Ce petit déjeu­ner pluvieux a été égayé par la lecture de ce livre. J’avais trouvé l’idée sur le blog de Noukette qui parlait du « Retour de Jules » j’ai donc préféré lire son arri­vée, d’autant qu’elle a été moins séduite par le tome 2. On sourit à cette lecture et on admire les prouesses du chien d’aveugle. Je n’apprécie pas que celui-​ci porte le même prénom que mon petit fils, pour moi il y a une diffé­rence entre les hommes et leurs fidèles compa­gnon, ce n’est certai­ne­ment pas une réflexion poli­ti­que­ment correcte pour tous les amis des animaux. Mais j’aime bien que les gens s’appellent Didier et leur chien Médor. Je m’égare ! Ce roman raconte les amours contra­riés de Zibal, un homme super diplômé qui vend des maca­rons Laduré à l’aéroport d’Orly et d’Alice une aveugle, peintre à ses heures, guidée par Jules. Malheu­reu­se­ment pour le chien, Alice recouvre la vue et Jules perd son utilité mais pas l’amour de sa maîtresse. Le roman peut commen­cer avec des suites de rebon­dis­se­ments auxquels on n’a pas besoin de croire puisque Didier Van Cauwe­laert vous les raconte si bien. C’est drôle, enlevé et comme cet écri­vain sait croquer nos compor­te­ments contem­po­rains un peu ridi­cules, ce roman se lit faci­le­ment. Je sais que je ne lirai pas le tome 2 (moins appré­cié des fans de Jules 1 !), sauf si un jour de cafard j’ai juste envie de me diver­tir. C’est déjà beau­coup d’avoir ce don là : diver­tir une Dinar­daise un jour de pluie !

Citations

L’amour des animaux et des chiens en particulier

Jacques Haus­sant est un misan­thrope comblé qui voit depuis toujours dans le chien d’excellentes raisons de mépri­ser l’homme.

le personnage principal

Malgré moi j’ai béni la dégrin­go­lade sociale qui m’avait placé sur sa route. Avec un double diplôme d’ingénieurs biochi­miste et d’astrophysicien, je suis devenu à quarante deux ans vendeur de maca­rons à Orly Ouest niveau Départ, hall 2.

Genre de petites observations que j’aime bien

Quant à la gestuelle des textos, elle crée dans les rues, les trans­ports, les bureaux une choré­gra­phie digi­tale que je suis la seule à trou­ver grotesque

Elles ne sont mariées que depuis trois semaines mais au rythme où elles se disputent, elles risquent fort d’être les pion­nières du « Divorce pour tous »

Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse , d’ailleurs j’ai une petite remarque à propos de la traduc­tion, que penser de cette phrase :« John Berger accom­pagne John Sassal, un méde­cin de campagne un ami à lui  » ? 

Je savais pour avoir lu les critiques sur de nombreux blogs, que je lirai ce roman, La souris jaune, Keisha, Domi­nique, Krol, Aifelle (et sans doute, bien d’autres encore) en ont parlé avec enthou­siasme . Je partage avec Aifelle l’agacement à propos des #hash­tag malgré la justi­fi­ca­tion que j’ai lue. Je ne trouve pas du tout que cela crée un réseau souter­rain au roman, mais ce qui est sûr c’est que ça freine désa­gréa­ble­ment la lecture. Ce roman est un travail de deuil pour l’auteure qui vient de perdre un compa­gnon, Pablo, tendre­ment aimé et qui raconte celui que Marie Curie a été amenée à faire lors de la mort acci­den­telle de Pierre. Les deux souf­frances se mêlent pour nous donner ce roman dont j’ai eu envie de reco­pier des passages entiers pour vous faire parta­ger mon plai­sir et aussi rete­nir ce que Rosa Montero nous dit de façon si simple et si humaine. J’ai beau­coup lu à propos de Marie Curie, en parti­cu­lier, il y a bien long­temps, le livre d’Ève Curie, et je me souviens très bien de la souf­france de Marie, la scène où elle brûle les effets tâchés du sang de Pierre sont gravés dans ma mémoire. J’aime cette femme de tout mon être , elle corres­pond à un idéal qui a marqué la géné­ra­tion de mes parents. Mais c’est aussi un idéal impos­sible à atteindre, comme tous les génies elle est hors de portée des autres femmes. Mais cela fait tant de bien qu’elle ait existé. Je connais­sais aussi l’épisode où la presse s’est éver­tuée à la détruire car elle a été la maîtresse de Paul Lange­vin . De tout temps la presse a été capable de s’amuser à détruire la répu­ta­tion d’une personne surtout si elle est célèbre. Mais l’accent que met Rosa Montero sur la person­na­lité de Paul Lange­vin montre les peti­tesses de ce person­nage. Il a trompé sa femme et il l’a fait jusqu’au bout de sa vie mais il n’est victime d’aucun juge­ment de la part de la presse ni de l’opinion publique. Bien sûr il ne défen­dra pas Marie qu’il lais­sera tomber, mais fina­le­ment il se rappel­lera à son bon souve­nir en lui deman­dant une place dans de cher­cheuse dans son labo­ra­toire pour une fille qu’il a eu avec une de ses étudiantes . Quel galant homme !

