20160512_101050Traduit de l’anglais par France Camus-​Pichon.

3
Lecture que je dois à Krol, je me demande si comme moi elle a été gênée par le prénom de la cinquième femme de Michael Beard : « Patrice » est pour moi un prénom de garçon, à chaque fois je m’efforçais de penser « Patricia » sans quoi je n’arrivais pas à lui donner des traits fémi­nins. Comme notre person­nage est un scien­ti­fique tourné ver l’avenir de la planète, j’ai associé son roman à une revue qui explore le futur « Usbek et Rica« , dont je parlerai peut-​être un jour. En atten­dant, voici donc le roman racon­tant la vie de Michael Beard physi­cien couronné par un prix Nobel que les mauvaises langues jugent très immé­rité . Peu importe, c’est un membre influent de la Royale Académie de sa Majesté Eliza­beth d’Angleterre. Il ronronne un peu et passe son temps à répéter la même confé­rence dans des lieux divers et devant des publics variés. Il a une autre occu­pa­tion lire les articles de physique pour voir à quel moment et en quels termes son nom sera cité. Bref sur le plan profes­sionnel, ce n’est plus vrai­ment ça, il est de plus forte­ment agacé par la jeune géné­ra­tion à catogan qui ne respecte pas assez les glorieux aînés.

Et sur le plan personnel ? Là c’est carré­ment la Béré­zina ! Sa cinquième femme, la fameuse Patrice, le trompe avec un vulgaire maçon . Bien sûr, lui ne se prive jamais de conquêtes fémi­nines. Mais avec cette histoire de maçon sa descente aux enfers commence. Il n’a plus que deux préoc­cu­pa­tions dans la vie, oublier Patrice et essayer de décider de commencer un début d’un éven­tuel régime ! Évidem­ment, il rate les deux . Il partira pour­tant au pôle nord puis dans le désert du Mexique. Mais conti­nuera avec la même constance à rater sa vie. Quelque soit ses rencontres et ses diffé­rentes femmes, il les trompe toujours et il grossit toujours autant. Il ne fait pas que cela, il est d’une mauvaise foi incroyable et se donne bonne conscience quelques soient ses actions qui peuvent aller jusqu’à tuer quelqu’un, sans le vouloir certes , et ensuite faire endosser cette mort par un autre. Évidem­ment, il est égale­ment malhon­nête dans sa recherche scien­ti­fique. Bref un sale bonhomme avec qui je suis restée trop long­temps.

J’ai peiné à la lecture de ce roman pour­tant agré­menté de passages drôles pimentés par un humour très britan­nique. On y retrouve aussi beau­coup de problèmes qui agitent notre planète. Mais voilà le roman annonce assez vite qu’il est impos­sible que ce person­nage s’en sorte bien, du coup on attend sa chute et on trouve qu’elle tarde à venir. Et comme son cerveau est embrumé par l’alcool ou l’importance de la nour­ri­ture , j’ai eu plus d’une fois la tenta­tion de lire en diagonal pour aller plus vite que lui. D’avance je savais qu’il allait rede­mander un whisky, se resservir du plat prin­cipal, coucher avec la serveuse, pomper dans des recherches d’un autre savant et se les appro­prier et que tout cela allait très mal se finir. Bref, j’ai étouffé parce que je me suis sentie enfermé dans ce person­nage qui a fini par m’énerver.

Citations

Mauvais goût pour un anglais et ce maçon est l’amant de sa femme…

le maçon, celui-​là même qui avavit rejoin­toyé leurs murs, aménagé leur cuisine, refait le carre­lage de leur salle de bain, ce type épais qui, un jour, devant une tasse de thé, avait montré à Michael une photo de sa maison simili-​Tudor rénovée et tudo­risée par ses soins, avec un bateau posé sur sa remorque sous un réver­bère de style victo­rien au milieu de l’allée bétonnée, et un empla­ce­ment où ériger une cabine télé­pho­nique rouge à usage déco­ratif.

Flegme et classe britannique

Vous pouvez me parler sans me regarder, avait-​il envie de dire, surveillant le flot de véhi­cules devant eux pour tenter de prédire à quel moment il allait devoir attraper le volant. Pour­tant, même Beard avait du mal à criti­quer un homme qui le trans­por­tait gratui­te­ment – son hôte, en fait. Plutôt mourir ou mener une morne vie de tétra­plé­gique qu’être impoli.

