Une idée de lecture que je dois à Domi­nique. Je conseille ce livre à tous les amou­reux et amou­reuses de Paris et de Modiano. J’ai déam­bulé dans le XVI° en lisant ce court essai et j’ai cru mettre mes pas dans ceux de Béatrice Commengé et de Modiano. Ce n’est pas un guide touris­tique même si cela permet de visi­ter Paris d’une façon origi­nale, cette auteure sait surtout nous faire comprendre la vie de Modiano et son impé­rieux besoin d’écrire. Rien n’était très net dans la vie de ce jeune fils d’un juif au passé trouble et d’une actrice qui lais­sait souvent son fils en garde dans des lieux inso­lites. Quand ses parents se sont rencon­trés, ils habi­taient en face de cet endroit rue Shef­fer dans le XVI° :

Ils ont connu un semblant de vie fami­liale au 15 quai Conti, et aussi les rigueurs de pension­nats dans lesquels il n’était pas heureux. Il a eu le malheur de perdre un frère qui semblait plus fait pour le bonheur que lui. Sinon on peut dire que son oeuvre est le reflet d’une ville dont il a connu les beaux quar­tiers mais aussi les quar­tiers popu­laires puisque à l’époque, il en exis­tait encore : sa véri­table demeure c’est Paris .

Un Paris cita­din mais avec des lignes de fuites qui ont complè­te­ment disparu vers une zone entre campagne et banlieue. Enserré dans son corset péri­phé­rique Paris a perdu ce charme-​là et surtout une réelle possi­bi­lité de s’agrandir. Il nous reste les livres de Modiano, cet auteur qui s’est appro­prié ses souve­nirs et ceux de ses parents au point où il le dit lui-​même

Il n’y a jamais eu pour moi ni présent, ni passé. Tout se confond.

Citations

Le Paris occupé les parents de Modiano

J’avance jusqu’à l’autre bout de la rue sans passer devant la moindre vitrine -je suis donc forcé­ment passer, me dis-​je, devant ce restau­rant ou un jeune juif de trente ans (fils d’un toscan émigrés à Paris après avoir tran­sité par Salo­nique, Alexan­drie et le Vene­zuela) et une jeune actrice blonde venu d’Anvers, de six ans sa cadette, appre­naient à faire connais­sance dans un Paris occupé par les Alle­mands, un Paris favo­rable aux amour précaires, un Paris inso­lite, où la vie semblait conti­nuer « comme avant », avec les mêmes rengaines à la radio et du monde dans les ciné­mas.

Metin Arditi est un auteur que j’aime bien et qui est très facile à lire. Il y a toujours de l’élégance dans ses romans. Je n’ai pas encore créé cette caté­go­rie, sinon il ferait partie des auteurs « bien élevés », certes on peut lui repro­cher un manque de profon­deur mais j’apprécie sa déli­ca­tesse. Dans ce roman, il a dû se faire très plai­sir car il a pu mettre en scène ses chères mathé­ma­tiques. Je comprends bien que pour un amou­reux de cette science ce soit un peu compli­qué de ne jamais en parler, ici il a trouvé un biais pour nous racon­ter tous ses bonheurs, celui de rêver aux suites des nombres. Deux person­nages se retrouvent dans une île grecque Kala­maki. Un ancien archi­tecte dévasté par la mort de sa fille sur cette île et le garçon autiste d’une femme éner­gique qui vit de la pêche et qui élève seule ou presque cet enfant. Yannis est autiste Asper­ger, il ne peut pas commu­ni­quer mais passe sa vie à calcu­ler. Les habi­tants de l’île savent lui faire une place et sa vie est heureuse même si elle est compli­quée et que sa mère est terro­ri­sée par son avenir. Dans ce cadre idyl­lique, un projet hôte­lier risque de détruire ce petit para­dis.

Arditi parle aussi des problèmes de la Grèce actuelle et ce n’est pas une pein­ture idyl­lique. La fin est mesu­rée, j’ai eu peur que « le contre projet à l’hôtel de l’horrible promo­teur » soit vaincu par« l’idyllique le projet d’une école philo­so­phique du gentil écolo­giste archi­tecte ». Comme nous sommes avec Arditi, la fin est plus mesu­rée et plus réaliste. Je suis un peu gênée par l’intérêt actuel des personnes autistes, je trouve, évidem­ment, très impor­tant de savoir en parler. Cela fait de très beaux sujets de romans, le plus souvent, ils sont Asper­ger, c’est à dire qu’ils ont un don éton­nant par rapport à « la norma­lité », ils sont doués d’une mémoire hors norme. Cela donne un bon ressort roma­nesque mais c’est autre­ment plus compli­qué dans la vie réelle.

Citations

Propos du Pope, j’aime beaucoup ces trois ancres

Pour ma part, je m’accroche à trois pensées du Christ. Aux trois ancres qu’il nous a léguées pour nous aider à surmon­ter la tempête.

La première est notre part de libre arbitre.… Moi, lorsque je me sens à deux doigts d’être emporté par la colère, je fais la prome­nade qui, du monas­tère, mène jusqu’au phare.… À toi de cher­cher ce qui, dans ta vie, dépen­dra de de ta seule volonté. Ne serait-​ce qu’une prome­nade le long de la mer.

Le deuxième ancrage que nous offre le Christ est sa résur­rec­tion. À chaque instant, l’être recom­mence. La vie reprend ses droits… la Résur­rec­tion du Christ n’est pas à cher­cher dans les circons­tances. Elle est partout. Il en est de même pour celle des hommes. À chaque instant la vie recom­mence

Voici enfin la troi­sième ancre. La vie renaît par le travail. Souviens-​toi. Trois fois avant le chant du coq, tu me trahi­ras, dis-​le Christ à Pierre. Pour­tant, c’est à lui, le traître, qu’il confiera la construc­tion de son Église. Et cette tâche sauvera Pierre… Nous le savons, aucun travail ne pourra effa­cer ton immense douleur. Mais il t’aidera à l’adoucir. Mets-​toi au travail. Où tu le voudras, en faisant ce que tu juge­ras oppor­tun. Ne reste pas désœu­vré. Ici commence ton libre arbitre.

Traduit de l’anglais par Hélène Clai­reau j’aimerais savoir pour­quoi cette traduc­trice n’a pas traduit cette expres­sion « afin de rompre les chiens » par « rompre la glace » ? Merci Keisha de m’avoir fait connaître l’expression en fran­çais et toutes mes excuses à Hélène Clai­reau

Ce livre est paru en France pour la première fois en 1947 sous le titre « la tour d’Ezra » et a certai­ne­ment contri­bué à faire connaître et aimer Israël et les Kibboutz. Je me souviens bien de l’enthousiasme que soule­vait cette vie en commu­nauté chez les jeunes de ma géné­ra­tion. Le récit s’appuie sur l’expérience person­nelle de Koest­ler qui a lui-​même parti­cipé à la vie d’un Kiboutz . Cette ambiance de jeunes pion­niers entou­rés de l’hostilité des Arabes et des Anglais est très bien rendue. Car c’est un écri­vain qui sait racon­ter et décrire. Nous sommes avec lui sous les ciels étoi­lés de ce pays qui ne s’appelle pas encore Israël, nous vibrons aux évoca­tions de tous les dangers qui les entourent. Mais cet écri­vain est aussi un esprit tota­le­ment libre, et il montre bien les points de vue des trois acteurs qui se confrontent ici. Les Juifs qui en 1938 sentent le danger mena­cer les Juifs du monde entier, et qui veulent accé­lé­rer leur venue dans ce petit bout de terri­toire. Les Arabes qui, même si par inté­rêt finan­cier, vendent leur terre, ne veulent pas pour autant être dépos­sé­dés de leur pays, les moins glorieux des trois, les Anglais profon­dé­ment anti­sé­mites le plus souvent, et qui jouent un jeu dange­reux d’alliances qui ne peuvent que tour­ner à la catas­trophe. Ce livre est aussi un précieux rappel des faits histo­riques, et jamais Koest­ler n’élude le fait qu’Israël a été créé sur un pays qui était aupa­ra­vant peuplé d’Arabes. Par ailleurs, les scènes de recon­duites dans les bateaux de Juifs ayant échappé aux camp de concen­tra­tion sont abso­lu­ment insou­te­nables, il est si facile alors d’imaginer que lorsque la Shoah sera de noto­riété publique rien ne pourra arrê­ter leur exode vers Israël.

Citations

Mariage typiquement britannique

Mrs. Newton était fille d’un sergent-​major de l’armée des Indes. Une analyse serrée des motifs qui avait attiré le timide monsieur Newton vers cette grande, osseuse et virgi­nale femelle eût produit des résul­tats gênants révé­lant la haine secrète, conti­nue et fervente qu’avaient inspi­rée à Monsieur Newton Roonah, son club, l’administration et et l’armée des Indes, et la tour­nure d’esprit toute spéciale qui lui permit d’imaginer pour la première fois l’anguleuse et chaste fille du sergent-​major dans la série d’attitudes absurdes qu’entraîne l’acte procréa­teur.