Ce roman nous entraîne donc dans une réflexion sur le deuil et la condi­tion de la femme dans le couple. Cette superbe éner­gie que l’on connaît chez Marie Curie, on sait qu’elle habite Rosa Montero qui roman après roman nous livre le plus profond de son imagi­na­tion. Rien ne peut l’arrêter d’écrire, comme rien n’a pu arrê­ter Marie d’aller véri­fier ses expé­riences dans son labo­ra­toire. Seule­ment ce sont aussi des femmes de chaires et de sang et elles peuvent flan­cher. Marie après la mort de Pierre s’est enfer­mée dans un silence morti­fère et après la cabale de la presse à propos de son amour avec Paul Lange­vin, elle est restée un an loin du monde et de ses chères recherches. Est-​ce la façon de cette auteure de nous dire que sa souf­france a failli, elle aussi, la faire trébu­cher vers la non vie ?

Citations

l’écriture

Je me sens comme le berger de cette vieille blague qui sculpté distrai­te­ment un morceau de bois avec son couteau, et qui, quand un passant lui demande : « Mais vous faites la figure de qui ? » répond : « Eh bien, s’il a de la barbe saint Antoine, sinon la Sainte Vierge. »

Autobiographie ou roman ?

Même si, dans mes romans, je fuis l’autobiographie avec une véhé­mence parti­cu­lière, symbo­li­que­ment je suis toujours en train de lécher mes bles­sures les plus profondes. À l’origine de la créa­ti­vité se trouve la souf­france, la sienne et celle des autres.

La féminité dans les années 70

J’appartiens à la contre-​culture des années 70 : nous avions banni les soutiens-​gorge et les talons aiguilles, et nous ne nous épilions plus sous les bras. J’ai recom­mencé à m’épiler par la suite, mais quelque part j’ai conti­nué de lutter contre le stéréo­type fémi­nin tradi­tion­nel. Jamais je n’ai porté de talons (je ne sais pas marcher avec). Jamais je ne me suis mis du vernis à ongle. Jamais je ne me suis maquillée les lèvres.

Réflexions sur le couple

« Le problème avec le mariage, c’est que les Femme se marient en pensant qu’ils vont chan­ger, et les hommes se marient en pensant qu’elles ne vont pas chan­ger.« Terri­ble­ment lucide et telle­ment bien vu ! L’immense majo­rité d’entre nous s’obstine à chan­ger l’être aimé afin qu’il s’adapte à nos rêves gran­dioses. Nous croyons que, si nous le soignons de ses soi-​disantes bles­sures, notre parfait bien-​aimé émer­gera dans toute sa splen­deur. Les contes de fées, si sages le disent clai­re­ment : nous passons notre vie à embras­ser des crapauds , convain­cues de pouvoir en faire des princes char­mants. .…. quand Arthur dit que les hommes croient que nous n’allons pas chan­ger, il ne veut pas parler du fait que nous prenions un gros cul et de la cellu­lite, mais que notre regard se remplit d’amertume, que nous ne les bichon­ner plus et ne nous occu­pons plus d’eux comme si c’étaient des dieux, que nous pour­ris­sions notre vie commune par des reproches acerbes.
Tant de fois, nous menton aux hommes. À tant d’occasions, nous faisons semblant d’en savoir moins que nous n’en savons, pour donner l’impression qu’ils en savent plus. Ou nous leur disons que nous avons besoin d’eux pour quelque chose alors que ça n’est pas vrai. Juste pour qu’ils se sentent bien. Ou nous les adulons effron­té­ment pour célé­brer la moindre petite réus­site. Et nous allons jusqu’à trou­ver atten­dris­sant de consta­ter que, si exagé­rée soit la flat­te­rie, ils ne s’aperçoivent jamais que nous sommes en train de leur passer de la pommade, parce qu’ils ont véri­ta­ble­ment besoin d’entendre ces compli­ments, comme des adoles­cents auxquels il faut un soutien exté­rieur afin qu’ils puissent croire en eux

Le cadeau de Pierre à son amoureuse

Avec Marie il avait trouvé son âme sœur. En fait, au début de leur rela­tion, au lieu de lui envoyer un bouquet de fleurs ou des bonbons, Pierre lui avait envoyé une copie de son travail, inti­tulé » Sur la symé­trie des phéno­mènes physiques. Symé­trie d’un champ élec­trique et d’un champ magné­tique » : on convient que ce n’est pas un sujet qui fascine toutes les jeunes filles.

J’ai souri

On se mit tout de suite à utili­ser les rayons x pour diag­nos­ti­quer les frac­tures des os, comme main­te­nant, mais aussi à des fins absurdes comme par exemple pour combattre la chute des cheveux : on dirait que chaque nouveauté inven­tée par l’être humain est testé contre la calvi­tie, cette obses­sion terrible atti­sée par le fait que ceux qui perdent leurs cheveux, ce sont des hommes.

La mort

Je suis sûre que nous parlons tous avec nos morts : moi bien évidem­ment je le fais, et pour­tant je ne crois pas du tout à la vie après la mort. Et j’ai même senti Pablo à mes côtés de temps à autre .…… Marie s’adresse à Pierre parce-qu’elle n’a pas su lui dire au revoir, parce-qu’elle n’a pas pu pu lui dire tout ce qu’elle aurait dû lui dire, parce qu’elle n’a pas pu ache­ver la narra­tion de leur vie commune.

Paul Langevin le grand homme !

