lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard (thème exil)

Une femme d’origine géor­gienne, Tamouna, va fêter ses 90 ans, elle a fui à 15 ans avec sa famille son pays natal en 1921. Atteinte aujourd’hui d’une mala­die pulmo­naire, elle ne peut vivre sans oxygène, sa vie est donc limi­tée à son appar­te­ment et aux visi­tes de sa nombreuse et pétu­lante famille. Par bribes les souve­nirs vont arri­ver dans son cerveau un peu embrumé. Sa petite fille qui doit ressem­bler très fort à Kéthé­vane Dawri­chewi, l’oblige à regar­der toutes les photos que la famille conserve pieu­se­ment. Bébia et Babou les grands parents sont là enfouis dans sa mémoire un peu effa­cés comme ces photos jaunies. Et puis surtout, il y a Tamaz celui qu’elle a tant aimé et qui n’a jamais réussi à la rejoin­dre à travers les chemins de l’exil. Ce livre m’a permis de recher­cher le passé de la Géor­gie qui a en effet connu 2 ans d’indépendance avant de tomber sous la main de fer de Staline. Ce n’est pas un mince problème pour un si petit pays que d’avoir le grand frère russe juste à ses fron­tiè­res et encore aujourd’hui, c’est très compli­qué. Mais plus que la réalité poli­ti­que ce livre permet de vivre avec la mino­rité géor­gienne en France, connaî­tre leurs diffi­cul­tés d’adaptation écono­mi­ques, le succès intel­lec­tuel des petits enfants, les peurs des enfants qui atten­dent leur père parti combat­tre les sovié­ti­ques alors que la cause était déjà perdue,la honte d’avoir un oncle parti combat­tre l’armée russe sous l’uniforme nazi . Tous ces souve­nirs sont là dans sa tête et dans cet appar­te­ment qu’elle ne quitte plus. Je suis toujours très sensi­ble au charme de cette auteure, elle reste toujours légère même dans des sujets graves et j’ai aimé qu’elle partage avec des lecteurs fran­çais ses origi­nes et sa famille.

Citations

Pudeur du récit

Le chien est resté en Géor­gie. avec ses grands parents. Elle ne les a jamais revus. Aucun des trois. Elle ignore la date exacte de leurs morts.

Le géorgien avant 1918

Nous parlons géor­gien entre nous. C’est la langue de la famille. Celle des vacan­ces. À l’école, on doit parler le russe. C’est la règle. Le géor­gien est une langue de chien, dit notre maître. Toute tenta­tive de braver l’interdit est sévè­re­ment punie.

Solidarité des exilés

Il vient du Maroc, il était cuisi­nier au palais du roi avant de venir en France, il évoque souvent l’exil et la famille qu’il a lais­sée derrière lui. Elle écoute, elle le force parfois à dire les mauvais trai­te­ments qu’il a subis au palais . Il le dit par bribes avec réti­cence. elle se repro­che ensuite son insis­tance. elle-​même ne parle jamais des raisons de son exil.

Les peurs des enfants

De nouveaux émigrés sont arri­vés, mon père n’est pas revenu, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. Il a peut-​être été déporté, je crois que c’est le sort des oppo­sante. Ou bien il est mort. Je dois te paraî­tre cyni­que . Je te choque sans doute. Mais je meurs des mots que personne ne prononce.

Je ne sais pas depuis quand ce roman était dans ma biblio­thè­que ni qui l’y a mis. Je n’ai pas souve­nir d’avoir voulu le lire, mais c’est chose faite. Est-​ce un roman ? un essai ? une auto­fic­tion ? Je ne peux pas répon­dre à ces ques­tions, tout ce que je peux dire c’est que rare­ment un écri­vain aura fait de lui-​même un portrait plus déplai­sant. En le lisant, je me disais : « quel est le malheur plus grand que de n’être pas aimé ?, de ne pas aimer soi-​même ? » et bien j’ai trouvé la réponse « d’être aimé par un écri­vain à l’esprit torturé ! ». Car ce « roman russe » raconte la vie d’Emmanuel Carrère, sa mère, son grand père russe et colla­bo­ra­teur des nazis, et l’amour d » Emma­nuel pour une pauvre Sophie qui doit être bien triste de l’avoir aimé. Lui qui, lorsqu’il est angoissé a de l’herpès sur le prépuce. Ne soyez pas étonné que je connaisse ce fait si impor­tant, il est dans son roman comme tant d’autres détails dont je me serai volon­tiers passée. Donc, on connaît tout de ses peti­tes­ses dans sa conduite amou­reuse, le clou de l’ignominie c’est lorsqu’il lui offre exac­te­ment la même bague que Jean-​Claude Romand avait offert à sa femme et qu’il l’emmène le soir même une adap­ta­tion de son livre « L’adversaire » qui raconte juste­ment les meur­tres de Romand. Est-​ce que je rejette tout de ce livre ? je me dis qu’il lui a permis peut-​être de se recons­truire en étalant ainsi les côtés les plus déséqui­li­brés de son être et des failles de sa famille. Je trouve aussi que la partie russe résonne assez juste, mais ce dont je suis certaine c’est que si j’avais commencé par la lecture de ce livre je n’aurais plus jamais ouvert un livre de cet auteur.

