Cet essai n’est qu’un humble tribut de recon­nais­sance envers l’art fran­çais qui nous a aidé à vivre pendant ces quelques années en URSS.


Un livre que j’avais déjà remar­qué puis oublié et qui m’a été remis en mémoire par Sandrine. Les circons­tances de ce livre sont stupé­fiantes : Joseph Czapski faisait partie des offi­ciers polo­nais captu­rés par les sovié­tiques alors qu’ils voulaient combattre les nazis. Ce fut une consé­quence du pacte Germano-​Soviétique et comme la Russie a fini par le recon­naître en 1990, envi­ron 30 000 offi­ciers polo­nais furent tués par balle à Katyn. Joseph Czapski fait partie des quelques survi­vants, il ne sait pas ce que sont deve­nus ses amis. Voici ce qu’il dit dans son intro­duc­tion

Nous étions soixante-​dix-​neuf de Staro­bielsk sur quatre mille. Tous nos autres cama­rades de Staro­bielsk dispa­rurent sans lais­ser de trace.

Au camp-​goulag de Grazo­wietz plutôt que de se lais­ser aller, avec ses amis, il orga­nise des confé­rences sur les spécia­li­tés des diffé­rents intel­lec­tuels polo­nais prison­niers. Lui est peintre, il avait décou­vert l’oeuvre de Proust à Paris et décide donc de le présen­ter à ses cama­rades. De mémoire, car bien sûr il n’a pas de livres avec lui, il fait une présen­ta­tion très fine de « la Recherche ». C’est très émou­vant de s’imaginer ces pauvres hommes réduits à la condi­tion de « zek » par la vie dans un goulag russe, écou­tant ses confé­rences :

Je vois encore mes cama­rades entas­sés sous les portraits de Marx, Engels et Lénine, haras­sés après un travail dans un froid qui montait jusqu’à quarante cinq degrés, qui écou­taient nos confé­rences sur des thèmes telle­ment éloi­gnés de notre réalité d’alors.
Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre de liège, qui serait bien étonné et touché peut-​être de savoir que vingt ans après sa mort des prison­niers polo­nais, après une jour­née entière passée dans la neige et le froid qui arri­vait à quarante degrés, écou­taient avec un inté­rêt intense l’histoire de la duchesse de Guer­mantes, la mort de Bergotte et tout ce dont je pouvais me souve­nir de ce monde de décou­vertes psycho­lo­giques précieuses et de beauté litté­raire.

Quel plai­sir de parta­ger avec lui les souve­nirs de cette oeuvre si parti­cu­lière ! il fait revivre Swann, la duchesse de Guer­mantes et Bergotte et mieux que je ne saurais le faire, analyse l’importance de Berg­son chez Proust en parti­cu­lier pour cette notion du temps dans son oeuvre. Il balaie d’un revers de plume l’accusation de snobisme (qui d’ailleurs n’est plus guère de mise aujourd’hui). Il trouve même dans la recherche des accents pasca­liens, je n’ai pas très bien compris pour­quoi. Joseph Czapski est un artiste peintre de talent et il possède une culture person­nelle d’un autre temps.

Il replace Proust dans son époque au milieu d’artistes, peintres ou écri­vains dont il semble connaître parfai­te­ment les œuvres. Et tout cela de mémoire ! j’ai eu l’impression de retrou­ver certains grands univer­si­taires qui ont enchanté mes études. Mais eux, avaient des biblio­thèques à leur dispo­si­tion. Lui n’avait que ses souve­nirs.

Tous ceux qui lisent avec plai­sir Proust aiment entendre parler de leur auteur et seront sensibles à la prouesse intel­lec­tuelle de Joseph Czapski et des circons­tances de la rédac­tion de ce court texte.

Citations

L’écrivain vieillissant et la prétention

Ce qui étonne, c’est que Bergotte, comme proche ami de Swann, se met à en dire du mal en voiture, avec beau­coup de finesse, de déta­che­ment, de faci­lité, au jeune garçon qui le voit pour la première fois. Bergotte donne l’occasion à Proust d’étudier avec cet esprit lucide et juste toutes les faiblesses, toutes les petites et grandes lâche­tés, tous les mensonges si souvent rencon­trés chez les artistes. Nous voyons dans les volumes suivants Bergotte vieilli, à l’époque de sa plus grande renom­mée, avec sa force créa­trice en extinc­tion. Main­te­nant, quand il écrit des livres de plus en plus rares, de moindre qualité, écrits avec infi­ni­ment plus d’efforts et avec ces senti­ments de joie et néces­sité inté­rieure bien affai­blis, il aime à répé­ter la phrase suivante : « Je pense qu’en écri­vant ces livres j’ai été utile à mon pays » , phrase qu’il ne disait jamais du temps de ses chefs-d’oeuvre.

Comme je suis d’accord avec cette remarque

Chez Proust nous rencon­trons un manque telle­ment absolu de parti pris, une volonté de savoir et de comprendre les états d’âme les plus oppo­sés les uns aux autres, une capa­cité de décou­vrir dans l’homme le plus bas les gestes nobles à la limite du sublime, et des réflexes bas chez les êtres les plus purs, que son oeuvre agit sur nous comme la vie filtrée et illu­mi­née par une conscience dont la justesse est infi­ni­ment plus grande que la nôtre.