Quelques années plus tard Paul Lange­vin eut une enfant illé­gi­time avec une de ses anciennes étudiantes ( un vrai cliché) et il demanda à Madame Curie de donner à cette fille un travail dans son labo­ra­toire. Et vous savez quoi ? Marie le lui donna.

Ce livre est dans mes listes depuis .….. long­temps ! j’apprécie cette auteure qui fait partie des gens qui me font du bien. D’abord parce que Kata­rina Mazetti aime racon­ter des histoires et que j’adore que l’on m’en raconte. Ensuite, parce qu’elle a un sens de l’humour avec lequel je suis bien : jamais méchant mais telle­ment perti­nent. La fin est peut-​être trop gentille, mais elle ne fait que deux pages et il fallait bien finir ! C’est pour­tant pour cette raison et l’aspect un peu cari­ca­tu­ral de certains person­nages que ce roman n’a pas eu ses cinq coquillages que j’ai parfois eu très envie de lui mettre. Nous sommes embar­qués sur un bateau de croi­sière vers l’Antarctique avec des Suédois sans soucis finan­ciers mais avec parfois des diffi­cul­tés bien plus graves. Les deux person­nages centraux sont un jour­na­liste et une certaine Wilma. Le jour­na­liste se noie dans un divorce qui le prive de ses enfants. Tous les torts sont évidem­ment, selon lui, du côté de son épouse, mais peu à peu on se rendra compte que ce n’est peut être pas si simple. Et surtout, comme dit mon beau-​frère préféré « il y a malheur plus grand » : que cache, en effet, la raideur et la maladresse de Wilma ? Il prend le risque à force de ne s’intéresser qu’à sa petite personne et profi­ter sans vergogne de la gentillesse et de l’optimisme de celle qui ne veut pas étaler ses problèmes de passer à côté d’une véri­table diffi­culté de la vie. Et puis, il y a, Alba qui compare chaque type humain à des compor­te­ments des animaux mais préfère ces derniers au hommes car : l’expression « les hommes sont des animaux » est une offense aussi bien envers les manchots que les autres espèces animales. C’est vrai que ce n’est pas un roman qui va rester à vie dans ma mémoire mais il m’a fait sourire et j’ai bien aimé les obser­va­tions sur les compor­te­ments des mammi­fères dits supé­rieurs, un peu cari­ca­tu­raux, peut-​être comme ces deux sœurs : l’une, la riche exploite sans pitié la gentillesse de l’autre, la plus pauvre. Ces petits bémols ne doivent pas faire oublier que c’est avant tout un roman léger et agréable et pas l’étude du siècle sur les mœurs de la société suédoise.

Citations

Préface

Tous les person­nage de ce roman ont été tirés d’un compost d’observation diverses et de frag­ments de souve­nirs qui a mûri dans la tête de l’auteur durant un laps de temps indé­fini.

C’est indi­qué « bagages » avec une flèche à droite et une autre à gauche. Sur le même panneau ! J’ai un faible pour les Fran­çais, mais Charles-​de-​Gaulle est un concen­tré de leurs pires défauts.

Des noms qui font rêver (ou pas)

Thiru­va­nan­tha­pu­ram 

C’est vrai en France aussi

Regar­dez le public au théâtre ou dans les vernis­sages ! Quatre-​vingt-​dix pour cent sont des femmes, la plupart ayant dépassé la cinquan­taine, les dix pour cent restants y ont été traî­nés par une femme. Inter­di­sez l’accès aux femmes de plus de quarante-​cinq ans et vous pouvez annu­ler toute vie cultu­relle suédoise !

Le résultat d’une enquête journalistique

Le conseiller d’éducation s’est pendu avant le procès lais­sant une épouse et trois enfants dont deux fréquen­taient son école. La répu­ta­tion de la rempla­çante a été ruinée et elle a perdu son boulot. Le seul à être vrai­ment heureux à proba­ble­ment été l’enfoiré qui avait vendu l’histoire au départ. Et puis, nous les trois épau­lards . Dans une bonne humeur forcée, nous sommes allés nous saou­ler au pub pour célé­brer notre acti­vité si utile à la société.
Bon évidem­ment qu’elle était utile à la société, je le soutiens encore aujourd’hui. Mais. La vie de six personnes à été détruite.

Philosophie du marin

Tout le monde devrait connaître un bon mal de mer de temps en temps, a-​t-​il marmotté. Ça vous rend humble et doux, on se rend compte qu’on n’a pas grand-​chose à oppo­ser à la nature. Je crois que je vais inven­ter un comprimé de mal de mer qui fonc­tionne à l’envers. Pour le jeter dans le gosier des tyrans omni­po­tents aux quatre coins du monde quand ils s’apprêtent à enva­hir un pays , ou à dévas­ter une forêt, ou simple­ment à battre leur femme.

Un vantard

Göran est resté au bar à racon­ter à ceux qui voulaient bien l’écouter qu’il n’avait jamais eu le mal de mer. Ce qui est sans doute vrai -mais il n’a pas précisé qu’il n’avait jamais vrai­ment pris la mer, seule­ment fait des courses en hors-​bord sur le lac près de chez nous.

J’ai souri

C’est un peu comme boire un verre de cognac quand on sent venir un gros rhume. Ça ne guérit personne, mais on s’amuse plus en atten­dant d’être patraque.

