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J’avais telle­ment apprécié « les forêts de Ravel » que je me suis préci­pitée sur ce roman. C’est encore une fois Sandrine qui m’a fait noter son arrivée dans une rentrée litté­raire trop encom­brée pour moi. Michel Bernard a deux talents, il sait décrire la guerre dans toute son horreur et les senti­ments patrio­ti­ques qui condui­sent des hommes jeunes à risquer leur vie. Et cet auteur sait aussi raconter la créa­tion artis­tique. Le premier remord de Monet, c’est l’histoire de ce jeune talen­tueux, coura­geux et très beau Frédéric Bazille  qui est mort pendant la guerre de 1870, alors que Monet est réfugié à Londres loin des tumultes des armes. Frédéric Bazille c’est ce grand jeune homme allongé sur ce tableau.dejeuner-pouchkine

Le début du roman commence par la quête du père de Frédéric, il veut retrouver son fils, Michel Bernard nous décrit, alors, ce qu’a repré­senté cette défaite de la France. Une armée mal préparée, une répu­blique toute neuve qui n’a pas pu se défendre des soldats prus­siens qui venaient de vaincre Napo­léon III. La quête de ce père, fou de chagrin, à travers le pays dévasté, puis son retour sur ses terres avec le corps de son fils pour qu’il soit enterré digne­ment est boule­ver­sant. On retrouve le talent de cet écri­vain pour nous parler de la guerre comme il l’avait fait pour raconter celle que Maurice Ravel a faite en 14 – 18.

L’autre qualité du roman de Michel Bernard , c’est de nous faire partager l’élan créa­teur de ce peintre. Et ce sera le second remord de Monet que son amour pour Camille dont il a laissé de nombreux portraits . L’écrivain cerne au plus près les sensa­tions du peintre et nous compre­nons peu à peu les forces qui l’ont poussé à créer toute sa vie. Le roman suit l’artiste à Londres, à Argen­teuil, sous le soleil, sous la neige, il épouse les diffé­rents moments de la vie de Monet et nous retrou­vons des tableaux si célè­bres et tant de fois admirés. Comme celui-​ci dont j’ai toujours trouvé la lumière si belle :monet-la-piePuis viendra, pour Monet, le moment des séries et toujours la remise en ques­tion de son travail que ce soit à travers les peupliers, la cathé­drale de Rouen. Je crois qu’après avoir lu ce roman, on comprend mieux la quête de la lumière pour les pein­tres en parti­cu­lier les impres­sion­nistes. Et quel superbe final que cette réali­sa­tion de son jardin de Giverny et sa séries des nymphéas. Monet a réussi sa vie, je ne sais toujours pas s’il a eu des remords mais ce qui est sûr, c’est qu’il a offert à la France une oeuvre magis­trale à laquelle Michel Bernard rend un très bel hommage.

Citations

Les phrases que j’aime lire

Les cyprès, lanternes des morts au soleil de la Médi­ter­ranée, fusaient au-​dessus des murs du cime­tière.

L’élan patriotique

Les armées prus­siennes étaient entrées en France et marchaient sur Paris. Cela avait décidé Frédéric, le doux rêveur Frédéric, à s’engager. Il avait lui aussi trouvé stupide ce conflit, stupide ce régime à bout de souffle, stupides ces géné­raux carrié­ristes ressas­sant les nosta­gies impé­riales. La défaite et l’invasion chan­geaient tout. Le pays était malheu­reux, la France était blessée, il fallait faire son devoir.

La création des nymphéas

Les teintes glau­ques, où les effets de lumières assourdis mêlaient l’air et l’eau, baignaient volup­tueu­se­ment le regard blessé du peintre. Une autre dimen­sion des choses vivantes lui appa­rais­saient qu’il n’aurait pas su voir quand il était jeune. Elle était supé­rieure, il le sentait, parce qu’elle lui appor­tait une certaine séré­nité dans la contem­pla­tion. Il avait fallu la longue prépa­ra­tion d’une vie pour l’atteindre et le comprendre. Il y a vingt ans, il avait deviné que quelque chose était là, qui l’attendait, mais c’était encore trop tôt. Impa­tient, tumul­tueux et désor­donné, il s’était préma­tu­ré­ment jeté à la conquête de ce qu’il fallait encore attendre. Main­te­nant, devant ses yeux usés, un monde inter­mé­diaire s’ouvrait, neuf pour lui et vieux comme la Créa­tion.

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20160813_105713Traduit du danois par Raymond ALBECK

5
Quel livre ! Je le dois encore une fois à Domi­nique. Que sa curio­sité insa­tiable soit mille fois remer­ciée ! Sans son blog ce livre ne serait pas parvenu jusqu’à moi puisque ma média­thèque ne possède pas encore (depuis j’ai convaincu les biblio­thé­caires de l’acheter) ce « chef d’oeuvre », comme le dit la quatrième de couver­ture. Et je suis entiè­re­ment d’accord, c’est un petit chef d’oeuvre. Thor­kild Hansen, décrit avec une préci­sion extra­or­di­naire, tant sur le plan tech­nique qu’humain, une expé­di­tion qui part du Dane­mark en 1761, pour faire connaître au monde un pays alors inviolé : « L’Arabie Heureuse ». Un roi danois Frédéric V, soutenu par un ministre, Berns­torff, parti­cu­liè­re­ment gagné à l’esprit des lumières, mobi­lise des sommes impor­tantes pour financer une expé­di­tion auda­cieuse. Il s’agit de rassem­bler des savants les plus pointus de l’époque pour décou­vrir une partie de la planète où aucun occi­dental n’était encore allé.

