Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard. Édition Phébus , traduit de l’anglais par Jean buhler

Ce roman s’est retrouvé dans les propositions du club de lecture dans le thème : « écrivains américains ayant habité en France ». J’ai appris ainsi que Louis Bromfield a séjourné des dizaines d’années en France puis, il est retourné dans son Ohio natal pour y fonder une ferme écologique qui se visite toujours. Ce roman, je l’ai lu et relu dans ma jeunesse, j’adorais les passages où Mrs Parkington règle ses comptes avec les médiocres qui n’avaient pour eux que la richesse due à leur naissance. J’ai éprouvé un plaisir très régressif à le lire de nouveau. L’intrigue est bien menée : une riche héritière d’un mari peu scrupuleux qui a amassé une fortune considérable voit s’effondrer un monde basé sur l’appartenance à une classe sociale et qui se croit à l’abri des lois et du commun des mortels. Elle fera tout ce qu’elle peut pour sauver son arrière petite fille des retombées qui vont éclabousser son père qui a épousé la petite fille de Susie Parkington. L’auteur fait de constants retours en arrière qui nous permettent de revivre la vie de cette femme et expliquent pourquoi leurs enfants et petits enfants ont tant de mal à se sentir bien dans leur peau. Trop beaux pour ses fils, pas assez belle pour sa fille, mais dans tous les cas beaucoup, beaucoup trop riches, ils n’auront pas su être heureux. En relisant ce roman, j’ai pensé qu’aujourd’hui les requins de la finance n’ont guère été punis pour leurs actions qui ont ruiné tant de gens dans le monde. Il y a bien des aspects de ce roman auxquels je suis moins sensibles aujourd’hui et que je trouve même agaçants. La place de la femme, qui doit être belle, courageuse, soutenant son mari en toute occasion, et en même temps heureuse, on est loin des combats féministes ! L’idée que l’hérédité explique les difficultés des descendants : les « Blairs » étaient des originaux les enfants seront marqués un peu bizarres. En revanche, j’avais oublié à quel point ce roman était une critique du capitalisme américain et soutenait la politique de Roosevelt, le roman raconte la fin d’un monde fondé sur un capitalisme prédateur et l’arrivée d’un société plus humaine et plus honnête. L’auteur critique beaucoup les Américains qui croient que la naissance leur permettent d’appartenir à un monde au-dessus des lois, ce que je trouve un peu étrange car pour moi l’image de l’Américain est plutôt représenté par le « self made man ». Et finalement, je l’avoue, avoir de nouveau éprouvé de la sympathie pour cette femme extraordinaire même si je ne crois pas du tout que ce genre de personnalité avec toutes ces qualités puisse exister.

Plus qu’un jugement objectif sur ce roman, les cinq coquillages viennent illustrer tous les bons souvenirs que cette lecture m’a rappelés.

 

 

Citations

Sa jeunesse admirons au passage la nature féminine….

Susie ne manquait jamais de voir le soleil se lever, car sa mère et elle étaient toujours debout avant l’aube afin de préparer les provisions des hommes qui allaient travailler dans les mines. Il fallait emballer des sandwichs et verser le café dans des bouteilles. Active et précise dans ses gestes, la mère de Susie était jolie, avec ses petits yeux bleus et ses joues à se joue à fossettes. C’était une de ces femmes qui ont besoin de travailler sans relâche, de par leur nature même. Elle n’aurait pu se priver de fournir de grand effort physique. Susie connaissait aussi ce besoin dévorant d’activité, cette inquiétude qui ne l’eût jamais laissé en repos si son énergie n’avait été heureusement tempérée par une forte propension à la rêverie et à la contemplation.

Le personnage négatif de l’ancien monde

Ned avait peu d’expérience, mais il avait déjà rencontré assez d’individus de la trempe d’Amaury pour pouvoir les juger au premier coup d’œil. Ces gens-là croyaient être protégés par des privilèges spéciaux du fait de leur naissance et échapper ainsi aux lois qui régissent les actes de l’ensemble du peuple américain. Ils étaient nés dans cette période où le sentiment des valeurs avait été faussé, où l’on ne croyait qu’à la puissance de l’argent et où l’on négligeait complètement les qualités du cœur et de l’esprit.

Une phrase que je dédie à ceux qui sont toujours en retard

Toujours ponctuel, le juge Everett arriva à onze heures trente. L’exactitude est le propre des gens qui travaillent beaucoup. Seuls les oisifs peuvent se permettre de gaspiller le peu de temps qui nous est accordé pour vivre.

Réflexions sur un type de personnalité que je trouve assez juste

La pauvre duchesse, avec son visage blême et ses yeux pitoyables de tristesse, semblait demander l’aumône d’un peu de sympathie, mais dans l’instant qu’on lui accordait, elle la refusait contre toute attente et se cachait derrière l’écran de sa dignité blessé. Elle était triste comme seuls peuvent l’être ceux qui sont parfaitement égoïstes, ceux qui sont condamnés à souffrir toujours et partout, parce qu’ils ne veulent pas voir plus loin que les murs de la prison dans laquelle les tient enfermés le souci de leurs propres peines.

Édition : petite Biblio Payot. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Hinfray.

 

J’ai ri et même éclaté de rire. J’ai imposé à tous mes amis la lecture de certains passages de ce voyage de Bill Bryson à travers la Grande-Bretagne qu’il aime tant. Alors, cette fois (contrairement au livre précédent sur Luocine), un grand merci Keisha , je te rejoins dans un plaisir de lecture que j’ai savouré à petites doses. Je commence à avoir un petit rayon Bill Bryson dans ma bibliothèque :American rigolos, Motel Blues, Shakespeare une antibiographie, Une Histoire de tout ou presque, Une histoire du monde sans sortir de chez moi, Nos voisins du dessous. Si j’ai volontairement ralenti ma lecture, c’est parce que je freinais mon envie de cavaler dans un livre où c’est mieux de prendre son temps. Quel plaisir aussi de le lire avec une bonne connexion Internet ! Cela permet de vérifier les images suggérées par un Bill Bryson en grande forme. Comme le dit Keisha , le premier chapitre racontant son premier contact avec l’Angleterre et ses habitants est à mourir de rire. Je peux encore sourire en imaginant la scène. On y apprend que les habitants restent le plus souvent courtois en toute occasion. (À ce propos je recommande la série « Mom » sur Arte qui démontre très bien aussi ce fait). Ensuite nous partons dans un périple à travers la Grande -Bretagne avec un auteur dont l’humour me ravit toujours autant. C’est très agréable de lire ce livre en vérifiant sur Internet tous les petits détails qu’il raconte avec un sens aigue de l’observation. Comme tout adepte de l’humour, il est d’abord sa propre cible, il faut dire qu’il manie avec une constance rare l’art de se tromper dans le choix de son hôtel et qu’après avoir cherché, le plus souvent sous la pluie, le meilleur rapport qualité prix , cela se termine le plus souvent dans une chambre mal chauffée et tristounette. Bill Bryson réussit son pari, nous faire aimer son pays d’adoption ,

cet étrange pays qui a inventé « un sport comme le cricket, qui dure trois jours sans jamais donner l’impression de commencer. 

J’ai été un peu étonnée qu’il visite, l’Angleterre sans évoquer les compétitions sportives (foot ou rugby) et l’Écosse sans les golfs ni le Whisky. En revanche la bière et les pubs sont bien présents. J’ai bien aimé aussi le passage où il se rend compte qu’être trop longtemps tout seul à voyager le rend un peu bizarre. Ce livre, c’est aussi une découverte de la personnalité de Bill Bryson , cet écrivain fait partie de ceux qui me remontent le moral. Vous pourrez lire de nombreux extraits et je vous le dis, je suis loin d’avoir recopié tous ceux dont j’aimerais me souvenir.

 

Citations

 

Vision de Calais

Calais est une ville fascinante qui n’existe que pour fournir à des Anglais en survêtement un endroit où aller passer la journée . Ayant subi d’intenses bombardements pendant le conflit mondiale , elle est tombée au mains des humanistes d’après guerre et ressemble par conséquent au reste d’une exposition de 1957 sur le ciment. Un nombre alarmant d’édifices du centre-ville, notamment autour de la lugubre place d’armes, semblent avoir été copiés sur des emballages de supermarché. Certains enjambant même des rues – ce qui est toujours la marque des urbanistes des années 1950, entichés des nouvelles possibilités offertes par le béton.

 

L’humour de Bill Bryson

Pour moi, quand il y avait un L à l’arrière d’une voiture, cela pouvait très bien signifier que son conducteur était lépreux. Je ne savais pas du tout que GPO désignait le bureau de poste principal (General Post Office), LBW une obstruction passible d’élimination au cricket (Le Before Wicket), GLC le conseil du grand Ni.dres (Greater London Council) et OAP les retraités (Ils Age Pensioners). Je rayonnais littéralement d’ignorance.

Les habitudes

Après être resté assis une demi-heure dans un pub avant de me rendre compte qu’il fallait aller chercher soi-même sa commande, je voulus faire la même chose dans un salon de thé et l’on m’enjoignit de m’asseoir.