La langue d’Israël l’hébreu

Tirer l’hébreu de sa sainte pétri­fi­ca­tion pour en refaire une langue vivante à été un tour de force fantas­tique. Mais ce miracle implique des sacri­fices. Nos enfants se servent d’une langue qui n’a pas évolué depuis le commen­ce­ment de l’ère chré­tienne. Elle ne porte aucun souve­nir, presque aucune trace de ce qui est arrivé à l’humanité depuis la destruc­tion du Temple. Imagi­nez que la langue fran­çaise ait cessé de se déve­lop­per depuis la « Chan­son de Roland » ! Et encore, est-​elle de dix siècles plus près de nous. Nos clas­siques sont les livres de l’Ancien Testa­ment ; nos poèmes s’arrêtent au Cantique des Cantiques, nos nouvelles à Job. Depuis lors… Un blanc millé­naire..
L’emploi d’un idiome archaïque a évidem­ment son charme. Voya­geant en auto­bus, nous offrons une ciga­rette à notre voisin :
-« Monsei­gneur désir peut-​être faire la fumée ?
– Non, merci. Faire la fumée n’est pas agréable à mes yeux. »

Dialogue impossible entre les arabes et les juifs

Cette colline n’a pas porté de récoltes depuis que nous aïeux l’ont quit­tée, dit Ruben Vous avez négligé la terre. Vous avez laissé les terrasses tomber en ruines et la pluie a emporté la terre. Nous allons dépier­rer la colline et appor­ter des trac­teur et des engrais. – Ce que produit la vallée nous suffit, dit le vieillard. Nous ne devons pas enle­ver les pierres que Dieu a placées là. Nous vivrons comme ont vécu nos pères et nous ne voulons ni de vos trac­teurs ni de vos engrais, et nous ne voulons pas de vos femmes dans la vue nous offense.
(Et un peu plus loin)
- Qu’est-ce que le vieux cheik t’expliquait avec tant de solen­nité ?
- Que chaque peuple a le droit de vivre à sa façon, bien ou mal, sans ingé­rence exté­rieure. Il a expli­qué que l’argent corrompt, que les engrais puent et que les trac­teurs font du bruit, toutes choses qu’il déteste.
- Et qu’as-tu répondu ?
- Rien dit Bauman.
- Pour­tant, tu as compris sa posi­tion ?
Bauman le regarda :
- Nous ne pouvons pas nous permettre de comprendre la posi­tion des autres.
Quand vous, madame, me fait l’honneur de m’inviter chez vous, est-​ce que je vous demande vos condi­tions ? Et quand j’ai le privi­lège de goûter votre hospi­ta­lité, est-​ce que je demande à être le maître de la maison ? Non, madame, je ne le fais pas. Il en est de même de nos amis hébreu. Ils jouissent de notre hospi­ta­lité -ahlan w’sahlan, vous êtes les bien­ve­nus. Nous serons comme des frères. Nous vous rece­vrons à bras ouverts en qualité d’invités…
Nous sommes dans la même posi­tion. Nous ne deman­dons qu’à aider ces pauvres gens et voyez comme comment il nous remer­cie ils veulent nous prendre notre maison.
- La barbe avec votre histoire de maison ! Pendant les cinq cents dernières années, elle n’était pas à vous mais aux Turcs.
- la majo­rité de la popu­la­tion a toujours été arabe, dit Kemal Effendi. Ma famille, par exemple, descend direc­te­ment de Walid el Shal­labi, le géné­ral de Maho­met. Nous sommes la plus ancienne famille de Pales­tine. – Mon père est un Cohen, dit Mrs.Shenkin, Élie Cohen sont les descen­dants des Koha­nim, les prêtres de l’ancien temps.

Un moment vivant

Joseph déjeuna héré­ti­que­ment dans un petit restau­rant arabe ou la nour­ri­ture était bon marché, sale et épicée, et dont le gros proprié­taire lui confia que Hitler, protec­teur de l’islam, allez bien­tôt détruire l’empire britan­nique, rendre le pays aux Arabes efflan­qué les Juifs à la mer – à l’exception de Joseph qui, étant un homme instruit et l’ami du proprié­taire, serait épar­gné et pour­rait même trou­ver un emploi dans son établis­se­ment, à condi­tion d’apporter quelques capi­tal.

Je dois cette lecture à Krol qui sait si bien ne pas racon­ter les livres qu’elle appré­cie. L’ennuie c’est qu’elle dit aussi qu’il vous faut fuir les billets qui en disent trop . Alors ? lirez vous le mien jusqu’au bout ? Tant pis, je me lance. Ce roman est en deux parties, dans la première le père humo­riste célé­bris­sime est le narra­teur et le person­nage prin­ci­pal. On le suit dès son enfance, marquée par un père qui ne l’a jamais compris et un acci­dent qui rendra son frère para­plé­gique. Cela ternit à jamais sa possi­bi­lité d’être heureux car il se sent respon­sable. Son succès comme humo­riste lui permet de sortir de sa condi­tion de Fran­çais moyen, mais creuse peu à peu, entre son fils et lui un désert aride où l’incompréhension est la règle. Ce grand comique se vide peu à peu de sa substance et alors que la France entière se tord de rire à ses blagues, son fils est de plus en plus absent de sa vie. L’explication nous est donnée dans la deuxième partie dont le narra­teur devient le fils, celui-​ci n’a vécu le succès de son père que comme une trahi­son et une absence de plus en plus lourde d’abord, puis de plus en plus indif­fé­rente. Ces deux êtres trouveront-​ils le moyen de se rencon­trer. Sous le regard critique de Krol, je ne peux évidem­ment en dire plus. Pour­quoi ne suis-​je pas plus embal­lée par ce roman ? J’ai adoré la première partie qui décrit très bien ce que le succès peut avoir à la fois d’enivrant et de destruc­teur. La descrip­tion de l’entrée en scène de cet humo­riste devant des milliers de spec­ta­teurs est criante de vérité. mais la deuxième partie m’a beau­coup moins plu. Et en plus, elle est trop évidente. On devine très faci­le­ment les ressorts psycho­lo­giques des deux person­nages et le carac­tère narcis­sique du fils m’a semblé très convenu. J’espère ne pas en avoir trop dit, si l’angoisse de la scène veut dire quelque chose pour vous, lisez ce livre j’ai rare­ment lu une descrip­tion aussi réaliste.

Citations

Comme je comprends

Prendre le train était toujours un moment très anxio­gène pour lui ; il avait systé­ma­ti­que­ment peur d’arriver en retard à la gare, il fallait qu’il regarde plusieurs fois le quai indi­qué sur le panneau d’affichage pour être sûr de ne pas se trom­per. Paris Saint-​Lazare : voie 3. Il véri­fiait le numéro du train sur son ticket, puis sur l’écran de télé­vi­sion accro­ché en l’air. Plusieurs fois. S’assurait qu’il se trou­vait bien sur la voie 3. Plusieurs fois. Et, arrivé dans l’Inter-cité, il ne pouvait s’empêcher de deman­der au premier passa­ger croisé : « Est-​ce que ce train va bien à Paris ? »

Ne pas faire comme son père

Parce que Édouard a voulu « pous­ser » Arthur, trop fort sans doute. À avoir souf­fert d’un père qui ne croyait pas en lui, il s’est persuadé que c’était tout l’inverse qu’il fallait à son enfant. Il se devait de l’encourager, le forcer à se dépas­ser. Alors quand son gamin a eu l’idée, à cinq ans à peine, de s’amuser à faire parler ses marion­nettes en peluche, Édouard n’a eu de cesse de l’encourager dans cette voie, tu as un don, il ne faut pas le gâcher, entraîne-​toi ! 

La fin d’un amour

Tout au fond de son cœur, Édouard sait que cette fois, c’est la fin, la vraie. Celle contre laquelle on ne peut plus lutter, celle qui est déjà arri­vée à pas de loup même si on ne s’en était pas aperçu jusqu’à présent, celle qu’il faut seule­ment accep­ter, le plus digne­ment possible, même si on sait qu’après coup, la douleur semblera insur­mon­table, qu’il faudra la noyer, l’assommer, la muse­ler à tout prix pour qu’elle reste silen­cieuse. – Je parti­rai demain matin, sauf si tu préfères que j’aille à l’hôtel ce soir. – Ne raconte pas n’importe quoi, on ne va pas deve­nir des étran­gers l’un pour l’autre… Tu peux rester, profi­ter d’Arthur quelques jours… – Non, j’ai du boulot de toute façon, tout un tas de trucs à gérer à Paris.

L’artiste

Tu sais, je suis persua­dée que la plupart des artistes ont un besoin de recon­nais­sance et d’affection supé­rieur aux autres, ils ont en eux cette soif viscé­rale d’être appré­ciés, d’être aimés.

