Une plon­gée dans l’horreur et aucune pitié pour les lecteurs trop sensibles (dont je fais partie). Je ne sais pas si cela a un sens de mettre des petits coquillages pour un tel livre, il en mérite 10 si vous voulez vous rensei­gner sur la guerre civile algé­rienne et beau­coup moins si vous préfé­rez vivre loin de ces horreurs Malgré les récits plus horribles les uns que les autres je n’ai pas lâché ce roman « noir » (très noir) avant la dernière page qui n’apporte, d’ailleurs, aucun récon­fort. Ce livre m’a rappelé un repor­tage diffusé par « France 2 » sur la lutte contre le terro­risme en France. Et comme en janvier le thème du club de lecture c’est : l’Algérie, j’ai pris ce livre à la média­thèque . Cette guerre a fait envi­ron 100 000 morts, des milliers de dispa­rus, un million de personnes dépla­cées, des dizaines de milliers d’exilés et plus de vingt milliards de dollars de dégâts et a duré une dizaine d’années. Elle commence en 1991 quand un parti isla­miste le FIS est en passe de rempor­ter les élec­tions. Le gouver­ne­ment avec l’appui de l’armée annule les élec­tions et l’armée prend le pouvoir. Ce livre raconte les mani­pu­la­tions de l’armée algé­rienne pour plon­ger dans l’horreur l’Algérie d’abord, puis, la France pour que celle-ci soutienne sans aucun remord la répres­sion contre les partis isla­mistes. Quand les isla­mistes ne sont pas assez violents, l’armée les pousse à l’être davan­tage. La France a mis beau­coup de temps à réagir, mais j’ai entendu dans l’émission que peu à peu les services secrets de la France ont pris conscience que les terro­ristes du GIA se sentaient soute­nus par le gouver­ne­ment algé­rien. Au milieu de person­nages réels, le récit suit l’enquête du person­nage prin­ci­pal Tedj Benla­zar, un homme mi-breton mi-algé­rien, agent de la DGSE et qui compren­dra plus vite que d’autres tous les dessous d’une très, très sale guerre. Si aujourd’hui ce pays est plus calme, il n’empêche que le gouver­ne­ment n’a toujours pas osé faire un retour vers la démo­cra­tie et que si l’étau mili­taire se desser­rait, on peut se deman­der combien de scor­pions sorti­ront de cette four­naise. Or, on sait aussi aujourd’hui que la médi­ter­ra­née ne suffit pas à proté­ger la France du fana­tisme qui s’exporte telle­ment mieux que les valeurs huma­nistes.

Citations

L’armée algérienne et ses liens avec les islamistes.

Le lien contre nature entre mili­taire et isla­miste engen­drera inévi­ta­ble­ment le grand bordel. Le grand bordel, comprendre l’importation des problèmes algé­riens en France.

Un soldat algérien pris dans la tourmente

Lorsqu’il s’est engagé dans l’armée, il voulait rester honnête, droit, propre, se souvient-il. Sauf que la guerre ne rend pas les hommes meilleure, elle les trans­forme en bête féroce

Les luttes dans l’armée algérienne

Car derrière l’unité de façade de l’armée face à la barba­rie des isla­mistes, les guerres fratri­cides font rage entre les offi­ciers de haut rang. Il n’y a pas de frater­nité mili­taire qui tiennent long­temps face à la convoi­tise. Et la convoi­tise anime tout ce qui approche de près ou de loin le pouvoir, civils comme mili­taires.
L’Algérie est riche. Nonobs­tant la terrible crise écono­mique qui sévit et la quasi-tutelle du FMI, l’Algérie est très, très riche. Dans le Sahara se trouve les troi­sièmes réserves de pétrole d’Afrique et le tiers de son gaz. L’Algérie et un coffre-fort ouvert dans lequel puisent les géné­raux et les ministres depuis long­temps.

Traduit de l’américain par Juliane Nivelt

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Une belle histoire d’amour et une lutte de tous les instants contre la sclé­rose en plaque. SP pour les intimes (qui aime­raient tant ne pas l’être !). Pour vous mettre dans l’ambiance je vous reco­pie la quatrième de couver­ture :

Maddy s’était juré de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Mais voilà Dalt, et il est parfait. À vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour qui durera toute leur vie. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, deve­nus tous deux guides de pêche, ils vivent leur passion à cent à l’heure et fondent leur entre­prise de rafting dans l’Oregon. Mais lorsque Maddy, frap­pée de vertiges, apprend qu’elle est enceinte et se voit en même temps diag­nos­ti­quer une sclé­rose en plaques, le couple se rend compte que l’aventure ne fait que commen­cer.

Je dois avouer que ce roman ne m’a pas entiè­re­ment conquise. Certes la nature est belle, et oui, cet auteur sait décrire les somp­tueux décors des réserves natu­relles nord-améri­caines. Mais les romans qui avancent à coup de dialogues ne sont pas mon fort. Et puis cette femme dont je comprends si bien la colère a souvent besoin de jurer et « les trou du cul » de succèdent à un rythme qui m’ont vite fati­guée. Leur histoire d’amour est belle un peu trop sans doute, on peut cepen­dant y croire car l’auteur le raconte avec beau­coup de déli­ca­tesse. Ces deux thèmes qui se mêlent : cet amour profond qui les lie l’un à l’autre et la mala­die qui ronge peu à peu les capa­ci­tés de la jeune femme ont visi­ble­ment su séduire un large public. Je suis restée un peu en dehors, certai­ne­ment à cause du style et je l’ai trouvé beau­coup trop long pour une fin que l’on sait, hélas ! inéluc­table .