 

L’art de résumer une vie (depuis il y a eu une série TV sur la vie de cet homme)

Selfridge était un type singulier qui nous donna tous une leçon de morale salutaire. Cet Américain consacra ses années d’activité à faire de Selfridges le grand magasin le plus raffiné d’Europe, transformant du même coup Oxford Street en principale artère commerçante de Londres. Il menait une vie droite et austère, se couchait tôt et travaillait sans relâche. Il buvait beaucoup de lait et ne faisait jamais de bêtises. Mais en 1918 sa femme mourut, et le fait de se trouver soudain libéré des liens matrimoniaux lui monta quelque peu à la tête. Il se lia avec deux jolies américaines d’origine hongroise connues dans le milieu du music-hall sous le nom de Dolly Sisters, et se plongea dans la débauche. Une Dolly à chaque bras, il écuma les casinos d’Europe, où il joua et perdit avec prodigalité. Il se mit à dîner dehors tous les soirs, dépensa des sommes folles aux chevaux de course et en automobile, acheta Highliffe Castle et projeta de faire construire une demeure de 250 pièces à Hengistbury Head, une localité voisine. En dix ans il dilapida 8 millions de dollars, se vit retirer la direction de cette Selfridges perdit son château et sa résidence londonienne, ses chevaux de courses et ses Rolls-Royce, et se retrouva finalement à vivre tout seul dans un petit appartement de Putney et à prendre le bus, avant de mourir sans le sou et pour ainsi dire oublié le 8 mai 1947. Mais il avait eu le plaisir inestimable de s’envoyer en l’air avec des sœurs jumelles, c’est tout de même ça le principal.

Je me retrouve dans cette remarque :

Parmi des milliers de choses que je n’ai jamais réussi à comprendre, il en est une qui ressort particulièrement. C’est la question de savoir qui a dit le premier, alors qu’il se trouvait près d’un tas de sable :  » Je parie que si on prenait de ça, si on le mélangeait avec un peu de potasse et si on le faisait chauffer, on obtiendrait à matériaux solides mais transparent. On appellerait ça du verre. » Traitez-moi d’abruti si vous voulez, mais on aurait pu me mettre sur une plage de sable jusqu’à la fin des temps sans qu’ils me viennent à l’idée d’essayer d’en faire des vitres

Portraits d’ anglais

Je passais devant un alignement de cabines de plage disposées en arc de cercle, toutes de formes identiques mais peintes de différentes couleurs vives. La plupart étaient fermées pour l’hiver mais, au trois quarts de la rangée environ, il y en avait une d’ouverte, un peu à la manière d’un coffre de magicien, avec une petite terrasse ou un homme et une femme était assis sur des chaises de jardin, emmitouflés comme pour une expédition polaire, une couverture sur les genoux, souffleté par des bourrasques qui menaçaient à tout instant de les faire basculer à la renverse. L’homme essayait de lire le journal, mais le vent le lui rabattait sans cesse sur le visage. Ils avaient tous les deux l’air très heureux ou, sinon heureux à proprement parler, en tout cas extrêmement satisfaits comme s’ils étaient aux Seychelles en train de boire un gin-fizz sous des palmiers dodelinants, et non pas à moitié mort de froid sous des rafales anglaises.
Ils étaient satisfaits parce qu’ils possédaient un petit bout de terrain tellement prisé en bord de mer pour lequel il y avait sans doute une longue liste d’attente et que, là était le véritable secret de leur bonheur, ils pouvaient rentrer quand ils voulaient dans la cabine pour avoir un peu moins froid. Ils pouvaient se faire une tasse de thé et, s’ils étaient d’humeur à faire des folies, manger un sablé au chocolat. Après, ils pourraient passer une agréable demi-heure à ranger leurs affaires et à fermer les volets. Il ne leur fallait pas plus pour accéder à un état proche du ravissement.

Les prospectus publicitaires

Presque tous ces dépliant regorgeait tellement de fautes que c’en était déprimant, et ils avaient si peu à offrir que c’en était pitoyable. La plupart étoffait leur liste d’attractions grâce à des indications telles que « parking gratuit » ou « Boutique cadeaux et salon de thé », sans compter l’inévitable « terrain d’aventure », et ensuite, ils étaient assez bêtes pour montrer sur la photo que c’était juste un portique et deux animaux en plastique sur ressort. Qui peut bien aller dans des endroits pareils ? Je me le demande.

Logique britannique

Je priais l’employé du guichet de me donner un aller simple pour Barnstable. Il m’informa que l’aller simple coûtait 8,80 livre mais qu’il pouvait me faire un aller-retour pour 4,40 livres.
– Vous ne voudriez pas m’expliquer en quoi c’est logique ? lui demandai-je.
– Je voudrais bien si je pouvais monsieur, me répondit-il avec une louable franchise.

Autodérision

Et les voilà tous partis à me bombarder de questions. « Elle consomme beaucoup ? Combien de litres au 100 ? C’est quoi comme couple ? Tu as un double arbre à cames en tête ou un alternateur carburateur à deux canons avec baïonnette et sortie les pieds devant ? » Ça me dépasse que quelqu’un veuille savoir toutes ces conneries sur une machine. Aucun autre appareil ne suscite un tel intérêt. J’ai toujours envie de leur demander. « Alors comme ça il paraît que tu as un nouveau réfrigérateur ? Et elle contient combien de litres de fréon, cette petite merveille ? C’est quoi son IEE ? Et comment il réfrigére, hein ? »
 Cette voiture possédait l’assortiment habituel de touches et de boutons, tous ornée d’un symbole destiné à vous embrouiller (…)
 Au milieu de ce tableau de bord se trouvaient deux cadrans circulaires de la même taille. L’un d’eux indiquait clairement la vitesse, mais l’autre me laissait totalement perplexe. Il avait deux aiguilles, une qui avançait très lentement et une qui n’avait pas l’air de bouger du tout. Je la regardai pendant une éternité avant de m’apercevoir ( je vous jure que c’est vrai,) que c’était une pendule.

Les lords anglais

Je me rappelle avoir lu un jour que le dixième duc de Marlborough, alors qu’il séjournait dans l’un des châteaux de sa fille, était apparu consterné en haut de l’escalier pour déclarer que sa brosse à dents ne moussait pas convenablement. Il s’avéra que, son valet ayant toujours mis le dentifrice à sa place, le duc ignorait que ces instruments ne fabriquait pas spontanément de la mousse.

Bradford.

La mission de Bradford, dans la vie, c’est de faire paraître toutes les autres villes de la planète plus belles en comparaison, et elle remplit très bien ce rôle.

 Liverpool

J’ai pris le train pour Liverpool, où j’arrivais en plein Festival du détritus. Les habitants avaient pris le temps, malgré leurs nombreuses activités, de parsemer le décor, par ailleurs terne et mal entretenu, de sachets de chips, de paquets de cigarettes vides et de sacs en plastique. Ils voletaient gaiement dans des buissons, apportant couleur et relief aux trottoirs et au caniveaux. Et dire qu’ailleurs on met tout cela dans des sacs-poubelle.

Engager une conversation

Je ne sais pas moi, engager la conversation avec des inconnus en Grande-Bretagne. En Amérique, évidemment, c’est facile. Il suffit de tendre la main en disant : « Moi c’est Bryson. Vous avez gagné combien l’année dernière ? » Et ensuite le dialogue ne tarit plus.

La correspondance train/autocar

Bien que le dernier train eût effectué sa desserte depuis quelques temps, un homme se tenait toujours au guichet. J’allais donc le voir et l’interrogeait calmement sur le manque de coordination entre le train et les services d’autocar à Blaenau. Je ne sais pourquoi, vu que je fus l’amabilité même, mais il fut visiblement vexé, comme si je critiquais sa femme, et répondit d’un ton irrité.
– « Si la société Gwynned Transport veut que les gens prennent le train de la mi-journée à Blaenau, elle n’a qu’à faire partir les cartes plutôt.
– Mais vous aussi, insistai-je, vous pourriez faire partir le train quelques minutes plus tard. »
Il me regarda comme si j’étais outrageusement impertinent et riposta.
– » Mais pourquoi nous ? »

Les animaux , les enfants, les ouvriers.

Savez-vous que la Société nationale de prévention de la cruauté envers les enfants a été fondé soixante ans après la Société royale de prévention de la cruauté envers les animaux dont elle n’était qu’une émanation ? Savez-vous qu’en 1994 la Grande-Bretagne a voté pour une directive européenne exigeant des périodes de repos statutaire pour les animaux transportés, mais contre des périodes de repos statutaires pour les ouvriers d’usine ?

Bryson a beaucoup utilisé les trains en Angleterre donc en 1994 on pouvait dire ceci

Voici pour vous quelques chiffres singuliers, qui sont un peu barbants mais qu’il faut connaître. En Europe, les frais affectés par personne et par an aux infrastructures ferroviaires sont de 20 livre en Belgique et en Allemagne, 31 livre en France, plus de 50 livre en Suisse, et en Grande-Bretagne elles atteignent royalement 5 livres. La Grande-Bretagne débourse moins par tête de pipe pour améliorer les voies ferrées que n’importe quel autre pays de l’Union européenne à part la Grèce et l’Irlande. Même le Portugal dépense plus. Et, malgré ce manque de soutien financier, le pays possède vraiment un excellent service de chemin de fer, tout compte fait. Aujourd’hui les trains sont beaucoup plus propres qu’autre fois, le personnel globalement plus patient et plus serviable. Les gentils guichetiers disent toujours s’il vous plaît et merci, et la nourriture est mangeable.

