Category Archives: Amour Et Couple

Vous connais­sez l’auteur des bandes dessi­nées, (Fabcaro) Zaï Zaï Zaï et de Et si l’amour c’était d’aimer vous devez faire connais­sance avec l’auteur de roman Fabrice Caro. Heu ! oui, c’est le même auteur et avec un humour toujours aussi fabu­leux. Lisez le premier chapitre et je suis certaine que vous ne pour­rez plus vous arrê­ter . Le sujet est simple, le père du narra­teur qui a certai­ne­ment quelques points communs avec l’auteur lui demande de faire un discours au mariage de sa sœur. Seule­ment voilà, lui il est tota­le­ment obnu­bilé par son télé­phone portable car il aime­rait tant que Sonia réponde à son SMS, et puis est-ce qu’il a vrai­ment bien fait de le lui en envoyer un ? et était-ce une bonne idée de mettre un point d’exclamation après bisous ? bref il n’a pas trop la tête à ce discours et cela nous vaut des scènes toutes plus drôles les unes que les autres sur la vie fami­liale . Un bon moment de détente, merci Monsieur Caro, vos livres me font tant de bien !

Citations

Très drôle

Isabelle appar­te­nait à cette géné­ra­tion d’étudiante qui voulait partir en Afrique, à cette époque c’était une fata­lité qui s’abattait sans préve­nir sur une certaine frange de la popu­la­tion fémi­nine, on y échap­pait pas, l’acné à douze ans, l’Afrique à dix neuf , elles attra­paient l’Afrique comme on attrape la vari­celle. On les voyait, du jour au lende­main, trans­fi­gu­rées, trans­mu­tées , déam­bu­ler vêtues de sarouels informes, le vête­ment le moins sexy qui soit, trans­for­mant le campus en immense course en sac.

Le narrateur doit faire un discours pour le mariage de sa sœur qui lui offre tous les ans des encyclopédies

Attends attends attends, je crois que tu n’as pas bien compris là, ton discours je ne vais pas le faire tu entends, je n’ai d’ordre à rece­voir de personne, tu crois qu’elle passe beau­coup de temps, elle, à se deman­der quel est le plus beau cadeau qu’elle pour­rait faire à son frère ? Tu les as lues mes ency­clo­pé­dies, Ludo­vic ? Tu as lu » les plus beaux sommets d’Europe » ? Tu as lu » Reptiles et batra­ciens » ? Tu as lu « Bébés du monde » ? Et je fixe, dépité, le gratin dauphi­nois, et je suis sûr qu’il existe quelque part, chez un quel­conque éditeur une ency­clo­pé­die sur le gratin dauphi­nois.

Chagrin d amour

D’ailleurs, il y a de moins en moins de soirées, on est jamais aussi seul que lorsqu’on se retrouve seul, le vide attire le vide. Un seul être vous manque et tous les autres prennent la fuite.

Envie de fugues

Quand j’avais treize ans, j’étais une vraie chipie, en constante rébel­lion, toujours à me friter avec mes parents au point d’être obnu­bi­lée du matin au soir par l’idée de fuguer, c’était devenu obses­sion­nel… Et chaque fois que j’étais sur le point de le faire, une chose, une seule chose m’en empê­chait , et sais-tu laquelle ? J’avais une trouille monstre que mes parents, pour la photo d’avis de recherche, en choi­sissent une sur laquelle j’étais moche. Imagi­ner qu’une photo mal choi­sie, une photo de moi avec un sourire forcé ou une coif­fure débile ou un énorme bouton sur le front, bref imagi­ner qu’une telle photo sera diffu­sée partout dans la région, voir dans le pays, me téta­ni­sait pour moi c’était la honte suprême… J’avais envi­sagé de lais­ser sur mon lit, avant de fuguer, un petit message d’adieu avec une photo minu­tieu­se­ment sélec­tion­née posée à côté, comme une dernière image que je leur aurais confiée, mais le risque qu’ils en choi­sissent une autre pour l’avis de recherche était trop grand… Voilà à quoi à quoi tient une grande déci­sion à treize ans…

Quelle traver­sée du 20° siècle et même du début du 21° ! Nous suivons les desti­nées des membres d’une famille bour­geoise pari­sienne bien ancrée dans les valeurs chré­tiennes et du patrio­tisme. Les hommes se donnent corps et âmes à leur voca­tion mili­taire ou autres et font des enfants à leurs femmes qui élèvent la nombreuse tribu. Tout le talent d’Alice Ferney, c’est de ne pas juger avec nos yeux d’aujourd’hui les enga­ge­ments d’hier. Elle rend cette famille très vivante et les person­na­li­tés des uns et des autres sont crédibles, on s’attache à ces hommes et ces femmes d’une autre époque et pour moi d’un autre monde. On comprend leur desti­née, et son but est atteint, on ne peut plus les juger avec nos menta­li­tés d’aujourd’hui. Je reste quand même un peu hési­tante sur les guerres colo­niales, certes ceux qui n’ont pas accepté la colo­ni­sa­tion ont utilisé des façon de faire peu recom­man­dables mais beau­coup en France n’acceptaient pas le colo­nia­lisme. Sans doute étaient-ils plus nombreux que ceux qui ont tout de suite compris que Pétain faisait fausse route. Mais peu importe ces détails, cette famille et tous ces membres ont captivé mon atten­tion (comme le prouvent les nombreux passages que j’ai reco­piés). Nous passons donc douce­ment d’une famille atta­chée aux valeurs roya­listes parce que le roi était chré­tien à une famille répu­bli­caine patriote. Les enfants se bous­culent dans des familles nombreuses et pour Alice Ferney c’est de ce nombre que vient une de leur force. On sent qu’elle a un faible que son lecteur partage volon­tiers pour le cancre de la tribu, Claude, qui fina­le­ment avait des talents cachés que le système scolaire n’avait pas su mettre en valeur. Ce roman a été, pour moi, un excellent moment de lecture, sauf les 50 dernières pages, qui sont répé­ti­tives et qui ne rajoutent rien au roman. On sent qu’il y a à la fois trop de person­nages et que l’auteur n’a plus grand chose à ajou­ter puisqu’elle n’a pas voulu faire entrer cette famille dans le 21° siècle. Cette époque où la réus­site des femmes ne se mesure plus au nombre de leurs enfants ni à la réus­site de ces derniers, mais plutôt à leur épanouis­se­ment qui passe aujourd’hui par une carrière et un rôle social en dehors de la famille.

Citations

Le café du mort

Jérôme Bour­geois n’était plus. Sa tasse pleine fumait encore et il ne la boirai pas. Peut-on boire le café d’un mort, si on le fait pense-t-on ce qu’on pense habi­tuel­le­ment d’un café ( il est froid, il est trop sucré, trop fort, il est bon) et si on ne le fait pas, que pense-t-on au moment de le jeter dans l’évier ? Je me le deman­de­rais en songeant à ce détail, parce que je connais cette éduca­tion qui inter­dit de gâcher et que la géné­ra­tion de Jérôme l’avait reçue. Mais non, pense­rais-je, dans l’instant où quelqu’un vient de mourir personne alors ne boit plus, le temps de la vie se suspend, le trépas acca­pare l’attention, l’aspire comme un trou noir la matière cosmique,et tout le café de ce jour funeste est jeté. 