Traduit de l’anglais (États-​Unis) par Sarah Gurcel

Je dois la lecture de ce livre à Philippe Meyer (avec un « e » à Philippe) il anime une émis­sion que j’écoute tous les dimanches matin, « L’esprit public » , elle se termine par une séquence que j’attends avec impa­tience celle des « brèves » où chaque parti­ci­pant recom­mande une lecture, un spec­tacle, un CD. Un jour Philippe Meyer a recom­mandé ce roman et ses mots ont su me convaincre. Je profite de billet pour dire que la direc­tion de France-​Culture, après avoir censuré Jean-​Louis Bour­langes, évince Philippe Meyer en septembre. Je ne sais pas si des lettres de protes­ta­tions suffi­ront à faire reve­nir cette curieuse direc­tion sur cette déci­sion, mais j’engage tous ceux et toutes celles qui ont appré­cié « L’esprit public » à écrire à la direc­tion de France-​Culture.
J’ai rare­ment lu un roman aussi éprou­vant. J’ai plus d’une fois pensé à Jérôme qui, souvent s’enthousiasme pour des écri­tures sèches décri­vant les horreurs les plus abso­lues. C’est exac­te­ment ce que j’ai ressenti lors de cette lecture. Les massacres de la famille du colo­nel McCul­lough par les Comanches, celui de la famille Garcia par les rangers améri­cains sont à peu près insou­te­nables parce qu’il n’y a aucun pathos mais une préci­sion qui donne envie de vomir. Ce grand pays est construit sur des monceaux de cadavres. Je suis restée une quin­zaine de jours avec les trois person­nages qui, à des époques diffé­rentes, finissent par décrire exac­te­ment d’où viennent les États-​Unis. L’ancêtre Elie McCul­logh est né en 1836, il vivra cent ans et établira la fortune de la famille. Son passage chez les Comanches fera de lui un redou­table préda­teur mais aussi un homme d’une intel­li­gence remar­quable. Son fils Peter né en 1870 ne se remet­tra jamais de l’assassinat par son père et ses amis de la famille Garcia des Mexi­cains qui avaient 300 années de présence à côté du ranch de son père, eux-​mêmes avait, évidem­ment aupa­ra­vant, chas­sés les Indiens. Enfin, la petite fille de Peter Jeanne-​Anne McCul­logh née en 1926, enri­chie par le pétrole et qui sera la dernière voix des McCul­logh.
La vie chez les Comanches est d’une dureté incroyable et n’a rien à voir avec les visions roman­tiques que l’on s’en fait actuel­le­ment. Mais ce qui est vrai, c’est que leur mode de vie respec­tait la nature. La civi­li­sa­tion nord-​américaine est bien la plus grande destruc­trice d’un cadre natu­rel à l’équilibre très fragile. Entre les vaches ou le pétrole on se demande ce qui a été le pire pour le Texas. Lire ce roman c’est avoir en main toutes les clés pour comprendre la nation améri­caine. Tous les thèmes qui hantent notre actua­lité sont posés : la guerre, la pollu­tion des sols, le racisme, le vol des terres par les colons, la place des femmes.. mais au delà de cela par bien des égards c’est de l’humanité qu’il s’agit en lisant ce roman je pensais au livre de Yuval Noah HARARI. C’est une illus­tra­tion parfaite de ce que l’homme cueilleur chas­seur était plus adapté à son envi­ron­ne­ment que l’agriculteur.

Citations

PREMIÈRE PHRASE

On a prophé­tisé que je vivrai jusqu’à cent ans et main­te­nant que je suis parvenu à cet âge je ne vois pas de raisons d’en douter.

Humour

On sait bien qu’Alexandre le Grand lors de sa dernière nuit parmi les vivants, a quitté son palais en rampant pour tenter de se noyer dans l’Euphrate, sachant quand l’absence de corps son peuple le croi­rait monter au ciel parmi les dieux. Sa femme l’a rattrapé sur la berge ; elle l’a ramené de force chez lui où il s’est éteint en mortel. Et après on me demande pour­quoi je ne me suis jamais rema­rié.

La dure loi du Texas

» C’est comme ça que les Garcia ont eu leur terre, en se débar­ras­sant des Indiens et c’est comme ça qu’il fallait qu’on les prenne. Et c’est comme ça qu’un jour quelqu’un nous les pren­dra. Ce que je t’engage à ne pas oublier ».
Au final mon père n’est pas pire que nos voisins : eux sont simple­ment plus modernes dans leur façon de penser. Ils ont besoin d’une justi­fi­ca­tion raciale à leurs vols et leurs meurtres. Et mon frère Phinéas est bien le plus avancé d’entre eux : il n’a rien contre les Mexi­cains ou contre toute autre race , mais c’est une ques­tion écono­mique. La science plutôt que l’émotion. On doit soute­nir les forts et lais­ser périr les faibles. Ce qu’aucun d’eux ne voit, ou ne veut voir, c’est qu’on a le choix.

les différences de comportement selon les origines

L’Allemand de base n’était pas aller­gique au travail : il suffi­sait de voir leurs proprié­tés pour s’en convaincre. Si, en longeant un champ, vous remar­quez que la terre était plane et les sillons droits, c’est qu’il appar­te­nait à un Alle­mand. S’il était plein de pierres et qu’on aurait dit les sillons tracés par un Indien aveugle, ou si on était en décembre et que le coton n’était toujours pas cueilli, alors vous saviez que c’était le domaine d’un blanc du coin qui avait dérivé jusqu’ici depuis le Tennes­see dans l’espoir que, par quelque sorcel­le­rie, Dame Nature, dans sa largesse lui pondrait un esclave.

Le charme des noms Comanches

Bien des noms Comanches étaient trop vulgaires pour être consi­gnés par écrit, aussi, quand la situa­tion l’exigeait, les Bancs les modi­fiaient. Le chef qui emmena le fameux raid contre Lune­ville en 1840 (au cours duquel cinq cents guer­riers pillèrent un entre­pôt de vête­ments raffi­nés et s’enfuirent en haut de forme, robe de mariée et chemise de soie) s’appelait Po-​cha-​na-​quar-​hip ce qui signi­fiait Bite-​Qui-​Reste-​Toujours-​Dure. Mais pas plus cette version que la traduc­tion plus déli­cate d’Érection- Perma­nente ne pouvait paraître dans les journaux,aussi décida-​t-​on de l’appeler Bosse-​de-​Bison.

Après 15 pages inoubliables pour expliquer l’utilisation de la moindre partie du corps du bison pour les Comanches, voici la dernière phrase

On lais­sait toujours le cœur la même où le bison était tombé : lorsque l’herbe pous­se­rait entre les côtes restantes, le Créa­teur verrait que son peuple ne prenait que ce dont il avait besoin et veille­rait à ce que les trou­peaux se renou­vellent et reviennent encore et encore

Les richesses dues au pétrole

La provi­sion pour recons­ti­tu­tion des gise­ments et quelque chose de tota­le­ment diffé­rent. Chaque année, un puits qui produit du pétrole te fait gagner de l’argent tout en te permet­tant de réduire des impôts.
- Tu fais un béné­fice mais tu appelles ça une perte ».
Elle voyait bien qu’il était satis­fait.
- » Ça paraît malhon­nête.
- » Au contraire. C’est la loi aux États-​Unis.
-Quand même.
- Quand même rien du tout. Cette loi a une bonne raison d’être. Il y a des gens pour élever du bétail, même à perte : pas besoin de mesures inci­ta­tives. Alors que le pétrole, lui, coûte cher à trou­ver, et encore plus cher à extraire. C’est une entre­prise infi­ni­ment plus risquée. Alors si le gouver­ne­ment veut que nous trou­vions du pétrole, il doit nous encou­ra­ger.

Le fils (d’où le titre)

Être un homme signi­fiait n’être tenu par aucune règle. Vous pouviez dire une chose à l’église, son contraire au bar, et d’une certaine façon dire vrai dans les deux cas. Vous pouviez être un bon mari, un bon père, un bon chré­tien, et coucher avec toutes les secré­taires, les serveuses, les pros­ti­tuées qui vous chan­taient.

La guerre de Sécession

À la fin de l’été, la plupart des Texans étaient persua­dés que si l’esclavage été aboli, le sud tout entier s’africaniserait, que les honnêtes femmes seraient toutes en danger et que le mot d’ordre serait au grand mélange. Et puis, dans le même souffle, ils vous disaient que la guerre n’avait rien à voir avec l’esclavage, que ce qui était en jeu, c’était la dignité humaine, la souve­rai­neté, la Liberté elle-​même, les droits des états : c’était une guerre de légi­time défense contre les ingé­rences de Washing­ton. Peu impor­tait que Washing­ton ait protégé le Texas des visées mexi­caines. Peu impor­tait qui le protège encore de la menace indienne.

La Californie

Une fois la séces­sion votée, l » État du Texas se vida.…..
Des tas de séces­sion­nistes partirent aussi. Sur les nombreux train qui s’en allaient vers l’ouest, loin des combats, on voyait souvent flot­ter haut et fier le drapeau de la Confé­dé­ra­tion. Ces gens-​là était bien favo­rables à la guerre, tant qu’ils n’avaient pas à la faire. J’ai toujours pensé que ça expli­quait ce que la Cali­for­nie est deve­nue.

Principe si étrange et malheureusement pas si faux !

Mon père a raison. Les hommes sont faits pour être diri­gés. Les pauvres préfèrent mora­le­ment, sinon physi­que­ment, se rallier aux riches et aux puis­sants. Ils s’autorisent rare­ment à voir que leur pauvreté et la fortune de leurs voisins sont inex­tri­ca­ble­ment liés car cela néces­si­te­rait qu’ils passent à l’action, or il leur est plus facile de ne voir que ce qui les rend supé­rieurs à leurs autres voisins simple­ment plus pauvres qu’eux. 

