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Un livre que l’on m’a offert en pensant à mes exploits de navi­ga­trice débu­tante. Roman passion­nant, sur une navi­ga­tion très parti­cu­lière. Clara a beau­coup aimé, elle partage avec moi le goût des récits qui se passent en Bretagne sur l’eau ou sur terre. Le roman a commencé par m’aga­cer à cause du style de l’au­teur, volon­tiers poéti­sant. Et puis, lorsque ces trois person­nages prennent la mer pour fuir vers l’Angleterre en partant de Saint-Malo, mon atten­tion a été immé­dia­te­ment captée. En partie parce que, comme les trois person­nages, j’ai débuté la voile, dans la baie de Saint-Malo et je connais toutes les diffi­cul­tés dont parle Sylvain Coher, je voulais savoir comment trois néophytes pouvaient passer dans le chenal entre le grand Jardin et l’île Cézembre sans encombre.

Sylvain Coher a été lui-même moni­teur de voile, il connaît bien la côte bretonne et ses multiples pièges, cela lui permet d’avoir à la fois le regard d’un expert et se souve­nir de tous les éton­ne­ments des débu­tants. Il m’a beau­coup amusée lorsque l’un des fugi­tifs imagine que les bouées annon­çant les dangers devaient être une façon d’amar­rer un bateau qui voulait s’ar­rê­ter en pleine mer.…

La tension monte dans ce roman, car évidem­ment la navi­ga­tion est beau­coup moins simple qu’ils ne l’ima­gi­naient, et même si les cours d’op­ti­miste de l’ado malouine les aident bien au début, décou­vrir la voile au milieu du rail de la Manche entre les cargos et la houle qui s’est levée s’avère une périlleuse entre­prise révé­la­trice des quali­tés et de la force de résis­tance de chacun. Le person­nage prin­ci­pal, c’est la mer, celle qui attire et qui fait peur, qui rend malade certains et fascinent les autres. Avec un voca­bu­laire précis et des images que j’ai de plus en plus appré­ciées, l’au­teur rend bien ce qui peut se passer sur un bateau au large mené par des débutants.

L’ac­cos­tage auprès du phare des Scilly est un moment de tension extrême, le phare Bishop est aussi appelé ou phare des naufra­gés et ce n’est pas pour rien !

La tension vient aussi du passé que fuit les deux garçons. Il est peu à peu dévoilé et le lecteur comprend ce qui les unit. Cette histoire là, est moins bien rendue que la diffi­culté de la navi­ga­tion avec toute sa palette de réac­tions : Lucky décou­vrira sa voca­tion, il ressen­tira l’ap­pel de la mer et sera marin, le « petit » le plus jeune n’a, sur ce petit voilier, éprouvé que la peur et a été tout de suite victime d’un mal de mer qui ne lui a laissé aucun répit, il aurait préféré être dans les bras de la fille qui n’était pas la sienne. Un roman à lire pour la descrip­tion de la navi­ga­tion, il faut tenir bon, j’ai dû passer les cinquante premières pages pour être conquise . C’est aussi un livre à offrir à tous ceux et celles qui naviguent au large des côtes bretonnes.

Citations

Phrases poétiques qui m’ont agacée au début

Il s’étira et se laissa cares­ser une bonne heure par la main experte d’un soleil pour­tant déjà rendu bas dans le ciel

La pluie l’ap­puyait au sol dans les longues flaques du parking désert

L’eldorado anglais

D’après Lucky, les Anglais allaient droit au but ; là-bas, l’école comp­tait bien moins que l’es­prit d’en­tre­prendre, les béné­fices nets et les costumes bien taillés. En Angle­terre, les hommes se refai­saient à neuf en rien de temps. le monde s’ou­vrait à eux, pour peu qu’ils aient des tripes.

Le personnage de la fille ado

La mer,c’est là où on s’emmerde le plus après le bahut, bien sûr

le quart de nuit

Impression de débutant que j’ai eu !

Le retour sur terre

Le ponton flot­tant accom­pa­gnait encore un peu leur pas. Mais tout au bout, le bitume leur offrit une terrible sensa­tion de pesan­teur et d’immobilité .Chaque fois qu’ils posaient le talon sur le sol, c’était comme si on leur mettait le pied à l’étrier. La bour­rade faisait fléchir les genoux et pesait lour­de­ment sur les épaules. Ils étaient simul­ta­né­ment trop raides et trop mous, leurs premiers pas ressem­blaient à ceux des poulains dans les prés

Quelques mots au hasard

le vit de mulet 

Les moques 

Le vent les dépalait

Capeyer 

La boucaille 

Cape­ler

Les dalots du cockpit

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Roman très étrange, que ce récit d’un jeune atta­ché d’am­bas­sade à qui l’on confie une mission sans grand inté­rêt : trou­ver les anciennes fron­tières des pays Baltes. On y découvre la vie des ambas­sades et de son person­nel et avec mon esprit mal tourné, je me dis qu’en période d’éco­no­mie, il y aurait là de très bonnes idées à piocher pour réduire les dépenses de l’état. Mais vu le savoir faire avec lequel nous est décrit ces personnes de la haute fonc­tion publique fran­çaise (tailler son cigare, faire la tour­née des bars, rédi­ger des télé­grammes que personne ne lit…) cela ne ferait que des chômeurs de plus !

J’ai commencé la lecture avec un grand inté­rêt et, au début, ce roman sur ces contrées loin­taines m’a bien inté­res­sée, puis, peu à peu, le person­nage prin­ci­pal se perd dans une non-vie qui rend son roman non-vivant. On s’at­tend sans cesse à ce qu’il se passe autre chose, mais rien ne vient sinon qu’il fait froid et que les popu­la­tions y vivent diffi­ci­le­ment. Les chapitres courts aident à tour­ner rapi­de­ment les pages mais sans que rien n’ac­croche vrai­ment. On peut simple­ment se faire une idée, par ailleurs fort peu sympa­thique, des pays baltes en parti­cu­lier sur les diffi­cul­tés d’être ou ne pas être de la natio­na­lité du pays.

Plein de détails m’ont forte­ment agacée, d’abord le pays n’est pas nommé, cela empêche le pays et le roman de s’an­crer dans le réel, la langue est souvent recher­chée à la limite du snobisme, les expres­sions étran­gères ne sont jamais traduites (La voix de bary­ton réper­cu­tée par Lothar à tue – tête, Nun ist die Welt so trübe, der Weg gehüllt in Schnee). Le flou, peu à peu, s’ins­talle entre le réel et l’ima­gi­naire, et la dénon­cia­tion de ce qui s’est passé pendant la deuxième guerre mondiale est noyée dans les limbes de son cerveau embrumé. Ceci dit il y a parfois de très beaux passages et le début m’a beau­coup intéressée .

Citation

Un portrait

C’est une femme plan­tu­reuse, la peau couleur d’ar­gile, le ventre feuilleté de plis, les cuisses macu­lées de taches verdâtres , le visage large et lippu, le crâne aplati ; les yeux bridés trahissent une origine asia­tique ; son sexe glabre est enfoui sous la chair surnu­mé­raire, ses fesses sont d’une déesse auri­gna­cienne , ses énormes seins suintent de tris­tesse – leurs aréoles me décrochent un regard noir.

le langage diplomatique

Je devine qu’il s’agit tout bonne­ment de ceux que le langage commun appelle des espions – les services secrets qui affec­tionnent les péri­phrases disent « les offi­ciers traitants ».

L’ambiance des pays baltes en automne

Les visites de Neva se font de plus en plus rares. Elle semble gagnée à son tour par la mélan­co­lie que j’ai observé chez Lotha. Elle devient bizarre. Me parle du mauvais temps, de ses études qui l’en­nuient, des mala­dies de sa mère, de l’in­dif­fé­rence de son beau-père, de la froi­deur de son oncle. Serait-elle sur le point de sombrer dans une de ces hysté­ries nordiques, fréquente à cette lati­tude, sous ce ciel avare de lumière. 

Belle description avec un mot que je ne connaissais pas

Traduit de l’an­glais par Fernande DAURIAC
Lu grâce à la recom­man­da­tion de mon libraire préféré.

Voya­ger c’est décou­vrir que tout le monde a tort.

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J’es­père que mon libraire n’at­tend pas avec impa­tience mon article sur Luocine car cela fait quelque temps que je trim­bale ce livre dans tous mes dépla­ce­ments… Sans jamais m’y mettre , mais, lorsque je l’ai commencé, j’ai compris son enthou­siasme. C’est un livre à recom­man­der à tous les voyageurs.

