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L’avantage de quit­ter le monde des blogs et les visites quoti­diennes à son fidele ordi­na­teur, c’est de devoir passer par des librai­ries pour se rassa­sier de lectures. La libraire de Fonte­nay sous Bois m’a recom­mandé ce court roman, et comme elle, j’espère qu’Olivier Bass va conti­nuer à écrire des romans de cette qualité.

J’ai été très émue par ce récit et le destin tragique de ce musi­cien russe m’a boule­ver­sée. La Russie a produit un nombre d’horreurs qui semblent ne jamais finir. La guerre de Tchét­ché­nie évoquée ici, en un parfait exemple. J’ai lu le livre en quelques heures et je l’ai relu pour m’en impré­gner et pour me lais­ser bercer par certains passages. Olivier Bass a été offi­cier de marine marchande et il a le talent de nous décrire sans roman­tisme la vie a bord de ces grands cargos. Sur la mer aussi, les tragé­dies de notre siècle boule­versent les consciences. Je me suis préci­pi­tée sur le premier concerto de violon de Chos­ta­ko­vitch et je l’ai écouté en lisant les dernières pages, c’est extra­or­di­naire.
Lisez vite ce livre et dites moi vite ce que vous en pensez, je ne peux pas dévoi­ler l’histoire car une partie du charme de ce livre tient au suspens. Je crois que ce livre pour­rait faire un superbe film, tout y est : la musique (et quelle musique !), l’amour, la vie en mer les étoiles, la mauvaise conscience des nantis face à ceux qui ont tout perdu avec la Russie en toile de fond.

Citations

On se perdait beau­coup dans ces navi­ga­tions trans­océa­niques où l’on oubliait pour quelles raisons nous étions là, en pleine mer, sans voir ni espé­rer aucune terre des jours durant. Pour­tant quand je repense à mes quarts de veille à scru­ter le vide de la mer, je me souviens que parfois j’étais heureux.

Mais il fallait une vie complète de mer pour que le temps, qui nous rongeait l’âme comme la pluie érode la montagne, en fasse appa­raître le cœur inal­té­rable : la vraie nature de l’homme. Et si par dessus ca. On revê­tait la couver­ture toute puis­sante du comman­de­ment, le compro­mis alors n’existait plus, le compro­mis alors n’existait plus : on avait affaire soit aux bons soit au mauvais.

Depuis l’avènement de la messa­ge­rie élec­tro­nique, cette attente tradi­tion­nelle du sac de cour­rier n’était peut-être plus aussi forte qu’auparavant, mais, l’écriture physique , la trace d’encre lais­sée par l’être aime, la feuille qu’il a touchée , restait malgré tout un lien fort qu’Internet n’était toujours pas parvenu à détrô­ner

La guerre c’est un enfant qui meurt de faim en essayant de téter le sein de sa mère morte deux jours aupa­ra­vant, et qu’on achève d’un coup de crosse bien place parce qu’on ne peut rien faire de mieux. C’est cela la guerre. Ni plus ni moins. On ne devient pas un homme en la faisant : on devient un monstre

Les cartes … J’ai un mal fou à les ranger. Non par manque d’organisation, mais plutôt à cause d’un problème de distrac­tion. J’aimais les parcou­rir comme on feuillette un livre d’images, et me prome­ner sur le monde, libre de toute contrainte. Il me suffi­sait de tenir une carte dans les mains pour être irré­sis­ti­ble­ment tenté d’en sortir une autre, et une autre encore. Je lais­sais mon imagi­na­tion remon­ter les estuaires et se perdre dans les villes ou des forets isolées , parcou­rir les mers a la recherche d’un port au nom fami­lier pour avoir rêvé un jour d’y faire escale, traver­ser les océans a pas de géants ou a sauts de puce, en n’importe quelle saison , a n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Et je me sentais chez moi partout dans le monde. J’adorais débal­ler les cartes. Je détes­tais les ranger.

On en parle

Encore un nouveau Blog :  Lecture et impres­sion

2 Thoughts on “La Musique des Kerguelen – Olivier BASS

  1. Bonjour Luocine ! Oui, l’injustice de ce qui est commis sur le violo­niste, qui n’a de tort que d’avoir prononcé des mots en faveur d’une patrie oppo­sée au régime est extrê­me­ment choquante… Et pour­tant, ça existe… Une lecture que je ne regrette pas moi non plus. Merci Luocine ! A bien­tôt !

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