Une différence entre le Middle West et le Yorkshire

Là d’où je viens, dans le Middle West, lorsqu’on est emménage dans un village ou une petite ville, tout le monde passe vous voir pour vous souhaiter la bienvenue comme si c’était le plus beau jour du quartier, et tout le monde vous apporte une tarte. Vous vous retrouvez avec des tartes aux pommes, des tartes aux cerises et des tartes au chocolat. Dans le de Middle West, il y a des gens qui déménagent tous les six mois rien que pour les tartes.
Dans le Yorkshire, cela ne risque pas d’arriver. Mais progressivement, petit à petit, les autochtones vous font une place dans leur cœur et se mettre, lorsqu’il passe en voiture, à vous faire un signe de reconnaissance que j’appelle le salut de Malhamdale. C’est un jour mémorable dans la vie de tout nouvel arrivant. Pour effectuer le salut de Malhamdale, faites d’abord semblant de tenir un volant de voiture. Puis, très lentement, tendez l’index de votre main droite comme si vous aviez un petit spasme involontaire. Voilà. Ça n’a l’air de rien, mais ça en dit long, croyez-moi et cela va beaucoup me manquer.

L’amour de l’Angleterre

Tout à coup, en un éclair, je compris ce que j’aimais en Grande-Bretagne, tout. Absolument tout, le bon et le mauvais, la pâte à tartiner Marmite, les fêtes de village, les chemins de campagne, les gens qui disent :  » Faut pas se plaindre », et « Je vous demande pardon, mais », ceux qui me présentent leurs excuses, à moi quand je leur donne un grand coup de coude sans faire exprès, le lait en bouteille, les haricots sur du pain grillé, les foins au mois de juin, les orties qui piquent, les jetées-promenades en bord de mer, les cartes d’état-major, les crumpets, le fait d’avoir toujours besoin d’une bouillotte, les dimanches pluvieux – tout, je vous dis.

 

Édition Gallmeister . Traduit de l’américain par François Happe

Je remarque que c’est la première fois que je lis : « traduit de l’américain » et non de l’anglais (USA) ou autre formule qui nous ferait croire qu’il n’y a qu’une seule langue pour ces deux pays et je trouve que François Happe a eu beaucoup de mérite à traduire ce texte .

 

Voici à qui Stephen Wright dédie son roman

Pour ceux qui ont été transformés en graphiques, tableaux, donnés informatiques, et pour tous ceux qui n’ont pas été comptés

Je dois à Keisha cette lecture qui m’a plombé le moral pendant deux semaines au moins. J’ai vraiment été soulagée quand j’ai refermé ce roman après les quinze méditations. Je ne suis pas certaine de bien vous rendre compte de ce roman tant il m’a déroutée. Nous suivons une compagnie chargée du renseignement au Vietnam, on imagine facilement les techniques utilisées pour obtenir ces renseignements. Et ne vous inquiétez pas, si par hasard vous n’en aviez aucune idée, ces techniques vont vous être expliquées dans les moindres détails, jusqu’à votre écœurement et certainement aussi celui des soldats. Pour supporter ce genre de séances les soldats se droguent et dans leur cerveau embrumé la réalité devient fantasmagorique, et le lecteur ? et bien moi je maudissais Keisha mais je ne voulais pas être mauviette ni faux-cul et passer ces passages. J’ai donc tout lu en remarquant que le soldait de base a des envies de meurtre sur son supérieur quand celui-ci tue son chien mais reste impassible devant la mort en série des Viets. Mes difficultés de lecture ne disent rien de la qualité du roman . C’est un texte très dense, construit avec des allers et retours continuels entre la vie au pays après la guerre et la guerre elle même en particulier la défaite américaine. Entre les rêves cauchemardesques nourris avec toutes les drogues possibles et la réalité de la guerre. J’ai retenu de cette lecture :

  • Que personne ne pouvait en ressortir indemne.
  • Que personne ne pouvait y être préparé.
  • Que même dans des moments aussi terribles, on peut tomber sur quelqu’un d’aussi borné que le sergent Austin qui semble n’être là pour rendre la vie encore plus difficile aux hommes sous ses ordres.
  • Que sans la drogue, les soldats du contingent n’auraient pas pu tenir très longtemps dans cet enfer.

 

Citations

Le bleu

Le seul personnage qui manquait encore dans leur film de guerre de série B était enfin arrivé : le gamin. Son passé comme son avenir était aussi clair, défini et prévisible que les taches de rousseur sur son visage lisse. Il n’était jamais parti de chez lui, il allait écrire à sa famille tous les jours et il s’endormirait en sanglotant tous les soirs. Il devient la mascotte souffre- douleur de la compagnie, on le charrie sans arrêt jusqu’à ce que le héros bourru, débordant de tendresse virile, le prenne en pitié et le protège d’une réalité plaisante en apparence, mais en fait une grande cruauté.

Le cerveau d’un drogué

Procédant par élimination, sa pensée se réduisit à un fil de divagation. L’os frontal se fragmenta en un tourbillon de particules de poussière d’ivoire, explosant les lobes du cerveau à la fraîcheur de l’air qui descendait. Une fission intime produisait des éclats de lumière à un rythme aussi imprévisible que les éclairs d’orage en été sur un horizon tout gris. Des rideaux de pluie électronique passaient en glissant comme de lourds rideaux de théâtre sur des rails bien graissés. Il sentit une main le pénétrer vivement et se refermer sur l’éponge molle de son esprit avec la force d’un point ganté . Un parasitage silencieux étouffa sa conscience…
…et les nuages passèrent lentement à travers le spectre de la lumière visible, et le soleil, gros et rond et rouge comme une boule de chewing-gum fit floc en tombant entre les lèvres humides de la mer et se mit à se dissoudre… en minuscules grains de sable enfoncés dans les craquelures du cuir de sa botte.

Genre de scènes qui coupent le récit

Dans l’aérogare près du terrain, les quelques hommes qui attendaient les avions qui allaient les emmener étaient trop fatigués pour faire autre chose que fumer des cigarettes et échanger quelques plaisanteries éculées. Aucun d’entre ne souhaitait entreprendre une conversation. Leurs yeux inquiets allaient de la surface sombre de la piste au ciel nuageux et inversement. Aucun d’entre ne regardait la pyramide de longues boîte étroites qui attendaient aussi un vol, le chariot élévateur et le retour à la maison dans un avion sans hublots.

Si vous avez le moral lisez ce passage

Il y avait le chef de la section des interrogatoires qui appelait cette dernière la Clinique dentaire et qui faisait des cours sur l’extraction d’informations vêtu d’un tablier à barbecue représentant un malheureux cuisinier de banlieue derrière son grill de jardin sur lequel des steaks fumaient comme une aciéries de Gary dans l’Indiana, au-dessus d’une pancarte portant la légende BRULÉ ou CARBONISÉ et qui, lorsqu’il n’était pas occupé à mettre au point des nouveautés aussi futées que celle qui consistait à placer de façon décorative des punaises à carte sur la surface de l’ œil après les avoir fait chauffer, pratiquait le jet d’eau orientale, une opération au cours de laquelle on bloque la bouche grande ouverte avec des cales de bois et on inonde la gorge ainsi relevée, les narines et les yeux de litres et des litres d’eau non potable jusqu’à ce que la nausée et l’étouffement qui s’ensuivent provoque l’expulsion incontrôlable de toute nourriture non digérée, de l’eau, des mucosités et des coordonnées géographiques précise du bataillon auquel appartient le patient.

On croise l’armée française mais je n’ai rien trouvé à ce nom sur la toile

Là, faisant montre d’une superbe tout française, Jean-Paul Roichepeur, dégusta tranquillement une boîte de foie gras tandis que le plomb bourdonnait autour de sa tête comme des abeilles dans une vigne et que les explosions de mortier modifiaient la topographie de son poste de commandement, et lorsque les barbares du ViêtMinh furent à moins de cent mètres , se débarrassant de sa fourchette en argent et de ce qui restait du foie gras d’oie, il s’empala de façon théâtrale sur sa propre épée en s’écriant :  » Et voici comment la France a riposté à tous les despotes ! » Malheureusement déviée par une armure de décorations et de médailles tape à l’œil, la lame manqua les organes vitaux et il mit cinq heures à mourir et pendant toute son agonie Jean-Paul Roichepeur divulga involontairement tous les secrets militaires dont il avait connaissance. « Très déclassé » , murmura la presse parisienne.

La torture je déteste lire ça( mais je déteste encore plus que cela existe !)