En voici le prin­cipe, à chaque fois qu’Al­dous Huxley arrive dans un lieu, il nous en fait une descrip­tion précise et rien que pour cela , ce livre mérite d’être lu. Aldous Huxley n’est pas qu’un obser­va­teur c’est aussi un penseur critique sur l’or­ga­ni­sa­tion sociale et comme le titre l « indique un authen­tique septique. J’ai savouré ses descrip­tions. Celle de Bombay est très drôle l’énu­mé­ra­tion des diffé­rents style d’une ville qui a été construite entre 1860 et 1900 est inoubliable :

On passe du « style gothique véni­tien » au « style orne­menté fran­çais du quin­zième siècle » en passant par le « style gothique du quator­zième siècle » et pour finir « le style moyen­âgeux de Mr Trub­shawe » et comme le rajoute Aldous Huxley avec son humour si britan­nique : « Mr Trub­shawe resta prudem­ment impré­cis. » Cet auteur m’a sidéré par la moder­nité, la perti­nence et parfois la profon­deur de ses propos. Son livre est publié en 1926, et la partie la plus inté­res­sante et la plus longue de son voyage se situe en Indes.


Il passe ensuite en Malai­sie, en Chine, au Japon, aux USA, et revient à Londres. C’est une époque où, un Anglais aux Indes est amené à s’in­ter­ro­ger sur la supé­rio­rité, ou la soi-disant supé­rio­rité, des valeurs du colo­ni­sa­teur par rapport à celles du colo­nisé. Bien loin de simpli­fier les situa­tions, il nous entraîne à chaque fois dans une réflexion qui nous étonne. Je prends un exemple, il est amenée à faire une prome­nade à dos d’éléphant, il explique d’abord ce que repré­sente un éléphant pour un homme impor­tant à Jaipur, puis avec un humour très britan­nique décrit ce mode de transport, 

au risque de paraître ingrat, je dois recon­naître que, de tous les animaux que j’aie jamais montés, l’élé­phant est de beau­coup le plus incon­for­table.

Suit une expli­ca­tion précise de l’in­con­fort. Comble de l’hor­reur, ce jour là l’éléphant se soulage. Une pauvre paysanne se préci­pite pour recueillir les excré­ments du royal animal.

Première remarque sur les différences de statuts

elle nous donna du Salaam Maha­raj, nous octroyant dans sa recon­nais­sance le titre le plus pompeux qu’elle pût trouver

Il conti­nue sa réflexion et après sa gène, d’être aussi nanti, il finit par conduire sa réflexion sur l’uti­lité de recy­cler les excré­ments. Et voici sa conclusion :

« Notre œuvre , quand on la compare à celle des vaches et des éléphants, est remar­quable . Eux, font, de façon auto­ma­tique , du fumier ; nous, nous le recueillons et en faisons du combus­tible. Il n’y a pas là matière à dépri­mer ; il y a là de quoi être fiers. Pour­tant , malgré le récon­fort de la philo­so­phie, je restai songeur. » 

Trois pages de réflexions sur les excré­ments d’élé­phant .. nous laissent un peu songeur mais très amusés également !
A son arrivé à Manille, il est solli­cité par la presse, il réflé­chit alors sur ce qu’est la noto­riété et il se scan­da­lise d’être plus solli­cité par les jour­na­listes parce qu’il est un écri­vain déjà célèbre. Il se dit que s’il avait été un scien­ti­fique dont les recherches pour­raient être très impor­tantes pour l’ave­nir de l’hu­ma­nité, il aurait été beau­coup moins connu.
Je me suis alors demandé ce qu’il pense­rait de notre époque ou une jeune femme devient célèbre pour avoir dit « Allô quoi » !

J’ai moins aimé ses descrip­tions et ses remarques sur les USA, pour­tant ça commen­çait bien avec la descrip­tion de la publi­cité pour une entre­prise de pompes funèbres qui est vrai­ment très drôle !

Un livre à dégus­ter et qui vous surprendra !

Citations

philosophie du voyageur

En voyage vous perdez vos convic­tions aussi faci­le­ment que vos lunettes, mais il est plus diffi­cile de les remplacer.

Un septique

Bien des maté­riaux pour­raient, sans incon­vé­nient pour personne, être lais­sés là où ils sont. Par exemple, ces molé­cules d’encre que je trans­porte si labo­rieu­se­ment de leur bouteille à la surface de mon papier.

La vie des colons

En discu­tant avec des Euro­péens qui vivent et travaillent en Orient, j’ai constaté que, s’ils aiment l’orient ( et c’est le cas de la plupart) , ils l’aiment toujours pour la même raison. Là , disent-ils un homme est quel­qu’un : il a de l’au­to­rité, il est consi­déré ; il connaît tous les gens qui comptent, on le connaît . Dans son pays le même homme est perdu dans la masse, ne compte pas, n’est personne.

Solutions à propos de la puanteur des gens trop pauvres pour se laver

Comme remède, Tolstoï nous suggère de puer tous ensemble. D’autres réfor­ma­teurs souhaitent amélio­rer la situa­tion écono­mique pour que tout homme puisse prendre autant de bains chauds et chan­ger de chemise aussi souvent que les privi­lé­giés d’au­jourd’­hui qui ne puent pas. Person­nel­le­ment, je préfère la seconde solution.

Valeurs humaines des Indiens

Car les Indes ne sont pas le berceau des senti­ments huma­ni­taires. La vie d’une vache, il est vrai, y est respec­tée, mais non la vie d’un homme.

Dieu

Le fait que les hommes ont eu sur Dieu des idées absurdes et évidem­ment fausses ne justi­fie pas notre effort pour élimi­ner Dieu de l’uni­vers . Les hommes ont eu des idées absurdes et fausses sur presque tous les sujets imagi­nables. Ils ont cru , par exemple que la terre était plate et que le soleil tour­nait autour d’elle. Nous n’en concluons pas que l’as­tro­no­mie n’existe pas.

Enfin voici ma préférée

Voyager c’est décou­vrir que tout le monde a tort.

Les philo­so­phies, les civi­li­sa­tions qui, de loin, vous semblent bien supé­rieures à la vôtre, vues de près sont toutes, à leur façon , aussi déses­pé­ré­ment Impar­faites. Apprendre cela ‑et cela ne s’ap­prend qu’en voya­geant- mérite, il me semble, toute l aa peine, toute l’ab­sence de bien-être , et tous le s frais d’un tour du monde.

On en parle

On en parle peu voici un blog où j’ai trouvé un avis qui rejoint un peu le mien : Le pas grand chose

Emprunté à la média­thèque. Car j’avais beau­coup aimé Le grand Coeur, du même auteur.

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J’ar­rive un peu tard , et je pense que, beau­coup d’entre vous êtes convain­cus de la qualité de ce livre. Mais trois raisons me poussent à mettre un article sur mon blog :

  1. Il reste peut-être un marcheur ou une marcheuse qui n’a pas encore entendu parler de ce livre ou qui hésite à le lire, à moi de les convaincre !
  2. Je trouve injuste de ne pas parler d’un livre qui nous a plu (nous, les blogueurs et blogueuses), sous prétexte qu’on en dit du bien partout. Nous n’avons pas qu’une fonc­tion de décou­vreur. Ça arrive, et c’est bien agréable de trou­ver des petits chefs‑d’œuvre, qui, sans nous,seraient passés inaper­çus mais j’aime aussi, quand je lis sur mes blogs favo­ris, qu’un livre fait l’unanimité.Avec cinq coquillages, je dis assez que j’ai adoré ce témoignage.
  3. Enfin la dernière raison me concerne. SI je tiens ce blog c’est, entre autre, pour garder une trace de presque tous les livres que j’ai lus.

Comme l’au­teur, je rêve de faire ce chemin ou un autre. La marche à pied me fait du bien et j’y puise un récon­fort moral qu’au­cun sport ne me peut me donner. Jean-Chris­tophe Ruffin , décrit avec atten­tion l’état dans lequel se trouve peu à peu le marcheur , un état de fatigue et de bien-être très particulier.

