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Le voici donc en poche ! et, comme je n’ai jamais pu l’emprunter tant il avait du succès , je l’ai acheté. Je n’ai pas regretté et j’ai beau­coup appré­cié ce récit qui mêle l’antiquité, les temps anciens et l’époque contem­po­raine. J ai été séduite par le style et la richesse du voca­bu­laire qui m’a obli­gée à avoir recours à Wiki­pé­dia. En réalité, j’aime bien faire l’effort de recher­cher des mots et des noms quand cela ne nuit pas à la compré­hen­sion du récit. J’ai appris par exemple, que « chan­cel » était ce qui sépa­rait le chœur de la nef d’une église et je me suis deman­dée si cela avait un rapport avec le verbe « chan­ce­ler ». Et je me suis enri­chie de toutes les histoires de l’antiquité du temps de Saint Augus­tin. Je connais main­te­nant Sopho­nisbe.

Évidem­ment, le propos du roman n’est pas là, il s’agit de deux jeunes qui décident de reprendre un bar en Corse par amour de cette région où ils se sentent si bien pendant leurs vacances. Ils sont entou­rés du passé de leurs ancêtres et ce sont des poids lourds à soule­ver. Le person­nage du grand-père qui s’est détruit dans les colo­nies fran­çaises dans sa jeunesse est très ambi­guë, il était à la recherche de la gloire et du dépay­se­ment, il a rencon­tré l’alcool et le vice. Il voue une haine à son petit fils si forte qu’il va l’aider à ache­ter la gérance du bar, tant il est persuadé que ce village ne peut que le détruire !

Et c’est vrai qu’un bar qui repose sur l’attirance des hommes pour des jolies filles peu farouches n’est pas très loin d’un « bar à putes » et donc ça se finira mal. Pour moi l’intérêt c’est le style , certains passages où on se retrouve dans des réac­tions des person­nages et l’évocation des diffi­cul­tés du monde contem­po­rain. Le person­nage d’Aurélie qui doit faire face aux errances de Matthieu est, pour moi le plus crédible, et l’attitude fuyante de Matthieu face aux diffi­cul­tés en parti­cu­lier de la mort m’a rappelé bien des choses.

Je ne suis pas tota­le­ment sous le charme de ce roman parce que je ne comprends pas pour­quoi les person­nages sont aussi sombres. Le grand père Marcel qui avait honte de la femme qu’il aimait parce qu’elle était sotte semble revenu de tout , on s’attend à ce qu’il ait vécu l’enfer , mais il a surtout navi­gué de désillu­sions en désillu­sions. Son petit fils, Matthieu qui se laisse ballot­ter par ses envies est un peu (pour ne pas dire, complè­te­ment) vide :son manque de luci­dité m’a agacée.

Malgré cela, j’ai dévoré ce roman et sa conci­sion m’a fait du bien après les longueurs de ma dernière lecture.

Citations

Description d’une ado qu’on connaît et qui m’a fait penser à une chanson de Bénabar « la paresseuse »

Virgi­nie n « avait jamais rien fait dans sa vie qui pût s’apparenter,même de loin à un travail, elle avait toujours exploré le domaine infini de l’inaction et de la noncha­lance et elle semblait bien déci­dée à aller jusqu’au bout de sa voca­tion mais, quand bien même elle eût été un bour­reau de travail, son humeur maus­sade et ses airs d’infante la rendaient tota­le­ment inapte à accom­plir une tâche qui suppo­sait qu’on entre­tînt des contacts régu­liers avec d’autres êtres humains…

Description des Sardes

les vieilles femmes au voile noué soigneu­se­ment sous la lèvre infé­rieure, des hommes aux guêtres de cuir dont les géné­ra­tions de crimi­no­logues italien avaient mesuré les membres, la cage thora­cique et le crâne, notant soigneu­se­ment les imper­fec­tions de l’ossature pour en déchif­frer le langage secret et y repé­rer l’inscription de l’ossature pour en déchif­frer le langage secret et y repé­rer l’inscription indis­cu­table d’une propen­sion natu­relle au crime et à la sauva­ge­rie.

L’avenir

Et c’est ainsi qu’au nom d’un avenir aussi incon­sis­tant que la brume, il se privait de présent, comme il arrive si souvent, il est vrai, avec les hommes.

Beau passage mais où « wikipédia « est très utile

Rien ne demeu­rait des contes merveilleux qui peuplaient les livres d’histoire, ni le feu de Baal, ni les légions afri­caines de Scipion,aucun cheva­lier numide n’assiégeait les murs de Cirta pour rendre à Massi­nissa le baiser de Sopho­nisbe qui lui avait été vol, les murs et leurs assié­geants étaient retour­nés ensemble à la pous­sière et au néant car le marbre et la chair sont égale­ment péris­sables et, à Bône, de la cathé­drale d’Augustin et son dernier souffle recou­vert par la clameur des Vandales, il ne restait qu’un terrain vague, recou­vert par les clameurs d herbes jaune et battu par le vent.

La charcuterie de super-marché

les salo­pe­ries que vendaient les super­mar­chés das leur rayon terroir, condi­tionné dans des filets rustiques frap­pés de la tête des Maures et parfu­més en usine avec des sprays à la farine de châtaigne, autant y aller carré­ment dans l’ignoble, en toute fran­chise, avec du cochon chinois, char­cuté en Slova­quie…

la France coloniale

Il avait pour voisins un gendarme dont le penchant pour la bois­son s’affirmait chaque jour un peu plus, un méde­cin d’ores et déjà alcoo­lique et un mission­naire qui disait la messe en latin devant des femmes aux seins nus et tentait de fasci­ner un audi­toire récal­ci­trant en répé­tant l histoire du Dieu qui s’était fait homme avant de mourir en esclave pour leur salut de tous.

Phrase qui m’a fait réfléchir

Il croit toujours qu’il suffit de détour­ner le regard pour envoyer au néant des pans entiers de sa propre vie. Il croit toujours que ce qu’on ne voit pas cesse d’exister.

On en parle

À ce jour 142 avis sur Babe­lio et très peu néga­tifs. Jostein n’a pas aimé et je trouve son opinion inté­res­sante ; et Keisha pour qui ce livre est un véri­table coup de cœur.

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