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Un trajet Saint-Malo – Paris en décou­vrant le pays Dogon. Merci pour ce conseil de lecture Maggie. Le roman a deux prin­ci­paux inté­rêts une enquête poli­cière, qui est sans mystère. On comprend très vite les enjeux du conflit qui opposent des jeunes perver­tis par l’argent, aux anciens du village respec­tueux des tradi­tions du pays des Dogons. L’autre inté­rêt ce sont juste­ment ces tradi­tions. Et aussi, celles de toutes les compo­santes du Mali. On se sent bien avec ce commis­saire Habib et son assis­tant Sosso, on comprend leurs réac­tions très carté­siennes face ce qu’on voudrait leur faire prendre pour de la magie. Une ques­tion restera sans réponse : l’as­sas­sin est-il le pire person­nage de cette sombre histoire ?

Si j’ai aimé la première partie de ce roman, et la plon­gée dans cette culture qui a fasciné tant d’eth­no­logues, la seconde moitié où l’en­quête poli­cière doit être réso­lue m’a beau­coup moins plu, et j’ai même alors trouvé que les réali­tés afri­caines étaient trop cari­ca­tu­rées. Je suis déci­dé­ment extrê­me­ment diffi­cile pour la litté­ra­ture poli­cière et donc, je ne suis pas un très bon juge. Si ce roman vous tombe sous la main, mes réserves, ne doivent pas vous arrê­ter, Koussa Konake m’a quand même permis d’ou­blier complè­te­ment le train et les passa­gers entre Saint-Malo et Le Mans ( un peu trop court pour aller jusqu’à Paris) , j’étais sur les routes cabos­sées entre Mopti et le pays Dogon, malgré les nombreux rappels de la restau­ra­tion me disant que la voiture Bar était dans la voiture 14 et que des plats de grande qualité m’y attendaient.

Citations

Vivre dans des milieux hostiles

Ces terres arides, rocailleuses, ravi­nées, où tout porte l’empreinte d’une érosion sans fin, sont à l’image de la vie rude de leurs habi­tants. Ici, il n’y a que la sueur de l’homme pour faire verdir les rochers. Si, quelque fois, un mari­got offre son eau, c’est juste pour assu­rer la survie. La nature n’écrase pas l homme, elle le minimise.

La religion en pays Dogon

Il arrive qu’une mosquée ou une église de ciment détonne dans cet univers telle­ment uniforme, mais on sent qu’elles attendent un Dieu qui n’est pas d’ici. Car le Dieu des Dogons n’a besoin ni de mosquée ni d’église. C’est Amma et il vit en chaque chose, dans chaque objet sculpté, dans l’âme de chaque Dogon.

Humour, après une conversation avec le ministre de l’intérieur

- Il a toujours été comme ça, jovial, sympa­thique, dyna­mique. Un vrai séduc­teur. On ne peut pas dire le contraire. Il est éloquent aussi, c’est sûr.
– Mais paresseux.
– Ben oui, on ne peut pas tout avoir.

20151221_135737Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Fanchita Gonzales Battle. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

3
Roman poli­cier clas­sique donc, évidem­ment, avec une pointe d’ori­gi­na­lité, celle-ci provient du fait que deux prota­go­nistes sont télé­pathes. Ils entendent parfai­te­ment les idées des gens qui sont en face d’eux. C’est parfois utiles, quand on joue au poker par exemple, gênant quand on fait l’amour et qu’on se rend compte que sa parte­naire fait sa liste de courses en même temps, mais très utiles pour inter­ro­ger des terro­ristes. Je pensais beau­coup m’amu­ser en lisant ce roman, mais il n’y a pas tant d’hu­mour que cela. L’in­trigue est assez complexe et demande à être menée jusqu’au bout. Donc, cela occupe une grande partie du roman. Il faut de plus comprendre le pour­quoi du phéno­mène . Si bien que fina­le­ment, on est dans un poli­cier bien ficelé et très clas­sique. Ce n’est pas trop mon style mais j’ai hâte d’être à la réunion du club car nous avons des incon­di­tion­nelles du genre.