Épigraphe du roman

» La reli­gion fait peut-​être aimer Dieu mais rien n’est plus fort qu’elle pour faire détes­ter l’homme et haïr l’humanité »

Je suis triste d’être déçue par ce roman dont j’attendais tant. Et pour­tant ! Que de phrases et d’idées inou­bliables sous la plume de ce grand écri­vain ! J’ai suivi avec tris­tesse cette vision d’un monde dominé par des forces reli­gieuses qui ne cherchent qu’à tortu­rer et à assas­si­ner tous ceux qui ne baissent pas assez vite les yeux devant les acolytes des forces au service de la reli­gion au pouvoir. Les scènes de meurtres en public rappellent les Tali­bans et Daesh, d’ailleurs alors que je lisais ce livre, j’entendais qu’en Syrie, dans un village mal défendu par des Kurdes, Daesh avait tué 29 personnes dont des enfants. Cela n’a fait que peu de bruit en France, beau­coup plus occu­pée par le nouveau gouver­ne­ment et les vacances scolaires. Cet auteur Algé­rien qui a connu la guerre contre un parti venu léga­le­ment au pouvoir, qui a tenté de fonder un état reli­gieux archaïque qui n’hésitait pas à assas­si­ner tous ceux qui ne pensaient pas comme eux, sait de quoi il parle et cela donne un poids immense à ce livre. Il a été lui-​même plongé dans l’horreur, il a certai­ne­ment vu des amis dispa­raître ou se trans­for­mer en bour­reaux, il lui a fallu une force morale éton­nante pour faire mûrir en lui ce roman. Je pense que la noir­ceur du récit est à l’image des senti­ments qu’il a éprou­vés pendant cette période atroce pour le pays qu’il aime tant. Et revoir ses fous de Dieu repar­tir à l’assaut d’autres régions du globe à dû le conduire à mettre sous cette forme ce qu’il a alors ressenti. Comment alors puis-​je être déçue par ce livre abso­lu­ment essen­tiel ? Le début m’a saisie et je me suis retrou­vée dans une lignée d’essais d’anticipation qui ont forgé mes réflexions : Candide, Le meilleur des Mondes et bien sûr 1984 auquel ce livre fait expli­ci­te­ment allu­sion. Tout l’aspect prise en main par des forces reli­gieuses d’un peuple soumis est remar­quable et nous amène à réflé­chir mais l’histoire est de plus en plus embrouillée, se perd dans des cercles concen­triques qui mènent vers l’enfer absolu. C’est telle­ment embrouillé que je me suis égarée au milieu de tous les person­nages qui luttent tous les uns contre les autres. Et le dernier tiers du livre, j’ai quelque peu aban­donné Ati à son triste sort au milieu de ces fous dange­reux et stupides.

Citations

Métaphore

Dans la montagne, la descente n’est pas facile, elle est plus dange­reuse que l’ascension, la gravité aidant on succombe faci­le­ment à la tenta­tion de la préci­pi­ta­tion. Les vieux routiers, sibyl­lins en diable, ne cessent de le dire aux novices courir dans le sens de la chute est un penchant très humain.

Des points communs entre la religion de 2084 et une autre…

Et toujours la formule qui ponc­tue chaque chaque phrase, chaque geste de la vie du croyant :« Yolah est grand et Abi est son Délé­gué ! »
..les prêches restés célèbres et les magni­fiques formules chocs (comme ce remar­quable cri de guerre :« Allons mourir pour vivre heureux », adopté depuis par l’armée abis­ta­naise comme devise sur son blason) avaient levé d’innombrables contin­gents de bons et héroïques mili­ciens , tous bel et bien morts en martyrs lors de la précé­dente Grande Guerre Sainte.

Tartufe n’est pas si loin

Le peuple décou­vrait que l’habit faisait le moine et que la foi faisait le croyant.

Ce petit déjeu­ner pluvieux a été égayé par la lecture de ce livre. J’avais trouvé l’idée sur le blog de Noukette qui parlait du « Retour de Jules » j’ai donc préféré lire son arri­vée, d’autant qu’elle a été moins séduite par le tome 2. On sourit à cette lecture et on admire les prouesses du chien d’aveugle. Je n’apprécie pas que celui-​ci porte le même prénom que mon petit fils, pour moi il y a une diffé­rence entre les hommes et leurs fidèles compa­gnon, ce n’est certai­ne­ment pas une réflexion poli­ti­que­ment correcte pour tous les amis des animaux. Mais j’aime bien que les gens s’appellent Didier et leur chien Médor. Je m’égare ! Ce roman raconte les amours contra­riés de Zibal, un homme super diplômé qui vend des maca­rons Laduré à l’aéroport d’Orly et d’Alice une aveugle, peintre à ses heures, guidée par Jules. Malheu­reu­se­ment pour le chien, Alice recouvre la vue et Jules perd son utilité mais pas l’amour de sa maîtresse. Le roman peut commen­cer avec des suites de rebon­dis­se­ments auxquels on n’a pas besoin de croire puisque Didier Van Cauwe­laert vous les raconte si bien. C’est drôle, enlevé et comme cet écri­vain sait croquer nos compor­te­ments contem­po­rains un peu ridi­cules, ce roman se lit faci­le­ment. Je sais que je ne lirai pas le tome 2 (moins appré­cié des fans de Jules 1 !), sauf si un jour de cafard j’ai juste envie de me diver­tir. C’est déjà beau­coup d’avoir ce don là : diver­tir une Dinar­daise un jour de pluie !

Citations

L’amour des animaux et des chiens en particulier

Jacques Haus­sant est un misan­thrope comblé qui voit depuis toujours dans le chien d’excellentes raisons de mépri­ser l’homme.

le personnage principal

Malgré moi j’ai béni la dégrin­go­lade sociale qui m’avait placé sur sa route. Avec un double diplôme d’ingénieurs biochi­miste et d’astrophysicien, je suis devenu à quarante deux ans vendeur de maca­rons à Orly Ouest niveau Départ, hall 2.

Genre de petites observations que j’aime bien

Quant à la gestuelle des textos, elle crée dans les rues, les trans­ports, les bureaux une choré­gra­phie digi­tale que je suis la seule à trou­ver grotesque

Elles ne sont mariées que depuis trois semaines mais au rythme où elles se disputent, elles risquent fort d’être les pion­nières du « Divorce pour tous »

Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse , d’ailleurs j’ai une petite remarque à propos de la traduc­tion, que penser de cette phrase :« John Berger accom­pagne John Sassal, un méde­cin de campagne un ami à lui  » ? 

Je savais pour avoir lu les critiques sur de nombreux blogs, que je lirai ce roman, La souris jaune, Keisha, Domi­nique, Krol, Aifelle (et sans doute, bien d’autres encore) en ont parlé avec enthou­siasme . Je partage avec Aifelle l’agacement à propos des #hash­tag malgré la justi­fi­ca­tion que j’ai lue. Je ne trouve pas du tout que cela crée un réseau souter­rain au roman, mais ce qui est sûr c’est que ça freine désa­gréa­ble­ment la lecture. Ce roman est un travail de deuil pour l’auteure qui vient de perdre un compa­gnon, Pablo, tendre­ment aimé et qui raconte celui que Marie Curie a été amenée à faire lors de la mort acci­den­telle de Pierre. Les deux souf­frances se mêlent pour nous donner ce roman dont j’ai eu envie de reco­pier des passages entiers pour vous faire parta­ger mon plai­sir et aussi rete­nir ce que Rosa Montero nous dit de façon si simple et si humaine. J’ai beau­coup lu à propos de Marie Curie, en parti­cu­lier, il y a bien long­temps, le livre d’Ève Curie, et je me souviens très bien de la souf­france de Marie, la scène où elle brûle les effets tâchés du sang de Pierre sont gravés dans ma mémoire. J’aime cette femme de tout mon être , elle corres­pond à un idéal qui a marqué la géné­ra­tion de mes parents. Mais c’est aussi un idéal impos­sible à atteindre, comme tous les génies elle est hors de portée des autres femmes. Mais cela fait tant de bien qu’elle ait existé. Je connais­sais aussi l’épisode où la presse s’est éver­tuée à la détruire car elle a été la maîtresse de Paul Lange­vin . De tout temps la presse a été capable de s’amuser à détruire la répu­ta­tion d’une personne surtout si elle est célèbre. Mais l’accent que met Rosa Montero sur la person­na­lité de Paul Lange­vin montre les peti­tesses de ce person­nage. Il a trompé sa femme et il l’a fait jusqu’au bout de sa vie mais il n’est victime d’aucun juge­ment de la part de la presse ni de l’opinion publique. Bien sûr il ne défen­dra pas Marie qu’il lais­sera tomber, mais fina­le­ment il se rappel­lera à son bon souve­nir en lui deman­dant une place dans de cher­cheuse dans son labo­ra­toire pour une fille qu’il a eu avec une de ses étudiantes . Quel galant homme !