La France à l’époque de Proust

Cette fin du XIXe siècle d’où découle la vision prous­tienne, est un moment suprême de l’art. La France produit alors un nombre d’artistes de génie qui, en surmon­tant toutes les contra­dic­tions profondes qui déchi­rait l’époque, arrivent à un art de synthèse.

Le projet littéraire de Proust

Nous appe­lons aujourd’hui tous les romans immenses, plus ou moins influen­cés par la forme de Proust, des romans-​fleuves. Mais aucun de ces romans ne répond à cette déno­mi­na­tion à ce point qu » « À la recherche du temps perdu ». Ce n’est pas ce qu’entraîne le fleuve avec soi : des bûches, un cadavre, des perles, qui repré­sentent le côté spéci­fique du fleuve, mais le courant même sans arrêt. Le lecteur de Proust, en rentrant dans les flots appa­rem­ment mono­tones, est frappé non par les faits, mais par les personnes telles ou autres, par la vague non arrê­tée dans son mouve­ment de vie même. Le projet primi­tif de son oeuvre, qu’avait Proust, n’a pas pu être réalisé dans sa forme exté­rieure d’après son désir. Proust voulait faire paraître cette immense « somme » en un seul volume, sans alinéas, sans marges, sans parties ni chapitres. Le projet sembla abso­lu­ment ridi­cule aux éditeurs les plus culti­vés de Paris et Proust fut forcé de morcelé son oeuvre en quinze ou seize volumes, avec des titres englo­bant deux ou trois volumes.

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard (thème exil)

Une femme d’origine géor­gienne, Tamouna, va fêter ses 90 ans, elle a fui à 15 ans avec sa famille son pays natal en 1921. Atteinte aujourd’hui d’une mala­die pulmo­naire, elle ne peut vivre sans oxygène, sa vie est donc limi­tée à son appar­te­ment et aux visites de sa nombreuse et pétu­lante famille. Par bribes les souve­nirs vont arri­ver dans son cerveau un peu embrumé. Sa petite fille qui doit ressem­bler très fort à Kéthé­vane Dawri­chewi, l’oblige à regar­der toutes les photos que la famille conserve pieu­se­ment. Bébia et Babou les grands parents sont là enfouis dans sa mémoire un peu effa­cés comme ces photos jaunies. Et puis surtout, il y a Tamaz celui qu’elle a tant aimé et qui n’a jamais réussi à la rejoindre à travers les chemins de l’exil. Ce livre m’a permis de recher­cher le passé de la Géor­gie qui a en effet connu 2 ans d’indépendance avant de tomber sous la main de fer de Staline. Ce n’est pas un mince problème pour un si petit pays que d’avoir le grand frère russe juste à ses fron­tières et encore aujourd’hui, c’est très compli­qué. Mais plus que la réalité poli­tique ce livre permet de vivre avec la mino­rité géor­gienne en France, connaître leurs diffi­cul­tés d’adaptation écono­miques, le succès intel­lec­tuel des petits enfants, les peurs des enfants qui attendent leur père parti combattre les sovié­tiques alors que la cause était déjà perdue,la honte d’avoir un oncle parti combattre l’armée russe sous l’uniforme nazi . Tous ces souve­nirs sont là dans sa tête et dans cet appar­te­ment qu’elle ne quitte plus. Je suis toujours très sensible au charme de cette auteure, elle reste toujours légère même dans des sujets graves et j’ai aimé qu’elle partage avec des lecteurs fran­çais ses origines et sa famille.

Citations

Pudeur du récit

Le chien est resté en Géor­gie. avec ses grands parents. Elle ne les a jamais revus. Aucun des trois. Elle ignore la date exacte de leurs morts.

Le géorgien avant 1918

Nous parlons géor­gien entre nous. C’est la langue de la famille. Celle des vacances. À l’école, on doit parler le russe. C’est la règle. Le géor­gien est une langue de chien, dit notre maître. Toute tenta­tive de braver l’interdit est sévè­re­ment punie.

Solidarité des exilés

Il vient du Maroc, il était cuisi­nier au palais du roi avant de venir en France, il évoque souvent l’exil et la famille qu’il a lais­sée derrière lui. Elle écoute, elle le force parfois à dire les mauvais trai­te­ments qu’il a subis au palais . Il le dit par bribes avec réti­cence. elle se reproche ensuite son insis­tance. elle-​même ne parle jamais des raisons de son exil.

Les peurs des enfants

De nouveaux émigrés sont arri­vés, mon père n’est pas revenu, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. Il a peut-​être été déporté, je crois que c’est le sort des oppo­sante. Ou bien il est mort. Je dois te paraître cynique . Je te choque sans doute. Mais je meurs des mots que personne ne prononce.