Citations

Autoportrait peu flatteur

La plupart de mes amis s’adonnent à des acti­vi­tés artis­ti­ques, et s’ils n’écrivent pas de livres ou ne réali­sent pas de films, s’ils travaillent par exem­ple dans l’édition cela veut dire qu’ils diri­gent une maison d’édition. Là où je suis, moi copain avec le patron, elle l’est avec la stan­dar­diste. Elle fait partie, et ses amis comme elle, de la popu­la­tion qui prend chaque matin le métro pour aller au bureau, qui a une carte orange, des tickets restau­rants, qui envoie des CV et qui pose des congés. Je l’aime, mais je n’aime pas ses amis, je ne suis pas à l’aise dans son monde, qui est celui du sala­riat modeste, des gens qui disent « sur Paris » et qui partent à Marra­kech avec le comité d’entreprise. J’ai bien conscience que ces juge­ments me jugent, et qu’ils tracent de moi un portrait déplai­sant.

Jugement du principal protagoniste du film Retour à Kotelnitch

C’est bien : et ce que je trouve surtout bien, c’est que tu parles de ton grand père, de ton histoire à toi. Tu n’es pas seule­ment venu pren­dre notre malheur à nous, tu as apporté le tien.Ça, ça me plaît.


Ce livre a obtenu un coup de cœur de notre club et je comprends pour­quoi. C’est un livre d’une lecture éprou­vante car il met en scène, dans un essai romancé, certai­nes horreurs de notre huma­nité et le plus insup­por­ta­ble, c’est qu’on sait que cela conti­nue encore et encore, la Corée du Nord est, en effet, capa­ble du pire. C’est une partie du pire dont il s’agit ici : pour des raisons assez obscu­res, des assas­sins de Corée du Nord, en 1970, ont enlevé des Japo­nais pour les emme­ner et les rete­nir dans l’enfer de leurs pays. Certains seront employés pour appren­dre le japo­nais à des terro­ris­tes qui sévi­ront sous une fausse iden­tité japo­naise dans le monde entier. Une terro­riste qui avouera la respon­sa­bi­lité du krach vol 858 en 1987  expli­quera qu’une jeune japo­naise lui avait appris la langue et la culture du Japon. Il y a aussi le cas du GI améri­cain, Char­les R. Jenkins, qui de son plein gré partira en Corée du Nord, il en revien­dra 36 ans plus tard. Son témoi­gnage a beau­coup aidé Eric Faye pour la rédac­tion de ce livre.

Avec un talent et une déli­ca­tesse incroya­bles l’auteur décrit la douleur de ceux qui ont vu dispa­raî­tre leur proche au Japon et l’horreur du destin de ces pauvres Japo­nais qui ne compre­naient rien à ce qui leur arri­vait en arri­vant aux pays des fous crimi­nels. Et à travers tous ces drames, la vie en Corée du Nord nous appa­raît dans son absur­dité la plus cruelle que l’homme puisse imagi­ner. J’ai vrai­ment du mal à compren­dre pour­quoi le monde entier ne se mobi­lise pas pour déli­vrer ce peuple de la main mise du plus féroce et impla­ca­ble des dicta­teurs.

Citations

Le malheur de la mère dont on a enlevé la fillette de 12 ans

À chaque pas, il semblait à cette mère orphe­line retrou­ver un nouveau mot de la dernière conver­sa­tion avec sa fille. Et à chaque fois qu’elle pensait à un mot précis, elle le plaçait sous le micro­scope de la culpa­bi­lité.

C’était une coupa­ble qui allait errant dans les rues de Niigata. Régu­liè­re­ment, à l’heure de sortie des collè­ges, Elle voyait sa fille devant elle et pres­sait le pas pour la rattra­per, puis dépas­sait une incon­nue en concé­dant son erreur. Elle ne voulait lais­ser aucune place au doute, si bien qu’elle préfé­rait mille de ces menues défai­tes à une seule incer­ti­tude.

L’horreur de la répression en Corée du Nord

Le camp couvre toute une région de monta­gnes, et dans les clôtu­res qui le déli­mi­tent circule un courant continu. Le camp recèle un centre de déten­tion souter­rain. Une prison dans la prison, ou plutôt sous la prison, dont les déte­nus ne voient jamais le jour et dont les gardiens ont ordre de ne jamais parler.… Le couloir que je devais surveiller comp­tait une quin­zaine de cellu­les d’isolement, éclai­rées tout le temps par une ampoule au plafond et tout juste assez longues pour qu’un homme s’y tienne allongé, à une tempé­ra­ture constante, dans une humi­dité qui dété­riore tout, la peau, la santé.

