Apres Homo Sapiens, je savais que je lirai ce livre qui fait tant parler de lui et de son auteur. On retrouve l’esprit vif et peu conven­tion­nel de Yuval Noah Harari mais c’est moins agréable à lire. Car, si de nouveau, il remet en cause la façon dont Homo Sapiens, (c’est à dire nous) a conquis la planète, au détri­ment des animaux et au risque de détruire l’équilibre de la nature, il projette dans le futur les consé­quences de nos récentes décou­vertes. Nous sommes donc, selon lui, au bord de créer l’Homo-Deus qui aura sans doute aussi peu de consi­dé­ra­tion pour Homo Sapiens que celui-ci en a eu pour les animaux. L’auteur consacre de longues pages sur le sort que nous avons réservé à l’espèce animale, c’est terri­ble­ment angois­sant. Les démons­tra­tions sont brillantes et souvent impla­cables. Mais c’est aussi très triste, car cet avenir n’est guère réjouis­sant. Yuval Noah Harari ne veut être ni gourou, ni prophète, il peut se trom­per mais il nous demande de réflé­chir. Il termine son livre en nous lais­sant trois thèmes de réflexions que je vous livre :

Tous les autres problèmes et évolu­tion sont éclip­sés par trois proces­sus liés les uns aux autres :
1/​la science converge dans un dogme univer­sel, suivant lequel les orga­nismes sont des algo­rithmes et la vie se réduit au trai­te­ment des données.
2/ l’intelligence se découple de la conscience.
3/​Des algo­rithmes non conscients mais fort intel­li­gents, pour­raient bien­tôt nous connaître mieux que nous-mêmes.
Ces trois proces­sus soulèvent trois ques­tions cruciales, dont j’espère qu’elle reste­ront présentes à votre esprit long­temps après que vous aurez refermé ce livre : 
1/​Les orga­nismes ne sont-ils réel­le­ment que des algo­rithmes, et la vie se réduit-elle au trai­te­ment des données ? 
2/​De l’intelligence ou de la conscience, laquelle est la plus précieuse ?
3/​Qu’adviendra-t-il de la société, de la poli­tique et de la vie quoti­dienne quand les algo­rithmes non conscients mais haute­ment intel­li­gents nous connaî­trons mieux que nous ne nous connais­sons ?
Ne croyez pas pouvoir sortir de ces ques­tions par une simple boutade, ou par un geste rapide de déné­ga­tion. Même si ces ques­tions ne vous inté­ressent pas sachez que ces problèmes vont venir vers vous que vous le vouliez ou non. Il a fallu 500 pages à l’auteur pour en arri­ver là. Il vous entraî­nera aupa­ra­vant dans l’histoire humaine avec beau­coup d’humour et de sagesse. Vous verrez Homo Sapiens conqué­rir, domes­ti­quer et domi­ner complè­te­ment la planète et après avoir vaincu les trois fléaux qui l’ont occupé des millé­naires durant, à savoir : la famine, la mala­die et les guerres, s’il suit les tendances actuelles, il se pren­dra pour Dieu et voudra vivre une vie augmen­tée de tous les services rendus par les nouvelles tech­no­lo­gies. Vous croyez qu’il délire, et pour­tant entre le Bitcoin, les blok­schains et les big-data , dites moi un peu où se trouvent l’individu, le pouvoir poli­tique ou les nations. Que deviennent nos concep­tions de l’humanisme ?
J’ai annoté ce livre au fur et à mesure de ma lecture et si je mets toutes mes notes dans mon article c’est que parfois elles me font sourire mais surtout elles me permettent de mieux me souve­nir des raison­ne­ments de cet auteur, Yuval Noah Harari : juif, athée, végé­ta­rien, homo­sexuel et surtout incroya­ble­ment intel­li­gent. Il a déclaré que le fait de n’être pas dans le moule de l’Israélien clas­sique lui avait permis d’être libre dans son mode de pensée.
Un livre impla­cable donc, vous le lirez sans doute mais avec moins de jubi­la­tion que son précé­dent ouvrage.

Citation

la fin des famines

En 2012, autour de 56 million de personnes sont mortes à travers le monde. ; 620000 ont été victimes de la violence humaine, (la guerre en a tué 120000, le crime 500 000). En revanche, on a dénom­bré 800 000 suicides, tandis que 1,5 million de gens mouraient du diabète. Le sucre est devenu plus dange­reux que la poudre à canon.

Une formule et un exemple frappant : l’art de convaincre de cet auteur

Le mot « paix » a pris un sens nouveau. Les géné­ra­tions anté­rieures envi­sa­geaient la paix comme l’absence tempo­raire de guerre. Aujourd’hui, la Paix, c’est l’invraisemblance de la guerre. En 1913, quand les gens parlaient de la paix entre la France et l’Allemagne, ils voulaient dire : » pour l’instant, il n’y a pas de guerre entre les deux pays, et qui sait ce que l’année prochaine nous réserve ? » Quand nous disons aujourd’hui que la paix règne entre la France et l’Allemagne, nous voulons dire que, pour autant que l’on puisse prévoir, il est incon­ce­vable qu’une guerre puisse écla­ter entre elles.

La fin des masses

De surcroît, malgré toutes les percées médi­cales, nous ne saurions être abso­lu­ment certain qu’en 2070 les plus pauvres joui­ront de meilleurs soins qu’aujourd’hui. L’État et L’élite pour­raient se désin­té­res­ser de la ques­tion. Au 20e siècle, la méde­cine a profité aux masses parce que ce siècle était l’ère des masses. Les armées avaient besoin de millions de soldats en bonne santé, et les écono­mies de millions de travailleurs sains. Aussi les États ont-ils mis en place des services publics pour veiller à la santé et à la vigueur de tous. Nos plus grandes réali­sa­tions médi­cales ont été la créa­tion d’installation d’hygiène de masse, de campagne massive de vacci­na­tion et l’éradication des épidé­mies de masse. En 1914, l’élite japo­naise avait tout inté­rêt à vacci­ner les plus pauvres, et à construire des hôpi­taux et le tout-à-l’égout dans les taudis : pour que le pays deviennent une nation forte à l’armée puis­sante et à l’économie robuste, il lui fallait des millions de soldats et d’ouvriers en bonne santé. 

L’ère des masses pour­rait bien être termi­née et, avec elle, l’âge de la méde­cine de masse. Tandis que soldats et travailleurs humains laissent place aux algo­rithmes, certaines élites au moins en concluent peut-être qu’il ne rime à rien d’assurer des niveaux de santé amélio­rés ou même stan­dards aux masses pauvres, et qu’il est bien plus raison­nable de cher­cher à augmen­ter une poignée de surhommes hors norme.