La marche permet de réflé­chir , offre une vie en harmo­nie avec la nature et permet d’éclai­rer diffé­rem­ment les réali­tés du monde d’au­jourd’­hui. Le marcheur ne peut aller plus vite que ses pas et doit tout porter sur son dos. Il change, alors, ses prio­ri­tés et ce qui était néces­saire devient très vite super­flu (en parti­cu­lier quand un objet pèse plus de quelques kilos). Le regard du marcheur sur les abords des villes m’a beau­coup inté­res­sée . Si nos anciennes cités ont encore bien des charmes, les zones d’ac­ti­vité arti­sa­nales et commer­ciales qu’il faut traver­ser avant d’y arri­ver, sont unifor­mé­ment tristes que l’on se rapproche de Dinan ‚Véze­lay ‚ou d » Aix en Provence. On oublie ces zones quand on est touriste et en voiture, on se dépêche de regar­der ailleurs , mais le piéton traverse tout d’un même pas, il ne peut pas se racon­ter des histoires quand c’est moche, il en profite jusqu’au bout.

Le récit de cet écri­vain est plein de remarques légères et drôles sur le petit peuple des « Jaquets » , ainsi appelle-ton les pèle­rins de Saint Jacques. Un regard amusé sur l’in­con­fort des auberges desti­nées à rece­voir ce petit monde qui ne veut surtout pas dépen­ser trop d’argent : le pèle­rin est pauvre mais surtout radin. Les chemins sont parfois beaux à couper le souffle et ces instants de magie se suffisent à eux seuls. Il est une ques­tion à laquelle je ne répon­drai pas, Pour­quoi fait-on le chemin ? C’est un chapitre du livre et je ne connais toujours pas la réponse.

Je pense qu’on peut marcher partout et j’au­rais tendance à croire qu’on est partout mieux que sur les chemins qui mènent à Compos­telle, je signe par là que je n’ai pas encore été atteinte par le virus…

Citations

Difficultés du marcheur

Sitôt levé, assommé par le manque de sommeil ; il me fallait marcher jusqu’à trou­ver un café ouvert. Le rituel du réchaud est par trop dépri­mant le matin et, dans ce pays pourvu de toutes les commo­di­tés, il n’y a pas vrai­ment de raison de vivre comme dans les espaces désert de hautes montagnes.
Le seul problème est la contra­dic­tion qui existe entre les lieux où le camping sauvage est possible et ceux où se rencontrent des cafés.

L’égalité devant la marche

Celui ou celle pour qui la ville est impi­toyable, avec sa concur­rence terrible, ses modèles tyran­niques qui condamnent le gros, le maigre, le vieux, le laid, le pauvre, le chômeur, découvre dans la condi­tion de pèle­rin une égalité qui laisse sa chance à chacun.

Les régions vertes

Il faut toujours se méfier des régions vertes. Une végé­ta­tion si drue, une verdure si écla­tante ne peuvent avoir qu’une origine : la pluie.

L’orgueil du pèlerin et le secret du chemin

Car il est assez trivial de dire (mais plus rare d’éprou­ver soi-même ) que l’ex­trême humi­lité est une des voies de l’or­gueil . À mesure qu’il se dimi­nue le pèle­rin se sent plus fort et même presque invin­cible. La toute-puis­sance n’est jamais loin de la plus complète ascèse. C’est en réflé­chis­sant à cela qu’on approche peu à peu le véri­table secret du Chemin, même s’il faut du temps pour le découvrir.

Les conduites humaine

Je connais des bistrots à Paris où ces messieurs par ailleurs auto­ri­taires et habi­tués à comman­der viennent s’adon­ner à l’heure du déjeu­ner au plai­sir maso­chiste de se faire rudoyer par un patron inso­lent et gros­sier. Les coups de fouet moraux qu’il leur assène pendant le repas semblent les revi­go­rer et leur donnent une éner­gie nouvelle pour tour­men­ter à leurs propres subordonnés.

Les bondieuseries

Il est une règle qui ne souffre pas d’ex­cep­tion : chaque fois qu’un projet artis­tique est soumis à l’ar­bi­trage d’un grand nombre, la bana­lité et la laideur prévalent. La collé­gia­lité, en matière artis­tique, c’est l’eau tiède. On peut être certain que beau­coup de gens ont été consul­tés pour l’érec­tion de la statue qui orne le Monte del Gozo car il est diffi­cile de conce­voir plus laid, plus préten­tieux et plus décou­ra­geant. On pour­rait consi­dé­rer que c’est un chef‑d’œuvre, à condi­tion de le faire concou­rir dans un genre bien parti­cu­lier : celui du kitsch catholique.

et voici la photo .….. plus moche ce n’est pas possible ! ! ! !

J’aime cette formule

Pour le dire d’une formule qui n’est plai­sante qu’en appa­rence : en partant pour Saint Jacques, je ne cher­chais rien et je l’ai trouvé.

On en parle

à sauts et à gambades (en livre lu) , le goût des livres et ….36 critiques chez Babe­lio

Traduit de l’an­glais par Fran­çois Ponthier.

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Partir en croi­sière – et en reve­nir- avec un tel roman à bord, c’est un remède assuré contre tous les coups du sort ! Car :

  • même si vous avez mauvais temps, vous aurez moins froid qu’à Terre-Neuve
  • même si le ciel n’est pas fran­che­ment dégagé vous n’au­rez pas de la brume tous les jours et souvent des jour­nées entières,
  • même si vous devez véri­fier votre moteur, vous n’au­rez pas à domes­ti­quer un moteur à deux temps qui ne vous dit jamais si le bateau part en avant ou en arrière,

  • même si parfois une odeur de gas-oil se répand dans la couchette arrière , pour avoir dû pomper l’eau dans le réser­voir à cause d’un bouchon mal vissé , vous n’au­rez pas à suppor­ter l’odeur des déjec­tions des morues qui ont servi à calfeu­trer votre bateau,
  • même si vous faites partie des gens pour qui il est diffi­cile de comprendre que, si vous voulez que votre bateau aille à droite vous devez tirer la barre à gauche , les consé­quences de vos erreurs ne vous condui­ront pas sur le dos d’un cachalot ! !

Bref , tout ira forcé­ment mieux que sur « Fleur de passion » ce bateau qui prend l’eau pendant 250 pages .. sur 254 ? Vous n’au­rez donc pas à vous échouer sur des bancs de vase en faisant marcher votre hélice à l’en­vers pour proje­ter la boue qui calfeu­tra pour quelques heures votre bateau. C’est un peu dommage, car vous n’au­rez donc aucune raison d’es­sayer la merveilleuse recette du Café Irlan­dais : rempla­cer l’eau par du rhum pour passer le café. Mais étant donné le résul­tat sur les prises de déci­sions face aux auto­ri­tés fran­çaises , c’est peut-être préfé­rable. Bref, un grand clas­sique de l’hu­mour anglais et que beau­coup de navi­ga­teurs connaissent et sur les pontons quand vous parlez de Farley Mowat vous trou­vez toujours quel­qu’un pour racon­ter un passage qui l’a fait écla­ter de rire.

Une petite réserve cepen­dant, les procé­dés d’hu­mour sont répé­ti­tifs et on se lasse parfois de retrou­ver les mêmes ressorts comiques , de plus, je pense que la traduc­tion n’est pas excel­lente. Heureux ceux qui peuvent le lire en anglais.

Citations

quelques exemples de vocabulaire qu’il m’a fallu rechercher

Je tossais péni­ble­ment dans leur sillage
Un maître-bau
Son pont était un flush-deck
Deux écubiers
Taqui­ner la morue à la dandinette
Son petit runabot
Des glènes de filin
Un loch breveté
Des cadènes pour les haubans…

Exemple d’humour

Pour des raisons trop longues à expli­quer , ce rivage s’ap­pelle la « côte sud « , peut-être parce qu’il se trouve au sud de Saint-Jean et parce que Saint-Jean prétend être le centre de l’univers.

Pour tous ceux que l’expérience de la mer à marquer même si c’était pendant la guerre !

Durant la guerre, il a servi sur une vedette lance-torpilles ainsi que sur diverses autres petites unités d’un confort très rela­tif. La paix reve­nue, il a repris la mono­tone vie des gens d’af­faires, mais son âme est restée sur la passe­relle d’une vedette. Il conti­nue , en imagi­na­tion, de cingler à travers les grises éten­dues de l’At­lan­tique, ses pièces crachant le feu sur les spectres des sous-marins alle­mands qui tentent déses­pé­ré­ment d’échap­per à leur destin.

