Terrible tenta­trice devant l’éternel (j’essaie d’élever mes réfé­rences depuis la recom­man­da­tion du livre à propos de la Bible mais je sens que ça ne va pas durer), Domi­nique a encore sévi et comme j’ai adoré cette lecture, je viens aussi vous la recom­man­der. Que les nuls en ortho­graphe se rassurent, ce livre s’adressent aussi bien à eux qu’à ceux et celles qui croient tout savoir. L’orthographe fran­çaise est un long chemin celui qui l’emprunte ne peut être sûr que d’une chose, il n’est pas prêt d’en voir la fin. J’ai beau­coup aimé la modes­tie et l’humour de l’auteur. Ses remarques sonnent justes : pour avoir ensei­gné le fran­çais à des étran­gers, je peux confir­mer que dire correc­te­ment le vélo et la bicy­clette reste toujours une diffi­culté. Évidem­ment, il y a les fameuses listes : « tous les mots en -ette- sont sont fémi­nins » et à ce moment là, j’entends encore, les étudiants dire en chœur « sauf  ? » et bien oui, il y a « un sque­lette  » . Mais il peut rester dans son placard, celui où on met tous les mots qui ne veulent pas entrer (j’ai failli écrire rentrer !) dans les fameuses listes.

J’ai beau­coup aimé parta­ger sa vie de correc­trice et j’aimerais passer une jour­née dans « le casse­tin » pour entendre les correc­teurs discu­ter sur le pluriel « d’Orignal » par exemple. Elle se raconte avec humour, elle et ses tocs de correc­trice, comme elle, je corrige malgré moi les accords de parti­cipe passé et certaines liai­sons, comme elle, deux cents « H » euros me gênent mais moins que deux cents « t » euros. Et puis elle a parlé de l’erreur que j’entends tout le temps, même dans mes émis­sions préfé­rées de France Culture. Je veux parler du nom « une espèce », tout le monde sait que c’est un nom fémi­nin, alors pour­quoi j’entends toujours « un espèce d’imbécile » et « une espèce d’idiote », comme c’est ma faute préfé­rée, je suis très contente qu’elle en parle.

Lisez ce livre et faites le lire, car, soit vous devien­drez modeste en vous disant au moins une fois ou deux « je ne savais pas ça », soit vous perdrez tous vos complexes en vous rendant compte que même Muriel Gilbert (Gilbert,comme le prénom !) peut lais­ser passer quelques fautes et celle-​ci vous éton­nera ou vous décom­plexera à jamais.

Nous avons laissé passer en août 2016 dans un article cultu­rel un ils voyèrent qui nous a valu, à la correc­tion, au cour­rier des lecteurs et à l’auteur de l’article -et de la bourde initiale-, une dizaine de messages moqueurs ou ulcé­rés ; ça sonne bien, pour­tant ils voyèrent, non ?

Citations

La vie à Breux-​Jouy a dû bien changer

A moins de 40 kilo­mètres de Paris on y allait encore cher­cher son lait et ses œufs à la ferme, en balan­çant au bout de son bras un bidon en alu et une vali­sette en plas­tique à six alvéoles. Les poubelles étaient ramas­sées par un à-​peu-​près-​clochard répon­dant au prénom héroïco-​grec d’Achille,accompagné d’un perche­ron aux sabots couverts de poils tirant une char­rette en bois. J’ai oublié le prénom du cheval.

C’est vrai et c’est amusant

Ça rime pas Certains mots ne riment avec aucun autre. C’est le cas notam­ment de : belge, goinfre, meurtre, monstre, pauvre, quatorze, quinze, simple et triomphe.

Un petit sourire

Emma, une jeune Britan­nique fraî­che­ment débar­quée à Paris avec qui j’ai travaillé comme inter­prète au BHV, se deman­dait ce qu’étaient deve­nus les ponts un à huit à Paris, puisque nous avions un « pont neuf ». Quand j’ai expli­qué en rigo­lant que neuf était syno­nyme de nouveau, elle s’est moquée de moi en me montrant dans un guide que c’était le plus vieux pont de Paris. Avouez qu’il y a de quoi en perdre son latin.

L’arme du correcteur : le doute

En fait, le correc­teur devrait douter sans cesse, la langue est si complexe, si farceuse, si mouvante, et la cervelle humaine si faillible, qu’il lui faut douter, véri­fier, mais parfois il ne parvient pas à lever le doute, ne trouve pas de quoi appuyer une certi­tude.

Le doute

Le direc­teur a de bonnes raisons de douter, car Larousse​.fr dit deux orignals tandis que sa version papier et Le Robert penchent pour les orignaux ! Vous savez quoi ? Le cas échéant, comman­dez donc des élans.