Ce roman nous entraîne donc dans une réflexion sur le deuil et la condi­tion de la femme dans le couple. Cette superbe éner­gie que l’on connaît chez Marie Curie, on sait qu’elle habite Rosa Montero qui roman après roman nous livre le plus profond de son imagi­na­tion. Rien ne peut l’arrêter d’écrire, comme rien n’a pu arrê­ter Marie d’aller véri­fier ses expé­riences dans son labo­ra­toire. Seule­ment ce sont aussi des femmes de chaires et de sang et elles peuvent flan­cher. Marie après la mort de Pierre s’est enfer­mée dans un silence morti­fère et après la cabale de la presse à propos de son amour avec Paul Lange­vin, elle est restée un an loin du monde et de ses chères recherches. Est-​ce la façon de cette auteure de nous dire que sa souf­france a failli, elle aussi, la faire trébu­cher vers la non vie ?

Citations

l’écriture

Je me sens comme le berger de cette vieille blague qui sculpté distrai­te­ment un morceau de bois avec son couteau, et qui, quand un passant lui demande : « Mais vous faites la figure de qui ? » répond : « Eh bien, s’il a de la barbe saint Antoine, sinon la Sainte Vierge. »

Autobiographie ou roman ?

Même si, dans mes romans, je fuis l’autobiographie avec une véhé­mence parti­cu­lière, symbo­li­que­ment je suis toujours en train de lécher mes bles­sures les plus profondes. À l’origine de la créa­ti­vité se trouve la souf­france, la sienne et celle des autres.

La féminité dans les années 70

J’appartiens à la contre-​culture des années 70 : nous avions banni les soutiens-​gorge et les talons aiguilles, et nous ne nous épilions plus sous les bras. J’ai recom­mencé à m’épiler par la suite, mais quelque part j’ai conti­nué de lutter contre le stéréo­type fémi­nin tradi­tion­nel. Jamais je n’ai porté de talons (je ne sais pas marcher avec). Jamais je ne me suis mis du vernis à ongle. Jamais je ne me suis maquillée les lèvres.

Réflexions sur le couple

« Le problème avec le mariage, c’est que les Femme se marient en pensant qu’ils vont chan­ger, et les hommes se marient en pensant qu’elles ne vont pas chan­ger.« Terri­ble­ment lucide et telle­ment bien vu ! L’immense majo­rité d’entre nous s’obstine à chan­ger l’être aimé afin qu’il s’adapte à nos rêves gran­dioses. Nous croyons que, si nous le soignons de ses soi-​disantes bles­sures, notre parfait bien-​aimé émer­gera dans toute sa splen­deur. Les contes de fées, si sages le disent clai­re­ment : nous passons notre vie à embras­ser des crapauds , convain­cues de pouvoir en faire des princes char­mants. .…. quand Arthur dit que les hommes croient que nous n’allons pas chan­ger, il ne veut pas parler du fait que nous prenions un gros cul et de la cellu­lite, mais que notre regard se remplit d’amertume, que nous ne les bichon­ner plus et ne nous occu­pons plus d’eux comme si c’étaient des dieux, que nous pour­ris­sions notre vie commune par des reproches acerbes.
Tant de fois, nous menton aux hommes. À tant d’occasions, nous faisons semblant d’en savoir moins que nous n’en savons, pour donner l’impression qu’ils en savent plus. Ou nous leur disons que nous avons besoin d’eux pour quelque chose alors que ça n’est pas vrai. Juste pour qu’ils se sentent bien. Ou nous les adulons effron­té­ment pour célé­brer la moindre petite réus­site. Et nous allons jusqu’à trou­ver atten­dris­sant de consta­ter que, si exagé­rée soit la flat­te­rie, ils ne s’aperçoivent jamais que nous sommes en train de leur passer de la pommade, parce qu’ils ont véri­ta­ble­ment besoin d’entendre ces compli­ments, comme des adoles­cents auxquels il faut un soutien exté­rieur afin qu’ils puissent croire en eux

Le cadeau de Pierre à son amoureuse

Avec Marie il avait trouvé son âme sœur. En fait, au début de leur rela­tion, au lieu de lui envoyer un bouquet de fleurs ou des bonbons, Pierre lui avait envoyé une copie de son travail, inti­tulé » Sur la symé­trie des phéno­mènes physiques. Symé­trie d’un champ élec­trique et d’un champ magné­tique » : on convient que ce n’est pas un sujet qui fascine toutes les jeunes filles.

J’ai souri

On se mit tout de suite à utili­ser les rayons x pour diag­nos­ti­quer les frac­tures des os, comme main­te­nant, mais aussi à des fins absurdes comme par exemple pour combattre la chute des cheveux : on dirait que chaque nouveauté inven­tée par l’être humain est testé contre la calvi­tie, cette obses­sion terrible atti­sée par le fait que ceux qui perdent leurs cheveux, ce sont des hommes.

La mort

Je suis sûre que nous parlons tous avec nos morts : moi bien évidem­ment je le fais, et pour­tant je ne crois pas du tout à la vie après la mort. Et j’ai même senti Pablo à mes côtés de temps à autre .…… Marie s’adresse à Pierre parce-qu’elle n’a pas su lui dire au revoir, parce-qu’elle n’a pas pu pu lui dire tout ce qu’elle aurait dû lui dire, parce qu’elle n’a pas pu ache­ver la narra­tion de leur vie commune.

Paul Langevin le grand homme !

Quelques années plus tard Paul Lange­vin eut une enfant illé­gi­time avec une de ses anciennes étudiantes ( un vrai cliché) et il demanda à Madame Curie de donner à cette fille un travail dans son labo­ra­toire. Et vous savez quoi ? Marie le lui donna.

20150917_105711D’abord écrit en hébreu par l’auteur traduit par lui-​même en anglais et traduit en fran­çais par Pierre Emanuel DAUZAT.

Pour satis­faire les opti­mistes aussi bien que les pessi­mistes, nous pouvons conclure que notre époque est au seuil du ciel et de l’enfer, passant nerveu­se­ment de la porte de l’un à l’antichambre de l’autre. L’histoire n’a pas encore décidé où elle finira.

Non seule­ment, il est sur ma liseuse, mais je l’ai offert à mon petit fils. J’attends avec impa­tience ses réac­tions. Il est un peu jeune (14 ans) mais c’est un passionné de pré-​histoire, je pense qu’il le lira entiè­re­ment plutôt vers 16 – 17 ans.

Un énorme merci à Domi­nique, pour m’avoir donné envie de lire ce livre que tout humain devrait lire, c’est un pavé, bien sûr mais à l’échelle de l’histoire de l’humanité ce n’est qu’un feuillet. J’ai relu trois fois ce livre avant de me lancer dans la rédac­tion de ce commen­taire. Je voudrais telle­ment convaincre toutes celles et tous ceux qui n’ont pas encore décou­vert Yuval Noah HARARI de se mettre immé­dia­te­ment à le lire. Pour cela, il ne faut pas que vous ayez peur des quelques centaines de pages que vous allez devoir avaler. Ce livre extra­or­di­naire se lit Très faci­le­ment . Et pour une simple raison vos petites cellules grises sont main­te­nues en éveil par des idées qui mettent sans arrêt en cause ce que vous croyiez savoir. Pas de pitié pour les évidences ni les conforts que vous pouviez avoir, il vous faudra réflé­chir mais cet écri­vain a un tel sens de l’humour que vous serez bien obligé de le suivre. Je vous donne un exemple, comme moi vous avez sans doute pensé que si les femmes ne sont pas plus présentes dans les armées, c’est que dans les temps anciens se battre était surtout une ques­tion de force physique. Certes, mais de tout temps la stra­té­gie et l’organisation des armées ne demandent aucune force physique et pour­tant… Il en faudra du temps pour qu’une femme fran­çaise soit à la tête des armées ! Comme moi aussi vous avez pensé que la révo­lu­tion agri­cole a consti­tué un progrès pour l’humanité. Alors lisez vite ce livre pour vous rendre compte que l’homme cueilleur chas­seur était beau­coup plus adapté à son envi­ron­ne­ment que l’homme qui a fait dépendre sa survie d’une seule céréale : le blé. Et vous perdrez toute estime pour l’homo-sapiens quand, vous vous rendrez compte qu’à peine celui-​ci met le pied sur un conti­nent ou sur des îles habi­tées seule­ment par des animaux parfois gigan­tesque en très peu de temps tous ces animaux dispa­raissent. Et quand, par hasard, des orga­ni­sa­tions humaines diffé­rentes de la notre, comme celles des Abori­gènes de Tasma­nie ont survécu à la terrible révo­lu­tion agri­cole, il faudra moins de 30 ans aux glorieux colo­ni­sa­teurs britan­niques pour faire dispa­raître complè­te­ment une popu­la­tion de 10 000 personnes . Cette île porte aujourd’hui, le nom du Hollan­dais, Abel Tasman, à l’origine de ce terrible massacre.

Si j’ai autant de cita­tions c’est que sur ma liseuse, c’est assez simple de créer des notes et de me les envoyer. J’en ai supprimé beau­coup mais si j’en ai laissé tant ce n’est pas seule­ment pour vous donner envie d’aller lire ce livre mais aussi pour essayer de garder en mémoire toutes ces idées que j’ai trouvé abso­lu­ment géniales. La conclu­sion n’est pas fran­che­ment opti­miste : cette créa­ture deve­nue maître de la terre et qui se prend pour Dieu pourra-​t-​elle surmon­ter ses frus­tra­tions et lais­ser une chance à la vie ? La ques­tion finale de Yuval Noha Harari, nous nous la posons avec lui :

Ainsi faisons-​nous des ravages parmi les autres animaux et dans l’écosystème envi­ron­nant en ne cher­chant guère plus que nos aises et notre amuse­ment, sans trou­ver satis­fac­tion.