Je ne sais pas depuis quand ce roman était dans ma biblio­thèque ni qui l’y a mis. Je n’ai pas souve­nir d’avoir voulu le lire, mais c’est chose faite. Est-​ce un roman ? un essai ? une auto­fic­tion ? Je ne peux pas répondre à ces ques­tions, tout ce que je peux dire c’est que rare­ment un écri­vain aura fait de lui-​même un portrait plus déplai­sant. En le lisant, je me disais : « quel est le malheur plus grand que de n’être pas aimé ?, de ne pas aimer soi-​même ? » et bien j’ai trouvé la réponse « d’être aimé par un écri­vain à l’esprit torturé ! ». Car ce « roman russe » raconte la vie d’Emmanuel Carrère, sa mère, son grand père russe et colla­bo­ra­teur des nazis, et l’amour d » Emma­nuel pour une pauvre Sophie qui doit être bien triste de l’avoir aimé. Lui qui, lorsqu’il est angoissé a de l’herpès sur le prépuce. Ne soyez pas étonné que je connaisse ce fait si impor­tant, il est dans son roman comme tant d’autres détails dont je me serai volon­tiers passée. Donc, on connaît tout de ses peti­tesses dans sa conduite amou­reuse, le clou de l’ignominie c’est lorsqu’il lui offre exac­te­ment la même bague que Jean-​Claude Romand avait offert à sa femme et qu’il l’emmène le soir même une adap­ta­tion de son livre « L’adversaire » qui raconte juste­ment les meurtres de Romand. Est-​ce que je rejette tout de ce livre ? je me dis qu’il lui a permis peut-​être de se recons­truire en étalant ainsi les côtés les plus déséqui­li­brés de son être et des failles de sa famille. Je trouve aussi que la partie russe résonne assez juste, mais ce dont je suis certaine c’est que si j’avais commencé par la lecture de ce livre je n’aurais plus jamais ouvert un livre de cet auteur.

Citations

Autoportrait peu flatteur

La plupart de mes amis s’adonnent à des acti­vi­tés artis­tiques, et s’ils n’écrivent pas de livres ou ne réalisent pas de films, s’ils travaillent par exemple dans l’édition cela veut dire qu’ils dirigent une maison d’édition. Là où je suis, moi copain avec le patron, elle l’est avec la stan­dar­diste. Elle fait partie, et ses amis comme elle, de la popu­la­tion qui prend chaque matin le métro pour aller au bureau, qui a une carte orange, des tickets restau­rants, qui envoie des CV et qui pose des congés. Je l’aime, mais je n’aime pas ses amis, je ne suis pas à l’aise dans son monde, qui est celui du sala­riat modeste, des gens qui disent « sur Paris » et qui partent à Marra­kech avec le comité d’entreprise. J’ai bien conscience que ces juge­ments me jugent, et qu’ils tracent de moi un portrait déplai­sant.

Jugement du principal protagoniste du film Retour à Kotelnitch

C’est bien : et ce que je trouve surtout bien, c’est que tu parles de ton grand père, de ton histoire à toi. Tu n’es pas seule­ment venu prendre notre malheur à nous, tu as apporté le tien.Ça, ça me plaît.


Ce livre a obtenu un coup de cœur de notre club et je comprends pour­quoi. C’est un livre d’une lecture éprou­vante car il met en scène, dans un essai romancé, certaines horreurs de notre huma­nité et le plus insup­por­table, c’est qu’on sait que cela conti­nue encore et encore, la Corée du Nord est, en effet, capable du pire. C’est une partie du pire dont il s’agit ici : pour des raisons assez obscures, des assas­sins de Corée du Nord, en 1970, ont enlevé des Japo­nais pour les emme­ner et les rete­nir dans l’enfer de leurs pays. Certains seront employés pour apprendre le japo­nais à des terro­ristes qui sévi­ront sous une fausse iden­tité japo­naise dans le monde entier. Une terro­riste qui avouera la respon­sa­bi­lité du krach vol 858 en 1987  expli­quera qu’une jeune japo­naise lui avait appris la langue et la culture du Japon. Il y a aussi le cas du GI améri­cain, Charles R. Jenkins, qui de son plein gré partira en Corée du Nord, il en revien­dra 36 ans plus tard. Son témoi­gnage a beau­coup aidé Eric Faye pour la rédac­tion de ce livre.

Avec un talent et une déli­ca­tesse incroyables l’auteur décrit la douleur de ceux qui ont vu dispa­raître leur proche au Japon et l’horreur du destin de ces pauvres Japo­nais qui ne compre­naient rien à ce qui leur arri­vait en arri­vant aux pays des fous crimi­nels. Et à travers tous ces drames, la vie en Corée du Nord nous appa­raît dans son absur­dité la plus cruelle que l’homme puisse imagi­ner. J’ai vrai­ment du mal à comprendre pour­quoi le monde entier ne se mobi­lise pas pour déli­vrer ce peuple de la main mise du plus féroce et impla­cable des dicta­teurs.

Citations

Le malheur de la mère dont on a enlevé la fillette de 12 ans

À chaque pas, il semblait à cette mère orphe­line retrou­ver un nouveau mot de la dernière conver­sa­tion avec sa fille. Et à chaque fois qu’elle pensait à un mot précis, elle le plaçait sous le micro­scope de la culpa­bi­lité.

C’était une coupable qui allait errant dans les rues de Niigata. Régu­liè­re­ment, à l’heure de sortie des collèges, Elle voyait sa fille devant elle et pres­sait le pas pour la rattra­per, puis dépas­sait une incon­nue en concé­dant son erreur. Elle ne voulait lais­ser aucune place au doute, si bien qu’elle préfé­rait mille de ces menues défaites à une seule incer­ti­tude.

