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Voici une nouvelle raison de tenir mon blog, et cette raison je la dédie à toutes celles qui ont eu ces temps derniers envie d’arrêter le leur, en espé­rant que cela leur redon­nera l’envie de conti­nuer car la lecture des blogs divers et variés font partie de mes plai­sirs de vie. Je me suis promis de relire un tome par été de « La recherche du temps perdu », je l’ai lu depuis long­temps et essayé plusieurs fois de le relire. Mais je me croyais obli­gée (je me demande bien pour­quoi !) de commen­cer par le début, cela fait que je connais assez bien (avec Proust , il faut toujours rester modeste sur la connais­sance de son œuvre) « du Côté de chez Swann » et « à l’Ombre des jeunes filles en fleurs ». Je pense donc qu’en dehors des chal­lenges propo­sés par les amis, on peut se donner à soi-même des défis en pensant les mettre sur son blog.

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Mettre des coquillages à ce chef d’œuvre, c’est un peu stupide, mais Proust me ravit trop et sa lecture me fait un tel bien que je veux le clamer haut et fort. De même la petite made­leine sur ma photo est quelque peu kitsch, il me pardon­nera surement mes fautes de goûts lui qui sait si bien décor­ti­quer les ressorts de l’âme humaine. « Le temps retrouvé » dans mon édition est en deux tomes, le premier commence par une soiré à Tasson­ville chez Gilberte l’épouse de Robert de Saint-Loup et est traversé par la guerre 1418. Le second par une invi­ta­tion chez la duchesse de Guer­mantes , soirée lors de laquelle Proust (ou le narra­teur de « la Recherche ») compren­dra la néces­sité dans laquelle il se trouve d’écrire son œuvre alors que tous les acteurs qu’il a dépeints jusqu’à présent sont au bord de la grande vieillesse. On y trouve, donc, les clés qui motivent la créa­tion artis­tique. Je voudrais dire à tous ceux que la lecture de Proust rebute, qu’il peut être lu de façons telle­ment diffé­rentes qu’il n’est pas possible que l’une d’entre elles ne leur corres­ponde pas. Bien sûr, il reste son style et ses phrases si longues que parfois on s’y perd, mais voilà , au début on se force, puis on s’habitue et enfin on adore. Je tiens aussi à dire qu’on s’amuse beau­coup en lisant ce grand auteur car il sait mieux que quiconque croquer les travers de gens qui se croient telle­ment au dessus du « commun ».

Vous pouvez l’apprécier pour la justesse de l’analyse de l’âme humaine, à l’opposé de Zola (autre clas­sique relu cet été), aucun person­nage n’est forcé et même si le trait est parfois féroce, c’est toujours dit avec beau­coup d’élégance, ainsi, Madame Verdu­rin que l’on a vu mépri­ser les grands de ce monde au début de « la recherche », les fréquente de plus en plus et que nous dit Proust :

On peut remar­quer , d’ailleurs, qu’au fur et à mesure qu’augmenta le nombre de gens brillants qui firent des avances à Mme Verdu­rin, le nombre de ceux qu’elle appe­lait les « ennuyeux« dimi­nua. Par une sorte de trans­for­ma­tion magique, tout ennuyeux qui était venu lui faire une visite et avait solli­cité une invi­ta­tion deve­nait subi­te­ment quelqu’un d’agréable et d’intelligent.

C’est telle­ment vrai !

On peut aussi savou­rer les traits d’esprit volon­taires chez le Duc de Guer­mantes…

Si son mari arri­vait vrai­ment ou s’il n’enverrait pas une de ses dépêches dont M. De Guer­mantes avait spiri­tuel­le­ment fixé le modèle : « Impos­sible venir, mensonge suit. »

… ou invo­lon­taire chez Fran­çoise :

« Au commen­ce­ment de la guerre on nous disait que ces Alle­mands c’était des assas­sins, des brigands, de vrais bandits des Bbboches. .… » Si elle mettait plusieurs b à Boches, c’est que l’accusation que les Alle­mands fussent des assas­sins lui semblait après tout plau­sible, mais celle qu’ils fussent des Boches presque invrai­sem­blable à cause de son énor­mité.

