Traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye.

Repéré chez Blogart , je pensais vrai­ment tomber sous le charme de ce roman, mais ma lecture fut beau­coup plus labo­rieuse que la sienne. La construc­tion du roman est origi­nale : l’auteur scrute cette photo prise pendant la deuxième guerre mondiale et anime ces person­nages statiques en leur donnant une person­na­lité enri­chie de ses connais­sances histo­riques.

Ce départ est vrai­ment très inté­res­sant : vous voyez ces deux jeune filles, l’une d’elles regarde des hommes en uniforme alle­mand. Tout le drame de la Slové­nie est dans ce regard. Voici donc la jeune Slovène, Sonja, qui sait que son amour, Valen­tin, est dans les geôles de la Gestapo qui est diri­gée par un Slovène, Ludek, fervent mili­tant de l’idéal Nazi. Il est plus alle­mand que n’importe quel soldat de la Wehr­macht. Pour cela, il oublie son iden­tité slovène et veut se faire appe­ler Ludwig. Contre les faveurs de la jeune fille, il accep­tera de libé­rer son amou­reux que nous suivrons dans les maquis de la résis­tance yougo­slave. Aux horreurs nazies s’opposent les horreurs des maqui­sards, la popu­la­tion est broyée par des brutes sangui­naires qui se méfient de tout le monde. Que reste-t’il de l’âme d’un peuple lorsque de telles logiques tota­li­taires se mettent en place ? Pas grand chose, des bribes de poésies qui hantent encore les mémoires et parfois des person­nages qui gardent leur huma­nité, mais ils sont si seuls. C’est un roman déses­pé­rant et diffi­cile à lire car on change souvent de point de vue, les mêmes faits se répètent racon­tés par des person­nages diffé­rents. Et puis parfois, les faits décrits sont tout simple­ment insou­te­nables, comme les assas­si­nats par les commu­nistes de pauvres gens qui n’ont que le tort d’être là au mauvais moments, comme les tortures dans les geôles nazies. Personne n’est à l’abri, surtout quand on commence à penser que les espions peuvent être partout. Ce roman montre, une fois de plus que lorsque l’horreur s’abat sur un pays personne n’en sort indemne contrai­re­ment aux versions offi­cielles construites par les vain­queurs.

Citations

Traitement des prisonniers par les SS

Il s’agit de creuser des tombes pour les fusillés

Là il y a des hommes condam­nés défi­ni­ti­ve­ment qui purgent une peine de prison ça pour­rait se faire. Et les prison­niers de guerre du camp de Melje. Les Anglais ? demanda quelqu’un à travers un nuage de fumée. Ça n’ira pas. Ça ne peut abso­lu­ment pas être des Anglais, d’après la conven­tion de Genève, les prison­niers de guerre anglais ne peuvent pas faire ce travail. Mais on a des Russes, eux, on peut les utili­ser.

Un pays en guerre

Mais même si c’était la guerre et si les infor­ma­tions toujours plus mauvaises, parfois même terri­fiantes se bous­cu­laient, les gens vivaient leur vie de tous les jours. Dès que les sirènes s’arrêtaient de hurler et des bombes de tomber, ils allaient au théâtre et au cinéma ou avant chaque film on passait une revue hebdo­ma­daire, Wochen­shau, où des mili­taires en tanks que débou­laient toujours plus super­be­ment dans les plaines polo­naises et défen­daient la fron­tière occi­den­tale de l’invasion des Barbares, d’autres allaient aux expo­si­tions à Paris et mangeaient des crois­sants dans les café en compa­gnie de femmes, d’autres encore faisaient tour­ner les roues des canons et leurs obus déchi­raient le ciel nocturne au-dessus de l’Allemagne et battaient les avions qui appor­taient la mort avec leurs bombes. C’était la guerre, en ville, la vie conti­nuait, on obte­nait de la nour­ri­ture avec des cartes de ration­ne­ment, les trafi­quants du marché noir gagnaient de l’argent grâce à la viande qu’ils rappor­taient des fermes envi­ron­nantes, les bureaux travaillaient impec­ca­ble­ment, les travailleurs conti­nuaient à sortir de l’usine. On ne savait pas on ne voulait pas savoir ce qui se passait dans les bureaux où aller travailler Ludwig Misch­kol­nig et Hans Hoch­bauer ni dans les caves où Johann retrous­sait ses manches.

L’amour et la guerre

L’amour triomphe de la distance, l’amour triomphe de tout. Sauf de la guerre. La guerre triomphe de tout, même de ceux qui se battent. Et de ceux qui attendent que ça passe.

Le militant le courage en temps de guerre.