Y-​a-​t-​il rien de plus dange­reux que des dieux insa­tis­faits et irres­pon­sables qui ne savent pas ce qu’ils veulent

Citations

Propos du livre

Trois révo­lu­tions impor­tantes inflé­chirent le cours de l’histoire. La Révo­lu­tion cogni­tive donna le coup d’envoi à l’histoire voici quelque 70 000 ans. La Révo­lu­tion agri­cole l’accéléra voici envi­ron 12 000 ans. La Révo­lu­tion scien­ti­fique, enga­gée voici seule­ment 500 ans, pour­rait bien mettre fin à l’histoire et amor­cer quelque chose d’entièrement diffé­rent. Ce livre raconte comment ces trois révo­lu­tions ont affecté les êtres humains et les orga­nismes qui les accom­pagnent.

L’arrivée de l’homme

Ce qu’il faut avant tout savoir des hommes préhis­to­riques, c’est qu’ils étaient des animaux insi­gni­fiants, sans plus d’impact sur leur milieu que des gorilles, des lucioles ou des méduses

les Hommes sont victorieux

Le Sapiens, en revanche, ressemble plus au dicta­teur d’une répu­blique bana­nière. Il n’y a pas si long­temps, nous étions les oppri­més de la savane, et nous sommes pleins de peurs et d’angoisses quant à notre posi­tion, ce qui nous rend double­ment cruels et dange­reux. Des guerres meur­trières aux catas­trophes écolo­giques, maintes cala­mi­tés histo­riques sont le fruit de ce saut préci­pité.

Humour et comparaison

Tandis qu’un chim­panzé passe cinq heures à mâchon­ner de la nour­ri­ture crue, une heure suffit à un homme qui mange de la nour­ri­ture cuisi­née. L’apparition de la cuisine permit aux hommes de manger des aliments plus variés, de passer moins de temps à se nour­rir, et de le faire avec des dents plus petites et des intes­tins plus courts. Selon certains spécia­listes, il existe un lien direct entre l’apparition de la cuisine, le raccour­cis­se­ment du tube diges­tif et la crois­sance du cerveau. Les longs intes­tins et les gros cerveaux dévo­rant chacun de l’énergie, il est diffi­cile d’avoir les deux.

Sapiens et Neandertal

Une autre possi­bi­lité est que la concur­rence autour des ressources ait dégé­néré en violences et en géno­cide. La tolé­rance n’est pas une marque de fabrique du Sapiens. Dans les Temps modernes, une petite diffé­rence de couleur de peau, de dialecte ou de reli­gion a suffi à pous­ser un groupe de Sapiens à en exter­mi­ner un autre. Les anciens Sapiens auraient-​ils été plus tolé­rants envers une espèce humaine entiè­re­ment diffé­rente ? Il se peut fort bien que la rencontre des Sapiens et des Nean­der­tal ait donné lieu à la première et la plus signi­fi­ca­tive campagne de nettoyage ethnique de l’histoire.

L’importance du bavardage

On pour­rait croire à une plai­san­te­rie, mais de nombreuses études corro­borent cette théo­rie du commé­rage. Aujourd’hui encore, la majeure partie de la commu­ni­ca­tion humaine – e-​mails, appels télé­pho­niques et échos dans la presse – tient du bavar­dage. Celui-​ci nous est si natu­rel qu’il semble que notre langage se soit préci­sé­ment déve­loppé à cette fin

Fonction du langage

La capa­cité de dire : « Le lion est l’esprit tuté­laire de notre tribu. » Cette faculté de parler de fictions est le trait le plus singu­lier du langage du Sapiens. On convien­dra sans trop de peine que seul l’Homo sapiens peut parler de choses qui n’existent pas vrai­ment et croire à six choses impos­sibles avant le petit déjeu­ner

L’importance de la fiction

Le secret réside proba­ble­ment dans l’apparition de la fiction. De grands nombres d’inconnus peuvent coopé­rer avec succès en croyant à des mythes communs. Toute coopé­ra­tion humaine à grande échelle – qu’il s’agisse d’un État moderne, d’une Église médié­vale, d’une cité antique ou d’une tribu archaïque – s’enracine dans des mythes communs qui n’existent que dans l’imagination collec­tive.

Réalité imaginaire plus forte que le réel

Depuis la Révo­lu­tion cogni­tive, les Sapiens ont donc vécu dans une double réalité. D’un côté, la réalité objec­tive des rivières, des arbres et des lions ; de l’autre, la réalité imagi­naire des dieux, des nations et des socié­tés. Au fil du temps, la réalité imagi­naire est deve­nue toujours plus puis­sante, au point que de nos jours la survie même des rivières, des arbres et des lions dépend de la grâce des enti­tés imagi­naires comme le Dieu Tout-​Puissant, les États-​Unis ou Google.

Les élites avec l’humour de l’auteur

Un exemple de choix est l’apparition répé­tée d’élites sans enfants telles que le clergé catho­lique, les moines boud­dhistes et les bureau­cra­ties chinoises d’eunuques. L’existence de pareilles élites va contre les prin­cipes les plus fonda­men­taux de la sélec­tion natu­relle puisque ces membres domi­nants de la société renoncent volon­tiers à la procréa­tion. Ce n’est pas en refi­lant le « gène du céli­bat » d’un pape à l’autre que l’Église catho­lique a survécu, mais en trans­met­tant les histoires du Nouveau Testa­ment et du droit canon

Supériorité sur les singes

On aurait cepen­dant tort de recher­cher les diffé­rences au niveau de l’individu ou de la famille. Pris un par un, voire dix par dix, nous sommes fâcheu­se­ment semblables aux chim­pan­zés. Des diffé­rences signi­fi­ca­tives ne commencent à appa­raître que lorsque nous fran­chis­sons le seuil de 150 indi­vi­dus ; quand nous attei­gnons les 1 500 – 2 000 indi­vi­dus, les diffé­rences sont stupé­fiantes. Si vous essayiez de réunir des milliers de chim­pan­zés à Tian’anmen, à Wall Street, au Vati­can ou au siège des Nations unies, il en résul­te­rait un chari­vari. En revanche, les Sapiens se réunissent régu­liè­re­ment par milliers dans des lieux de ce genre. Ensemble, ils créent des struc­tures ordon­nées – réseaux commer­ciaux ..

Connaissance de la nature

De nos jours, la grande majo­rité des habi­tants des socié­tés indus­trielles n’a pas besoin de savoir grand-​chose du monde natu­rel pour survivre. Que faut-​il vrai­ment savoir de la nature pour être infor­ma­ti­cien, agent d’assurances, profes­seur d’histoire ou ouvrier ? Il faut être féru dans son tout petit domaine d’expertise mais, pour la plupart des néces­si­tés de la vie, on s’en remet aveu­glé­ment à l’aide d’autres connais­seurs, dont le savoir se limite aussi à un minus­cule domaine d’expertise. La collec­ti­vité humaine en sait aujourd’hui bien plus long que les bandes d’autrefois. Sur un plan indi­vi­duel, en revanche, l’histoire n’a pas connu hommes plus aver­tis et plus habiles que les anciens four­ra­geurs.

Survivre en ce temps-​là néces­si­tait chez chacun des facul­tés mentales excep­tion­nelles. L’avènement de l’agriculture et de l’industrie permit aux gens de comp­ter sur les talents des autres pour survivre et ouvrit de nouvelles « niches pour imbé­ciles ». On allait pouvoir survivre et trans­mettre ses gènes ordi­naires en travaillant comme porteur d’eau ou sur une chaîne de montage

Supériorité du fourrageur

De surcroît, côté corvées domes­tiques, leur charge était bien plus légère : ni vais­selle à laver, ni aspi­ra­teur à passer sur les tapis, ni parquet à cirer, ni couches à chan­ger, ni factures à régler. L’économie des four­ra­geurs assu­rait à la plupart des carrières plus inté­res­santes que l’agriculture ou l’industrie. De nos jours, en Chine, une ouvrière quitte son domi­cile autour de sept heures du matin, emprunte des rues polluées pour rejoindre un atelier clan­des­tin où elle travaille à longueur de jour­née sur la même machine : dix heures de travail abru­tis­sant avant de rentrer autour de dix-​neuf heures faire son travail domes­tique.

Moins malade

De surcroît, n’étant pas à la merci d’un seul type d’aliment, ils étaient moins expo­sés si celui-​ci venait à manquer. Les socié­tés agri­coles sont rava­gées par la famine si une séche­resse, un incen­die ou un trem­ble­ment de terre ruine la récolte.
Les anciens four­ra­geurs souf­fraient aussi moins des mala­dies infec­tieuses. La plupart de celles qui ont infesté les socié­tés agri­coles et indus­trielles (variole, rougeole et tuber­cu­lose) trouvent leurs origines parmi les animaux domes­ti­qués et n’ont été trans­mises à l’homme qu’après la Révo­lu­tion agri­cole.