Un beau portrait 

Jérôme fut réso­lu­ment fran­çais et provin­cial. Il ne fut pas méde­cin du monde, il fut méde­cin de son monde : il soigna les gens du coin. C’était peut-être moins glorieux, personne d’ailleurs ne lui remit de déco­ra­tion, mais ce fut bon pour ceux qui étaient là. Géné­ra­liste, Jérôme rece­vait tous ceux qui le deman­dait : les personnes âgées soli­taires et les nour­ris­sons avec leur mère, les enfants qui était à l’école avec « ceux du docteur » et venait se faire soigner en même temps que jouer chez lui, les ouvriers, les derniers agri­cul­teurs, les commer­çants, les notables. Il n’en n’avait jamais assez des gens, ils disaient oui je vous attends. Parfois on le payait en nature, un pain, une poule, un lapin. Clarisse embar­quait l’animal à la cuisine. Jérôme avait accepté le suivi médi­cal des déte­nus de la prison voisine. C’était le temps Michel Foucault mili­tait. Jérôme ne lisait pas le théo­ri­cien des châti­ments, il péné­trait dans la déten­tion. Pas un appel d’autrui qu’il n’entendît . Quand on se donne à dévo­rer aux autres, on n’a jamais le temps de s’inquiéter pour soi. Jérôme était une éner­gie en mouve­ment.

Les familles nombreuses 

Être dix, c’était avan­cer dans la vie comme une étrave avec derrière soi le tonnage d’une énorme famille. C’était une force inouïe, la force du nombre. C’était se présen­ter devant le père avec l’encouragement des autres, et s’agglutiner autour de la mère dans la chair des autres, et goûter à la table des autres. C’était ne se sentir jamais seul mais aussi être heureux quand par miracle on l’était, séparé soudain de l’essaim, dans un silence éblouis­sant auprès d’une mère dispo­nible. C’était exis­ter dans dix au lieu de n’être qu’en soi. C’était avoir grandi à la source de la vie, dans sa divi­sion cellu­laire, spec­ta­teur de l’apparition d’autrui. Je n’ai connu maman enceinte, remarque souvent Claude.

Tellement vrai

Ils seraient les repré­sen­tants d’une époque et d’un milieu typi­que­ment bour­geois, parisien,catholique,très « Action fran­çaise » comme on le dit main­te­nant, avec la sévé­rité de ceux qui viennent après et n’ont guère de mérite, puisqu’ils savent où mènent certaine idées et que l’Histoire a jugé. 

Henry Bourgeois né en 1895

À l’âge adulte, Henri fut toujours du côté de l’église plutôt que de celui de l’état. Il répé­tait ces préven­tions à qui voulait l’entendre : » En affaires il y a une personne à qui il ne faut pas faire confiance, c’est l’état ». Entre­pre­neur, chef de famille qui avait l » élan d’un chef de bande, Henri avait la haine de cette puis­sance chan­geante. Sa préfé­rence allait à un guide spiri­tuel plutôt que poli­tique. En En somme, laïcisé, le monstre froid ne l’intéressait plus.

Collaborer résister 

Le sens exacer­ber de la disci­pline et une chose concrète et la condi­tion sine qua none du métier mili­taire. Aucun Bour­geois ne l’ignorait. On ne tran­sige pas avec l’obéissance sauf si elle récla­mait des actes contraires à l’honneur. L’honneur était une grande valeur. Or à cette aune qu’est-ce que c’était qu’émigrer ? S’enfuir comme un malpropre ? Aban­don­ner le pays et le peuple dans un désastre ? Ainsi pensait Jean à l’âge de 19 ans. Mers-el-Kébir ne fit qu’aviver son amour pour la France, sa défiance de l’Angleterre, sa confiance dans la légi­ti­mité de Vichy. Il est possible de le comprendre si l’on parvient à ne pas lire juillet 1940 à la lumière d’août 1945.

Le sport

Le sport n’était pas encore une pratique répan­due chez les Bour­geois. On appré­ciait pas tout ce qui allait avec : les tenues décon­trac­tées, la sueur, les vestiaires collec­tifs et la promis­cuité. La préfé­rence était donnée aux rites sacrés ou anciens, comme la messe, le déjeu­ner domi­ni­cal et les partie de campagne à Saint-Martin. On y restait entre soi, dans une société choi­sie et connue, alors que les asso­cia­tions spor­tives mêlaient des popu­la­tions hété­ro­gène. En un mot, le sport c’était popu­laire. C’était le Tour de France. C’était plouc ! C’était rustre. Cette opinion effa­rou­chée c’était évidem­ment formée en vase clos et à distance .

Portrait et révélation d’une personnalité 

Claude accom­pa­gnait le président partout. Il était ses yeux. Il lui décri­vait tout ce qu’il voyait, ce qui est aussi une manière d’accroître sa propre atten­tion. 
- Dites-moi un peu plus sur ses déchets, deman­dait le président. 
Et Claude décri­vait les déchets. Au fond et sans le savoir, il pratique et le diffi­cile exer­cice qu’on appelle en grec « ekphra­sis ». Quoi de plus forma­teur pour apprendre à regar­der, à connaître et à expri­mer ? Claude trouva en lui quelque chose qu’il igno­rait, le talent.
Chez le président, il trouva l’expérience. Un jour, dans l’avion pour Casa­blanca, Claude lui lisait le jour­nal. Quels sont les titres aujourd’hui ? deman­dait Jean Émile Gugen­heim. Puis informé de tout : lisez moi tel et tel l’article. Un entre­fi­let ce jour-là racon­ter comment un fonc­tion­naire soudoyé pour l’obtention d’un contrat avait rendu l’argent. Le jour­na­liste vantait l’honnêteté et se réjouis­sait de sa persis­tance. Claude fit de même. Jean Émile Guggen­heim s’amusa de ses naïve­tés.
- Pour­quoi riez-vous ? demanda Claude
- Il n’y avait pas assez dans l’enveloppe !
. Le président connais­sait la nature humaine. Il n’en conce­vait ni déso­la­tion, ni épou­vante, mais compo­sait , et parfois il se diver­tis­sait de ce qu’elle fût si immuable et prévi­sible.

Traduit de l’américain par Juliane Nivelt

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Une belle histoire d’amour et une lutte de tous les instants contre la sclé­rose en plaque. SP pour les intimes (qui aime­raient tant ne pas l’être !). Pour vous mettre dans l’ambiance je vous reco­pie la quatrième de couver­ture :

Maddy s’était juré de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Mais voilà Dalt, et il est parfait. À vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour qui durera toute leur vie. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, deve­nus tous deux guides de pêche, ils vivent leur passion à cent à l’heure et fondent leur entre­prise de rafting dans l’Oregon. Mais lorsque Maddy, frap­pée de vertiges, apprend qu’elle est enceinte et se voit en même temps diag­nos­ti­quer une sclé­rose en plaques, le couple se rend compte que l’aventure ne fait que commen­cer.

Je dois avouer que ce roman ne m’a pas entiè­re­ment conquise. Certes la nature est belle, et oui, cet auteur sait décrire les somp­tueux décors des réserves natu­relles nord-améri­caines. Mais les romans qui avancent à coup de dialogues ne sont pas mon fort. Et puis cette femme dont je comprends si bien la colère a souvent besoin de jurer et « les trou du cul » de succèdent à un rythme qui m’ont vite fati­guée. Leur histoire d’amour est belle un peu trop sans doute, on peut cepen­dant y croire car l’auteur le raconte avec beau­coup de déli­ca­tesse. Ces deux thèmes qui se mêlent : cet amour profond qui les lie l’un à l’autre et la mala­die qui ronge peu à peu les capa­ci­tés de la jeune femme ont visi­ble­ment su séduire un large public. Je suis restée un peu en dehors, certai­ne­ment à cause du style et je l’ai trouvé beau­coup trop long pour une fin que l’on sait, hélas ! inéluc­table .