Essayez les couilles dis-le capitaine Raleigh.
 Le sergent Mars déchira le caleçon noir du prisonnier en deux. Se penchant en avant entre les jambes du prisonnier, il fixa les câbles au scrotum.
Le lieutenant Pgan actionna la manivelle.
Claypool n’avais jamais entendu un tel cri, pas même au cinéma. Un cri qui transperçait la peau, qui se poursuivait sans interruption entre deux tours de manivelle. À un moment, le prisonnier parut admettre que oui, il était Viêt-cong, un lieutenant, un sapeur, mais ensuite il eut l’air de le nier. Puis il se mit à parler sans s’arrêter, un flot confus dans un Vietnamien haché s’écoulant par une brèche ouverte dans une digue.
-Je ne sais pas ce qu’ils racontent dit le sergent Mars avec dégoût.
– Il prie très fort, expliqua le lieutenant Phan, mais Bouddha pas répondre au téléphone.

Moment d humour…

Les hommes et les femmes ne voulaient toucher les hot-dog américain, croyant qu’il s’agissait vraiment de pénis de chien bouilli.

Le travail d un officier du renseignement

Griffin revint sur son travail depuis son arrivée en République du Vietnam. Tout d’abord, l’évaluation des dégâts causés par les bombardements ; maintenant, des études sur la défoliation. Il avait vu le pays se couvrir d’acné, maintenant il allait le voir perdre ses cheveux. Tôt ou tard, il se rendait bien compte que ce n’était qu’une question de temps, ils allaient lui demander de se mettre à quatre pattes, d’astiquer son squelette et de mesurer sa boîte crânienne avec un compas d’épaisseur en acier.

Éditions Rivages . Traduit de l’anglais (Étais-Unis) par Martine Aubert.

Je l’avais repéré chez Katel mais je sais que vous êtes plusieurs à en avoir parlé. J’ai bien aimé ce roman mais sans en faire un coup de coeur . Je commence par mes réserves pour ensuite aller vers ce qui m’a permis d’aller au bout des 576 pages (roman américain oblige !).

Le fil conducteur du roman c’est une maison du XIX ° siècle qui s’effondre sur ses occupants. En 1871 , la famille de l’instituteur Thatcher Greenwood est divisée à propos de leur voisine Mary Treat personnage qui a vraiment existé. En 2016, la maison (enfin le roman montrera que ce n’est pas si simple) est occupée par la famille de Willa et Iano Tavoularis .
Voilà pour les présentations, le roman se divise donc en chapitres qui alternent en 1871 et en 2016. C’est ma première difficulté, à peine est-on bien installé avec une des deux familles qu’il faut la quitter pour sauter les siècles et entrer dans une autre problématique. Il y a aussi chez cette auteure des « trucs » pour lier les deux parties du roman que j’ai trouvés complètement artificiels . Le dernier mot du chapitre sert de titre au chapitre précédent. Dans l’histoire qui se passe en 2016 il y a un bébé qui pleure beaucoup, on entendra des pleurs de bébé dans une réunion en 1871. Ce sont des détails, ce qui m’a le plus gênée, c’est le politiquement correct des propos du roman. L’héroïne de 1871 est une femme remarquable et reconnue à son époque qui ne semble en rien porter les thèses féministes d’aujourd’hui. La montée de Trump en 2016 est incarné par un grand père acariâtre, raciste et borné . Et l’idéal de vie d’un des personnages la fille de Willa se passe à Cuba où tout semble paradisiaque. En lisant ce roman, j’ai pensé que pour que l’Amérique redevienne une grande nation il faudrait que les démocrates cultivés fassent des efforts pour ne pas uniquement mépriser les « trumpistes » sans chercher à les comprendre.

Et pourtant j’ai aimé lire ce roman . Car il décrit bien une Amérique que nous avons vue se déchirer lors des dernières élections. On voit aussi comment une classe moyenne est toujours à la limite de la pauvreté. On voit aussi, combien il a été difficile pour les Américains des siècles passés de s’affranchir de la pensée religieuse . On sait que pour beaucoup d’habitants de ce grand pays Darwin est un auteur maudit qui contredit la sainte Bible. Le pire étant, qu’aujourd’hui encore, c’est l’opinion de certains américains. Mary Treat est une scientifique reconnue dès son époque et qui a entretenu une correspondance avec Darwin et tous les grands noms de l’époque. Le personnage de l’instituteur est une fiction romanesque mais qui permet de représenter la difficulté d’inculquer dans une petite ville une réflexion scientifique, surtout sans prononcer le nom de Darwin qui équivaudrait à une mise à pied immédiate. La ville a été créée par un Charles Landis -personnage historique- un promoteur entré en politique pour assouvir sa soif d’argent et de pouvoir (encore une allusion !) . Pour Willa en 2016 les difficultés sont avant tout financières. Elle cherche par tous les moyens à sauver la maison qui s’effondre. Elle pense que Mary Treat y a habité et veut donc faire classer sa maison, elle découvre qu’elle a habité en face dans une maison actuellement démolie, elle pense alors que c’est la maison de l’instituteur mais hélas ! pour elle cette maison est plus récente. Tout cela avec le soucis de la fin de vie de son beau-père qui comme beaucoup d’américains est mal couvert par son assurance maladie. Et l’arrivée chez son fils aîné d’un bébé que la mort brutale de sa belle fille (donc de la maman du bébé) rendra orphelin de mère . Son fils Zeke sera incapable de faire face au deuil de sa femme et à l’arrivée du bébé. Et j’oubliais la vieillesse et la mort de son chien qui semblent plus l’affecter que l’horreur de la fin de vie de son beau père dont les membres sont « bouffés » par la gangrène à cause de son diabète.

Une plongée dans l’Amérique et qui permet de mieux comprendre pourquoi elle est si divisée aujourd’hui.

 

Citations

Le statut des professeurs d’université aux US

Des tas d’universitaires passaient leur vie à courir de ville en ville après leur titularisation. Ils constituaient une classe nouvelle de nomades cultivés, qui élevaient des enfants sans vraiment pouvoir répondre à la question de savoir où ils avaient grandi. Dans une succession de maisons provisoires, avec des parents qui avaient des horaires de folie, voilà la réponse. Des enfants qui faisaient leurs devoirs dans un couloir pendant que leurs parents étaient en réunion de professeurs. Qui jouaient à cache-cache avec les mômes des physiciens et des historiens de l’art sur la pelouse de quelque doyen pendant que les adultes sifflaient du chablis bon marché et se lamentaient en chœur contre leur chef de département. Et aujourd’hui, sans une plainte, Iano avait accepté un poste d’enseignant qui faisait insulte à un homme possédant de telles références.

D’où vient le titre en français mais je ne trouve pas cela très clair.

– Mais nous sommes des créatures comme les autres. La vérité de Mr. Darwin est incontestable.
-Et parce qu’elle est vraie, nous la contesterons comme le font les êtres vivants. Nos yeux ne sont pas neufs, pas plus que nos dents et nos griffes. J’entrevois hélas un grand travail de sape pour retrouver nos vieilles suprématies, madame Treat. Nulle créature n’accepte facilement de vivre à découvert.
 – À découvert, nous nous tenons dans la lumière.
– À découvert, nous nous savons destinés à mourir.

L’immigration mexicaine

– Je vois. Les migrants mexicains illégaux ont envahi ton usine, ont mis les types blancs à terre, les ont conduit à la sortie, et puis ils ont dit à l’entreprise : « Hé patron nous, on n’a pas besoin des salaires minimums syndicaux. »
C’est comme ça que ça s’est passé ?
 – Pas exactement.
– Les lois ont changé de sorte que les propriétaires d’usines ont eu les moyens de casser les grèves, dans les années quatre-vingt. Je le sais, je couvrais l’actualité syndicale à l’époque. L’échelle des salaires s’est effondré. Tu le sais, Nick. Tu as pas été forcé de prendre une retraite anticipée ?
Nick ne répondit pas. Elle savait que le licenciement l’avait blessé dans sa fierté. Willa eut un pincement au cœur, pas de sympathie envers un compagnon d’infortune, mais d’excitation au souvenir de son secteur et des polémiques passionnantes. Les reporters plus âgés s’étaint moqués d’elle, qui venait travailler en basket pour qu’on l’envoie couvrir un affrontement sur un piquet de grève, mais les infos qu’elle en ramenait ne les faisaient plus rire du tout. Elle était tellement inexpérimentée à l’époque, pas facile d’acquérir le style cool du journaliste professionnel, et de ne pas aborder ces sujets de manière émotionnelle. Même s’ils se prenaient des bombes lacrymogènes.
-S’il n’y a que des travailleurs Mexicains dans cette usine aujourd’hui, ajouta-t-elle, consciente de s’adresser à un sourd, c’est parce que personne d’autre ne veut faire un boulot aussi dangereux pour un salaire minable.