Traduit du suédois par Max Stad­ler et Lucile Klauss

Merci à la petite souris qui a souvent de très bonnes idées de lecture . Mais, j’ai eu plus de mal qu’elle à lire ce roman, non pas qu’il ne soit pas inté­res­sant mais on s’attend à un livre léger et drôle, alors que le récit est long et le style pas très enlevé ( je pour­rai dire un peu lourd). Est-​ce un effet du Suédois, mais les phrases très courtes, répé­ti­tives n’allègent pas forcé­ment la lecture. Ce récit donne une assez bonne idée de l’enseignement en Suède. J’ai lu récem­ment le livre de Jean Philippe Blon­del G229 , tout en finesse et en légè­reté , vrai­ment rien à voir. L’idée de départ est pour­tant géniale, une profes­seure d’anglais et de suédois se retrouve coin­cée dans le local de la photo­co­pieuse de son collège. Cela n’aurait jamais dû lui arri­ver, car c’est une femme orga­ni­sée qui ne laisse jamais rien au hasard. Elle est même carré­ment psycho-​rigide et tout en s’épuisant pour les autres, elle ne fait le bonheur de personne et surtout pas le sien. L’intrigue est bien menée, car il faut une succes­sion d’erreurs qu’elle ne commet jamais d’habitude pour que son calvaire se prolonge jusqu’au dimanche après midi. Sur cette trame et en parta­geant les moments d’angoisse de cette femme, l’auteure peut nous faire comprendre peu à peu la vie des ensei­gnants en Suède et celle d’Eva-Lena en parti­cu­lier. C’est évidem­ment très diffé­rent de le France mais c’est inté­res­sant de se rendre compte qu’en partant de méthodes très diffé­rentes, on n’arrive toujours pas à inté­res­ser des adoles­cents qui n’ont pas envie de se mettre à travailler. Ce roman est plein de remarques très justes sur les rapports entre ensei­gnants, sur les diffi­cul­tés des personnes trop perfec­tion­nistes, sur la vie en Suède. Les person­nages ne sont pas trop cari­ca­tu­raux, sauf le person­nage prin­ci­pal, il lui en faudra du temps pour comprendre ce que le lecteur avait compris dès les premières lignes. Avec un peu plus de grâce et de légè­reté, j’aurais adoré ce roman tout comme mes amies du blog de la petite souris jaune.

Citations

Portrait d’Aurora, l’amie non conventionnelle

Elle n’est ni grande ni grosse : mais elle se place toujours de façon à être au centre des événe­ments. Tout le monde vient s’attrouper autour d’elle. On l’entend tout le temps, bien qu’elle ne parle pas parti­cu­liè­re­ment fort.

Portrait d’Eva-Lena et origine du titre

Je ne peux récu­rer aucune baignoire, ni nettoyer un seul évier. Ni dégi­vrer le frigo. Ni rempo­ter les fleurs.

Il n’y a rien que je puisse faire main­te­nant. Pas passer l’aspirateur, non : je n’ai pas accès à un quel­conque aspi­ra­teur. Pas un seul aspi­ra­teur à ma portée.

Mes possi­bi­li­tés de nettoyer les fenêtres sont réduites à néant. Dans cette pièce par exemple, il n’y a pas une seule fenêtre, pas même un soupi­rail.(.….)

En ce moment personne ne peut exiger quoi que ce soit de moi. Je suis tout simple­ment Hors-​service.

Eva-​Lena un prof qui manque d’humour

Elle passa en revue son emploi du temps du lundi. Anglais avec les cinquièmes. Suédois, leçon 8, intro­duc­tion aux consti­tuants de la phrase. Voilà qui serait vivant, et susci­te­rait inté­rêt des élèves.

Je suis comme Erik et j’aurais bien du mal à supporter Eva-​Lena

Il arrive qu’Erik, quand il lit un livre après moi, enrage à cause des anno­ta­tions que j’écris à la main dans les marges. Un petit point d’exclamation par-​ci, une étoile par-​là. Un point d’interrogation en face d’une phrase à la construc­tion alam­bi­quée. Une méta­phore origi­nale discrè­te­ment souli­gnée. Si un passage entier est inté­res­sant, je le marque d’un trait verti­cal dans la marge. Il prétend que perturbe sa lecture. Il fulmine, ne veut pas de mes « panneaux indi­ca­teurs ». Alors que je prends soin d’utiliser un crayon bien pointu pour écrire de petits signes, d’une écri­ture soignée qui ne peut gêner personne.

Un bon professeur

Bengt-​Göran Arvid­sson n’a jamais voulu entendre parler des nouvelles méthodes. Et pour­tant ses élèves l’adorent. Quand il passe dans les couloirs, ils se séparent comme la mer rouge devant le bâton de Moïse. Et ils le suivent, ils le suivraient quarante ans dans le désert s’il le fallait. Et ils l’écoutent atten­ti­ve­ment, en silence. Ils savent que leur silence sera récom­pensé. Parce que Bengt-​Göran « raconte » il n’enseigne pas. Il raconte.


J’aime cette auteure et je sais que je lirai toute sa série. Marie-​Aude Murial possède ce talent de nous faire parta­ger la vie d’une grande partie des êtres humains de notre société à partir d’un point de vue précis. Un petit bémol, pour moi, on sent trop, dans ce récit, que l’on aura une saison 3, trop de choses sont en suspens, mais tant pis, je ne boude pas mon plai­sir. J’aime bien passer mes soirées avec Sauveur Saint-​Yves et son fils, Lazare que l’on voit un peu moins dans ce tome . Ce méde­cin, psycho­logue ordi­naire donc extra­or­di­naire, quand il arrive à rendre moins malheu­reux les gens autour de lui, inau­gure un nouveau trai­te­ment « l’hamsterothérapie ».