Avec une mitrailleuse, au-dessus de Vitanje, il avait tenu la posi­tion tout un après-midi dans la neige de sorte qu’on avait pu se replier. Un combat­tant, un fou. Peut-être qu’il n’aurait pas dû deve­nir chef du rensei­gne­ment. Un commu­niste. Un idéa­liste. Mais entre l’idéalisme et le sadisme, la voie est parfois étroite, esti­mait Vasja, le sadique est celui qui sait quel démon il a en lui.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Déjà je n’avais pas été passion­née par « la liste de mes envies » , mais ce roman est une vraie décep­tion, de celles qui me font fuir les auteurs fran­çais. Non, pour­tant, ce n’est pas une de ces habi­tuelles auto­fic­tion, mais ni le sujet ni la façon dont il est traité n’ont réussi à m’intéresser. Je résume rapi­de­ment, la mort acci­den­telle de sa mère fait de Martine alias « Betty » une enfant élevée par un père trop porté sur la bouteille. Elle gran­dira cahin-caha jusqu’à l’âge où sa mère est morte, puis son appa­rence se figera dans une éter­nelle jeunesse exté­rieure. Elle restera à jamais une jeune femme de trente cinq ans. Et commence alors une vie étrange qui ne lui apporte aucun bonheur mais au contraire que des problèmes : une sépa­ra­tion, la perte de son emploi, l’éloignement de ses amies. À travers de courts chapitres, de para­graphes encore plus courts, les années s’envolent très vite, on voit passer soixante de vie sans que rien n’accroche l’intérêt. Les person­nages secon­daires sont, cepen­dant plus inté­res­sants, on imagine bien son père estro­pié pendant la guerre d’Algérie et sa compagne qui se récon­fortent l’un l’autre des bles­sures de la vie. L’amour d’André et de Betty est tota­le­ment irréa­liste, il me fait penser irré­sis­ti­ble­ment à la BD de Fabcaro : « Si l’amour c’était d’aimer », et tant pis pour les « anti­di­vul­gâ­cheuse », il résis­tera à toutes les vicis­si­tudes de la vie.

Citations

Un paragraphe et un souvenir

Maman a commencé à porter des jupes qui décou­vraient ses genoux grâce à une certaine Mary Quant, en Angle­terre ; puis bien­tôt elles révé­lèrent presque toutes ses cuisses. Ses jambes étaient longues, et pâles, et je priais pour plus tard avoir les mêmes 

Pour donner une idée du style

À trente ans, quarante cinq, je vivais depuis plus de deux ans dans un grand studio, rue Basse.

J’avais perdu l’envie de cuisi­ner, décou­vert chez Picard les plats pour personnes seules, et lorsque mon fils venait déjeu­ner je faisais livrer ses chers sushis. 
André moi étions restés amis. Il passait de plus en plus de temps en Suède où il choi­sis­sait ses mélèzes, ses trembles, ses épicéas, et lorsqu’il reve­nait, il ne manquait jamais de m’appeler ou de m’inviter à dîner ; j’étais chaque fois ensor­ce­lée par son regard triste, toi Gene Kelly, moi Fran­çoise Dorléac, je l’aimais encore, je l’aimais toujours. 
Je rédi­geais mes textes pour La Redoute en regar­dant des séries télé -» Dawson », mon côté fleur bleue, « Dr Quinn, femme méde­cin », même si elle m’agaçait terri­ble­ment, « Urgences », ah, Doug Ross, et « Twin Peaks ». Je n’envisageais ni chien ni chat de compa­gnie, ils auraient été capables, à quatre ans de me repro­cher d’être plus jeune qu’eux. 
Je vous laisse cette chan­son car, pour moi, elle me parle beau­coup mieux beau­coup du vieillis­se­ment que ce roman

Traduit du danois par Alain Gnae­dig. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Chau­de­ment recom­mandé par la biblio­thé­caire de Dinard, ce roman m’a égale­ment beau­coup plu ainsi qu’à Aiffele. On sent dès les première pages, que l’auteur va, peu à peu nous faire remon­ter dans le passé doulou­reux d’Ellinor. Ce jour là, elle enterre son mari Georg et s’adresse dans un long mono­logue à Anna, sa première femme décé­dée, il y a 40 ans. Le premier drame qui hante son récit , c’est la décou­verte que son mari Henning avait une liai­son avec Anna. Ils ont été empor­tés tous les deux par une avalanche, alors que les deux couples passaient des vacances ensemble à la neige. Mais au delà de cette souf­france, nous appren­drons pour­quoi elle n’a pas d’enfant à elle, pour­quoi elle a élevé ceux d’Anna. Pour­quoi sa mère n’a jamais été mariée et pour­quoi le poids de la honte de sa mère est peut-être, fina­le­ment la clé de toutes ses souf­frances. Avec elle, nous voyons la société danoise pas si éloi­gnée que la nôtre fina­le­ment.