L’obsession de la nourriture , par exemple : les chips

Sa tech­nique était de poser la lamelle de pomme de terre au milieu de sa langue et, après avoir profité quelques secondes de la sensa­tion, de l’écraser contre son palais. Selon lui, la surface irré­gu­lière de la chips causait de minus­cules ulcé­ra­tions de la chair, dans lesquelles se déver­saient le sel et les addi­tifs, doux mélange de plaisir et de douleur à nul autre pareil.

20160508_123628Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Roman en deux parties, d’abord sur la musique d’inspiration afri­caine, autour d’une chan­teuse extra­or­di­naire Kitami. On la retrouve écrasée par son tambour afri­cain, ou assas­sinée peut-​être mais par qui ? Cette première partie sur la musique ne m’a pas beau­coup passionnée. On voit des jeunes à la dérive essayer de se construire une iden­tité à partir de la musique d’improbables ancêtres. La seconde partie raconte la jeunesse d’une enfant Prisca, au Rwanda. Entre sorcel­lerie et racisme contre les Tutsi, la jeune fille grandit et devient une brillante élève. C’est compliqué pour elle, le village pense qu’elle a des pouvoirs de sorcières et les auto­rités voient d’un très mauvais œil cette jeune et belle Tutsi vouloir aller à l’université.

A la fin de ses études, on lui impose d’épouser un Hutu pour charmer les blancs. C’est très inté­res­sant car on sent que le massacre des Tutsi par les Hutus n’était donc pas le fruit du hasard, mais d’une haine ancienne entre­tenue par le pouvoir hutu. La jeune fille préfè­rera donc partir avec un tambour rwan­dais caché dans un village, avec le groupe de musi­ciens venant d’Amérique à la recherche de la musique afri­caine. Elle deviendra la célèbre Kitami dont l’origine de la mort reste incom­pré­hen­sible. J’avoue ne pas avoir une grande passion pour la magie afri­caine, et les mauvais sorts ne m’intéressent guère, mais l’auteure sait très bien raconter comment au Rwanda c’est diffi­cile de se défaire de ce genre de légendes, et que l’accusation de magie est aussi un bon prétexte pour supprimer toutes les person­na­lités quelque peu diffé­rentes. C’est un livre qui doit ravir les amou­reux de l’Afrique.

Citations

Les langues africaines

D’où venaient-​ils, ces mots ? du kinyar­wanda, la langue mater­nelle de la chan­teuse, d’un anglais dans la version rasta-​jamaïcaine, du yoruba-​cubain, d’un fran­çais quelque peu créo­lisé, certains préten­daient y recon­naître les sono­rités de l’amharique, du swahili, du sango, du wolof, du ruhima, du lingala, du copte, du sans­krit, de l’araméen..

Le racisme anti-​Tutsi

Nous savons, par exemple, que tu es intel­li­gente, trop intel­li­gente même, la Répu­blique du peuple majo­ri­taire n’a pas besoin de Tutsi femmes savantes.

20160429_091450Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Traduit de l’allemand par Corrinna Gepner.

1
J’ai déci­dé­ment du mal avec l’humour alle­mand même si c’est un peu simpliste de ma part de caté­go­riser comme ça un roman. Disons que je n’ai pas aimé et pire, je n’ai abso­lu­ment pas compris la néces­sité dans laquelle s’est trouvé l’auteur d’écrire un tel roman. Ma lecture a cepen­dant bien commencé et puis est devenue un véri­table pensum ! J’ai apprécié au début que l’auteur s’amuse avec les déci­sions les plus absurdes du régime nazi concer­nant les juifs. Je ne sais pas si c’est vrai (je n’en avais jamais entendu parler aupa­ra­vant), mais les juifs auraient été obligés de changer leurs prénoms pour faire « plus » juifs, peu importe que ce soit vrai ou pas, on est dans la cari­ca­ture et cela permet de saisir l’absurdité de l’antisémitisme nazi.

Puis nous partons à Holly­wood, où le chien de la famille deviendra une vedette célèbre. Et là, ma puni­tion a commencé. Je n’ai rien trouvé de drôle, j’avais beau penser à la quatrième de couver­ture qui me promet­tait d’être entraînée dans « un texte irré­sis­ti­ble­ment pica­resque », m’assurant que Jona­than Crown me ferait « revi­siter l’histoire avec humour et sensi­bi­lité », je restais sur la touche, tour­nant la pages avec un ennui profond. Ce chien magique qui joue l’agent secret auprès d’Hitler a su conquérir l’esprit de certains lecteurs si j’en juge sur les critiques dans Babelio, je n’arrive pas bien à comprendre pour­quoi. Sauf à me répéter cette phrase un peu absurde : « les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas ». Juste­ment, si, j’aimerais en discuter.