Un de mes cauchemars d’enseignante

Il y a une exception(ben oui), -tout adverbe- s’accorde avec un adjec­tif fémi­nin commen­çant par une consonne ou un h aspiré : Les deux sœurs sont tout éton­nées, mais l’une est tout heureuse et l’autre toute honteuse.

Origine des correcteurs

Il y a les anciens ensei­gnants, les anciens rédac­teurs, les anciens traduc­teurs, les anciens étudiants à rallonge, les anciens glan­deurs, les comé­diens contra­riés, les ex-​normaliens, les anciens secré­taires de rédac­tion, les anciens publi­ci­taires, les anciens guides touris­tiques, les anciens histo­riens, les anciens élus et mili­tants poli­tiques. Ainsi que toutes les combi­nai­sons, imagi­nables ou non, de ce qui précède, en versions qui vont du super diplômé jusqu’au parfait auto­di­dacte.

Travail qui ne se voit pas

Comme celui de la femme de ménage, le travail du correc­teur, trans­pa­rent, ne se remarque que lorsqu’il est mal fait. C’est l’un des aspects un poil frus­trants du métier. Et pour­tant, sans elle, la maison est invi­vable ; sans lui, le jour­nal n’en est plus un.

Humour

Au Pyla-​sur-​Mer, coquette station balnéaire, j’ai voulu esca­la­der l’étonnante dune… du Pilat. Là, je m’affole. Cherche où est la faute. Agace les cova­can­ciers qui peuplent ma voiture. Lis les cartes, examine les panneaux, dont chacun semble présen­ter la graphie qui seyait le mieux à celui qui a décidé de le plan­ter là – il y a du Pyla, du Pilat, du Pylat… J’ai bien failli finir par me jeter du haut de la dune en m’arrachant les cheveux, mais j’ai
préféré me suici­der à coups de glaces en cornet chez Ô Sorbet, à Arca­chon. 

Le genre

les Fran­çais ont une passion pour le sexe des mots. Le Fran­çais dit une huître mais un escar­got, une voiture mais un camion. L’huître n’est pour­tant ni femelle ni mâle, elle est herma­phro­dite, chan­geant de sexe à la fin de chaque saison ou après chaque émis­sion de semence ; quant à l’escargot, il produit à la fois des sper­ma­to­zoïdes et des ovules.
Mais le plus étrange n’est-il pas que le mot « fémi­nin » soit du genre mascu­lin.
PS. : si vous lisez ce livre vous compren­drez vite pour­quoi j’ai mis un peu de rouge.

28 Thoughts on “Au bonheur des Fautes – Muriel GILBERT

  1. Freg on 29 avril 2017 at 08:03 said:

    J’avais lu le post de Domi­nique mais 25 pages sur le parti­cipe passé cela m’a refroidi, je ne corrige plus de copies.
    je vais réflé­chir et peut-​être me lais­ser tenter.
    En cette période élec­to­rale mes oreilles sont frois­sées par les jour­na­listes qui écrivent ou disent : le candi­dat « Dupont », il a.

  2. On a chacun son agace­ment sur un truc qui ne passe pas. Moi c’est « un » espèce. La redon­dance dun sujet et donc sa reprise par le pronom me semble une évolu­tion plus logique du fran­çais. Même si ce n’est pas très élégant. C’est un livre drôle et pas « donneur de leçons » . Hier sur la radio, j’entendais que leur profes­sion était mena­cée, c’est vrai­ment dommage.

  3. J’ai entendu l’auteur très récem­ment dans une émis­sion radio et elle m’a donné envie en effet de décou­vrir son métier. A l’entendre, l’orthographe est plus un plai­sir qu’un casse-​tête : incroyable !
    Et pour les mots mascu­lins en -ette, il y a aussi « bébé-​éprouvette » et « casse-​noisette » :-)

    • oui oui, heureu­se­ment que tu n’étais pas dans mes cours! expli­quer que l’on dit une éprou­vette et un bébé-​éprouvette je m’en sens capable mais une noisette et un casse-​noisette, non je n’ai pas d’explication… C’est un livre qui met de bonne humeur et en ce moment j’en ai besoin .

  4. C’est tentant ! Ah les passés simples incon­grus, qu’est-ce que ça me fait rire quand les élèves les emploient et « ils voyèrent », c’est souvent !

    • Je me souviens des premiers récits de mes enfants avec le passé simple. La panique c’est quand ils commen­çaient avec un passé simple en« u » : ils burent donc ensuite logi­que­ment ils vurent , ils aimurent, et repar­turent et enfin ils furent ( tiens il est bon!)