La période de la guerre est vue à travers les souf­frances de sa mère, l’après-guerre à travers les diffi­culté de vie d’Ellinor et enfin le monde moderne à travers Stefan et Morten, les jumeaux qui ont partagé sa vie quand elle s’est mariée avec Georg et certaines pages sur le couple de Mia et Stefan nous font penser aux excès de notre époque. A la fin du roman elle retrouve son quar­tier d’enfance et, on espère pour elle, un peu de joie de vivre malgré sa soli­tude et la perte de l’homme qu’elle a fini par beau­coup aimer. Ce roman est aussi une réflexion sur l’amour, on comprend bien pour­quoi elle s’est trom­pée la première fois, mais la vie lui a permis, fina­le­ment, de vivre une belle histoire.

Citations

L’amour

Les années ont passé, nous sommes deve­nus proches simple­ment parce que nous vivions l’un à côté de l’autre. Quand on est jeune, on sous-estime la force de l’habitude, et on sous-estime ses bien­faits et sa grâce. Un mot étrange mais, voilà, c’est dit

Une baby-sitter au Danemark

Le quai de la gare de Char­lot­te­lund était vide comme si on était au milieu de la nuit. Sur le dernier banc, j’ai aperçu une petite silhouette. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un enfant, mais c’était la petite Philip­pine, penché sur son iPhone. Joy avait-elle aussi son vendredi libre ? Pour autant que je sache, on parle espa­gnol aux Philip­pines, mais ici on donne un nom anglais aux filles au pair, le plus souvent des noms piocher dans le registre frivole, celui celui des filles de bordel.

La garde d’enfants

Les femmes de la classe moyenne mercan­tiles ont trouvé une solu­tion post­co­lo­niale au calcul compli­qué qui pose, » égalité fois carrière fois réali­sa­tion de soi plus mater­nité ». On trouve une domes­tique du tiers-monde et on appelle ça échange cultu­rel, mais neuf fois sur dix, la gamine vit dans une chambre à la cave d’où elle peut skyper avec les enfants qu’elle a dû aban­don­ner dans la paillote des grands-parents.

La honte de sa mère

J’étais un faux pas, je n’aurais jamais dû naître. Dans mon esprit d’adolescente, pour ma mère, l’histoire de son amour ne qu’on pensait pas l’histoire de sa honte. Cette honte m’a suivie au cours de toutes ces années, comme un chien sans maître et insis­tant. Nul n’a été plus fidèle que mon roquet galeux et nul ne me connaît mieux que lui. Un jour, j’ai entendu le marchand de légumes dire à un client ce que l’on aurait dû faire avec les gens comme moi. « Ils ont ça dans le sang », a-t-il déclaré. J’ai baissé les yeux, la gorge sèche en atten­dant mon tour.

Dernière phrase

C’est la seule chose qui compte pour un enfant. Nous pardon­nons à nos parents qu’ils nous oublient, à condi­tion qu’ils s’aiment.

(mais, je me demande si on peut pardonner à ses parents d’être oublié)

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. (Mon club de lecture va peut -être deve­nir célèbre)

Ce petit roman m’a beau­coup plu, mais je suis inca­pable de savoir s’il plaira à d’autres. Je le défi­ni­rai comme un roman d’atmosphère, il règne une ambiance à laquelle je me suis lais­sée prendre. La narra­trice, part en train sur les bords du lac Baïkal pour retrou­ver un homme qu’elle a aimé Gyl, et dont elle n’a plus de nouvelles. Ce voyage est l’occasion de renouer tous les fils qui font d’elle la femme qu’elle est aujourd’hui. Cette péré­gri­na­tion vers ce qu’elle est, avait commencé quelques années aupa­ra­vant lors de sa rencontre avec une femme très âgée, sa voisine du dessous, Clémence Barrot, une ancienne modiste qui ne sort plus guère et à qui elle lit des histoires. Elle la retrouve le plus souvent possible instal­lée sur son canapé rouge, -d’où le titre- .

Cette femme est riche d’une histoire d’amour qui s’est bruta­le­ment termi­née en 1943. Paul a été fusillé par les Alle­mands, il avait été recruté par le PCF et était entré dans la résis­tance. Clémence garde une photo prise sur les bords de la Seine, qu’elle cache derrière le canapé. Ils avaient 20 ans, ils étaient amou­reux, ils étaient beaux et la mort a tout arrêté. Clémence en veut terri­ble­ment aux Nazis et un peu au commu­nisme qui lui a enlevé son amou­reux. On retrouve un des éléments qui a consti­tué le passé d’Anne et Gyl, ils étaient tous les deux utopistes et voulaient chan­ger la société. Gyl, n’a pas supporté que le commu­nisme s’arrête et c’est pour­quoi il est parti en Sibé­rie pour faire revivre ce en quoi il croit. Clémence aime les histoires qu’Anne lui raconte, il faut dire qu’elle choi­sit des femmes au destin éton­nant, la brigan­dine Marion du Faouët, Olympe de Gouge, et Miléna Jezenska.