La méchan­ceté ordi­naire des salons :

Certes, je m’attendais à vous voir partout ailleurs qu’à un des grands trala­las de ma tante, puisque tante il y a » ajouta-t-elle d’un air fin , car étant Mme de Saint-Loup depuis un peu plus long­temps que Mme Verdu­rin n’était entrée dans la famille, elle se consi­dé­rait comme une Guer­mantes de tout temps et atteinte par la mésal­liance que son oncle avait faite en épou­sant Mme Verdu­rin, qu’il est vrai elle avait entendu railler mille fois devant elle , dans la famille , tandis que , natu­rel­le­ment, ce n’était que hors de sa présence qu’on avait parlé de la mésal­liance qu’avait faite Saint-Loup en l’épousant.

Dans la première partie du « Temps retrouvé » la descrip­tion de la vie pari­sienne à l’arrière du front est d’une justesse éton­nante, deux scènes ont retenu mon atten­tion , la première c’est Madame Verdu­rin qui, malgré les restric­tions alimen­taires dues à la guerre, a réussi à se faire pres­crire « son » crois­sant du matin par le docteur Cottard accom­pa­gnant son café , car, sans ces deux ingré­dients, elle souffre de migraines. Elle lit avec « Horreur » le torpillage du Lusi­ta­nia tout en essuyant les miettes de son crois­sant. Et à l’opposé , lorsque l’un des neveux de Fran­çoise se fait tuer sur le front, lais­sant une très jeune veuve tenir seul un café qu’ils venaient d’acheter, l’oncle et la tante du jeune homme qui vivaient une retraite tran­quille vien­dront l’aider à tenir ce café sans se faire payer.

On peut aussi appré­cier des descrip­tions aussi bien des lieux que des person­nages, j’ai beau­coup aimé cette évoca­tion de la vieillesse :

.. qu’on eût dit qu’elle était un être condamné, comme un person­nage de féerie, à appa­raître d’abord en jeune fille, puis en épaisse matrone, et qui devien­drait sans doute bien­tôt en vieille bran­lante et cour­bée. Elle semblait, comme une lourde nageuse qui ne voit plus le rivage qu’à une grande distance, repous­ser avec peine les flots du temps qui la submer­geaient.

ou de la prin­cesse de Nassau :

Née presque sur les marches d’un trône, mariée trois fois, entre­te­nue long­temps et riche­ment par de grands banquiers, sans comp­ter les mille fantai­sies qu’elle s’était offerte, elle portait légè­re­ment, comme ses yeux admi­rables et ronds, comme sa figure fardée et comme sa robe rose, les souve­nirs embrouillés de ce passé innom­brable.

Enfin dans la deuxième partie, la réflexion sur la créa­tion artis­tique est abso­lu­ment passion­nante, c’est plus compli­qué de donner des cita­tions appro­priés à son propos, j’ai été parti­cu­liè­re­ment sensible à la néces­sité d’écrire et à la force qu’il lui faut pour abou­tir dans ce projet, en parti­cu­lier ne pas se lais­ser diver­tir par les événe­ments du monde pour éviter d’écrire

Aussi combien se détournent de l’écrire, que de tâches n’assume-t-on pas pour éviter celle-là. Chaque événe­ment, que ce fût l’affaire Drey­fus, que ce fût la guerre, avait fourni d’autres excuses aux écri­vains pour ne pas déchif­frer ce livre – là, ils voulaient assu­rer le triomphe du droit, refaire l’unité morale de la nation, n’avaient pas le temps de penser à la litté­ra­ture. Mais ce n’étaient que des excuses parce qu’ils n’avaient pas ou plus de génie, c’est à dire d’instinct. Car l’instinct dicte le devoir et l’intelligence four­nit des prétextes pour l’éluder.