L’homme arrive en Australie

Or, plus de 90 % de la méga­faune austra­lienne a disparu en même temps que le dipro­to­don. Les preuves sont indi­rectes, mais on imagine mal que, par une pure coïn­ci­dence, Sapiens soit arrivé en Austra­lie au moment précis où tous ces animaux mouraient de froid.

Si l’extinction austra­lienne était un événe­ment isolé, nous pour­rions accor­der aux hommes le béné­fice du doute. Or, l’histoire donne de l’Homo sapiens l’image d’un serial killer écolo­gique.

Les coupables, c’est nous. Mieux vaudrait le recon­naître. Il n’y a pas moyen de contour­ner cette vérité. Même si le chan­ge­ment clima­tique nous a aidés, la contri­bu­tion humaine a été déci­sive.

La révolution agricole

La révo­lu­tion agri­cole est l’un des événe­ments les plus contro­ver­sés de l’histoire. Certains de ses parti­sans proclament qu’elle a engagé l’humanité sur la voie de la pros­pé­rité et du progrès. D’autres soutiennent qu’elle est la voie de la perdi­tion. C’est à ce tour­nant, selon eux, que Sapiens s’arracha à sa symbiose intime avec la nature pour sprin­ter vers la cupi­dité et l’aliénation. Où qu’elle menât, c’était une voie sans retour. L’agriculture permit aux popu­la­tions une crois­sance si forte et si rapide qu’aucune société complexe ne pour­rait plus jamais subve­nir à ses besoins.

L’angoisse du paysan

Le paysan anxieux était aussi fréné­tique et dur à la tâche qu’une fourmi mois­son­neuse en été, suant pour plan­ter des oliviers dont ses enfants et petits-​enfants seule­ment pres­se­raient l’huile, mettant de côté pour l’hiver ou l’année suivante des vivres qu’il mourait d’envie de manger tout de suite. Le stress de la culture fut lourd de consé­quences. Ce fut le fonde­ment de systèmes poli­tiques et sociaux de grande ampleur. Tris­te­ment, les paysans dili­gents ne connais­saient quasi­ment jamais la sécu­rité écono­mique dont ils rêvaient en se tuant au travail. Partout surgirent des souve­rains et des élites qui se nour­rirent du surplus des paysans

Richesse et révolutions

Et si aucun accord n’est trouvé, le conflit se propage – même si les entre­pôts regorgent de vivres. Les pénu­ries alimen­taires ne sont pas à l’origine de la plupart des guerres et des révo­lu­tions de l’histoire. Ce sont des avocats aisés qui ont été le fer de lance de la Révo­lu­tion fran­çaise, non pas des paysans famé­liques. La Répu­blique romaine attei­gnit le faîte de sa puis­sance au premier siècle avant notre ère, quand des flottes char­gées de trésors de toute la Médi­ter­ra­née enri­chirent les Romains au-​delà des rêves les plus fous de leurs ancêtres. Or, c’est à ce moment d’abondance maxi­male que l’ordre poli­tique romain s’effondra .

L’importance de la religion

De toutes les acti­vi­tés humaines collec­tives, la violence est la plus diffi­cile à orga­ni­ser. Dire qu’un ordre social se main­tient à la force des armes soulève aussi­tôt une ques­tion : qu’est-ce qui main­tient l’ordre mili­taire ? Il est impos­sible d’organiser une armée unique­ment par la coer­ci­tion. Il faut au moins qu’une partie des comman­dants et des soldats croient à quelque chose : Dieu, l’honneur,

Les septiques

Le philo­sophe grec Diogène, fonda­teur de l’école cynique, logeait dans un tonneau. Un jour qu’Alexandre le Grand lui rendit visite, Diogène se prélas­sait au soleil. Alexandre voulut savoir s’il pouvait faire quelque chose pour lui, et le Cynique lui répon­dit : « Oui, en effet. Ôte-​toi de mon soleil ! » Voilà pour­quoi les cyniques ne bâtissent pas d’empire, et pour­quoi un ordre imagi­naire ne saurait être main­tenu que si de grandes sections de la popu­la­tion – notam­ment, de l’élite et des forces de sécu­rité – y croient vrai­ment. Le chris­tia­nisme n’aurait pas duré deux mille ans si la majo­rité des évêques et des prêtres n’avaient pas cru au Christ

les femmes et les travaux de force

Beau­coup de femmes courent plus vite et soulèvent des poids plus lourds que beau­coup d’hommes. Secundo, et c’est des plus problé­ma­tiques pour cette théo­rie, les femmes ont été tout au long de l’histoire exclues surtout des tâches qui exigent peu d’effort physique (prêtrise, droit, poli­tique) et ont dû assu­mer de nombreux travaux manuels rudes aux champs, dans les arti­sa­nats et à la maison.

L’expérience communiste

L’expérience la plus ambi­tieuse et la plus célèbre de ce genre fut menée en Union sovié­tique : ce fut un échec lamen­table. En pratique, le prin­cipe du « chacun travaillait suivant ses capa­ci­tés et rece­vait suivant ses besoins » se trans­forma en « chacun travaillait aussi peu que possible pour rece­voir le plus possible »

La monnaie

La monnaie est donc un moyen d’échange univer­sel qui permet aux gens de conver­tir presque tout en presque tout. Le soldat démo­bi­lisé peut délais­ser la force muscu­laire pour se muscler la cervelle en utili­sant sa solde afin de payer ses droits d’inscription en fac. La terre peut se conver­tir en loyauté quand un baron vend des biens pour entre­te­nir sa suite. La santé peut se conver­tir en justice quand un méde­cin se sert de ses hono­raires pour recou­rir aux services d’un avocat – ou soudoyer un juge. Il est même possible de trans­for­mer le sexe en salut : ainsi les putains du xve siècle, quand elles couchaient avec des hommes pour de l’argent qu’elles utili­saient ensuite pour ache­ter des indul­gences à l’Église catho­lique.

Des chré­tiens et des musul­mans qui ne sauraient s’entendre sur des croyances reli­gieuses pour­raient néan­moins s’accorder sur une croyance moné­taire parce que, si la reli­gion nous demande de croire à quelque chose, la monnaie nous demande de croire que d’autres croient à quelque chose

L’importance de la religion

De nos jours, la reli­gion est souvent consi­dé­rée comme une source de discri­mi­na­tion, de désac­cord et de désunion. En vérité, pour­tant, elle a été le troi­sième grand unifi­ca­teur de l’humanité avec la monnaie et les empires. Les ordres sociaux et les hiérar­chies étant toujours imagi­naires, tous sont fragiles, et le sont d’autant plus que la société est vaste.

Reste que si l’on addi­tionne les victimes de toutes ces persé­cu­tions, il appa­raît qu’en trois siècles les Romains poly­théistes ne tuèrent pas plus de quelques milliers de chrétiens[1]. À titre de compa­rai­son, au fil des quinze siècles suivants, les chré­tiens massa­crèrent les chré­tiens par millions pour défendre des inter­pré­ta­tions légè­re­ment diffé­rentes d’une reli­gion d’amour et de compas­sion.

Lors du massacre de la Saint-​Barthélemy, entre 5 000 et 10 000 protes­tants trou­vèrent la mort en moins de vingt­quatre heures. Quand le pape apprit la nouvelle à Rome, sa joie fut telle qu’il orga­nisa des prières de liesse pour célé­brer l’occasion et char­gea Gior­gio Vasari de faire une fresque du massacre dans une salle du Vati­can (aujourd’hui inac­ces­sible aux visiteurs[2]). Plus de chré­tiens moururent de la main d’autres chré­tiens au cours de ces vingt-​quatre heures que sous l’Empire romain poly­théiste tout au long de son exis­tence.

La révolution scientifique

La Révo­lu­tion scien­ti­fique a été non pas une révo­lu­tion du savoir, mais avant tout une révo­lu­tion de l’ignorance. La grande décou­verte qui l’a lancée a été que les hommes ne connaissent pas les réponses à leurs ques­tions les plus impor­tantes. Les tradi­tions prémo­dernes du savoir comme l’islam, le chris­tia­nisme, le boud­dhisme et le confu­cia­nisme affir­maient que l’on savait déjà tout ce qu’il était impor­tant de savoir du monde.