Citations

La maladie dans le regard des autres

Ses inten­tions sont bonnes, mais la vérité, c’est que je préfé­re­rais être brûlé vive​.Je veux dire, je suis toujours heureuse de me retrou­ver dans les bras d’Allie, les rares fois où un type ne s’y trouve pas déjà, s’arrogeant toute la place. Mais pas de cette manière-là. Pas par pitié. Pas parce que je ne peux plus cacher mon bras, ma mala­die.

Ce jour je vais publier deux romans de deux auteurs pour lesquels j’éprouve de l’affection. Cela ne se dit pas, sauf sur un blog. Tous les deux font partie de ma famille de lectures, et tous les deux racontent le deuil.

Je lis tous les livres de cet auteur qui me tombent sous la main, celui-là c’est la souris jaune qui me l’a conseillé, qu’elle en soit remer­ciée. C’est un très beau livre, qui explique bien des failles et des diffi­cul­tés d’être à fond dans la vie qui sont évoquées dans tous les livres de Jean-Philippe Blon­del. Lorsqu’il avait 18 ans un acci­dent de voiture a tué sa mère et son frère, c’est son père qui condui­sait et celui-ci meurt quatre ans plus tard. Plombé par ces deux tragé­dies, le narra­teur très proche de l’auteur, sans aucun doute, a bien du mal à trou­ver l’envie de « rester vivant » . Avec beau­coup d’humour et en restant très pudique, il arrive à nous faire comprendre et parta­ger sa souf­france. Ce que j’apprécie chez lui, c’est que jamais il ne s’apitoie sur lui, jamais il ne fait pleu­rer sur son sort. Sa vision de l’Amérique est origi­nal et tout en suivant une chan­son de Lloyd Cole Rich qui l’amènera à Morro Bay. 

Mais aussi à Las Vegas où il a bien failli se perdre lui et et aussi Laura et Samuel. Ce sont ses amis et leur trio est compli­qué, Laura c’st son ex qui est main­te­nant la petite amie de Samuel qui est son ami pour toujours. Ce road movie lui permet de faire des rencontres inté­res­santes et même la loueuse de voiture qui semble d’un banal achevé se révé­lera plus riche qu’il ne s’y atten­dait. Bien curieuse famille où lui était l’enfant raté à côté du frère parfait qu’il enten­dait pour­tant pleu­rer très souvent la nuit dans son lit.

la chan­son qu’ils ont chanté pendant leur voyage à propos de laquelle il dit

Je devrais écrire un mail à Lloyd Cole.

Je commen­ce­rai par « Tu vois, Lloyd, un jour, j’y suis allé, à Morro Bay ».

Un jour, j’en suis revenu aussi. Et après, la vie a repris ses droits.

Citations

Style

Nous restons un moment comme ça, inutiles, sur le trot­toir. Il n’y a presque personne dans les rues de la ville. On est un vendredi 2 mai. Le nuage de Tcher­no­byl s’est arrêté au fron­tière fran­çaise. Il fait bon. Je sens des pico­te­ments dans mes mains et dans mes pieds. Je remarque une tache de pein­ture rouge sur le mur d’en face. Samuel se dandine d’une jambe sur l’autre. Il demande ce qu’on fait main­te­nant. Je veux voir du monde. Sentir la sueur et l’alcool. Nous optons pour le seul café qui reste ouvert jusqu’à trois heures du matin. En marchant, j’oublie que je sors de l’hôpital, j’oublie que je devais me faire opérer le lende­main, j’oublie que mon père est mort sur une route de campagne. La seule chose dont je me souviens, c’est que j’ai vingt deux ans ans.

Le deuil

Nous avons pris la voiture tous les quatre, au grand dam de mon oncle – qui ne voyait pas ce que Samuel avait à voir avec tout ça. Laure, encore, à la limite. Mais Samuel, non. J’ai simple­ment dit :» Il vient aussi. » Et tout le monde a obéi. Être le roi du malheur, ça a quand même des avan­tages. Les sujets se plient de mauvaise grâce à vos désirs, mais ils n’ont pas assez de cran pour vous contre­dire.

Une vision originale de Las Vegas

Je me sens instinc­ti­ve­ment bien à Las Vegas.

C’est le centre du monde de l’oubli.

Traduit de l’américain par Mathilde Bach

Bien présenté par mes blogs préfé­rés, je savais que je lirai à mon tour ce roman de 952 pages (en édition poche). Aucune décep­tion et un coup de cœur pour moi, je rejoins Keisha, Jérôme, Kathel pour dire que ce premier roman de Nathan Hill est un coup de maître. Son seul défaut est d’avoir voulu tout racon­ter l’Amérique qui va mal en un seul roman. Tout ? pas complè­te­ment puisque le racisme n’y est pas évoqué. Le fil conduc­teur est tenu par Samuel aban­donné par sa mère à l’age de 11 ans, il est devenu profes­seur de litté­ra­ture dans une petite univer­sité, le roman raconte sa quête pour retrou­ver et comprendre sa mère. Il fera face d’abord à une certaine Laura, étudiante qui a mis le prin­cipe de la triche au cœur de son acti­vité intel­lec­tuelle ; puis, on le voit passer son temps à jouer dans un monde virtuel où il tue, des nuits entières, des dragons et des orques, on découvre grâce à cela l’univers des joueurs « drogués » par les jeux vidéo. À cause de cette passion nocturne il est bien le seul à ne pas savoir que sa mère fait le « buzz » sur les réseaux sociaux. On la voit sur une vidéo qui tourne en boucle jeter des cailloux sur sur un candi­dat à la prési­dence des Etats-Unis, un sosie de Trump, un certain Parker qui ressemble tant au président actuel. Pour que Samuel comprenne le geste de sa mère, il faudra remon­ter aux événe­ments qui ont secoué Chicago en 1968 et pour mettre le point final à cette longue quête retrou­ver les raisons qui ont fait fuir la Norvège au grand-père de Samuel en 1941. Toutes les machi­na­tions dont sont victime Samuel et sa mère ne sont fina­le­ment l’oeuvre que d’un seul homme qui a tout compris au manie­ment des médias et à celui des foules ? Je ne peux pas en dire plus sans divul­gâ­cher l’intrigue roma­nesque.

Mais pour moi ce n’est pas l’essentiel, ce qui m’a complè­te­ment accro­chée, c’est le talent de Nathan Hill pour décrire diffé­rentes strates de la société nord-améri­caine. Quand il nous plonge dans le monde des joueurs complè­te­ment drogués aux jeux vidéo, on sent qu’il s’est parfai­te­ment rensei­gné sur leurs habi­tudes et le roman devient prati­que­ment un docu­men­taire, je ne savais pas que l’on pouvait s’enrichir en vendant des objets virtuels qui n’existent que dans un jeu. Les mœurs des étudiants améri­cains nous sont plus fami­lières : il y a du Philippe Roth dans les ennuis de Samuel avec le poli­ti­que­ment correct de l’université mené par une étudiante qui préfère tricher plutôt que travailler.
Les entre­prises améri­caines qui se soucient si peu de leurs employés, la police de Chicago qui, en 1968, s’est compor­tée plus comme une milice néo-fasciste que comme une police d’une grande démo­cra­tie, et les manœuvre des candi­dats à la prési­dence des Etats-Unis tout cela enri­chit le roman peut être trop ? Je remarque que plus les romans fran­çais s’allègent plus les romans nord-améri­cains s’allongent.