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J’ai beau­coup appré­cié « le cas Einstein  » le précé­dent roman de cet auteur. J’ai reçu celui-​ci en cadeau et je l’ai lu avec grand plai­sir. J’ai aimé sa construc­tion, la vie de Léna Kotev, serait incom­pré­hen­si­ble sans l’évocation de tous les morts de méde­cins juifs qui peuplent son histoire. L’alternance des chapi­tres assez courts, permet de suppor­ter la lecture des violen­ces anti­sé­mi­tes. Le fait de retrou­ver Léna, dans sa vie de femme chef de service en cancé­ro­lo­gie dans un grand hôpi­tal pari­sien en 2015, me permet­tait de repren­dre ma respi­ra­tion. Car du souf­fle, il en faut pour suppor­ter la descrip­tion des pogroms de Ludi­chev en 1904, puis la folie des Nazis à Berlin en 1934, puis a Nice en 1943, et enfin à Moscou en 1953, la folie anti­sé­mite des commu­nis­tes stali­niens.

J’ai aimé égale­ment que le roman soit ellip­ti­que et fasse l’impasse sur les détails des connexions de tous les person­na­ges. On a l’impression de n’avoir que les temps forts de cette histoire dont on peut imagi­ner les passa­ges non écrits. Quand on referme ce roman après la page 296, comme l’histoire se déroule de 1904 à 2015, on a l’impression d’avoir lu des milliers de pages.

Si j’ai mis ce livre dans une biblio­thè­que, c’est que le père de Léna, Tobias, est un fou amou­reux des livres, qui ont une grande impor­tance tout le long du roman. Laurent Seksik, méde­cin, écri­vain et histo­rien, parle d’une façon très riche de l’être humain. Celui qui souf­fre dans son corps, comme celui qui souf­fre dans son âme. Ses person­na­ges traver­sent diffé­ren­tes pério­des de l’histoire, et on vit inten­sé­ment chaque moment car il a su rendre réels les événe­ments dont il parle. Les pogroms de Ludi­chev sont une pure horreur dont je n’avais pas vrai­ment pris conscience. La nuit de Cris­tal, la persé­cu­tion Nazie en France, le procès des méde­cins juifs sous Staline tout cela est plus présent dans la litté­ra­ture comme dans notre mémoire collec­tive. Mais on doit au talent de Laurent Seksik de savoir nous en parler avec un nouvel éclai­rage et sans aucune lour­deur. Chaque person­nage est habité par une foi indes­truc­ti­ble d’abord dans la foi juive dans la vieille russie, puis dans le progrès scien­ti­fi­que à Berlin et enfin dans l’humanité en 2015. C’est vrai­ment un roman superbe : quelle leçon de vie !

Citations

Réflexion du médecin le soir chez lui, jolie phrase

Son cerveau était un dispen­saire à l’heure où les douleurs languis­sent.

Description de la vérole

Pavel n’avait pas été alerté par la petite écor­chure sur le pénis que présen­tait son patient. Le chan­cre avait rapi­de­ment disparu, la mala­die s’était éclip­sée. La vérole était reve­nue de longs mois plus tard, sous d’autres masques, plaques rosées sur la peau, gorge enrouée puis, lente­ment, le mal avait ravagé chaque partie du corps, de la plante des pieds au cuir chevelu, jusqu’à pour­rir les chairs, briser les os, boucher les artè­res, broyer le visage, rendre taré, débile, estro­pié, tordu ; les tour­ments de la peste et du choléra réunis dans une lenteur program­mée. À la fin, le mal avait mordu le cœur, liqué­fié l’encéphale. La mort seule mettrait un terme au supplice.

Condition juive du temps des pogroms, débats à l’infini sur la théologie

Dans le doute, chacun faisait à sa manière. Trois ou quatre heures ? Cette seule ques­tion résu­mait aux yeux de Pavel toute la condi­tion juive, une inter­ro­ga­tion perma­nente, un ques­tion­ne­ment de tous les instants, un inter­mi­na­ble, déri­soire et splen­dide voyage dans un infini et vain champ de réflexion.

La vérité est dans les romans

Moi, je me moque de la stricte vérité. Si je veux le vrai, je lis le jour­nal. Si je veux de l’intelligence, je lis la philo­so­phie. Mais la vérité de l’homme – qui n’a rien à voir, j’en conviens, avec la vérité des faits- est dans l’émotion. Je la trouve dans les romans. 

La plainte d’un hypocondriaque

Tu ne prends pas ma souf­france au sérieux. Personne n’a jamais pris ma souf­france au sérieux de toute façon. C’est à déses­pé­rer de souf­frir.

Le communisme

Cama­rade Kotev, n’attends rien non plus de notre huma­nité. La compas­sion est au pouvoir commu­niste ce que l’autoritarisme est à la démo­cra­tie.