Mortalité enfantine

la reine Elea­nor eut seize enfants entre 1255 et 1284 : 1. Fille anonyme née en 1255, morte à la nais­sance. 2. Cathe­rine, morte à 1 ou 3 ans. 3. Joan, morte à 6 mois. 4. John, mort à 5 ans. 5. Henry, mort à 6 ans. 6. Elea­nor, morte à 29 ans. 7. Fille anonyme morte à 5 mois. 8. Joan, morte à 35 ans. 9. Alphonso, mort à 10 ans. 10. Marga­ret, morte à 58 ans. 11. Beren­ge­ria, morte à 2 ans. 12. Fille anonyme morte peu après la nais­sance. 13. Mary, morte à 53 ans. 14. Fils anonyme mort peu après la nais­sance. 15. Eliza­beth, morte à 34 ans. 16. Édouard. Le plus jeune, Édouard, fut le premier des garçons à survivre aux dange­reuses années de l’enfance

L’horreur du monde moderne

Pire encore fut le destin des indi­gènes de Tasma­nie. Ayant survécu à 10 000 ans de splen­dide isole­ment, ils furent tous élimi­nés : un siècle après l’arrivée de Cook, hommes, femmes et enfants avaient disparu jusqu’au dernier. Les colons euro­péens commen­cèrent par les refou­ler des parties les plus riches de l’île, puis, convoi­tant même les parties déser­tiques restantes, ils les traquèrent et les tuèrent systé­ma­ti­que­ment

Une blague (drôle)

Un jour qu’ils s’entraînaient, les astro­nautes tombèrent sur un vieil indi­gène améri­cain. L’homme leur demanda ce qu’ils fabri­quaient là. Ils répon­dirent qu’ils faisaient partie d’une expé­di­tion de recherche qui allait bien­tôt partir explo­rer la Lune. Quand le vieil homme enten­dit cela, il resta quelques instants silen­cieux, puis demanda aux astro­nautes s’ils pouvaient lui faire une faveur. « Que voulez-​vous ? – Eh bien, fit le vieux, les gens de ma tribu croient que les esprits saints vivent sur la Lune. Je me deman­dais si vous pouviez leur trans­mettre un message impor­tant de la part des miens. – Et quel est le message ? » deman­dèrent lesas­tro­nautes. L’homme marmonna quelque chose dans son langage tribal, puis demanda aux astro­nautes de le répé­ter jusqu’à ce qu’ils l’aient parfai­te­ment mémo­risé. « Mais qu’est-ce que ça veut dire ? – Je ne peux pas vous le dire. C’est un secret que seuls sont auto­ri­sés à savoir notre tribu et les esprits de la Lune. » De retour à leur base, les astro­nautes ne ména­gèrent pas leurs efforts pour trou­ver quelqu’un qui sût parler la langue de la tribu et le prièrent de traduire le message secret. Quand ils répé­tèrent ce qu’ils avaient appris par cœur, le traduc­teur partit d’un grand éclat de rire. Lorsqu’il eut retrouvé son calme, les astro­nautes lui deman­dèrent ce que ça voulait dire. L’homme expli­qua. Ce qu’ils avaient si méti­cu­leu­se­ment mémo­risé voulait dire : « Ne croyez pas un seul mot de ce qu’ils vous racontent. Ils sont venus voler vos terres. »

L’esclavage

Dix millions d’esclaves afri­cains, dont près de 70 % pour les plan­ta­tions de canne à sucre. Les condi­tions de travail étaient abomi­nables. La plupart avaient une vie brève et misé­rable. Des millions d’autres moururent au cours des guerres menées pour les captu­rer ou au cours du long voyage du cœur de l’Afrique aux côtes de l’Amérique. Tout cela pour que les Euro­péens sucrent leur thé et mangent des bonbons… et que les magnats du sucre empochent d’énormes profits

Le consumérisme

L’obésité est une double victoire pour le consu­mé­risme. Au lieu de manger peu, ce qui provo­que­rait une réces­sion écono­mique, les gens mangent trop puis achètent des produits diété­tiques – contri­buant ainsi double­ment à la crois­sance écono­mique.

Le temps

En 1784 commença à opérer en Grande-​Bretagne un service de voitures avec des horaires publics : ceux-​ci n’indiquaient que l’heure de départ, pas celle d’arrivée. En ce temps-​là, chaque ville ou chaque bourg avait son heure locale, laquelle pouvait diffé­rer de celle de Londres d’une bonne demi-​heure. Quand il était midi à Londres, il pouvait être 12 h 20 à Liver­pool et 11 h 50 à Canter­bury. Comme il n’y avait ni télé­phones, ni radio, ni télé­vi­sion, et pas de trains rapides, qui pouvait savoir, et qui s’en souciait[2] ? 

L’importance de l’état

L’État prête aussi une atten­tion plus soute­nue aux rela­tions fami­liales, surtout entre parents et enfants. Les parents sont obli­gés d’envoyer leurs enfants à l’école. L’État peut prendre des mesures contre les parents parti­cu­liè­re­ment abusifs ou violents. Au besoin, il peut même les jeter en prison ou placer leurs enfants dans des familles nour­ri­cières. Il n’y a pas si long­temps, l’idée que l’État doive empê­cher les parents de battre ou d’humilier leur progé­ni­ture eût été balayée d’un revers de main comme une idée ridi­cule et inap­pli­cable. Dans la plupart des socié­tés, l’autorité paren­tale est sacrée.

Ce livre est dans mes listes depuis .….. long­temps ! j’apprécie cette auteure qui fait partie des gens qui me font du bien. D’abord parce que Kata­rina Mazetti aime racon­ter des histoires et que j’adore que l’on m’en raconte. Ensuite, parce qu’elle a un sens de l’humour avec lequel je suis bien : jamais méchant mais telle­ment perti­nent. La fin est peut-​être trop gentille, mais elle ne fait que deux pages et il fallait bien finir ! C’est pour­tant pour cette raison et l’aspect un peu cari­ca­tu­ral de certains person­nages que ce roman n’a pas eu ses cinq coquillages que j’ai parfois eu très envie de lui mettre. Nous sommes embar­qués sur un bateau de croi­sière vers l’Antarctique avec des Suédois sans soucis finan­ciers mais avec parfois des diffi­cul­tés bien plus graves. Les deux person­nages centraux sont un jour­na­liste et une certaine Wilma. Le jour­na­liste se noie dans un divorce qui le prive de ses enfants. Tous les torts sont évidem­ment, selon lui, du côté de son épouse, mais peu à peu on se rendra compte que ce n’est peut être pas si simple. Et surtout, comme dit mon beau-​frère préféré « il y a malheur plus grand » : que cache, en effet, la raideur et la maladresse de Wilma ? Il prend le risque à force de ne s’intéresser qu’à sa petite personne et profi­ter sans vergogne de la gentillesse et de l’optimisme de celle qui ne veut pas étaler ses problèmes de passer à côté d’une véri­table diffi­culté de la vie. Et puis, il y a, Alba qui compare chaque type humain à des compor­te­ments des animaux mais préfère ces derniers au hommes car : l’expression « les hommes sont des animaux » est une offense aussi bien envers les manchots que les autres espèces animales. C’est vrai que ce n’est pas un roman qui va rester à vie dans ma mémoire mais il m’a fait sourire et j’ai bien aimé les obser­va­tions sur les compor­te­ments des mammi­fères dits supé­rieurs, un peu cari­ca­tu­raux, peut-​être comme ces deux sœurs : l’une, la riche exploite sans pitié la gentillesse de l’autre, la plus pauvre. Ces petits bémols ne doivent pas faire oublier que c’est avant tout un roman léger et agréable et pas l’étude du siècle sur les mœurs de la société suédoise.

Citations

Préface

Tous les person­nage de ce roman ont été tirés d’un compost d’observation diverses et de frag­ments de souve­nirs qui a mûri dans la tête de l’auteur durant un laps de temps indé­fini.

C’est indi­qué « bagages » avec une flèche à droite et une autre à gauche. Sur le même panneau ! J’ai un faible pour les Fran­çais, mais Charles-​de-​Gaulle est un concen­tré de leurs pires défauts.

Des noms qui font rêver (ou pas)

Thiru­va­nan­tha­pu­ram 

C’est vrai en France aussi

Regar­dez le public au théâtre ou dans les vernis­sages ! Quatre-​vingt-​dix pour cent sont des femmes, la plupart ayant dépassé la cinquan­taine, les dix pour cent restants y ont été traî­nés par une femme. Inter­di­sez l’accès aux femmes de plus de quarante-​cinq ans et vous pouvez annu­ler toute vie cultu­relle suédoise !

Le résultat d’une enquête journalistique

Le conseiller d’éducation s’est pendu avant le procès lais­sant une épouse et trois enfants dont deux fréquen­taient son école. La répu­ta­tion de la rempla­çante a été ruinée et elle a perdu son boulot. Le seul à être vrai­ment heureux à proba­ble­ment été l’enfoiré qui avait vendu l’histoire au départ. Et puis, nous les trois épau­lards . Dans une bonne humeur forcée, nous sommes allés nous saou­ler au pub pour célé­brer notre acti­vité si utile à la société.
Bon évidem­ment qu’elle était utile à la société, je le soutiens encore aujourd’hui. Mais. La vie de six personnes à été détruite.

Philosophie du marin

Tout le monde devrait connaître un bon mal de mer de temps en temps, a-​t-​il marmotté. Ça vous rend humble et doux, on se rend compte qu’on n’a pas grand-​chose à oppo­ser à la nature. Je crois que je vais inven­ter un comprimé de mal de mer qui fonc­tionne à l’envers. Pour le jeter dans le gosier des tyrans omni­po­tents aux quatre coins du monde quand ils s’apprêtent à enva­hir un pays , ou à dévas­ter une forêt, ou simple­ment à battre leur femme.

Un vantard

Göran est resté au bar à racon­ter à ceux qui voulaient bien l’écouter qu’il n’avait jamais eu le mal de mer. Ce qui est sans doute vrai -mais il n’a pas précisé qu’il n’avait jamais vrai­ment pris la mer, seule­ment fait des courses en hors-​bord sur le lac près de chez nous.

J’ai souri

C’est un peu comme boire un verre de cognac quand on sent venir un gros rhume. Ça ne guérit personne, mais on s’amuse plus en atten­dant d’être patraque.