Enfin lire Proust c’est se réga­ler de petites phrases telle­ment justes :

Les vrais para­dis sont ceux qu’on a perdus

Et ne peut-on dire cela aujourd’hui encore pour tous ceux qui se font leur opinion à travers les média ? :

Ce qui est éton­nant, dit-il, c’est que ce public qui ne juge ainsi des hommes et des choses de la guerre que par les jour­naux est persuadé qu’il juge par lui-même.

Je termine par cette phrase que je trouve si belle :

Le bonheur est salu­taire pour le corps, mais c’est le chagrin qui déve­loppe les forces de l’esprit.

Un site parmi tant d’autres que je recom­mande à tous ceux et celles qui veulent se fami­lia­ri­ser avec Proust et ceux et celles et ceux qui veulent savou­rer leur plai­sir de lecture avec un vrai connais­seur : Proust ses person­nages.

29 Thoughts on “À la recherche du Temps Perdu : Le Temps Retrouvé – Marcel Proust

  1. (mais ce site Proust et ses person­nages est une mine!)
    Bon, tu parles si ton billet me fait lévi­ter, je suis en train de lire Un été avec Proust (après un roman (?)) autour de Proust, donc je suis mûre pour reprendre ma n’ième lecture, cette fois j’en suis à A l’ombre des jeunes filles en fleurs.
    Pour le blog j’ai lu le premier et les 3 derniers ce serait bien qu’il y ait la recherche en entier, ça ferait un blog hyper cultu­rel (mouarf)
    Mais j’ai emprunté de gros trucs à la média­thèque -et qui me font envie- donc ça atten­dra…
    J’espère que ton billet donnera à plusieurs l’envie de sauter le pas !

    • c’est le but , « sauter le pas » je crois que Proust est trop mythi­fié par des intel­lec­tuels ou des snobs , or il ne faut pas oublier que Proust s’est bien moqué des « intel­lec­tuels » de son époque à travers le salon Verdu­rin, il a écrit pour tout le monde , tous ceux et celles qui veulent bien l’écouter jusqu’au bout. Et oui ce site sur son œuvre est une pure merveille , ça peut aider aussi à s’y retrou­ver.

  2. Magni­fique ce billet ! J’aime Proust mais ne prends pas le temps de le relire. Tes cita­tions donnent pour­tant envie de le faire !

  3. Toi plus Keisha, ça commence à faire beau­coup dans le pilon­nage prous­tien !!! mais je te crois sur parole et je m’y mettrai un jour. J’ai le premier tome dans ma PAL, mais j’ai curieu­se­ment envie de commen­cer par « lles jeunes filles en fleurs ».

    • Tu peux commen­cer par celui que tu veux, je te conseille alors de t’aider du site que j’ai mis , comme le dit Keisha c’est une mine de rensei­gne­ments et cela t’aidera pour la chro­no­lo­gie.

  4. Toutes celles et tous ceux qui aiment cet auteur finissent un jour par le relire , il faut du temps. Un jour tu verras tu trou­ve­ras le temps .…. de ne pas perdre ton temps ( facile !)

  5. je n’ai pas vrai­ment repris les chemins des blogs mais ton billet était trop tentant !!

    • j’ai hâte de retrou­ver ton blog et tes nouvelles décou­vertes , cet été j’ai fait dans la « re« lecture , raté avec Zola que je vais lais­ser dans les rayons ds biblio­thèques mais quel plai­sir avec Proust, je pense que c’est un auteur qu’on peut relire à l’infini .

  6. Ce dernier tome était mon préféré, c’est une bonne idée de commen­cer par lui fina­le­ment ! Je suis aussi tentée de le relire, pour l’heure je suis plon­gée dans Giono qui est aussi un régal à relire !

    • le seul que j’ai eu vrai­ment du mal à lire c’est Sodome et Gomorrhe mais je l’avais lu trop jeune , je l’ai relu mais il me reste une forme de désin­té­rêt que je ne m’explique pas bien. Car c’est quand même très éton­nant qu’un auteur soit aussi franc sur l’homosexualité de son époque, je pense que ce sera le dernier de ma liste quand j’aurais tout relu peut-être que j’aimerais enfin le relire.