L’horreur de la répression en Corée du Nord

Le camp couvre toute une région de montagnes, et dans les clôtures qui le déli­mitent circule un courant continu. Le camp recèle un centre de déten­tion souter­rain. Une prison dans la prison, ou plutôt sous la prison, dont les déte­nus ne voient jamais le jour et dont les gardiens ont ordre de ne jamais parler.… Le couloir que je devais surveiller comp­tait une quin­zaine de cellules d’isolement, éclai­rées tout le temps par une ampoule au plafond et tout juste assez longues pour qu’un homme s’y tienne allongé, à une tempé­ra­ture constante, dans une humi­dité qui dété­riore tout, la peau, la santé.

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J’ai beau­coup appré­cié « le cas Einstein  » le précé­dent roman de cet auteur. J’ai reçu celui-​ci en cadeau et je l’ai lu avec grand plai­sir. J’ai aimé sa construc­tion, la vie de Léna Kotev, serait incom­pré­hen­sible sans l’évocation de tous les morts de méde­cins juifs qui peuplent son histoire. L’alternance des chapitres assez courts, permet de suppor­ter la lecture des violences anti­sé­mites. Le fait de retrou­ver Léna, dans sa vie de femme chef de service en cancé­ro­lo­gie dans un grand hôpi­tal pari­sien en 2015, me permet­tait de reprendre ma respi­ra­tion. Car du souffle, il en faut pour suppor­ter la descrip­tion des pogroms de Ludi­chev en 1904, puis la folie des Nazis à Berlin en 1934, puis a Nice en 1943, et enfin à Moscou en 1953, la folie anti­sé­mite des commu­nistes stali­niens.

J’ai aimé égale­ment que le roman soit ellip­tique et fasse l’impasse sur les détails des connexions de tous les person­nages. On a l’impression de n’avoir que les temps forts de cette histoire dont on peut imagi­ner les passages non écrits. Quand on referme ce roman après la page 296, comme l’histoire se déroule de 1904 à 2015, on a l’impression d’avoir lu des milliers de pages.

Si j’ai mis ce livre dans une biblio­thèque, c’est que le père de Léna, Tobias, est un fou amou­reux des livres, qui ont une grande impor­tance tout le long du roman. Laurent Seksik, méde­cin, écri­vain et histo­rien, parle d’une façon très riche de l’être humain. Celui qui souffre dans son corps, comme celui qui souffre dans son âme. Ses person­nages traversent diffé­rentes périodes de l’histoire, et on vit inten­sé­ment chaque moment car il a su rendre réels les événe­ments dont il parle. Les pogroms de Ludi­chev sont une pure horreur dont je n’avais pas vrai­ment pris conscience. La nuit de Cris­tal, la persé­cu­tion Nazie en France, le procès des méde­cins juifs sous Staline tout cela est plus présent dans la litté­ra­ture comme dans notre mémoire collec­tive. Mais on doit au talent de Laurent Seksik de savoir nous en parler avec un nouvel éclai­rage et sans aucune lour­deur. Chaque person­nage est habité par une foi indes­truc­tible d’abord dans la foi juive dans la vieille russie, puis dans le progrès scien­ti­fique à Berlin et enfin dans l’humanité en 2015. C’est vrai­ment un roman superbe : quelle leçon de vie !

Citations

Réflexion du médecin le soir chez lui, jolie phrase

Son cerveau était un dispen­saire à l’heure où les douleurs languissent.

Description de la vérole

Pavel n’avait pas été alerté par la petite écor­chure sur le pénis que présen­tait son patient. Le chancre avait rapi­de­ment disparu, la mala­die s’était éclip­sée. La vérole était reve­nue de longs mois plus tard, sous d’autres masques, plaques rosées sur la peau, gorge enrouée puis, lente­ment, le mal avait ravagé chaque partie du corps, de la plante des pieds au cuir chevelu, jusqu’à pour­rir les chairs, briser les os, boucher les artères, broyer le visage, rendre taré, débile, estro­pié, tordu ; les tour­ments de la peste et du choléra réunis dans une lenteur program­mée. À la fin, le mal avait mordu le cœur, liqué­fié l’encéphale. La mort seule mettrait un terme au supplice.

Condition juive du temps des pogroms, débats à l’infini sur la théologie

Dans le doute, chacun faisait à sa manière. Trois ou quatre heures ? Cette seule ques­tion résu­mait aux yeux de Pavel toute la condi­tion juive, une inter­ro­ga­tion perma­nente, un ques­tion­ne­ment de tous les instants, un inter­mi­nable, déri­soire et splen­dide voyage dans un infini et vain champ de réflexion.

La vérité est dans les romans

Moi, je me moque de la stricte vérité. Si je veux le vrai, je lis le jour­nal. Si je veux de l’intelligence, je lis la philo­so­phie. Mais la vérité de l’homme – qui n’a rien à voir, j’en conviens, avec la vérité des faits- est dans l’émotion. Je la trouve dans les romans. 

La plainte d’un hypocondriaque

Tu ne prends pas ma souf­france au sérieux. Personne n’a jamais pris ma souf­france au sérieux de toute façon. C’est à déses­pé­rer de souf­frir.

Le communisme

Cama­rade Kotev, n’attends rien non plus de notre huma­nité. La compas­sion est au pouvoir commu­niste ce que l’autoritarisme est à la démo­cra­tie.