Citations

L’ado à problèmes

Gabin zonait parfois sur « Word offre Warcraft » pendant six ou sept heures d’affiliés, de préfé­rence la nuit. D’où ses absences scolaires, surtout en début de mati­née. À partir de 11 heure, il se conten­tait de dormir en cours, la tête entre les bras. Les profs le lais­saient en paix, désar­més par sa bonne gueule un peu cabos­sée, à la Depar­dieu jeune, et son regard inex­pres­sif, qui le faisait passer pour plus crétin qu’il n’était.

L’horreur de Daesh

Racontée à la journaliste

Haddad avait 26 ans, elle était mariée à Yous­sef, profes­seur de violon. Peu après l’entrée des djiha­distes, dans Mossoul le 10 juin, monsieur Haddad avait perdu son emploi, la musique étant inter­dite. Les hommes de Daesh avait marqué la maison des Haddad d’une lettre qui les dési­gnaient comme chré­tiens. Puis les nouveaux maîtres de la ville, circu­lant en pick-​up dans les nouveaux quar­tiers chré­tiens, avaient diffu­sés ce message par haut-​parleur : » Convertissez-​vous, deve­nez sujets du Cali­fat. Sinon, partez sans rien empor­ter. » Refu­sant de se soumettre aux isla­mistes ;, les Haddad avaient bourré leur break. A la sortie de la ville quatre hommes les avaient fait ranger sur le bas-​côté

Ils nous ont demandé de sortir du break. Ils ont pris tout ce qu’on avait dans la voiture . Puis on a pu partir.….

Racontée en toute confiance au psychologue

Elle lui raconta la terreur dans la ville, son frère Hilal, un adoles­cent d e 15 ans égorgé en pleine rue, la fuite dans le break, les hommes qui les avaient arrê­tés et sortis de force de la voiture, le violon de son mari qu’ils avaient fracassé contre une pierre, car la musique est impie, les bijoux qu’ils avaient arra­chés à ses mains, à son cou, la peur qu’elle avait eu d’être violée.…

La mère abusive pauvre Samuel !

Madame Cahen, qui,était aux aguets, avait flairé quelque chose. son fils se lavait, il cirait ses chaus­sures

- Tu te fais beau ce matin, ricanait-​elle ? « Elle » est de ta classe .

Samuel buvait son choco­lat le matin, il mettait son linge sale dans le panier ?. Sa doci­lité même était suspecte. Sa mère entrait encore plus souvent dans sa chambre sans crier gare. Elle soule­vait ses copies, ses cahiers, elle faisait du tri dans ses vête­ments, elle cher­chait elle ne savait quoi. Une lettre. Une adresse. Une photo. La trace d’une fille.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard, traduit de l’anglais par Chris­tine Le Boeuf.


Un roman typi­que­ment British, vous y boirez des litres et des litres de thé, vous y mange­rez des sand­wichs, vous y croi­se­rez des femmes fofolles gentilles et des méchantes, des chiens (beau­coup de chiens) un fantôme ou plus exac­te­ment l’esprit d’une femme morte qui veut faire abou­tir ce récit, les allu­sions aux romans clas­siques anglais, un vrai gent­le­man quelques odieux person­nages tout cela saupou­dré d’humour (c’est que j’ai le plus appré­cié dans ce roman) . Bref, un roman comme une sucre­rie anglaise trop colo­rée et trop sucrée mais qui va si bien avec leurs jolies tasses et leurs tapis­se­ries à fleurs. Le fil de la narra­tion est amusant, un homme qui a perdu celle qu’il aimait et la médaille qu’elle lui avait confiée, se met à collec­tion­ner les objets perdus et les réper­to­riés : c’est notre gent­le­man. Laura sa secré­taire qui devien­dra son héri­tière aura pour mission de retrou­ver les proprié­taires des dits objets, elle hérite aussi d’une superbe maison à Londres, ça c’est le côté bonbon aux couleurs tendres de l’Angleterre. L’intrigue se complique car nous devons suivre aussi le destin de la médaille perdue et donc croi­ser une hysté­rique anglaise qui écrit de mauvais romans paro­diant les clas­siques. Une fofolle anti­pa­thique !

C’est un peu compli­qué un peu touffu, le charme vient aussi des récits que notre gent­le­man avait inven­tés à propos de chaque objet, ça fait un peu atelier d’écriture mais c’est sympa­thique.
Tout finira bien avec l’amour et la richesse en prime.

Citations

Un passage plein d’humour, les méchantes langues accusent évidemment Laura d’avoir mis le grappin sur le gentleman

- Eh bien, je suppose qu’elle faisait un peu plus que dépous­sié­rer et passer l’aspirateur.
Laura avait l’intention de passer près d’elle sans être vue mais, main­te­nant, elle leur fit face avec un sourire crâne.
-Fella­tion, annonça-​t-​elle . Tous les vendre­dis. Et, sans un mot de plus, elle sortit en majesté. Winnie se tour­nant vers Marjory, l’air intri­gué.
- Ça s’appelle comment, ça en langage courant ?
- C’est de l’italien, dit Marjory en se tapo­tant la bouche avec sa serviette. J’en ai mangé, une fois dans un restau­rant.