Citation du journal L’humanité de 1953

Un groupe de méde­cins terro­ris­tes vient d’être décou­vert en Union sovié­ti­que : ils ont été démas­qués commis des agents des servi­ces de rensei­gne­ment améri­cains, certains d’entre eux avaient été recru­tés par l’intermédiaire du Joint, orga­ni­sa­tion sioniste inter­na­tio­nale.
Les méde­cins fran­çais esti­ment qu’un très grand service a été rendu à la causé de la paix par la mise hors d’état de nuire de ce groupe de crimi­nels…

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Ces deux livres qui se suivent sur mon blog ont en commun plusieurs choses : Poutine veut revi­si­ter l’époque stali­nienne pour en reti­rer ce qui a été favo­ra­ble à la Russie, Nico­las Werth accom­pli un remar­qua­ble travail d’historien pour mettre en lumière les horreurs de cette époque et montrer comment et pour­quoi elles se sont produi­tes. Poutine pense qu’il faut arrê­ter de penser au passé et oublier les crimes et les crimi­nels de l’histoire de l’URSS, Nico­las Werth pense que la Russie irait mieux si elle se souve­nait de ce qui a eu réel­le­ment lieu durant l’ère sovié­ti­que.

J’ai essayé plusieurs fois de lire ce livre et plusieurs fois, j’ai renoncé, tant l’effroyable vérité qui s’imposait à moi grâce au travail de Nico­las Werth me rendait litté­ra­le­ment malade. Mais après avoir lu l’essai de Michel Eltcha­ni­noff « Dans la tête de Poutine  » , je voulais aller jusqu’au bout du récit de l’horreur. Poutine veut réha­bi­li­ter quel­ques aspects du Stali­nisme, décla­rant dans une formule célè­bre « Celui qui ne regrette pas la destruc­tion de l’Union sovié­ti­que n’a pas de cœur. Et celui qui veut sa recons­truc­tion à l’identique n’a pas de tête ». Il nous reste, donc, à lire le travail des histo­riens pour savoir ce qu’a été exac­te­ment cette période de l’histoire de ce malheu­reux pays.

Nico­las Werth fait un travail très sérieux, il donne toutes ses sour­ces et s’appuie unique­ment sur les docu­ments offi­ciels sovié­ti­ques . L’île de Nazino ou « l’île aux canni­ba­les » est un des rares événe­ments bien connus des auto­ri­tés de l’époque. (Mais ne repré­sente que 1 % des dispa­rus des colo­nies de peuple­ment) Une enquête a été dili­gen­tée sur cette effroya­ble dépor­ta­tion : en 1933, on a envoyé des milliers de dépor­tés dans une île entou­rée de maré­ca­ges, ils étaient pour la plupart des cita­dins en tenu de ville et n’avaient aucun outil pour survi­vre dans un milieu hosti­les. Les plus féro­ces d’entre eux ont tué les plus faibles pour les manger.

Cela n’est pas arrivé par hasard, Nico­las Werth démonte tous les roua­ges qui ont permis d’en arri­ver là. On aurait pu penser que l’échec des colo­nies de peuple­ment dont le point culmi­nant est Nazino, allait permet­tre une prise de conscience des diri­geants commu­nis­tes et effec­ti­ve­ment cela a servi de leçon mais pas dans le sens que des êtres humains auraient pu l’imaginer. 1933 n’est que le début de l’élimination des « para­si­tes » qui ne compren­nent pas les bien­faits de la grande cause prolé­ta­rienne. … et en 1937 commen­cera « la grande terreur », Staline aura bien retenu la leçon de Nazino, plus de colo­nies de peuple­ment , il a mis en place des exécu­tions très rapi­des après des juge­ments expé­di­tifs, Nico­las Werth avance un chif­fre de 800 000 person­nes fusillées et les autres fini­rent au goulag au travail forcé.

Si j’étais Russe je manque­rai certai­ne­ment de cœur MONSIEUR Poutine, mais je ne voudrais pas que l’on me force à regret­ter L’URSS.

Citations

La grande famine en Ukraine : Holodomor

L’horreur des chiffres

Depuis l’instauration des camps de travail et « des villa­ges spéciaux » pour paysans dépor­tés, les prisons, dont la capa­cité maxi­male était de l’ordre de 180 000 places accueillaient en règle géné­rale les condam­nés à de cour­tes peines (infé­rieu­res à trois ans) et les indi­vi­dus arrê­tés en attente de juge­ment. A partir de l’été 1932, sous l’effet des arres­ta­tions massi­ves liées à la campa­gne de collecte, parti­cu­liè­re­ment tendue, le nombre des déte­nus incar­cé­rés en prison augmenta de maniè­res expo­nen­tielle pour attein­dre le chif­fre énorme de 800 000 person­nes au prin­temps 1933. 