Citations

Portrait

Il sait bien à quel point c’est désa­gréable et condes­cen­dant de corri­ger la gram­maire de quelqu’un dans une conver­sa­tion. C’est du même ordre que d’être à une fête et rele­ver le manque de culture de son voisin,c’est d’ailleurs préci­sé­ment ce qui est arrivé à Samuel lors de sa première semaine à l’université. Dans un dîner de présen­ta­tions orga­nisé chez la doyenne de l’université, sa patronne,une ancienne prof de Lettres qui avait grimpé les éche­lons admi­nis­tra­tifs un à un. Elle avait bâti le genre de carrière acadé­mique tout à fait typique : elle savait abso­lu­ment tout ce qu’il y avait à savoir dans un domaine extra­or­di­nai­re­ment restreint (sa niche à elle, c’était la produc­tion litté­raire pendant la Grande Peste) . Au dîner, elle avait solli­cité son avis sur une partie spéci­fique des « Contes de Canter­burry », et, lorsqu’il avait hésité, s’était écriée, un peu trop fort : » Vous ne l’avez pas lu ? Oh, ça alors, doux Jésus. »

Le produit livre

- Je construit des livres. C’est surtout pour créer une valeur. Un public. Un inté­rêt. Le livre, c’est juste l’emballage, le contenant.…ce qu’on crée en réalité, c’est de la valeur. Le livre,c’est juste l’une des formes sous lesquelles se présente cette valeur, une échelle, un emprunt.

Hypocondriaque

Il était d’une fran­chise et d’une impu­deur totales sur les détails de son état. Il parlait comme les gens atteints d’une mala­die terrible, de cette manière qu’a la mala­die d’éclipser toute notion de pudeur et d’intimité. Racon­tant par exemple son désar­roi en matière de prio­rité quand il avait la diar­rhée et la nausée » en même temps »

Les nouvelles mode pour les régimes alimentaires américaines.

- Je vais commen­cer un nouveau régime bien­tôt. Le régime pléisto . T » en as entendu parler ?
-Nan.
-C’est celui où tu manges comme au pléis­to­cène. En parti­cu­lier l’époque taren­tienne, dans la dernière période glaciaire. – Comment on sait ce qu’ils mangeaient au pléis­to­cène ?
-Grâce à la science. En fait, tu manges comme un homme des cavernes, sauf que t’as pas à t’inquiéter des masto­dontes. Et en plus, c’est sans gluten. L’idée, c’est de faire croire à ton corps que tu as remonté le temps, avant l’invention de l’agriculture.

Mœurs capitalistes aux USA

Sa société déposa le bilan. Et ce, malgré le mémo qu’elle avait diffusé auprès de ses employés deux jours seule­ment aupa­ra­vant, annon­çant que tout allait pour le mieux, que les rumeurs de faillite étaient exagé­rées, qu’ils ne devaient en aucun cas vendre leurs actions, voire qu’il pouvait même penser en acqué­rir davan­tage vu leur déva­lua­tion actuelle. Henri l’avait fait, il y avait appris par la suite qu’au même moment leur PDG reven­dait toutes ses parts. Toute la retraite de Henry était ainsi passée dans un tas d’actions qui ne valaient plus un clou, et lorsque la société sortit de la faillite et émit de nouvelles actions, elle ne furent propo­sées qu’au comité exécu­tif et aux gros inves­tis­seurs de Wall Street. Henri se retrouva donc sans rien. Le confor­table bas de laine qu’il avait mis des années à remplir s’était évaporé en un seul jour.

Tricher

Et cepen­dant, même de cela elle doutait, car si ce n’était pas grave qu’elle triche pour un devoir, alors dans ce cas pour­quoi ne pour­rait-elle pas tricher pour tous les devoirs. Ce qui était un peu embê­tant car l’accord qu’elle avait passé avec elle-même au lycée quand elle avait commencé à tricher, c’est qu’elle avait le droit de tricher autant qu’elle voulait main­te­nant à condi­tion que plus tard, quand les devoirs devien­draient vrai­ment impor­tant, elle se mette à travailler pour de vrai. Ce moment n’était pas encore arrivé. En quatre ans de lycée et une année d’université, elle n’avait rien étudié étudier qu’elle puisse quali­fier de vrai­ment impor­tant. Donc elle conti­nuait à tricher. Dans toutes les matières. Et à mentir. Tout le temps. Sans le moindre senti­ment de culpa­bi­lité.

Fin d’une discussion avec une étudiante qui a copié son de voir sur internet

Laura sort en trombe de son bureau et,une fois dans le couloir, se retourne pour lui crier dessus : « Je paie pour étudier ici ! Je paie cher ! C’est moi qui paie votre salaire,vous n’avez pas le droit de me trai­ter comme ça ! Mon père donne beau­coup d’argent à cette école ! Bien plus que ce que vous gagnez en un an ! Il est avocat et vous allez avoir de ses nouvelles ! Vous êtes allé beau­coup trop loin ! Vous allez voir qui commande ici »

Humour

Tu serais étonné du nombre de médi­ca­ments très effi­caces qui ont été déve­lop­pés à l’origine pour trai­ter les problèmes sexuels mascu­lins. C’est, concrè­te­ment, le moteur prin­ci­pal de toute l’industrie phar­ma­ceu­tique. Remer­cions le Seigneur que les dysfonc­tion­ne­ment sexuel mascu­lin existent.

La retraite

Tous les endroits semblaient aussi horribles les uns que les autres, car ce qu’on ne dit jamais sur les voyages à la retraite, c’est que pour en profi­ter il faut pouvoir suppor­ter un mini­mum la personne avec qui vous voya­gez. Et rien que d’imaginer tout ce temps passé ensemble, en avion, au restau­rant, dans des hôtels. Sans jamais pouvoir échap­per l’un à l’autre, le côté de leur arran­ge­ment actuel était qu’il pouvait toujours prétendre que la raison pour laquelle ils se voyaient si peu, c’était qu’ils avaient des emplois du temps char­gés, pas qu’ils se détes­taient cordia­le­ment.