Les pensées d’une femme qui ne sait pas encore qu’elle est presque amoureuse

Il avait dit « oui » et, depuis, L’aura avait gaspillé un temps consi­dé­rable à essayer de comprendre pour­quoi. Ses hypo­thèses étaient nombreuses et variées : elle l’avait pris par surprise ; il se sentait seul ; il avait envie de dinde rôtie mais ne savait pas cuisi­ner ; il la plai­gnait. L’explication qu’elle envi­sa­geait avec le plus de réti­cence mais aussi le plus d’excitation était la plus simple et la plus éner­vante. Il venait parce qu’il en avait envie.

Alzheimer

Elle aurait aimé pouvoir faire quelque chose, n’importe quoi, pour atté­nuer le chagrin de Bomber lorsqu’il voyait son père s’éloigner inexo­ra­ble­ment vers un hori­zon loin­tain et inac­ces­sible. La bonne santé physique de Godfrey était d’une cruelle ironie, couplée comme elle l’était à sa fragi­lité mentale, faisant de lui un enfant crain­tif et colé­rique qui aurait trop grandi. « Le corps d’un buffle, l’esprit d’un mouche­ron ».

J’ai lu les deux romans à la suite, je les fais paraître donc le même jour sur Luocine. J’aime cet auteur je connais bien le monde dont il parle et j’ai l’impression que beau­coup de gens peuvent dire cela de lui.

Dans un style léger, Jean-​Philippe Blon­del se raconte, pour un pudique c’est une entre­prise risquée, il parvient grâce à l’humour et à la conni­vence qu’il installe entre nous et ses souve­nirs à ne jamais tomber dans le voyeu­risme. Chaque chapitre est l’occasion de se souve­nir d’une chan­son et je conseille de lire ce livre avec « Youtube », c’est drôle de faire reve­nir de la musique des limbes du monde des souve­nirs. Dieu que les ado aiment des chan­sons stupides et seule­ment braillardes le plus souvent ! Je ne peux pas dire que j’ai été complè­te­ment séduite par ce livre, mais je suis en partie respon­sable, il ne faut jamais lire aussi rapi­de­ment deux livres du même auteur surtout après avoir aimé le premier.
Les émois de l’ado ressemblent à telle­ment de mauvais films que malgré le réel talent de l’auteur on a souvent l’impression d’être dans le cliché.

Citations

La boum dans les locaux de l’église à lire en écoutant ti amo » de Umberto Tozzi

Vers quatre heures de l’après-midi, frère Damien vient parta­ger quelques mots de foi avec nous. Nous avons tiré les rideaux pour être dans l’obscurité totale. Les slows s’enchaînaient les uns aux autres. Il n’y a plus que des couples. On ne recon­naît personne. Nous n’avons pas touché aux gâteaux au yaourt fait dans les Tupper­ware. Frère Damien est blême-​il bredouille « mais qu’est-ce que vous faites ? »
Un partage frère Damien
Un partage.

Une remarque sur les objets

C’est curieux comme les objets traversent les âges, au bout d’un certain temps, on ne sait plus quand on les a ache­tés, on sait seule­ment qu’ils nous accom­pagnent silen­cieu­se­ment, jusqu’au moment où, sans raison parti­cu­lière, on s’agace ;, j’en assez de ce fauteuil vert, c’est quand le prochain vide grenier ?

La paternité

Il est quatre heures du matin, je tourne dans la cuisine avec le porte-​bébé en marquant bien le tempo avec mes pieds ; Grégoire s’est réveillé envi­ron trois fois dans la nuit -la dernière fois, c’était il y a une heure et il n’est pas parvenu à se rendor­mir. Alors, j’ai fait ce qui marche à chaque fois. Porte-​bébé, veilleuse dans la cuisine, et la seule chan­son qui le calme -un chan­teur à peine sorti de l’adolescence, avec une capuche sur la tête, qui bouge dans tous les sens et déchaîne l’hystérie des quatorze quinze ans. « Keep on trackin’me ». J’ai trente sept ans, je suis fati­gué, je voudrais dormir, mais si je m’arrête de chan­ter et de danser, Grégoire se réveillera et se mettra à hurler -j’en ai déjà fait l’expérience.
Alors, je bouge dans la cuisine.
Allez, bouge -tourne- et chante.
Et n’oublie pas que dans quatre heures, il faudra aller au boulot.

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Pas vrai­ment convain­cue par cette lecture. Je me demande ce que les écri­vains d’aujourd’hui vont recher­cher à travers la biogra­phie des artistes d’hier. La vie ratée de l’écrivain August Strind­berg est pire qu’un mauvais roman. La lecture d’articles qui lui sont consa­crés sur le net, en disent autant que ce petit livre, moins le style de l’auteure. Trois fois, cet homme tour­menté, drogué alcoo­lique, violent a essayé grâce à trois mariages diffé­rents de se sortir de la misère. Il a sans doute eu des senti­ments pour ces trois femmes, mais aimer pour lui voulait dire les inju­rier et les mépri­ser. Je ne connais pas l’oeuvre de Strind­berg et ce n’est pas ce livre qui me donnera envie de lire ces livres ni d’aller voir ses pièces.