Toujours l’horreur

En trois ans, le chep­tel sibé­rien fondit, selon les données offi­ciel­les, des deux tiers, tandis que les rende­ments céréa­liers bais­saient des 45 .Les plans de collecte, quant à eux, augmen­tè­rent durant ces années de plus de 30 % . Dès le prin­temps 1931, les rapports secrets de l’OGPU envoyés à la Direc­tion régio­nale du Parti recon­nais­saient l’existence de « foyers isolés de diffi­cul­tés alimen­tai­res » . Le plan de collecte de 1931, très élevé- plus de 1400 000tonnes de céréa­les et 450 000 tonnes de viande- , fut réalisé avec plusieurs mois de retard et au prix d’un abat­tage massif du chep­tel et d’une confis­ca­tion d’une partie des semen­ces pour la récolte de l’année suivante. Dans une quaran­taine de districts agri­co­les du sud de la Sibé­rie occi­den­tale, les diset­tes de 1931 evolue­rent loca­le­ment vers de véri­ta­ble fami­nes durant le prin­temps 1932

L’île aux cannibales

A Nazino, à la suite d’un fais­ceau de circons­tan­ces aggra­van­tes – un groupe d’individus excep­tion­nel­le­ment dému­nis et inadap­tés, expé­diés sans la moin­dre inten­dance et débar­qués dans des lieux parti­cu­liè­re­ment inhos­pi­ta­liers -, ce sont les deux tiers des dépor­tés qui dispa­rais­sent en quel­ques semai­nes. Exem­ple extrême, cas limite, cet épisode meur­trier s’inscrit non seule­ment dans la mise en œuvre d’une utopie , dans le fonc­tion­ne­ment d’un système bureau­cra­ti­que et répressif-​celui des Peuple­ments spéciaux- mais aussi dans un espace saturé de violence.
Les gardes et les comman­dants n’avaient – dans les premiers jours du moins- guère réagi ni décidé de mesure d’isolement vis- à-​vis des indi­vi­dus inter­pel­lés en posses­sion de chair humaine ou pris sur le fait d’en consom­mer. La plupart d’entre eux furent relâ­chés, au motif qu » »il n’avait pas été établi qu’ils avaient tué la personne dont ils avaient consommé certai­nes parties du corps » (.…) et que « le code pénal sovié­ti­que ne prévoyait pas de peine pour les cas de nécro­pha­gie ».

Conclusion

La famine de 1933 , dans les » peuple­ments spéciaux » et l » »affaire de Nazino » contri­buè­rent, de façon déci­sive, à dépla­cer le centre de gravité du système du Goulag des villa­ges spéciaux vers les camps de travail.

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard.

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Encore un roman construit avec de multi­ples retour en arrière, avec de multi­ples inter­pel­la­tions direc­tes au lecteur qui ont le don de m’agacer prodi­gieu­se­ment . J’ai détesté ce roman, j’ai eu l’impression d’ouvrir les poubel­les de l’histoire. Ce mélange de la vérité avec la fiction à propos du commu­nisme des années 50 m’a tota­le­ment écœu­rée. Je comprends la démar­che de Gérard Guégan, il était commu­niste à cette époque et il connaît donc bien les arca­nes du grand Parti des travailleurs, l’exclusion de Marty et de Tillon en 1952, il en connaît tout le dérou­le­ment. Il se sent porteur de cette histoire et veut la trans­met­tre.

Mais voilà comme l’auteur le dit lui-​même, le parti commu­niste n’intéresse plus personne et pour les jeunes, « il fait figure d’inoffensive amicale », alors en y mêlant la vie amou­reuse d’Aragon avec un émis­saire du Komin­tern, Mahé, il espère inté­res­ser un plus large public : on parle moins en effet, de la rigueur morale et rétro­grade des commu­nis­tes mais elle était très forte et sans pitié là où les commu­nis­tes avaient le pouvoir. Mahé et Aragon ont quel­ques jours pour s’aimer, pendant que le congrès du parti fait subir des outra­ges dégra­dants à deux hommes entiè­re­ment dévoués à la Cause.

Les deux person­na­ges se sont aimés passion­né­ment, en se cachant comme Aragon a dû le faire tant qu’il était au Parti, car l’homosexualité était une tare punie d’une mort honteuse en URSS et d’exclusion du Parti en France ! Ils sont tous plus ou moins abjects ces person­na­ges qui auraient pu pren­dre le pouvoir chez nous. Marty dit « le boucher d’Albacete », qui a réprimé dans le sang les anar­chis­tes espa­gnols, Duclos qui ne pense qu’à bien manger, Jean­nette Vermeer­sch, qui ne pense qu’à sa vengeance person­nelle et dont les posi­tions sur la contra­cep­tion sont au moins aussi réac­tion­nai­res que celles de l’église catho­li­que. Tous, ils sont petits et lâches et sans doute le plus lâche de tous c’est Aragon, même si le roman­cier en a fait un person­nage lucide.

Comme le dit l’auteur en intro­duc­tion ce roman est : « l’histoire d’un temps et d’un parti, où le renie­ment de soi était souvent le prix à payer pour échap­per à l’exclusion ». Tout ce que je peux dire c’est que ça ne sent pas bon le renie­ment…

Citation

L’importance du Parti en 1952

Le Parti n’est pas qu’un idéal, pas qu’une vérité immua­ble, pas que l’expression de la trans­cen­dance histo­ri­que, le Parti est aussi une famille où la criti­que du père, qu’il s’appelle Staline ou Thorez, est assi­milé à une trahi­son méri­tant l’exclusion, le bannis­se­ment, ou la balle dans la nuque si l’on a la malchance de vivre de l’autre côté du Rideau de fer.

Les différentes épurations

Autant dire que les héros véné­rés ne seront bien­tôt plus que des traî­tres, la présomp­tion d’innocence n’ayant jamais existé au sein d’un parti dans lequel celui qui tient les rênes du pouvoir doit tuer tous les Brutus s’il veut conti­nuer de régner sans partage.

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Un ami m’a confié son livre paru en 2013, avec ces mots : « Je voudrais que la lecture de ce témoi­gnage dure le temps d’une consul­ta­tion ». Que se cache-​t-​il derrière ce désir de briè­veté ? Une grande modes­tie, et, un para­doxe pour ce méde­cin qui avoue lui-​même s’être mortel­le­ment ennuyé au lycée pendant les cours de fran­çais. Ni Flau­bert , ni Balzac, n’ont su séduire ce futur amateur des scien­ces médi­ca­les. Alors pour­quoi commet­tre un livre ? Sans doute un trop plein de souf­france humaine qu’il a voulu nous faire parta­ger. Lui qui soigne les corps en prenant grand soin de soula­ger chacune des souf­fran­ces, comment ne pas être révolté par les socié­tés humai­nes qui les massa­crent à plai­sir ? Deux patients roumains sont venus un soir lui confier leur parcours pour arri­ver jusqu’en France et vivre une vie « normale ». Nous voici, donc, plon­gés sous le régime de Ceaușescu , triste dicta­teur commu­niste, que nous avons peut être oublié mais qui a ravagé son pays et torturé de mille et une façon ses habi­tants.

Les deux patients sont origi­nai­res des Carpa­tes de « Poiana » petite ville à côté de Brasov, régions qui semblent aujourd’hui entiè­re­ment tour­nées vers le tourisme. A l’époque , un des chan­tier fou du Condu­ca­tor voulait faire de ce lieu un endroit réservé à un membre de sa famille, on a donc expulsé tous les paysans de cet endroit (beau­coup trop beau pour eux !). La famille paysanne roumaine est arri­vée, comme tant d’autres, dans la sinis­tre banlieue de Buca­rest et a été livrée au bon vouloir d’une milice si folle et si impré­vi­si­ble que les parents ont compris que leur vie était mena­cée ; cette menace est deve­nue plus précise le jour où le chef de la milice les a fait recomp­ter le nombre de poires sur leur arbre en leur prou­vant qu’ils se trom­paient, et que donc, ils voulaient dissi­mu­ler leur produc­tion pour faire des profits . Ces pauvres paysans ont donc décidé d’organiser l’exil de leur fils avec son épouse enceinte. Ils étaient, à l’époque, persua­dés ne jamais les revoir. Ce témoi­gnage nous replonge dans l’horreur commu­niste, avec des gens ordi­nai­res, qui voulaient simple­ment vivre puis fina­le­ment, survi­vre.

Chaque époque invente son lot de souf­fran­ces, comme toujours face à ce témoi­gnage on se demande : pour­quoi ? L’idéologie ? la soif de pouvoir ? la folie d’un homme ? Peu importe les répon­ses, Xavier Guézén­nec a voulu donner la parole à ces deux anciens paysans, ces gens qu’on entend si rare­ment et qui lais­sent si peu de traces dans l’Histoire. La sensi­bi­lité avec laquelle il a su rendre compte de leur récit, montre bien que si la litté­ra­ture était éloi­gnée de lui quand il avait seize ans, c’est, sans doute, plus la respon­sa­bi­lité de l’enseignement que celle des grands auteurs.

Citations

Lettre que les parents doivent lire à l’usine après le départ de leurs enfants en espérant, ainsi, ne pas être inquiétés par la milice

« Cama­ra­des,

Nous sommes les cama­ra­des X, et nous avons le devoir de vous annon­cer la honte qui frappe notre famille. Notre fils et sa femme ont renié leur patrie et leur famille en fuyant à l’étranger. Ces traî­tres sont une infa­mie pour notre grande Répu­bli­que Socia­liste de Rouma­nie. C’est un crime que de succom­ber aux sirè­nes des exploi­teurs capi­ta­lis­tes pour des travailleurs de la classe ouvrière et prolé­ta­rienne. Ils ont trahi et renié la classe ouvrière et prolé­ta­rienne. Nous avons guidé ces enfants sur les pas de notre illus­tre Condu­ca­tor, le Génie des Carpa­tes, le Danube de la Pensée, le guide sublime que le monde nous envie ; à notre tour nous les renions et nous les chas­sons de notre mémoire. Cama­ra­des ouvriers, nous vous souhai­tons de ne jamais connai­tre la même infa­mie ! Nous sommes coupa­bles de ne pas avoir su ensei­gner la Vérité Socia­liste et nous ne sommes plus dignes d’être appe­lés cama­ra­des. avec votre aide nous essaie­rons de nous corri­ger et d’effacer la honte qui nous frappe. »

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard.