Citation du journal L’humanité de 1953

Un groupe de méde­cins terro­ristes vient d’être décou­vert en Union sovié­tique : ils ont été démas­qués commis des agents des services de rensei­gne­ment améri­cains, certains d’entre eux avaient été recru­tés par l’intermédiaire du Joint, orga­ni­sa­tion sioniste inter­na­tio­nale.
Les méde­cins fran­çais estiment qu’un très grand service a été rendu à la causé de la paix par la mise hors d’état de nuire de ce groupe de crimi­nels…

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Ces deux livres qui se suivent sur mon blog ont en commun plusieurs choses : Poutine veut revi­si­ter l’époque stali­nienne pour en reti­rer ce qui a été favo­rable à la Russie, Nico­las Werth accom­pli un remar­quable travail d’historien pour mettre en lumière les horreurs de cette époque et montrer comment et pour­quoi elles se sont produites. Poutine pense qu’il faut arrê­ter de penser au passé et oublier les crimes et les crimi­nels de l’histoire de l’URSS, Nico­las Werth pense que la Russie irait mieux si elle se souve­nait de ce qui a eu réel­le­ment lieu durant l’ère sovié­tique.

J’ai essayé plusieurs fois de lire ce livre et plusieurs fois, j’ai renoncé, tant l’effroyable vérité qui s’imposait à moi grâce au travail de Nico­las Werth me rendait litté­ra­le­ment malade. Mais après avoir lu l’essai de Michel Eltcha­ni­noff « Dans la tête de Poutine  » , je voulais aller jusqu’au bout du récit de l’horreur. Poutine veut réha­bi­li­ter quelques aspects du Stali­nisme, décla­rant dans une formule célèbre « Celui qui ne regrette pas la destruc­tion de l’Union sovié­tique n’a pas de cœur. Et celui qui veut sa recons­truc­tion à l’identique n’a pas de tête ». Il nous reste, donc, à lire le travail des histo­riens pour savoir ce qu’a été exac­te­ment cette période de l’histoire de ce malheu­reux pays.

Nico­las Werth fait un travail très sérieux, il donne toutes ses sources et s’appuie unique­ment sur les docu­ments offi­ciels sovié­tiques . L’île de Nazino ou « l’île aux canni­bales » est un des rares événe­ments bien connus des auto­ri­tés de l’époque. (Mais ne repré­sente que 1 % des dispa­rus des colo­nies de peuple­ment) Une enquête a été dili­gen­tée sur cette effroyable dépor­ta­tion : en 1933, on a envoyé des milliers de dépor­tés dans une île entou­rée de maré­cages, ils étaient pour la plupart des cita­dins en tenu de ville et n’avaient aucun outil pour survivre dans un milieu hostiles. Les plus féroces d’entre eux ont tué les plus faibles pour les manger.

Cela n’est pas arrivé par hasard, Nico­las Werth démonte tous les rouages qui ont permis d’en arri­ver là. On aurait pu penser que l’échec des colo­nies de peuple­ment dont le point culmi­nant est Nazino, allait permettre une prise de conscience des diri­geants commu­nistes et effec­ti­ve­ment cela a servi de leçon mais pas dans le sens que des êtres humains auraient pu l’imaginer. 1933 n’est que le début de l’élimination des « para­sites » qui ne comprennent pas les bien­faits de la grande cause prolé­ta­rienne. … et en 1937 commen­cera « la grande terreur », Staline aura bien retenu la leçon de Nazino, plus de colo­nies de peuple­ment , il a mis en place des exécu­tions très rapides après des juge­ments expé­di­tifs, Nico­las Werth avance un chiffre de 800 000 personnes fusillées et les autres finirent au goulag au travail forcé.

Si j’étais Russe je manque­rai certai­ne­ment de cœur MONSIEUR Poutine, mais je ne voudrais pas que l’on me force à regret­ter L’URSS.

Citations

La grande famine en Ukraine : Holodomor

L’horreur des chiffres

Depuis l’instauration des camps de travail et « des villages spéciaux » pour paysans dépor­tés, les prisons, dont la capa­cité maxi­male était de l’ordre de 180 000 places accueillaient en règle géné­rale les condam­nés à de courtes peines (infé­rieures à trois ans) et les indi­vi­dus arrê­tés en attente de juge­ment. A partir de l’été 1932, sous l’effet des arres­ta­tions massives liées à la campagne de collecte, parti­cu­liè­re­ment tendue, le nombre des déte­nus incar­cé­rés en prison augmenta de manières expo­nen­tielle pour atteindre le chiffre énorme de 800 000 personnes au prin­temps 1933. 

Toujours l’horreur

En trois ans, le chep­tel sibé­rien fondit, selon les données offi­cielles, des deux tiers, tandis que les rende­ments céréa­liers bais­saient des 45 .Les plans de collecte, quant à eux, augmen­tèrent durant ces années de plus de 30 % . Dès le prin­temps 1931, les rapports secrets de l’OGPU envoyés à la Direc­tion régio­nale du Parti recon­nais­saient l’existence de « foyers isolés de diffi­cul­tés alimen­taires » . Le plan de collecte de 1931, très élevé- plus de 1400 000tonnes de céréales et 450 000 tonnes de viande- , fut réalisé avec plusieurs mois de retard et au prix d’un abat­tage massif du chep­tel et d’une confis­ca­tion d’une partie des semences pour la récolte de l’année suivante. Dans une quaran­taine de districts agri­coles du sud de la Sibé­rie occi­den­tale, les disettes de 1931 evoluerent loca­le­ment vers de véri­table famines durant le prin­temps 1932