D’abord, il s’agit de comprendre ce nom : pour­quoi s’appelle-t-elle « Heureuse » cette Arabie ? Qui sont les peuples qui la compo­sent ? Pour cela, il faut un savant linguiste , ce sera un Danois von Haven. Pour comprendre la géologie et les plantes, on fera appel un savant suédois Peter Forsskal, un médecin physi­cien danois le docteur Kramer pour soigner les membres de l’équipe , un peintre graveur Bauren­feind pour ramener les illus­tra­tions de tout ce qui sera décou­vert et un arpen­teur d’origine alle­mande, Carsten Niebuhr, le moins titré des cinq hommes. Tous ces gens ont beau­coup écrit, envoyé de longs rapports sur leur voyage (sauf le docteur Kramer). Torkild Hansen, les a tous lus et pour certains de ces écrits, il en était le premier lecteur.

Son récit nous faire revivre de l’intérieur cette incroyable épopée qui a failli être un des plus grands fiascos de tous les temps. Pour une raison que l’on sait dès le début du livre van Haven et Forsskal se haïs­saient, et malheu­reu­se­ment Berns­torff n’a pas su anti­ciper les consé­quences de cette haine impla­cable. Il aurait au moins fallu dési­gner un chef, mais non, on leur demande à tous de s’entendre ce qu’ils sont tota­le­ment inca­pa­bles de faire. La raison en est sans doute que l’éminent profes­seur danois von Haven, déce­vait beau­coup son employeur qui n’osait pas l’avouer. Sur le terrain la mollesse d’esprit et de corps de von Haven le discré­di­tera tota­le­ment, au profit du coura­geux, éner­gique mais colé­reux Forsskal.

La malaria empor­tera dans la mort ces deux hommes, le premier n’aura rien décou­vert d’important, se plai­gnant à longueur de rapports de l’inconfort et de l’insécurité. Le second au contraire a réussi à envoyer de multi­ples rapports, de nombreuses caisses de plantes, d’animaux empaillés, ou conservés dans l’alcool , de semences, de plantes séchées. Tout cela parfai­te­ment décrit dans de mult ouvrages. Malheu­reu­se­ment, rien ou presque de son fabu­leux travail n’a été exploité. Pour­quoi ? Il était suédois et le roi du Dane­mark n’avait guère envie que la Suède s’attribue le succès d’une expé­di­tion qu’elle avait financée. Forsskal est un élève de Linné qui est déjà un savant reconnu mais suédois, les consé­quences de ce natio­na­lisme absurde c’est que von Haven n’a rien décou­vert par paresse et que les extra­or­di­naires décou­vertes de Forsskal ont été complè­te­ment négli­gées ou presque.

Il ne reste donc rien de cette expé­di­tion qui dura 7 ans ? et bien si ! Le seul person­nage peu titré était cet arpen­teur d’origine alle­mande : Carsten Niebhur qui a toujours refusé le moindre titre hono­ri­fique, il est le seul à revenir vivant de cette extra­or­di­naire épopée et il a fourni au monde, pour plusieurs siècles, des cartes exactes de cette région du monde. Même s’il a donné le nom correct à l’Arabie « Heureuse » : le Yemen , il n’a pas trouvé pour­quoi on l’avait si long­temps appelé Heureuse. La réponse est dans le livre, à vous de l’y trouver…

C’est peu de dire que j’ai lu avec passion ce voyage abso­lu­ment extra­or­di­naire, ne m’agaçant même plus d’un procédé qui d’habitude me gêne beau­coup : l’auteur nous annonce souvent les événe­ments impor­tants à venir. Je préfère toujours décou­vrir les diffé­rentes péri­pé­ties au cours de ma lecture sans effet d’annonce. Quand j’ai réalisé que l’énorme travail de Forsskal, d’une qualité remar­quable allait être réduit à néant par la stupi­dité et la mesqui­nerie humaine, j’ai alors lu ce livre comme un thriller, je n’arrivais pas à le croire ! Si je dois encore vous donner une raison supplé­men­taire pour vous plonger dans ce voyage, lisez-​le simple­ment pour décou­vrir une des plus belles person­na­lité que les livres m’ont permis de connaître : celle d’un arpen­teur qui avec téna­cité et intel­li­gence a permis de faire de cette expé­di­tion une superbe réus­site. Une person­na­lité de cet acabit : modeste, honnête, humaine, altruiste, coura­geuse, sans préjugé … bref, à lui seul, il mérite un collier entier de coquillages !

Citations

Les temps anciens

Ce ministre nour­ris­sait pour l’art et la science un intérêt qu’il nous est diffi­cile d’imaginer, alors que nous avons améliorer la consti­tu­tion de l’État et que le despo­tisme éclairé a fait place à la démo­cratie non éclairée.

Trait de personnalité toujours sujette à la critique

Il avait de la valeur, on le lui eût pardonné, mais il le savait lui-​même, montrait avec osten­ta­tion qu’il en était convaincu, et cela était inex­cu­sable.

La science et les mythes : l’explication de la fluorescence de la mer.

Des expé­riences plus récentes ont prouvé que la phos­pho­res­cence de la mer est due à des orga­nismes vivants. Les filles de Nérée sont tout simple­ment des proto­zoaires unicel­lu­laires, flagelles et rhizo­podes.

Des questions hautement scientifiques

Presque toutes les univer­sités euro­péennes deman­dent aux voya­geurs d’étudier tous les problèmes imagi­na­bles : entre autres, un circoncis éprouve-​t-​il plus de plaisir au cours d’un coït qu’un incir­concis.