C’est l’autre élément qui construit le destin d’Anne : toutes ces femmes qui ont ont lutté jusqu’à la mort pour s’accomplir. Et puis il y a les livres qui l’habitent, Dostoïevski et Janké­lé­vitch qu’elle a appor­tés avec elle pour ce voyage. Mais surtout, le plus impor­tant c’est de croire en la rencontre amou­reuse. Tout cela provoque son départ et son voyage vers Gyl, mais en chemin elle croise Igor et s’il ne se passe pas grand chose avec lui, c’est un person­nage impor­tant du voyage. Cette traver­sée de la Russise et son arri­vée à Irkoutsk lui permettent de prendre conscience de ce qu’elle était venue cher­cher : elle même plus que Gyll. Hélas ! à son retour Clémence n’est plus là, elle ne pourra donc pas savoir qu « Anne a enfin trouvé ce qu’elle cher­chait.

Citations

Fin d’une utopie

Je n’étais pas seule à perce­voir cette insi­dieuse érosion des certi­tudes qui avaient emballé notre jeunesse, mais ce qui m’effrayait c’était le senti­ment, que parta­geaient quelques-uns de mes amis, de ne rien pouvoir d’autre que de m’abîmer dans ce constat. J’avais lu dans un roman à propos de la mort des théo­ries, « On se demande jusqu’à quel point on les avait prises au sérieux ». J’en voulais à l’auteur pour sa cruelle hypo­thèse. Ce monde rêvé, cette belle utopie : être soi, plei­ne­ment soi, mais aussi trans­for­mer la société tout entière, pouvaient-il n’être qu’enfantillages ? Nous conso­laient-ils seule­ment d’être les héri­tiers orphe­lins des dérives commises à l’Est et ailleurs, que certains de nos aînés avaient fait semblant d’ignorer ?

Nostalgie

Sans aucun doute, Igor était né après la mort de Staline, et je me deman­dais ce qu’il me répon­drait si je pronon­çais ce nom. J’aurais pour­tant aimé lui dire combien son pays avait habité nos esprits, les cruelles désillu­sions qu’i l nous avait infli­gées, et comment ce voyage me rame­nait à des années lumi­neuses où le sens de la vie tenait en un seul mot : révo­lu­tion.

Fin d’un amour

Je me souviens aussi qu’en ouvrant la porte, j’avais en tête une phrase d’Antonioni, » Je cherche des traces de senti­ments chez les hommes ». Je l’avais dit un jour à l’homme qui me quit­tait sans l’avouer, par petites trahi­sons succes­sives. Nous faisions notre dernier voyage. En entrant dans la chambre après des heures d’errance dans une ville où nous nous perdions, je lui avais dit ces mots comme s’ils 
étaient les miens et il avait pleuré. Je le voyais pleu­rer pour la première fois. La fatigue alour­dis­sait nos corps, nous avions fait l’amour dans une sorte de ralenti, d’engourdissement, il conti­nua de sanglo­ter dans mon cou, j’aurais aimé que ces minutes ne s’arrêtent jamais, tout se mélo­drame déli­cieux nous sépa­rait avec une infi­nie douceur, conte­nait à lui seul le temps vécu ensemble.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Un livre très vite lu et sans doute très vite oublié, je n’ai aimé ni le style ni le propos. Une femme cadre dans une impor­tante boite de commu­ni­ca­tion, se sent dépas­sée par la jeune géné­ra­tion. Elle est mal dans sa peau et n’aime ni sa vie de femme ni sa vie de cadre. Elle s’invente une gros­sesse pour fuir ses problèmes, mauvaise idée ! Pendant cette fuite en avant dont elle finira par se sortir, elle connaî­tra toutes les diffi­cul­tés du monde moderne et les angoisses d’une femme de quarante trois ans qui souffre de renon­cer à la mater­nité . La fin est très (trop) opti­miste : elle retrouve son mari, un autre travail, sans doute en province loin du quar­tier de la Défense où elle n’a rencon­tré que la dureté et où la perfor­mance consiste surtout à écra­ser les autres.

Citations

Travailler à la défense

Avant, les gens travaillaient à Paris toute leur existence.…À la défense on erre comme des malheu­reux sur le parvis, ou bien dans les gale­rie commer­cial des quatre temps. D’ailleurs je ne sors plus. Je bosse sans arrêt. Une pause d’une demi-heure, et c’est tout.
Le bus. Les gens. On voit qu’ils vont à la défense. Leurs visages portent l’uniforme de la gravité et de l’ennui.