Citations

La maladie dans le regard des autres

Ses inten­tions sont bonnes, mais la vérité, c’est que je préfé­re­rais être brûlé vive​.Je veux dire, je suis toujours heureuse de me retrou­ver dans les bras d’Allie, les rares fois où un type ne s’y trouve pas déjà, s’arrogeant toute la place. Mais pas de cette manière-là. Pas par pitié. Pas parce que je ne peux plus cacher mon bras, ma mala­die.

Traduit de l’anglais par Georges Lory.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

Voici sept nouvelles qui peuvent se lire sépa­ré­ment, mais qui ont des points communs : le vieillis­se­ment et la volonté de rester soi-même d’une femme indé­pen­dante et intel­lec­tuelle malgré les affronts de l’âge, les soucis des enfants face à l’indépendance et la fragi­lité de leur mère vieillis­sante, et enfin les animaux que les hommes traitent si mal parfois.

Toutes les nouvelles ont beau­coup de charmes et de déli­ca­tesses, rien n’est résolu, les histoires sont comme en suspens . La dernière qui a donné son titre au recueil « l’abattoir de verre », m’a fait penser au livre de Vincent Message « Maîtres et Posses­seurs » , d’ailleurs J.M Coet­zee rappelle la philo­so­phie de Descartes dans cette nouvelle. Ce n’est pas celle que j’ai préfé­rée, je sais que je vais l’oublier assez vite, sauf sans doute l’image des pous­sins que l’on broie à peine nés car ils ne sont pas du bon sexe, (aucune fémi­niste ne se réjouira de savoir que ce sont les petits mâles que l’on passe à la broyeuse !). J’ai beau­coup aimé la nouvelle de la femme qui se réfu­gie dans un village espa­gnol entou­rée de chats à moitié sauvages et d’un certain Pablo un peu demeuré et qui l’aide à vivre dans une maison si incon­for­table. Que son fils soit inquiet on peut le comprendre, mais rien ne semble pouvoir la faire chan­ger d’avis !

Je me suis demandé pour­quoi J.M Coet­zee avait choisi de se mettre à la place d’une femme puisque ces sept nouvelles racontent sept moment diffé­rents du vieillis­se­ment la vie d’Elizabeth Costello mais il a beau­coup de talent pour sonder l’âme humaine qu’elle soit dans un corps fémi­nin ou mascu­lin.

Citations

Se sentir vieillir

Ce que je trouve trou­blant vieillis­sant, dit-elle à son fils, c’est que j’entends sortir de ma bouche des mots que jadis j’entendais chez les personnes âgées et que je m’étais promis de ne jamais employer. Du style » Où-va-le-monde-ma-bonne-dame ». Les gens se promènent dans la rue en mangeant des pizzas tout en parlant dans leur portable -où va le monde ?

La beauté

La ques­tion que je me pose à présent, c’est : toute cette beauté quel bien m’a-t-elle fait ? La beauté n’est-elle qu’un bien de consom­ma­tion, comme le vin ? On le déguste,on l’avale, il nous donne une sensa­tion agréable, grisante, mais qu’en reste-t-il au final ? Le résidu du vin, excu­sez-moi, c’est l’urine ; quel est le résidu de la beauté ? Quel aspect posi­tif nous laisse-t-elle ? La beauté fait-elle de nous des gens meilleurs ?

L’automne

Tout comme le prin­temps est la saison qui regarde l’avenir, l’automne est la saison qui regarde vers l’arrière 

Les désirs conçus par un cerveau autom­nal sont des désirs d’automne, nostal­giques, entas­sés dans la mémoire. Ils n’ont plus la chaleur de l’été ; même lorsqu’ils sont intenses, leur inten­sité est complexe, pluri­va­lente, tour­née vers le passé plus que l’avenir. 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

Un livre qui m’a davan­tage éton­née que plu. Il y a deux livres en un, d’abord le récit de forma­tion de Pol Pot du temps où il s’appelait Saloth Sâr . C’est dans toutes les faiblesses de cet enfant, puis du jeune homme que Nancy Hous­ton traque tout ce qui a pu faire de cet homme qui a tant raté, ses études, ses amours, un tyran parmi les plus sangui­naires. Il ne réus­sit pas à obte­nir ses diplômes, il fera tuer tous les intel­lec­tuels. Il puisera dans les discours révo­lu­tion­naires fran­çais, de 1789 à 1968, le goût des têtes qui doivent tomber ! Les chiffres parlent d’eux mêmes, Pol Pot est respon­sable de 1,7 million de morts, soit plus de 20 % de la popu­la­tion de l’époque. L’article de Wiki­pé­dia, en apprend presque autant que ce livre, mais l’émotion de l’écrivaine rend plus palpable l’horreur de ce moment de l’histoire du Cambodge.