Le langage diplomatique dans toute sa splendeur

Il ne va pas jusqu’à dire que von Haven, à bout d’arguments, avait demandé à Forsskal de lui « baiser le cul », mais que « von Haven avait eu recours à une insulte si gros­sière que le respect que m’inspire Votre Excel­lence m’interdit de la lui répéter, et toute­fois comme les circons­tances me font un devoir de préciser, j’indiquerai que la popu­lace s’en sert pour accuser un homme de la lâcheté la plus abomi­nable, en lui attri­buant certaines habi­tudes canines » ….

La fin terrible de cette aventure pour les deux savants de l’expédition

Les deux profes­seurs ambi­tieux et querel­leurs ont partagé en fin de compte le même destin. L’un fut tout au long du voyage sans énergie, dépourvu d’esprit d’initiative, manquant d’idées, inté­ressé seule­ment par des ques­tions de confort. L’autre a travaillé du matin au soir, s’est passionné pour tout ce qui l’entourait, a décou­vert des problèmes capti­vant là où les autres ne voyaient que des vérité de la Palisse, et a su les résoudre. Il a collec­tionné, cata­logué, décrit. Il n’a pas laissé derrière lui un simple journal : ses manus­crits remplis­saient sept lourds colis et ses collec­tions au moins vingt grandes caisses. Mais il n’en a pas plus tiré profit que le premier. On a connu la plus grande partie de ses décou­vertes seule­ment après que d’autres les eurent refaites et publiées. La mise de chacun est diffé­rente mais le résultat est le même : il ne reste rien.

Peter Forsskal

Le seul souvenir vivant de Peter Forsskal qui mourut à Yerim, en Arabie Heureuse, la plante de Forsskal, est une ortie.

20160730_151921Traduit de l’italien par Elsa DAMIEN

4
J’ai commencé la lecture soutenue par vos commen­taires à propos de « L’Amie Prodi­gieuse » . Quand on a beau­coup aimé un roman, on aborde le second tome avec plus de réti­cences, mais très vite, j’ai été happée par le style d’Elena Ferrante. Voici une auteure qui rend l’Italie du sud telle­ment vivante ; elle nous fait comprendre de l’intérieur ce que cela veut dire d’être femme dans une société machiste donc violente et de plus dominée par un clan qui ressemble fort à la mafia. Nous retrou­vons les mêmes person­nages que dans le premier tome, ils ont vieilli et ne sont plus confrontés aux mêmes diffi­cultés. Lila se bat dans son quar­tier contre un mari qu’elle n’aime pas et contre tous ceux qui veulent la dominer. Elle essaie de vivre comme une femme libre dans un pays où cela n’a aucun sens. Elle est rouée de coups mais ne plie jamais. Elena sort tant bien que mal de sa misère initiale en réus­sis­sant brillam­ment ses études.

Ses amours ne la rendent pas toujours heureuse mais lui permet­tent de se rendre compte qu’elle a beau se donner beau­coup de mal pour se cultiver, le fossé entre elle et ceux qui sont bien nés est infran­chis­sable. Les liens très forts qui unis­sent les deux jeunes femmes n’ont pas résisté aux passions amou­reuses qui se sont entre­croi­sées le temps d’un été. Même si Lila lui vole sous son nez son amou­reux et malgré sa peine, Elena restera lucide et ne lui enlè­vera pas tota­le­ment son amitié. Grâce à un jeu d’écriture, (les cahiers de Lila lui ont été confiés) , l’écrivaine peut décrire la vie de cette femme farouche si peu faite pour vivre sous la domi­na­tion des hommes napo­li­tains.

Raconter les intri­gues risque de faire perdre tout le sel de ce roman qui vaut surtout par le talent de cette auteure. Elena Ferrante décrit dans le moindre recoin de l’âme les ressorts de l’amitié, de l’amour et des conduites humaines et donc, comme les grands écri­vains, elle nous entraîne d’abord dans une compré­hen­sion de l’Italie du sud et puis au delà des fron­tières terres­tres dans ce qui constitue l’humanité dans toutes ses forces et ses faiblesses.

Citations

Portraits des femmes de Naples

Ce jour-​là, en revanche, je vis très clai­re­ment les mères de famille du vieux quar­tier. Elles étaient nerveuses et rési­gnées. Elles se taisaient, lèvres serrées et dos courbé, ou bien hurlaient de terri­bles insultes à leurs enfants qui les tour­men­taient. Très maigres, joues creuses et yeux cernés, ou au contraire dotées de larges fessiers de chevilles enflées et de lourdes poitrines, elles traî­naient sacs de commis­sions et enfants en bas âge, qui s’accrochaient à leurs jupes et voulaient être portés.

Le mur infranchissable de l’origine sociale

Je n’avais pas véri­ta­ble­ment réussi à m’intégrer. Je faisais partie de ceux qui bûchaient jour et nuit, obte­naient d’excellents résul­tats, étaient même traités avec sympa­thie et estime, mais qui ne porte­raient jamais inscrits sur eux toute la valeur, tout le pres­tige de nos études. J’aurais toujours peur : peur de dire ce qu’il ne fallait pas, d’employer un ton exagéré, d’être habillé de manière inadé­quate, de révéler des senti­ments mesquins et de ne pas avoir d’idées inté­res­santes.