Il reste donc le style de Régine Detam­bel. Pour se mettre à la place du cerveau souf­frant de cet auteur, elle saccade ses phrases, supprime au maxi­mum les verbes. Ce n’est pas agréable à lire, c’est très certai­ne­ment pour rendre compte de la vie aux côté de ce grand malade de Strind­berg. Les deux dernières pages, celles où elle raconte l’enterrement de cet écri­vain sulfu­reux prennent un peu plus de hauteur. Bref, un pensum de lecture qui n’a duré qu’une soirée.

Citations

Exemple de scène et du style de l’auteure

Tu n’es qu’un coureur de dot !

Ne me touche pas

On se hait, on se bat jusqu’à tomber, au petit matin, sur notre lit, sans même ôter nos souliers, étour­dis par le bruit inces­sant des insultes ; (…)

Souillure que de devoir l’argent à une femme, et en plus aris­to­crate.
Sorcière

Strindberg anarchiste

Désor­mais August est mûr pour crever les rois et les princes, ainsi que les barons de Suède. Tous les soirs il est au café à exci­ter les étudiants. Des détec­tives le filent. Des infor­ma­teurs notent sur un carnet tout ce qu’il dit. Le roi déteste les gende­lettres poli­tiques . Un gende­lettre qui veut faire la révo­lu­tion, c’est ce qu’il y a de pire.

Ressenti d’une de ses ex

On ne peut se remettre des insultes de Strind­berg. Personne ne le pour­rait.(…) je croyais ne pas pouvoir survivre aux crachats d’August

Le Misogyne

A en croire le drama­turge, le mariage repose sur une absur­dité. Où il y a une femme, ça tourne de toute manière à l’absurde.

Des propos qui ne donnent pas envie de lire Strindberg

La femme a même réussi à faire consi­dé­rer la mater­nité comme quelque chose de sacré, et l’homme le croit, mais c’est faux d’imaginer que les femmes souffrent en accou­chant, c’est un mensonge disons le fran­che­ment, en vérité elles jouissent à ce moment là d’un plai­sir mille fois plus fort que celui qu’elles trouvent avec un pénis… Mon Dieu, que les hommes sont cons…

Oui, je suis allée jusqu’à Trans qui sur Wiki­pé­dia s’enorgueillit de sa seule ( ?) gloire locale Alain Rémond, pour faire ma photo. Le village a peu changé car il est en dehors des circuits touris­tiques, il est en tout cas en hiver, d’une tris­tesse palpable. Le garnit n’est pas une pierre très gaie, même si elle est très solide !

Ce petit livre est depuis plus de 10 ans dans ma biblio­thèque, je l’avais lu à l’époque (en 2000) je l’ai beau­coup prêté et je viens de le relire. Il se trouve que je connais bien la région dont il parle qui d’ailleurs n’a plus rien à voir avec le côté bout du monde où il a grandi, sauf, cepen­dant, son village : Trans-​la-​forêt , et encore ! J’ai vécu aussi dans une de ces familles nombreuses de l’après guerre et il se trouve que la mala­die mentale me touche de près. Est-​ce pour toutes ces raisons que cette courte auto­bio­gra­phie me touche tant ? Alain Rémond était quand il a écrit ce texte rédac­teur en chef de Télé­rama. Il raconte l’enfance qu’il a vécue à Trans à 15 kilo­mètres du Mont Saint Michel . C’est un enfant du monde rural très pauvre, car dans sa famille, ils sont 10 enfants à vivre de la paye de son père canton­nier. Leur vie est à la fois chaleu­reuse par la force d’amour de la fratrie et de sa mère et horrible par la mésen­tente violente de ses parents. Ce qui fait le charme de ce texte c’est le style tout en pudeur et déli­ca­tesse même quand il parle de sa sœur Agnes schi­zo­phrène ou bipo­laire( ?) . La vie est rude dans le monde rural d’après guerre et seule la force de travail de ses parents tirera la famille d’une misère extrême. Il a aimé ses deux parents qui ne s’aimaient plus, ses courses dans la forêt où il se sentait libre pour tous des jeux d’aventures, sa fratrie et le grenier de sa maison où ils inven­taient des jouets qui ne devaient rien aux objets modernes. Mais il a souf­fert de la mésen­tente de ses parents, souf­fert de voir sa mère s’user à la tâche après la mort de son père, souf­fert d’aller en pension et d’y rester tous les dimanches, souf­fert d’être le « plouc » par rapport aux bour­geois de Dinan. Mais quelle belle revanche d’y rece­voir le prix d’excellence et de voir le sourire de sa mère le jour de la distri­bu­tion des prix ! Un témoi­gnage qu’on n’oublie pas d’une époque qui doit sembler bien loin­taine pour les jeunes d’aujourd’hui.

Citations

Le poids et la force de l’enfance

On ne guérit pas de l’enfance. On ne guérit pas du para­dis terrestre. On voudrait que ça dire tout le temps, toute la vie. On voudrait vivre dans une bulle, bien au chaud, qui nous ferait oublier le reste, l’enfer à la maison le soir. et puis la mort de notre père. Et ce silence entre nous. Ce gros bloc de silence noir qui nous empêche de respi­rer.