Et puis nous voyons la très jeune narra­trice, qui doit avoir plus d’un point commun avec l’auteure, passer une enfance et adoles­cence très marquée par le mouve­ment hippie pendant son enfance et mai 68 à Paris pendant sa jeunesse. Le but de ces deux histoires, est de montrer les points communs entre cet horrible Pol Pot et la narra­trice. Je pense qu’il n’y a qu’elle qui voit les ressem­blances. En revanche, le passage par Paris et la descrip­tion des intel­lec­tuels , Jean-Paul Sartre en tête qui soutiennent les Khmers Rouges est terrible pour l’intelligentsia fran­çaise. La seule excuse à cet aveu­gle­ment volon­taire, c’est de ne pas vouloir prendre partie pour les améri­cains qui ont envoyé sur le Cambodge plus de bombes que pendant la deuxième guerre mondiale sur toute l’Europe. Et voilà toujours le même dilemme : comment dénon­cer les bombar­de­ments améri­cains sans soute­nir le commu­niste sangui­naire, Pol Pot.

Citations

l’écriture

De toute façon, elle a appris depuis l’enfance à neutra­li­ser par l’écriture tout ce qui la blesse. Les mots réparent tout, cachent tout, tissent un habit à l’événement cru et nu . Dorit ne vit pas les choses en direct mais en différé : d’abord en réflé­chis­sant à la manière dont elle pourra les écrire, ensuite en les écri­vant. Proté­gée quelle est par la maille des mots, une vraie armure, les agres­sions ne l’atteignent pas vrai­ment.

Mai 68

Un jour Gérard vient l’écouter jouer du piano dans l’appartement de la rue L’homond. Au bout d’une sonate et demie de Scar­latti, il pousse un soupir d’ennui :» C’est bien joli, tout ça dit-il, mais je n’y entends pas la lutte des classes. »

Les Khmers rouges

Le 9 janvier 1979, les troupes nord-viet­na­mienne se déploient à Phnom Penh, révé­lant au monde la réalité du Kampu­chéa démo­cra­tique, la capi­tale déser­tée, dévas­tée… Les champs stériles… Les monceaux de sque­lettes et de crânes… De façon directe ou indi­recte, au cours de ces quarante cinq mois au pouvoir, le régime de Pol Pot aura entraîné la mort de plus d’un million de personnes, soit envi­ron un cinquième de la popu­la­tion du pays. Le Cambodge gît inerte, tel un corps vidé de tout son sang .

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Voici mon deuxième auteur de ma famille affec­tive. C’est encore d’un deuil dont il s’agit, celui de son frère. Ils sont quatre garçons, dans la famille, Daniel a partagé pendant onze ans sa chambre avec son frère de quatre ans son aîné. C’était le préféré de la famille, et comme il le lui avouera plus tard ce n’est pas toujours facile de porter ce titre sur ses épaules. Lui, Daniel, c’est celui qui rate l’école dans une famille ou être reçu à une grande école , si possible poly­tech­nique était la règle, ce n’était pas facile non plus. Mais Daniel avait Bernard qui d’une simple phrase savait le rassu­rer. Quand l’enfant rentre très triste avec de très mauvaises notes, et qu’il hurle de colère le plus fort qu’il le peut : « je suis con, je suis con » d’une voix douce son frère lui répond

- Mais non, si tu étais con, je le saurais !

Citations

Manger ou dîner ?

L’heure tour­nant, je me lavais :
- Bon, ce n’est pas tout ça mais il faut qu’on y aille, on va manger chez les R.
Ma tante me regarda comme si elle avait avalé son diction­naire. 
-Mais non, voyons, vous allez « dîner », chez les R.
Mon frère tempera douce­ment. 
-Oui, et tu connais Daniel, il en profi­tera certai­ne­ment pour manger quelque chose. Toute notre vie je me suis alimenté à son humour.

Vocation ?

Il était ingé­nieur en aéro­nau­tique, spécia­liste des vibra­tions. Il aurait préféré les eaux et forêts, les arbres, les animaux. Il aurait fait un bon étho­logue. Des concours d’entrée en déci­dèrent autre­ment. Ainsi va la vie dans certaines familles qui ont accès aux grandes écoles, recalé à ce concours ci, reçu à celui-là, tu aurais aimé t’occuper d’oiseau, tu t’occupes d’avion. La préfé­rence ? Qu’est-ce que ce caprice, au regard du rang à tenir ?

Humour

La proba­bi­lité jouait un grand rôle dans sa vie, le pire étant sûr -ques­tion de proba­bi­li­tés-, il n’y avait aucune raison de drama­ti­ser. Nous échan­gions beau­coup de blagues autour de la proba­bi­lité. La veille de mon permis de conduire il me conseilla de convaincre l’inspecteur qu’il valait beau­coup mieux traver­ser les carre­four à cent quatre-vingt à l’heure qu’à vingt
– Neuf fois moins de chances de percu­ter un autre véhi­cule, Monsieur l’Inspecteur.

Le couple

C’est donc l’histoire d’un couple, me disais-je, où le mari ne m’aura jamais dit de mal de sa femme qui ne m’en n’aura jamais dit du bien.