Citation

Remarque qui m’a fait sourire (c’était au début du roman)

Lilien­cron s’intéresse à ce qui est micro­sco­pique. Dans son institut il étudie les rela­tions entre les planc­tons arctique et antarc­tique.

« Tout ce qui fait plus de quatre millième de milli­mètre m’ennuie », aime-​t-​il à dire.

C’est ainsi qu’il justifie son désin­térêt pour Adolf Hitler. ou pour la poli­tique. Ou pour l’avenir. « Trop grand, tout ça », décrète-​t-​il.

20160504_1513165
Je consi­dère Domi­nique comme une bien­fai­trice de l’humanité des lecteurs et lectrices. Je n’avais pas un moral extra­or­di­naire et ce livre m’a fait beau­coup rire et m’a remis en forme. Pour­quoi « une bien­fai­trice » et non « la » bien­fai­trice ? Car je donne égale­ment ce titre à tous les auteurs qui me font du bien . Cepen­dant, les signaler à mon inten­tion doit être récom­pensé comme il se doit ! Vous devez lire cet ouvrage, surtout si, comme moi, dans les musées, il vous est arrivé de mourir d’ennui en traver­sant certaines salles . Savoir que, si l’on porte un regard critique sur des chef d’œuvre (s’ils sont au Louvre, ce sont bien des chef d’œuvre non ?) on est en bonne compa­gnie, m’a fait un plaisir immense.

Avez-​vous déjà remarqué le nombre de vierges à l’enfant qui tiennent très mal le bébé qu’on leur a mis dans les bras ? Si vous avez essayé de tenir le vôtre de cette façon, il serait à coup sûr tombé par terre. Peut-​être qu’elle ne l’aimait pas tant que ça, ce bébé, et après tout, avec tous les soucis qu’il lui donnera plus tard, on peut la comprendre. Je suis aussi souvent agacée sur les remarques basiques que j’entends sur l’art de notre époque, pour ça aussi cela me fait du bien qu’on se moque des œuvres qui, bien qu’anciennes et consa­crées, ne sont pas si bien construites que ça ! Je me demande si, depuis que ce livre est paru, des gens se promènent avec ce guide sous le bras et se tordent de rire dans cette véné­rable insti­tu­tion en regar­dant ce genre de tableau et en lisant le commen­taire qu’en on fait nos auteurs.

Pour vous donner un avant-​goût de ce qui vous attend voici un exemple :

20160504_154547Il s’agit de l’enlèvement de Déja­nire par le centaure Nessus 1755 peint par Louis Lagrenée (vous le trou­verez Sully 2e étage. Vigier Le Brun salle 52)

Centaure et sans reproche

Au moins, on ne pourra pas dire repro­cher à Louis Lagrenée de gâcher de la toile ! Il a incon­tes­ta­ble­ment travaillé les effets de matière, à tel point qu’on ne sait plus quoi regarder : le paysage flou et sucré à l’arrière-plan, les muscles bien dessinés des athlètes sans maillot, les mètres de drapés vire­vol­tants, sans oublier le crin blanc de la queue nerveuse du centaure, ni la trans­pa­rence de l’eau.

Au premier plan, un homme âgé – quoique fort bien bâti- se roule part terre de dépit, tirant la queue d’un autre candidat, qui a telle­ment abusé des hormones que son corps en a été modifié, moitié cheval, moitié vache (notez la robe, si carac­té­ris­tique des normandes). A l’arrière-plan, un candidat en plein effort. Certes, il appuie légè­re­ment son pied gauche sur un rocher, mais il pour­rait déco­cher ses flèches en faisant des pointes s’il le voulait tant il a travaillé ses quadri­ceps. Concen­trons nous sur Déna­jire : pour­quoi avoir investi dans autant de tissu pour se retrouver un sein (fort beau d’ailleurs) à l’air ? Est-​ce pour cela qu’elle arbore un air si tragique ou bien est-​elle déçue d’être embar­quée par le cultu­riste blond ? L’énorme jarre située en bas à gauche prend alors tout son sens : tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse.

Grâce à ce tableau, Luis Lagrenée a été reçu membre de l’Académie royale de pein­ture. Autre temps, autre mœurs.