Pour ma part, je trouve que le suspens prend trop de place par rapport à la réflexion que j’au­rais souhaité plus déve­lop­pée sur ce qu’un gouver­ne­ment est capable de faire pour la « bonne cause », par exemple la lutte contre le terro­risme. J’ai regretté égale­ment que l’au­teur ne soit pas plus humo­ris­tique sur les possi­bi­li­tés qu’of­fri­rait la télé­pa­thie. Je me souviens d’un roman de Fredric Brown « martien Go-Home » telle­ment plus amusant et destruc­teur. Des martiens qui n’ont comme arme que le fait de dévoi­ler la vérité et les pensées les plus secrètes de chaque homme, finissent par détruire complè­te­ment la société améri­caine. J’avais beau­coup ri, mais je ne l’ai pas relu depuis longtemps.

Citation

À quoi pense une femme qui fait l’amour ?

Les animaux c’est sympa ; conti­nua Denny. Je ne me sens pas mal avec eux. Ils ne pensent pas beau­coup. Angela, c’est une fille bien, mai merde, elle n’ar­rête pas de penser. On était en train de baiser l’autre soir et elle pensait à la vais­sele qu’elle avait lais­sée dans l’évier.

SONY DSCLu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.
Traduit de l’amé­ri­cain par Hélène Fournier.

4
Ma biblio­thé­caire préfé­rée m’avait encou­ra­gée à le lire, en me disant que ce n’était pas un polar clas­sique. Elle avait bien raison, c’est plus un roman de carac­tère sur une petite ville améri­caine qui ne va pas si mal. Les habi­tants non plus. Ils ne sont ni meilleurs ni pires que beau­coup d’autres. Leurs bonheurs et leurs peines sont ceux de tout le monde. Une grande partie de la société améri­caine est repré­sen­tée : la profes­seur du collège qui a bien du mal à inté­res­ser sa classe et qui n’aime plus son mari, les adoles­cents si cruels entre eux, les ouvriers vieillis­sants qui ont peur de perdre leur boulot, le poli­cier noir bel homme qui a ressenti autre­fois le rejet d’une popu­la­tion blanche tradi­tion­nelle et enfin Ronny celle par qui le scan­dale arrive, trop libre, trop en dehors des clous trop malheu­reuse, et donc méchante parfois.

Je ne « divul­ga­che­rais » rien de l’en­quête poli­cière pour ne pas perdre de lecteurs ni de lectrices, car l’en­quête est loin d’être un élément mineur du roman. Je dois dire que je n’avais pas imaginé cette fin qui pour­tant est hyper logique et dont l’au­teure sait distil­ler des petits indices tout le long du livre. Non, je n’en dirais pas plus, car je sais que les amateurs du genre se diront comme moi lors­qu’ils ferme­ront ce roman : « Mais bon sang, c’est bien sûr ! ». Donc avis aux amateurs, c’est un bon polar et une plon­gée dans le quoti­dien des améri­cains qui vaut la lecture.

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3
Je suis telle­ment contente quand je peux enfin rayer un titre qui était dans ma liste depuis si long­temps ! Voilà vous m’avez conduite à lire un « polar » un vrai de vrai. Et mes trois coquillages parlent pour moi, j’ai bien aimé. D’abord parce qu’on découvre la Mongo­lie aujourd’­hui , pays à propos duquel je n’ai pas lu grand chose, et puis on sent le plai­sir de l’écri­vain à écrire ce polar. Il a tout mis dedans : le flic épuisé par une souf­france person­nelle, les flics ripoux, la violence sous toutes ses formes, la fidé­lité à un idéal d’êtres purs, la beauté des anciennes tradi­tions, l’hor­reur des multi­na­tio­nales à la recherche des terres rares, un peu de magie et pas mal d’hu­mour. Dès le début j’ai été accro­chée et amusée, par les réfé­rences aux « Experts » par les mongols au beau milieu de la steppe !