Ce jour je vais publier deux romans de deux auteurs pour lesquels j’éprouve de l’affection. Cela ne se dit pas, sauf sur un blog. Tous les deux font partie de ma famille de lectures, et tous les deux racontent le deuil.

Je lis tous les livres de cet auteur qui me tombent sous la main, celui-là c’est la souris jaune qui me l’a conseillé, qu’elle en soit remer­ciée. C’est un très beau livre, qui explique bien des failles et des diffi­cul­tés d’être à fond dans la vie qui sont évoquées dans tous les livres de Jean-Philippe Blon­del. Lorsqu’il avait 18 ans un acci­dent de voiture a tué sa mère et son frère, c’est son père qui condui­sait et celui-ci meurt quatre ans plus tard. Plombé par ces deux tragé­dies, le narra­teur très proche de l’auteur, sans aucun doute, a bien du mal à trou­ver l’envie de « rester vivant » . Avec beau­coup d’humour et en restant très pudique, il arrive à nous faire comprendre et parta­ger sa souf­france. Ce que j’apprécie chez lui, c’est que jamais il ne s’apitoie sur lui, jamais il ne fait pleu­rer sur son sort. Sa vision de l’Amérique est origi­nal et tout en suivant une chan­son de Lloyd Cole Rich qui l’amènera à Morro Bay. 

Mais aussi à Las Vegas où il a bien failli se perdre lui et et aussi Laura et Samuel. Ce sont ses amis et leur trio est compli­qué, Laura c’st son ex qui est main­te­nant la petite amie de Samuel qui est son ami pour toujours. Ce road movie lui permet de faire des rencontres inté­res­santes et même la loueuse de voiture qui semble d’un banal achevé se révé­lera plus riche qu’il ne s’y atten­dait. Bien curieuse famille où lui était l’enfant raté à côté du frère parfait qu’il enten­dait pour­tant pleu­rer très souvent la nuit dans son lit.

la chan­son qu’ils ont chanté pendant leur voyage à propos de laquelle il dit

Je devrais écrire un mail à Lloyd Cole.

Je commen­ce­rai par « Tu vois, Lloyd, un jour, j’y suis allé, à Morro Bay ».

Un jour, j’en suis revenu aussi. Et après, la vie a repris ses droits.

Citations

Style

Nous restons un moment comme ça, inutiles, sur le trot­toir. Il n’y a presque personne dans les rues de la ville. On est un vendredi 2 mai. Le nuage de Tcher­no­byl s’est arrêté au fron­tière fran­çaise. Il fait bon. Je sens des pico­te­ments dans mes mains et dans mes pieds. Je remarque une tache de pein­ture rouge sur le mur d’en face. Samuel se dandine d’une jambe sur l’autre. Il demande ce qu’on fait main­te­nant. Je veux voir du monde. Sentir la sueur et l’alcool. Nous optons pour le seul café qui reste ouvert jusqu’à trois heures du matin. En marchant, j’oublie que je sors de l’hôpital, j’oublie que je devais me faire opérer le lende­main, j’oublie que mon père est mort sur une route de campagne. La seule chose dont je me souviens, c’est que j’ai vingt deux ans ans.

Le deuil

Nous avons pris la voiture tous les quatre, au grand dam de mon oncle – qui ne voyait pas ce que Samuel avait à voir avec tout ça. Laure, encore, à la limite. Mais Samuel, non. J’ai simple­ment dit :» Il vient aussi. » Et tout le monde a obéi. Être le roi du malheur, ça a quand même des avan­tages. Les sujets se plient de mauvaise grâce à vos désirs, mais ils n’ont pas assez de cran pour vous contre­dire.

Une vision originale de Las Vegas

Je me sens instinc­ti­ve­ment bien à Las Vegas.

C’est le centre du monde de l’oubli.

Traduit de l’américain par Mathilde Bach

Bien présenté par mes blogs préfé­rés, je savais que je lirai à mon tour ce roman de 952 pages (en édition poche). Aucune décep­tion et un coup de cœur pour moi, je rejoins Keisha, Jérôme, Kathel pour dire que ce premier roman de Nathan Hill est un coup de maître. Son seul défaut est d’avoir voulu tout racon­ter l’Amérique qui va mal en un seul roman. Tout ? pas complè­te­ment puisque le racisme n’y est pas évoqué. Le fil conduc­teur est tenu par Samuel aban­donné par sa mère à l’age de 11 ans, il est devenu profes­seur de litté­ra­ture dans une petite univer­sité, le roman raconte sa quête pour retrou­ver et comprendre sa mère. Il fera face d’abord à une certaine Laura, étudiante qui a mis le prin­cipe de la triche au cœur de son acti­vité intel­lec­tuelle ; puis, on le voit passer son temps à jouer dans un monde virtuel où il tue, des nuits entières, des dragons et des orques, on découvre grâce à cela l’univers des joueurs « drogués » par les jeux vidéo. À cause de cette passion nocturne il est bien le seul à ne pas savoir que sa mère fait le « buzz » sur les réseaux sociaux. On la voit sur une vidéo qui tourne en boucle jeter des cailloux sur sur un candi­dat à la prési­dence des Etats-Unis, un sosie de Trump, un certain Parker qui ressemble tant au président actuel. Pour que Samuel comprenne le geste de sa mère, il faudra remon­ter aux événe­ments qui ont secoué Chicago en 1968 et pour mettre le point final à cette longue quête retrou­ver les raisons qui ont fait fuir la Norvège au grand-père de Samuel en 1941. Toutes les machi­na­tions dont sont victime Samuel et sa mère ne sont fina­le­ment l’oeuvre que d’un seul homme qui a tout compris au manie­ment des médias et à celui des foules ? Je ne peux pas en dire plus sans divul­gâ­cher l’intrigue roma­nesque.