Un concerto dont il est question dans ce roman

Max Bruch n’a pas reçu un centime pour cette oeuvre

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’aurais tant voulu aimer ce roman, ! Tout le long de la lecture cette phrase tour­nait en boucle : « Les meilleures inten­tions ne suffisent pas à faire un bon livre. » J’ai aimé les idées de départ, cette jeune femme intro­ver­tie, Alice, qui trouve sa vie ratée car elle ne trouve pas de poste pour ensei­gner dans une univer­sité après une thèse en socio­lo­gie. Elle se réfu­gie dans la maison de sa grand-mère dans un petit village de la Meuse. Et là, trouve par hasard de quoi s’occuper en animant des ateliers d’écriture dans deux maisons de retraite et avec des enfants de l’école. Ensuite, l’auteure imagine une cascade de coïn­ci­dences que j’ai eu bien du mal à accep­ter. Lucien a bien connu la grand-mère d’Alice la narra­trice , Margue­rite qu’il confond avec elle, Georges dans un texte émou­vant fait revivre le souve­nir de Manon la résis­tante qu’il n’a vu qu’une fois mais dont il est tombé éper­du­ment amou­reux. Élisa­beth, dans la maison de retraite éloi­gnée de quelques kilo­mètres, racon­tera la même histoire ; Et ? oui, oui, vous avez deviné : ils se marièrent à 90 ans. Chloé la pétu­lante ergo­thé­ra­peute ne voit pas que Julien, l’animateur est fou amou­reux d’elle, et ? oui, oui, ils fini­ront dans les bras l’un de l’autre . Et notre Alice retrou­vera-t-elle son Antoine ? Je vous laisse la décou­verte (si vous n’avez pas deviné la fin, vous n’êtes pas doué !) et aussi l’enquête des vieilles dames qui de Vérone à Boston en passant par Paris remuent ciel et terre pour redon­ner à Alice sa joie de vivre.

Ce roman n’était vrai­ment pas pour moi et pour­tant je l’ai commencé avec les meilleures inten­tions du monde. Je connais bien les personnes qui vieillissent en maison de retraite, j’apprécie beau­coup les ateliers d’écriture et enfin ce livre était au programme de mon club de lecture. Trois bonnes raisons qui n’ont pas suffit à faire de cette lecture un bon moment. Je pense qu’il pourra faire l’objet d’une adap­ta­tion au cinéma pour une comé­die « à la fran­çaise » , j’imagine très bien la bande annonce et la pauvreté du film qui déce­vra un public allé­ché par les bonnes idées de départ.

Citations

L’internet

Il était loin, le temps où elle disser­tait avec ses copines de fac sur le grand méchant commerce en ligne qui allait manger tout cru les petits commerces de proxi­mité. Alice en avait fini avec les grandes envo­lées indi­gnées. Quand on vivait au fin fond de la Lorraine, on était bien content de recou­rir au site marchand qui peuplent le Web. « Inter­net comme outil de compen­sa­tion cultu­relle de la déser­ti­fi­ca­tion rurale ».

Traduit du néer­lan­dais (Belgique) par Daniel Cunin

Ce roman prêté par ma sœur, lui avait beau­coup plu car il se foca­lise sur un aspect peu connu de la guerre 14 – 18 vu du côté britan­nique, à savoir la mino­rité qui n’a pas parti­cipé à l’élan patrio­tique qui a conduit une géné­ra­tion à faire la guerre. J’ai partagé son plai­sir de lecture et j’ai aimé les rapports entre les deux person­nages prin­ci­paux : John le paci­fiste et Martin le va-t-en-guerre. Ils ont grandi auprès de la même femme. La mère de Martin,madame Bombley, d’un milieu très pauvre et secoué par l’alcoolisme brutal d’un père marin, heureu­se­ment souvent absent, a été la nour­rice de John dont la mère n’a pas survécu à son accou­che­ment. Son père se réfu­gie dans la douleur et la passion pour les livres anciens qu’il ne lit pas mais qu’il collec­tionne. John Patter­son est destiné aux études, malheu­reu­se­ment la guerre 14 – 18 vien­dra inter­rompre cette desti­née.

Le choix de ces deux person­nages permet à l’auteur de cerner au plus près le patrio­tisme en Grande Bretagne. C’est ma réserve par rapport à ce roman, les patriotes sont tous abru­tis et seuls les paci­fistes ont le courage de réflé­chir. C’est inté­res­sant de voir tous les procé­dés qui ont amené les Britan­niques à s’engager dans une guerre qui, somme toute, n’était pas la leur. Par exemple des groupes de femmes qui décorent de plumes blanches les hommes qui ne s’engagent pas alors qu’ils pour­raient le faire. Les agents recru­teurs postés dans tous les endroits stra­té­giques de Londres qui entraînent tous les jeunes à vouloir au plus vite servir leur pays, les effets de la propa­gande qui repré­sentent les Alle­mands comme des sauvages et qui annoncent victoire sur victoire des troupes anglaises. Face à cela, deux person­nages qui s’opposent à la guerre et dont les person­na­li­tés sont très bien analy­sées et ont, cela se sent, toute la compré­hen­sion de l’écrivain.

Fina­le­ment, John s’engagera, lorsque son père sera tué, victime annexe d’un bombar­de­ment alle­mand avec un zeppe­lin. Il recher­chera Martin et voudra savoir ce qui lui est arrivé. Ce sera encore l’occasion de détruire un peu plus l’image de l’héroïsme et dénon­cer la cruauté des armées au combat.Tout ce qui est dit est vrai, sans doute mais explique mal l’élan de tout un peuple pour faire cette guerre. L’intérêt du roman, réside dans l’analyse de l’amitié conflic­tuelle qui lie Martin et John et aussi le portrait du père de John, le facteur qui ne supporte plus d’apporter les lettres annon­çant la mort des soldats dans les foyers anglais. Le titre du roman est très impor­tant car si tout se joue sur le terrains au milieu des bombes et des balles qui fauchent les vies, l’auteur accorde une grande impor­tance au cour­rier qui peut à lui seul chan­ger le sort de ceux qui reçoivent ces lettres.

Le point de vue de cet auteur belge sur l’engagement britan­nique est origi­nal et très fouillé, mais j’ai vrai­ment du mal à croire que seuls les abru­tis voulaient faire la guerre cela a dû jouer sur un ressort plus profond de la nation anglaise.

Citations

Comment influencer ceux qui ne sont pas assez patriotes

Quatre filles de mon année, qui m’avaient à quelques reprises accosté, lambi­naient dans le couloir ; sans tarder, je partis dans la direc­tion oppo­sée alors que le garçon aux boucles, qui ne se doutait de rien, tomba dans leur piège. Je ralen­tis le pas pour écou­ter ce qui allait suivre. Comme je m’y atten­dais, les filles s’empressèrent de lui adres­ser la parole sur un ton mépri­sant.
« Qu’est-ce que tu fabriques au cours de Ker ?» lança l’une d’entre elles coif­fée à la garçonne.
« On ne t’a jamais vu avant, fit l’autre. Tu t’es perdu ?»
« Tu as peut-être perdu ta maman ? gloussa la troi­sième.
Le géant resta bouche bée. Bien souvent, la meilleure réponse réside dans le silence. Mais les étudiantes n’étaient pas déci­dés à lâcher leur proie.
« Tu veux qu’on t’aide à trou­ver ton chemin ? suggéra la fille à la physio­no­mie garçon­nière. Il y a un bureau de recru­te­ment à deux pas d’ici. C’est là qu’est ta place. A moins que tu ne sois trop poltron pour te battre  ?»
Le ton deve­nait plus agres­sif.

Pourquoi les jeunes se sont-ils engagés ?

Les gens sont des lemmings, reprit-il. Ils s’acharnent à marcher avec la multi­tude. Au sein de laquelle il se croit en sécu­rité. Qui les dissuade de réflé­chir. De choi­sir. Suivant aveu­gle­ment le courant quel que soit l’endroit où il les même. Animés, et chauf­fés par l’haleine de la masse. Toujours plus loin. Entraî­nant tout et tout le monde. Jusqu’au jour où…

De cette auteure j’ai lu et beau­coup appré­cié « la femme de l’Allemand », je retrouve ici son sens de la nuance et la volonté de ne pas juger avec des prin­cipes moraux si répan­dus une situa­tion somme toute très banale. J’ai donc suivie l’avis d’Aifelle qui voit dans ce roman une façon pour Marie Sizun de combler les manques d’une généa­lo­gie incom­plète.

