Photo prise sur son site que je vous recom­mande même s’il est très fouilli http://​www​.volko​vitch​.com/

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Après avoir lu les blabla de Michel Volko­vitch, plus jamais vous n’ou­blie­rez de mettre le nom du traduc­teur quand vous présen­te­rez un livre étran­ger. Je suis arri­vée vers ce livre grâce à un commen­taire après le billet de Domi­nique à propos du livre « Poésie du Géron­dif » de Jean-Pierre Minau­dier , un des commen­taires disait que dans le genre , les livres de Michel Volko­vitch était bien meilleur. Comme je possède la liseuse Kindle, j’ai pu pour une somme modique ache­ter cet ouvrage et le moins que je puisse dire c’est que je me suis réga­lée. Toutes les réflexions à propos de son métier sont passion­nantes. Traduire, c’est à la fois se mettre au service d’une œuvre , se l’ap­pro­prier et la retrans­crire dans une autre langue.

Commençons par son auto portrait

« Pour le traduc­teur disons plutôt : sans humi­lité on ne va nulle part. Sans orgueil on ne va pas loin. Certains écri­vains ne sont présents qu’à eux mêmes . Le traduc­teur un écri­vain qui écoute. Peut-on bien traduire sans être géné­reux ? »

Je n’avais jamais pensé à quel point le rythme et les sono­ri­tés pouvaient avoir une telle impor­tance. Bien sûr Michel Volko­vitch traduit souvent de la poésie, mais cela est vrai aussi pour la prose, il en donne des exemples très parlants. Son livre est rempli de détails amusants . Comment par exemple utili­ser l’image d’une femme mante reli­gieuse en portu­gais , quand on sait que dans cette langue l’ani­mal est surtout symbole de fragi­lité et de l’éphé­mère ?

J ai beau­coup aimé, égale­ment la façon dont il se moque des débats des univer­si­taires à propos des diffé­rentes théo­ries de la traduc­tion. J « y ai retrouvé tous les travers que je connais trop bien des ensei­gnants into­lé­rants et enra­gés dès qu’il s’agit de préten­tions intel­lec­tuelles. Comme lui, j’ai souvent pensé que : « S’il n’est pas un peu théo­ri­cien le prati­cien n’ira pas loin. Mais s’il n’est pas un un peu prati­cien , le théo­ri­cien n’ira nulle part. »

Hélas ! ces théo­ri­ciens remplissent les discus­sions entre univer­si­taires fran­çais. La langue qui lui semble le plus diffi­cile à traduire c’est l’an­glais. Le fran­çais semblent souvent fade et plat à côté des formules rapides et inci­sives anglaises. Il dit que « sur le plan de la nervo­sité et du swing, l’an­glais est la reine des langues et le fran­çais traîne derrière en s’essoufflant. »

A propos des différentes versions et de la censure voici le genre de détails qui me font éclater de rire

« La véri­table apolo­gie de Socrate de Costas Varna­lis, dans une version anglaise de 1955 le grec dit « Ils s’en­ivrent et se roulent dans leur vomi ». L « anglais :« ..ils se roulent dans la boue ». Le grec : « ils se curent le nez et collent la morve sous leur siège ». L’an­glais : « Ils se raclent la gorge ».

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Je n’ai pas de mots assez forts pour te dire merci Domi­nique. 

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J’ai adoré ce livre, c’est drôle, inso­lent, rempli de trou­vailles qui m’ont enchan­tée. J’avais lu dans les commen­taires d’une de tes lectrices que Michel Volko­vitch était beau­coup plus inté­res­sant. Encore une fois, la compa­rai­son m’exas­père : ce sont deux auteurs tota­le­ment diffé­rents réunis par l’amour des langues, je comprends qu’on les asso­cie, mais pas qu’on cherche à les évaluer l’un par rapport à l’autre. Cepen­dant, je n’en veux pas trop à l’au­teure de ce commen­taire puis­qu’elle m’a permis de décou­vrir Michel Volko­vitch.

Il est rare qu’un livre me fasse écla­ter de rire mais j’ai pouffé plusieurs fois. J’espère que comme moi, vous serez sensible aux charmes et au dangers de la langue Najavo :

En navajo qui n’a jamais chipé un seul verbe à aucune langue étran­gère, le refus de prin­cipe de l’emprunt abou­tit à des résul­tats certes déco­ra­tifs, mais discu­tables du point de vue de l’ef­fi­ca­cité commu­ni­ca­tion­nelle : ainsi « tank » se dit chidi­naa’­na’i­bee’el­dooht­soh­bikàà’­dah­naaz­ni­li­gii, litté­ra­le­ment « voiture qui glisse sur le sol avec de gros fusils dessus. Il est probable que dans la pratique, les Nava­jos recourent à l’an­glais pour le genre de conver­sa­tions où l’on a à mention­ner un tank – c’est une bête ques­tion de sélec­tion natu­relle : le temps de s’écrier « gare le tank arrive » , l’obs­tiné nava­jo­phone est déjà réduit à l’état de crêpe Suzette, dans l’in­dif­fé­rence de ses compa­gnons d’armes plon­gés dans leur diction­naire.