Victoire du libéralisme économique sur le totalitarisme communiste

Si le capi­ta­lisme a vaincu le commu­nisme, ce n’est pas parce qu’il était plus éthique, que les liber­tés indi­vi­duelles sont sacrées où que Dieu était en colère contre les commu­nistes païens. Le capi­ta­lisme a gagné la guerre froide parce que le trai­te­ment distri­bué des données marche mieux que le trai­te­ment centra­lisé, du moins dans les périodes d’accélération du chan­ge­ment tech­nique. Le comité central du Parti commu­niste ne pouvait tout simple­ment pas faire face au chan­ge­ment rapide du monde à la fin du 20e siècle. Quand la tota­lité des Data s’accumule dans un seul bunker secret, et qu’un groupe de vieux appa­rat­chiks prend toutes les déci­sions impor­tantes, ils peuvent certes produire des bombes nucléaires à la pelle, mais ni Apple ni Wiki­pé­dia. 
On raconte une anec­dote proba­ble­ment apocryphe, comme toutes les bonnes anec­dotes, lorsque Michael Gorbat­chev tenta de ressus­ci­ter l’économie sovié­tique mori­bonde, il envoya à Londres un de ses prin­ci­paux colla­bo­ra­teurs pour voir ce qu’il en était du that­ché­risme et comment fonc­tion­nait réel­le­ment un système capi­ta­liste. Ses hôtes guiderent le visi­teur sovié­tique, à travers la City, la bourse de Londres et la London School of Econo­mics, où il discuta avec des direc­teurs de banque, dès entre­pre­neurs et des profes­seurs. Après de longues heures, l’expert sovié­tique ne plus se rete­nir : » Un instant, je vous prie. Oubliee toutes ces théo­ries écono­miques compli­quées. Cela fait main­te­nant une jour­née que nous parcou­rons Londres en long et en large, il y a une chose que je n’arrive pas à comprendre. À Moscou nos meilleurs esprits travaillent sur le système de four­ni­ture du pain, et pour­tant il y a des queues inter­mi­nables devant les boulan­ge­ries et les épice­ries. Ici, à Londres, vivent des millions de gens, et nous sommes passés aujourd’hui devant quan­tité de maga­sin et de super­mar­ché, je n’ai pas vu une seule queue pour le pain. Je vous en prie, condui­sez-moi auprès de la personne char­gée de ravi­tailler Londres en pain. Il faut que je connaisse son secret. » Ses hôtes se grat­terent la tête, réflé­chirent un instant, et dirent : » Personne n’est chargé de ravi­tailler Londres en pain. »
Tel est le secret de la réus­site capi­ta­liste. Aucune unité centrale de trai­te­ment ne mono­po­lise toutes les données concer­nant la four­ni­ture en pain de la capi­tale.

L’avenir de l’internet

les gouver­ne­ment et les ONG pour­suivent en consé­quence des débats intenses sur la restruc­tu­ra­tion d’internet , mais il est beau­coup plus diffi­cile de chan­ger un système exis­tant que d’intervenir à ses débuts. De plus, le temps que la pesante bureau­cra­tie offi­cielle ait arrêté sa déci­sion en matière de Cyber-régu­la­tion, Inter­net ce sera méta­mor­phosé dix fois. La tortue gouver­ne­men­tale ne saurait rattra­per le lièvre tech­no­lo­gique. Les data la submergent. La NSA (Natio­nal Secu­rity Agency) peut bien espion­ner chacun de nos mots, à en juger d’après les échecs répé­tés de la poli­tique étran­gère améri­caine, personne, à Washing­ton, ne sait que faire de toutes les données. Jamais dans l’histoire on en a su autant sur ce qui se passe dans le monde, mais peu d’Empires ont gâché les choses aussi maladroi­te­ment que les États-Unis contem­po­rains. Un peu comme un joueur de poker qui c’est quelles cartes détiennent ses adver­saires mais se débrouille pour perdre à chaque coup.

Connais-toi toi même.…

Vous voulez savoir quoi ? Payez à « 23andMe » la modique somme de 99 dollars, et on vous enverra un petit paquet dans lequel vous trou­ve­rez une éprou­vette. Vous crachez dedans, vous la fermez hermé­ti­que­ment et vous la renvoyer à Moun­tain View, en Cali­for­nie. Là, l’ADN de votre salive est lu, et vous rece­vez les résul­tats en ligne. Vous obte­nez une liste des problèmes de santé qui vous guettent et le bilan de vos prédis­po­si­tions géné­tiques a plus de quatre-vingt-dix traits et condi­tions, de la calvi­tie à la cécité. « Connais-toi toi-même ? » Cela n’a jamais été plus facile ni meilleur marché. Puisque tout repose sur des statis­tiques, la taille de la base de données de la société est la clé pour des prédic­tions exactes Aussi la première société à construire une base de données géné­tiques géante four­nira-t-elle à la clien­tèle les meilleures prédic­tion et acca­para-t-elle poten­tiel­le­ment le marché. Les socié­tés améri­caines de bio-tech­no­lo­gie redoutent de plus en plus que la rigueur des lois sur la vie privée aux États-Unis, alliée au mépris chinois pour l’intimité, n’apporte à la Chine sur un plateau le marché géné­tique.

Fin de l’humanisme

Les hommes sont mena­cés de perdre leur valeur écono­mique parce que l’intelligence est décou­plée de la conscience. 
Jusqu’à aujourd’hui, la grande intel­li­gence est toujours allée de pair avec une conscience déve­lop­pée. Seuls des êtres conscients pouvaient accom­plir des tâches qui néces­si­taient beau­coup d’intelligence, comme jouer aux échecs, conduire une voiture, diag­nos­ti­quer une mala­die ou iden­ti­fier des terro­ristes. Toute­fois, nous mettons au point de nouveaux types d’intelligences non conscientes suscep­tibles d’accomplir ses tâches bien mieux que les êtres humains. Toutes ces tâches sont en effet fondées sur la recon­nais­sance de forme, il est possible que, bien­tôt, des algo­rithmes non conscients surpassent la conscience humaine en la matière.

Justification de la guerre

L’humanisme évolu­tion­niste soutient que l’expérience de la guerre est précieuse, et même essen­tielle. Le film « le troi­sième homme » a pour cadre la ville de Vienne au lende­main de la Seconde Guerre mondiale. Réflé­chis­sant au conflit récent, le person­nage Harry Lime observe : « Après tout, ce n’est pas si terrible… En Italie, sous les Borgia, ils ont eu trente années de guerre, de terreur, de meurtre et de bain de sang, mais ils ont produit Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renais­sance. En Suisse, ils ont eu l’amour frater­nel, cinq siècles de démo­cra­tie et de paix, et qu’ont-ils produit ? Le coucou. » Il a tort sur presque tous les points, au début des temps modernes, la Suisse a proba­ble­ment été la région d’Europe la plus assoif­fée de sang et expor­tait surtout des merce­naires, et le coucou est en fait une inven­tion alle­mande.