20160425_150845Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

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Un roman très court, 113 pages, où l’auteure, sous couvert d’une rocam­bo­lesque histoire de roman disparu, traite de la créa­tion litté­raire. Elle s’est visi­ble­ment bien amusée avec force de clin d’œil pour initiés sans m’entraîner dans son histoire et puis, fina­le­ment, m’a forte­ment agacée, un peu comme lorsque les anima­teurs de télé parlent de leurs propres émis­sions et rient eux mêmes de leurs bonnes blagues. Colombe Boncenne cherche à perdre son lecteur dans les méandres du monde de l’édition. Son person­nage retrouve par hasard un roman de son auteur fétiche. Personne ne connaît ce roman, l’auteur lui même nie l’avoir écrit.

Est-​ce que « Neige noire » existe ? A-​t-​il été écrit par Émilien Petit ? Autant de ques­tions qui tournent en boucle dans la tête du person­nage prin­cipal qui mène une vie peu passion­nante entre sa femme Suzanne et sa maîtresse Hélène. Quelques écri­vains vien­dront peupler ce roman peu consis­tant, comme je le disais , c’est un exer­cice intel­lec­tuel où les gens se recon­naissent se renvoient la balle, c’est de l’entre-soi et peu à peu je me suis sentie exclue de ce qui ressemble à un exer­cice de style pour initiés.

Citations

Les journaux de province

Le journal local, qui constitue l’une de mes petites joies d’un weekend en province : du repor­tage de proxi­mité au menu du restau­rant scolaire en passant par la légende déli­cieu­se­ment ordi­naire des photo­gra­phies, je me délecte toujours d’apprendre que la confrérie des chas­seurs de papillons s’est réunie vendredi dernier à l’heure où les enfants des écoles primaires dégus­taient une casso­lette de légumes de saison dans le cadre de la semaine du goût.

Les vacances en Bretagne, les clichés sur la météo c’est quand même un peu facile non ?

L’été, Suzanne parve­nait toujours à me traîner sur l’île de Groix, en Bretagne, quand moi, je rêvais de soleil et de rythme médi­ter­ra­néen. Suzanne était plus douée que moi en matière d’organisation, elle me prenait toujours de court, réser­vait une loca­tion très en avance, convain­quait des amis de venir avec nous et usait de toute la mauvaise foi qui pouvait être la sienne lorsque je protes­tais : « Tu ‘avais qu’à t’en occuper, des vacances. » Alors, en fait de tapas, d’horaires décalés et de soirées langou­reuses, je me retrou­vais à filer sous la halle aux aurores pour espérer y acheter quelque poisson pêché dans la nuit, puis chez un éleveur de chèvre baba-​cool pour tâcher d’y obtenir un fromage frais ; l’après midi sur la plage, à essayer de me baigner dans une eau à 17 degré sous le prétexte d’un rayon de soleil ; enfin le soir, à jouer au Scrabble au coin du feu, car oui il faut l’admettre, un bon petit feu nous réchauf­fe­rait. Et encore, je parle des jours où la météo était clémente. Quatre semaine passèrent ainsi, je me baignai quatre fois et gagnai dix-​sept parties de Scrabble sur trente-​huit- c’est dire le temps qu’il fit.

Un moment où j’ai souri

Quelques jours après cet anni­ver­saire, dans une rame de métro bondée, je crus avoir une hallu­ci­na­tion : au fond du wagon une femme discu­tait avec un épi de maïs. Une obser­va­tion plus précise de la scène me fit comprendre qu’un minus­cule appa­reil portable était coincé entre son oreille et le lainage de son bonnet, en réalité, elle télé­pho­nait tout en grigno­tant un maïs grillé.

20160503_104806Traduit de l’Arabe (Irak) par Fran­çois Zabbal.

Quatre raisons pour lire ce roman :

  • Comprendre que l’Irak a été un pays d’une grande culture très ancienne riche et variée avant que tous les malheurs du monde s’abattent sur lui..
  • Comprendre ce que repré­sente l’exil pour des êtres parfai­te­ment adaptés à leur pays avant les guerres civiles.
  • Savourer la langue d’Inaam Kachachi.
  • Et puis …. je lui ai attribué, sans l’ombre d’une hési­ta­tion, cinq coquillage…

5
Je crains de ne pas être assez convain­cante pour vous dire à quel point j’ai apprécié la lecture du roman de Inaam Kachachi . Tout m’a touchée dans son écri­ture. Elle sait par son style nous faire partager la beauté de la langue poétique arabe. J’ai pensé que Fran­çois Zabbal, même si ce n’est pas facile à rendre en fran­çais, avait dû prendre bien du plaisir car un traduc­teur est un amou­reux de deux langues et cette auteure m’a fait regretter de ne pas lire l’arabe.