Ensuite, l’his­toire se déroule à un train d’en­fer, et tous les coups sont permis, heureux pays où la police a le droit de tirer dans les mollets des méchants pour les faire avouer. Mais non, je ne suis pas deve­nue adepte de la violence poli­cière, mais je trouve que pour les romans ça permet d’al­ler beau­coup plus vite, déjà le roman fait plus de 500 pages, avec les méthodes de la police fran­çaise on en avait pour au moins le double. Et puis, je dois dire que lors­qu’on nous décrit des horreurs abso­lues, et bien, ça soulage de voir le bon poli­cier rele­ver la tête et envoyer le coup de feu salutaire.

Que les amis de Yerul­delg­ger se réjouissent, une suite est probable, j’al­lais dire pour­quoi, mais je sais certains d’entre vous sont très vigi­lants sur les« spoi­lers ». Je ne suis pas certaine de la lire mais je ne regrette pas ma nuit passée dans les steppes de Mongo­lie à boire du lait de jument fermenté… Beurk !

Citations

Les spécialités culinaires qui ne font pas envie à tout le monde

Où on sent que l’écrivain s’amuse

- Qu’est ce que tu regardes ! ? voci­fé­rera le gros flic.

- T’as d’beaux yeux tu sais ? répon­dit Yeruldelgger.

Il s’était toujours promis de placer cette réplique dans une situa­tion comme celle-ci. Il l’avait apprise d’un film fran­çais qu’il avait vu pendant sa période ciné-club à l’Al­liance française.

On en parle

Chez Keisha chez Dasola, Aifelle et je demande aux autres de me pardon­ner, cette liste date du temps où je ne notais pas les blogs où je trou­vais les réfé­rences des livres que je devais lire.

Traduit de l’al­le­mand par Pierre MALHERBET

Une bonne pioche chez Domi­nique.

4Je pense que c’est l’as­pect docu­men­taire qui a forcé ma réti­cence à lire des romans poli­ciers. J’ai souvent du mal avec le suspens, j’avoue que je commence souvent les romans par la fin, pour ne pas attendre un dénoue­ment et me consa­crer unique­ment à l’écri­ture. Ici, ce n’est pas la peine puisque la scène de meurtre commence le roman. Il reste le mobile et les raisons pour lesquelles le meur­trier ou l’as­sas­sin ‚nuance juri­dique impor­tante pour le coupable , a tué de façon aussi brutale Hans Meyer , respec­table industriel.

C’est l’in­té­rêt du roman et de façon très précise et très bien docu­menté , le lecteur comprend à la fois le système judi­ciaire alle­mand et sa diffi­culté à juger son passé nazi. Sans aucun pathos , on est saisi d’ef­froi par les malheurs de Fabri­zio Collini. Il était bien évident qu’il ne pouvait s’agir d’un crime gratuit mais on prend conscience qu’un appa­reil judi­ciaire injuste peut pous­ser un homme à la vengeance.

J’ai été très sensible égale­ment aux deux vies de la victime : le comman­dant SS Hans Meyer et le gentil grand père qui faisait le bonheur de ses petits enfants. Je me souviens de l’in­ter­ro­ga­tion des membres de ma famille qui avait connu la guerre, face aux touristes alle­mands du même âge qu’eux : comment faisaient-ils pour reve­nir en France ?

Et jamais, je n’ai reconnu dans la gentillesse alle­mande des touristes comme des familles de nos corres­pon­dants l’image des nazis massa­crant des gens sans défense. Un livre écrit au plus près de la vérité, sans se perdre dans des consi­dé­ra­tions psycho­lo­giques et incroya­ble­ment efficace.

Citations

L’humain

J’ai main­te­nant soixante quatre ans et, de toute ma vie , je n’ai rencon­tré que deux honnêtes hommes. L’un est mort depuis dix ans,l’autre est moine dans un monas­tère fran­çais. Croyez-moi, Leinen, les gens ne sont pas noirs ou blancs… ils sont gris.