Humour en Israël

De nos jours, il est assez inté­res­sant de le consta­ter, même les fana­tiques reli­gieux adoptent ce discours huma­niste quand ils veulent influen­cer l’opinion publique. Chaque année depuis une décen­nie, par exemple, la commu­nauté israé­lienne LGBT
(lesbiennes,gays, et trans­genres) orga­nise une Gay Pride dans les rues de Jéru­sa­lem : un jour d’harmonie unique dans cette ville déchi­rée par les conflits, parce que c’est la seule occa­sion où les juifs reli­gieux, les musul­mans et les chré­tiens trouvent soudain une cause commune ; tous se déchaînent contre la parade. Ce qui est vrai­ment inté­res­sant, cepen­dant, c’est l’argument qu’ils invoquent. Ils ne disent pas : » Ces pêcheurs doivent être privés de parade parce que Dieu inter­dit l’homosexualité. » Mais, devant tous les micros et camé­ras de télé­vi­sion, ils expliquent que « voir une parade gay dans les rues de la ville sainte de Jéru­sa­lem blesse notre sensi­bi­lité. Les gays nous demandent de respec­ter leurs senti­ments, qu’ils respectent les nôtres. ».

Humour

Alors que les prêtres du Moyen-Âge dispo­saient d’une hotline avec Dieu et pouvaient distin­guer le bien du mal à notre inten­tion, les théra­peutes modernes, nous aident simple­ment à entrer en contact avec nos senti­ments intimes.

Importance du crédit

Les Temps Modernes finir par casser ce cycle du fait de la confiance crois­sante des gens en l’avenir et au miracle du crédit qui en est résulté. Le crédit est la mani­fes­ta­tion écono­mique de la confiance. De nos jours, si je souhaite mettre au point un nouveau médi­ca­ment, et que je manque d’argent, je peux obte­nir un prêt à la banque, ou me
tour­ner vers des inves­tis­seurs privés et des fonds de capi­taux à risque. Quand Ébola est apparu en Afrique de l’Ouest à l’été 2014, que croyez-vous qu’il advint des actions des socié­tés phar­ma­ceu­tiques qui travaillait à des médi­ca­ments et des vaccins contre ce virus ? Elle s’envolèrent. Les actions de Tekmira augmen­tèrent de 50 %, salle de BioCryst, de 90 %. Au Moyen-Âge, quand une épidé­mie se décla­rait, les gens tour­naient les yeux vers le ciel et priaient Dieu de leur pardon­ner leurs péchés. Aujourd’hui, quand les gens entendent parler d’une nouvelle épidé­mie mortel, ils prennent leur télé­phone mobile et appellent leur cour­tier. Sur le marché bour­sier, même une épidé­mie est une occa­sion de faire des affaires.

L’humour

En vérité, aujourd’hui encore, quand ils prêtent serment, les prési­dents améri­cains posent la main sur une Bible. De même dans bien des pays à travers le monde, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, les témoins, à la cour, posent la main sur une Bible en jurant de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Il est para­doxal qu’ils jurent de dire la vérité sur un livre débor­dant de fictions, de mythes et d’erreurs. 

Une partie des problèmes de l’Afrique

Sur une table bien asti­quée de Berlin, ils dérou­lèrent une carte à moitié vide de l’Afrique, esquis­sèrent quelques traits ici ou là, et se parta­gèrent le conti­nent.
Quand, le moment venu, les Euro­péens s’y aven­turent munis de leur carte, ils décou­vrirent que nombre des fron­tières tracées à Berlin rendaient mal justice à la réalité géogra­phique, écono­mique et ethnique de l’Afrique. Toute­fois, pour éviter de réveiller des tensions, les enva­his­seurs s’en tinrent à leurs accords, et ces lignes imagi­naires devinrent les fron­tières effec­tives des colo­nies euro­péennes. Dans la seconde moitié du XXe siècle, avec la désin­té­gra­tion des empires euro­péens, les colo­nies accé­dèrent à l’indépendance. Les nouveaux pays acce­ptèrent alors des fron­tières colo­niales, redou­tant de provo­quer sinon une chaîne sans fin de guerres et de conflits. Beau­coup de diffi­cul­tés que traversent les pays afri­cains actuels viennent de ce que leurs fron­tières ont peu de sens. Quand les écrits fantai­sistes des bureau­cra­tie euro­péenne se heur­tèrent à la réalité afri­caine, ce fut la réalité qui dut céder.

Pourquoi les religieux détestent la théorie de l’évolution

La théo­rie de la rela­ti­vité ne met personne en colère parce qu’elle ne contre­dit aucune de nos croyances chérie. La plupart des gens se fichent pas mal que l’espace et le temps soit absolu ou rela­tif. Si vous croyez possible de cour­ber l’espace et le temps, eh bien, faites donc ! Allez-y, pliez-les. Je n’en ai cure. En revanche, Darwin nous a privé de notre âme. Si vous compre­nez plei­ne­ment la théo­rie de l’évolution, vous compre­nez qu’il n’y a pas d’âme. C’est une pensée terri­fiante pour les chré­tiens et musul­mans fervents, mais aussi pour bien des esprits sécu­liers qui n’adhèrent clai­re­ment a aucun dogme reli­gieux, mais n’en veulent pas moins croire que chaque humain possède une essence indi­vi­duelle éter­nelle qui reste inchan­gée tout le long de la vie et peut même survivre intacte à la mort.

Le charme de l’éducation britannique

John Watson, qui faisait auto­rité en la matière dans les années 1920, conseillait sévè­re­ment aux parents : » Ne serrez jamais vos enfant dans vos bras, ne les embras­sez pas, ne les lais­sez jamais s’asseoir sur vos genoux. S’il le faut, donnez-leur un baiser sur le front quand ils vous disent bonne nuit. Le matin, serrez leur la main. »

Genre d’anecdote qu’on aime répéter

Une anec­dotes célèbres, proba­ble­ment apocryphe, rapporte la rencontre en 1923 du prix Nobel de litté­ra­ture Anatole France et d’Isadora Duncan, la belle et talen­tueuse danseuse. Discu­tant du mouve­ment eugé­niste alors en vogue, Duncan observa : « .Imagi­nez un peu un enfant qui aurait ma beauté et votre intel­li­gence ! ». Et France de répondre : « Oui, mais imagi­nez un enfant qui ait ma beauté et votre intel­li­gence ! »

La vie, le sacré et la mort

La Décla­ra­tion univer­selle des droits de l’homme adop­tée par les Nations unies au lende­main de la dernières guerre – qui est ce qui ressemble sans doute le plus à une consti­tu­tion mondiale- déclare caté­go­ri­que­ment que le « droit à la vie » est la valeur la plus fonda­men­tale de l’humanité. Puisque la mort viole clai­re­ment ce droit, la mort est un crime contre l’humanité. Nous devons mener contre elle une guerre totale.
Tout au long de l’histoire, les reli­gions et les idéo­lo­gies n’ont pas sanc­ti­fié la vie elle-même, mais autre chose au-delà de l’existence terrestre. Elles ont donc parfai­te­ment toléré la mort. Certaines ont même montré beau­coup d’affection pour la Grande Faucheuse. Pour le chris­tia­nisme, l’islam et l’hindouisme, le sens de notre exis­tence dépen­dait de notre destin dans l’au-delà ; pour ces reli­gions, la mort était donc un élément vital et posi­tif du monde.