Mais pour moi ce n’est pas l’essentiel, ce qui m’a complè­te­ment accro­chée, c’est le talent de Nathan Hill pour décrire diffé­rentes strates de la société nord-améri­caine. Quand il nous plonge dans le monde des joueurs complè­te­ment drogués aux jeux vidéo, on sent qu’il s’est parfai­te­ment rensei­gné sur leurs habi­tudes et le roman devient prati­que­ment un docu­men­taire, je ne savais pas que l’on pouvait s’enrichir en vendant des objets virtuels qui n’existent que dans un jeu. Les mœurs des étudiants améri­cains nous sont plus fami­lières : il y a du Philippe Roth dans les ennuis de Samuel avec le poli­ti­que­ment correct de l’université mené par une étudiante qui préfère tricher plutôt que travailler.
Les entre­prises améri­caines qui se soucient si peu de leurs employés, la police de Chicago qui, en 1968, s’est compor­tée plus comme une milice néo-fasciste que comme une police d’une grande démo­cra­tie, et les manœuvre des candi­dats à la prési­dence des Etats-Unis tout cela enri­chit le roman peut être trop ? Je remarque que plus les romans fran­çais s’allègent plus les romans nord-améri­cains s’allongent.

Citations

Portrait

Il sait bien à quel point c’est désa­gréable et condes­cen­dant de corri­ger la gram­maire de quelqu’un dans une conver­sa­tion. C’est du même ordre que d’être à une fête et rele­ver le manque de culture de son voisin,c’est d’ailleurs préci­sé­ment ce qui est arrivé à Samuel lors de sa première semaine à l’université. Dans un dîner de présen­ta­tions orga­nisé chez la doyenne de l’université, sa patronne,une ancienne prof de Lettres qui avait grimpé les éche­lons admi­nis­tra­tifs un à un. Elle avait bâti le genre de carrière acadé­mique tout à fait typique : elle savait abso­lu­ment tout ce qu’il y avait à savoir dans un domaine extra­or­di­nai­re­ment restreint (sa niche à elle, c’était la produc­tion litté­raire pendant la Grande Peste) . Au dîner, elle avait solli­cité son avis sur une partie spéci­fique des « Contes de Canter­burry », et, lorsqu’il avait hésité, s’était écriée, un peu trop fort : » Vous ne l’avez pas lu ? Oh, ça alors, doux Jésus. »

Le produit livre

- Je construit des livres. C’est surtout pour créer une valeur. Un public. Un inté­rêt. Le livre, c’est juste l’emballage, le contenant.…ce qu’on crée en réalité, c’est de la valeur. Le livre,c’est juste l’une des formes sous lesquelles se présente cette valeur, une échelle, un emprunt.

Hypocondriaque

Il était d’une fran­chise et d’une impu­deur totales sur les détails de son état. Il parlait comme les gens atteints d’une mala­die terrible, de cette manière qu’a la mala­die d’éclipser toute notion de pudeur et d’intimité. Racon­tant par exemple son désar­roi en matière de prio­rité quand il avait la diar­rhée et la nausée » en même temps »

Les nouvelles mode pour les régimes alimentaires américaines.

- Je vais commen­cer un nouveau régime bien­tôt. Le régime pléisto . T » en as entendu parler ?
-Nan.
-C’est celui où tu manges comme au pléis­to­cène. En parti­cu­lier l’époque taren­tienne, dans la dernière période glaciaire. – Comment on sait ce qu’ils mangeaient au pléis­to­cène ?
-Grâce à la science. En fait, tu manges comme un homme des cavernes, sauf que t’as pas à t’inquiéter des masto­dontes. Et en plus, c’est sans gluten. L’idée, c’est de faire croire à ton corps que tu as remonté le temps, avant l’invention de l’agriculture.

Mœurs capitalistes aux USA

Sa société déposa le bilan. Et ce, malgré le mémo qu’elle avait diffusé auprès de ses employés deux jours seule­ment aupa­ra­vant, annon­çant que tout allait pour le mieux, que les rumeurs de faillite étaient exagé­rées, qu’ils ne devaient en aucun cas vendre leurs actions, voire qu’il pouvait même penser en acqué­rir davan­tage vu leur déva­lua­tion actuelle. Henri l’avait fait, il y avait appris par la suite qu’au même moment leur PDG reven­dait toutes ses parts. Toute la retraite de Henry était ainsi passée dans un tas d’actions qui ne valaient plus un clou, et lorsque la société sortit de la faillite et émit de nouvelles actions, elle ne furent propo­sées qu’au comité exécu­tif et aux gros inves­tis­seurs de Wall Street. Henri se retrouva donc sans rien. Le confor­table bas de laine qu’il avait mis des années à remplir s’était évaporé en un seul jour.