Vocation

Il avait toujours voulu être avocat. Il avait été stagiaire dans l’un des plus gros cabi­nets d’af­faires. Dans la semaine qui suivit ses examens, il fut convo­qué à quatre entretiens;tous,il les déclina. Leinen ne voulait pas travailler dans ces cabi­nets de huit cents colla­bo­ra­teurs. Les jeunes diplô­més y avaient l’air de banquiers, ils avaient réussi leurs examens haut la main, ache­taient des voitures au-dessus de leurs moyens, et on tenait pour le meilleur d’entre eux celui qui avait facturé le plus d’heures à ses clients au cours de la semaine écou­lée. Les asso­ciés de telles socié­tés en étaient tous à leur second mariage, ils portaient des pull-overs en cache­mire jaune et des panta­lons à carreaux le week-end. Leur univers était consti­tué de chiffres,de postes à des conseils d’ad­mi­nis­tra­tion, d’un contrat de conseils auprès du gouver­ne­ment fédé­ral et d’une suite infi­nie de salles de confé­rence, de lounges d’aé­ro­port, de récep­tions d’hô­tel. Pour tous ces gens ‚la plus grande catas­trophe était qu’une affaire atter­rît devant un tribu­nal ; les juges repré­sen­taient un risque. Mais c’était préci­sé­ment ce que voulait Caspar Leinen : passer sa robe et défendre ses mandants. Son heure était enfin venue.

Traduit de l’is­lan­dais par Éric Boury

2
Je me suis laissé tenter par un polar qui a bien plu aux blogueuses que je lis régu­liè­re­ment et dont , souvent, je partage les goûts. J’en conclus que, vrai­ment, ce n’est pas ma tasse de thé, les romans polars , je ne trouve rien de plus éner­vant que de lire un roman tendu par une tension poli­cière. Qui a tué ce malheu­reux jeune homme qui avait la sale manie d’en­re­gis­trer les films sur son magné­to­phone ? Vous pensez, bien avant les enquê­teurs, qu’il a enre­gis­tré des propos qu’il n’au­rait pas dû entendre. Et comme dans une histoire magique, une décou­verte d’un élément entraîne la mise en place d’un puzzle, sans beau­coup de surprise.

Le person­nage prin­ci­pal est hanté par un passé doulou­reux marqué par le fait que son père n’a jamais voulu recon­naître cet enfant adul­té­rin atteint , de plus, de tuber­cu­lose. Le roman permet de revivre le duel Fischer Spassky , c’est ce que j’ai préféré , je me suis préci­pi­tée sur Wiki­pé­dia pour relire ce que l’on sait aujourd’­hui de ces événements.

Enfin, petit détail qui m’a éner­vée pendant tout le roman, il y a aucun moyen pour savoir si Marion-Briem est une femme ou un homme,et je pense (en plus) que l’ambiguïté est culti­vée inten­tion­nel­le­ment , je ne comprends vrai­ment pas pour­quoi. (cher­chez bien, à aucun moment on ne dit « elle » et aucun accord ne permet de le savoir). Déjà que ce n’est pas facile de savoir si les prénoms sont fémi­nins ou mascu­lin, par exemple Gudny fille ou garçon ? Il faut parfois lire quelques lignes pour se rendre compte que Gudny est mariée avec Albert. J’ai lu et relu sans jamais savoir si Marion est, en Islan­dais en 1972 ‚un prénom fémi­nin ou masculin.

Bref, je n’ai pas été passionnée.

On en parle

à Sauts et à Gambades, et chez Clara

Couverture

4
Nous avons été nombreux à adorer « Effroyables jardins » du même auteur. C’est le seul livre que j’ai lu de Michel Quint. Et comme beau­coup, j’avais été très touchée par ce récit. Ce roman choisi dans les nouveau­tés de ma biblio­thèque m’a tentée. Je ne suis pas déçue par la lecture (à un détai près).