Exemple de recette à faire frémir

Le sreech est une bois­son spéci­fi­que­ment terre-neuvienne . Autre­fois on la fabri­quait en versant de l’eau bouillante dans les tonneaux de rhum vides afin de dissoudre les parti­cules rhumiques rési­duelles dont le bois restait impré­gné . On ajou­tait alors au liquide noirâtre ainsi obtenu des mélanges et des moûts. On faisait fermen­ter cette mixture durant le temps néces­saire avant de la distil­ler . Parfois , on procé­dait au vieillis­se­ment du produit en y lais­sant macé­rer pendant quelques jours une carotte de tabac à chiquer bien noire.
Les modes ont changé depuis et le sreech est aujourd’hui un tord-boyaux tout à fait différent.…..dans l’état quasi gazeux dû à l’ad­di­tion d’eau chaude , le trans­fert de l’al­cool au réseau sanguin est instan­tané . On en perd très peu dans le tube digestif.

Les principes à connaître avant d’aller naviguer à Terre-Neuve

  • Dès qu’une bouteille est sur la table, elle doit être débou­chée . Ceci « pour lais­ser entrer l’air dedans et chas­ser les vapeurs noires ».

  • Le second est qu’une bouteille débou­chée ne doit jamais être rebou­chée car, selon la croyance, « le contenu se gâte­rait ». Aucune bouteille de rhum ne s’est jamais gâtée à Terre-Neuve , mais aucune n’ayant jamais été rebou­chée, il n’y a donc aucun moyen de véri­fier l’exac­ti­tude de cette croyance .

  • Le troi­sième et dernier prin­cipe est qu’une bouteille ouverte doit être bue aussi vite que possible »avant que tout le bon ne s’évapore ».

On en parle

Sur un blog de Voyages à la voile (of course..) biblio de bord.

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Je viens de refer­mer ce livre et je pense à toutes les voca­tions de navi­ga­teurs qu’il a dû faire naître. C’est un roman d’aven­ture écrit à la fin du XIX° siècle,dans la veine de Robin­son Crusoé mais sur la mer. Je ne connais­sais pas Joshua Slocum , ce récit était offert en supplé­ment du maga­zine « Voiles et Voiliers ». La première partie est consa­crée à la navi­ga­tion de Joshua Slocum en tant qu’ar­ma­teur sur un trois mats : l’Aquidneck.

C « est vrai­ment passion­nant de décou­vrir à quel point le commerce mari­time est compli­qué , en plus du danger de la navi­ga­tion, le capi­taine est confronté à une série de diffi­cul­tés et peut à tout moment être complè­te­ment ruiné, voire pire …(les meurtres sont visi­ble­ment très fréquents ).
Il y a d’abord la mer et les tempêtes . Ce que Slocum ne dit pas c’est qu’il est victime aussi de son entê­te­ment à vouloir navi­guer à la voile alors que déjà, en 1880, tous les navires de commerce, ou presque tous, étaient passés au moteur.

Ensuite, il y a les règle­ments, visi­ble­ment les auto­ri­tés portuaires peuvent déci­der de garder des bateaux loin de leurs ports et faire pour­rir des cargai­sons de marchan­dises sans que les moti­va­tions soient très claires. Il y a ensuite les mala­dies : choléra, variole.. Et enfin les hommes, les marins sont souvent des crapules , voire des crimi­nels et parfois des incom­pé­tents ou des voleurs. Parmi tous ces hommes ‚il y a Slocum qui,il faut bien le dire, a une très haute idée de sa valeur, il se pense excellent marin , c’est sans doute vrai mais c’est un peu agaçant qu’il le répète à l’en­vie pendant tout son récit. La seconde partie « le voyage du Liber­dade », commence par le récit de la construc­tion d’un voilier rudi­men­taire après le naufrage de l« Aquidneck »

Il part du Brésil pour reve­nir jusqu’à Washing­ton avec pour tout équi­page son épouse et ses deux fils. C’est pendant ce voyage qu’on pense à Robin­son : comment survivre avec un mini­mum d’équi­pe­ment, dans une nature au combien hostile ? Au cours de ce voyage extra­or­di­naire sur cette embar­ca­tion de fortune,un jour, il accoste pour cher­cher de l’eau auprès d’un phare perché sur un minus­cule rocher et là l’at­tend un gardien de phare qui se dit « gouver­neur » de l’île et qui se comporte en chef d’état , c’est assez drôle et telle­ment absurde !

C’est aussi l’in­té­rêt du récit : les rencontres avec toutes sortes de gens. J’ai bien aimé sa discus­sion avec des paysans améri­cains . Il leur explique que les Brési­liens ont libéré les esclaves sans pour autant se faire la guerre. Le paysan répond, « Les sudistes étaient fous, ils ont eu la guerre et ils ont dû affran­chir les noirs quand même… ». Les notes qui accom­pagnent ce récit sont inté­res­santes, on y apprend que Slocum n’a jamais réussi à refaire sa fortune et qu’il était bien le marin extra­or­di­naire qu’il dit être.

Citations

Les gens de mer et le jugement sur les pilotes

On me raconta qu’ils juraient plus que coutume , ce qui en dit long , car tout le monde s’ac­corde à consi­dé­rer que le pilote moyen est le person­nage le plus mal embou­ché de la gent marine.

Une grosse tempête

Nos hommes s’étaient amar­rés chacun à son poste. Tous les espars de rechange dont on n’avait pas doublé les amarres furent balayés par-dessus bord ainsi, sur le pont , que d’autres acces­soires qui furent brisés et dont la tempête arra­cha les saisines. La cambuse ne fut pas épar­gnée et le cuisi­nier échappa d’un cheveu à un grave acci­dent lors­qu’une lame, balayant le pont, emporta portes , fenêtres , réchaud casse­role , bouilloires.… et l’ar­tiste culi­naire lui-même , entraî­nant tout en vrac dans les dalots sous le vent , à travers lesquels l’homme de l’art ne passa heureu­se­ment pas grâce à l’ac­cu­mu­la­tion de toutes ces épaves. Une avarie de ce genre est toujours vive­ment ressen­tie et vous fait l’ef­fet d’une douche froide , si j’ose ainsi m expri­mer. Cela signi­fie qu’il va falloir manger froid pendant quelque temps , si ce n’est pire.

Description des vagues lors des tempêtes

Nous passions sur un banc et la mer brisait sur le haut fond ! Une seconde vague arri­vait, énorme , et se dres­sait, haute, plus haute , toujours plus haute , jusqu’à ce que rien ne pût soute­nir plus long­temps la montagne d’eau ! Elle parut alors marquer un temps d’ar­rêt, puis s’écroula comme pour mieux nous englou­tir et nous empor­ter dans sa furie dévas­ta­trice. Barre dessous , je ne pouvais rien faire de plus, sinon prier. La manœuvre fit bruta­le­ment virer le canot , étrave face au danger , tandis que, souffle coupé par l’an­xiété , nous nous apprê­tions à affron­ter la suite. Nous avions à peine eu le temps de murmu­rer « Sauvez-nous Seigneur ‚ou nous allons périr… » que la vague brisait avec une violence terri­fiante … et passait en nous lais­sant là , trem­blants , dans la main de Dieu, réduits plus que jamais à l’impuissance.

Construction du Liberdade

Il me faut en premier lieu dire un mot de l’ou­tillage qui nous permit de le réaliser.
En premier lieu , nous dispo­sons d’une hache , d’une hermi­nette et de deux scies , d’une tarière de 12,5 milli­mètres , d’une autre de 15 milli­mètres et d’une troi­sième de 10 milli­mètres . Dans deux grandes aiguilles à voiles nous réali­sâmes des vrilles , une aiguille à ralin­guer servit de poin­çon et, précieuse entre toutes, nous dispo­sions d’une lime , décou­verte dans un vieux sac à voiles rejeté par la mer.

Genre d’aventure qui fait froid dans le dos

On y jeta l’ancre et les voiles furent amenées, Nous sommes restés dans ce port enchanté jusqu’au lende­main matin, où la lumière du jour nous révéla que nous étions au beau milieu de récifs déchi­que­tés , d’énormes lames brisant de toutes parts. Seul était libre le petit chenal par lequel nous étions entrés à l’aveuglette .