20150917_105711D’abord écrit en hébreu par l’auteur traduit par lui-même en anglais et traduit en fran­çais par Pierre Emanuel DAUZAT.

Pour satis­faire les opti­mistes aussi bien que les pessi­mistes, nous pouvons conclure que notre époque est au seuil du ciel et de l’enfer, passant nerveu­se­ment de la porte de l’un à l’antichambre de l’autre. L’histoire n’a pas encore décidé où elle finira.

Non seule­ment, il est sur ma liseuse, mais je l’ai offert à mon petit fils. J’attends avec impa­tience ses réac­tions. Il est un peu jeune (14 ans) mais c’est un passionné de pré-histoire, je pense qu’il le lira entiè­re­ment plutôt vers 16 – 17 ans.

Un énorme merci à Domi­nique, pour m’avoir donné envie de lire ce livre que tout humain devrait lire, c’est un pavé, bien sûr mais à l’échelle de l’histoire de l’humanité ce n’est qu’un feuillet. J’ai relu trois fois ce livre avant de me lancer dans la rédac­tion de ce commen­taire. Je voudrais telle­ment convaincre toutes celles et tous ceux qui n’ont pas encore décou­vert Yuval Noah HARARI de se mettre immé­dia­te­ment à le lire. Pour cela, il ne faut pas que vous ayez peur des quelques centaines de pages que vous allez devoir avaler. Ce livre extra­or­di­naire se lit Très faci­le­ment . Et pour une simple raison vos petites cellules grises sont main­te­nues en éveil par des idées qui mettent sans arrêt en cause ce que vous croyiez savoir. Pas de pitié pour les évidences ni les conforts que vous pouviez avoir, il vous faudra réflé­chir mais cet écri­vain a un tel sens de l’humour que vous serez bien obligé de le suivre. Je vous donne un exemple, comme moi vous avez sans doute pensé que si les femmes ne sont pas plus présentes dans les armées, c’est que dans les temps anciens se battre était surtout une ques­tion de force physique. Certes, mais de tout temps la stra­té­gie et l’organisation des armées ne demandent aucune force physique et pour­tant… Il en faudra du temps pour qu’une femme fran­çaise soit à la tête des armées ! Comme moi aussi vous avez pensé que la révo­lu­tion agri­cole a consti­tué un progrès pour l’humanité. Alors lisez vite ce livre pour vous rendre compte que l’homme cueilleur chas­seur était beau­coup plus adapté à son envi­ron­ne­ment que l’homme qui a fait dépendre sa survie d’une seule céréale : le blé. Et vous perdrez toute estime pour l’homo-sapiens quand, vous vous rendrez compte qu’à peine celui-ci met le pied sur un conti­nent ou sur des îles habi­tées seule­ment par des animaux parfois gigan­tesque en très peu de temps tous ces animaux dispa­raissent. Et quand, par hasard, des orga­ni­sa­tions humaines diffé­rentes de la notre, comme celles des Abori­gènes de Tasma­nie ont survécu à la terrible révo­lu­tion agri­cole, il faudra moins de 30 ans aux glorieux colo­ni­sa­teurs britan­niques pour faire dispa­raître complè­te­ment une popu­la­tion de 10 000 personnes . Cette île porte aujourd’hui, le nom du Hollan­dais, Abel Tasman, à l’origine de ce terrible massacre.

Si j’ai autant de cita­tions c’est que sur ma liseuse, c’est assez simple de créer des notes et de me les envoyer. J’en ai supprimé beau­coup mais si j’en ai laissé tant ce n’est pas seule­ment pour vous donner envie d’aller lire ce livre mais aussi pour essayer de garder en mémoire toutes ces idées que j’ai trouvé abso­lu­ment géniales. La conclu­sion n’est pas fran­che­ment opti­miste : cette créa­ture deve­nue maître de la terre et qui se prend pour Dieu pourra-t-elle surmon­ter ses frus­tra­tions et lais­ser une chance à la vie ? La ques­tion finale de Yuval Noha Harari, nous nous la posons avec lui :

Ainsi faisons-nous des ravages parmi les autres animaux et dans l’écosystème envi­ron­nant en ne cher­chant guère plus que nos aises et notre amuse­ment, sans trou­ver satis­fac­tion.

Y-a-t-il rien de plus dange­reux que des dieux insa­tis­faits et irres­pon­sables qui ne savent pas ce qu’ils veulent

Citations

Propos du livre

Trois révo­lu­tions impor­tantes inflé­chirent le cours de l’histoire. La Révo­lu­tion cogni­tive donna le coup d’envoi à l’histoire voici quelque 70 000 ans. La Révo­lu­tion agri­cole l’accéléra voici envi­ron 12 000 ans. La Révo­lu­tion scien­ti­fique, enga­gée voici seule­ment 500 ans, pour­rait bien mettre fin à l’histoire et amor­cer quelque chose d’entièrement diffé­rent. Ce livre raconte comment ces trois révo­lu­tions ont affecté les êtres humains et les orga­nismes qui les accom­pagnent.

L’arrivée de l’homme

Ce qu’il faut avant tout savoir des hommes préhis­to­riques, c’est qu’ils étaient des animaux insi­gni­fiants, sans plus d’impact sur leur milieu que des gorilles, des lucioles ou des méduses

les Hommes sont victorieux

Le Sapiens, en revanche, ressemble plus au dicta­teur d’une répu­blique bana­nière. Il n’y a pas si long­temps, nous étions les oppri­més de la savane, et nous sommes pleins de peurs et d’angoisses quant à notre posi­tion, ce qui nous rend double­ment cruels et dange­reux. Des guerres meur­trières aux catas­trophes écolo­giques, maintes cala­mi­tés histo­riques sont le fruit de ce saut préci­pité.

Humour et comparaison

Tandis qu’un chim­panzé passe cinq heures à mâchon­ner de la nour­ri­ture crue, une heure suffit à un homme qui mange de la nour­ri­ture cuisi­née. L’apparition de la cuisine permit aux hommes de manger des aliments plus variés, de passer moins de temps à se nour­rir, et de le faire avec des dents plus petites et des intes­tins plus courts. Selon certains spécia­listes, il existe un lien direct entre l’apparition de la cuisine, le raccour­cis­se­ment du tube diges­tif et la crois­sance du cerveau. Les longs intes­tins et les gros cerveaux dévo­rant chacun de l’énergie, il est diffi­cile d’avoir les deux.