Le roman parle de l’exil des chré­tiens Irakiens. Le person­nage central est une femme gyné­co­logue de 84 ans, Wardiya, qui arrive en France d’abord chez une nièce poète et de son fils Iskandar adoles­cent. Un lien très parti­cu­lier se tissera entre cette femme extra­or­di­naire porteuse de tout le riche passé de l’Irak et cet ado qui a vécu prin­ci­pa­le­ment en France, il ne connaît son pays qu’à travers les innom­brables morts pleurés par ses proches ; cela lui donnera l’idée de créer un cime­tière virtuel qui connaîtra un certain succès auprès de sa tante. L’auteure sait nous faire revivre son pays et on se rend compte que l’humanité toute entière a beau­coup perdu à travers la destruc­tion d’une ancienne et riche civi­li­sa­tion, en parti­cu­lier l’occasion de faire vivre ensemble une mosaïque de peuples aux mœurs divers et variés. Il n’en reste pas grand chose et le pays est, aujourd’hui, aux mains de gens sans honneur ni dignité . Les chré­tiens sont les dernières victimes, ils ont essayé de rester mais, quand la peur quoti­dienne est au rendez vous, on ne peut que fuir. Comme Wardiya qui a vu un jour dans son cabinet, rempli de femmes qui venaient en consul­ta­tion, une toute jeune fille arriver avec une cein­ture d’explosifs et qui, par quel miracle ?, ne voulait plus mourir, ce dernier épisode tragique la déci­dera à partir de son cher Bagdad.

Ce roman raconte aussi, ce que repré­sente l’exil quand, ce qui est souvent le cas, les familles sont complè­te­ment écla­tées. Wardiya a trois enfants, l’une à Dubaï, son fils à Haiti et sa fille au Canada. Elle a essayé de rejoindre sa fille médecin comme elle, mais le Canada lui a refusé son visa, elle rend hommage dans son livre à Sarkozy (c’est si rare que l’on parle de lui posi­ti­ve­ment que je le souligne !) qui a ouvert les portes de la France aux réfu­giés chré­tiens d’Irak. Elle raconte bien comment à l’arrivée un simple toit sécu­risé et la dispa­ri­tion de la peur rend n’importe quel réfugié de zone de guerre heureux. Puis vient le moment où on se rend compte qu’il faut s’adapter à un monde qui n’est pas le sien. Avec toute la famille dispersée sur toute la planète. C’est vrai­ment très dur quand on a plus de 80 ans. On se demande si la vraie patrie de cette Wardiya ce n’est fina­le­ment pas la méde­cine, en tout cas c’est dans sa confron­ta­tion avec les méde­cins qu’elle se sent revivre complè­te­ment. Plusieurs voix se font entendre dans ce roman et plusieurs époques s’entremêlent, il fallait bien cela pour nous faire comprendre à quel point voir ses proches dispersés par l’exil est une véri­table douleur même si chaque jour qui passe on remercie le ciel ou la France d’être en vie.

Pour en savoir un peu plus sur les chré­tiens d’Orient ce repor­tage boule­ver­sant d’Arte
http://​www​.arte​.tv/​g​u​i​d​e​/​f​r​/​0​6​0​824 – 000-​A/​la-​fin-​des-​chretiens-​d-​orient

Citations

Les premiers appartements des réfugiés

Le studio dans lequel ils vivaient verti­ca­le­ment le jour, et hori­zon­ta­le­ment la nuit.

L’exil

Je me calfeutre dans mon appar­te­ment et je suis les nouvelles du pays. J’écris de la poésie. Je dialogue avec Bagdad à l’aide de la télé­com­mande, et je me consi­dère comme une patriote. Mes poèmes sont les armes que je manie le mieux. Que puis-​je faire de plus qu’aligner les mots et les lamen­ta­tions à la manière des poètes d’antan. Même la tendresse, je m’évertue à l’ extirper de moi afin de ne pas être envahie par la nostalgie. Je ne veux pas retourner là-​bas, pas même pour en savoir plus. Les liens se sont inter­rompus depuis que les écrans ont été envahis par des Irakiens qui ne ressemblent pas aux Irakiens. Des voleurs, des coupeurs de têtes , des nervis qui exhibent sur la poitrine les médailles de leur forfait.