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Traduit de l’an­glais (Etats-Unis) par Chris­tiane et Da id ELLIS

4
Et voilà, mon voyage est terminé, je suis de retour d’une Austra­lie si bien racon­tée par Bill Bryson, que cela va me préser­ver d’un trop long vol vers ce pays qui m’a toujours attiré. Comme toujours avec un humour qui n’ap­par­tient qu’à lui et un sérieux dans ce qu’il veut nous faire comprendre, Bill Bryson explique que l’Aus­tra­lie est un pays conti­nent si vaste et si varié que chacun d’entre nous peut y trou­ver des merveilles inoubliables.

Ce qui m’a frap­pée à la lecture de ce livre c’est à quel point je savais peu de choses sur l’Aus­tra­lie. Mais je ne suis visi­ble­ment pas la seule comme nous le dit Bill Bryson c « est peut-être parce que

Ce pays ne connaît pas de coups d’État, n’épuise pas ses réserves de pois­sons, n’arme pas d’hor­rible despotes, ne pratique pas la culture de la drogue de façon indé­cente. Bref, c’est un pays qui ne joue pas les gros bras et ne fait pas sentir sa puis­sance d’une manière provo­cante et dépla­cée. Un pays stable, paci­fique et correct. Un pays qui n’a pas besoin d’être surveillé du coin de l’oeil, ce qui fait qu’on ne le regarde même plus.

J’ai beau­coup aimé les descrip­tions des petits musées qui sont souvent plus inté­res­sants qu’il ne le pensait de prime abord. Le danger de la faune m’a fait irré­sis­ti­ble­ment penser au « Koala tueur » je m’at­ten­dais que Bill Bryson cite Kenneth COOK car ils ont le même humour quand ils décrivent les dangers de la gent animale austra­lienne. Pendant toute la lecture, je me deman­dais comment (et quand) il allait parler des Abori­gènes, il le fait à la fin mais hélas on sent bien qu’il n » a discuté avec aucun d’entre eux. Je trouve que ça manque.

Alors si vous voulez qu’on vous raconte une nature abso­lu­ment superbe, déser­tique ou luxu­riante, rencon­trer des gens « cool et sympa » , avaler des kilo­mètres sous une chaleur étouf­fante, vous faire peur avec des requins, des arai­gnées, des méduses des serpents ou tout autre insecte, n’hé­si­tez pas prenez le temps de lire « nos voisins du dessous »

Citations

Les musiques d’ambiance

Le fond sonore, je le remar­quai avec un certain inté­rêt , avait évolué et on était passé de « pot-pourri de vos vieilles comé­dies musi­cales favo­rites » à » Jour de fête à la maison de retraite ».

Pour décomplexer à jamais ceux qui ont peur de ronfler

Je dors comme si on m’avait injecté une dose de cheval d’un relaxant muscu­laire des plus puissant.
Mes jambes s’écartent d’une manière grotesque. Mes mains retombent au niveau du plan­cher. Tous mes acces­soires internes – langue , glotte, gaz intes­ti­naux – décident d’al­ler faire un tour à l’ex­té­rieur. De temps en temps, comme un jouet ridi­cule, ma tête dode­line vers l’avant et déverse sur mes genoux un demi-litre de salive visqueuse , avant de repar­tir en arrière pour refaire le plein avec des borbo­rygmes de chasse d’eau qui se remplit. Et je ronfle de façon bruyante, indé­cente, comme des person­nages de dessins animés dont les lèvres exagé­ré­ment élas­tique émettent de gros nuages de vapeur.

Les charmes de l’Australie

En fait, je pense qu’il est tout simple­ment impos­sible de réper­to­rier en une seule vie l’in­té­gra­lité des dangers qui vous guettent dans le moindre buis­son d’aca­cia ou la moindre flaque d’eau de cette contrée si éton­nam­ment riche en espèces aux crocs veni­meux ou acérés

Les araignées

Personne n’a pu m » expli­quer, inci­dem­ment , pour­quoi ces bestioles sont d’une toxi­cité aussi phéno­mé­nale. Car possé­der assez de venin pour tuer un cheval, alors qu’il ne s’agit que de captu­rer des mouches, me paraît un cas flagrant de gaspillage de ressources natu­relles. Mais au moins les arai­gnées sont-elles sûres que les gens s’écar­te­ront sur leur passage.

Les serpents

la plupart des serpents ne vous feront aucun mal . Si vous vous trou­vez dans le bush face à l’un d’eux, arrê­tez-vous net et lais­sez-le passer tran­quille­ment sur vos chaus­sures. Person­nel­le­ment, au palma­rès des « conseils les moins suscep­tibles d’être suivis » j’ac­corde le premier prix à celui-là.

Toujours le même talent a nous raconter avec humour les aventuriers qui ont sillonné l’Australie au 19e siècle

On choi­sit comme chef un offi­cier de police irlan­dais , un certain Robert O’Hara Burke, qui de sa vie n’avait jamais mis les pieds dans l’out­back, qui était réputé se même à Dublin et qui ne connais­sait rien au monde de la science ou de l’ex­plo­ra­tion. Le topo­graphe serait William John Wills , dont les prin­ci­pales quali­fi­ca­tions semblent avoir été une origine très respec­table et son désir de partir là-bas. Un des atouts les plus remar­quables de ces deux gent­le­men étaient un visage orné d’un système pileux exceptionnel.

Un petit clin d’œil à la Française que je suis

Si La Pérouse avait été plus rapide, il aurait pu procla­mer l’Aus­tra­lie terre fran­çaise et épar­gner à ce pays deux cents ans de cuisine britannique.

À propos du peuplement de l’Australie

À la fin du XVIIIe siècle , les textes de loi britan­niques offraient une longue liste de crimes passibles de la peine capi­tale. On pouvait être pendu pour deux cents délits compre­nant, notam­ment, le crime impar­don­nable de « se faire passer pour un Egyptien ».

Le paragraphe sur le cricket

Après des années d’études patientes et labo­rieuses (avec le cricket il ne peut en être autre­ment) , j’en suis arrivé à la conclu­sion que ce jeu gagne­rait beau­coup à l’in­tro­duc­tion de quelques chariots de golf. Ceux qui prétendent que les Anglais ont inventé le cricket unique­ment pour rendre inté­res­sante et palpi­tante toute autre forme d’ac­ti­vité humaine ont tort. Loin de moi l’idée de déni­grer un sport qui fait le bonheur de millions de gens – dont certains arrivent même à garder les yeux ouverts pendant les matchs- mais, fran­che­ment, c’est un jeu bizarre. C’est le seul sport qui inclut une pause pour le thé. C’est le seul sport qui porte le même nom qu’un insecte. C’est le seul sport où les spec­ta­teurs brûlent autant de calo­ries que les joueurs ( et même plus , s’ils sont un brin enthou­siaste). C’est la seule acti­vité de type compé­ti­tif- mis à part les concours de boulan­gers- où les acteurs s’ha­billent tout en blanc le matin et se retrouvent aussi imma­cu­lés en fin de journée.

Encore le cricket

Suivre deux jour­na­listes spor­tifs commen­tant une rencontre de cricket à la radio, c’est comme écou­ter deux pêcheurs assis dans une barque un jour où le pois­son ne mord pas.

Une bonne blague australienne

Un homme arrive à la finale de la coupe de foot­ball austra­lien à Melbourne et constate avec surprise que le siège à côté de lui est vacant. Or géné­ra­le­ment, tous les billets de finale sont vendus des mois à l’avance et il ne reste jamais le moindre place libre. L’homme s’étonne donc.
- excu­sez-moi dit-il à son voisin , mais comment se fait-il que cette place soit inoccupée ?
- c’est la place de ma femme, réplique celui-ci, un peu morose. Malheu­reu­se­ment elle est décédée.
- Mais c’est affreux ! Je suis terri­ble­ment navré !
- Ouais. Elle n’a jamais raté un match de sa vie.
- Vous auriez pu propo­ser sa place à un ami ou a l’un de vos parents ?
- Impos­sible :ils sont tous à l’enterrement.

J’aime cette remarque à propos des voyages au bout de la terre

Ma prome­nade m’a conduit devant des maga­sins au luxe tapa­geur – Prada,Hermès, Ralph Lauren. Impec­cable. Mais pas très inté­res­sant. Je n’avais pas parcouru treize mille kilo­mètres pour contem­pler des serviettes de bain signées Ralph Lauren.