Une écriture que je n’apprécie pas et des portraits trop rapides

Alys­son se tait enfin. Son bureau est en face au mien. Brune pas vilaine, mais une peau bouton­neuse. Elle me sourit. Elle sourit tout le temps. Elle retire ses écou­teurs, extirpe de son sac Lancel le dernier Musso, son iPhone, et pose le tout sur sa table. Elle est un peu maigre. Un nez pointu. Des lèvres fines. Alison, éton­nante personne sûre d’elle-même, répond à Lionel comme à un pair. Très perfor­mante. Lorsqu’il s’agit de travail, ses pres­ta­tions sont remar­quables : elle a fait Dauphine. Mais sur les autres sujets, on dirait une midi­nette, une cagole. Pour­quoi ne suis-je pas à l’aise ? Vis-à-vis d’elle, j’éprouve un senti­ment de gêne, presque d’infériorité. Elle est exac­te­ment ce que je voudrais être : à l’aise dans mon travail. La force d’Alison est de ne pas douter d’elle-même.

Depuis Zaï-Zaï-Zaï, je suis « une fan » abso­lue de cet auteur de BD. Je me souviens que dans Zaï-Zaï, j’avais ri un peu«jaune » car je trou­vais que la critique de notre société était assez bien vue donc triste, dans celle-ci, mon rire a été plus franc, il faut dire que se moquer des romans photos ou de romans à l’eau de rose porte moins à consé­quence. Il n’empêche que la critique de notre société est aussi présente et la réunion du lance­ment de la Star­tup avec un « brains­tor­ming à l’américaine » doit rappe­ler plus d’un souve­nir à tous ceux qui ont travaillé dans la commu­ni­ca­tion. Chaque page est un petit chef d’oeuvre d’humour, mais peut-être un peu trop le même esprit de déri­sion à chaque fois. Légère critique de ma part pour un album que j’ai adoré, je conseille de le lire à petites doses. J’aimerais le savoir par cœur certaines répliques pour pouvoir faire rire mon entou­rage.

Citations

dialogue de couple

Le coup de foudre pour le livreur de macédoine

(ils vont en manger tous les soirs pendant un mois et plus)

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Qui n’aimerait pas entendre la personne qu’on a tant aimé conclure le dialogue de la rupture par ces mots :

« Reviens quand tu veux »  ?

Je ne connais­sais pas cet auteur qui m’avait tentée à travers la lecture de vos blogs, c’est chose faite, et le moins que je puisse dire c’est que je ne regrette pas les heures passées en sa compa­gnie. Son style est très parti­cu­lier, il évoque avec des expres­sions un peu vieillottes la nature où ce curieux bouqui­niste a décidé de vendre (ou pas !) des livres aux rares personnes qui s’égarent jusqu’à sa boutique. Chaque chapitre démarre par une descrip­tion du temps ou par des éléments de la nature, souvent j’y suis peu sensible, mais Éric Holder a su domp­ter mon impa­tience, car il peuple son récit de person­nages qui sont loin d’être des cari­ca­tures. Ils sont humains c’est tout, donc avec de gros défauts mais aussi quand on s’y attend le moins des quali­tés qui m’émeuvent. Ainsi, ce garde-cham­pêtre ne sera pas seule­ment la victime du « terrible » libé­ra­lisme contem­po­rain – et trop souvent cari­ca­tu­ral dans les films ou dans les romans- mais devien­dra gardien du camping, heureu­se­ment pour Antoine, notre bouqui­niste qui pourra donc après son histoire d’amour se récon­for­ter en regar­dant les soleils couchants dans l’Algeco mis à la dispo­si­tion du gardien. Antoine n’est ni meilleur ni pire qu’un autre, il fera, lui aussi, souf­frir Marie la boulan­gère qui était celle – avant Lorraine- avec qui il allait au cinéma et avec qui il finis­sait ses soirées. Le mari de la boulan­gère qui a joué et perdu tout l’argent du ménage vien­dra rappe­ler à Antoine que Marie est fragile et qu’il n’a pas le droit de la faire souf­frir. Ce roman est riche d’une gale­rie de portraits et on a envie de se souve­nirs de tous sauf, peut-être, de madame Wong qui exploi­tait notre Antoine mais cela se termine bien. Nous appre­nons au passage que le commerce chinois recherche nos vieux livres : est-ce vrai ?