Tricher

Et cepen­dant, même de cela elle doutait, car si ce n’était pas grave qu’elle triche pour un devoir, alors dans ce cas pour­quoi ne pour­rait-elle pas tricher pour tous les devoirs. Ce qui était un peu embê­tant car l’accord qu’elle avait passé avec elle-même au lycée quand elle avait commencé à tricher, c’est qu’elle avait le droit de tricher autant qu’elle voulait main­te­nant à condi­tion que plus tard, quand les devoirs devien­draient vrai­ment impor­tant, elle se mette à travailler pour de vrai. Ce moment n’était pas encore arrivé. En quatre ans de lycée et une année d’université, elle n’avait rien étudié étudier qu’elle puisse quali­fier de vrai­ment impor­tant. Donc elle conti­nuait à tricher. Dans toutes les matières. Et à mentir. Tout le temps. Sans le moindre senti­ment de culpa­bi­lité.

Fin d’une discussion avec une étudiante qui a copié son de voir sur internet

Laura sort en trombe de son bureau et,une fois dans le couloir, se retourne pour lui crier dessus : « Je paie pour étudier ici ! Je paie cher ! C’est moi qui paie votre salaire,vous n’avez pas le droit de me trai­ter comme ça ! Mon père donne beau­coup d’argent à cette école ! Bien plus que ce que vous gagnez en un an ! Il est avocat et vous allez avoir de ses nouvelles ! Vous êtes allé beau­coup trop loin ! Vous allez voir qui commande ici »

Humour

Tu serais étonné du nombre de médi­ca­ments très effi­caces qui ont été déve­lop­pés à l’origine pour trai­ter les problèmes sexuels mascu­lins. C’est, concrè­te­ment, le moteur prin­ci­pal de toute l’industrie phar­ma­ceu­tique. Remer­cions le Seigneur que les dysfonc­tion­ne­ment sexuel mascu­lin existent.

La retraite

Tous les endroits semblaient aussi horribles les uns que les autres, car ce qu’on ne dit jamais sur les voyages à la retraite, c’est que pour en profi­ter il faut pouvoir suppor­ter un mini­mum la personne avec qui vous voya­gez. Et rien que d’imaginer tout ce temps passé ensemble, en avion, au restau­rant, dans des hôtels. Sans jamais pouvoir échap­per l’un à l’autre, le côté de leur arran­ge­ment actuel était qu’il pouvait toujours prétendre que la raison pour laquelle ils se voyaient si peu, c’était qu’ils avaient des emplois du temps char­gés, pas qu’ils se détes­taient cordia­le­ment.

Un concerto dont il est question dans ce roman

Max Bruch n’a pas reçu un centime pour cette oeuvre

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’aurais tant voulu aimer ce roman, ! Tout le long de la lecture cette phrase tour­nait en boucle : « Les meilleures inten­tions ne suffisent pas à faire un bon livre. » J’ai aimé les idées de départ, cette jeune femme intro­ver­tie, Alice, qui trouve sa vie ratée car elle ne trouve pas de poste pour ensei­gner dans une univer­sité après une thèse en socio­lo­gie. Elle se réfu­gie dans la maison de sa grand-mère dans un petit village de la Meuse. Et là, trouve par hasard de quoi s’occuper en animant des ateliers d’écriture dans deux maisons de retraite et avec des enfants de l’école. Ensuite, l’auteure imagine une cascade de coïn­ci­dences que j’ai eu bien du mal à accep­ter. Lucien a bien connu la grand-mère d’Alice la narra­trice , Margue­rite qu’il confond avec elle, Georges dans un texte émou­vant fait revivre le souve­nir de Manon la résis­tante qu’il n’a vu qu’une fois mais dont il est tombé éper­du­ment amou­reux. Élisa­beth, dans la maison de retraite éloi­gnée de quelques kilo­mètres, racon­tera la même histoire ; Et ? oui, oui, vous avez deviné : ils se marièrent à 90 ans. Chloé la pétu­lante ergo­thé­ra­peute ne voit pas que Julien, l’animateur est fou amou­reux d’elle, et ? oui, oui, ils fini­ront dans les bras l’un de l’autre . Et notre Alice retrou­vera-t-elle son Antoine ? Je vous laisse la décou­verte (si vous n’avez pas deviné la fin, vous n’êtes pas doué !) et aussi l’enquête des vieilles dames qui de Vérone à Boston en passant par Paris remuent ciel et terre pour redon­ner à Alice sa joie de vivre.

Ce roman n’était vrai­ment pas pour moi et pour­tant je l’ai commencé avec les meilleures inten­tions du monde. Je connais bien les personnes qui vieillissent en maison de retraite, j’apprécie beau­coup les ateliers d’écriture et enfin ce livre était au programme de mon club de lecture. Trois bonnes raisons qui n’ont pas suffit à faire de cette lecture un bon moment. Je pense qu’il pourra faire l’objet d’une adap­ta­tion au cinéma pour une comé­die « à la fran­çaise » , j’imagine très bien la bande annonce et la pauvreté du film qui déce­vra un public allé­ché par les bonnes idées de départ.