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Traduit de l’italien par Renaud Tempe­rini

Livre critiqué dans le cadre du programme Masse Critique de Babelio.com

4Je ne réponds plus souvent aux solli­ci­ta­tions de Babelio mais j’ai visi­ble­ment tort car ce roman m’a abso­lu­ment ravie. J’avais accepté car je croyais me replonger dans l’atmosphère de Naples si bien décrite par Elena Ferrante, et cette fois, du point de vue des hommes. J’aurais pu être déçue car ce n’est pas du tout cela que j’ai trouvé. J’ai accom­pagné un homme un peu bourru dans sa vieillesse et dans sa diffi­culté de commu­ni­quer avec ses voisins, ses amis et sa famille. Comme beau­coup de personnes âgées, il repense à son passé et en parti­cu­lier à ses amours de jeunesse avec nostalgie et souvent une grande préci­sion. C’est un livre drôle et triste à la fois. Tragique même, puisque Cesare ne pourra pas empê­cher le dérou­le­ment d’un drame si prévi­sible pour­tant. Le trio des vieux amis, la dame au chat, Marino qui ne s’est pas remis de la mort acci­dentel de son fils, et lui-​même, ronchon­nent et râlent un peu sur le monde moderne auquel ils ont du mal à s’adapter, c’est ce qui les rend drôles et très atta­chants. Ils ne sont que des hommes sans super pouvoir. Lorenzo Marone a dépeint un Cesare au plus près de la réalité de ce que peut être un homme vieillis­sant. Il sait très bien jouer des rôles de person­nages auto­ri­taires pour sortir des situa­tions les plus rocam­bo­les­ques (il est aussi bon comme l’ami du ministre de la justice, que l’inspecteur du fisc à la retraite, ou comme l’ancien commis­saire de police de Naples), il ne pourra, cepen­dant pas faire grand chose pour aider Emma à se sortir des griffes d’un mari violent. En revanche, il trou­vera le chemin de la compré­hen­sion et de l’affection de son fils. Ce livre commence par un tout petit texte qui m’a fait penser que j’allais aimer cette lecture, alors, je vous le recopie en espé­rant qu’il aura le même effet sur vous :

Citations

Une préci­sion

MON FILS EST HOMOSEXUEL.

Il le sait. Je le sais. pour­tant, il ne me l’a jamais avoué. Je n’y vois rien de mal, beau­coup de gens atten­dent la mort de leurs parents pour laisser leur sexua­lité s’épanouir en toute liberté. Mais avec moi, cela ne marchera pas, j’ai l’intention de vivre encore long­temps, au moins une dizaine d’années. Par consé­quent, si Dante veut s’émanciper, il va falloir qu’il se fiche de l’opinion du sous­signé. Je n’ai pas la moindre envie de mourir à cause de ses préfé­rences sexuelles.

Un moment d’humour tellement vrai !

Je fixe des yeux un livre posé sur ma table de chevet. J’ai souvent observé sa couver­ture, mais j’y remarque des détails qui m’avaient échappé. Une sensa­tion de stupeur m’envahit, puis je comprends de quoi il s’agit : j’arrive à lire de près. A mon âge, personne au monde n’en est capable. Malgré les pas de géants de la tech­no­logie au cours du dernier siècle, la pres­bytie est restée un des mystères inac­ces­si­bles à la science. Je porte les mains à mon visage et saisis la raison de cette soudaine guérison mira­cu­leuse : j’ai mis mes lunettes, d’un geste désor­mais instinctif, sans réflé­chir.

Le caractère de Cesare

On dit souvent que le temps adoucit le carac­tère, surtout celui des hommes. Beau­coup de pères auto­ri­taires se méta­mor­pho­sent en grands-​pères affec­tueux. moi, il m’est arrivé l’exact contraire, je suis né doux et je mourrai bourru.

La vieillesse

On ne s’habitue à rien, on renonce à changer les choses ce n’est pas pareil.

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Comme vous le voyez, je n’ai pas résisté long­temps au billet de Noukette pas plus qu’à celui de Jérôme. Ces deux là quand ils vous promet­tent un bon roman qui fait du bien, vous pouvez y aller, ils sont rare­ment à côté de la plaque ! J’ai tout simple­ment adoré ce roman , je l’ai avalé en quel­ques heures et déjà, je rêve de lire la suite. Un psycho­logue origi­naire des Antilles soigne des gens mal dans leur peau et dans leur vie. C’est un bel homme noir dont le charme ne laisse pas indif­fé­rent les femmes. Il a une clien­tèle d’enfants et d’ados. Au retour de l’école, son fils, Lazare écoute les récits des patients. Cela permet à l’auteur de multi­plier les points de vue sur le monde des gens qui vont mal aujourd’hui en parti­cu­lier les adoles­cents. Nous avons le regard de Sauveur (beau prénom pour un psycho­logue) celui de Lazare son fils et aussi les propos des gens qui vien­nent le voir. C’est drôle, pétillant, triste souvent et tragique parfois.

La classe de CE2 de madame Dumayet fréquentée par Lazare vaut celle du célèbre petit Nicolas. Les cas suivis par Sauveur (et son fils) permet­tent à Marie-​Aude Murail de mettre en scène des petits instan­tanés de notre monde contem­po­rain. J’ai bien aimé aussi les maladresses de Sauveur avec son fils, lui qui sait si bien comprendre les souf­frances des autres, a un peu plus de mal à voir celles de son enfant dans lesquelles il est impliqué, évidem­ment. Cela donne un sens à l’intrigue et au retour vers le drame de leur vie d’avant quand ils vivaient à la Marti­nique ce n’est pas la meilleure partie du roman . Autant les enfants et les ado sont passion­nants autant certains adultes sont à la limite de la cari­ca­ture.