L’île aux cannibales

A Nazino, à la suite d’un fais­ceau de circons­tances aggra­vantes – un groupe d’individus excep­tion­nel­le­ment dému­nis et inadap­tés, expé­diés sans la moindre inten­dance et débar­qués dans des lieux parti­cu­liè­re­ment inhos­pi­ta­liers -, ce sont les deux tiers des dépor­tés qui dispa­raissent en quelques semaines. Exemple extrême, cas limite, cet épisode meur­trier s’inscrit non seule­ment dans la mise en œuvre d’une utopie , dans le fonc­tion­ne­ment d’un système bureau­cra­tique et répressif-​celui des Peuple­ments spéciaux- mais aussi dans un espace saturé de violence.
Les gardes et les comman­dants n’avaient – dans les premiers jours du moins- guère réagi ni décidé de mesure d’isolement vis- à-​vis des indi­vi­dus inter­pel­lés en posses­sion de chair humaine ou pris sur le fait d’en consom­mer. La plupart d’entre eux furent relâ­chés, au motif qu » »il n’avait pas été établi qu’ils avaient tué la personne dont ils avaient consommé certaines parties du corps » (.…) et que « le code pénal sovié­tique ne prévoyait pas de peine pour les cas de nécro­pha­gie ».

Conclusion

La famine de 1933 , dans les » peuple­ments spéciaux » et l » »affaire de Nazino » contri­buèrent, de façon déci­sive, à dépla­cer le centre de gravité du système du Goulag des villages spéciaux vers les camps de travail.

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Encore un roman construit avec de multiples retour en arrière, avec de multiples inter­pel­la­tions directes au lecteur qui ont le don de m’agacer prodi­gieu­se­ment . J’ai détesté ce roman, j’ai eu l’impression d’ouvrir les poubelles de l’histoire. Ce mélange de la vérité avec la fiction à propos du commu­nisme des années 50 m’a tota­le­ment écœu­rée. Je comprends la démarche de Gérard Guégan, il était commu­niste à cette époque et il connaît donc bien les arcanes du grand Parti des travailleurs, l’exclusion de Marty et de Tillon en 1952, il en connaît tout le dérou­le­ment. Il se sent porteur de cette histoire et veut la trans­mettre.

Mais voilà comme l’auteur le dit lui-​même, le parti commu­niste n’intéresse plus personne et pour les jeunes, « il fait figure d’inoffensive amicale », alors en y mêlant la vie amou­reuse d’Aragon avec un émis­saire du Komin­tern, Mahé, il espère inté­res­ser un plus large public : on parle moins en effet, de la rigueur morale et rétro­grade des commu­nistes mais elle était très forte et sans pitié là où les commu­nistes avaient le pouvoir. Mahé et Aragon ont quelques jours pour s’aimer, pendant que le congrès du parti fait subir des outrages dégra­dants à deux hommes entiè­re­ment dévoués à la Cause.

Les deux person­nages se sont aimés passion­né­ment, en se cachant comme Aragon a dû le faire tant qu’il était au Parti, car l’homosexualité était une tare punie d’une mort honteuse en URSS et d’exclusion du Parti en France ! Ils sont tous plus ou moins abjects ces person­nages qui auraient pu prendre le pouvoir chez nous. Marty dit « le boucher d’Albacete », qui a réprimé dans le sang les anar­chistes espa­gnols, Duclos qui ne pense qu’à bien manger, Jean­nette Vermeersch, qui ne pense qu’à sa vengeance person­nelle et dont les posi­tions sur la contra­cep­tion sont au moins aussi réac­tion­naires que celles de l’église catho­lique. Tous, ils sont petits et lâches et sans doute le plus lâche de tous c’est Aragon, même si le roman­cier en a fait un person­nage lucide.

Comme le dit l’auteur en intro­duc­tion ce roman est : « l’histoire d’un temps et d’un parti, où le renie­ment de soi était souvent le prix à payer pour échap­per à l’exclusion ». Tout ce que je peux dire c’est que ça ne sent pas bon le renie­ment…

Citation

L’importance du Parti en 1952

Le Parti n’est pas qu’un idéal, pas qu’une vérité immuable, pas que l’expression de la trans­cen­dance histo­rique, le Parti est aussi une famille où la critique du père, qu’il s’appelle Staline ou Thorez, est assi­milé à une trahi­son méri­tant l’exclusion, le bannis­se­ment, ou la balle dans la nuque si l’on a la malchance de vivre de l’autre côté du Rideau de fer.

Les différentes épurations

Autant dire que les héros véné­rés ne seront bien­tôt plus que des traîtres, la présomp­tion d’innocence n’ayant jamais existé au sein d’un parti dans lequel celui qui tient les rênes du pouvoir doit tuer tous les Brutus s’il veut conti­nuer de régner sans partage.