Pour toutes les personnes qui ont connu des bébés qui ne veulent pas dormir

Le bébé gagnait en civilité mais continuait à résister aux siestes de l’après-midi plus férocement qu’il semblait possible chez un bébé de cinq mois. Il en venait à être si fatigué que sa tête molle s’affaissait sur sa tige, mais même avec le biberon de l’après-midi il refusait de d’assoupir comme un bébé normal. Il tétait son lait maternisé le front plissé jusqu’à ce que son déjeuner liquide fasse place à un sifflement gazeux, puis hurlait aux injustices de la vie. Willa avait essayé de lui proposer un deuxième biberon à la suite du premier. Tout le monde avait tenté quelque chose, le bercer, le promener, voire le laisser « pleurer jusqu’à épuisement » comme les experts le recommandaient aujourd’hui, mais cet enfant était capable de pleurer des heures.

Édition folio Traduit de l’anglais (États-Unis) par Cécile Arnaud

 

L’appel à la sainteté et au sacrifice de soi, les illusions et la superstition nécessaire disparaissaient du monde à cette époque déjà 

 

Le 18 décembre 2018, Dominique faisait paraître un billet sur ce roman et immédiatement cela m’a tentée. Comme on peut le constater, je ne suis pas très rapide dans la concrétisation de mes tentations !

Je dois d’abord dire que j’ai failli lâcher cette lecture au bout de cent pages. Gros avantage des blogs et d’internet, on peut relire les billets même quelques années plus tard, je suis donc retournée sur son blog et cela m’a donné un second souffle pour finir ma lecture. Heureusement ! car c’est un excellent roman de plus très original.
Pourquoi ai-je failli l’abandonner ? Parce qu’il présentait une vision trop idyllique, à mes yeux, de l’univers des sœurs, ici, les petites sœurs des pauvres. Et que, comme moi je suppose, vous connaissez des récits personnels, ou des romans, décrivant toute la perversité avec laquelle l’église catholique a contraint des consciences, parfois avec violence au nom du « bien ».

Pourquoi aurais-je eu tort d’arrêter ma lecture ? Parce que je n’aurais pas dû oublier que petites sœurs des pauvres ont été les pionnières et souvent les seules à lutter contre la précarité au début du 20° siècle. Dans ce roman, on parle de Jeanne Jugan qui est originaire de ma région et dont la vie, à l’image des sœurs de Brooklyn, est faite d’abnégation et de courage mais aussi de jalousie et de perfidies dont elle a été victime.

Le roman commence par le suicide de Jim, mari d’Annie et père de Sally . Les sœurs font tout ce qu’elles peuvent pour éviter à la famille le déshonneur d’un suicide hélas la presse a dévoilé cette mort par le gaz qui aurait pu faire sauter tout l’immeuble. Si sœur Saint-Sauveur n’arrive pas à faire dire une messe ni à faire enterrer en terre catholique le malheureux Jim, au moins sauve-t-elle Annie de la misère la plus absolue en l’employant à la blanchisserie du couvent. Ainsi Sally va-t-elle naître et grandir au milieu des sœurs. On voit peu à peu différents caractères se dessiner, celle qui règne sur la blanchisserie : Illuminata a un caractère bourru mais elle se prend d’affection pour Annie et Sally et elle est jalouse de Jeanne une sœur plus jeune qui va comprendre qu’Annie a besoin parfois de souffler un peu et lui permet de sortir du couvent.
A Brooklyn dans la communauté irlandaise , l’alcool, la misère, les naissances trop rapprochées sont le lot d’une population qui essaie tant bien que mal de s’en sortir. J’ai retrouvé dans ces descriptions l’ambiance d’une série que j’ai beaucoup aimé et qui se passe dans les années 50 en Grande-Bretagne : « Call The Midwife » .

Plusieurs personnages secondaires apparaissent qu’il ne faut surtout pas négliger, car ils vont se réunir pour former la trame romanesque de cette plongée dans le début du 20° siècle dans le New York de la grande pauvreté. Monsieur Costello, le livreur de lait, marié à une femme amputée d’une jambe et tout le temps malade – la description des soins qu’il faut lui administrer sont d’un réalisme difficilement soutenable. La famille Tierney qui malgré les difficultés et les nombreuses naissances est marquée par la joie de vivre . J’ai appris grâce à cette famille que pour éviter de faire la guerre de Sécession on pouvait payer un remplaçant mais si celui-ci revenait blessé la famille se devait, au moins moralement, mais souvent financièrement l’aider à s’en sortir.

Le décor est planté, la jeune Sally ira-t-elle vers les modèles qui ont bercé son enfance et deviendra-elle nonne à son tour ? Elle a bien failli le faire, mais un terrible voyage en train lui a montré qu’elle n’avait pas l’âme assez forte pour supporter l’humanité souffrante (et déviante). Ira-telle vers une vie familiale avec Patrick Tierney ? Mais pour cela il faudrait qu’elle abandonne sa mère qui a tant fait pour elle.
Oui, il va y avoir une solution mais il ne faut pas top s’étonner qu’à l’âge adulte Sally ait eu des tendances à la dépression !

Un excellent roman, qui vaut autant pour les descriptions précises et très (trop parfois pour moi) réalistes de la communauté pauvre irlandaise de Brooklyn, que pour les rapports entre les religieuses, que par sa construction romanesque très bien imaginée. Si j’ai une petite réserve c’est que j’ai trouvé un inutilement compliqué de comprendre qui était en réalité le narrateur, mais cela permet de ne pas divulgâcher la fin. Comme je fais partie des gens qui aiment mieux connaître le dénouement avant de lire un roman, évidemment j’ai été plus agacée que séduite par ce procédé.
Mais ce n’est qu’un tout petit bémol par rapport à l’intérêt de ce roman qui a reçu le prix Fémina pour le roman étranger, en 2018, c’est vraiment plus que mérité, car c’est un très bel hommage aux femmes à toutes les femmes !

 

Citations

 

La pauvreté

Sœur Lucy dit à Sally qu’un bon mari était une bénédiction – un bon mari qui allait au travail tous les jours, ne dilapidait pas son salaire au bar ou sur les champs de courses, ne battait pas ses enfants et ne traitait pas sa femme en esclave – mais une bénédiction rare à tout le moins.
Elle dit : Même un bon mari est capable d’épuiser sa femme. Elle dit : Même une bonne épouse est susceptible de se transformer en sorcière ou en poivrote ou, pire, en bébé ou en invalide, afin de tenir son très bon mari à l’écart de son lit.

Éducation sexuelle de la jeune novice dans un voyage en train

« Et même si je suis sûr, poursuivit-elle, qu’un petit bébé bonne sœur ne connaît rien à ces choses-là, je peux vous affirmer qu’on a jamais vu un homme avec un pénis aussi minuscule. » Elle brandit son petit doigt pâle. L’ongle, la chair même se terminaient en une pointe ourlée de crasse. Puis la femme fourra le doigt dans sa bouche et referma les lèvres dessus. Elle écarquilla les yeux comme sous le coup de la surprise. Lorsque elle ressortit son doigt, il était humide et taché de rouge à lèvres à sa base. Ensuite elle posa sa main, aux doigts repliés dans sa paume sur ses larges cuisses et remua son petit doigt humide contre le tissu noir de sa jupe.  » Vous imaginez, dit-elle avec désinvolture, une fille de ma taille passant sa vie à chevaucher un truc de cette taille là ? » Sally détourna les yeux, le visage brûlant.

J’aime bien cette description d’une dispute familiale

Ainsi s’acheva la dispute. Ils étaient tous les deux tout rouge. Ils se passèrent tous les deux la langue sur les lèvres, satisfaits, pour lécher les postillons des mots qu’ils venaient de crier. Les disputes de leurs parents, nous raconta notre père, éclataient soudainement, comme une bagarre de rue, puis se terminaient tout aussi vite. La paix redescendait. Ça ressemblait au bonheur.
Leurs six enfants en vinrent à comprendre qu’on pouvait trouver une certaine satisfaction à faire enrager un être aimé

 

Édition livre de poche. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Florence Moreau

Fil conducteur du roman

Je voulais faire quelque chose de bien. Alors j’ai pensé, bon, que font les infirmières ? Elles aident les gens, ceux qui souffrent. Pourquoi ils souffrent ? Parce qu’ils ne savent pas ce qui va leur arriver. Et si je les soulageais ? S’ils ont des réponses, ils seront libres, c’est ce que je me suis dit. S’ils connaissent la date de leur mort, ils pourront vivre.