Un homme, Léonard, aime sa jeune femme Hulda à qui il fait cinq enfants. Il embauche une gouver­nante, Livia qui devien­dra sa maîtresse et qui aura aussi un enfant de lui. Cet amour à trois, sous le même toit à quelque chose de destruc­teur et effec­ti­ve­ment la santé d’Hulda ne résis­tera pas à cette situa­tion. L’amour ancil­laire (oui la langue fran­çaise à un même un mot pour décrire cela ! faut-il que cette situa­tion soit banale !) n’est pas le seul respon­sable de la destruc­tion d » Hulda. Cette très jeune fille suédoise de la très bonne société s’est enti­chée d’un séduc­teur fran­çais qui devra divor­cer de sa femme anglaise pour pouvoir l’épouser.

Ce Léonard est bien étrange, amou­reux de la litté­ra­ture fran­çaise il devient repré­sen­tant en vin et « ses affaires » le retiennent très souvent loin de sa famille. Hulda exilée à Meudon ne trouve que dans Livia la gouver­nante suédoise et aussi la maîtresse de son mari, une amitié qui la réconforte.C’est un triangle infer­nal et Marie Sizun a beau vouloir redon­ner une dignité à chacun de ses person­nages, j’ai vrai­ment eu du mal à accep­ter le rôle de Léonard. C’est d’ailleurs le person­nage le plus faible. On ne comprend pas, l’auteure ne le dit pas, pour­quoi il fait de mauvaises affaires, et quelles sont les raisons qui le poussent à être toujours aussi loin de chez lui. Ce qu’on sait de lui le rend peu sympa­thique à quarante ans marié à une femme anglaise dépres­sive, il séduit une jeune fille de dix sept ans. Puis Leonard et Hulda forment un couple presque heureux tant qu’ils sont en Suède. Ils partent en France et ce repré­sen­tant en vin laisse sa jeune femme se débrouiller à Meudon sans beau­coup d’argent et gérer la grande maison de Meudon et leurs quatre enfants. De son amour avec la gouver­nante, on ne sait pas non plus grand chose, le talent de Marie Sizun arrive à donner un peu de consis­tance au portrait de Livia.

Marie Sizun explique qu’il s’agit d’un roman d’amour, je trouve que c’est un roman de l’enfermement, j’ai étouffé dans ce triangle et j’ai regretté que personne ne renvoie à Léonard Sèze­neau son rôle de préda­teur que j’ai ressenti pendant tout le roman. Hélas ! seul le frère d’Hulda , Anders, a une vision assez juste de la person­na­lité de Léonard, il sent le piège qui se referme sur sa sœur, mais c’est aussi un person­nage falot para­site inca­pable d’aider quelqu’un d’autre. Je comprends bien la volonté de Marie Sizun de retrou­ver un sens à cette histoire qui est en partie la sienne, mais il y a trop d’éléments qui lui manquent . Elle n’a pas voulu inven­ter et elle s’est en tenue au plus probable et au plus digne de chaque person­nages. Je suis souvent restée sur ma faim trou­vant en quelque sorte qu’il y avait bien des « blancs » dans cette histoire.

Citations

Le professeur français séduit sa jeune élève suédoise

Comme histoire, ici, se préci­pite !
Hulda a-t-elle osé, elle, la jeune fille sage, se glis­ser parfois dans l’appartement aban­donné par la malheu­reuse anglaise ? De quelle façon les amants se sont-ils retrou­vés , en quel lieu ? Personne n’a rien vu. Toujours est-il qu’au prin­temps 1868 le scan­dale éclate, soit qu’ils aient été surpris, soit que la petite ait parlé à sa mère : elle est enceinte. Un coup de tonnerre pour la famille du banquier. Sigrid Chris­tians­son pleure beau­coup, son mari tonne, fulmine, se désole. Comment aurait-on pu prévoir une telle incon­duite de la part d’une enfant si sérieuse, si pure ? Sa fille chérie, le trahir pareille­ment.

Noël en Suède

On prépare Noël. La maison n’a jamais été aussi lumi­neuse, aussi joyeuse, car on allume à plai­sir lampes et bougies, on en met partout, jusque sur l’appui des fenêtres, et c’est beau dans la nuit toutes ces fenêtres éclai­rées. Les enfants, les bonnes sont tout exci­tés à l’idée de la fête. Hulda elle-même se laisse gagner par cette gaieté. Avec Livia, elle parle de déco­ra­tion de table, de sapin de Noël, de cadeaux. Comme tout semble harmo­nieux dans la musique des airs de Noël qu’elles jouent au piano à quatre mains, la gouver­nante et elle, pour la grande joie des enfants !

Le drame

- Maman n’était pas malade, inter­vient Isidore. Elle était juste triste. D’être ici, dans cet affreux pays, comme nous, d’ailleurs, mais plus que nous. »

Surprise par la dureté de son regard, Livia regarde le petit garçon : « Je ne sais pas, Isidore. Et c’est vrai que la tris­tesse peut deve­nir une mala­die… En tout cas, de bébé Alice n’y est pour rien, et elle a comme vous perdu sa mère. Elle a besoin de vous. »
Et à travers les mots qu’elle s’entend pronon­cer, dont elle voit le reflet sur le visage des quatre petits, elle éprouve elle-même singu­liè­re­ment la cohé­sion de ces enfants là, de cette fratrie, elle sent de façon presque doulou­reuse la force qu’ils repré­sentent autour du bébé tous les cinq, dans la profon­deur de leur unité. Alors qu’elle, la gouver­nante, n’est et ne sera jamais qu’une étran­gère.

j’ai encore une fois trouvé cet auteur sur la blogo­sphère et je m’en féli­cite. Il se trouve que je l’ai lu deux fois car j’ai été isolée dans un endroit avec ce seul livre comme lecture possible, alors comme autre­fois dans ma jeunesse, j’ai relu ce livre tout douce­ment pour ne pas le finir trop vite​.Et j’ai été très sensible à la langue et par moment une réflexion sur les mots, ceux venant du patois comme « empur­gué » qui désigne à la fois la nais­sance et la mort. Telle une tragé­die antique le roman tient en une jour­née de 1961. Mais fina­le­ment la clé du livre est donnée dans un court texte qui lui se passe 2011 et raconte un fait histo­rique peu connu de 1940 dans la ligne Magi­not le combat et la résis­tance de l’armée fran­çaise à Schœ­nen­bourg . Le roman évoque un petit village d’Auvergne c’est l’époque du remem­bre­ment et de l’arrivée de la télé­vi­sion. Des person­nages complexes que l’on ne peut pas juger faci­le­ment. Un geste héroïque d’un père qui sait depuis 1940 ce que veut dire la guerre. Et enfin un moment de notre histoire très mal racon­tée par nos livres d’histoire et très défor­mée dans notre incons­cient collec­tif : la ligne Magi­not. Nous suivons d’abord les pensées d’Albert qui n’a jamais su trou­ver les mots pour racon­ter sa guerre à ses enfants. Il sait une chose Albert, il ne veut pas de la moder­nité que sa femme aime tant. Et le remem­bre­ment qui s’annonce signi­fie pour lui la fin de son monde car il se sent plus paysan qu’ouvrier chez Miche­lin. Puis les pensées de Gilles, ce petit bonhomme de CM2 qui a trouvé dans les livres sa raison de vivre et qui, ce jour là, est plongé dans « Eugé­nie Gran­det ». En chemi­nant dans ce roman trop diffi­cile pour lui, il ouvre peu à peu les portes de la compré­hen­sion de la vie. C’est merveilleu­se­ment raconté. Et puis il y a la belle Suzanne, la mère d’Henry soldat en Algé­rie né avant la guerre 3945 et de Gilles né après. C’est la femme d’Albert qu’elle a cessé d’aimer.