C’est la raison pour laquelle je n’ai pas mis 5 coquillages. La raciste de service me semble sorti d’un roman de 4 sous, et le prof d’histoire dragueur et bedon­nant (le père d’Océane) peu crédible. Le sel de ce roman ce sont les enfants et les ados qui nous le donnent et eux, pour peu que les adultes ne les écra­bouillent pas complè­te­ment, sont prêts à vivre de toutes leurs forces. Je ne sais pas si cette auteure s’adresse à des ado ou à des adultes, ce que je sais, moi qui suis loin de cet âge là, c’est que j’ai eu l’impression de partager un moment la vie de gens plus jeunes et que Marie-​Aude Murail me donnait, à travers les yeux compa­tis­sants de Sauveur et de son fils, des clés pour mieux les comprendre.

Citations

Les ambiances de classe comme si on y était

L ‘histoire inti­tulée « le loup était si bête » leur avait plu. Malheu­reu­se­ment, il s’agissait de faire main­te­nant l’exercice de compré­hen­sion numéro 3 page 42.

1/​Que nous apprend le titre du texte ?

2/​Ce conte fait-​il peur ?

3/​Connais-​tu des contes de Loup qui font peur ?

Paul dont l’esprit de conci­sion faisait la charme répondit :

1/​Le loup il est bête 2/​non 3/​oui

Problème d’orthographe

Le mardi c’était le jour d’Ella, la phobique scolaire. Lazare avait eu quel­ques diffi­cultés à obtenir des infor­ma­tions sur ce mal étrange car il avait d’abord tapé « fobic solaire » sur Google.

le sommeil des ados (je ne savais pas ça !)

Dans tous les cerveaux il y a de la méla­to­nine qui fait dormir, mais le cerveau des adoles­cents fabrique la méla­to­nine pas à la même heure que le cerveau des adultes. Alors le soir, ils n’ont pas envie de dormir. Mais le matin, si.

J’ai un petit faible pour Océane

Pour le proverbe du jour Madame Dumayet avait choisi. :« Après la pluie , le beau temps » . Qui sait ce que veut dire ? Oui, Océane.

Il faut pas oublier son para­pluie.

Les enfants et leurs secrets

Les poule noire étran­glée et le cercueil en boîte de chaus­sures étaient allés rejoindre le monde interdit aux enfants, dont les secrets s’échappent par une porte entre­bâillée

20160726_102602Traduit de l’anglais (États-​Unis) par Jean-​Luc Piningre

1Cet été, j’ai ressenti un fort besoin de retrouver un monde sans violence à travers mes lectures. J’ai pensé que cette Miss Alabama et ses petits secrets allaient me détourner de mon pessi­misme concer­nant l’humanité et en parti­cu­lier la cruauté des fous qui tuent au nom d’Allah. Quand j’ai commencé, j’ai cru avoir trouvé un déri­vatif à ma peine : le début est amusant, cette femme parfaite, trop sans doute, et qui a tout contrôlé dans sa vie, décide de se suicider car elle ne supporte plus de vivre à Birmin­gham dans l’état de l’Alabama au milieu de gens qui la déçoi­vent. Seule­ment voilà, alors que tout est très bien planifié sa collègue Brenda une femme noire sympa­thique et légè­re­ment obèse, lui impose d’aller voir un spec­tacle de Derviches-​Tourneurs. Maggie qui ne sait pas dire non recule son funeste projet d’une semaine. Durant ces quel­ques jours, nous allons peu à peu connaître son entou­rage et à travers sa vie, les diffi­cultés d’une ville comme Birmin­gham. Comme nous sommes avec des agents immo­bi­liers, on suit au plus près les trans­for­ma­tions des centres villes améri­cains et leur déser­ti­fi­ca­tion au profit de banlieues très anonymes.

Les person­nages sont sympa­thi­ques sauf la très méchante Babs Binginton. Se mêlent à l’histoire contem­po­raine, celles des siècles passés où a été construite une belle demeure que Maggie fera tout pour sauver des griffes des promo­teurs. Et bien, malgré toute ma bonne volonté et l’envie de lire un roman amusant je me suis très forte­ment ennuyée au point de tourner les pages de plus en plus rapi­de­ment. J’avais l’impression d’être dans une mauvaise série où tous les person­nages sont des cari­ca­tures d’eux-mêmes.

Est-​ce que tout simple­ment ce livre est tombé à un mauvais moment ? je ne sais pas. Mais je n’ai cru à aucune histoire et surtout pas au happy end, tant pis pour les anti-​divulgâcheuses, non, Maggie ne se suici­dera pas, non, la belle maison ne sera pas détruite par les méchants promo­teurs et oui, Maggie sera fina­le­ment heureuse, et non, je ne vous dirai pas comment (j’ai trop peur de perdre mes lecteurs et lectrices) !

Portrait de Maggie (Miss Alabama)

De toute a vie, elle ne s’était jamais mise en colère, or c’était la deuxième fois, ce mois-​ci. Était-​ce une méno­pause tardive ? Le retour du refoulé de l’agent immo­bi­lier ? Quoi qu’il en soit Maggie se dit qu’elle ferait mieux de se calmer.

Une diatribe contre les vedettes d’aujourd’hui

Aujourd’hui, les vedettes défen­dent toutes une cause. Et que je te cours le monde, que je te fais ami-​ami avec les dicta­teurs, que je te crache sur l’Amérique. Ce qui ne les empê­chent pas d’empocher l’argent qu’elles y gagnent . Je trouve qu’elles feraient mieux de fermer leurs grandes bouches et de simple­ment jouer la comédie.

– Les deux à la fois, c’est un peu compliqué, remarqua Brenda en riant.

20160718_100133Traduit de l’anglais par Mathilde Bach. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard, il a obtenu « un coup de cœur », ce sont des valeurs sûres ces coups de cœur de notre club !