J’avais dit à Gambadou, le 12 octobre 2019, que ce livre m’attirait . Il m’a fallu du temps mais finalement j’ai satisfait l’envie qu’elle m’avait donnée de lire ce roman que j’ai beaucoup aimé. Il fait partie d’un genre assez répandu : « les grandes saga américaines ». J’en ai lu beaucoup, parfois avec intérêt parfois en m’ennuyant un peu. Ce n’est pas le cas ici, car l’auteur a su trouver un ressort qui a tenu mon intérêt en haleine pendant les quelques 500 pages du roman. L’idée de départ est simple quatre enfants vont, un jour d’été, consulter une voyante qui peut prédire le jour de leur mort. Et voilà, le roman est lancé et mon esprit capté par cette lancinante question : qu’est ce que je changerai à ma vie si je connaissais la date de ma mort ? Ce roman nous permet de revivre aussi les dates marquantes aux USA. Les années du début du SIDA sont particulièrement bien décrites, puisque le plus jeune d’entre les enfants Gold assumera son homosexualité et ira vivre à San Francisco pour y mourir, comme tant d’autres, du SIDA . Le fait troublant c’est qu’il est mort exactement à la date prédite par la voyante le le 21 novembre 1982. Sa sœur Klara est dans la culpabilité car c’est elle qui l’a poussé à fuir sa famille pour vivre sa vie telle qu’il la souhaitait au fond de lui. Elle a même utilisé cet argument terrible pour elle maintenant , « puisque tu penses mourir jeune, pourquoi ne vis tu pas au grand jour ta sexualité » . Si elle l’avait laissé vivre auprès de sa mère aurait-il franchi le pas et serait-il en vie ? Elle même a une vie étrange attirée par le monde du spectacle et de la magie elle vit avec Raj une ascension dans ce monde qui ne l’équilibre guère, malgré la naissance de son adorable bébé Ruby. Le frère le plus équilibré semblait, au départ, être Daniel qui devient médecin militaire et grâce à qui nous découvrons la guerre en Afghanistan et ses ravages chez les jeunes recrues qu’il doit sélectionner comme étant aptes au combat. Enfin la dernière c’est Vayra, c’est avec elle que nous terminons ce roman. Et nous découvrons l’univers des laboratoires et des expérimentations animales. C’est une femme malheureuse qui a été confrontée à la mort de son père, ses deux frères et sa sœur et qui pour combattre cette malédiction s’est plongée dans la recherche sur le vieillissement. Pour se protéger, elle s’est construit une carapace faite d’interdits et surtout de T.O.C qui, s’ils ne la font pas mourir à son tour, l’empêche de vivre. Les quatre enfants mériteraient chacun un roman, mais les avoir réunis donnent un survol intéressant sur ce pays qui me fascine toujours autant. Si j’ai mis cinq coquillages, c’est surtout pour les pages consacrées au début du SIDA. J’avais un peu oublié à quel point les réactions contre les malades du Sida homosexuels avaient été violentes, certains sont même aller jusqu’à assassiner ceux qui essayait de lutter contre cette épidémie : Harvey Milk a été abattu avec le maire de San Francisco, George Moscone, le 27 novembre 1978 . Et … leur meurtrier, Dan White, a été condamné à sept ans et huit mois de prison, pour homicide involontaire….

J’ai pensé en lisant ce livre que les auteurs français avait là, la matière pour quatre ou cinq romans d’une centaine de pages. Autre pays, autres habitudes littéraires.

 

Citations

Humour

Simon retient alors sa respiration : Madame Blumenstein avait alors une haleine fétide comme si elle exhalait, à quatre-vingt-dix ans, l’air qu’elle avait inhalé bébé.

 

La violence contre un homosexuel noir aux USA dans les année 70

Ils l’ont frappé au visage, lui ont fracassé le dos avec une batte. Puis ils l’ont traîné dans un champ et l’ont attaché à la clôture. Ils ont dit qu’il respirait encore quand ils sont partis, mais quel genre d’enculés pourrait croire un truc pareil ?
Simon secoue la tête. Il en a la nausée.
– Le juge, voilà qui, poursuit Robert.

Croire

Tu ne crois pas en Dieu non plus, maman, répond t-il, mais tu as décidé que si.

La puissance des mots

 Elle était agnostique depuis son doctorat, mais s’il y avait un aspect du judaïsme avec lequel elle était en accord, c’était bien cela, la puissance des mots. Ils s’immisçaient sous les portes, par les trous de serrures. Ils s’accrochaient à l’intérieur des individus et rampaient à travers les générations.

Bonne description du journalisme

Ce ton taquin est anxiogène pour Vayra. Mais c’est ainsi que procèdent les journalistes, il crée une fausse impression d’intimité, entre dans vos bonnes grâces jusqu’à ce que vous vous sentiez assez à l’aise pour leur confier des informations que vous auriez sinon le bon sens de taire.

La guerre

 Selon lui, dit-elle, il était impossible de survivre sans déshumaniser l’ennemi, sans créer tout d’abord cet ennemi. La compassion était l’apanage des civils pas des militaires. L’action requiert qu’on donne la priorité à une chose par rapport à une autre.

Vivre vieux

Il est impossible de communiquer le plaisir de la routine à une personne qui n’en tire aucun contentement, aussi Varyra n’essaie-t-elle même pas. Un plaisir qui ne provient pas du sexe ni de l’amour, mais de la certitude. Si elle était plus religieuse, et chrétienne, elle aurait pu devenir bonne : quel confort de savoir la prière ou la tâche que l’on effectuera pendant quarante ans à 14h, le mardi.
-J’améliore leur santé déclare-t-elle. Grâce à moi, ils vivent plus longtemps.
– Mais pas mieux.
Luc se plante devant elle, et elle se radosse au canapé.
– Les singes n’ont pas envie d’être en cage ni de manger des croquettes. Ils veulent de la lumière, des jeux, de la chaleur, de la consistance et du danger. C’est quoi ces conneries de préférer la survie à la vie, à supposer qu’on puisse contrôler l’une ou l’autre ? Pas étonnant que tu n’éprouves rien quand tu les vois en cage. Tu ne ressens rien pour toi-même.

 

 

Édition JC Lattès, traduit de l’anglais par Freddy Michalski

Une histoire à deux voix, deux jeunesses , celle d’Odile qui a vingt ans en 1939 à Paris et Lily qui en a seize en 1988 à Froid dans le Montana. Lily rencontre Odile qui vit à Froid à l’occasion d’un exposé sur la France. Les deux vies vont se dérouler devant nos yeux. Odile réussit, grâce à l’énergie de sa jeunesse à être employée à la Bibliothèques américaine de Paris , et elle y a trouvé le bonheur au milieu des livres qu’elle aime tant. Elle est issue de la petite bourgeoisie parisienne, sa mère est prisonnière de toutes les convenances sociales, et son père, commissaire de police mène sa famille d’une main de fer. La bibliothèque est son espace de liberté dont elle a besoin pour devenir pleinement adulte. La guerre va détruire tout cela et détruira Odile en lui mettant devant les yeux ce qu’elle ne voulait pas voir. La vie de Lily est moins tragique même si elle perd sa mère trop tôt et se retrouve vivre avec une belle mère et deux petits frères aussi adorables que fatigants. Odile aidera, Lily à comprendre sa belle mère et surtout à ne pas perdre son amitié pour Mary-Louise. La solitude d’Odile loin de sa famille parisienne cache bien des drames qui ne sont révélés que peu à peu. Très vite on comprend que les juifs qui disparaissent peu à peu de l’univers de la bibliothèque vont hanter l’esprit d’Odile mais le pire est à venir et on le découvrira à travers la vie de Margaret son amie anglaise qui a réussi à rester vivre à Paris.

J’avoue ne pas avoir beaucoup apprécié cette lecture malgré l’importance donnée aux livres. Je ne crois pas aux personnages et je sens que tout l’intérêt vient du dévoilement progressif des horreurs de la guerre à Paris . Finalement le pire est une réaction de jalousie d’Odile vis à vis de Margaret. Quand j’ai lu ce roman, je me disais que lorsque les Français ont connu cette période ou que leurs descendants essaient de transcrire ce qu’ont vécu leurs aïeux, ils le font de façon beaucoup plus juste . Ici, on a le regard d’une américaine sur la France et cela se déroule comme dans un film américain où toutes les explications psychologiques sont si simples à comprendre et la réalité de la France occupée par les Nazis comme un décor pour un film à suspens.

 

 

Citations

 

L’amour d’un père dans le Montana

– Les gens sont maladroits, ils ne savent pas toujours ce qu’il faut faire ou dire. Essaie de ne pas leur en tenir rigueur. Tu ne sais jamais ce qu’ils ont dans le coeur. 

– Papa est trop souvent absent.
– Oh, quel dommage que les bébés ne gardent aucun souvenir de la manière dont ils ont été chéris. Ton papa t’a bercée dans ses bras des nuits durant.

En 1939 à Paris, dans une famille conventionnelle

Les hommes importants ont des maîtresses, poursuivit-il. C’est un symbole de statut social, comme une montre en or.
– Le divorce, avait répété maman d’une voix blanche. Mais qu’allons nous dire aux gens ?
Ma mère avait une tournure d’esprit bien à elle et sa première réaction était invariablement :  » Que vont penser les gens ? » Elle avait jeté un coup d’œil à Mgr Clément qui se tenait sur les marches de l’église. 
– C’est tout ce que tu trouves, à dire ? s’était exclamé tante Caro.
– Tu ne pourras pas assister à la messe.