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Je l’avais repéré en novem­bre chez Domi­ni­que. Je m’étais bien promis de le lire, et je suis ravie de ma lecture. Il a eu un coup de cœur au club de lecture, malgré les réti­cen­ces de certai­nes lectri­ces qui m’ont éton­née. J’ai cru compren­dre que le person­nage du météo­ro­lo­gue Alexexeï Féodos­sié­vitch Vangen­heim ne les a pas inté­res­sées. « Ce n’est pas un héros » « Il n’a rien fait d’extraordinaire » … Mais ce sont exac­te­ment les raisons pour lesquel­les j’ai aimé le travail d’Olivier Rollin. Il a choisi ce person­nage parmi les millions de victi­mes du commu­nisme. Je pense qu’il a été ému par les dessins que ce savant a envoyés à sa petite fille qui avait quatre ans quand il l’a vue pour la dernière fois. Ces dessins sont parve­nus jusqu’à lui grâce au livre que sa fille lui a consa­cré .

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Ensuite, il a lu ses lettres , et toutes témoi­gnent de sa foi en Staline, et dans le commu­nisme. Il voulait qu’on lui redonne son honneur, comme tant d’autres, jusqu’au bout il s’est estimé victime d’une erreur et que si les « bons et loyaux commu­nis­tes » pouvaient lire ses lettres, il serait immé­dia­te­ment réha­bi­lité. Ses lettres m’ont fait penser à celles que Drey­fus écri­vait de l’île du Diable, lui aussi ne voulait qu’une chose : qu’on lui rende son honneur, lui aussi adres­sait ses suppli­ques à l’état major de l’armée qui avait ourdi le complot contre lui. Le météo­ro­lo­gue, n’a donc pas vu ou pas voulu voir les excès du stali­nisme, il n’a rien d’un héros. C’est un homme brillant, un véri­ta­ble savant doué pour les arts, la musi­que, pein­ture, la sculp­ture.… Mais voilà , le commu­nisme russe a inventé un système de terreur bien parti­cu­lier, que l’on soit pour son régime ou contre lui, cela n’a vrai­ment aucune espèce d’importance, il faut remplir les quotas de prison­niers et de morts.

Heureu­se­ment, grâce à l’énergie des descen­dants, on a fini par retrou­ver les fosses commu­nes et les circons­tan­ces de sa mort sont aujourd’hui complè­te­ment éluci­dées. Il ne s’agissait pas vrai­ment d’une appen­di­cite comme on l’avait d’abord annoncé à son épouse. Olivier Rollin décrit sa mise à mort avec tous les détails qu’il a pu rassem­bler, se deman­dant à chaque fois à quel moment le météo­ro­lo­gue a ouvert les yeux sur le système qui le broyait ainsi, pour fina­le­ment l’assassiner et jeter son corps dans une fosse cachée au cœur d’une forêt. Comme l’auteur, je me console en pensant que la plupart des comman­di­tai­res de ces meur­tres abomi­na­ble seront eux mêmes et fusillés, car lors­que la terreur s’emballe elle a beau­coup de mal à s’arrêter. A la fin de ce livre Olivier Rollin, remer­cie Nico­las Werth dont je veux lire depuis long­temps les livres, il a réussi à retrou­ver dans les archi­ves russes ce qu’a repré­senté l’ordre opéra­tion­nel n° 04447 du NKVD qui a fait « dispa­raî­tre » Alexexeï Féodos­sié­vitch Vangen­heim ainsi que 1111 person­nes fusillées à Medve­jé­gorsk.

Citations

Les saboteurs

Il y avait encore, à ma droite, du côté des sabo­teurs, le cama­rade (pour combien de temps ? ) Rous­sa­nov, direc­teur du chemin de fer Moscou-​Bielomorsk (qu’emprunterait bien­tôt dans un wagon à bestiaux, Alexei Feodos­sie­vitch), qui se plai­gnait de ne pas avoir assez de maté­riel roulant alors qu’il en avait bien suffi­sam­ment, seule­ment il lais­sait pros­pé­rer les tire-​au- flanc de telle façon que les trains n’étaient jamais prêts au départ. Et le cama­rade ou bien­tôt l’ex-camarade Joukov était dans le même cas. Et celui du chemin de fer du Sud, qui retar­dait le char­ge­ment du char­bon du Donbass​.Et les vauriens de la centrale élec­tri­que de Perm, alors, qui depuis le début de l’hiver désor­ga­ni­saient la produc­tion par des coupu­res de courant intem­pes­ti­ves.

Un Cadeau venant du Goulag

Aujourd’hui, jour de ton anni­ver­saire, écrit-​il le dix-​sept décem­bre, j’ai pensé à t’envoyer un portrait du cama­rade Staline et une tête de cheval en éclat de pierre. Drôle de cadeau d’anniversaire.

La disparition de 1100 êtres humains

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Traduit du chinois par Fran­çois Sastourné. 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard.
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Un grand talent d’écrivain ce Mo Yan, d’ailleurs consa­cré par le prix Nobel de litté­ra­ture en 2012, il arrive à nous faire revi­vre le monde rural chinois en racon­tant, de façon simple et appa­rem­ment naïve, la vie d’un village. Mo Yan part d’un acte fréquent à la campa­gne : la castra­tion d’un petit veau, mais hélas celui-​ci se passe mal, pour nous montrer toutes les forces qui sont en jeu dans le village où la survie alimen­taire est à peine assu­rée. Lors­que la faim tenaille les gens, un plat de « couilles de veau » sautées à la cibou­lette devient un plat de roi, pour lequel bien des passions vont se déchaî­ner. C’est drôle et tragi­que à la fois.

La deuxième nouvelle : le coureur de fond a ma préfé­rence, le village appa­raît dans toute sa variété. Comme le village est un lieu de réédu­ca­tion des « droi­tiers » cela permet aux paysans d’être confron­tés et parfois d’utiliser des compé­ten­ces dont ils n’avaient aucune idée. C’est un monde absurde, où personne n’est à l’abri de l’arbitraire, un monde violent où la force physi­que a souvent le dernier mot. Souvent seule­ment, car au-​dessus de tous les liens bons ou mauvais que les habi­tants peuvent tisser entre eux et parfois avec les « droi­tiers », il y a la police qui peut enfer­mer qui bon lui semble sur une simple dénon­cia­tion. Quel pays ! et en même temps quelle éner­gie pour vivre quand même de toutes les façons possi­bles. Ces récits m’ont fait penser aux images naïves dont la révo­lu­tion cultu­relle relayée par les amitiés franco-​chinoises ont inondé la France à une certaine époque.

Citations

la fin de la nouvelle « Le veau », c’est à prendre au deuxième degré

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Traduit du finnois par Sébas­tien CAGNOLI.

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Livre terri­ble et éprou­vant, mais livre à lire certai­ne­ment. On comprend pour­quoi des jeunes filles de l’est se font pren­dre aux pièges terri­bles de la pros­ti­tu­tion. Le destin de la vieille Aliide et de la jeune Sara se réunis­sent dans l’horreur, jusqu’au bout on se demande si celle qui a connu les purges stali­nien­nes (mais qui a colla­boré) va aider celle qui est tombée dans les grif­fes d’un soute­neur. Sara ne sait pas comment expli­quer sa situa­tion à la vieille femme et elle a telle­ment peur que les mafieux tortion­nai­res la retrou­vent. Sara comprend l’Estonien mais le parle mal ce qui rajoute à son angoisse : la vieille femme va-​t-​elle la compren­dre ?

Aliide la peur ça la connaît, cela fait plus de 60 ans qu’elle vit avec : est-​il possi­ble qu’un membre de sa famille qu’elle a contri­bué à envoyer en Sibé­rie vienne lui deman­der des comp­tes… c’est si loin tout ça ! Sara et Aliide sont liées par l’angoisse et la peur qui rôde à la porte même de la maison : rien dans ce livre n’est léger ! La construc­tion du roman est éton­nante, comme des cercles qui se resser­rent, comme un serpent qui entoure sa proie en l’étouffant peu à peu, la vérité se fera jour. Sara pourra-​t-​elle revi­vre et éloi­gner d’elle l’horreur. À lire donc (si on est en forme et si on a le moral !)

Citations

Pour le studio de tatouage, Pacha se faisait la main sur des filles hors d’usage. Comme avec Katia… Il avait piqué sur les seins de Katia : une femme à forte poitrine qui taillait une pipe à un diable… il avait orné le bras de Katia d’une deuxième image du diable. Ce dernier avait une grosse bite velue.
« Aussi grosse que la mienne ! » avait rigolé Pacha.

Après cela, Katia disparu.

Zara ouvrit un flacon de poppers et reni­fla. Quand Pacha la pren­drait pour se faire la main, elle saurait que son heure était venue.

Mais la terreur de la fille était telle­ment vive qu’Aliide la ressen­tit soudain en elle-même…Mais main­te­nant qu’il y avait dans sa cuisine une fille qui dégou­li­nait de peur par tous les pores sur sa toile cirée … . La peur s’installait là, en faisant comme chez soi. Comme si elle ne s’était jamais absen­tée. Comme si elle était juste allée se prome­ner quel­que part et que, le soir venu, elle rentrait à la maison.

Alors que cette fille, avec sa jeune crasse, était ancrée dans le présent, ses phra­ses rigi­des sortaient d’un monde de papiers jaunis et d’albums mités remplis de photos.

On en parle

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