Citations

L’internet

Il était loin, le temps où elle disser­tait avec ses copines de fac sur le grand méchant commerce en ligne qui allait manger tout cru les petits commerces de proxi­mité. Alice en avait fini avec les grandes envo­lées indi­gnées. Quand on vivait au fin fond de la Lorraine, on était bien content de recou­rir au site marchand qui peuplent le Web. « Inter­net comme outil de compen­sa­tion cultu­relle de la déser­ti­fi­ca­tion rurale ».

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Cita­tion de Sénèque qui illustre parfai­te­ment le sens de ce roman :

Tirons notre courage de notre déses­poir même 

Ce roman concourt à notre prix final du mois de Juin 2019, c’est dire si l’enthousiasme des lectrices a été convain­quant. J’avoue que je me suis amusée à cette lecture. J’ai retrouvé une partie de mon enfance quand je chipais des livres à mes frères et qu’en secret, je partais dans des romans plus aven­tu­reux que mes goûts habi­tuels en matière de lecture. Je pense aussi que cette auteure s’est bien amusée à rédi­ger des belles scènes de navi­ga­tion et de batailles entre les bateaux du roi et ceux des pirates. Virgi­nie Caillé-Bastide s’est appli­quée à être la plus exacte possible aussi bien en matière de navi­ga­tion que sur le plan histo­rique. Elle a choisi de garder des tour­nures de la langue du XVIIe siècle, mais cela n’empêche nulle­ment la compré­hen­sion. Pour étof­fer son roman elle a choisi de confron­ter un pirate à l’âme noire, Ombre, à un pasteur Jésuite à l’intelligence et à l’humanité remar­quables. C’est sans doute ce qu’on peut lui repro­cher, les personnes posi­tives le sont à la lumière du XXI° siècle et de valeurs huma­nistes qui ne sont venues que très tardi­ve­ment dans les conscience des humains. Mais ce reproche ne doit arrê­ter aucun lecteur ou lectrice. Si vous voulez connaître, l’histoire de Ombre, ancien­ne­ment petit noble breton, qui a vu toute sa famille et ses proches mourir de faim, qui reniera Dieu et ses œuvres pour partir dans les Caraïbes et deve­nir un des pirates les plus craints des mers loin­taines, embar­quez-vous sur le Sans-Dieu, l’aventure sera au rendez vous, et l’amour aussi, un peu, peut être trop, si vous êtes unique­ment atta­ché à la réalité histo­rique.

Citations

La famine sous Louis XIV, propos sarcastiques

Certes, notre pauvre dame a déjà perdu six enfants et le petit Jehan était le seul que le Seigneur notre Dieu avait omis de lui reprendre.

Combat de pirates

Après la déto­na­tion, chacun enten­dit le siffle­ment recon­nais­sable entre tous de cette arme redou­table. Tour­noyant dans les airs, les deux boulets reliés par une chaîne enta­mèrent d’importance un grée­ment déchi­rèrent une voile, et rencon­trèrent deux mate­lots qui avait eu l’infortune de se trou­ver sur leur course. Au même instant, le brick tira à bout portant belle salve dans les flancs du galion, l’atteignant au cœur de ses œuvres vives, où se situaient canon et réserve de poudre. Aussi­tôt, un début d’incendie se déclara ajou­tant à la confu­sion de l’assaut. Le bricks s’était encore appro­ché ne se trou­vait plus qu’à quelques brasses de l’espagnol. Perchés dans les enflé­chures des haubans, les gabiers du « Sang Dieu » lancèrent des dizaines de grenades sur le pont du galion, causant grand dommage à l’ennemi. Puis à l’aide de grap­pins et de crochets, ils agrip­pèrent les vergues et les drisses, de façon à permettre au restant de l’équipage de sauter à bord du vais­seau. Pendant l’abordage, bien des pirates tombèrent sous les balles des mous­quets espa­gnol, mais la majo­rité d’entre parvint à gagner le pont prin­ci­pal et se préci­pita avec force cris sur les soldats ébahis. Hache en main et sabre au clair, l’Ombre fut l’un des premiers à se jeter sur un offi­cier qui n’avait pas eu le temps de rechar­ger son mous­quet, et dont l’épée déli­ca­te­ment cise­lée , vola au premier coup de hache.….

Discussion de pirates

« Oh là Gant-de-fer, sauras-tu encore te servir de ton boute-joie afin d’en réga­ler les drôlesses et émou­voir leur tréfonds ?» L’intéressé répon­dait aussi­tôt 
« Et toi, Foutri­quet, si ton appen­dice est propor­tion­nel à ta taille, je gage que tu ne leur feras point grand effet et qu’elle s’en vien­dront me trou­ver afin que je les satis­fasse à ta place !»

Le style

À peine l’amour rencon­tré, la mort s’était-elle invi­tée ? Les misé­rables qui exploi­tait le corps de cette malheu­reuse avait-il occis le naïf jeune damoi­seau afin de lui faire payer le prix de son impu­dence ?