On en parle

Chez Keisha et chez Urba­nik (que je ne connais­sais pas)

Voulez vous écouter Mathilda et essayer avec les paroles de Bill Bryson légèrement imbibé à la bière locale

Oubliant que les cuillères avaient été inventées, 
Le Swag­man immer­gea son zizi dans le thé
Et il soupira en voyant l’ob­jet bouillir
« C’est pas demain que j’au­rais du plaisir ! »

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5
J’ai choisi ce livre sur le blog que vous connais­sez si vous lisez le mien régu­liè­re­ment : « A sauts et à gambades ». Comme Domi­nique, je vais cher­cher de toutes mes forces, à vous faire lire « Aux fron­tières de l’Eu­rope » , ce n’est pas par hasard que j’ai mis 5 coquillages au livre de Paolo Rumiz , il fait parti des livres que je n’ou­blie­rai pas et que j’ai traîné partout pendant 15 jours. J’ai retenu mon envie de le dévo­rer à toute vitesse car je ne voulais pas le finir, je l’ai dégusté tout doucement.

Ce voyage à travers l’Eu­rope d’au­jourd’­hui me semble le complé­ment indis­pen­sable au voyage histo­rique de Geert Mark « Voyage d’un Euro­péen à travers le XX° siècle ». Il s’agit, ici, d’un état actuel d’un lieu bien parti­cu­lier de l’Eu­rope et qui , sans doute, prévoit un peu notre avenir. Je rappelle le projet de Paolo Rumiz : voya­ger le long des fron­tières de la commu­nauté euro­péenne avec la Russie et les pays qui ne font pas partie de cette communauté.

Il voyage le plus possible avec le train ou les bus locaux , il est donc au cœur des popu­la­tions. Il a la chance d’être accom­pa­gnée d’une Monika qui parle le Russe et le Polo­nais. Au passage, Monika est photo­graphe et j’au­rais aimé voir les photos de cette femme qui sait si bien se faire accep­ter de tout le monde. Si quel­qu’un sait où on peut voir ses photos qu’on me le dise.

La langue est abso­lu­ment merveilleuse, un peu précieuse par moment et j’ai dû plusieurs fois ouvrir mon diction­naire pour véri­fier le sens de mots que je connais plus ou moins sans jamais les utili­ser (Aèdes, marmo­réen, thau­ma­turge, hiéra­tisme.…). Je pense qu’en italien ce sont des mots plus commu­né­ment utili­sés (heureux peuple !) et j ai constaté encore une fois que cette langue est agréable même traduite en fran­çais. Mais la langue ce n’est pas que la qualité de style, c’est aussi la capa­cité faite naître des images dans l’ima­gi­naire du lecteur. Vous n’ou­blie­rez pas la chaleur avec laquelle nos deux voya­geurs sont, parfois, reçus dans les endroits les plus recu­lés et aussi la violence de certaines villes. Il raconte un passage à tabac qui m’a fait peur et a produit chez moi les mêmes effets de terreur que les images les plus violentes du cinéma. La scène de la fouille par les poli­ciers polo­nais du train venant de Russie est extra­or­di­naire de drôle­rie et on peut faci­le­ment se la représenter.

On rit souvent et on aime l’hu­ma­nité , car Paolo Rumiz aime les hommes même quand ils sont écra­sés mépri­sés , dans les pires condi­tions ils arrivent à vivre grâce à l’hu­mour et la chaleur humaine. Si ce n’est pas un livre sur le passé , on y lit quand même les traces que les deux horreurs du XXe siècle ont laissé dans ces régions : la dispa­ri­tion de la popu­la­tion juive et les dépla­ce­ments de popu­la­tions pour en contrô­ler d’autres. Pauvres Russes qui vivent en Esto­nie , sont-ils vrai­ment respon­sables de la folie impé­ria­liste de Staline ?

J’ai bien aimé aussi qu’il connaisse Ryszard Kapus­cinski, autre auteur que j’ai décou­vert grâce à Domi­nique , je suis une incon­di­tion­nelle d’Ébène. Il y a une commu­nauté de regard entre ces deux auteurs. Avec un côté latin chez Paolo Rumiz qui fait une grande partie de son charme, surtout quand il se confronte à la réserve des gens du grand nord.

À lire et relire, c est un livre qui charme, fait réflé­chir et fait aussi,comprendre le plai­sir du voyage.

Citations

Une jolie phrase sur sa ville

Filons, filons, une voile et c’est parti ; une ville qui sert unique­ment d’embarcadère, de point de départ. Un aperçu, une balus­trade vers d’autres horizons.

Triestre sa ville d’origine

Je viens d’une terre de mer, de rocs et de vent. Pour moi, c’est plutôt une base qu’une ville, Trieste, agrip­pée à l’ex­tré­mité septen­trio­nale de la mer Médi­ter­ra­née, est mon refuge, un lieu que Dieu se complaît de temps en temps à touiller avec sa grande louche , déchaî­nant une tempête d’air et d’eau que l’on appelle la « Bora » , un vent furieux qui souffle de la terre. 

Les sourire des finlandais

En Finlande on parle peu et on sourit encore moins. Ce peuple de bûche­rons timides vit dans la terreur de voir quel­qu’un lui sourire, car alors le savoir-vivre l’obli­gera à sortir de son cocon pour répondre à ce signal.

Le silence des Norvégiens

Quand je sors dans le couloir, j’aper­çois une dizaine de Norvé­giens qui dégustent leur café dans un silence claus­tral ; on se croi­rait dans le réfec­toire d’un monas­tère, avant la messe du soir. Je suis obligé de prêter l’oreille pour discer­ner un murmure de confes­sion­nal. Alors, unique­ment pour rompre cette glace de l’âme et mettre les gens dans l’embarras, je lance un bonjour reten­tis­sant á la canto­nade et je me régale de voir tous ces yeux inquiets se lever à contre­coeur de l’as­siette de pois­son, d’œufs et d’oi­gnons pour répondre par un signe au nouvel arrivant. 

Les blessures de la terre à Montchegorsk

J’ai à mes pieds quelque chose d’inouï : une nature sans défense dans son extrême douceur, impi­toya­ble­ment violée, véro­lée de mines comme autant de pustules d’acné sur la peau d’un adolescent.

Les intolérances religieuses

De ce voyage verti­cal, ce qui ressort clai­re­ment, c’est que le catho­li­cisme et le protes­tan­tisme vivent dans le confort a l’ar­rière, alors que c’est l’or­tho­doxie qui tient la ligne… J’en­tends encore le patriarche de Constan­ti­nople, dans son bureau, sous le portrait de Mustafa Kemal Ataturk, murmu­rer des propos de coexis­tence, pendant que le hurle­ment du muez­zin, du Bosphore à sainte Sophie, anni­hi­lait tout autre bruit pour la prière du soir. Une compé­ti­tion acous­tique sans espoir.

En Bach­ki­rie (ça existe ! ! j’ai décou­vert que je ne connais­sais pas la moitié des pays ou région dont il parle, cette région je m’en souvien­drai si vous pronon­cer à haute voix ce nom vous verrez pourquoi !).

Définition de l’ours par un apiculteur

( je rappelle que Dinard a choisi l’Ours comme symbole et que la future média­thèque s’appellera : l’ours)

L’ours, dit-il, c’est un si grand nombre d’ani­maux en un seul. Comme un lion, il terrasse des mammi­fères plus grands que lui ; comme n’im­porte quel rumi­nant, il saccage les récoltes ; il vole le raisin et les fruits comme un singe ; il picore les baies comme un merle ; il fait des razzias dans les four­mi­lières et les ruches comme un pivert ; il déterre les tuber­cules et les larves comme un cochon ; il attrape les pois­sons avec la dexté­rité de la loutre. Et il mange le miel comme l’homme.

Le passé de l’Italie

L’Ita­lie s’en­tête à faire semblant de ne jamais avoir été fasciste et d’avoir gagné la guerre. Et pour­tant, elle l’a été fasciste, et pas qu’un peu ; et elle a perdu la guerre, juste­ment dans ma région… Je vous en prie ne me parlez pas, des « braves gens d’Ita­lie », parce que moi j’ha­bite à Trieste que Musso­lini a proclamé les lois raciales contre les juifs, et ce choix infâme a eu son prélude une ving­taine d’an­nées aupa­ra­vant, avec l’écra­se­ment poli­tique, écono­mique et linguis­tique de la vaste commu­nauté slovène. Je sais que pendant la guerre, il n’y eut pas seule­ment des camps d’ex­ter­mi­na­tion nazis, mais aussi des camps de concen­tra­tion diri­gés par le parti fasciste, avec des milliers de morts de faim et de froid.

