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Traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche

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À lire de toute urgence ! Comment vivre en Israël quand on est Arabe ? Si l’on en juge par le talent et l’humour de Sayeb Kashua, écri­vain de langue arabe qui écrit en hébreu, appa­rem­ment ce para­doxe est vivable mais au prix de multiples contor­sions. Si vous avez déjà beau­coup lu sur ce tout petit pays qui, avec une surface à peine plus éten­due que deux dépar­te­ments fran­çais, tient l’équilibre de la paix du monde entre ses mains, préci­pi­tez-vous sur ce roman !

Je suis certaine que vous appren­drez mille et un petits détails sur la vie au quoti­dien en Israël, et que cet écri­vain saura faire évoluer vos idées. Et si vous ne savez rien sur ce pays (je doute qu’une telle personne existe !), alors vous décou­vri­rez avec surprise que pour être avocat et plai­dez des affaires pour les arabes vous devez avoir des diplômes israé­liens, parler et écrire l’hébreux que vos clients connaissent mal.

Vous appren­drez qu’il y a autant de diffé­rences entre un Juif et un Arabe qu’entre un Arabe des terri­toires occu­pés ‚ un « immi­gré de l’intérieur » et un habi­tant d’ « origine » de Jéru­sa­lem. Que, pour être avocat arabe et avoir une bonne clien­tèle, il faut rouler dans une grosse berline alors qu’un Juif peut se conten­ter d’une voiture quel­conque car il n’a rien à prou­ver à sa commu­nauté. Entre le malheur de l’enfant qui est rejeté parce que son père a été assas­siné en tant que collabo, et la femme juive qui ne peut plus voir son fils qui a tenté (et presque réussi) à se suici­der, tous les malheur de la terre sont rassem­blés dans ce récit.

Et pour­tant ce roman n’est pas triste, il est même parfois fran­che­ment drôle. Je vous conseille, messieurs, si vous souf­frez de ce problème, la méthode de notre avocat pour lutter contre l’éjaculation précoce et réus­sir enfin à faire jouir votre compagne : se souve­nir d’événements tristes. Lui, en revi­vant minute par minute l’enterrement de son grand-père a réussi à souti­rer au moment de la mise en terre de son aïeul, des râles de jouis­sance de sa femme … à essayer ! !

L’intrigue du roman est bien construite mais m’a, person­nel­le­ment, moins convain­cue que l’ambiance du roman car une grand partie est fondée sur le ressort de la jalou­sie obses­sion­nelle d’un mari vis-à-vis de sa femme, je suis rare­ment inté­res­sée par ce genre de compor­te­ments.

Sayed Kashua est, par ailleurs, connu pour avoir écrit une série télé­vi­sée : « travail d’Arabes » qui fait rire les Juifs et les Arabes en Israël. En lisant ce livre, on se prend à espé­rer, qu’un jour, les gens d’esprit domi­ne­ront et qu’ils appren­dront à se connaître et à s’apprécier. Réus­si­ront-ils, là où, les reli­gions, les idéo­lo­gies, les poli­tiques et les mili­taires ont échoué et sont respon­sables d’une haine si vive et de tant de morts ?

Citations

Le contrôle au facies … (social !)

Il savait désor­mais que les soldats, les gardes fron­tières, les vigiles et les poli­ciers, issus pour la plupart des couches infé­rieures de la société israé­lienne, n’arrêteraient jamais un indi­vidu portant des vête­ments mani­fes­te­ment plus chers qu’eux mêmes en portaient.

Les conversations dans les dîners de la classe aisée arabe israélienne (cela ressemble beaucoup à ce que je connais ailleurs !)

En géné­ral, les hommes parlaient d’immobilier ou d’argent : qui a acheté quoi et qui est plongé dans les dettes jusqu’ au cou… Les femmes, elles, des insti­tu­trices de leurs enfants et d’histoires d’autres parents d’élèves.

Les subtilités des préjugés entre Arabes israéliens

En revanche, ils n’avaient jamais envi­sagé d’inviter Samah et son époux, bien que tous deux ne fussent pas moins instruits que les autres invi­tés et bien que leur statut social fût peut-être supé­rieur à celui des autres. Le fait d’être rési­dents de la ville orien­tale les élimi­ne­rait car ces rencontres regrou­paient des immi­grés de l’intérieur et il y a avait des choses – ainsi pensaient-ils- qu’ils ne pouvaient parta­ger avec les autoch­tones, aussi riches et éclai­rés fussent-ils.

Les mères arabes sont-elles différentes des mères juives ou de toute mère ?

Le rêve de chaque mère arabe dans ce pays était que son enfant soit méde­cin ou avocat.

Les difficultés de vie et les facultés d’adaptation des habitants

Car les épouses, mères, et sœurs de prison­niers qui s’adressaient à un avocat pour qu’il repré­sente leurs êtres chers étaient nombreuses. La plupart des familles pales­ti­nienne de Cisjor­da­nie préfé­raient envoyer une femme contac­ter un avocat de Jéru­sa­lem car leurs chances de fran­chir les barrages mili­taires sans permis de circu­ler étaient supé­rieurs à celles des hommes.

L’humour et réalité

« Il a juste volé à des Juifs », disaient certains de ses clients pour tenter de convaincre l’homme de loi qu’en fin de compte leur parent était inno­cent car les lois des Juifs étaient diffé­rentes, ce qui mini­mi­sait le vol. Pour eux, ce vol était une brou­tille, les Juifs ne sont-ils pas des gens prévoyant ? Ils ont des compa­gnies d’assurances, ils possèdent de l’argent et, dans une certaine mesure, voler un véhi­cule a un Juif était une sorte d’emprunt, voire de resti­tu­tion a des proprié­taires légi­times, et non un délit passible de condam­na­tion.

Les localités arabes en Israël

Déci­dé­ment toutes les loca­li­tés arabes se ressem­blaient. Les muni­ci­pa­li­tés soignaient l’entrée de l’agglomération, et, au diable le reste ! L’important était que le maire puisse se faire tirer le portrait devant l’entrée solen­nelle de sa cité et l’imprimer ensuite sur les tracts de sa campagne élec­to­rale.

On en parle

Je suis à la recherche d’un blog ayant parlé de ce livre ?

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