Il s’agit d’un enquête poli­cière à Lille : il faut décou­vrir qui a tué un jeune espoir du LOSC (oui je sais main­te­nant que équipe de Lille s’ap­pelle ainsi !), cela va nous entraî­ner dans les réseaux mafieux liés au foot. Et décou­vrir un person­nage très atypique, marqué par une enfance sans père et un fort senti­ment d’échec. Michel Quint a une langue bien à lui, il mêle dans un style parti­cu­lier, les expres­sions du nord (les gens déca­rochent.. par exemple)au langage poétique. Il faut s’ac­cro­cher parfois, mais fina­le­ment, on est pris par sa façon de raconter.

Ce que j’ai vrai­ment appré­cié , c’est la balade dans Lille je pense que tous les gens de cette région vont retrou­ver à la fois leurs racines et aussi les trans­for­ma­tions d’une ville qui est passée de l’ère du labeur en usine à l’ère de la réno­va­tion des friches indus­trielles en quar­tiers bobo centrés sur les loisirs.Pour les non-Lilloises comme moi, l’ac­cu­mu­la­tion des noms de lieux est un peu lassante. La descrip­tion de la corrup­tion du milieu du foot et de tous ceux qui ont trop d’argent : soirées fines arro­sées et des call-girls payées ou pas , rôle de la police… est très bien rendue.

Évidem­ment , avec les récentes affaires DSK et la police lilloise on commence à se faire une certaine idée des soirées dans le milieu poli­tique. Mais là, pas touche ! Notre auteur ne veut surtout pas qu’on pense qu’il s’agit d’un livre qui dénonce des magouilles du PS ! AH ! L’intelligentsia ‚elle ne peut être que de gauche n’est ce pas ? Alors au milieu de tout il invente un élu de la majo­rité prési­den­tielle ‑son roman a dû être rédigé avant la victoire de Hollande- qui dans dans un café explique à des buveurs de bière (on boit beau­coup de bières, nord oblige !) que si les élec­teurs arrê­taient de voter socia­liste , il y aurait moins de crimes !

C’est vrai­ment lourd , personne ne pensait que les socia­listes étaient en cause et je trouve que ça gâche le roman. En plus je me demande d’où il sort un élu de droite à Lille ? Et surtout pourquoi ?

Cela n ’empêche que c’est un bon livre et que Michel Quint a bien du talent.

Citations

Portraits si vrais

J’en­trais dans des boutiques bon genre , aux vendeuses fardées, inac­ces­sibles sur leurs talons hauts,qui consen­taient à travailler jusqu’à demain où elles épou­se­raient un milliar­daire : leur destin immi­nent était écrit sur leurs lèvres boudeuse, dans leur regard dédai­gneux , leur façon de fermer leur décol­leté d’une main , que je n’ac­cède pas au spec­tacle réservé de leurs foutus nichons à tomber sur le cul.

Balade dans Lille

Une fois fran­chies les quatre voies auto­mo­biles en prolon­ge­ment du boule­vard Vauban , on arri­vait à l’Es­pla­nade , les ponts sur la Deûle , l’écluse, cette belle prome­nade où les mili­taires de la cita­delle proche, au-delà de la rivière cana­li­sée , venaient croi­ser les demoi­selles de famille aux siècles d’avant et bomber le torse pendant qu’elles bais­saient les yeux , pauvres filles.

Lille aujourd’hui

C’est curieux main­te­nant que le travail manque , les petits bour­geois , les nouveaux riches raffolent des lieux où. Le prolé­ta­riat urbain a usé sa vie. Comme s’ils avaient besoin d’un monu­ment pour se souve­nir aujourd’­hui que le boulot est devenu souvent virtuel, rare­ment salis­sant que la classe ouvrière s’est éteinte. Les mains ne servent plus à rien , elles ne sont plus bonnes qu’au macramé, à l’art du bouquet, á cuisi­ner joli , singer les maîtres queux , et se four­rer les doigts dans le nez

On en parle

Liliba

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4
Je lis peu de roman poli­cier mais je me laisse parfois tenter par mes amies blogueuses. J’ai lu celui-ci après avoir l « article Aifelle et d’autres que je n’ai pas hélas eus le temps de noter. J » étais, égale­ment dans le grand nord avec Paolo Rumiz quand j’ai lu vos billets. Je commen­çais donc à être impré­gnée par la culture « Sami ». Je me souviens aussi des écrits de Paul Emile Victor : les lapons qu ils décri­vaient me fasci­naient, et je suis contente que cette icône soit décrite posi­ti­ve­ment dans ce roman.