 

 

Édition Rivages Étrangers. Traduit de l’anglais par Elisabeth Gilles

Lu dans le cadre du challenge lancé par Aifelle  : le mois Allison Lurie

On remarquera qu’en 1990 on ne disait pas « traduit de l’américain ou de l’anglais USA) mais de l’anglais serait-ce que l’américain et l’anglais sont devenues aujourd’hui deux langues différentes ?
Ce livre qui, comme vous pouvez le remarquer a vécu, est chez moi depuis aout 1990, il m’en avait couté 49 Francs. Autre époque. Je crois que j’ai à peu près tout lu Alison Lurie et beaucoup aimé. Je n’avais pas trop envie de relire ses romans, je craignais de me confronter à mes souvenirs. Je le dis tout de suite, j’ai moins aimé qu’à l’époque, pour une raison simple, j’ai beaucoup lu de romans américains et donc Alison Lurie a perdu un de ses attraits me faire découvrir les USA. Je n’ai quand même pas résisté à l’appel d’Aifelle et j’ai donc relu celui-ci. Je ne regrette pas mon choix, j’y ai bien retrouvé tout ce que j’aimais chez cette auteure. La ville de nulle part, c’est Los Angeles, à travers les yeux de Katherine Cattleman, pure produit de la région de Boston et qui déteste : le soleil, l’absence d’hiver, aller sur la plage, les tenues vulgaires. Que fait-elle dans cette ville ? Elle a suivi son mari Paul qui tout en aimant sa femme la trompe avec des jeunes créatures californienne, lui, à Los Angeles, trouve tout ce qu’il aime dans la vie : l’argent et les filles qui font l’amour sans l’enchainer (croit-il !) dans des relations compliquées. Nous avons donc ici, une analyse du couple à la « Allison Lurie », c’est à dire qu’au-delà des apparences et des clichés, l’auteure s’intéresse à chacun de ses personnages. Et elle va les faire évoluer devant nos yeux. Katherine la jeune femme coincée dans ses principes et dans les valeurs données par son éducation est en réalité malheureuse dans son couple sans oser se l’avouer. Elle va finir par lâcher prise et peu à peu, ses terribles crises de sinusite vont l’abandonner et finalement c’est elle qui s’adaptera à Los Angeles alors que son mari parfaitement adapté au monde « baba-cool » des surfeurs et autres activités plus ou moins licites repartira vers le monde plus classique des universités de l’est du pays. Dans ce chassé croisé des couples compliqués nous suivons aussi celui du psychanalyste le Dr Einsman et de la starlette Glory. (On peut penser au couple si étonnant de Marylin Monroe et Arthur Miller). Tous les personnages ont plus de profondeur que leur apparence sociale. La lente ouverture au plaisir sexuel de Katherine la changera définitivement et lui prouvera qu’elle n’est sans doute pas faite pour vivre avec Paul. Un roman bien construit où l’on retrouve bien le talent d’Alison Lurie d’aller au delà des clichés et des apparences. Mais je le redis la relecture m’a montré que cette romancière a perdu de son charme à mes yeux, top classique sans doute. en tout cas certainement un peu « datée ».

Voici la participation d’Aifelle, de Dasola de Katel de Hélène de Sandrion,de Sybilline 

Citations

Le mauvais goût architectural à Los Angeles

Puis il regarda les maisons. Une douzaine de styles architecturaux étaient représentés en stuc peint : il y avait deux petites haciendas espagnoles au toit de tuiles rouges ; des cottage anglais, poutres apparentes et fenêtres à petit carreaux ; un chalet suisse peint en rose ; et même un minuscule château français dont les tours pointues semblaient faites de glace à la pistache. 
Cette richesse d’invention l’amusait et l’enchantait à la fois par l’énergie qu’elle exprimé. Dans l’Est, seuls les gens très riches osaient construire avec une telle variété, des Palais sur l’Hudson, des temples grecs dans le Sud. Les autres devaient vivre dans des alignements de boîtes presque identiques, en brique ou en bois, comme autant de caisses à savon ou à sardines. Pourquoi n’auraient-ils pas le droit de bâtir leur maison, leur épicerie, leur restaurant en forme de pagode, de bain turc, de bateau ou de chapeau s’ils en avaient envie ? Libre à eux de construire, de démolir et de reconstruire, livres a eu d’expérimenter. (…)
Paul trouvait même du charme au milk-bar proche de l’aéroport international, devant lequel ils étaient passés dans l’après-midi, avec une vache de plâtre haute de trois mètres paissant sur le toit au milieu de marguerites en plastique.

Le couple qui va mal

Elle ment. Tu verras. Je suppose qu’elle l’a toujours su, mais elle ne nous l’a pas dit parce qu’elle voulait que nous lui louions sa maison. Je parie que personne d’autre ne l’aurait prise. Je parie que tout le monde le savait, qu’on allait construire une autoroute, ici, au beau milieu du quartier, tout le monde sauf nous. Tu aurais dû demander à quelqu’un avant de signer l’engagement de location. »
Et depuis cette date, pensa Paul, Katherine regardait chaque jour dans la boîte aux lettres comme si elle désirait y trouver un avis d’expulsion, en dépit de tous les ennuis auxquels cet événement l’exposerait ; ce serait une preuve que la propriétaire était une menteuse et son mari est un imbécile. Elle n’en n’avait plus parlé mais il la connaissait bien. Trop bien : c’était peut-être ça l’ennui.

Ne pas vouloir s’adapter à Los Angeles

Midi, le 1er janvier. Katherine s’apprêtait à partir pour la plage avec Paul. Elle n’en avait pas tellement envie, et même pas envie du tout. D’abord, on était en plein milieu de l’hiver dans l’Est, les gens enfilaient leurs bottes et pelletaient la neige, mais une vague de chaleur s’était abattue sur Los Angeles. Bien qu’il fît très chaud dehors et que le soleil brillât, l’eau serait sûrement glacée. Paul passait son temps à lui reprocher de ne pas aller voir par elle-même. Il avait eu l’air très surpris de l’entendre dire qu’elle l’accompagnerait aujourd’hui, autant se débarrasser de la corvée. Quand elle serait allé à la plage, Paul cesserai de lui en parler. Et ce type désagréable pour qui elle travaillait à l’U.C.L.A cesserait de la taquiner et de la persécuter sous prétexte qu’il était invraisemblable d’être à Los Angeles depuis trois mois et de ne pas avoir encore plongé le bout de l’orteil dans l’océan Pacifique.

Ne pas aimer le beau temps permanent

– Vous n’aimez pas Los Angeles n’est-ce pas ? Dit le Dr Einsam. 
– Non, avoua- t-elle, prise au piège.
 -Vraiment ? Et pourquoi ? demanda le Dr Araki. Katherine le regarda sur la défensive – elle détestait être le point de mire d’un groupe de gens. Mais il lui sourit avec un intérêt si poli, si amical, si peu semblable au formalisme du Dr Smith ou à l’excès de familiarité ironique du Dr Einsam qu’elle essaya de répondre. 
« Je crois que c’est justement à cause de ça. Parce qu’il n’y a pas de saison. Parce que tout est mélangé, on ne sait jamais où on en est quand il n’y a pas d’hiver, pas de mauvais temps.
– La plupart des gens considéreraient cela comme un avantage » dit le Dr Smith.
– Eh bien, moi pas, répliqua Katherine. Ici, les moi non plus aucune signification. » Elle s’adressa spécialement Dr Smith, il venait du Middle West et devait pouvoir la comprendre. « Les jours de la semaine non plus ne signifie nt rien : les boutiques restent ouvertes le dimanche et les gens d’ici viennent travailler. Je sais bien que c’est surtout à cause des expériences sur les rats et les autres animaux, mais quand même. Tout ça prête à confusion. Il n’y a même plus de distinction entre le jour et la nuit. On va dîner au restaurant et on voit à la table à côté des gens en train de prendre le petit-déjeuner. Tout est mélangé, et rien n’est à sa place. »

Excuses de l’homme marié à sa maîtresse

« Ce qui existe entre Katherine et moi n’a rien à voir avec nous. C’est quelque chose de tout à fait différent : ce n’est pas vraiment physique. D’abord, nous ne faisons pas l’amour très souvent. Et puis, cet aspect là n’a pas une grande importance. Enfin, je veux dire, que je n’y prends pas tellement de plaisir, physiquement. 
S’il était possible d’envenimer encore la situation, il y avait réussi. 
« Doux Jésus ! » hurla Cécile en essuyant ses larmes d’un geste violent et en repoussant les mèches qui lui tombaient sur la figure. Elle serrait ses petits poings : Paul cru qu’elle allait encore le frapper et fit un pas en arrière mais elle se contenta de le fusiller du regard en aspirant l’air avec bruit comme un chat qui siffle de colère. « Tu trouves que c’est une excuse, le fait que tu n’aies pas de plaisir à coucher avec elle ? Seigneur, quel con, quel hypocrite tu peux être, en réalité ! »

 

Édition Actes Sud Jacqueline Chambon . Traduit de l’anglais(États-Unis) par Gaëlle Rey

 

Aifelle m’a donné envie de découvrir cette auteure à travers un autre titre « Dans la course » , un des commentaires parlait de ce roman que j’ai donc lu. J’ai cherché dans la campagne bretonne ce qui pouvait évoquer l’Amazonie pour faire ma photo, j’ai eu un peu de mal ! mais vous avez quand même l’eau et les herbes.