Le silence des Estoniens

Autour d’une petite table , une famille consomme un bref repas, sans échan­ger un seul mot. Je commence à comprendre Adamov. C’est vrai que c’est impos­sible d’ap­prendre la langue d’un peuple qui passe son temps à se taire.

La Pologne et la religion catholique

Nous appro­chons de la Pologne, terre de Woytila, et le Vati­can fait déjà figure de gigan­tesque agence de voyage, de multi­na­tio­nale du pèle­ri­nage , avec des filiales dans le monde entier

En Pologne, Paoli Rumiz évoque un auteur que j’ai adoré Ryzsard Kapuscinski

Il y a aussi le maga­sin de cartes géogra­phiques de la rue Jean-Paul II , où le plus beau spec­tacle , m’a dit Ryzsard Kapus­cinski , un jour de neige où nous nous étions réfu­giés à l’in­té­rieur était de voir les « gens affa­més de monde » se repaître parmi les rayonnages.

En Ukraine, les émigrés qui ont fait fortune ailleurs

Il nous fait traver­ser une vallée magni­fique , parse­mée de maisons d’émi­grants qui ont réussi , mais ce sont des maisons de cauche­mar , des petits châteaux forts médié­vaux, avec des tours coif­fées de tuile en plas­tique bleu . Disney­land est l’idéal esthé­tique de l’Ukraine indépendante.

Retour vers l’Europe occi­den­tale ou comment la salade César devient un signe de reconnaissance

Á l’hô­tel , la langue anglaise refait son appa­ri­tion , la langouste et la Care­sar’­sa­lad ont repris place dans le menu , et je ne parle pas de l’air condi­tionné, bien entendu.

On en parle

Chez Domi­nique bien sûr etdans le « Carnet de Voyage de Myriam ».

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Traduit de l’an­glais par Chris­tiane et David ELLIS.

4
Je pense que Domi­nique avait encore raison, quand on a pris le virus Bill Bryson, on va au bout de son plai­sir et on lit tout ce qu’il a écrit. J’ai de nouveau été séduite par « Motel Blues », c’est drôle et profond à la fois.

C’est remar­qua­ble­ment traduit, mais j’ob­serve qu’il a fallu qu’un couple s’y mette, sans doute une femme d’ori­gine fran­çaise et un homme de langue anglaise. Je ne sais pas pour­quoi mais j’imagine que, même s’ils ont beau­coup travaillé, ils ont dû aussi beau­coup s’amu­ser, pour nous offrir toute la saveur de l’hu­mour de ce grand obser­va­teur des compor­te­ments humains. J’ai aimé la tendresse qui l’at­tache à son père un peu radin, mais qui a su faire aimer la vie à ses enfants.

Avec Bill Bryson nous partons donc à travers ce vaste , très vaste pays. Je conseille ce livre à toutes celles et tous ceux qui veulent faire du tourisme aux USA, c’est vrai­ment un pays immense, capable du meilleur comme du pire. Les états peuvent être très diffé­rents des uns des autres mais il faut toujours avaler au mini­mum 300 kilo­mètres pour aller d’un point à un autre. Certains lieux touris­tiques sont à fuir abso­lu­ment, en parti­cu­lier ceux des réserves indiennes .

Les village recons­ti­tués peuvent avoir du charme mais cachent mal qu’aux États-Unis, peu de choses sont faites pour conser­ver le patri­moine. On a l’im­pres­sion parfois d’al­ler d’une zone semi indus­trielle à une zone commer­ciale en passant par des échan­geurs d’au­to­routes complè­te­ment surréa­listes. C’est avec une grand tris­tesse que je constate que l « approche de toutes les villes fran­çaises sont deve­nues aussi imper­son­nelles que ce qu’il nous décrit aux USA en 1989. Nos centres villes sont restés encore très vivants mais pour combien de temps encore ?

C’est aussi l’in­té­rêt de ce livre, il permet d’ob­ser­ver la civi­li­sa­tion améri­caine et je l’es­père éviter ses excès.

Citations

Le racisme

Cette remarque m’a fait penser la Bretagne où on se féli­cite de n’être pas raciste

Les Sudistes détestent cordia­le­ment les Noirs et pour­tant ils semblent coha­bi­ter avec eux sans problème, tandis qu’au Nord , les gens n’ont rien en géné­rale contre les Noirs, les consi­dèrent même comme des êtres humains dignes de respect et sont même prêts à leur souhai­ter bonne chance dans la vie, mais dési­rent surtout ne pas avoir à les fréquen­ter de trop près.

Les abord des villes aux USA en 1989 , les nôtres, aujourd’hui, sont elles différentes ?

De nos jours , une ville si modeste soit-elle, a deux ou trois kilo­mètres de resto­routes, de motels,d’entrepôts à prix discount,de centres commer­ciaux – tous surmon­tés d’en­seignes mobiles d’une dizaine de mètres et accom­pa­gnés de parking de la taille des Ardennes.

L’architecture hôtelière américaine (hélas, on pourrait dire la même chose pour la France aujourd’hui)

Au bout de la rue , il y a le nouvel hôtel Hyatt Regency qui vous flanque instan­ta­né­ment la déprime. Ses formes massives en béton appar­tiennent visi­ble­ment à l’école d’ar­chi­tec­ture tendance « on n’en a rien à foutre » que les chaînes hôte­lières améri­caines ont en prédilection.

Le touriste de base américaine en camping car

Voilà, hélas, comment de nos jours beau­coup de gens passent leurs vacances. Cela consiste avant tout à ne pas s’ex­po­ser au moindre moment d’in­con­fort ou de désa­gré­ment , voire même, dans la mesure du possible , à éviter de respi­rer l’air pur. Quand l’en­vie de voya­ger vous prend, vous vous enfer­mez dans un luxueuse boite de 13 tonnes , vous parcou­rez 700 kilo­mètres hermé­ti­que­ment proté­gés contre les éléments natu­rels, et vous vous arrê­tez dans un camping où vous vous vous préci­pi­tez pour bran­cher l’eau et l’élec­tri­cité afin de ne pas être privé un seul instant , d’air condi­tionné, de machine à laver la vais­selle ou de four à micro-ondes.

Et au Yosemite

Mais Yose­mite fut une décon­ve­nue monu­men­tale . Ce que vous aper­ce­vez en premier c’est la vallée d » »El Capi­tan » avec ses montagnes impo­santes et ses cascades blanches qui se déversent à des centaines de mètres sur les prai­ries du bas. Vous vous dites alors que vous êtes sans doute passé dans l’au delà et que vous vous trou­vez au Para­dis. Puis vous conti­nuez et vous descen­dez à Yose­mite Village et vous vous rendez compte que si effec­ti­ve­ment vous êtes au para­dis, vous allez passer le reste de l’éter­nité au milie d’une horrible bande de touristes obèse en bermuda.

Bravo pour la traduction. Humour sur l’accent du sud des États-Unis

Mais à ce moment-là , la serveuse arriva et me dit :
« Tu veux voir mon minou sans t’gé­ner, chéri ? »
Et je compris que c’était hors de ques­tion. Je ne compre­nais pas un traître mot de ce que les gens me disaient. Ils auraient tout aussi bien pu me parler chinois. Il nous fallut de longues minutes et force gesti­cu­la­tions du couteau et de la four­chette pour réta­blir ce que la serveuse avait vrai­ment dit :
« Tu veux voir le menu du p’tit déjeu­ner, chéri ? ».

Les villages reconstitués

On se trouve partout confronté de manière exas­pé­rante à des détails qui font pastiche. Autour de l’église parois­siale de Burton, les pierres tombales sont visi­ble­ment des imita­tions ou, en tout cas , les inscrip­tions sont toutes récentes. Rocke­fel­ler ou un autre gros bonnet, a sans doute été déçu de consta­ter qu’a­près deux siècles de plein air les pierres tombales deviennent invi­sibles . Si bien que main­te­nant les inscrip­tions sont neuves et bien taillées, comme si on les avait gravées la semaine passée , ce qui est peut-être le cas.

Humour

Ce mémo­rial est tout à fait ce qu’on imagine : Lincoln y est assis dans son grand fauteuil , l’air noble mais affable. Il avait un pigeon sur la tête. Il en a toujours un. Sans doute le pigeon pense-t-il qu’on vient tous les jours pour le regarder.