Traduit de l’hébreu par Valé­rie Zenatti

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Avant les camps, nous ne savions pas discer­ner l’éphémère de l’immuable. À présent nous avons eu notre compré­hen­sion des choses.

J’ai déjà lu, et j’avais été très touchée par l’Histoire d’une Vie, le décès de Aharon Appen­feld en janvier 2018 a conduit notre biblio­thé­caire à mettre ce livre au programme de notre club. Cette lecture est un nouvel éclai­rage sur la Shoah. L’auteur y rassemble, en effet, ses souve­nirs sur les quelques mois après la libé­ra­tion des camps de concen­tra­tion. Nous suivons Théo Korn­feld qui veut retrou­ver sa maison fami­liale en Autriche. Dans des chapitres très courts, le jeune homme raconte son errance à travers une Europe rava­gée par la guerre, et sa volonté de retrou­ver son père et surtout sa mère, il est peu à peu envahi par ses souve­nirs d’enfance. Avant la guerre, sa mère, visi­ble­ment bipo­laire, entraîne son fils dans tous les lieux où l’on peut écou­ter des concerts de Bach en parti­cu­lier les monas­tère chré­tiens et petites chapelles isolées même si elle en est parfois reje­tée comme « salle juive ». Elle entraîne aussi son mari vers une faillite finan­cière, lui qui travaille comme un fou pour satis­faire tous les besoins de sa trop belle et fantasque épouse. L’errance de Théo à peine sorti de son camp, lui fait croi­ser les « resca­pés ». Chaque personne essaie de retrou­ver une once de dignité pour repar­tir vers d’autres hori­zons. C’est terrible et chaque vie révèle de nouvelles souf­frances, je pense à cette femme qui s’installe sur le bord de la route pour appor­ter des soupes chaudes et récon­for­tantes aux personnes qui viennent d’être libé­rées et qui sont sur les routes. Elle ne peut pas se remettre d’avoir empê­ché sa sœur et ses deux nièces de s’exiler en Amérique avant l’arrivée des nazis, elles sont mortes main­te­nant et en nour­ris­sant les pauvres ères échap­pés à la mort elle essaie d’oublier et de revivre.

Entre rêve et hallu­ci­na­tion, Théo livre un peu les horreurs dont il a été témoin, et surtout il redonne à chacune des personnes dont il se souvient une person­na­lité complexe qui ne se défi­nit pas par le numéro gravé sur son bras, ni par sa résis­tance ou non aux coups reçus à longueur de jour­née. Tout ce que raconte Théo se passe dans une atmo­sphère entre rêve et réalité, il est trop faible pour avoir les idées très précises et les souve­nirs de l’auteur viennent de si loin mais ils ne se sont jamais effa­cés c’est sans doute pour cela qu’il dit de ses jour­nées qu’ils sont « d’une stupé­fiante clarté ». Un livre qui vaut autant par la simpli­cité et la beauté du style de l’auteur que par l’émotion qu’il provoque sans avoir recours à un pathos inutile, ici les faits se suffisent à eux mêmes.

Citations

L’enfance du narrateur avant la Shoah

Tandis que ses cama­rades de classes étaient rivés à leur banc dur, sa mère et lui voguaient sur des rails lisses, avalant de longues distances dans des trains luxueux. Le père était inquiet, mais il n’avait pas la force de stop­per un désir si puis­sant. Il enfouis­sait sa tris­tesse dans la librai­rie, jusque tard dans la nuit.
Il essayait parfois d’arrêter la mère. » Le petit n’est pas allé à l’école depuis une semaine. Ses notes sont catas­tro­phiques. »
- Ce n’est pas grave, ce qu’il perçoit durant le voyage est plus impor­tant et l’armera pour la vie. »
-Je baisse les bras, concluait Martin en recon­nais­sant sa défaite

Passion ou folie de sa mère

La vieille Matilda dispen­sait bon sens et quié­tude. Consi­dé­rant d’un œil répro­ba­teur la passion de la mère pour les églises les monas­tères, elle la sermon­nait :«Tu dois aller prier à la syna­gogue. Les prières atteignent leur desti­na­taire lorsqu’on suit le rite de ses ancêtres. »
Mais la mère rétor­quait que dans les syna­gogues il n’y avait ni séré­nité, ni musique, ni images boule­ver­santes, le plafond était nu et le cœur ne pouvait s’exalter.

L’après guerre

Le lende­main il s’engagea sur une route large et lisse, en direc­tion du nord. Un camion était couché après un virage, moteur pointé vers le ciel, donnant à l’habitacle une expres­sion de mort veines. Théo le contem­pla un instant avant de se dire qu’il trou­ve­rait sûre­ment de dans un briquet des ciga­rettes fines.
Des acces­soires mili­taires étaient épar­pillés au milieu de boîte en carton et de bouteilles de bière qui avait été projeté de toutes parts.

La langue des camps

Au camps, on parlait une autre langue, une langue réduite, on utili­sait que les mots essen­tiels, voire plus de mots du tout. Les silences entre les mots était le vrai langage. Un jour, un compa­gnon de son âge, pour qui il avait de l’estime, lui avait confié : « J’ai peur que nous soyons muets lorsque nous serons libé­rés. Nous n’avons presque plus de mots dans nos bouches. »