Tout le roman tourne autour de l’arrivée de la télé­vi­sion car l’émission phare de la seule chaîne alors diffu­sée « 5 colonnes à la une » consacre un repor­tage aux soldats d Algé­rie. Henry est inter­viewé à l’occasion. Sa mère ne manque­rait pour rien au monde ce moment de revoir son fils. Les consé­quences seront tragiques.
Il y a aussi la mère très âgée qui perd parfois la tête, et la sœur d’Albert qui a choisi la moder­nité et le commu­nisme.
Voilà donc un moment de vie dans la campagne en 1961 et pour moi la décou­verte d’un écri­vain qui a su évoquer en une seule jour­née trois guerres, celle de 1418, le père d’Albert en est revenu victo­rieux, celle de 3945 dont Albert est revenu muet et vaincu et celle d’Henry son fils qui risque sa vie même si personne ne comprend très bien ce qu’il fait dans ce pays si loin­tain. Je sais que ce roman restera gravé dans ma mémoire et que je ferai de nouveau confiance à cet auteur pour m’embarquer dans son univers .

Citations

Explication du titre

In extre­mis, il réus­sit à rava­ler ses pleurs sous ses paupières et à les manger dans ses yeux. Ça le brûlait telle­ment qu’au moment où il les rouvrit il crut avoir perdu la vue. Il n’en reve­nait pas de ce séisme au-dedans, lui qui ne versait jamais une larme, pas même aux enter­re­ments, pas même à l’enterrement de son père. Un homme qui pleure, ça n’avait pas de sens. Sauf parfois les vieux. Il avait déjà remar­qué que, à partir d’un certain âge, les hommes n’hésitaient pas à sortir leur mouchoir, pour presque rien. Il se souve­nait du père Pelou qu’il avait aidé, il y avait plusieurs années de cela, à retour­ner la terre de son pota­ger. L’homme avait été une force de la nature mais, après de 80 ans, il n’avait plus un muscle dans les bras et, malgré son grand âge, il devait encore nour­rir un fils impo­tent que le reflux de 14 lui avait ramené comme un un déchet. Inca­pable de le remer­cier du service rendu, le vieil homme s’était mis à trem­bler comme une feuille. C’était son corps tout entier qui pleu­rait sans pouvoir s’arrêter. Et pour­tant Dieu sait qu’il n’avait pas été tendre dans sa vie celui-là, surtout pas avec sa femme, une sainte, qui s’epuisait à s’occuper de leur fils unique condamné à vie dans sa chaise roulante. En vieillis­sant les hommes pleurent. C’était vrai. Peut-être pleu­rait-il tout ce qu’il n’avait pas pleuré dans leur vie, c’était le châti­ment des hommes forts.

Un fait historique peu connu

Je suis allé plusieurs fois visi­ter le fort de Schœ­nen­bourg pour écou­ter ce silence de la plaine. À un moment, il faut renon­cer aux mots et donner les chiffres. Seule­ment 22000 soldats fran­çais ont vaincu 240 000 Alle­mands en Alsace et en Lorraine, et seule­ment 85000 autres soldats fran­çais alpin dans leurs alpins dans leurs cham­pi­gnons de béton ont arrêté près de 650000 Alle­mands et Italiens. Pas un ennemi n’est passé sur la ligne Magi­not, tant que des soldats sont restés à leur poste. Pas un ! Et quand l’armistice entra en vigueur le 25 juin, les soldats ne capi­tu­lerent pas pour autant, et conti­nuèrent à se battre comme des chiens ou comme des dieux. Ils voulurent vaincre ici, puisque ailleurs tu t’étais déjà perdu, unique­ment pour l’honneur de leur père et surtout pour faire la preuve non pas de leur courage (ils étaient bien trop humbles pour ça), mais de l’efficacité du plus grand projet de forti­fi­ca­tion jamais pensé ni réalisé, ni égalé en Europe et qui les avait rendu invin­cibles eux- mêmes. Le muscle de béton avait parfai­te­ment joué son rôle et tenu ses promesses, et même au-delà. Si le haut comman­de­ment avait fait son travail au nord, donné les ordres au bon moment, ou si la Belgique avait opté pour un prolon­ge­ment de la ligne Magi­not sur ses fron­tières à l’est au lieu de préfé­rer la naïve neutra­lité qui leur a coûté beau­coup plus cher en vies humaines, le cours de l’histoire eût été tout autre.

Les Américains en 1918 et Maginot

Fini, enfin, d’appeler à notre rescousse ces améri­cains si mal élevés qui refu­saient que leurs soldats noirs parti­cipent aux célé­bra­tions de la victoire. Saviez-vous que ce sont les paysans fran­çais qui sont allés cher­cher les soldats noirs dans leur caserne où leurs maîtres blancs les avaient bouclé à double tour. Et, malgré le règle­ment améri­cain, ces mêmes paysans ont jeté ces esclaves dans les bras de leurs filles pour danser sur les places de tous les villages. Ils ont aimé l’accordéon, ces noirs qui ne connais­saient que le jazz. Pour­quoi croyez-vous que la France fut une terre bénie pour les jazz­men qui arri­vèrent à Paris au moment où Magi­not juste­ment réflé­chis­sait à la façon d’éviter que le massacre recom­mence un jour ? Le jazz, c’est la musique de l’idéal, le blues, c’est la musique du spleen. Ça jouait du jazz partout, et l’armée cher­chait aussi à sa façon à faire écho à cet idéal. Enfin, toutes ces raisons addi­tion­nées donnaient une réponse claire, il fallait éviter qu’un jour autant d’hommes meurent pour sauver leur pays. Après tout, ce n’est pas aux hommes de sauver leur pays, c’est au gouver­ne­ment. Magi­not en était convaincu.

J’aime réfléchir sur les mots

Mais est-ce que ça pouvait vrai­ment être ça le bonheur ? Il cher­cha dans le diction­naire , qu’il avait aussi emprunté à son frère , l’étymologie de ce mot . Il décou­vrit que le bonheur n’était pas cet état de béati­tude qu’il avait imaginé, le bonheur était un présage, le présage du bien, comme le malheur était le présage du mal. C’était juste une promesse.

Le charme du patois

Albert connais­sais aussi le miracle de cette langue ancienne des paysans ou le feu meurt à tout jamais, alors que les hommes s’éteignent pour naître dans la mort. On ne disait pas que quelqu’un était mort, on disait qu’il s’était éteint puis « empur­gué ». Le mot oublié remonta en lui pour le conso­ler. L’Empurgar ! Le seul mot qui dési­gnait en patois la nais­sance dans la mort, un mot gaulois sûre­ment, qui n’existait pas en fran­çais, le seul mot qui devait apai­ser Made­leine en secret.