Les routes

À Boston , le système routier est abso­lu­ment fou. Il visi­ble­ment été conçu par quel­qu’un qui a passé son enfance à mettre en scène des acci­dents avec son train élec­trique . Tous les cent mètres , la voie que je suivais dispa­rais­sait et d’autre voies venaient s’y ajou­ter de la droite ou de la gauche , parfois même des deux côtés à la fois . Ce n’était pas un réseau routier, c’était de l’hys­té­rie á quatre roues.

Une citation pour mon frère forestier

Le séquoia est un arbre laid. Il n’en finit pas de s’éle­ver mais ses branches sont rares et cour­taudes, ce qui lui donne un air idiot : c’est le genre d’arbre que dessine un gosse de trois ans

Éclat de rire. Et encore un petit plaisir de la vie que l’appareil numérique nous a enlevé…

Les Alle­mands sont arri­vés , aussi déplai­sant et anti­pa­thiques que savent l’être des adoles­cents, et ils m’ont privé de mon arbre. Ils ont grimpé sur la clôture et commencé à prendre des photos. J’ai pris un plai­sir mesquin à me mettre devant le type qui tenait l’ap­pa­reil à chaque fois qu’il appuyait sur l’ob­tu­ra­teur, mais c’est une acti­vité qui ne vous distrait pas éter­nel­le­ment, même quand il s’agit d’Allemand.

On en parle

Chez Keisha, par exemple.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51EESYR5H1L._SL500_AA300_.jpg

Traduit du polo­nais par Véro­nique Patte

5
Quel choc ! Je dois cette lecture à Domi­nique qui a chro­ni­qué Mes voyages avec Héro­dotes que je vais me dépê­cher de lire au plus vite. Ma dernière réflexion en refer­mant le livre de Ryszard Kapu­sinski a été :« c’est telle­ment bien, je pense que tout le monde le connaît sauf moi » ! Si vous faites partie de ceux qui ont, encore, la chance de ne pas l’avoir lu , réjouis­sez-vous, un grand plai­sir vous attend, caché dans les pages d’Ébène. Le repor­ter raconte son aven­ture afri­caine, il va à la rencontre des habi­tants , ne fuit aucun conflit ni aucune histoire doulou­reuse et comme les actua­li­tés télé­vi­sées vous le raconte à longueur d’an­nées ce conti­nent n « en manquent pas. A la lecture de ce livre on se rend compte qu’on ne connaît qu’une faible partie de massacres afri­cains que beau­coup se passent dans le silence loin des camé­ras du monde.

On se promène donc au Ghana, au Libe­ria, en Éthio­pie , en Érythrée , en Soma­lie, au Rwanda… Partout la misère, la guerre, la destruc­tion, et la nature impla­cable. J’ai déjà lu beau­coup de livres sur l’Afrique, l’originalité de cet auteur , c’est de partir d’ex­pé­riences concrètes qu’il sait merveilleu­se­ment racon­ter. Les descrip­tion de la nature et de la chaleur sont inou­bliables, je crois qu’au­cun film ne permet de mieux comprendre à quel point la chaleur peut acca­bler l’homme et rendre toute acti­vité super­flue. Par moment, j’ai cru relire les romans d’aven­ture qui ont charmé mon enfance. Le combat à mort contre le cobra est un de ces instants où la lecture devient magique, on part ailleurs bien loin du monde facile et policé de mon petit coin de France. Cela n’empêche pas l’au­teur de cerner au plus près les problèmes poli­tiques actuels et passés de cet incroyable conti­nent, bien au contraire, toutes les images « folk­lo­riques » de l’Afrique nous permettent de mieux comprendre le quoti­dien des habi­tants. Et lors­qu’il raconte toujours avec la même préci­sion son attaque par la mala­ria, on se dit que les gens atteints de cette mala­die et mal soignés ne peuvent guère faire autre chose que survivre.

On est loin des clichés d’une popu­la­tion bon enfant qui ne veut rien faire, dans la four­naise impla­cable , touché par la mala­die, les hommes ne peuvent que survivre et surtout meurent très vite. Quand en plus la folie guer­rière des armes s’en mêlent c’est l’hécatombe assu­rée. Je n’ai jamais eu envie de visi­ter l’Afrique et ce livre dit mieux que tout ce que j’ai toujours pensé que le touriste passe forcé­ment à côté des réali­tés de ce continent.

Citations

La notion du temps

L’eu­ro­péen se sent au service du temps, il dépend de lui, il en est le sujet. Pour exis­ter et fonc­tion­ner, il doit obser­ver ses lois immuables et inal­té­rables, ses prin­cipes et ses règles rigides. Entre l’homme et le temps existe un conflit inso­luble qui se termine toujours par la défaite de l’homme : le temps détruit l’homme.
Pour les Afri­cains les temps est une caté­go­rie beau­coup plus lâche, ouverte, élas­tique, subjec­tive… Le temps est le résul­tat de notre action, et il dispa­raît quand nous n’en­tre­pre­nons pas ou aban­don­nons une action. Le temps est un être passif, et surtout dépen­dant de l’homme.
… Si nous allons à la campagne où doit se tenir une réunion, et qu’il n’y a personne sur les lieux de la réunion, la ques­tion « quand aura lieu la réunion ? » est insen­sée. Car la réponse est connue d’avance : « Quand les gens se seront réunis. »

Un des malheurs de la décolonisation

L’adop­tion du système insensé des salaires des Euro­péens engendre dans les nouveaux États afri­cains une lutte pour le pouvoir d’une violence et d’une cruauté inouïes. Instan­ta­né­ment une nouvelle classe gouver­nante appa­raît , une bour­geoi­sie bureau­cra­tique qui ne crée rien ‚ne produit rien , se conten­tant de gérer une société et de profi­ter de ses privilèges.

Génie africain de la construction

Faites de bric et de broc, ces archi­tec­tures mons­trueuses en papier mâché sont infi­ni­ment plus créa­tives, imagi­na­tives, inven­tives et fantai­sistes que les quar­tiers de Manhat­tan ou de la Défense à Paris. La ville entière tient sans une brique , sans une poutre métal­lique, sans un mètre carré de verre !

Le progrès

Les conflits ethniques ances­traux existent toujours, mais ils entraînent aujourd’hui un nombre de victimes bien plus impor­tant. La civi­li­sa­tion moderne n’a rien apporté ici, ni l’élec­tri­cité, ni le télé­phone, ni la télé­vi­sion. La seule chose qu’elle ait intro­duite, ce sont les armes automatiques.

Les rites culinaires qui font envie

Les Tutsis se nour­rissent du lait des vaches et de leur sang (le sang recueilli des caro­tides inci­sées avec une pique, et versé dans des réci­pients lavés avec de l’urine de vache).

La religion

C’est un terrain très diffi­cile, m’avoue le mission­naire Johan. Ces hommes nous demandent combien nous avons de dieux dans notre reli­gion et si nous en avons un spécial pour les vaches. Nous expli­quons que Dieu est un. Cette réponse les déçoit. « Notre reli­gion est meilleure , disent-ils , nous avons un dieu spécial qui protègent les vaches. ». Les vaches sont ce qu’il y a de plus important ! 

Les famines au Soudan

Les hommes ne sont pas affa­més parce qu’il y a pénu­ries de vivres. En fait , le monde croule sous la nour­ri­ture. Mais entre ceux qui veulent manger et les maga­sins remplis se dresse un obstacle majeur : le jeu poli­tique. Karthoum limite l’aide inter­na­tio­nale desti­née aux affa­més. De nombreux avions arri­vant à desti­na­tion sont raflés par des chefs de bandes locales. Celui qui a une arme a des vivres. Celui qui a des vivres a le pouvoir. Nous sommes en présence d’hommes peu préoc­cu­pés de la trans­cen­dance ou de l’es­sence de l’âme, du sens de la vie et de la nature de l’exis­tence. Nous sommes dans un monde où l’homme rampe pour tenter de racler dans la boue quelques grains de blés pour survivre jusqu’au lendemain. 

Le temps et les trajets

Si on tombe sur un bitume de bonne qualité, le trajet peut être parcouru en une heure. Si on a affaire à une route aban­don­née et impra­ti­cable, il faudra un jour de voyage, voire deux ou même trois pendant la saison des pluies . C’est pour­quoi en Afrique , on ne dit pas : » c’est à combien de kilo­mètres ? » Mais plutôt : » il faut combien de temps ? » En regar­dant machi­na­le­ment le ciel.

On en parle

Chez Nymphette