Traduit du néer­lan­dais (Belgique) par Daniel Cunin

Ce roman prêté par ma sœur, lui avait beau­coup plu car il se foca­lise sur un aspect peu connu de la guerre 14 – 18 vu du côté britan­nique, à savoir la mino­rité qui n’a pas parti­cipé à l’élan patrio­tique qui a conduit une géné­ra­tion à faire la guerre. J’ai partagé son plai­sir de lecture et j’ai aimé les rapports entre les deux person­nages prin­ci­paux : John le paci­fiste et Martin le va-t-en-guerre. Ils ont grandi auprès de la même femme. La mère de Martin,madame Bombley, d’un milieu très pauvre et secoué par l’alcoolisme brutal d’un père marin, heureu­se­ment souvent absent, a été la nour­rice de John dont la mère n’a pas survécu à son accou­che­ment. Son père se réfu­gie dans la douleur et la passion pour les livres anciens qu’il ne lit pas mais qu’il collec­tionne. John Patter­son est destiné aux études, malheu­reu­se­ment la guerre 14 – 18 vien­dra inter­rompre cette desti­née.

Le choix de ces deux person­nages permet à l’au­teur de cerner au plus près le patrio­tisme en Grande Bretagne. C’est ma réserve par rapport à ce roman, les patriotes sont tous abru­tis et seuls les paci­fistes ont le courage de réflé­chir. C’est inté­res­sant de voir tous les procé­dés qui ont amené les Britan­niques à s’en­ga­ger dans une guerre qui, somme toute, n’était pas la leur. Par exemple des groupes de femmes qui décorent de plumes blanches les hommes qui ne s’en­gagent pas alors qu’ils pour­raient le faire. Les agents recru­teurs postés dans tous les endroits stra­té­giques de Londres qui entraînent tous les jeunes à vouloir au plus vite servir leur pays, les effets de la propa­gande qui repré­sentent les Alle­mands comme des sauvages et qui annoncent victoire sur victoire des troupes anglaises. Face à cela, deux person­nages qui s’op­posent à la guerre et dont les person­na­li­tés sont très bien analy­sées et ont, cela se sent, toute la compré­hen­sion de l’écri­vain.

Fina­le­ment, John s’en­ga­gera, lorsque son père sera tué, victime annexe d’un bombar­de­ment alle­mand avec un zeppe­lin. Il recher­chera Martin et voudra savoir ce qui lui est arrivé. Ce sera encore l’occasion de détruire un peu plus l’image de l’héroïsme et dénon­cer la cruauté des armées au combat.Tout ce qui est dit est vrai, sans doute mais explique mal l’élan de tout un peuple pour faire cette guerre. L’in­té­rêt du roman, réside dans l’ana­lyse de l’ami­tié conflic­tuelle qui lie Martin et John et aussi le portrait du père de John, le facteur qui ne supporte plus d’ap­por­ter les lettres annon­çant la mort des soldats dans les foyers anglais. Le titre du roman est très impor­tant car si tout se joue sur le terrains au milieu des bombes et des balles qui fauchent les vies, l’au­teur accorde une grande impor­tance au cour­rier qui peut à lui seul chan­ger le sort de ceux qui reçoivent ces lettres.

Le point de vue de cet auteur belge sur l’en­ga­ge­ment britan­nique est origi­nal et très fouillé, mais j’ai vrai­ment du mal à croire que seuls les abru­tis voulaient faire la guerre cela a dû jouer sur un ressort plus profond de la nation anglaise.

Citations

Comment influencer ceux qui ne sont pas assez patriotes

Quatre filles de mon année, qui m’avaient à quelques reprises accosté, lambi­naient dans le couloir ; sans tarder, je partis dans la direc­tion oppo­sée alors que le garçon aux boucles, qui ne se doutait de rien, tomba dans leur piège. Je ralen­tis le pas pour écou­ter ce qui allait suivre. Comme je m’y atten­dais, les filles s’empressèrent de lui adres­ser la parole sur un ton mépri­sant.
« Qu’est-ce que tu fabriques au cours de Ker ? » lança l’une d’entre elles coif­fée à la garçonne.
« On ne t’a jamais vu avant, fit l’autre. Tu t’es perdu ? »
« Tu as peut-être perdu ta maman ? gloussa la troi­sième.
Le géant resta bouche bée. Bien souvent, la meilleure réponse réside dans le silence. Mais les étudiantes n’étaient pas déci­dés à lâcher leur proie.
« Tu veux qu’on t’aide à trou­ver ton chemin ? suggéra la fille à la physio­no­mie garçon­nière. Il y a un bureau de recru­te­ment à deux pas d’ici. C’est là qu’est ta place. A moins que tu ne sois trop poltron pour te battre  ? »
Le ton deve­nait plus agres­sif.

Pourquoi les jeunes se sont-ils engagés ?

Les gens sont des lemmings, reprit-il. Ils s’acharnent à marcher avec la multi­tude. Au sein de laquelle il se croit en sécu­rité. Qui les dissuade de réflé­chir. De choi­sir. Suivant aveu­gle­ment le courant quel que soit l’en­droit où il les même. Animés, et chauf­fés par l’ha­leine de la masse. Toujours plus loin. Entraî­nant tout et tout le monde. Jusqu’au jour où…

14 Thoughts on “Courrier des tranchées ‑Stefan BRIJS

  1. C’est une période histo­rique qui me plait malgré les très nombreux écrits qui existent sur ce temps fort de l’His­toire. Alors je note…

  2. Comme Moka, c’est une période de l’his­toire que je trouve foison­nante et inté­res­sante. et comme je ne connais pas cet auteur qui propose un angle parti­cu­lier sur le conflit, il est fort probable que ce roman me plaise.

  3. Abru­tis ou paci­fistes, il demeure un gouffre entre l’exal­ta­tion de la guerre et son horrible réalité.

  4. pas lu ce roman mais j’ai lu quelque chose d’as­sez élogieux sur cet auteur et son dernier roman taxi Cura­çao
    je note pour le point de vue un peu parti­cu­lier

  5. Ce n’est géné­ra­le­ment pas du fait des abru­tis…

  6. Oh, ça m’in­té­resse, on est en train de travailler avec les élèves sur le 11 novembre, la guerre 14 – 18 et les cour­riers de l’ar­rière. Ça me permet­tra d’élar­gir cet hori­zon.

    • Le cour­rier est le deuxième thème du roman. Il y a une intrigue dont je ne parle pas assez dans mon billet. Le père du narra­teur, le facteur est trau­ma­tisé par les lettres qu’il doit appor­ter aux familles, annon­çant la mort de leur fils ou mari. Il y a aussi les formules toutes faites dans les lettres écrites par l’armée qui cachent si mal les souf­frances.

  7. je ne connais­sais pas ce titre, je suis en plein dans cette période avec les 3è… je ne vais peut-être pas en rajou­ter main­te­nant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation