Traduit de l’al­le­mand par Rose Labou­rie ; édition Acte Sud

Encore une fois un livre que je dois à la blogo­sphère mais en ayant oublié de noter préci­sé­ment l’au­teur du blog heureu­se­ment Keisha s’est rappe­lée à mon bon souve­nir !. Je dois dire que j’ai failli passer à côté de cet essai, parce que cet homme m’a éner­vée au début de son récit. Il a de tels moyens finan­ciers et ceci grâce aux prébendes que l’ONU distri­bue de façon écœu­rante à tous les membres de cette admi­nis­tra­tion, et de voir les parti­ci­pants rece­voir en plus de leur très confor­table salaire de grosses enve­loppes de liquides pour aller aux quatre coins du monde parler du sous-déve­lop­pe­ment ou de l’éco­lo­gie est abso­lu­ment révol­tant. Que ce soit de cette façon là que Wolf Küper ait réussi à mettre assez d’argent de côté pour passer deux années à ne rien faire d’autre que s’oc­cu­per de sa petite fille atteinte d’une mala­die mentale qui l’empêche de se déve­lop­per norma­le­ment a failli me faire refer­mer le livre. Et puis, le charme incroyable de cette petite fille m’a conquise moi aussi et j’ai donc suivi le parcours en camping car de cette famille à travers les plus beaux endroits de la planète.

Aucune famille avec un enfant handi­capé ne peut prendre exemple sur cette famille, mais eux ont réussi à donner deux années de bonheur à leur petite fille qui est peut être plus armée main­te­nant pour affron­ter la vie qui, sans doute, ne sera pas très facile.

Citations

Un père face au handicap de sa fille

Je m’en souviens comme si c’était hier, peu avant notre départ, Nina avait fait la course avec d’autres enfants sur une grande pelouse. Évidem­ment, ils ne pouvaient pas se conten­ter de jouer tran­quille­ment. Les enfants, en parti­cu­lier les garçons, ont la compé­ti­tion dans le sang. Ils ont besoin de se mesu­rer pour savoir qui court le plus vite, grimpe le plus haut, plonge le plus profond, saute le plus loin, et ainsi de suite. Et au milieu : Nina qui voulait abso­lu­ment parti­ci­per. Mrs. Lonte en en personne, qui m’avait fait black­bou­ler de toutes les courses de ma vie. Je n’ar­ri­vais pas à comprendre. Pour­quoi s’obs­ti­nait-elle ? Pour­quoi se mettait-elle sans arrêt en posi­tion de perdre contre les autres ? J’ai dit : « Y en a marre de toujours faire la course, venez, on va jouer à un autre jeu », et ce genre de choses. Dans le feu de l’ac­tion, les enfants ne m’ont même pas entendu, mais ce sont tous plus ou moins alignés, non sans que les garçons échangent quelques insultes – forcé­ment. Mon cœur battait la chamade, ils se sont élan­cés en pous­sant des cris perçants.
En moins de trois secondes, Nina était déjà la dernière, alors qu’il y avait aussi des enfants bien plus petits qu’elle. À la moitié du trajet, elle était loin derrière. On aurait dit qu’elle allait dispu­ter cette course tout seul. Presque en soli­taire. Elle chan­ce­lait sur la pelouse, penchée en avant, les bras tendus sur les côtés, et elle tanguait telle­ment que je n’ar­rê­tais pas de me dire : Cette fois, elle va tomber. J’ar­ri­vais à peine à la regar­der. Quand elle est arri­vée au bout, les autres avaient déjà repris leur jeu. J’ai vu Nina zigza­guer entre eux, hors d’ha­leine. Si je me souviens aussi préci­sé­ment de cette scène, une parmi les centaines d’autres, c’est parce que ce moment-là, j’ai eu terri­ble­ment mal pour elle, mal pour un autre que moi.

Un bel endroit le lac Tepako et un beau moment dans les étoiles

L’illu­mi­na­tion était donc venu lors de notre première nuit ici, au lac Tekapo, trois décen­nies plus tard, en montant sur un rocher, je m’étais rendu compte que les étoiles ne se trou­vaient pas « au-dessus » mais tout autour de moi. Il y en avait même qui scin­tillaient en dessous de moi à l’ho­ri­zon, et alors que mon vertige semblait se dissi­per j’avais aperçu l’éblouis­sante Voie Lactée, telle­ment gigan­tesque que j’en avais eu le souffle coupé, brillant de milliards de feu, des centaines de milliers d’an­nées lumière d’un hori­zon à l’autre, toute la folie de l’uni­vers en 3D. Et en couleur. Et oui, il y a des étoiles bleues et vertes et rouges, et violette aussi, certaines clignotent fréné­ti­que­ment, d’autres pulsent lente­ment, partout, des étoiles filantes zébraient le ciel tandis que les satel­lites traçaient pares­seu­se­ment leur route. En Nouvelle-Zélande, il est impos­sible de croire que la terre est au centre de quoique ce soit, parce que rien qu’à l’oeil nu, on voit bien que nous ne sommes qu’une pous­sière perdue dans un coin de l’uni­vers.

Je me demande si c’est vrai

Et avec les gens impor­tants, il faut toujours garder son sérieux, ne jamais être de meilleure humeur que le client, c’est la règle numéro 1 quand on fait du conseil, surtout auprès d’hommes poli­tiques.

Là où, ce livre m’a tellement écœuré que j’ai failli le laisser tomber.

Depuis que j’avais commencé à travailler régu­liè­re­ment comme expert pour les Nations Unies, j’ai gagné pour la première fois beau­coup d’argent. Vrai­ment beau­coup. Rien que les indem­ni­tés de défraie­ment qu’on vous verse chaque semaine corres­pondent au revenu mensuel net d’un post doc avec douze années de forma­tion univer­si­taire en Alle­magne. Le tout non impo­sable. Au Nations Unies, on vous remet sans ciller d’épaisses enve­loppe marron avec des liasses de billets de cinquante dollars, presque comme dans un film de mafieux. Ça ne rentre même pas dans le porte-monnaie. Les billets sont soigneu­se­ment atta­chés par vingt à l’aide d’un trom­bone. Offi­ciel­le­ment, ces indem­ni­tés exor­bi­tantes servent à voya­ger dans des condi­tions « appro­priées et repré­sen­ta­tives ». Soudain, j’avais, ce qu’on appelle un niveau de vie élevé, accès aux lounges VIP et vol en première classe. Programme grand voya­geur et ainsi de suite.….

Jusqu’à l’écœurement des réunions à l’ONU des ONG sur l’environnement

Le genre de chose qui ne mérite pas qu’on s’y attarde une seconde, sans même parler d’en­fer débattre plusieurs milliers de délé­gués sur payer venu du monde entier.
Une civi­li­sa­tion qui se prend pour le fleu­ron de la créa­tion célèbre ici sa propre déchéance. Je fais un rapide calcul : le para­graphe comporte envi­ron 70 mots. Au cours des 95 minutes que dure ce cirque, il y a 22 objec­tions et 19 correc­tion. Ça doit être incroya­ble­ment diffi­cile de formu­ler le rien.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Et vous remar­que­rez son coup de cœur !

Pour­quoi Dinard ? Car c’est la ville d’où vient cet auteur. Pour­quoi ce coup de cœur ? Parce que cet auteur vient de notre ville. Cela ne veut pas dire que ce soit un mauvais roman, mais quand même, mes amies n’étaient peut-être pas entiè­re­ment objec­tives. Ce roman raconte l’adolescence d’un jeune garçon, ses émois sexuels, sa passion pour la musique et son quoti­dien marqué par un père direc­teur d’un grand hôpi­tal psychia­trique. Il passera son enfance parmi des gens de cet hôpi­tal. Son meilleur ami, Fran­cis, celui qui l’ap­pelle « Mon gamin » a été aban­donné par ses parents dans la cour de cet hôpi­tal. Thierry, le person­nage prin­ci­pal a le malheur de perdre sa mère trop tôt et Fran­cis qui vouait un culte à ce méde­cin psychiatre qui avait été simple­ment humaine avec lui, proté­gera toute sa vie cet enfant. Le père de Thierry se rema­rie avec Emelyne une trop jeune et jolie belle mère. Un meurtre est commis et sans être un roman poli­cier on est pris par les suites logiques de cet acte. Mais comme souvent ces faits sont vus à travers les yeux et les raison­ne­ments de malades mentaux, ce n’est pas si simple de démê­ler le vrai du faux.

Ce roman vaut surtout pour l’am­biance de ce petit village qui vit au rythme de l’ins­ti­tu­tion psychia­trique. Comme mes co-lectrices, j’ai moins aimé le dénoue­ment que le reste du roman. Les émois sexuels du jeune adoles­cent sont bien racon­tés, et l’his­toire de Fran­cis m’a beau­coup émue. Les rapports humains entre les malades et les « bien-portants » sont fine­ment décrits. Bref il y a de très bons moments dans ce roman qui pour­tant ne m’a pas entiè­re­ment enthou­sias­mée.

Citation

Une seule mais que j’aime beaucoup pour son humour et sa profondeur

Là où les non-initiés poin­taient du doigt un camp de concen­tra­tion pour fous, Marc voyait une sorte de prin­ci­pauté où les malades mentaux étaient exoné­rés d’im­pôts sur la diffé­rence.

Ce petit déjeu­ner pluvieux a été égayé par la lecture de ce livre. J’avais trouvé l’idée sur le blog de Noukette qui parlait du « Retour de Jules » j’ai donc préféré lire son arri­vée, d’au­tant qu’elle a été moins séduite par le tome 2. On sourit à cette lecture et on admire les prouesses du chien d’aveugle. Je n’ap­pré­cie pas que celui-ci porte le même prénom que mon petit fils, pour moi il y a une diffé­rence entre les hommes et leurs fidèles compa­gnon, ce n’est certai­ne­ment pas une réflexion poli­ti­que­ment correcte pour tous les amis des animaux. Mais j’aime bien que les gens s’ap­pellent Didier et leur chien Médor. Je m’égare ! Ce roman raconte les amours contra­riés de Zibal, un homme super diplômé qui vend des maca­rons Laduré à l’aé­ro­port d’Orly et d’Alice une aveugle, peintre à ses heures, guidée par Jules. Malheu­reu­se­ment pour le chien, Alice recouvre la vue et Jules perd son utilité mais pas l’amour de sa maîtresse. Le roman peut commen­cer avec des suites de rebon­dis­se­ments auxquels on n’a pas besoin de croire puisque Didier Van Cauwe­laert vous les raconte si bien. C’est drôle, enlevé et comme cet écri­vain sait croquer nos compor­te­ments contem­po­rains un peu ridi­cules, ce roman se lit faci­le­ment. Je sais que je ne lirai pas le tome 2 (moins appré­cié des fans de Jules 1 !), sauf si un jour de cafard j’ai juste envie de me diver­tir. C’est déjà beau­coup d’avoir ce don là : diver­tir une Dinar­daise un jour de pluie !

Citations

L’amour des animaux et des chiens en particulier

Jacques Haus­sant est un misan­thrope comblé qui voit depuis toujours dans le chien d’ex­cel­lentes raisons de mépri­ser l’homme.

le personnage principal

Malgré moi j’ai béni la dégrin­go­lade sociale qui m’avait placé sur sa route. Avec un double diplôme d’in­gé­nieurs biochi­miste et d’as­tro­phy­si­cien, je suis devenu à quarante deux ans vendeur de maca­rons à Orly Ouest niveau Départ, hall 2.

Genre de petites observations que j’aime bien

Quant à la gestuelle des textos, elle crée dans les rues, les trans­ports, les bureaux une choré­gra­phie digi­tale que je suis la seule à trou­ver grotesque

Elles ne sont mariées que depuis trois semaines mais au rythme où elles se disputent, elles risquent fort d’être les pion­nières du « Divorce pour tous »

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard et coup de cœur de mon club

Je le mets dans la caté­go­rie « Roman qui font du bien », avec ces quatre coquillages, il est aussi dans « mes préfé­rences », parce qu’il raconte un très bel amour qui a duré tout le temps d’une vie de couple, brisé seule­ment par la mort trop précoce due à la chorée de Hunting­ton. Il y a telle­ment d’his­toires de couples qui n’ar­rivent pas à s’ai­mer dans la litté­ra­ture actuelle. Certes, (et hélas !) la mort précoce de la jeune femme, est peut-être un facteur de réus­site de cet amour, mais Tris­tan Talberg sous la plume de Patrick Tudo­ret raconte si bien cette rela­tion réus­sie, pleine de passion, de tendresse, d’at­ten­tion à autrui que cela m’a fait vrai­ment du bien au creux de cet hiver très gris. Ce roman n’est pas non plus un texte de plus sur le pèle­ri­nage de Compos­telle, mais plutôt un chemin vers la sortie du deuil.

Cette longue marche à pied, permet grâce à l’effort physique souvent soli­taire, un retour sur soi et une réflexion sur la foi. Les bruits du monde sont comme assour­dis, s’ils parviennent aux marcheurs c’est avec un temps de réflexion salu­taire. Ce n’est pas un livre triste, au contraire, il est souvent drôle, les diffé­rents marcheurs sont bien croqués, cela va de l’athée mili­tant aux confits en reli­gion. Tris­tan est un agnos­tique dans lequel je recon­nais volon­tiers plusieurs de mes tendances. Beau­coup plus cultivé que moi, il se passionne pour les auteurs comme Pascal, Chateau­briand, Saint Augus­tin mais c’est pour réflé­chir sur ses doutes et fuir tous les secta­rismes. Et le prix Nobel dans tout cela ? disons que c’est un beau prétexte pour réflé­chir sur la noto­riété et la média­ti­sa­tion du monde actuel. Un roman agréable à lire et j’ai déjà en tête bien des amies à qui je l’of­fri­rais volon­tiers.

Citations

Ceux qui ont refusé le Nobel

Sartre en 1960, vexé peut-être que Camus l’eût devancé de trois ans… ; Beckett aussi, ascète incor­rup­tible des Lettres (.…) Beckett n’avait pas un rond vaillant et la gentillette somme atta­chée au prix l’eût sans doute bien aidé, mais sa soupente d’étu­diant éter­nel était plus vaste que tous les palais

Ce portrait m’enchante

Fervent secta­teur du guide Miche­lin, son ingé­nieur de père, pour qui la poésie du monde rési­dait davan­tage dans un roule­ment à billes que dans les vers impairs de Verlaine, en vantait sans fléchir l’ob­jec­ti­vité et le sérieux .

La mort de l’aimée

Elle ne vit qu’une masse sombre effon­drée sur le lit. Une masse sombre tran­chant sur le drap clair, dans cette chambre étouf­fante et blanche. Un homme couché sur une femme aimée, ploye sur elle, la couvrant de tout son corps comme si elle avait froid. Mais elle n’avait plus froid

Agnostique et Athée

Mais, tu le sais, j’ai toujours eu les fonda­men­ta­listes en horreur, qu’ils fussent croyants ou athées. Leurs idées arrê­tées en font des statues de sel, des cerveaux en jachère. Leurs certi­tudes m’emmerdent. Cette pensée enkys­tée me fait honte et m’ef­fraie à la fois. Fonda­men­ta­lisme athée, gonflé de préten­tion sur ratio­na­listes, tenant dans le plus insup­por­table mépris les 9/​10° de l’hu­ma­nité pour qui Dieu et le sacré sont au coeur de tout, mais aussi fonda­men­ta­lisme reli­gieux qui nous fait le coup de la certi­tude « infor­mée », fermée à toute autre forme de pensée

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Traduit du norvé­gien par Jean Baptiste Cour­saud.

4
J’ai trouvé le premier tome de la trilo­gie des « Elling » dans ma média­thèque préfé­rée. Alors, peu importe si j’avais déjà lu « Potes pour la vie », je me suis préci­pi­tée sur le début de la vie d » »Elling ». Il n’y a aucune néces­sité à commen­cer la trilo­gie par le début. De plus, ce premier tome peut même vous décou­ra­ger de lire la suite ce qui serait bien dommage. La plus grande partie de ce roman raconte un voyage en Espagne avec sa mère. C’est triste et drôle à la fois, parfois c’est carré­ment tragique, mais le rythme du roman est beau­coup plus lent que « potes pour la vie ». C’est normal, il raconte sa vie avec sa mère qui malgré son immense amour n’a pas pu le lancer dans une vie indé­pen­dante d’elle. On le voit prendre toutes les mauvaises solu­tions, malgré son impla­cable logique. Mais son regard d’homme inadapté à la vie en groupe, nous fait aussi voir autre­ment les voyages orga­ni­sés dans les lieux touris­tiques accueillant des milliers de touristes et Beni­dorm sur la « Costa Blanca » n’est pas exac­te­ment mon endroit de rêve même si au creux de l’hi­ver j’ai des envies de soleil.

Évide­ment, même cette image est trom­peuse, la réalité pour Eling sera encore pire, lui et sa mère auront une chambre donnant sur une arrière cour, avec vue sur les poubelles. Et, catas­trophe leur chambre n’aura qu’un seul lit, ce qui entraî­nera pour Elling un délire des plus fou sur ce qui peut se passer dans l’es­prit de quel­qu’un qui veut qu’un fils de 30 ans, couche dans le même lit que sa mère.

Il sera d’ailleurs beau­coup ques­tion de sexua­lité dans ce roman, la scène dans le bain au milieu des jeunes femmes espa­gnoles est un peu lourde mais très drôle. Et puis il y a le tragique, son enfance où des jeunes l’ont pris comme souffre douleur, en lui faisant subir des violences sexuelles et autres. Dans ce récit tour­menté où tous ses souve­nirs prennent corps on comprend combien sa vie et celle de sa mère ont été compli­quées et ce qui est très triste, combien l’amour n’a pas suffi à faire de lui un être à part entière. Non, Elling n’est ni débile ni fou mais sa diffé­rence ne lui permet pas d’af­fron­ter le monde exté­rieur. Par contre l’ana­lyse qu’il en fait nous met face à nos travers de façon très drôle.

Fina­le­ment, il se retrouve avec Kjell Bjarne dans un centre psychia­trique et lui invente des histoires amou­reuses, ensemble ils réus­si­ront à mieux affron­ter le monde exté­rieur. Je lirai certai­ne­ment le troi­sième tome, et si j’es­père que nos socié­tés peuvent faire une place à des gens aussi diffé­rents, je n’en suis pas sûre.

Citations :

La vision des bains de mer selon Elling

Ne mettrais-je pas plutôt ces vacances à profit pour me baigner, ou éven­tuel­le­ment faire des prome­nades sous les palmiers ? Eh bien non, juste­ment, ce n’était pas dans mon inten­tion. ! Une prome­nade pédestre vite expé­diée sous les palmiers – je voulais bien . Mais la baignade comme le nom l’in­di­quait c’était une acti­vité que je prati­quais dans la baignoire. Et en compa­gnie de nul autre que moi-même. Non pas que j’ai honte de mon propre corps, loin de là, il n’était guère diffé­rent de la plupart des autres corps . Mais ce n’était pas une raison pour l’ac­cu­mu­ler à une centaine d’autres qui déjà se serraient comme des sardines sur une plage. De plus, je nour­ris­sais une profonde aver­sion pour la fréquen­ta­tion collec­tive d’une eau souillée par un bataillon entier d’hommes n’ayant pas fait leur toilette et de femmes en plein cycle mens­truel.

Voyage en avion remarque pertinente d’Elling

Une fois sur le tarmac, il s’est produit cette anec­dote singu­lière. Quelques-uns des passa­gers se sont mis à frap­per dans leurs mains. Voilà des gens qui sans vergogne, applau­dis­saient ! Mais pour quoi ? Si je peux me permettre de deman­der, et je le fais d’ailleurs. Ah ici ça aurait bonne mine si les passa­gers de la ligne 3 du métro d’Oslo se mettaient à frap­per dans leurs mains chaque fois que la rame s’ar­rê­tait à une nouvelle station. Ce serait ridicule.ce serait ni plus ni moins qu’une ridi­cu­li­sa­tion du chauf­feur.

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Traduit de l’an­glais par Odile Demange.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

3
C’est un roman qui a connu un grand succès, si j’en juge par les critiques très posi­tives de Babe­lio. Je l’ai lu rapi­de­ment et avec beau­coup d’in­té­rêt. L’au­teur raconte une histoire du point de vue d’un jeune autiste, et mieux qu’un grand discours théo­rique sur l’au­tisme, il nous fait parfai­te­ment comprendre combien leur façon d’ap­pré­hen­der le monde est diffé­rent du nôtre. A aucun moment, l’au­teur ne quitte la façon qu’à Chris­to­pher d’ap­pré­hen­der les nombreuses diffi­cul­tés liées à l’en­quête dans laquelle il se lance.

Un chien a été sauva­ge­ment trucidé par un coup de fourche en face de chez lui. Il veut savoir qui a fait cela et pour cela, pose des ques­tions à son voisi­nage. Il décou­vrira la vérité mais hélas , égale­ment que son père lui a menti. Un autiste ne sait pas mentir et le mensonge d’une personne à qui il avait accordé sa confiance provoque un séisme dans sa conscience.

On sent à travers ce roman toute la diffi­culté d’éle­ver un enfant autiste. Ses parents ne sont ni meilleurs ni pires que les autres, mais pour élever un tel enfant il faut être à la fois un génie et un saint. Inca­pables de compro­mis, ils peuvent se mettre en danger et mettre en danger les autres sans se rendre compte de ce qu’ils font. Et puis, si jamais vous voulez les contra­rier, comme Chris­to­pher, ils peuvent se rouler en boule et commen­cer à hurler. Et puis, heureu­se­ment, il y a les mathé­ma­tiques, domaine où enfin les choses sont bien rangées dans un ordre qu’au­cun affect ne saurait déran­ger. Alors loin de tout ce qui lui fait peur, le jeune Chris­to­pher s’adonne à sa passion et est certain qu’il a une place dans le monde.

Je ne peux pas dire que je partage l’en­thou­siasme de la centaine de critiques de Babe­lio, mais cela m’a fait du bien d’ac­com­pa­gner les efforts d’un écri­vain qui veut aider à comprendre le monde si étrange des autistes.

Citations

Les sentiments de Christopher

J’aime bien les chiens. On sait toujours ce qu’ils pensent. Ils ont quatre humeurs. Content, triste, fâché, et concen­tré. En plus, les chiens sont fidèles et ils ne disent pas de mensonges parce qu’ils ne savent pas parler.

Sa difficulté à comprendre les autres

Je trouve les gens décon­cer­tants.

Pour deux raisons essen­tielles.

La première raison essen­tielle est qu’ils parlent beau­coup sans se servir de mots. Sioban dit que si l’on lève un sour­cil, ça peut signi­fier plusieurs choses diffé­rentes. Ça peut signi­fier « J’ai envie d’avoir des rela­tions sexuelle avec toi » mais aussi « Je trouve que ce que tu viens de dire est complè­te­ment idiot. »

SONY DSCTraduit du Norvé­gien par Jean-Baptiste Cour­saud.
Un énorme merci Keisha  pour ce petit joyau.

5
J’es­père vous donner envie de lire ce roman qui est sur ma liste de juillet 2014. Avec un talent rare, Ingvar Ambjørn­sen raconte le quoti­dien de deux hommes que l’hô­pi­tal psychia­trique a réuni. Ils sont diffé­rents des gens dits « normaux », Elling le person­nage prin­ci­pal est très cultivé, s’ex­prime dans une langue très recher­chée mais il est abso­lu­ment inca­pable d’af­fron­ter les réali­tés du quoti­dien. Tout devient très compli­qué quand, comme lui, on essaie de tout comprendre, ce qui se voit et ce qui ne se voit pas avant la moindre action. Heureu­se­ment, dans sa vie, il y a Kjell Bjarne son « pote pour la vie » et à deux, ils finissent par s’en sortir. J’ou­bliais un person­nage clé, Frank, l’in­fir­mier psychia­trique qui les aide à se recons­truire en dehors de l’ins­ti­tu­tion. Il mérite une médaille cet homme, car il sait malgré tous les obstacles que l’ont peut rame­ner vers la vie en société ces deux olibrius, qui passent leur temps à le criti­quer alors même qu’ils lui font une confiance abso­lue.

Les situa­tions font vrai­ment rire, car à travers tout le sérieux avec lequel Elling nous explique le pour et le contre de telle ou telle déci­sion, on imagine les réac­tions des gens autour de lui qui pensent qu’il serait si simple d’agir au lieu de tant réflé­chir. Imagi­nez par exemple à quel point il peut-être diffi­cile de prendre un billet pour aller en train dans une ville de la banlieue d’Oslo. Ceci pour aller voir Frank qui n’a pas jugé utile de venir les cher­cher en voiture. Fina­le­ment tout se passera correc­te­ment, même si Elling a été un peu long au guichet, il a tenu à expli­quer à l’employé qui était Frank, quelle partie de sa famille avait un rapport avec la ville de banlieue en ques­tion… et évidem­ment derrière lui les gens s’im­pa­tien­taient un peu… Mais les deux compères sont arri­vés, un peu en avance (quatre heure d’avance) dans un pays ou attendre dans le froid n’est pas sans consé­quence !

Je ne peux évidem­ment tout racon­ter, je vous laisse décou­vrir le rapport entre la poésie et la chou­croute, l’uti­lité de chan­ger de slips, la diffi­culté d’uti­li­ser les toilettes publiques, l’im­por­tance des statues dans les jardins… Mais surtout lais­sez-vous embar­quer pour une grande, très grande leçon d’hu­ma­nité et des bonnes tranches de rire.

Citation

L’aménagement de l’appartement , l’imaginaire bridé par Frank (celui qui doit les aider depuis leur sortie de l’hôpital psychiatrique)

Je me plai­sais à me présen­ter notre appar­te­ment comme étant le mien .Comme étant le nôtre, à Kjell Bjarne et moi. Lequel , toujours à Broynes , m écri­vait pour me deman­der comment se passait les réno­va­tions . Je répon­dais qu’elles se passaient mal . Qu’un dénommé Frank s’in­ter­po­sait en perma­nence. Notre idée d’ins­tal­ler un jardin suspendu dans le salon tombait sale­ment à l’eau. Frank n’avait même pas voulu en discu­ter.

La rencontre amoureuse de Kjell Bjarne et la psychologie torturée d’Elling

Je ne parve­nais pour ainsi dire pas à m’emparer de l’image repré­sen­tant Kjell Bjarne et Reidun Nord­slet­ten dans la cuisine . De quoi parlaient-ils ? Kjell Bjarne était-il aussi peu loquace qu’il en avait pris l’ha­bi­tude avec moi ? Ou brillait-il grâce à des mots d’es­prit et des tour­nures amusantes main­te­nant qu’une femme lui prêtait une oreille avide ? Lui prêtait-elle d’ailleurs autre chose d’avide que sa seule oreille ? Y avait-il déjà quelque chose entre eux ? Non. Sans quoi je m’en serais rendu compte . Il ne fallait pas pous­ser !

Lors­qu’il est redes­cendu, sifflo­tant, sa boîte à outils sous le bras, j’ai été soudain très acca­paré par la lecture du jour­nal du jour. S’il croyait que mille et une ques­tion me brûlaient la langue, il pouvait toujours se bros­ser. A peine si j’ai daigné lui accor­der un regard avant de retour­ner à mon article.Tiens donc : le parti social-démo­crate récla­mait une baisse des taxes d’im­por­ta­tion sur les véhi­cules ! Il valait mieux lire ça que d’être aveugle. Et, ailleur , ils annon­çaient qu’il allait faire plus froid. On se couche déci­dé­ment moins bête le soir à chaque seconde qui passe, ai-je songé.

Coup de téléphone non prévu

Il voulait savoir s’il me déran­geait, si j’étais très occupé. Ce que j’étais à l’évi­dence étant donné que je rangeais mon tiroir. Mais quelque chose me rete­nait de lui four­nir cette expli­ca­tion. J’ai menti, répon­dant que je m’en­nuyais à cent sous de l’heure.

Portrait de Frank vu par le Elling le rouspéteur

Frank ? Mais que croyait-elle à la fin ? que nous sortions de notre plein gré manger une pizza avec ce misé­rable espion des services commu­naux qui four­rait son nez dans tout ce que nous disions et faisions ? Nous n’avions pas le choix, si tant est que nous voulions conser­ver notre appar­te­ment ainsi que les maigres privi­lèges qui y étaient liés. Frank ? Un gauchiste minable qui rame­nait sa fraise de façon intem­pes­tive et se mêlait même du choix de la pizza que les gens allaient consom­mer et qui, par dessus le marché, était payé par la ville d’Oslo pour le faire !

Et pour le fun si vous voulez un petit air de Norvège.. Et imaginez Terry, un Togolais qui fait la vaisselle à l’hôpital royal qui devient en quatre mois un expert en Halling

Ce que j’ai trouvé sur Youtube sur les films réali­sés à partir de l’œuvre de Ingvar Ambjørn­sen (que j’ai­me­rais pouvoir les voir !).

SONY DSCLu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Deux heures de lecture, pas plus, mais deux heures agréables et très drôles. C’est visi­ble­ment compli­qué de gran­dir avec deux parents sourds quand soi-même on entend très bien. Dans de très courts chapitres Véro­nique Poulain raconte son quoti­dien. Et si, comme moi, on ne connaît pas du tout ce monde là, c’est très instruc­tif. Est-ce qu’il y avait matière à un livre ? Je ne sais pas trop, disons… que je suis contente de ne pas avoir eu à l’ache­ter, mais que je ne regrette pas ma lecture. Je sais main­te­nant que les sourds sont très bruyants et que leurs enfants sont malheu­reux qu’on les remarque, surtout quand ils pètent trop fort dans un bus ! Pour moi qui ne suis pas spécia­liste, c’est un excellent livre pour les adoles­cents, cela permet de comprendre le handi­cap présenté sous une forme humo­ris­tique.

Il paraît que le film : « La famille Bélier » qui a été tourné à partir du livre connaît un cerain succès. J’ima­gine les éclats de rire à la scène du « prout » . Lire le billet de Dasola pour ne pas aller voir le film.

Citations

Les textos ont aidé la communication mais il reste quelques difficultés

Aussi habi­tuée que je sois au langage de ma mère, je ne comprends pas toujours ses textos. « oui café pas pu venir cause occupe dernière minute surprise invite. » Phrase limpide.

« Je ne sais pas Fran­çoise appelle plusieurs mon skype déjà. Pour ça. » Pour ça quoi ? Je laisse tomber.

Humour

Dans la langue de mes parents, il n’y a pas de méta­phores, pas d’ar­ticles, pas de conju­gai­sons, pas de proverbes, maximes, dictons, Pas de jeux de mots. Pas d’implicite.Pas de sous-enten­dus. Déjà qu’ils n’en­tendent pas, comment voulez vous qu’ils sous entendent.

On en parle

Un concert de louanges sur Babe­lio que je trouve un peu exces­sives, ce n’est quand même pas le livre du siècle.

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J’ai rare­ment été aussi boule­ver­sée par un livre. J’en ai lu chaque page, chaque ligne, chaque mot avec une inten­sité de plus en plus forte au fur et à mesure des chapitres. La quatrième de couver­ture l’annonce, l’auteure cherche à cerner la folie de son père au fil des 26 lettres de l’alphabet.

Elle s’aide du jour­nal qu’a tenu son père et de ses souve­nirs d’enfance entiè­re­ment marqués par la mala­die de son père maniaco-dépres­sif. Pour moi, dans ce livre tout n’est que souf­france et comme aucune solu­tion ne semble possible, ni l’intelligence de son père, ni l’amour de ses filles, ni l’amour que les femmes lui ont porté, on se sent terrassé.

Il faut aussi souli­gner la beauté de l’écriture qui rend cette histoire lisible.

Citations

À la lettre « D » Disparu

Quand je disais « mon père » cette année-là, les mots tenaient bon, je ne sais pas comment le dire autre­ment, j’avais l’impression de parler la même langue que les autres, d’habiter un monde commun (alors que d’ordinaire, pronon­çant ces deux mots, je voyais s’ouvrir un écart infran­chis­sable …… « mon père » c’est-à-dire mon délire, ma détresse, mon dément, mon deuil, mon disparu).

À la lettre « M » Mouton noir

… comme si, après toutes ces années, au seuil de sa nuit, il avait appris à jouer avec l’ombre en lui, renoncé à « faire comme tout le monde », à faire comme si, accepté cette figure impo­sée, ce portrait de lui en brebis galeuse, en bouc émis­saire, en mouton à cinq pattes, que sais-je encore, accueilli sa folie et trouvé par là le désir et l’espoir de ne plus en souf­frir, seul, toujours, diffé­rent, encore, mais apaisé.

Dans le journal de son père

J’avais pour­tant été un bon marin, mais la mala­die avait fait de moi un danger public.

L’auteure parle

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C’est un livre qu’on ne quitte plus quand on l’a commencé. Cette voix d’enfant à laquelle s’adresse l’auteur en lui disant « tu » touche le lecteur. Marion (Funny) doit affron­ter deux drames inti­me­ment liés la mala­die mentale de sa mère maniaco-dépres­sive et la honte d’être une enfant d’un soldat alle­mand. L’enfant aime, a peur, a honte de sa mère. Une solu­tion existe : ses grands parents des gens « comme il faut » mais qui ne savent pas comprendre l’attachement de la petite à cette mère qui aime sa fille malgré sa mala­die.
Ce n’est pas un excellent roman mais c’est un beau témoi­gnage de ce que peuvent suppor­ter des enfants lorsque les parents sont déséqui­li­brés.

Citations

Une mala­die à éclipses. Une mala­die à répé­ti­tions. Une mala­die à surprises. Une mala­die sur le nom de laquelle à l’époque, on hési­tait. Une mala­die qui faisait honte. Une mala­die qui faisait peur.

Tu aimes votre appar­te­ment,…. C’est là … que tu as commencé à aimer Fanny 

Tant de choses comme cela que tu ignores. Que tu devines vague­ment. Des choses qui sont là. Qui te frôlent, cachées dans l’ombre, mais si denses que tu en éprouves la secrète présence, comme une menace.

Elle n’est pas comme les autres. Elle détonne parmi les fidèles, ces gens tran­quilles, sans éclat, ces gens qu’on ne remarque pas, qu’on ne voit pas….. Elle crie au milieu des muets. Elle danse parmi les gisants.

Et celle-là, tu la hais, de toutes tes forces.
La bête mauvaise, c’était elle. Depuis le premier jour.

On en parle

La femme de l’Allemand – Marie SIZUN link