Les juifs en Irak dans les années 50

C’était l’année de la déchéance de la natio­na­lité pour les juifs. Ceux d’entre eux qui voulaient quitter le pays étaient auto­risés à s’en aller à la condi­tion de ne plus jamais revenir. Et cette année là, aucun juif ne fut admis à l’université.

Une pointe d’humour

La France leur a ouvert la porte de manière inopinée. Elle les a accueillis en même temps que des milliers de réfu­giés. Ils ont cru alors qu’on les privi­lé­giait parmi les Noirs, les Jaunes et les métis, et qu’ils auraient droit à un meilleur trai­te­ment et de meilleurs loge­ments. Mais les poux sont anal­pha­bètes, ils ne savent ni lire ni écrire et ils ne font pas la diffé­rence entre la tête d’un Viet­na­mien et celle d’un Soma­lien, d’un Tchét­chène ou d’un Irakien.

Rapport entre la nièce et sa tante

La venue de ma tante de Bagdad n’a pas vrai­ment changé le rythme paisible de ma vie, mais elle en a bous­culé la routine.

Elle m’a trans­formée comme un jeu de cartes qu’on brouille avant de distri­buer les 10, les as et les rois. Chacun des joueurs assis autour de la table tente de lire sur le visage de ses parte­naires s’ils possèdent ou non un joker. Wardiya les avait tous. Une femme qui porte quatre-​vingts ans sur ses épaules ne s’avance pas légère et seule, sans son passé. En s’exilant, ma tante m’a jeté celui-​ci dans les bras.

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5J’ai assisté au spec­tacle de Fred Pellerin, artiste-​conteur-​chanteur québé­cois à Saint- Malo, c’est un véri­table régal. Il est en tournée en ce moment en France, s’il passe près de chez vous, ne le ratez pas. Avec son accent de là-​bas , il vous conte l’histoire de son village (Saint-​Elie de Caxton) et tout à coup vous croyez entendre tous les chan­teurs à l’accent rocailleux, tous les livres du Québec et vous vous sentez heureux. Son barbier coif­feur, vous fera sourire , celui qui même après sa mort a su ne pas se faire oublier du village grâce (ou à cause ?) des nombreuses cica­trices sur le visage de ses clients. Vous n’oublierez pas non plus les sœurs à cornette ou plutôt à hublot qui ont hanté son enfance. Son spec­tacle est abso­lu­ment irra­con­table, tout ce que je peux dire c’est que ce soir-​là à Saint-​Malo, la salle était très gaie et a éclaté de rire plusieurs fois. Mon seul regret c’est qu’il a peu chanté alors que j’adore sa voix. Si j’avais su qu’il chan­tait aussi peu je n’y serai sans doute pas allée et j’aurais eu bien tort car j’ai pris beau­coup de plaisir à entendre ses histoires.

Une de mes chan­sons préfé­rées

20160421_164157Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Traduit de l’anglais (Grande-​Bretagne) par Charles Recoursé

J’ai bien aimé la présen­ta­tion de ce roman par la maison d’édition :

Une mère meurt. Elle laisse derrière elle deux petits garçons et leur père terrassés par le chagrin. Un soir, on frappe à la porte de leur appar­te­ment londo­nien. Surgit alors un étrange person­nage : un corbeau, doué non seule­ment de parole mais d’une verve enfié­vrée, d’un aplomb surpre­nant et d’un sens de l’humour rava­geur. Qu’il soit chimère ou bien réel, cet oiseau de malheur s’est donné une mission auprès des trois âmes en péril. Il sera leur confi­dent, baby-​sitter, analyste, compa­gnon de jeu et d’écriture, l’ange gardien et le pitre de service — et il les accom­pa­gnera jusqu’à ce que la bles­sure de la perte, à défaut de se refermer, guérisse assez pour que la soif de vivre reprenne le dessus.

Boule­ver­sante, hila­rante, auda­cieuse et unique, cette fable moderne est un bijou litté­raire qui nous rappelle ceci : ce sont les pouvoirs de l’imaginaire et la force des mots qui nous tiennent en vie.