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Un ami m’a confié son livre paru en 2013, avec ces mots : « Je voudrais que la lecture de ce témoi­gnage dure le temps d’une consul­ta­tion ». Que se cache-​t-​il derrière ce désir de briè­veté ? Une grande modes­tie, et, un para­doxe pour ce méde­cin qui avoue lui-​même s’être mortel­le­ment ennuyé au lycée pendant les cours de fran­çais. Ni Flau­bert , ni Balzac, n’ont su séduire ce futur amateur des sciences médi­cales. Alors pour­quoi commettre un livre ? Sans doute un trop plein de souf­france humaine qu’il a voulu nous faire parta­ger. Lui qui soigne les corps en prenant grand soin de soula­ger chacune des souf­frances, comment ne pas être révolté par les socié­tés humaines qui les massacrent à plai­sir ? Deux patients roumains sont venus un soir lui confier leur parcours pour arri­ver jusqu’en France et vivre une vie « normale ». Nous voici, donc, plon­gés sous le régime de Ceaușescu , triste dicta­teur commu­niste, que nous avons peut être oublié mais qui a ravagé son pays et torturé de mille et une façon ses habi­tants.

Les deux patients sont origi­naires des Carpates de « Poiana » petite ville à côté de Brasov, régions qui semblent aujourd’hui entiè­re­ment tour­nées vers le tourisme. A l’époque , un des chan­tier fou du Condu­ca­tor voulait faire de ce lieu un endroit réservé à un membre de sa famille, on a donc expulsé tous les paysans de cet endroit (beau­coup trop beau pour eux !). La famille paysanne roumaine est arri­vée, comme tant d’autres, dans la sinistre banlieue de Buca­rest et a été livrée au bon vouloir d’une milice si folle et si impré­vi­sible que les parents ont compris que leur vie était mena­cée ; cette menace est deve­nue plus précise le jour où le chef de la milice les a fait recomp­ter le nombre de poires sur leur arbre en leur prou­vant qu’ils se trom­paient, et que donc, ils voulaient dissi­mu­ler leur produc­tion pour faire des profits . Ces pauvres paysans ont donc décidé d’organiser l’exil de leur fils avec son épouse enceinte. Ils étaient, à l’époque, persua­dés ne jamais les revoir. Ce témoi­gnage nous replonge dans l’horreur commu­niste, avec des gens ordi­naires, qui voulaient simple­ment vivre puis fina­le­ment, survivre.

Chaque époque invente son lot de souf­frances, comme toujours face à ce témoi­gnage on se demande : pour­quoi ? L’idéologie ? la soif de pouvoir ? la folie d’un homme ? Peu importe les réponses, Xavier Guézén­nec a voulu donner la parole à ces deux anciens paysans, ces gens qu’on entend si rare­ment et qui laissent si peu de traces dans l’Histoire. La sensi­bi­lité avec laquelle il a su rendre compte de leur récit, montre bien que si la litté­ra­ture était éloi­gnée de lui quand il avait seize ans, c’est, sans doute, plus la respon­sa­bi­lité de l’enseignement que celle des grands auteurs.

Citations

Lettre que les parents doivent lire à l’usine après le départ de leurs enfants en espérant, ainsi, ne pas être inquiétés par la milice

« Cama­rades,

Nous sommes les cama­rades X, et nous avons le devoir de vous annon­cer la honte qui frappe notre famille. Notre fils et sa femme ont renié leur patrie et leur famille en fuyant à l’étranger. Ces traîtres sont une infa­mie pour notre grande Répu­blique Socia­liste de Rouma­nie. C’est un crime que de succom­ber aux sirènes des exploi­teurs capi­ta­listes pour des travailleurs de la classe ouvrière et prolé­ta­rienne. Ils ont trahi et renié la classe ouvrière et prolé­ta­rienne. Nous avons guidé ces enfants sur les pas de notre illustre Condu­ca­tor, le Génie des Carpates, le Danube de la Pensée, le guide sublime que le monde nous envie ; à notre tour nous les renions et nous les chas­sons de notre mémoire. Cama­rades ouvriers, nous vous souhai­tons de ne jamais connaitre la même infa­mie ! Nous sommes coupables de ne pas avoir su ensei­gner la Vérité Socia­liste et nous ne sommes plus dignes d’être appe­lés cama­rades. avec votre aide nous essaie­rons de nous corri­ger et d’effacer la honte qui nous frappe. »

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Je l’avais repéré en novembre chez Domi­nique. Je m’étais bien promis de le lire, et je suis ravie de ma lecture. Il a eu un coup de cœur au club de lecture, malgré les réti­cences de certaines lectrices qui m’ont éton­née. J’ai cru comprendre que le person­nage du météo­ro­logue Alexexeï Féodos­sié­vitch Vangen­heim ne les a pas inté­res­sées. « Ce n’est pas un héros » « Il n’a rien fait d’extraordinaire » … Mais ce sont exac­te­ment les raisons pour lesquelles j’ai aimé le travail d’Olivier Rollin. Il a choisi ce person­nage parmi les millions de victimes du commu­nisme. Je pense qu’il a été ému par les dessins que ce savant a envoyés à sa petite fille qui avait quatre ans quand il l’a vue pour la dernière fois. Ces dessins sont parve­nus jusqu’à lui grâce au livre que sa fille lui a consa­cré .