Sapiens et Neandertal

Une autre possi­bi­lité est que la concur­rence autour des ressources ait dégé­néré en violences et en géno­cide. La tolé­rance n’est pas une marque de fabrique du Sapiens. Dans les Temps modernes, une petite diffé­rence de couleur de peau, de dialecte ou de reli­gion a suffi à pous­ser un groupe de Sapiens à en exter­mi­ner un autre. Les anciens Sapiens auraient-ils été plus tolé­rants envers une espèce humaine entiè­re­ment diffé­rente ? Il se peut fort bien que la rencontre des Sapiens et des Nean­der­tal ait donné lieu à la première et la plus signi­fi­ca­tive campagne de nettoyage ethnique de l’histoire.

L’importance du bavardage

On pour­rait croire à une plai­san­te­rie, mais de nombreuses études corro­borent cette théo­rie du commé­rage. Aujourd’hui encore, la majeure partie de la commu­ni­ca­tion humaine – e-mails, appels télé­pho­niques et échos dans la presse – tient du bavar­dage. Celui-ci nous est si natu­rel qu’il semble que notre langage se soit préci­sé­ment déve­loppé à cette fin

Fonction du langage

La capa­cité de dire : « Le lion est l’esprit tuté­laire de notre tribu. » Cette faculté de parler de fictions est le trait le plus singu­lier du langage du Sapiens. On convien­dra sans trop de peine que seul l’Homo sapiens peut parler de choses qui n’existent pas vrai­ment et croire à six choses impos­sibles avant le petit déjeu­ner

L’importance de la fiction

Le secret réside proba­ble­ment dans l’apparition de la fiction. De grands nombres d’inconnus peuvent coopé­rer avec succès en croyant à des mythes communs. Toute coopé­ra­tion humaine à grande échelle – qu’il s’agisse d’un État moderne, d’une Église médié­vale, d’une cité antique ou d’une tribu archaïque – s’enracine dans des mythes communs qui n’existent que dans l’imagination collec­tive.

Réalité imaginaire plus forte que le réel

Depuis la Révo­lu­tion cogni­tive, les Sapiens ont donc vécu dans une double réalité. D’un côté, la réalité objec­tive des rivières, des arbres et des lions ; de l’autre, la réalité imagi­naire des dieux, des nations et des socié­tés. Au fil du temps, la réalité imagi­naire est deve­nue toujours plus puis­sante, au point que de nos jours la survie même des rivières, des arbres et des lions dépend de la grâce des enti­tés imagi­naires comme le Dieu Tout-Puis­sant, les États-Unis ou Google.

Les élites avec l’humour de l’auteur

Un exemple de choix est l’apparition répé­tée d’élites sans enfants telles que le clergé catho­lique, les moines boud­dhistes et les bureau­cra­ties chinoises d’eunuques. L’existence de pareilles élites va contre les prin­cipes les plus fonda­men­taux de la sélec­tion natu­relle puisque ces membres domi­nants de la société renoncent volon­tiers à la procréa­tion. Ce n’est pas en refi­lant le « gène du céli­bat » d’un pape à l’autre que l’Église catho­lique a survécu, mais en trans­met­tant les histoires du Nouveau Testa­ment et du droit canon

Supériorité sur les singes

On aurait cepen­dant tort de recher­cher les diffé­rences au niveau de l’individu ou de la famille. Pris un par un, voire dix par dix, nous sommes fâcheu­se­ment semblables aux chim­pan­zés. Des diffé­rences signi­fi­ca­tives ne commencent à appa­raître que lorsque nous fran­chis­sons le seuil de 150 indi­vi­dus ; quand nous attei­gnons les 1 500 – 2 000 indi­vi­dus, les diffé­rences sont stupé­fiantes. Si vous essayiez de réunir des milliers de chim­pan­zés à Tian’anmen, à Wall Street, au Vati­can ou au siège des Nations unies, il en résul­te­rait un chari­vari. En revanche, les Sapiens se réunissent régu­liè­re­ment par milliers dans des lieux de ce genre. Ensemble, ils créent des struc­tures ordon­nées – réseaux commer­ciaux ..

Connaissance de la nature

De nos jours, la grande majo­rité des habi­tants des socié­tés indus­trielles n’a pas besoin de savoir grand-chose du monde natu­rel pour survivre. Que faut-il vrai­ment savoir de la nature pour être infor­ma­ti­cien, agent d’assurances, profes­seur d’histoire ou ouvrier ? Il faut être féru dans son tout petit domaine d’expertise mais, pour la plupart des néces­si­tés de la vie, on s’en remet aveu­glé­ment à l’aide d’autres connais­seurs, dont le savoir se limite aussi à un minus­cule domaine d’expertise. La collec­ti­vité humaine en sait aujourd’hui bien plus long que les bandes d’autrefois. Sur un plan indi­vi­duel, en revanche, l’histoire n’a pas connu hommes plus aver­tis et plus habiles que les anciens four­ra­geurs.

Survivre en ce temps-là néces­si­tait chez chacun des facul­tés mentales excep­tion­nelles. L’avènement de l’agriculture et de l’industrie permit aux gens de comp­ter sur les talents des autres pour survivre et ouvrit de nouvelles « niches pour imbé­ciles ». On allait pouvoir survivre et trans­mettre ses gènes ordi­naires en travaillant comme porteur d’eau ou sur une chaîne de montage

Supériorité du fourrageur

De surcroît, côté corvées domes­tiques, leur charge était bien plus légère : ni vais­selle à laver, ni aspi­ra­teur à passer sur les tapis, ni parquet à cirer, ni couches à chan­ger, ni factures à régler. L’économie des four­ra­geurs assu­rait à la plupart des carrières plus inté­res­santes que l’agriculture ou l’industrie. De nos jours, en Chine, une ouvrière quitte son domi­cile autour de sept heures du matin, emprunte des rues polluées pour rejoindre un atelier clan­des­tin où elle travaille à longueur de jour­née sur la même machine : dix heures de travail abru­tis­sant avant de rentrer autour de dix-neuf heures faire son travail domes­tique.

Moins malade

De surcroît, n’étant pas à la merci d’un seul type d’aliment, ils étaient moins expo­sés si celui-ci venait à manquer. Les socié­tés agri­coles sont rava­gées par la famine si une séche­resse, un incen­die ou un trem­ble­ment de terre ruine la récolte.
Les anciens four­ra­geurs souf­fraient aussi moins des mala­dies infec­tieuses. La plupart de celles qui ont infesté les socié­tés agri­coles et indus­trielles (variole, rougeole et tuber­cu­lose) trouvent leurs origines parmi les animaux domes­ti­qués et n’ont été trans­mises à l’homme qu’après la Révo­lu­tion agri­cole.

