Traduit de l’anglais (Canada)par Jacque­line Huet et Jean-Pierre Carasso

PS. : Je suis un peu éton­née par certaines formu­la­tions un peu relâ­chées, sont elles voulues par l’auteur ou un effet de traduc­tion ?

4Je ne suis visi­ble­ment pas la seule à n’avoir pas entendu parler d’Alice Munro avant l’attribution de son prix Nobel. Mais quelle écri­vaine, comment puis-je lire très régu­liè­re­ment et passer à côté d’une telle auteure. Je ne suis pas une adepte des nouvelles mais je ne peux que vous recom­man­der : « Fugi­tives » , ces huit femmes ne sont pas prêtes de vous quit­ter. Je suis mal à l’aise avec les nouvelles car je n’aime pas passer de l’une à l’autre. Je reste impré­gnée par l’atmosphère de la précé­dente quand je lis la suivante et dans ce recueil ‚il ne le faut pas. Chaque destin est diffé­rent, ils n’ont en commun que d’être celui de femmes qui fuient, ou, parfois, n’ont qu’envie de fuir un destin qui n’est pas tout à fait le leur.

Tout est dit avec beau­coup de pudeur, sans drames inutiles, à la manière de la vie ordi­naire. Ça fait mal, parfois, mais ça passe , tout passe n’est ce pas ? Même la sépa­ra­tion brutale avec un enfant adulte ; comme cette Péné­lope qui a rompu complè­te­ment avec une mère folle de douleur et d’incompréhension et qui en vieillis­sant « conti­nue à espé­rer un mot de Péné­lope, mais sans aucun achar­ne­ment. Elle espère comme les gens espèrent sans se faire d’illusion des aubaines immé­ri­tées, des rémis­sions spon­ta­nées , des choses comme ça. ».

J’ai lu et relu « Passion » le person­nage de Grace m’a complè­te­ment boule­ver­sée. Cette jeune femme aurait pu deve­nir une réplique de la jeune améri­caine clas­sique , un homme passe, dange­reux et alcoo­lique , mais elle fran­chit grâce à lui le pas néces­saire pour sortir de la voie toute tracée du destin , on peut penser qu’ensuite elle vivra pour elle et non pas pour l’image qu’elle veut donner d’elle.

J’ai évidem­ment été très émue par le destin de Robin qui a raté de si peu sa véri­table histoire d’amour.
Tout cela est impor­tant mais dit si peu du talent de cette auteure qui sait mettre en scène des ambiances, des person­na­li­tés , aucun person­nage n’est bâclé, tous retiennent notre atten­tion et nous rappellent des gens que nous rencon­trons dans la vie.

La dernière nouvelle « Pouvoir » m’a légè­re­ment déçue. Mais juste­ment ‚c’est cela qui m’agace si fort dans les nouvelles : on a du mal à ne pas les compa­rer les unes aux autres .

Citations

Vision de la femme, vision de l’homme :

Mme Travers avait fait un premier mariage avec un homme qui était mort. Elle avait gagné sa vie et entre­tenu son enfant , en ensei­gnant l’anglais commer­cial dans une école de secré­ta­riat . M Travers quand il évoquait cette période de la vie de sa femme avant leur rencontre en parlait comme d’une épreuve presque compa­rable au bagne, que pour­rait à peine compen­ser une vie entière d’un confort qu’il était heureux de procu­rer. Mme Travers elle-même n’en parlait pas du tout de cette façon.

Réac­tion de Grace après avoir vu Eliza­beth Taylor dans « Le père de la mariée » :

Grace ne pouvait expli­quer ni tout à fait comprendre que ce n’était pas de la jalou­sie qu’elle éprou­vait , en défi­ni­tive, c’était de la rage. Et pas parce qu’il lui était impos­sible de courir les maga­sins ou de s’habiller comme ça. C’était parce que les filles étaient censées ressem­bler à ça. C’était ainsi que les hommes -les gens , tout le monde- pensaient qu’elles devaient être. Belles, adorables, gâtées, égoïstes , avec un pois chiche à la place du cerveau. C’était ainsi qu’une fille devait être pour qu’on en tombe amou­reux . Ensuite elle devien­drait une mère et se consa­cre­rait tout entière à ses enfants avec une affec­tion baveuse. Elle cesse­rait d’être égoïste mais garde­rait son pois chiche à la place du cerveau. À tout jamais.

Fragi­lité mascu­line :

Les femmes ont toujours quelque chose à quoi se raccro­cher pour conti­nuer. Quelque chose que les hommes n’ont pas.

Toujours vrai :

« Petite » Ginny est au moins aussi grande que lui et l’envie m’a déman­gée de le lui dire. Mais c’est extrê­me­ment rosse de parler de taille avec un homme tant soit peu défi­cient dans ce domaine et je suis donc restée coite.

On en parle

« Les fanas de livres  » blog que je lis régu­liè­re­ment.

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