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Superbe roman qui tient en haleine le lecteur jusqu’au point final. Plusieurs histoires se croi­sent et inter­fè­rent les unes dans les autres. On y retrouve cette sensa­tion qu’un « frois­se­ment d’aile de papillon » dans un coin de la planète aura des réper­cus­sions dans le monde entier. Dans la péri­phérie de Las Vegas, la famille de Daniel vit au rythme des missions mili­taires d’un genre parti­cu­lier. Il dirige des drones sur des terro­ristes qui mena­cent la planète. Une guerre propre ? Seule­ment est-​ce qu’une guerre peut l’être ? Ce jour là , Daniel et Maria ne tueront pas seule­ment un terro­riste sur la fron­tière afghane et pakis­ta­naise, en appuyant sur un bouton, ils tueront aussi le grand amour d’un écri­vain : Michael. Celui-​ci, terrassé par cette mort qu’il ne comprend pas, essaie de se recons­truire auprès de Samantha (à qui le livre est dédié) Josh et leurs deux filles dans un agréable quar­tier de Londres. Mais là encore, la bavure des mili­taires améri­cains aura des consé­quences tragi­ques.

Le roman raconte la lente recons­truc­tion d’un homme écri­vain après un deuil tragique. Le fait qu’il soit écri­vain est impor­tant, il a toujours écrit ses livres grâce à un un don parti­cu­lier : il sait entrer dans la vie des gens et ceux-​ci lui font confiance au point de ne rien lui cacher de leur senti­ments les plus intimes. Grâce à ce don, il devient l’ami indis­pen­sable de ses voisins, celui qui est invité à toutes les fêtes et qui peut donc un jour pousser la porte de leur maison en leur absence afin de récu­pérer le tour­nevis dont il a un besoin urgent. Le roman peut commencer, nous progres­sons dans la maison des voisins de Michael, saisi peu à peu par un senti­ment d’angoisse terrible.

Je m’arrête là, car le roman est construit sur un suspens que je n’ai pas le droit de divul­gâ­cher sans me mettre à dos tous les amateurs du genre qui seront ravis, car c’est vrai­ment bien imaginé. J’ai person­nel­le­ment été plus sensible aux réflexions sur l’écriture. Ce person­nage d’écrivain reporter m’a beau­coup inté­ressée. Faire son métier en utili­sant la vie d’autrui comporte toujours une part de voyeu­risme qui est aussi un des thèmes de ce roman. Mais évidem­ment l’autre centre d’intérêt qui ques­tionne aussi beau­coup notre époque ce sont les consé­quences de la guerre de notre temps qui utilise des drones pour éviter de faire mourir au sol les soldats de la force domi­nante.

Citations

Une bonne description

Ces hommes qui travaillaient dans des bureaux, et que les costumes ne semblaient jamais quitter, même nus.

L’anglais international

Il n’arrivait pas à recon­naître son accent. Ses phrases commen­çaient en Europe puis elles migraient, comme des hiron­delles, survo­laient l’Afrique à mi-​chemin du point final.

Les vertus de la mer

La côte n’avait jamais été son décor naturel. Et cepen­dant il se réveilla avec la certi­tude que seul l’océan pouvait l’apaiser. La mer semblait assez immense pour réprimer les angoisses qui le déchi­raient . Assez pure pour lui dessiller les yeux.

Les peurs américaines et la guerre des drones

Las Vegas four­nis­sait à l’Amérique des versions du monde, afin que l’Amérique n’ait pas besoin de s’y aven­turer. D’autres pays, d’autres lieux étaient ainsi simul­ta­né­ment rappro­chés et tenus à distance. Exac­te­ment comme ils l’étaient sur ces écrans qu’il obser­vait à Creech. N’était-ce pas ce qu’ils faisaient égale­ment là-​bas, lui et Maria, avec leur tasse à café qui refroi­dis­sait sur l’étagère à côté ? Intro­duire dans l’Amérique une version de la guerre. Une version à la loupe mais à distance, un équi­va­lent sécu­risé, où ils n’étaient pas obligés d’aller eux-​mêmes.

20160716_131754Traduit de l’anglais par Hélène Hinfray

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Je conseille la lecture de ce court témoi­gnage à tous les fans de « Downton Abbey ». La quatrième de couver­ture dit que ce récit inspira plusieurs scéna­ristes dont Julian Fellowes (créa­teur de Downton Abbey). Mais ne vous attendez pas à retrouver la série, contrai­re­ment au person­nage de Daisy, Margaret Powel est une jeune fille qui a tout de suite eu une conscience aiguë des limites de sa condi­tion. Elle ne fait pas partie de ceux ou celles qui, à l’image de Carson ou de Mme Hughes, s’identifient complè­te­ment à la famille qu’ils servent. Elle cherche par tous les moyens à sortir de sa condi­tion d’aide cuisi­nière et pour cela change le plus souvent possible d’employés. Cela nous vaut une série de portraits des riches familles anglaises hautes en couleurs ! Entre celle où on l’oblige à repasser les lacets des chaus­sures, celles où on ne les nourrit pas assez, celles où on les fait trimer comme des bêtes de somme, tout cela donne une vision bien éloi­gnée de notre chère famille Crawley. Une seule famille semble un peu corres­ponde à cet idéal, mais Margaret n’y reste pas long­temps car elle veut surtout se marier et ne plus être au service de.. Ce qui donne autant d’énergie à cette toute jeune fille c’est une éduca­tion rude mais très joyeuse au bord de la mer à Hove près de Brighton. Elle y a acquis une vision très juste de la société. Bien sûr le style est très plat mais on ne s’attend pas à plus pour ce témoi­gnage très vivant.
Pour le plaisir d’entendre sa voix voici un petit film où elle recom­mande de manger du poulet anglais :

Citations

L’importance du dimanche dans sa famille

Enfin, on ne peut pas dire non plus que l’église jouait un grand rôle dans la vie de mes parents. Je crois qu’ils n’avaient pas vrai­ment de temps à consa­crer à ça ; ou plus exac­te­ment ils n’en avaient pas envie. D’ailleurs on était plusieurs dans la famille à ne pas être baptisés. N’empêche qu’on devait tous aller au caté­chisme le dimanche. Pas parce que nos parents étaient croyants, mais parce que pendant ce temps-​là on n’était pas dans leurs jambes. Le Dimanche après-​midi, c’était le moment où il faisait l’amour.