J’avais beau­coup aimé il y a quelques années le film fait à partir du roman d’Éric Holder « made­moi­selle Cham­bon »

On pour­rait faci­le­ment mettre en film « la femme qui n’a jamais sommeil » et pour­quoi pas Vincent Lindon dans le rôle d’Antoine et pour Lorraine, la conteuse, Sandrine Kimber­lain ce serait parfait aussi.

Citations

Quand j’ai cru que je n’accrocherai pas à ce roman à cause des descriptions trop classiques

Quand l’avant-garde des nuages est appa­rue dans le ciel, on a tout de suite vu qu’il s’agissait de méchants, de revan­chards. Pas une goutte depuis 2 mois, il allait corri­ger la situa­tion vite fait, ce n’était pas pour plai­san­ter. Derrière eux, l’urgence crépi­tait en arc bleuâtres sous le ventre du trou­peau, au loin le canon. La lumière s’est éteinte subi­te­ment, la nature rete­nait son souffle, en apnée. Quand le vent est revenu, fou furieux, il hurlait en se frayant un chemin à coups de gifles. Des milliers de feuilles d’acacia, jaunies ou dorées, périrent à l’instant, jonchant le sol. Les premières gouttes de pluie lais­sèrent entendre des hési­ta­tions de moineau sur un balcon. Quelques secondes plus tard, l’eau tombait par baquets, rejaillis­sant des gout­tières sous pres­sion, noyant le paysage.

Toujours le style, mais déjà je savais que j’aimais ce roman

Octobre est resté suspendu aux lèvres du soleil abon­dant, avec la bien­veillance d’un ciel ou de rares nuages patrouillent avant de repar­tir dépi­tés.

Le prénom de la femme aimée et perdue

Elle s’appelait Anne, un prénom entouré d’un hiatus, qu’on ne sait où accro­cher, et qui demeure suspendu comme une exté­nua­tion, un début de mots, une adresse qui n’aurait pas été ache­vée. Anne, on sent déjà qu’une part manquera.

Je ne savais pas ça

La Veuve Clic­quot, née Nicole-Barbe Ponsar­din, tient lieu de phare. J’apprends à Lorraine qu’elle vécu quatre-vingt-neuf ans, son mari, qu’elle adorait, était issu de la plus illustre famille de facteurs d’orgues fran­çais.

Deux hommes ont aimé la même femme

Lui me parle souvent de toi. Tu as même inté­gré nos quelques sujets de conver­sa­tion favo­ris, ceux qui permettent de nous entre­mettre, bon gré mal gré, sur la lande où nous ne sommes que deux. Je ne réponds pas à toutes ses ques­tions. J’adore voir, quand il les pose, le rêve passer dans ses yeux.

Un portrait

Parmi les habi­tués, un ancien mate­lot. Outre la marine, son domaine de prédi­lec­tion, qu’il cultive histo­ri­que­ment, il maîtrise des sciences qui, si on l’écoute, s’y rapportent, la géolo­gie, l’astrophysique, la bota­nique, l’anthropologie. À l’aide d’une mémoire étin­ce­lante, il jette des passe­relles inédites de l’une à l’autre. Il n’a pas navi­gué sans savoir sous quels ciels, ni sur quel flots il se trou­vait, leur compo­si­tion, leurs impé­ra­tifs, leur pouvoir. Ce passionné restait modeste, les cime­tières, disait-il, étaient remplis de gens comme lui.


J’avais lu, sur les commen­taires à propos d’un de ses livres, que celui-ci plai­sait à beau­coup de blogueurs et blogueuses. Comme je le comprends ! Il a tout pour plaire ce roman. D’abord l’art de racon­ter, à propos d’objets anodins tout ce qui les rattache à un pan de vie. Comme ces boucles d’oreilles qu’il a retrou­vées et qui lui rappelle une partie de sa jeunesse. Une virée à Paris, ville où il se promène jeune adulte avec trois autres amis, un premier amour qui n’a pas duré très long­temps, et ce cadeau qui devait scel­ler une grande amitié. Les années 80 époque où

Les Free Time viennent d’être supplanté par les MCDonald’s. Tout le monde porte les United Colors de Benne­ton

Peu à peu, au fil des objets, sa vie se déroule à travers les pages de ce roman, construit sur la douleur d’un divorce mal vécu. Sa femme partant avec un dentiste, certaines phrases sur cette hono­rable profes­sion sont très drôles même si elles sont caus­tiques. Mais le charme de la construc­tion du roman ne s’arrête pas là, chaque personne qui s’arrête devant un objet le fait pour des raisons bien précises, et redonne une nouvelle vie à l’objet en ques­tion. Le livre est construit en boucle et ce qui devait n’être un débar­ras, est porteur de vie : les objets perdus, prennent un nouveau départ vers des objets trou­vés. Et, grâce à l’acheteuse des boucles d’oreille, s’esquisse un départ possible vers une rencontre : l’auteur pourra-t-il ainsi sortir de la tris­tesse de son divorce ?