3
J’avais eu, aussi, envie de le lire en lisant les billets de Jérôme Noukette ... Mais, je dois avouer que ce très court roman n’a pas fonc­tionné pour moi. Sans remettre la traduc­tion en cause, je pense quand même que c’est plus facile à savourer en anglais. L’humour du corbeau m’est complè­te­ment passé à côté. J’ai été très sensible au déses­poir des enfants et du père, l’arrivée du corbeau qui cherche à sa façon à les ramener vers la vie ne m’a pas gênée au début. Et puis, les sons bizarres, les suites de mots sans aucun sens m’ont déta­chée de ses propos et du livre. Je ne sais pas comment on peut raconter le deuil, d’une femme aimée, mère de deux jeunes garçons, cet auteur a essayé sans me montrer une voie, je respecte cela mais je suis restée à côté, un peu comme lorsque des amis traversent des épreuves si lourdes que cela nous rend muets . Je garderai cepen­dant cette phrase toute simple des enfants après la mort brutale de leur maman :

Les vacances et l’école c’est devenu pareil.

20160417_121555(1)Je dois cette lecture à Gambadou « le blog des fanas de livres« .

5
Je lui mets ces cinq coquillages sans aucune hési­ta­tion, cela fait long­temps qu’un roman pour la jeunesse ne m’a pas autant tenu en haleine. La première partie est abso­lu­ment remar­quable. Un ado, « Mo », dimi­nutif de Morgan, passe sa vie à jouer aux jeux d’ordinateur. Dans la vie virtuelle, il est très fort et ne s’intéresse vrai­ment qu’à ça. Et puis, cet ado mal parti pour être heureux va vivre une expé­rience abso­lu­ment extra­or­di­naire, et peu à peu, il se trans­for­mera et se prendra d’amour pour la nature. Une créa­ture qui aurait pu avoir sa place dans un jeu de rôle lui apprendra à survivre dans des condi­tions extrêmes.

J’ai bien conscience du flou de mes propos mais ce serait vrai­ment dommage de dévoiler ce qui fait un des charmes de ce récit : la nature même des person­nages prin­ci­paux. C’est très beau et en dehors de bien des sentiers battus. Ce qui m’a le plus étonnée, c’est la lente conver­sion de l’adolescent vers un autre monde, réel celui-​là mais qui lui demande de savoir utiliser toutes ses compé­tences acquises dans le monde de l’imaginaire. Le suspens est intense et la fin est peu prévi­sible. Les person­nages secon­daires sont loin d’être des cari­ca­tures et enri­chissent le récit . L’oncle chas­seur de blai­reaux que l’on aime­rait bien détester n’est pas qu’une sombre brute. La mère un peu dépassée par l’éducation de cet adoles­cent si peu scolaire saura lui montrer qu’elle l’aime et lui fera confiance fina­le­ment. Même le poli­cier qui détruit le rêve de Mo est un être beau­coup plus sensible qu’il n’y paraît.

Aucun des adultes n’est tout à fait capable de comprendre les diffi­cultés auxquelles doit faire face Mo, mais aucun ne voudrait vrai­ment lui faire du mal. Il doit cepen­dant réussir à trouver ses solu­tions en lui-​même pour grandir défi­ni­ti­ve­ment.

Citations

La nature la nuit

C’est une nuit très vibrante, tous les bruits voyagent à des kilo­mètres à la ronde, on dirait qu’on est sur une corde tendue, que chaque brin­dille qui craque de l’autre côté du monde trouve son écho près de nous.

C’est une nuit blanche et bleue. blanche parce que la pleine lune nous écla­bousse de sa lumière. Et bleue comme l’obscurité profonde qui nous enve­loppe, si douce qu’on dirait du velours.

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Traduit de l’anglais (États-​Unis) par Eric Chédaille.

4Je dois à Keisha un certain nombre de nuits et de petits déjeuner très éloi­gnés des côte de la Manche, avec ce roman de 987 pages qui fait rouler l’imagination dans les grands espaces de l’ouest améri­cain. J’aimerais comprendre pour­quoi les fran­çais aiment à ce point changer les titres. En anglais l’auteur a appelé son roman « The Big Rock Candy Moun­tain », en 2002 le livre est publié aux éditions Phébus, sous le titre traduit exac­te­ment de l’anglais « La bonne Grosse Montagne en sucre ». Et main­te­nant, il revient avec ce titre raccourci, pour­quoi ? Dans l’ancien titre, on croit entendre la voix de Bo, le person­nage prin­cipal, qui fait démé­nager sa famille tous les 6 mois pour les convaincre d’aller recher­cher la fortune sur une « bonne grosse montagne en sucre » . Bref, je m’interroge !