J’ai retrouvé en le lisant l’am­biance icono­claste des sémi­naires de linguis­tique géné­rale de mon univer­sité. Enfin, quel­qu’un qui explique le plai­sir de la langue, bien loin des stériles discus­sions sur ce qu’il faut dire ou ne pas dire, qui font telle­ment plai­sir au tout petit monde des gens « comme il faut », qui pensent qu’être bon en gram­maire fran­çaise c’est savoir dire « déjeu­ner » ou « dîner » et non pas le si vulgaire « manger ». Tout à coup le monde entier est là dans toutes sa diver­sité, on ne peut plus se haus­ser du col avec notre si belle langue fran­çaise, si diffi­cile à apprendre que le monde entier nous envie. D’ailleurs, allez‑y, essayez donc de gagner la chaus­sette mise en jeu au concours de la langue la plus diffi­cile à pronon­cer :

Voici comment on dit « J’ai vu un animal de ce type » en kalam, une langue papoue de Nouvelle-Guinée orien­tale : Knm nb ngnk. Toute personne capable de pronon­cer cette phrase gagnera une chaus­sette d’archiduchesse séchée sur une souche sèche.

Il existe donc, des langues telle­ment plus redou­tables à apprendre que le fran­çais, à commen­cer par le basque si proche et si loin de nous, l’esprit humain est égale­ment réparti dans le monde entier, divers et si riche que j’en suis restée baba.

De l’es­prit, Jean-Pierre Minau­dier n’en manque pas mais je ne crois pas que cela me conduise à lire toutes les belles gram­maires dont il nous a parlé. Et il est vrai que pour ceux qui ne se posent aucune ques­tion sur la langue, ce livre aura quelques passages diffi­ciles, au milieu de moments vrai­ment joyeux acces­sibles pour tout le monde gram­mai­rien ou non.

Citations

Règlement de compte du linguiste amoureux des langues existantes

Je trouve l’espéranto hideux et grotesque avec son look de patois latin dégé­néré, une langue préten­du­ment mondiale moins parlée que le litua­nien ou le danois après plus d’un siècle d’exis­tence me semble avoir complè­te­ment er sans doute défi­ni­ti­ve­ment manqué son objec­tif.

Les Français du XVIIe ont simplifié certains noms indiens, on peut les comprendre !

Chief Joseph était tout simple­ment Hinmah­tooyah­lat­ke­kht en nez ‑percé. 

Les genres, réflexion d’un Estonien qui n’a pas de genre dans sa langue

Pour­quoi diable « un laide­ron » est-il toujours une femme, et une senti­nelle presque toujours un homme.

Difficulté du travail de l’ethno-linguiste

Frauke Sachse partie étudier le xinka, une langue mori­bonde du Guate­mala, s’est heur­tée à une mauvaise volonté géné­rale doublée d’un mercan­ti­lisme déchaîné : l’un de ses infor­ma­teurs poten­tiels préten­dait lui souti­rer 10 $ par mot ! Parmi la poignée de derniers locu­teurs, certains ont refusé de travailler ensemble, c’est à dire de se parler, suite à des conflits : la zone sortait d’une guerre civile

Enfin, grâce à ce livre, j’ai trouvé ma langue idéale (il faut dire que je suis un peu fâchée avec la droite et la gauche !)

L’étude des gram­maires nous apprend encore que les concepts de droite et gauche, qui sont rela­tifs (on est toujours à droite ou à gauche de quelque chose et n’ont rien d’uni­ver­sel : certaines langues possèdent des systèmes d’orien­ta­tion abso­lus , comme le taba, langue austro­né­sienne parlée au large d’Al­ma­hera, en Indo­né­sie, où l’on distingue « le côté mer » et le « côté de la terre » (les locu­teurs du taba habitent les côtes d’une île , laquelle est ronde ‑il ne s’agit donc pas de points cardi­naux). On ne dit pas « Les ciga­rettes sont à gauche (ou à droite) de la chaise » mais Tabako adia kurusi ni lewe lema, « les ciga­rettes sont du côté de la terre par rapport à chaise ; ou Tabako adiia kurusi ni laema pope, « les ciga­rettes sont du côté de la mer par rapport à la chaise : chacune de ces deux phrases veut dire « à droite » ou » à gauche » selon la posi­tion du locu­teur.

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