La multi­pli­cité des points de vue sur les objets permet de rendre compte des diffé­rentes percep­tion du même événe­ment. L’histoire du cadre rouge est vrai­ment atta­chante, l’homme a détesté ce cadre dans lequel sa mère affi­chait des photos de lui enfant qui ne lui rappe­laient que des mauvais souve­nirs, mais son épouse avait été touchée par le geste de sa belle -mère lui confiant un moment de l’enfance de celui qu’elle aimait.

Jean-Philippe Blon­del a ce talent parti­cu­lier de garder en lui, et de nous faire revivre des moments de notre passé par une chan­son, une marque de vête­ments, un événe­ment. Son minus­cule inven­taire, c’est certai­ne­ment ce que beau­coup d’entre nous pour­rions faire à propos d’objets que nous gardons et dont nous seuls connais­sons l’histoire, mais évidem­ment nous n’avons pas tous ni toutes son talent pour les racon­ter.

Citations

La lecture adolescente

Je cherche des romans qui parle­raient de moi -de nous, mais dans les librai­ries, je ne vois que des récits de quadra­gé­naires qui s’épanchent sur leur divorce et sur leurs maîtresses.

On pense à une chanson de Bénabar

Marianne est insti­tu­trice, elle s’est dénu­dée pour un autre insti­tu­teur et ensemble ils forment un couple CAMIF parfait, ils ont un mono­space acheté d’occasion et trois enfants cein­tu­rés à l’arrière, ils vont en vacances en Vendée et ont fait poser derniè­re­ment des pavés auto­blo­quants dans la descente de leur garage.

Vision de la Bretagne

Chri­sian Lapierre venait de Bretagne -de l’autre côté de la France, pas loin de cet océan que je n’avais vu qu’en carte postale,nous, on allait plutôt à la montagne, c’était moins cher, et même si on avait choisi la mer, on aurait viré plus au sud, en Bretagne, il pleut tout le temps et c’est une région triste à mourir.

Les petites anglaises

Je suis sorti pendant quelques temps avec une fille qui s’appelait Kath­leen, assis­tante anglaise de son état, qui trou­vait la France for-mi-da-ble, la culture for-mi-da-ble, la cuisine extra-for-mi-da-ble et les Fran­çais hyper-for-mi-da-ble. J’ai été content de l’accompagner sur le quai de la gare du Nord pour son retour dans son pays natal. Elle était en pleurs, mais moi, je trou­vais ça formi­dable. 

Au moins, j’ai prati­qué l’anglais oral.

Traduit de l’italien par Elise GRUAU. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Roman qui se lit agréa­ble­ment mais je pense que je l’oublierai assez vite. Il raconte cepen­dant un point de vue inté­res­sant, une jeune femme, fille d’un artiste reconnu et célèbre, part avec celui qui n’a pas su être un père dans un voyage à travers l’Italie alpine . On sent tout de suite que c’est leur dernière chance de se comprendre : tant de choses les ont sépa­rés. Elle est la fille d’un couple qui n’a pas su s’aimer et d’un père célèbre trop souvent absent. Elle est la femme d’un mari qui ne la fait plus rêver et la mère d’une petite fille qu’elle aime de toutes ses forces. Il faudra du temps pour que ce père mutique et fuyant arrive à lui faire comprendre qui il est : au-delà de l’artiste célèbre et consa­cré se cache un enfant blessé et un homme meur­tri. Accep­tera-t-elle de quit­ter sa posi­tion de victime (qu’elle est) pour lui tendre la main ? Ce qui est certain c’est qu’elle ne sortira pas indemne de ce voyage vers une Italie des origines où se mêlent aux drames d’une enfance tragique des forces mysté­rieuses et magiques.

Pour que cette histoire soit plau­sible, c’est à dire pour comprendre pour­quoi le père et la fille se connaissent si peu, il faut que les secrets qui les séparent soient à la fois énormes et crédibles. Sinon ils se résument en une phrase trop banale et quelque peu sordide. Son père a épousé sa mère par inté­rêt mais était amou­reux d’une autre femme. Je ne trahis en rien le roman car tout le travail de l’écrivain c’est d’habiller cette triste réalité par des senti­ments très forts, des pouvoirs magiques venant de femmes puis­santes, des mystères de la créa­tion artis­tique. Malgré cela, je ne peux pas dire que j’ai été très convain­cue par ce roman qui m’a semblé telle­ment » italien », dans la descrip­tion du senti­ment amou­reux.