  5. le livre qui met de bonne humeur je suis bien d’accord même si j’ai eu parfois un peu honte, mais bon ça c’est vite passé
    j’ai appris une foule de petites choses mais surtout j’ai aimé cette balade parmi les mots
    un livre salu­taire et drôle et je suis ravie que tu sois ravie

  6. Moi qui suis nulle en ortho­graphe ! qu’est ce que j’en ai bavé avec cette langue fran­çaise bien compli­quée, et les excep­tions qui confirment la règle !

    • Lis ce livre et tu compren­dras que tu as raison d’être nulle dans un savoir qui fait tout pour te compli­quer la vie. Mais tu n’es pas toute seule et tu auras la compas­sion de quelqu’un qui adorait les dictées et qui doute tout le temps.

  7. Je pense que n’importe quel sujet peut être distrayant, selon l’angle d’attaque que l’on choi­sit. J’oublie beau­coup côté ortho­graphe et gram­maire, il pour­rait me faire du bien, avec légè­reté.

    • Tous ceux et tous celles qui lisent et qui écrivent ont des plai­sirs de langue . Et c’est cela que ce livre raconte : le plai­sir de la langue, bien écrite par une passion­née.

  8. Bonjour. Je suis un peu un extrê­miste de l’orthographe même si bien sûr il m’arrive de faire des erreurs. Sur un billet récent on m’a commenté en évoquant « de bon souve­nir ». Ca m’arrache un peu quand même. Du coup ce livre m’intéresse beau­coup. Il doit mettre de bonne humeur et agacer tout à la fois. Merci pour tes visites.

    • Non ce livre n’agace pas. L’auteur est drôle et compa­tis­sante elle est très exigeante sur les règles de ponc­tua­tion. J’avoue que les traits d’union me laissent beau­coup plus indif­fé­rente qu’elle.

  9. Que c’est drôle et intel­li­gent ! Je le note tout de suite.

    • Pour moi tout le monde devrait le lire pour rester modeste et heureux de s’exprimer à l’écrit comme à l’oral dans une langue qui est pour le moins surpre­nante.

  10. Oh que ce livre me plai­rait, dis donc! J’avoue avoir un passé de réus­site en gram­maire, hélas hélas main­te­nant j’en ai oublié… Parfois certains passages dans les livres me hérissent le poil, un instinct sans doute venant du passé…Les correc­teurs (euh, certains) se relâchent un peu.
    Tiens, j’en ajoute un à ta dune.
    On écrit le château de Chenon­ceau, mais la petite ville à côté c’est Chenon­ceaux.

    • Voilà c’est comme ça , il faut s’y faire on ne saura jamais tout et on on pourra toujours s’amuser avec cette langue que nous aimons. Mais ce n’est pas « ma » dune. Mais la dune de Muriel Gilbert.

  11. Je suis toujours très modeste par rapport à l’orthographe car mes lacunes sont énormes. Voila au moins un livre origi­nal !

    • L’important c’est le doute. Ceux qui croient savoir ne savent jamais tout. Et ceux qui se croient nuls ont souvent de bonnes ques­tions dans leurs têtes.

  12. Bonjour Luocine, moi qui adorait les dictées-​questions (si, si), je sens que ce livre pour­rait me plaire. Je sais que mon ortho­graphe n’est plus ce qu’elle était, je ne me relis pas. Tant pis pour moi.

  13. il fut un temps, Muriel Gilbert qui offi­ciait aussi sur Inter, passait régu­liè­re­ment sur mon blog et on s’appréciait. Amitiés cafar­desques

  14. Pat on 5 mai 2017 at 16:53 said:

    A chacun ses plai­sirs.
    En trou­ver dans ce type d’exercice est « un » espèce de chal­lenge qui ne me tente guère pour l’instant!

  15. Faire une faute, la mettre entre guille­mets : est-​ce toujours faire une faute? Où affi­cher son origi­na­lité? Je répon­drais que c’est une espèce de snobisme que ne me tente guère.

  16. « L’orthographe fran­çaise est un long chemin celui qui l’emprunte ne peut être sûr que d’une chose, il n’est pas prêt d’en voir la fin. » : merci de le dire aussi clai­re­ment.
    Je comfirme qu’ont a beau se croirre fort en horto­grafe (c’était mon cas à l’école), la vie m’a appris que je garde des lacunes (merci les correc­teurs et dicos en ligne).
    Les deux m, deux r, deux t, toujours sur des doutes, les « quel que » /​« quelque », etc… le fran­çais est piégeux (voilà que « piégeux » est souli­gné en rouge…, m… alors !).

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