Je suis restée trois semaines avec Bo, Elsa, Chet et Bruce. J’ai trouvé quelques longueurs à cet énorme roman, mais n’est-ce pas de ma part un phéno­mène de mode ? Je préfère, et de loin, quand les écri­vains savent concen­trer ce qu’ils ont à nous dire. Je recon­nais, cepen­dant, que, pour comprendre toutes les facettes de cet « anti-​héros » Bo Wilson, mari d’une extra­or­di­naire et fidèle Elsa et père de Chet et de Bruce, il fallait que l’auteur prenne son temps pour que le lecteur puisse croire que Bo soit à la fois « un indi­vidu montré en exemple par la nation toute entière » et un malfrat violent recherché par toute les polices sans pour autant « être un indi­vidu diffé­rent »  : ce sont là les dernières phrases de son fils, Bruce qui ressemble forte­ment au narra­teur (et peut-​être à l’auteur), il a craint, admiré, détesté son père sans jamais tota­le­ment rompre le lien qui l’unit à lui.

Cet homme d’une énergie incroyable, est toujours prêt pour l’aventure, il espère à chaque nouvelle idée rencon­trer la fortune et offrir une vie de rêve à sa femme. Il y arrive parfois mais le plus souvent son entre­prise fait naufrage et se prépare alors un démé­na­ge­ment pour fuir la police ou des malfrats. Elsa, n’a aucune envie d’une vie dorée, elle aurait espéré, simple­ment, pouvoir s’enserrer dans un village, un quar­tier un immeuble, entourée d’amis qu’elle aurait eu plaisir à fréquenter. C’est un person­nage éton­nant, car elle comprend son mari et sait que d’une certaine façon, elle l’empêche d’être heureux en étant trop raison­nable. Son amour pour ses enfants est très fort et ils le lui rendent bien. Cette plongée dans l’Amérique du début du XXe siècle est passion­nante et l’analyse des person­nages est fine et complexe. C’est toute une époque que Wallace Stei­gner évoque, celle qui a pour modèle des héros qui ont fait l’Amérique mais qui s’est donné des règles et des lois qui ne permettent plus à des aven­tu­riers de l’espèce de Bo de vrai­ment vivre leurs rêves. Jamais dans un roman, je n’avais, à ce point, pris conscience que la fron­tière entre la vie de l’aventurier et du bandit de grand chemin était aussi mince.

Citations

Justification du titre

Il y avait quelque part, pour peu qu’on sût les trouver, un endroit où l’argent se gagnait comme on puise de l’eau au puits, une bonne grosse montagne en sucre où la la vie était facile, libre, pleine d’aventure et d’action, où l’on pouvait tout avoir pour rien.

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas

Henry était pondéré, inof­fensif, réti­cent même à annoncer sans ambages qu’il venait pour la voir elle et non son père, au point qu’il s’était montré capable de passer une demi-​douzaine de soirées au salon à converser avec Nels Norgaard sans adresser plus de dix mots à Elsa. Il était posé, inca­pable d’un mot dur envers quiconque, gentil, si digne de confiance mais si dépourvu de charme. Comme il était dommage, songea-​t-​elle une fois en soupi­rant, que Bo, avec son aisance inso­lente, son intel­li­gence, son physique puis­sant et délié, ne possédât pas un peu du calme rassu­rant d’Henry. Mais à peine commençait-​elle à se laisser aller à cette idée qu’elle se repre­nait : non, se disait-​elle avec une pointe de fierté, jamais Bo ne pour­rait ressem­bler à Henry. Il n’avait rien d’un animal de compa­gnie, il n’était pas appri­voisé, il ne suppor­tait pas les entraves, en dépit de ses efforts aussi intenses que fréquents.

la famille déménageait tous les ans parfois quatre fois par an

Long­temps après, Bruce consi­dé­rait cette absence de racines avec un éton­ne­ment vague­ment amusé. les gens qui vivaient toute leur vie au même endroit, qui taillaient leur haie de lilas et repi­quaient des berbéris, qui chan­geaient de carrée en ronde la forme de leur bassin de nénu­phars, qui déter­raient les vieux bulbes pour en mettre de nouveaux, qui voyaient pousser et un jour ombrager leur façade les arbres qu’ils avaient plantés, ces gens-​là lui semblaient par contraste suivre un chemi­ne­ment incer­tain entre ennui et conten­te­ment.

L’amour

L’amour est quelque chose qui fonc­tionne dans les deux sens, dit Elsa d’une voix douce. Pour être aimé, il faut aimer.