Je suis toujours à la recherche de nouvelles pour pouvoir les lire à haute voix à un public de vieilles dames. J’aime beau­coup l’écri­ture de Benoît Duteutre, et ce livre est encore une fois parfai­te­ment écrit. Ces nouvelles ont été rédi­gées au moment où sa mère mourait dans une maison adap­tée à la grande vieillesse dépen­dante d’au­trui pour survivre. Et toutes ces nouvelles sont marquées par cette tris­tesse et même si c’est bien vu, c’est trop triste pour moi (et pour mon public qui a surtout besoin d’op­ti­misme pour vaincre le poids des soucis de santé). Dans un des textes, il met en scène les retrou­vailles des familles sur la plage d’Étre­tat (cela pour­rait être Dinard) qui s’émer­veillent devant le dernier né de la famille et toutes les petites têtes blondes qui jouent sur la plage. Face à ce que peuvent deve­nir chaque humain au choix (selon lui) : délin­quant, abruti, cancé­reux, sectaire ou drogué, il a du mal à être au diapa­son de cette joie qu’il trouve factice. Consta­tant de plus que l’homme est, quelque soit son destin, le plus grand préda­teur de la planète, il se réjouit que lui et son compa­gnon n’aient pas d’en­fants.

Dans une autre nouvelle, son person­nage prin­ci­pal s’agace du musi­cien de rue qui joue toujours le même morceau. Son agace­ment tour­nera à l’ob­ses­sion, et il perdra son goût pour l’écri­ture, son loge­ment et son amie qui tombera amou­reuse du musi­cien en ques­tion. Toutes les nouvelles ont cette couleur là, et, ce n’est évidem­ment pas la descrip­tion de la vie de la maison dans laquelle sa mère va mourir qui peut nous réjouir. Il passe aussi ses vacances dans les Vosges, la descrip­tion de la fin du monde rural est d’une tris­tesse infi­nie. Bref si vous avez un moral d’acier et que vous voulez une petite note de tris­tesse ce livres est pour vous, sinon fuyez, vous allez deve­nir neuras­thé­nique !

Citations

« La vie » à la campagne :

Il vivait avec ses deux sœurs, l’une neuras­thé­nique et l’autre aveugle, si je me souviens.Le peuple de la campagne accep­tait ses imper­fec­tions comme un des carac­tères de l’hu­ma­nité : on y rencon­trait des sourds-muets, des boiteux, des idiots, mais aussi quan­tité de vieux céli­ba­taires dans cette vallée progres­si­ve­ment dépeu­plée.

L’enterrement

La mort de Mme Maré­chal, en 1976, est l’une des premières dont je me souvienne. Je me rappelle surtout que ma grand-tante, excel­lente musi­cienne, joua de l’har­mo­nium pour l’in­hu­ma­tion et que pour la remer­cier, M. Maré­chal vint chez nous quelques jours plus tard, en costume noir, coiffé d’une casquette. De sa voix de sour­dine, il voulait savoir comment il pour­rait dédom­ma­ger ma grand-tante pour les obsèques de sa femme. Timide, hési­tant, il finit par lui deman­der si elle aime­rait quelques brouettes de fumier. Ainsi s’ache­vaient les vies d’au­tre­fois, quand toutes les pensées retour­naient vers la terre.

Le charme de la campagne

Un jour, enfin, à ce qu’on m’a dit, il est sorti de chez lui au petit matin, puis s’est rendu au ruis­seau où il a plongé sa tête dans l’eau froide et l’y a main­te­nue volon­tai­re­ment jusqu’à l’as­phyxie. Son nom est venu s’ajou­ter à la lita­nie des suicides paysans, à ces fins obscures dans les fermes perdues, à ces pendus des greniers à foi. Et à tous ces campa­gnards mélan­co­liques hantés par le destin.

Dernière phrase de ce livre trop triste

Le mois de septembre approche et, déjà, je songe au fagot de petit bois que je vais bien­tôt aller ramas­ser, dans mon coin des Vosges, dans le nord-est de la France, près du cime­tière qui m’at­tend, qui nous attend… Mais, pour l’heure, j’écoute la voix de la mère et je me sens bien.

5 Thoughts on “livre pour adulte – Benoît DUTEURTRE

  1. C’est pure­ment auto­bio­gra­phique ou romancé ? J’aime bien ce qu’il écrit, mais j’emprunterai plutôt son dernier « pour­quoi je préfère rester chez moi » dont j’ai lu quelques extraits.

  2. Je suis souvent un peu frus­trée avec les nouvelles…

  3. Dire que je n’ai jamais lu cet auteur ! J’ai de nombreuses lacunes ! En tout cas, il me tente bien, moi, ce petit recueil de nouvelles.

  4. La tris­tesse j’adore mais para­doxa­le­ment je ne pense que ce soit un recueil de nouvelles pour moi.

  5. ah mince, j’aime bien Duteurtre ! Tant pis, je passe !

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