  7. J’adore ce billet ! Tu me donne envie de reten­ter Proust, dont une prof de fac m’avait dégoutté il y a plus de 20 ans. Mais j’ai grandi depuis, mûri peut-être même, je suis sans doute plus à même de rece­voir et appré­cier la parole prous­tienne aujourd’hui…

    • Merci pour ce gentil commen­taire. Proust est un génie de la litté­ra­ture , seul son style peut au départ rebu­ter mais en s’y prépa­rant, on doit y arri­ver même ceux qui aiment les phrases courtes et percu­tantes. Et puis il ne faut pas se forcer, il faut y aller avec lenteur.

  8. Il faut vrai­ment que je m’y mette ! Il y a envi­ron 1 an, à l’occasion d’une lecture à voix haute, j’avais été très tentée, et là, tu me reboostes !

  9. Un tome par été, bonne idée, cela m’incitera peut-être à reve­nir vers Proust que je post­pose éter­nel­le­ment. Merci d’avoir agréa­ble­ment chro­ni­qué votre tome esti­val.

    • Voilà, c’était le but j’espère lire dans dautres blogs des posts sur Proust, j’ai aussi consta­ter que je lisotte toujours « La recherche » cela m’a obli­gée à aller jusqu’au bout d’un tome .

  10. Bonjour Luocine, j’ai lu l’intégrale de la Recherche l’été 2000 sauf la dernière moitié du Temps retrouvé : j’ai calé. Il faudrait que le reprenne. Bonne fin d’après-midi.

    • bonsoir Dasola,
      Calé pour­quoi ? le dernier est une réflexion sur la créa­tion artis­tique et litté­raire, avec en toile de fond une soirée où on retrouve les person­nages vieillis­sants au bord du gouffre de la décré­pi­tude ou déjà tota­le­ment décré­pis et ou règne en maîtresse Madame Verdu­rin deve­nue duchesse de Guer­mantes (le bal des masques, car le narra­teur croit qu’ils se sont dégui­sés en vieux) , sur l’inanité des préten­tions sociales c’est un beau morceau d’anthologie. Un conseil ne jamais vouloir tout lire et surtout plus jamais dans l’ordre, cela on ne le fait qu’une fois dans sa vie.

  11. Ah Proust… J’ai commencé l’an dernier en me disant que j’en lirait un tome par année… Ce premier tome a été un enchan­te­ment. Et tu me donnes envie de conti­nuer !

  12. Je n’ai jamais osé sauter le pas, mais comme je l’ai dit à plusieurs reprises, j’ai eu des profs de fran­çais qui ont eu pour effet de me faire fuir ! Je m’y remets donc par petites touches .. l’idée de lire un tome par été est excel­lente et me dire que je peux commen­cer par un autre que le premier .. Bref, une très bonne idée !

    • Je donne ce conseil à toutes celles et tous ceux qui ont eu du mal à s’y mettre : « aidez vous du site que j’ai mis en lien ». Je pense que les ensei­gnant qui n’ont pas su faire aimer Proust devaient se noyer dans tout ce qu’il y a dire sur son œuvre. J’ai gardé un très vif souve­nir de mon prof imitant Madame Verdu­rin ayant trouvé une mimique qui lui évitait de rire aux bons mots des habi­tués de son salon, pour lui éviter de se décro­cher la mâchoire.. J’avais déjà lu le premier tome , mais elle a contri­bué à ce que je le lise autre­ment , en recher­chant ce qu’il y avait de drôle chez ce grand auteur.

  13. Entre toi et Galéa je vais finir par âtre convain­cue de m’y plon­ger !!!

  14. J’en suis à La prison­nière. Comme Keisha, j’ai lu Un été avec Proust que je te conseille.

  15. Ne pense pas que j’ai volé le blog de Galéa, je ne sais pas ce qui s’est passé.

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