L’école

Mais ce qui était formi­dable à l’école, c’est qu’on devait apprendre. À mon avis, il n’y a rien de plus impor­tant que de savoir lire et écrire et compter. C’est de ces trois choses-​là qu’on a besoin si on veut travailler et gagner sa vie. Nous, on nous forçait à apprendre , et je pense que les enfants il faut les forcer. Je ne crois pas aux théo­ries comme quoi « s’ils n’en ont pas envie ça ne leur appor­tera rien ». Bien sûr que ça leur appor­tera quelque chose . Nous, notre maîtresse venait nous donner une bonne gifle quand elle nous voyait bayer aux corneilles. Et croyez-​moi, quand on sortait de l’école on sortait avec quelque chose.

L’intérêt des patrons pour leurs domestiques

En fait pendant toute ma vie en condi­tion j’ai constaté que les patrons se souciaient toujours énor­mé­ment de notre bien-​être moral. Ils se fichaient pas mal de notre bien-​être physique. Pourvu qu’on soit capable de bosser, ça leur était bien égal qu’on ait mal au dos, au ventre ou ailleurs ? Mais tout ce qui avait à voir avec notre mora­lité, ils trou­vaient que ça les regar­dait. C’est ce qu’ils appe­laient « prendre soin des domes­ti­ques » s’intéresser à ceux d’en bas. Ça ne les déran­geaient pas qu’on fasse de grosses jour­nées, qu’on manque de liberté et qu’on soit mal payé ; du moment qu’on travaillait bien et qu’on savait que c’était le Bon Dieu qui avait tout orga­nisé pour que nous on soit en bas à trimer et qu’eux ils vivent dans le confort et le luxe, ça leur conve­nait parfai­te­ment.

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4Noukette qui parti­cipe au » prix des meilleurs romans des lecteurs de points » a placé celui-​ci en très bonne place pour remporter le prix, il n’en fallait pas plus pour éveiller ma curio­sité. Comme elle, je trouve beau­coup de qualités à ce roman. Comme je n’ai pas lu les autres, je ne peux pas lui attri­buer une place, en revanche, je lui attribue volon­tiers 4 coquillages. Pour­quoi pas 5 ? Car il manque un peu de tensions dans les intri­gues et sans m’ennuyer, je lais­sais parfois mon esprit vaga­bonder entre les poutrelles de Manhattan. Ce roman raconte la construc­tion et la destruc­tion des tours jumelles et prend pour person­nage prin­cipal un Indien Mohawk qui fait partie des célè­bres Iron­wor­kers, c’est à dire de ceux qui ont construit les buil­dings de New-​York et Chicago

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Plusieurs histoires s’entremêlent et permet­tent de vivre avec ces hommes très coura­geux de 1886 à 2012 …. Il permet de tordre aussi le cou à une légende tenace : oui les indiens Mohawks sont sujets au vertige comme tout le monde. Ceux pour qui ce malaise était trop fort n’ont pas fait ce travail là , voilà tout. La raison pour laquelle beau­coup d’entre eux l’ont fait, au péril de de leur vie parfois, c’est que dans l’Amérique de cette époque là peu de métiers aussi bien payés s’offraient aux Indiens. En plus, sur un chan­tier, quand quelqu’un fait bien son travail et est reconnu pour ses qualités, le racisme dispa­raît pour un temps, surtout si le métier est parti­cu­liè­re­ment diffi­cile. Le roman débute en septembre 2001, avec la recherche forcenée des rares survi­vants qui pouvaient être encore sauvés des ruines fumantes des tours jumelles. Peu à peu on comprendra pour­quoi il était presque impos­sible de survivre à cette catas­trophe qui coûtera la vie à plus de 2000 personnes. Mais avant cela, pour bien comprendre les rela­tions entre les person­nages il faudra remonter dans le temps et comprendre ce qui s’est passé à Quebec en avril 1907. Ce jour là une autre catas­trophe , un pont qui s’effondre et tue 76 personnes dont 36 Mohawks, là c’est l’entêtement de l’ingénieur qui n’était pas venu sur place, malgré les craintes des ouvriers qui sera respon­sable de cette tragédie.
Pont_de_Quebec_1907Les Iron­wor­kers sont fiers de leur savoir faire, ils ont parti­cipé à tous les grands chan­tiers de l’Amérique, là où il fallait des ouvriers n’ayant pas peur d’escalader les construc­tions métal­li­ques quelle que soit leur hauteur. La destruc­tion de ces tours a été ressentie comme une injure faite au travail de leurs ancê­tres.