Citations

Personnalité masculine

-Et puis que veux-tu que je te dises Viola ? Que je suis un ingrat ?
Il avait tout à coup pris ce visage que je détes­tais, celui qui disait : « Saute moi dessus si tu penses que cela peut te faire du bien, ou pardonne-moi. Mais ensuite, oublie et mets un point final. Tu n’arriveras pas à me faire chan­ger, de même que personne n’a jamais réussi à le faire. »

L’artiste et les femmes

-Oliviero place dans toutes ses sculp­tures quelque chose qui m’appartient et qu’il me dérobe en perma­nence, conti­nua-t-elle, en s’efforçant de masquer ces mots avec la stupeur d’une flat­te­rie. Il finira par m’avoir tout prix, ajouta-t-elle en souriant.
Ma mère ne perdit pas de temps, et à la première occa­sion elle raconta à mon père ce qui lui avait été confié. Et si Oliviero pouvait suppor­ter la jalou­sie de Pauline, il était en revanche trop jaloux de son art pour accep­ter qu’elle s’en serve pour se vanter face à une incon­nue.
- Comment as-tu pu dire à cette femme une chose pareille, telle­ment à nous ?
- Tu as fait bien pire : pour elle, tu détruis la seule chose qui soit vrai­ment à nous. L’amour.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Il s’agit de rhum et chez moi, certains ne plai­santent pas avec cette bois­son, entre ceux qui parfument la pâte à crêpe et ceux qui le dégustent avec un petit carré de choco­lat noir. Il y a même sur cette photo une bouteille de rhum de la même origine que cet auteur franco-véné­zué­lien. Miguel Bonne­foy part dans ce roman à la recherche du trésor d’un pirate des Caraïbes, et ils nous entraînent dans des contrées aussi fasci­nantes que dange­reuses. Il ne s’agit pas d’un récit réaliste mais évoca­teurs des diffi­cul­tés à vivre dans ces pays domi­nés par une nature luxu­riante et des hommes faci­le­ment violents surtout s’ils sont en quête de trésors. C’est un auteur dont on parle sur les ondes radio­pho­niques et j’ai beau­coup entendu que Séréna, la femme et person­nage prin­ci­pal, est du type « Emma Bovary » , et que Miguel Bonne­foy nous livrait là un conte philo­so­phique épicé au merveilleux d’Amérique latine. Le roman flotte entre ses eaux là, et se lit très faci­le­ment.

Si aimer lire et connaître le monde grâce aux romans c’est faire du bova­rysme alors je pense que nous sommes nombreuses à en faire ; si faire mourir sur un tas d’or une femme trop cupide c’est de la philo­so­phie, cela m’étonne un peu ; si décrire un incen­die qui mettra trois ans à s’éteindre c’est faire du merveilleux, pour­quoi pas ? L’aspect que j’ai préféré c’est bien l’évocation de ces régions, la végé­ta­tion luxu­riante, les excès de pluies puis de séche­resse, le soleil trop violent puis la nuit trop sombres. Oui tout est « trop » dans ce pays des caraïbes . Et on ne peut survivre qu’en maîtri­sant ses peurs et ses fièvres. Le rhum doit bien aider un peu, et vous saurez tout sur la façon d’en fabri­quer un de grande qualité. Les person­nages sont peu crédibles mais ce n’était visi­ble­ment pas le propos de cet auteur. Malheu­reu­se­ment, je fais partie des lecteurs qui aiment penser aux person­nages et comprendre un peu leur choix de vie sans cet aspect je sais que je ne garde­rai pas en mémoire très long­temps ce roman. Je me souvien­drai d’une odeur de rhum, d’une nature éton­nante et de la cupi­dité des cher­cheurs d’or.

Citation

Portrait de femme soumise

Elle aimait rece­voir des louanges sur l’entretien de sa vais­selle, sur le choix de ses meubles, sur la santé de son mari. Ses draps étaient toujours parfu­més de fleurs glis­sées entre leurs plis. C’était une femme d’une patience miné­rale et, jusqu’à la fin de sa vie, prépara des soupes créoles, les yeux effa­cés au fond des marmites, dans sa cuisine où pendaient des jambons secs.

Jolie figure de style

L’heure n’avait pas d’ombre, la chaleur était forte, le soleil mordait la nuque, mais les deux hommes ne faiblis­saient pas. 

Le pouvoir des livres

Ces livres ensei­gnèrent à Séréna tout à la fois la servi­tude et la révolte, l’infidélité et le crime, la magie d’une descrip­tion et la perti­nence d’une méta­phore. Ils lui firent décou­vrir les diverses aspects de la viri­lité, donc elle igno­rait presque tout. Elle appris que la tour de Pise penchait, qu’une muraille entou­rait la Chine, que des langues étaient mortes, et que d’autres devaient naître.