Si par hasard vous avez envie d’aller en Amazonie (ce qui n’est pas mon cas) lisez ce roman avant pour avoir une idée de ce que vous pourrez y trouver. Entre les moustiques tueurs, les serpents, les plantes toxiques voire mortelles, la chaleur gorgée d’humidité, se cachent des tribus indiennes certaines sympathiques d’autre pas. L’horreur absolue ! Dans cet enfer une jeune scientifique part à la recherche d’une spécialiste des médicaments pour avoir des explications sur la mort de leur collègue qui était déjà parti à la recherche de cette spécialiste. Pour ne pas attraper la malaria, elle prend des médicaments qui lui donnent des cauchemars abominables, ce qui permet à l’auteure de nous faire comprendre son passé. Son père était Indien (de l’Indes) et sa mère du Minnesota. Elle a peu connu son père qui s’est séparé de sa mère pour vivre en Indes et y a refait sa vie. Ce n’est pas du tout le thème principal du roman, même si cela explique sans doute une part du caractère de Marina Singh. Ce roman raconte comment des chercheurs essaient de trouver de nouveaux médicaments dans la jungle amazonienne si riche en biodiversité. Il y a du suspens autour de la mort d’Anders Eckman, dont je ne peux rien dire sans me mettre à dos toutes les anti-divulgâcheuses. En revanche, je peux vous parler de la très antipathique Dr Swenson employée par le même laboratoire que Marina et Anders pour trouver un médicament qui permettrait d’allonger la période de fertilité des femmes. Les femmes indiennes qui accueillent ces scientifiques ne connaissent, en effet, pas de perte de fertilité durant toute leur vie. C’est bien là le but des recherches pour lesquelles le Dr Swenson est rémunéré, mais si elle ne donne pas les résultats de ses recherches, c’est qu’elle veut, avant, trouver un médicament efficace contre la malaria. Elle sait que ce médicament ne sera pas financé par son laboratoire car il n’intéressera pas les femmes américaines. On peut reconnaître les débats actuels sur les médicaments chers (remdesivir) et ceux qui ne coutent rien (l’hydroxychloroquine).

Les histoires d’amour compliquées de Marina, son attachement à un petit enfant indien ne m’ont pas du tout passionnée. En revanche la course aux médicaments et les descriptions de la vie en Amazonie m’ont beaucoup marquée. Si j’ai des réserves sur ce roman, c’est parce qu’aucun personnage n’est vraiment sympathique. J’ai besoin de me sentir bien avec les personnages et entre le Dr Swenson en grand patron détestable et méprisant tout le monde et les amours de Marina, je n’étais bien avec personne. En plus, j’étais plongée dans l’univers – très bien décrit- que je déteste le plus au monde (sans y être jamais allée !)  : la forêt amazonienne.

Citations

 

Une belle lettre d’amour du Dr Ekman

Tous les jours ou presque, j’ai mal à la tête et j’ai peur qu’un de ces minuscules animaux d’Amazonie ne soit en train de creuser un trou de ses dents pour atteindre mon cortex cérébral, et la seule chose au monde que je désire, la seule chose qui donnerait du sens ou de la légitimité à mon existence, serait de pouvoir poser ma tête sur tes genoux. Tu passerais ta main dans mes cheveux, je sais que tu me ferais pour moi. Tel est ton courage, telle est ma chance.

L’arrivée au Brésil

À l’extérieur, l’air était si épais que l’on aurait pu mordre dedans et en mastiquer un morceau. Jamais les poumons de Marina n’avait inhalé tant d’oxygène, tant d’humidité. À chaque inspiration, elle avait l’impression d’emmagasiner dans son corps d’invisibles particules florales, et que de minuscules spores s’installaient entre les cils vibratiles de ses organes pour y prendre racine. Un insecte frôla son oreille dans un bourdonnement si perçant que la tête de Marina bascula en arrière comme si elle avait reçu un coup. Un autre insecte lui mordit la joue tandis qu’elle levait la main pour chasser le premier. Il n’était pas dans la jungle, mais dans un parking. L’espace d’un instant, des éclairs de chaleur illuminèrent un banc de nuages menaçant a des kilomètres au sud avant de les ramener dans la pénombre.

L’horreur absolue pour moi

À la tombée de la nuit, les insectes les assaillirent par nuées. Carapaces dures et souples, mordeurs et piqueurs, grésillant, vrombissant et bourdonnant : tous, jusqu’au dernier, déployèrent leurs ailes de papier et vinrent percuter avec une rage folle les yeux, la bouche et le nez des trois seuls êtres humains qu’il purent trouver. (…) « Le Dr Rapp disait que le travail des entomologiste était facile, dit le Dr Swenson en tournant le dos à l’assaut des insectes. Ils n’avaient qu’à allumer une lumière et tous les spécimens accouraient. »

En période où l’on conteste les recherches en médecine lire de tels faits fait froid dans le dos

Étude clinique mener à Tuskege, en Alabama, de 1932 à 1972, par des médecins américain qui étudièrent l’évolution de la syphilis sur des participants auxquels ils refusaient de donner un traitement curatif pour pouvoir continuer leur recherche.

 

Édition Gallmeister traduit de l’américain par Sophie Asnalides

A obtenu un coup de cœur au club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Comment classer ce roman qui a tant plu aux lectrices et au lecteur de notre club de lecture : roman social , parce qu’il décrit si bien la société d’une petite ville de l’Arkansas groupée autour d’un pasteur charismatique, roman policier parce qu’il y a des meurtres, thriller parce que le suspens bien que prévisible est très bien mené. C’est tout cela et beaucoup plus. Parlons d’abord du contexte, le jour de Pâques la famille du pasteur Richard Weatherford est réunie pour célébrer le Seigneur en ce jour qui célèbre sa résurrection. Celui-ci est tourmenté car il a eu une relation homosexuelle avec un jeune de son village, Gary Doane . Celui-ci a décidé de fuir le village et la domination du pasteur avec de l’argent soutiré au pasteur pour ne pas dévoiler ces relations. Tout se passe en cette journée de Pâques et l’on sent que l’on va vers une catastrophe si prévisible. Mais le plus important n’est pas là, même si l’intrigue est très bien menée, à aucun moment on est dans l’interprétation des faits mais dans les faits eux-mêmes. Chaque chapitre tourne autour d’un personnage du village et peu à peu le village apparaît devant nos yeux et c’est vraiment très intéressant. Le titre dit tout de l’ambiance de Stock, cette petite ville où tout le monde connaît tout le monde et se surveille avec peu de charité chrétienne même si le pasteur est bien le personnage tutélaire de ce roman. On est dans l’Amérique profonde qui ne croit ni à le théorie de l’évolution ni à la liberté de penser. Un pas de travers et vous voilà rejeter de ce petit village qui donne envie de fuir. Mais pour cela, il faut un peu d’argent et c’est bien là le nerf de la guerre. Même si on sent bien que rien ne peut s’arranger, je ne peux pas dire que j’avais prévu la fin. Ce roman conviendra à toutes celles et tous ceux qui sont persuadés que les bons sentiments ne mènent pas le monde, même quand ils sont prêchés tous les dimanche d’une voix tonitruante. Un excellent moment de lecture que j’aimerais partager avec vous.

PS . Ce billet est écrit depuis longtemps, mais tout à fait par hasard il résonne avec l’actualité. On y voit, en effet, les ravages que provoquent le risque de mettre à jour une relation homosexuelle qui révèlerait la part d’ombre d’un homme puissant.

 

Citations

La famille du pasteur

Papa, comment c’est possible qu’il y ait des gens qui pensent qu’on descend des singes ? – Je ne sais pas, mon fils. Hitler a dit que si on veut que les gens croient un mensonge, il suffit de le répéter sans arrêt. Les anticléricaux ne cessent de répéter leur discours sur l’évolution et les gens l’accepte sans le remettre en question. Ils entendent des hommes instruits avec des diplômes impressionnants qui pérorent sur les singes, des fossiles, que sais-je d’autre, ils se disent : « Bon je n’y comprends rien, mais je suppose que ça doit être vrai si ces gens intelligents le croient. »

Dialogue entre la femme du pasteur et une amie

Non, je vous ce que tu veux dire, dit Sandy. Femme de pasteur c’est un job qui occupe nuit et jour.
– Tout à fait. Et j’aime ça. Je ne me plains pas. Mais cette position est très exigeante, un peu comme celle de la femme d’un homme politique. Beaucoup de gens la qualifieraient à peine de boulot, mais en réalité, c’est assez proche de la manière dont Ginger Rogers qualifiait ses danses avec Fred Astair.
– « Je faisais tout ce qu’il faisait, mais à reculons et en talons. »

Le cœur du roman : monologue du pasteur

Ce que je ne suis pas, c’est un homosexuel. Cela n’existe pas, les homosexuels. Le concept de l’identité gay est un mensonge du diable, fondée sur les idées fausses que l’homosexualité est un état de l’être. Si les homosexuels existent, alors Dieu a dû créer les homosexuels, donc, non, il ne peut pas y avoir d’homosexuels. Il n’y a que des actes homosexuels, et on peut choisir ou non de commettre ces actes. Je peux me détourner de mon péché.

Le dépressif

Vachement déprimant, comme idée. Soit c’était un raté et sa grange est là, à pourrir au bord de la route, soit il avait réussi et sa grange est là, à pourrir au bord de la route.