L’homme arrive en Australie

Or, plus de 90 % de la méga­faune austra­lienne a disparu en même temps que le dipro­to­don. Les preuves sont indi­rectes, mais on imagine mal que, par une pure coïn­ci­dence, Sapiens soit arrivé en Austra­lie au moment précis où tous ces animaux mouraient de froid.

Si l’extinction austra­lienne était un événe­ment isolé, nous pour­rions accor­der aux hommes le béné­fice du doute. Or, l’histoire donne de l’Homo sapiens l’image d’un serial killer écolo­gique.

Les coupables, c’est nous. Mieux vaudrait le recon­naître. Il n’y a pas moyen de contour­ner cette vérité. Même si le chan­ge­ment clima­tique nous a aidés, la contri­bu­tion humaine a été déci­sive.

La révolution agricole

La révo­lu­tion agri­cole est l’un des événe­ments les plus contro­ver­sés de l’histoire. Certains de ses parti­sans proclament qu’elle a engagé l’humanité sur la voie de la pros­pé­rité et du progrès. D’autres soutiennent qu’elle est la voie de la perdi­tion. C’est à ce tour­nant, selon eux, que Sapiens s’arracha à sa symbiose intime avec la nature pour sprin­ter vers la cupi­dité et l’aliénation. Où qu’elle menât, c’était une voie sans retour. L’agriculture permit aux popu­la­tions une crois­sance si forte et si rapide qu’aucune société complexe ne pour­rait plus jamais subve­nir à ses besoins.

L’angoisse du paysan

Le paysan anxieux était aussi fréné­tique et dur à la tâche qu’une fourmi mois­son­neuse en été, suant pour plan­ter des oliviers dont ses enfants et petits-enfants seule­ment pres­se­raient l’huile, mettant de côté pour l’hiver ou l’année suivante des vivres qu’il mourait d’envie de manger tout de suite. Le stress de la culture fut lourd de consé­quences. Ce fut le fonde­ment de systèmes poli­tiques et sociaux de grande ampleur. Tris­te­ment, les paysans dili­gents ne connais­saient quasi­ment jamais la sécu­rité écono­mique dont ils rêvaient en se tuant au travail. Partout surgirent des souve­rains et des élites qui se nour­rirent du surplus des paysans

Richesse et révolutions

Et si aucun accord n’est trouvé, le conflit se propage – même si les entre­pôts regorgent de vivres. Les pénu­ries alimen­taires ne sont pas à l’origine de la plupart des guerres et des révo­lu­tions de l’histoire. Ce sont des avocats aisés qui ont été le fer de lance de la Révo­lu­tion fran­çaise, non pas des paysans famé­liques. La Répu­blique romaine attei­gnit le faîte de sa puis­sance au premier siècle avant notre ère, quand des flottes char­gées de trésors de toute la Médi­ter­ra­née enri­chirent les Romains au-delà des rêves les plus fous de leurs ancêtres. Or, c’est à ce moment d’abondance maxi­male que l’ordre poli­tique romain s’effondra .

L’importance de la religion

De toutes les acti­vi­tés humaines collec­tives, la violence est la plus diffi­cile à orga­ni­ser. Dire qu’un ordre social se main­tient à la force des armes soulève aussi­tôt une ques­tion : qu’est-ce qui main­tient l’ordre mili­taire ? Il est impos­sible d’organiser une armée unique­ment par la coer­ci­tion. Il faut au moins qu’une partie des comman­dants et des soldats croient à quelque chose : Dieu, l’honneur,

Les septiques

Le philo­sophe grec Diogène, fonda­teur de l’école cynique, logeait dans un tonneau. Un jour qu’Alexandre le Grand lui rendit visite, Diogène se prélas­sait au soleil. Alexandre voulut savoir s’il pouvait faire quelque chose pour lui, et le Cynique lui répon­dit : « Oui, en effet. Ôte-toi de mon soleil ! » Voilà pour­quoi les cyniques ne bâtissent pas d’empire, et pour­quoi un ordre imagi­naire ne saurait être main­tenu que si de grandes sections de la popu­la­tion – notam­ment, de l’élite et des forces de sécu­rité – y croient vrai­ment. Le chris­tia­nisme n’aurait pas duré deux mille ans si la majo­rité des évêques et des prêtres n’avaient pas cru au Christ

les femmes et les travaux de force

Beau­coup de femmes courent plus vite et soulèvent des poids plus lourds que beau­coup d’hommes. Secundo, et c’est des plus problé­ma­tiques pour cette théo­rie, les femmes ont été tout au long de l’histoire exclues surtout des tâches qui exigent peu d’effort physique (prêtrise, droit, poli­tique) et ont dû assu­mer de nombreux travaux manuels rudes aux champs, dans les arti­sa­nats et à la maison.

L’expérience communiste

L’expérience la plus ambi­tieuse et la plus célèbre de ce genre fut menée en Union sovié­tique : ce fut un échec lamen­table. En pratique, le prin­cipe du « chacun travaillait suivant ses capa­ci­tés et rece­vait suivant ses besoins » se trans­forma en « chacun travaillait aussi peu que possible pour rece­voir le plus possible »

La monnaie

La monnaie est donc un moyen d’échange univer­sel qui permet aux gens de conver­tir presque tout en presque tout. Le soldat démo­bi­lisé peut délais­ser la force muscu­laire pour se muscler la cervelle en utili­sant sa solde afin de payer ses droits d’inscription en fac. La terre peut se conver­tir en loyauté quand un baron vend des biens pour entre­te­nir sa suite. La santé peut se conver­tir en justice quand un méde­cin se sert de ses hono­raires pour recou­rir aux services d’un avocat – ou soudoyer un juge. Il est même possible de trans­for­mer le sexe en salut : ainsi les putains du xve siècle, quand elles couchaient avec des hommes pour de l’argent qu’elles utili­saient ensuite pour ache­ter des indul­gences à l’Église catho­lique.

Des chré­tiens et des musul­mans qui ne sauraient s’entendre sur des croyances reli­gieuses pour­raient néan­moins s’accorder sur une croyance moné­taire parce que, si la reli­gion nous demande de croire à quelque chose, la monnaie nous demande de croire que d’autres croient à quelque chose

L’importance de la religion

De nos jours, la reli­gion est souvent consi­dé­rée comme une source de discri­mi­na­tion, de désac­cord et de désunion. En vérité, pour­tant, elle a été le troi­sième grand unifi­ca­teur de l’humanité avec la monnaie et les empires. Les ordres sociaux et les hiérar­chies étant toujours imagi­naires, tous sont fragiles, et le sont d’autant plus que la société est vaste.

Reste que si l’on addi­tionne les victimes de toutes ces persé­cu­tions, il appa­raît qu’en trois siècles les Romains poly­théistes ne tuèrent pas plus de quelques milliers de chrétiens[1]. À titre de compa­rai­son, au fil des quinze siècles suivants, les chré­tiens massa­crèrent les chré­tiens par millions pour défendre des inter­pré­ta­tions légè­re­ment diffé­rentes d’une reli­gion d’amour et de compas­sion.