Ce roman est inté­res­sant par sa partie tech­nique et son côté extrê­me­ment bien docu­menté, mais il est vrai qu’aujourd’hui tous ces docu­ments sont acces­si­bles sur Internet , encore faut-​il avoir le talent de les rassem­bler et de leur donner vie autour de person­nages atta­chants. Pendant quel­ques jours, j’étais sur les poutrelles des buil­dings Manhattan ou dans les décom­bres des tours. J’ai appris à quel point les sauve­teurs ont pris des risques pour leur vie et ont respirer des vapeurs très toxi­ques comme d’ailleurs tous ceux qui étaient près des tours quand elles se sont effon­drées. J’aime bien ce senti­ment que me procure parfois la lecture de n’être pas complè­te­ment avec les gens qui m’entourent mais dans un monde fait de passions, de peurs, de décou­vertes tech­ni­ques et de civi­li­sa­tions diffé­rentes.

PS lire le très bon billet de Delphine-​Olympe ne serait-​ce que pour les photos

Citations

Pour mettre fin à une idée reçue

Il n’a ni peur ni vertige, ou du moins le vertige il l’a comme les autre, mais il parvient à le surmonter, à faire semblant d’être à l’aise pour impres­sionner les copains. C’est ce que ses oncles disaient : respecter sa peur, dialo­guer avec elle, peu à peu l’amadouer, apprendre à la connaître pour l’apprivoiser. Serrer les fesses, faire comme s’il était normal de poser un pied devant l’autre sur trente centi­mè­tres de métal au dessus du vide. Tous n’y parve­naient pas, loin de là, mais ceux qui le peuvent semblent avoir un don unique.

Un des plaisirs de ce métier

Tu vois fiston, c’est un autre avan­tage d’être connec­teur : sur un chan­tier, tu es au- dessus des autres, au-​dessus du monde, dans les nuages, avec les dieux et les oiseaux.

L’ honneur d’être mort le 11 septembre

Si c’est un morceau d’un corps de civil, on évacue ça dans un sac plas­tique, comme à la poubelle ! trois minutes et ça repart. Je veux parler à l’enfoiré qui a demandé dans la radio si c’était un sac ou un drapeau. Les civils ont droit au même respect que tout le monde ici . Tous ces gens sont morts en héros, uniformes ou pas.

20160526_105726(1)Traduit de l’anglais ( États Unis) par Éric Chédaille.

3Après avoir lu « La Montagne en Sucre » je n’ai pas hésité à me lancer dans ce second roman que Domi­nique et Keisha m’avaient conseillé. Hélas, ce roman centré sur les amitiés entre univer­si­taires améri­cains ne m’a pas vrai­ment inté­ressée. Le roman suit la destinée de deux couples spécia­listes de litté­ra­ture anglaise, ils se pren­nent d’amitié, l’un a beau­coup d’argent et fait profiter de son confort un couple d’amis moins fortunés. Le person­nage prin­cipal dans lequel on peut recon­naître Wallace Stegner est l’universitaire moins riche mais doué pour l’écriture de romans à succès et qui , pour cette raison, est visi­ble­ment appelé à faire une belle carrière alors que son ami aura plus de mal à s’imposer car il aime surtout écrire de la poésie. Nous sommes donc dans le milieu d’enseignants au compor­te­ment et à la réus­site divers, on voit combien il est impor­tant, aux Etats-​Unis, de publier des arti­cles ou des livres pour réussir en tant qu’universitaire. Les deux carrières de ces amis évolue­ront donc à des rythmes très diffé­rents. La vie et un acci­dent que je ne peux pas raconter sans dévoiler l’intrigue, mettra leur amitié à rude épreuve. J’ai eu du mal à supporter les criti­ques sur le couple juif qui est, comme par hasard, arri­viste et inté­ressé. Un moment Stegner se demande (à travers son person­nage prin­cipal) s’il n’est pas victime de l’antisémitisme ambiant. Je peux lui répondre qu’il ne trouve aucune qualité à ses collè­gues juifs et que ça n’est pas très agréable car on peut penser que des profes­seurs capa­bles de peti­tesses, il y en a de toutes couleurs et de toutes confes­sions ! Comme beau­coup d’Américains, ils sont passionnés par la nature, je pense que c’est un aspect du roman qui a beau­coup plu à Domi­nique . Quant à moi, je dois un peu me forcer pour lire les descrip­tions surtout quand je les trouve gratuites. Je dirai que c’est un roman à lire pour ceux qui sont inté­ressés par le monde univer­si­taire améri­cain d’avant guerre, et que Stegner est d’une honnê­teté totale dans l’analyse des senti­ments mais, hélas, on ne retrouve pas du tout le souffle épique de « Montagne en sucre « .

Citations

Les descriptions de la nature que je dois me forcer à lire

Traver­sant les feuillus qui pous­sent au pied de la hauteur, traver­sant le cordon de cèdres, où des sources rendent le sol spon­gieux, je marche d’un pas alerte et mes yeux se repais­sent. J’avise dans la boue des empreintes de raton laveur, un adulte et deux petits, je vois des herbes mûris­santes ployées par l’humidité comme des arceaux de croquet, de fausses oronges, en cette saison encore plates voire concaves et conte­nant de l’eau, et des forêts minia­tures de pied-​de-​loup et de lyco­podes. Il y a, sous les jupes des épicéas, des cavernes mordo­rées, abris tout indi­qués pour les mulots et les lièvres.

Vanités

Quoique j’aie été occupé, peut-​être surmené, toute ma vie durant, il me semble aujourd’hui que j’ai accompli bien peu de choses impor­tantes, que mes livres n’ont jamais été à la hauteur de ce que j’avais en tête, et que les grati­fi­ca­tions –revenu confor­table, célé­brité, prix litté­raires et titres honorifiques-n’ont été que du clin­quant et rien dont un homme doive se contenter.