J ai quelques réserves sur le côté roman poli­cier. Je m’ex­plique : les méchants sont vrai­ment des horreurs : fascistes, pervers , pédo­phile et violeur pour l’un. Alors que les person­nages posi­tifs sont plus dans la nuance. Et du coup plus intéressants.

Et puis comme toujours dans un poli­cier il faut que l’in­trigue avance au rythme de l’en­quête. Je me suis même demandé si l’au­teur ne s’était pas senti obligé à prendre cette forme de récit pour nous sensi­bi­li­ser à cette civi­li­sa­tion qui a à peu près entiè­re­ment disparu. Parce que je dois le dire je n’ai aucune réserve sur tout ce que nous appre­nons sur cette région et les habi­tants. La nuit et le froid polaires rendent la vie à peu près impos­sibles mais les Sami ont su pendant des siècles s’adap­ter au climat et à la géogra­phie. La reli­gion est venue leur ôter des croyances fondées sur la nature puis les fron­tières des séden­taires ont réduit à presque rien le noma­disme et enfin le « progrès » les a ruinés de l’intérieur .

L « enquête permet de suivre les diffé­rences attaques dont ont été victimes les Samis et la façon dont il leur est impos­sible de s’en sortir. Malheu­reu­se­ment pour eux, ils ne sont pas orga­ni­sés en nation – j’ai pensé aux Kurdes- et leur sous-sol est riche en mine­rai. Face à l’at­trait de béné­fices consé­quents les pensées chari­tables vis à vis d’eth­nie qui veulent garder un mode de vie nomade en respec­tant la nature ont bien peu de poids. Cet écri­vain a vrai­ment du talent pour nous racon­ter tout cela et comme tous ceux qui aiment les poli­ciers ont salué ses quali­tés je comprends le succès « du dernier lapon ».

Citations

La transmission orale

Le cri d’As­lak pétri­fia le jeune garçon lapon dans sa barque. Il recon­nut , fasciné , terri­fié, la voix de gorge d’un chant lapon. Il était le seul ici à pouvoir en saisir les paroles. Ce chant, lanci­nant , guttu­ral, l’emmenait hors de ce monde. Le joïk deve­nait de plus en plus haché , préci­pité. Le Lapon condamné aux feu de l’en­fer voulait dans un dernier élan trans­mettre ce qu’il devait transmettre.
Puis la voix se tut. Le silence s’im­posa. Le silence s’im­posa. Le jeune lapon aussi resta silen­cieux. Il avait fait demi tour , voguant la tête pleine des râle­ments du mourant. Son sang avait été telle­ment glacé qu’il avait été saisi d’une évidence. Il savait ce qu’il devait faire. Et ce qu e, après lui , son fils devrait faire. Et le fils de son fils.

La nuit polaire

Demain, entre 11h14 et 11h41, Klemet allait rede­ve­nir un homme, avec une ombre. Et, le jour d’après, il conser­ve­rait son ombre quarante deux minutes de plus. Quand le soleil s’y mettait, ça allait vite.

Les frontières

Mon grand-père a dû arrêté l « élevage (des rennes) parce que la route de la trans­hu­mance avait été coupée par ces fichues fron­tières. Et les trou­peaux ont été concen­trés de part et d’autre des fron­tières . Des tas de conflits ont commencé comme ça. Et si tu veux mon avis, ces fron­tières ont tué beau­coup d’éleveurs.