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Ensuite, il a lu ses lettres , et toutes témoignent de sa foi en Staline, et dans le commu­nisme. Il voulait qu’on lui redonne son honneur, comme tant d’autres, jusqu’au bout il s’est estimé victime d’une erreur et que si les « bons et loyaux commu­nistes » pouvaient lire ses lettres, il serait immé­dia­te­ment réha­bi­lité. Ses lettres m’ont fait penser à celles que Drey­fus écri­vait de l’île du Diable, lui aussi ne voulait qu’une chose : qu’on lui rende son honneur, lui aussi adres­sait ses suppliques à l’état major de l’armée qui avait ourdi le complot contre lui. Le météo­ro­logue, n’a donc pas vu ou pas voulu voir les excès du stali­nisme, il n’a rien d’un héros. C’est un homme brillant, un véri­table savant doué pour les arts, la musique, pein­ture, la sculp­ture.… Mais voilà , le commu­nisme russe a inventé un système de terreur bien parti­cu­lier, que l’on soit pour son régime ou contre lui, cela n’a vrai­ment aucune espèce d’importance, il faut remplir les quotas de prison­niers et de morts.

Heureu­se­ment, grâce à l’énergie des descen­dants, on a fini par retrou­ver les fosses communes et les circons­tances de sa mort sont aujourd’hui complè­te­ment éluci­dées. Il ne s’agissait pas vrai­ment d’une appen­di­cite comme on l’avait d’abord annoncé à son épouse. Olivier Rollin décrit sa mise à mort avec tous les détails qu’il a pu rassem­bler, se deman­dant à chaque fois à quel moment le météo­ro­logue a ouvert les yeux sur le système qui le broyait ainsi, pour fina­le­ment l’assassiner et jeter son corps dans une fosse cachée au cœur d’une forêt. Comme l’auteur, je me console en pensant que la plupart des comman­di­taires de ces meurtres abomi­nable seront eux mêmes et fusillés, car lorsque la terreur s’emballe elle a beau­coup de mal à s’arrêter. A la fin de ce livre Olivier Rollin, remer­cie Nico­las Werth dont je veux lire depuis long­temps les livres, il a réussi à retrou­ver dans les archives russes ce qu’a repré­senté l’ordre opéra­tion­nel n° 04447 du NKVD qui a fait « dispa­raître » Alexexeï Féodos­sié­vitch Vangen­heim ainsi que 1111 personnes fusillées à Medve­jé­gorsk.

Citations

Les saboteurs

Il y avait encore, à ma droite, du côté des sabo­teurs, le cama­rade (pour combien de temps ? ) Rous­sa­nov, direc­teur du chemin de fer Moscou-​Bielomorsk (qu’emprunterait bien­tôt dans un wagon à bestiaux, Alexei Feodos­sie­vitch), qui se plai­gnait de ne pas avoir assez de maté­riel roulant alors qu’il en avait bien suffi­sam­ment, seule­ment il lais­sait pros­pé­rer les tire-​au- flanc de telle façon que les trains n’étaient jamais prêts au départ. Et le cama­rade ou bien­tôt l’ex-camarade Joukov était dans le même cas. Et celui du chemin de fer du Sud, qui retar­dait le char­ge­ment du char­bon du Donbass​.Et les vauriens de la centrale élec­trique de Perm, alors, qui depuis le début de l’hiver désor­ga­ni­saient la produc­tion par des coupures de courant intem­pes­tives.

Un Cadeau venant du Goulag

Aujourd’hui, jour de ton anni­ver­saire, écrit-​il le dix-​sept décembre, j’ai pensé à t’envoyer un portrait du cama­rade Staline et une tête de cheval en éclat de pierre. Drôle de cadeau d’anniversaire.

La disparition de 1100 êtres humains

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Traduit du chinois par Fran­çois Sastourné. 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.
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Un grand talent d’écrivain ce Mo Yan, d’ailleurs consa­cré par le prix Nobel de litté­ra­ture en 2012, il arrive à nous faire revivre le monde rural chinois en racon­tant, de façon simple et appa­rem­ment naïve, la vie d’un village. Mo Yan part d’un acte fréquent à la campagne : la castra­tion d’un petit veau, mais hélas celui-​ci se passe mal, pour nous montrer toutes les forces qui sont en jeu dans le village où la survie alimen­taire est à peine assu­rée. Lorsque la faim tenaille les gens, un plat de « couilles de veau » sautées à la cibou­lette devient un plat de roi, pour lequel bien des passions vont se déchaî­ner. C’est drôle et tragique à la fois.

La deuxième nouvelle : le coureur de fond a ma préfé­rence, le village appa­raît dans toute sa variété. Comme le village est un lieu de réédu­ca­tion des « droi­tiers » cela permet aux paysans d’être confron­tés et parfois d’utiliser des compé­tences dont ils n’avaient aucune idée. C’est un monde absurde, où personne n’est à l’abri de l’arbitraire, un monde violent où la force physique a souvent le dernier mot. Souvent seule­ment, car au-​dessus de tous les liens bons ou mauvais que les habi­tants peuvent tisser entre eux et parfois avec les « droi­tiers », il y a la police qui peut enfer­mer qui bon lui semble sur une simple dénon­cia­tion. Quel pays ! et en même temps quelle éner­gie pour vivre quand même de toutes les façons possibles. Ces récits m’ont fait penser aux images naïves dont la révo­lu­tion cultu­relle relayée par les amitiés franco-​chinoises ont inondé la France à une certaine époque.

Citations

la fin de la nouvelle « Le veau », c’est à prendre au deuxième degré