Le plaisir des livres

Eugé­nie Gran­det était le premier grand roman qu’il lisait, sans savoir que c’était un grand roman. Dès les premières lignes, sa confiance en ce qui était écrit gran­dit au fur et à mesure de sa lecture. Dans le livre, on ne parlait pas comme chez lui, à part Nanon peut-être, qui parlait un peu comme sa grand-mère. Les phrases étaient comme des routes de montagne avec des virages qui s’enchaînent les uns aux autres et au bout desquels se révèlent des paysages magni­fiques. Elles étaient compli­quées, même ardues quel­que­fois et, malgré cette diffi­culté, il comp­tait bien aller jusqu’au bout du livre. Les pages étaient encore scel­lées entre elles et, à l’aide du canif que son père lui avait offert, il coupait les pages les unes après les autres avec un plai­sir équi­valent à celui d’un explo­ra­teur obligé de couper la végé­ta­tion pour se frayer un chemin dans une forêt épaisse et noire, atta­qué lui aussi par les mouches qui se multi­pliaient dans la chaleur.

Découverte du roman de Balzac et les pleurs d’un homme.

Le cousin d’Eugenie était incon­so­lable. Gilles, plongé dans un nouveau chapitre du roman, chas­sait machi­na­le­ment les mouches qui brouillaient les lignes noire et genait sa lecture. Charles venait d’apprendre la mort de son père. C’était pour l’éloigner du drame que le vieil homme ruiné l’avait envoyé à Saumur, chez son oncle. Il était perdu, le pauvre garçon. Ninon, la bonne à tout faire, et Euge­nie cher­chaient par tous les moyens à soula­ger la peine de ce jeune homme si diffé­rent de tout ce qu’elles connais­saient , et qui n’arrêtait pas de pleu­rer. Ça, c’était curieux. Gilles savait qu’un enfant pouvait pleu­rer, que sa mère pleu­rait quand elle lisait les lettres d’Henri, mais un homme ! Charles Gran­det était un homme déjà. Gilles n’avait jamais vu son père pleu­rer, ni aucun homme autour de lui, pas même Henri. Alors, de quoi était fait ce Charles qui s’effondrait des nuits entières, comme une fille, écrasé dans ses oreillers ?

Traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye.

Repéré chez Blogart , je pensais vrai­ment tomber sous le charme de ce roman, mais ma lecture fut beau­coup plus labo­rieuse que la sienne. La construc­tion du roman est origi­nale : l’auteur scrute cette photo prise pendant la deuxième guerre mondiale et anime ces person­nages statiques en leur donnant une person­na­lité enri­chie de ses connais­sances histo­riques.

Ce départ est vrai­ment très inté­res­sant : vous voyez ces deux jeune filles, l’une d’elles regarde des hommes en uniforme alle­mand. Tout le drame de la Slové­nie est dans ce regard. Voici donc la jeune Slovène, Sonja, qui sait que son amour, Valen­tin, est dans les geôles de la Gestapo qui est diri­gée par un Slovène, Ludek, fervent mili­tant de l’idéal Nazi. Il est plus alle­mand que n’importe quel soldat de la Wehr­macht. Pour cela, il oublie son iden­tité slovène et veut se faire appe­ler Ludwig. Contre les faveurs de la jeune fille, il accep­tera de libé­rer son amou­reux que nous suivrons dans les maquis de la résis­tance yougo­slave. Aux horreurs nazies s’opposent les horreurs des maqui­sards, la popu­la­tion est broyée par des brutes sangui­naires qui se méfient de tout le monde. Que reste-t’il de l’âme d’un peuple lorsque de telles logiques tota­li­taires se mettent en place ? Pas grand chose, des bribes de poésies qui hantent encore les mémoires et parfois des person­nages qui gardent leur huma­nité, mais ils sont si seuls. C’est un roman déses­pé­rant et diffi­cile à lire car on change souvent de point de vue, les mêmes faits se répètent racon­tés par des person­nages diffé­rents. Et puis parfois, les faits décrits sont tout simple­ment insou­te­nables, comme les assas­si­nats par les commu­nistes de pauvres gens qui n’ont que le tort d’être là au mauvais moments, comme les tortures dans les geôles nazies. Personne n’est à l’abri, surtout quand on commence à penser que les espions peuvent être partout. Ce roman montre, une fois de plus que lorsque l’horreur s’abat sur un pays personne n’en sort indemne contrai­re­ment aux versions offi­cielles construites par les vain­queurs.

Citations

Traitement des prisonniers par les SS

Il s’agit de creuser des tombes pour les fusillés

Là il y a des hommes condam­nés défi­ni­ti­ve­ment qui purgent une peine de prison ça pour­rait se faire. Et les prison­niers de guerre du camp de Melje. Les Anglais ? demanda quelqu’un à travers un nuage de fumée. Ça n’ira pas. Ça ne peut abso­lu­ment pas être des Anglais, d’après la conven­tion de Genève, les prison­niers de guerre anglais ne peuvent pas faire ce travail. Mais on a des Russes, eux, on peut les utili­ser.

Un pays en guerre

Mais même si c’était la guerre et si les infor­ma­tions toujours plus mauvaises, parfois même terri­fiantes se bous­cu­laient, les gens vivaient leur vie de tous les jours. Dès que les sirènes s’arrêtaient de hurler et des bombes de tomber, ils allaient au théâtre et au cinéma ou avant chaque film on passait une revue hebdo­ma­daire, Wochen­shau, où des mili­taires en tanks que débou­laient toujours plus super­be­ment dans les plaines polo­naises et défen­daient la fron­tière occi­den­tale de l’invasion des Barbares, d’autres allaient aux expo­si­tions à Paris et mangeaient des crois­sants dans les café en compa­gnie de femmes, d’autres encore faisaient tour­ner les roues des canons et leurs obus déchi­raient le ciel nocturne au-dessus de l’Allemagne et battaient les avions qui appor­taient la mort avec leurs bombes. C’était la guerre, en ville, la vie conti­nuait, on obte­nait de la nour­ri­ture avec des cartes de ration­ne­ment, les trafi­quants du marché noir gagnaient de l’argent grâce à la viande qu’ils rappor­taient des fermes envi­ron­nantes, les bureaux travaillaient impec­ca­ble­ment, les travailleurs conti­nuaient à sortir de l’usine. On ne savait pas on ne voulait pas savoir ce qui se passait dans les bureaux où aller travailler Ludwig Misch­kol­nig et Hans Hoch­bauer ni dans les caves où Johann retrous­sait ses manches.

L’amour et la guerre

L’amour triomphe de la distance, l’amour triomphe de tout. Sauf de la guerre. La guerre triomphe de tout, même de ceux qui se battent. Et de ceux qui attendent que ça passe.

Le militant le courage en temps de guerre.

Avec une mitrailleuse, au-dessus de Vitanje, il avait tenu la posi­tion tout un après-midi dans la neige de sorte qu’on avait pu se replier. Un combat­tant, un fou. Peut-être qu’il n’aurait pas dû deve­nir chef du rensei­gne­ment. Un commu­niste. Un idéa­liste. Mais entre l’idéalisme et le sadisme, la voie est parfois étroite, esti­mait Vasja, le sadique est celui qui sait quel démon il a en lui.