Les conflits entre les éleveurs et les autres

Les utili­sa­teurs veulent pouvoir se bala­der dans les montagnes quand ils ont des congés, comme pour le week-end de pâques, qui est l’un des plus beaux week-end de la région , avec encore beau­coup de neige partout et beau­coup de soleil Les Norvé­giens de la côte partent en famille en scoo­ter pour trois ou quatre jours dans leur petit caba­non sur la toun­dra , le long du fleuve. Mais c’est l’époque où les femelles rennes mettent bas, et le s trou­peaux ne doivent abso­lu­ment pas être déran­gés, sinon les femelles peuvent aban­don­ner leur faon et ça occa­sionne de grosse perte pour les éleveurs . Donc conflits.

Le progrès

Aslak leur avait dit . Vous avez trop de rennes . C’est pour ça qu’il vous faut de si grands pâtu­rages.. Et qu il y a tant de conflits. Mai sils répon­daient qu’il fallait beau­coup de rennes pour payer les frais, les scoo­ters, les quads, les voitures , le camion abat­toir, la loca­tion de l « héli­co­ptère. Tu ne comprends pas , disaient-ils , toi tu as à peine deux cents rennes.
Aslak les regar­dait . Et il disait :j ai deux cent rennes et je vis.

On en parle

« à sauts et à Gambades » et encore une fois avec de belles images et chez Hélène lectu­ris­sime

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4
Depuis « Farrago » de Yann Appery, j’ai un faible pour le Goncourt des lycéens. Ceux de 2012 ont eu le bon goût de couron­ner un roman qui m’a tenue en haleine jusqu’au bout. Joël Dicker a une imagi­na­tion très féconde, il nous entraîne à la fois dans une enquête poli­cière et dans les méandres de la créa­tion litté­raire. Son person­nage prin­ci­pal, écri­vain en panne d’ins­pi­ra­tion, est relancé sans cesse par un éditeur­qui a un sens aiguë du commerce et du marke­ting. Marcus Gold­man, auteur d’un premier roman à succès, vole au secours de son ancien profes­seur accusé du meurtre d’une jeune fille qui a eu lieu 33 ans aupa­ra­vant. Il faut aller jusqu’à la dernière page (la 665 !) pour que chaque morceau du puzzle de cette enquête soit à la bonne place.

Au fil des pages, nous aurons décou­vert le monde de l’édi­tion améri­cain ( mais je ne suis pas persua­dée que ce soit diffé­rent ailleurs !), la vie dans une petite ville et sa police, nous aurons suivi l’évo­lu­tion psycho­lo­gique d’un jeune préten­tieux qui gâche son talent dans la faci­lité et nous aurons été confron­tés à la diffi­culté de l’écri­ture. Aucun person­nage n’est cari­ca­tu­ral, je pense par exemple à Tamara la mère de Jenny, elle aurait pu n’être que cette mère améri­caine stupide qui veut abso­lu­ment « caser » sa fille à la gloire litté­raire locale .On appren­dra que derrière cette virago qui rabroue son mari à la moindre occa­sion se cache une femme amou­reuse qui va voir en cachette un psychiatre pour comprendre ses conduites sans parve­nir , pour autant, à les modifier.

Cet auteur sait manier le suspens et l’hu­mour – j’ai beau­coup ri aux diffé­rents coups de fil de la mère du person­nage prin­ci­pal – et surtout inté­res­ser son lecteur. Je trouve dommage d’en racon­ter davan­tage car un des charme de ce livre tient à son suspens que je voudrais vous lais­ser décou­vrir. Ce n’est sans doute pas de la grande litté­ra­ture ( je me demande où elle se cache cette fameuse « grande litté­ra­ture »), mais c’est un excellent diver­tis­se­ment que je verrai très bien adapté au cinéma.

Citations

Une leçon de vie

Le philo­sophe Sénèque avait déjà expé­ri­menté cette pénible situa­tion : où que fuyiez , vos problèmes s’in­vitent dans vos bagages et vous suivent partout.