Lors du massacre de la Saint-Barthé­lemy, entre 5 000 et 10 000 protes­tants trou­vèrent la mort en moins de vingt­quatre heures. Quand le pape apprit la nouvelle à Rome, sa joie fut telle qu’il orga­nisa des prières de liesse pour célé­brer l’occasion et char­gea Gior­gio Vasari de faire une fresque du massacre dans une salle du Vati­can (aujourd’hui inac­ces­sible aux visiteurs[2]). Plus de chré­tiens moururent de la main d’autres chré­tiens au cours de ces vingt-quatre heures que sous l’Empire romain poly­théiste tout au long de son exis­tence.

La révolution scientifique

La Révo­lu­tion scien­ti­fique a été non pas une révo­lu­tion du savoir, mais avant tout une révo­lu­tion de l’ignorance. La grande décou­verte qui l’a lancée a été que les hommes ne connaissent pas les réponses à leurs ques­tions les plus impor­tantes. Les tradi­tions prémo­dernes du savoir comme l’islam, le chris­tia­nisme, le boud­dhisme et le confu­cia­nisme affir­maient que l’on savait déjà tout ce qu’il était impor­tant de savoir du monde.

Mortalité enfantine

la reine Elea­nor eut seize enfants entre 1255 et 1284 : 1. Fille anonyme née en 1255, morte à la nais­sance. 2. Cathe­rine, morte à 1 ou 3 ans. 3. Joan, morte à 6 mois. 4. John, mort à 5 ans. 5. Henry, mort à 6 ans. 6. Elea­nor, morte à 29 ans. 7. Fille anonyme morte à 5 mois. 8. Joan, morte à 35 ans. 9. Alphonso, mort à 10 ans. 10. Marga­ret, morte à 58 ans. 11. Beren­ge­ria, morte à 2 ans. 12. Fille anonyme morte peu après la nais­sance. 13. Mary, morte à 53 ans. 14. Fils anonyme mort peu après la nais­sance. 15. Eliza­beth, morte à 34 ans. 16. Édouard. Le plus jeune, Édouard, fut le premier des garçons à survivre aux dange­reuses années de l’enfance

L’horreur du monde moderne

Pire encore fut le destin des indi­gènes de Tasma­nie. Ayant survécu à 10 000 ans de splen­dide isole­ment, ils furent tous élimi­nés : un siècle après l’arrivée de Cook, hommes, femmes et enfants avaient disparu jusqu’au dernier. Les colons euro­péens commen­cèrent par les refou­ler des parties les plus riches de l’île, puis, convoi­tant même les parties déser­tiques restantes, ils les traquèrent et les tuèrent systé­ma­ti­que­ment

Une blague (drôle)

Un jour qu’ils s’entraînaient, les astro­nautes tombèrent sur un vieil indi­gène améri­cain. L’homme leur demanda ce qu’ils fabri­quaient là. Ils répon­dirent qu’ils faisaient partie d’une expé­di­tion de recherche qui allait bien­tôt partir explo­rer la Lune. Quand le vieil homme enten­dit cela, il resta quelques instants silen­cieux, puis demanda aux astro­nautes s’ils pouvaient lui faire une faveur. « Que voulez-vous ? – Eh bien, fit le vieux, les gens de ma tribu croient que les esprits saints vivent sur la Lune. Je me deman­dais si vous pouviez leur trans­mettre un message impor­tant de la part des miens. – Et quel est le message ? » deman­dèrent lesas­tro­nautes. L’homme marmonna quelque chose dans son langage tribal, puis demanda aux astro­nautes de le répé­ter jusqu’à ce qu’ils l’aient parfai­te­ment mémo­risé. « Mais qu’est-ce que ça veut dire ? – Je ne peux pas vous le dire. C’est un secret que seuls sont auto­ri­sés à savoir notre tribu et les esprits de la Lune. » De retour à leur base, les astro­nautes ne ména­gèrent pas leurs efforts pour trou­ver quelqu’un qui sût parler la langue de la tribu et le prièrent de traduire le message secret. Quand ils répé­tèrent ce qu’ils avaient appris par cœur, le traduc­teur partit d’un grand éclat de rire. Lorsqu’il eut retrouvé son calme, les astro­nautes lui deman­dèrent ce que ça voulait dire. L’homme expli­qua. Ce qu’ils avaient si méti­cu­leu­se­ment mémo­risé voulait dire : « Ne croyez pas un seul mot de ce qu’ils vous racontent. Ils sont venus voler vos terres. »

L’esclavage

Dix millions d’esclaves afri­cains, dont près de 70 % pour les plan­ta­tions de canne à sucre. Les condi­tions de travail étaient abomi­nables. La plupart avaient une vie brève et misé­rable. Des millions d’autres moururent au cours des guerres menées pour les captu­rer ou au cours du long voyage du cœur de l’Afrique aux côtes de l’Amérique. Tout cela pour que les Euro­péens sucrent leur thé et mangent des bonbons… et que les magnats du sucre empochent d’énormes profits

Le consumérisme

L’obésité est une double victoire pour le consu­mé­risme. Au lieu de manger peu, ce qui provo­que­rait une réces­sion écono­mique, les gens mangent trop puis achètent des produits diété­tiques – contri­buant ainsi double­ment à la crois­sance écono­mique.

Le temps

En 1784 commença à opérer en Grande-Bretagne un service de voitures avec des horaires publics : ceux-ci n’indiquaient que l’heure de départ, pas celle d’arrivée. En ce temps-là, chaque ville ou chaque bourg avait son heure locale, laquelle pouvait diffé­rer de celle de Londres d’une bonne demi-heure. Quand il était midi à Londres, il pouvait être 12 h 20 à Liver­pool et 11 h 50 à Canter­bury. Comme il n’y avait ni télé­phones, ni radio, ni télé­vi­sion, et pas de trains rapides, qui pouvait savoir, et qui s’en souciait[2] ? 

L’importance de l’état

L’État prête aussi une atten­tion plus soute­nue aux rela­tions fami­liales, surtout entre parents et enfants. Les parents sont obli­gés d’envoyer leurs enfants à l’école. L’État peut prendre des mesures contre les parents parti­cu­liè­re­ment abusifs ou violents. Au besoin, il peut même les jeter en prison ou placer leurs enfants dans des familles nour­ri­cières. Il n’y a pas si long­temps, l’idée que l’État doive empê­cher les parents de battre ou d’humilier leur progé­ni­ture eût été balayée d’un revers de main comme une idée ridi­cule et inap­pli­cable. Dans la plupart des socié­tés, l’autorité paren­tale est sacrée.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard, il a obtenu un coup de cœur.

