles racontent que leurs ongles ont été empor­tés par le souffle des sala­mandres. Mais, bien entendu, venant d’elles, ce n’est qu’une expli­ca­tion magique. Les ongles ont été tout simple­ment rongé par la soude.

J’aime bien ces images et ce portrait

Il faut dire que la vieillesse guet­tait tout parti­cu­liè­re­ment ce pate­lin. Tout à coup, elle montrait ses dents au détour du chemin et endeuillait les femmes au beau milieu d’un champ de brouillard, elle trans­for­mait les voix après une seule gorgée d’eau de vie et ne mettait pas plus d’un hiver à rider complè­te­ment la peau de quel­qu’un. Cepen­dant la vieillesse n’avait pas réussi à péné­trer à l’in­té­rieur de Nan. Elle s’était conten­tée de lui tomber dessus, de le recou­vrir de cheveux blancs et d’une toison blanche et frisée sur sa poitrine. Ses bras étaient enve­lop­pés d’une mousse blanche semblable à celle des branches du pommier, mais sa peau était restée comme le cœur des sapins qui poussent dans cette région. Sa bonne humeur souli­gnait ses dents brillantes, et puis il avait toujours cette fameuse crête rouge sur l’oreille. Son crayon de char­pen­tier.

Traduit de l’italien par Elise GRUAU. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Roman qui se lit agréa­ble­ment mais je pense que je l’ou­blie­rai assez vite. Il raconte cepen­dant un point de vue inté­res­sant, une jeune femme, fille d’un artiste reconnu et célèbre, part avec celui qui n’a pas su être un père dans un voyage à travers l’Italie alpine . On sent tout de suite que c’est leur dernière chance de se comprendre : tant de choses les ont sépa­rés. Elle est la fille d’un couple qui n’a pas su s’aimer et d’un père célèbre trop souvent absent. Elle est la femme d’un mari qui ne la fait plus rêver et la mère d’une petite fille qu’elle aime de toutes ses forces. Il faudra du temps pour que ce père mutique et fuyant arrive à lui faire comprendre qui il est : au-delà de l’artiste célèbre et consa­cré se cache un enfant blessé et un homme meur­tri. Accep­tera-t-elle de quit­ter sa posi­tion de victime (qu’elle est) pour lui tendre la main ? Ce qui est certain c’est qu’elle ne sortira pas indemne de ce voyage vers une Italie des origines où se mêlent aux drames d’une enfance tragique des forces mysté­rieuses et magiques.

Pour que cette histoire soit plau­sible, c’est à dire pour comprendre pour­quoi le père et la fille se connaissent si peu, il faut que les secrets qui les séparent soient à la fois énormes et crédibles. Sinon ils se résument en une phrase trop banale et quelque peu sordide. Son père a épousé sa mère par inté­rêt mais était amou­reux d’une autre femme. Je ne trahis en rien le roman car tout le travail de l’écrivain c’est d’habiller cette triste réalité par des senti­ments très forts, des pouvoirs magiques venant de femmes puis­santes, des mystères de la créa­tion artis­tique. Malgré cela, je ne peux pas dire que j’ai été très convain­cue par ce roman qui m’a semblé telle­ment » italien », dans la descrip­tion du senti­ment amou­reux.

Citations

Personnalité masculine

-Et puis que veux-tu que je te dises Viola ? Que je suis un ingrat ?
Il avait tout à coup pris ce visage que je détes­tais, celui qui disait : « Saute moi dessus si tu penses que cela peut te faire du bien, ou pardonne-moi. Mais ensuite, oublie et mets un point final. Tu n’ar­ri­ve­ras pas à me faire chan­ger, de même que personne n’a jamais réussi à le faire. »

L’artiste et les femmes

-Oliviero place dans toutes ses sculp­tures quelque chose qui m’ap­par­tient et qu’il me dérobe en perma­nence, conti­nua-t-elle, en s’ef­for­çant de masquer ces mots avec la stupeur d’une flat­te­rie. Il finira par m’avoir tout prix, ajouta-t-elle en souriant.
Ma mère ne perdit pas de temps, et à la première occa­sion elle raconta à mon père ce qui lui avait été confié. Et si Oliviero pouvait suppor­ter la jalou­sie de Pauline, il était en revanche trop jaloux de son art pour accep­ter qu’elle s’en serve pour se vanter face à une incon­nue.
- Comment as-tu pu dire à cette femme une chose pareille, telle­ment à nous ?
- Tu as fait bien pire : pour elle, tu détruis la seule chose qui soit vrai­ment à nous. L’amour.