La gloire aujourd’hui

…Je compris que la gloire était éphé­mère. Elle était une gorgone affa­mée et ceux qui ne la nour­ris­saient pas se voyaient rapi­de­ment remplacés …

Le racisme ordinaire

Soudain , une angoisse la saisit :beau­coup de grands écri­vains étaient juifs . Et si Quebert était un Juif ? Quelle horreur ! Peut-être même un juif socia­liste ! Elle regretta que les Juifs puissent être blancs de peau parce que cela les rendait invi­sibles. Au moins , les noirs avaient l’hon­nê­teté d’être noirs, pour qu’on puisse les iden­ti­fier clairement.

Le monde virtuel

Sur mon compte Face­book, je passais en revue la liste de mes milliers d’amis virtuels ; il n’y en avait pas un que je puisse appe­ler pour aller boire une bière.

Le monde de l’édition

Le monde des livres était passé du noble art de l’im­pri­me­rie à la folie capi­ta­liste du XXIe siècle, que désor­mais un livre devait être écrit pour être vendu, que pour vendre un livre il fallait qu’on en parle, et que pour qu’on en parle il fallait s’ap­pro­prier un espace qui, si on ne le prenait pas soi même par la force, serait pris par les autres. Manger ou être mangé .

Jolie phrase

Après la gloire , il y a d’autres gloires. Après l’argent, il y a encore de l’argent. Mais après l’amour, il n’y a plus que le sel des larmes.

On en parle

chez Kitty la mouette.

Traduit du uédois par Lena GRUMBACH et Marc Gouvenain.

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Je cher­chais un roman pour me diver­tir après ma lecture très sérieuse sur la guerre 1418. Et puis ma station de radio préfé­rée, France Culture, donne tous les soirs sous forme de feuille­ton la trilo­gie Millé­nium. Comme quoi elle n’est pas une station si intello que ça ! Je ne lis que très rare­ment des romans poli­ciers mais j’avais gardé un très bon souve­nir de ces trois romans. Vous vous souve­nez sans doute de l’été où à chaque fois que l’on voyait quel­qu’un plongé dans un énorme bouquin, il s’agis­sait d’un des tomes de Millénium ?

J’ai retrouvé avec grand plai­sir Mikael Blomk­vist, et Lisbeth Salan­der, j’ai bien aimé la façon dont les diffé­rents scan­dales sont dénon­cés dans ces romans : les femmes qu’on fait venir de diffé­rents pays pauvres pour satis­faire les besoins de la pros­ti­tu­tion, les écono­mistes qui s’amusent à faire de l’argent sans aucune morale, les violences faites aux femmes et aux enfants sous tutelle, l’ex­ploi­ta­tion des enfants ou des prison­niers dans des pays très pauvres. Tout cela en Suède qui est un pays où on essaie de respec­ter les droits de chacun et où la liberté des mœurs semble de mise pour le plus grand bonheur de l’en­semble de la popu­la­tion. Mais hélas cela n’empêche pas les pervers d’exister.

Un des charmes de ce livre c’est la descrip­tion de l’intelligence redou­table d’une poignée d’in­ter­nautes qu’au­cune barrière infor­ma­tique ne peut empê­cher de venir espion­ner les ordi­na­teurs des puis­sants de ce monde. Je ne connais pas la part de vérité mais ça fait un peu froid dans le dos. La qualité d’un roman poli­cier c’est la façon dont le suspens nous oblige à nous plon­ger dans l’his­toire sans pouvoir lâcher le livre. La relec­ture, à de nouveau bien marché et j’ai retrouvé, intact, le plai­sir du dénoue­ment quand tous les méchants sont enfin démasqués.

Je trouve le deuxième tome un peu moins passion­nant car on sent qu’il n’est écrit que pour amener le dénoue­ment du 3° tome. Vrai­ment si vous ne le savez pas lus et que vous voulez partir dans des romans très prenants, je vous en recom­mande la lecture, si vous faites parties des rares personnes à avoir échappé au phéno­mène Millénium.