Les paroles d’un père sur son lit de mort

Et voici que mon père, avec ce sourire fati­gué, sans doute aussi pour faire oublier le père loin­tain, étran­ger, qu’il a été, trouve le courage de nous dire combien il nous aime, beau­coup mieux que dans les livres. C’est nous qui n’avons pas su lui répondre, trop inter­dits, trop boule­ver­sés. J’en veux à mon père, pour tout ce qu’il ne nous a pas donné, pour cette violence dans la maison, pour tout ce qu’il a fracassé en moi. Mais je lui pardonne tout, pour ces mots qu’il a su trou­ver, en ce dimanche d’été, je lui pardonne tout.

La revanche sociale et le bonheur de sa mère

« Prix d’excellence, Alain Rémond de Trans » C’était la revanche des bleds paumés, des trous perdus, de la campagne oubliée. Mais la vraie récom­pense, c’était celle-​ci : ma mère, venue exprès de Trans, assise au milieu de tous ces gens bien habillés, qui enten­dait mon nom et qui me regar­dait descendre de l’estrade avec mes prix. Le regard et le sourire de ma mère, ce jour-​là, dans la cour d’honneur des corde­liers, à Dinan, jamais je ne les oublie­rai.

La sœur malade et tant aimée

Et puis, surtout, il y a Agnès. Je comprends peu à peu, au fil des lettres qu’elle est malade. Pas d’une mala­die du corps. Agnès est malade de l’âme, de l’esprit. Elle ne sait plus ce qu’elle veut, ce qu’elle vit , elle glisse peu à peu vers une absence à elle-​même, à la vie(.…) Agnès avait toujours été pour, pour moi, celle qui riait, qui blaguait, qui débor­dait d’idées. Elle avait plein d’amis, elle était dyna­mique, elle voulait faire bouger les choses et les gens. On était telle­ment proches, tous les deux, telle­ment complices. On avait des discus­sions inin­ter­rom­pues, passion­nées. On avait les mêmes goûts, les mêmes dégoûts (.…° Peut-​être est-​elle, parmi nous tous, celle qui a dû payer le prix de cette schi­zo­phré­nie, en nous : entre le bonheur d’être ensemble, d’être à Trans, et ce trou noir du malheur, ce silence qui nous rongeait de l’intérieur, l’enfer à la maison. peut-​être Agnès a-​t-​elle payé pour nous.

Je ne sais pas depuis quand ce roman était dans ma biblio­thèque ni qui l’y a mis. Je n’ai pas souve­nir d’avoir voulu le lire, mais c’est chose faite. Est-​ce un roman ? un essai ? une auto­fic­tion ? Je ne peux pas répondre à ces ques­tions, tout ce que je peux dire c’est que rare­ment un écri­vain aura fait de lui-​même un portrait plus déplai­sant. En le lisant, je me disais : « quel est le malheur plus grand que de n’être pas aimé ?, de ne pas aimer soi-​même ? » et bien j’ai trouvé la réponse « d’être aimé par un écri­vain à l’esprit torturé ! ». Car ce « roman russe » raconte la vie d’Emmanuel Carrère, sa mère, son grand père russe et colla­bo­ra­teur des nazis, et l’amour d » Emma­nuel pour une pauvre Sophie qui doit être bien triste de l’avoir aimé. Lui qui, lorsqu’il est angoissé a de l’herpès sur le prépuce. Ne soyez pas étonné que je connaisse ce fait si impor­tant, il est dans son roman comme tant d’autres détails dont je me serai volon­tiers passée. Donc, on connaît tout de ses peti­tesses dans sa conduite amou­reuse, le clou de l’ignominie c’est lorsqu’il lui offre exac­te­ment la même bague que Jean-​Claude Romand avait offert à sa femme et qu’il l’emmène le soir même une adap­ta­tion de son livre « L’adversaire » qui raconte juste­ment les meurtres de Romand. Est-​ce que je rejette tout de ce livre ? je me dis qu’il lui a permis peut-​être de se recons­truire en étalant ainsi les côtés les plus déséqui­li­brés de son être et des failles de sa famille. Je trouve aussi que la partie russe résonne assez juste, mais ce dont je suis certaine c’est que si j’avais commencé par la lecture de ce livre je n’aurais plus jamais ouvert un livre de cet auteur.

Citations

Autoportrait peu flatteur

La plupart de mes amis s’adonnent à des acti­vi­tés artis­tiques, et s’ils n’écrivent pas de livres ou ne réalisent pas de films, s’ils travaillent par exemple dans l’édition cela veut dire qu’ils dirigent une maison d’édition. Là où je suis, moi copain avec le patron, elle l’est avec la stan­dar­diste. Elle fait partie, et ses amis comme elle, de la popu­la­tion qui prend chaque matin le métro pour aller au bureau, qui a une carte orange, des tickets restau­rants, qui envoie des CV et qui pose des congés. Je l’aime, mais je n’aime pas ses amis, je ne suis pas à l’aise dans son monde, qui est celui du sala­riat modeste, des gens qui disent « sur Paris » et qui partent à Marra­kech avec le comité d’entreprise. J’ai bien conscience que ces juge­ments me jugent, et qu’ils tracent de moi un portrait déplai­sant.

Jugement du principal protagoniste du film Retour à Kotelnitch

C’est bien : et ce que je trouve surtout bien, c’est que tu parles de ton grand père, de ton histoire à toi. Tu n’es pas seule­ment venu prendre notre malheur à nous, tu as apporté le tien.Ça, ça me plaît.