Je savais, grâce au billet d « Aifelle , que je lirai ce livre, depuis j’ai lu « Anna ou une histoire fran­çaise  » et je ne peux encore une fois que me féli­ci­ter de ce conseil de lecture. Même si, ce n’est pas une lecture très facile, surtout la partie sur l’angoisse d’Abraham, j’ai été très touchée par ce récit. Comme Aifelle je vous conseille d’écouter son inter­view car elle raconte si bien tout ce qui l’habite. Alors pour­quoi Abra­ham est-il angoissé, je n’ai pas trouvé la réponse, mais en revanche Rosie Pinhas-Delpuech a raison, si on ne connaît pas la cause on connaît bien l’heure à laquelle l’angoisse nous saisit : c’est l’heure où le soleil, même s’il illu­mine une dernière fois de mille feux le ciel, va se coucher et où la lumière va faire place à l’obscurité.

C’est l’heure où les enfants pleurent sans pouvoir être faci­le­ment conso­lés, c’est l’heure où le malade a peur de la nuit qui s’installe, c’est l’heure où le marin voudrait être au port.

Cette auteure nous entraîne dans un voyage, celui de son exil et celui de l’exil de sa langue. Ses passages sur le fran­çais des étran­gers sont d’une justesse incroyable . Elle nous fait connaître aussi Israël autre­ment et c’est si rare aujourd’hui entendre parler posi­ti­ve­ment et simple­ment de ces gens qui habitent sur cette terre telle­ment convoi­tée. Elle nous raconte aussi la France des années 70 et les quelques pages sur Nanterre sont inté­res­santes, elle y mêle la toute nouvelle univer­sité : quelques bâti­ments très laids sortis d’une friche assez triste, contras­tant avec l’exigence intel­lec­tuelle des profes­seurs et les débats sans fin avec son amie, le murs qui cache un bidon­ville où des émigrés moins chan­ceux qu’elle s’entassent. Elle n’oublie jamais que sa condi­tion d’étrangère peut se rappe­ler à elle bruta­le­ment. Et qu’elle peut se retrou­ver sur l’île de la Cité à faire la queue parmi les déses­pé­rés du monde pour renou­ve­ler ses titres de séjour. Fina­le­ment sa vraie patrie sera ses langues et surtout la traduc­tion, c’est à dire encore un voyage celui qui lui permet de passer de l’hébreu au fran­çais et du fran­çais à l’hébreu. Elle n’en n’oublie pas pour autant le turc qui reste sa langue mater­nelle.

Citations

L’exil

Ils(les Russes blancs) ravi­vaient auprès de ces derniers, et surtout des Juifs, la mémoire des guerres, des horreurs qui les accom­pagnent, du déclas­se­ment qu’entraîne tout dépla­ce­ment forcé, de l’exil d’un peuple qui avait la nostal­gie de sa terre, de sa langue et d’une chose tout à fait indé­fi­nis­sable que Dostoïevski- qui écrit « L’idiot » au cours d’un long exil à l’étranger- « le besoin d’une vie qui les trans­cende, le besoin d’un rivage solide,d’une patrie en laquelle ils ont cessé de croire parce qu’ils ne l’ont jamais connue ».

L’aéroport de Lod

Mon souve­nir de l’aéroport de Lydda-Lod en 1966 recoupe certaines photos des « Récits d’Ellis Island » de Georges Perec et Robert Bober. Les mêmes bagages bour­rés et, fice­lés, inélé­gants, les mêmes visages un peu figés par l’attente , l’angoisse, l’excès d’émotion. En 1966, l’aéroport de Lod est un lieu unique au monde où des retrou­vailles sont encore possibles entre morceaux de puzzles disper­sés sur la surface de la terre ou manquants.

les Juifs, la terre et la nation

Déta­ché de la terre par des siècles d’errance, inter­dit d’en possé­der, de la travailler, le Juif est histo­ri­que­ment une créa­ture urbaine. Parmi les notions élémen­taires qui me faisaient défaut par tradi­tion et culture profonde, la terre, la patrie, le drapeau, n’étaient pas les moindres. Toujours hôtes d’un pays étran­ger, d’abord de l’Espagne puis de l’empire otto­man, la terre était pour nous une notion abstraite, hostile, excluante. Nous étions des loca­taires avec des biens mobi­liers, trans­por­tables : ceux qui se logeaient dans le cerveau et éven­tuel­le­ment dans quelques valises. La terre appar­te­nait aux autoch­tones, ils avaient construit une nation, puis planté un drapeau, et nous étions les hôtes, dési­rables ou indé­si­rables selon les jours.

Le style que j’aime, cette image me parle

C’est exac­te­ment ainsi que m’est apparu Hirshka, (…) comme s’il draguait dans un filet de pêche une histoire qu’il avait traî­née à son insu jusqu’aux rives de la Médi­ter­ra­née.

La langue des » étrangers »

Quand on est en pays étran­ger, même si on en comprend la langue, on ne se comprend pas . Parfois, on n’entend pas les paroles qui sont dites. L’entendement est obstrué. On est frappé de surdité audi­tive et mentale. La peur qu’éprouve l’étranger et, le rejet qu’il subit, le rendent défi­cient. Il se fait répé­ter les choses, de crainte de ne pas comprendre.

Entre le jargon disser­ta­tion de la philo­so­phie , le caquè­te­ment des commères de la rue, l’argot de l’ouvrier, celui de l’étudiant, il ne restait pas le moindre inter­stice pour le parler respec­tueux de ceux qui, depuis deux siècles, avaient élu domi­cile dans le fran­çais de l’étranger.

Comme Aifelle je vous conseille d’écouter cette femme

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Ce livre a accom­pa­gné un voyage en TGV, je l’ai lu grâce à Aifelle qui m’avait donné envie de décou­vrir cette auteure. Je lirai certai­ne­ment « Suite byzan­tine » ainsi que « l’Angoisse d’Abraham ». J’aime beau­coup les récits qui font une part belle à la langue, pour Rosie Pinhas-Delpuech, écri­vaine et traduc­trice, qui parle le turc, le fran­çais, l’hébreux et sans doute bien d’autres langues, la recherche de l’identité prend un sens que je comprends si bien, car pour moi ma patrie est autant ma langue que ma natio­na­lité.

Après son enfance qui est peu décrite dans ce tome, l’auteure cherche à comprendre cette tante Anna qui a perdu et son mari et son fils pendant la guerre 39 – 45. C’est l’occasion de vivre un épisode si banal dans l’après guerre mais si peu glorieux, comment des juifs se sont fait spolier de tous leurs biens, par des gens en qui ils avaient confiance. Mais si Anna souffre tant c’est aussi sans doute que la femme qui a dénoncé son mari était aussi sa maîtresse. Anna fera tout pour deve­nir une catho­lique fran­çaise, elle ne pourra pas empê­cher son fils unique de s’engager dans l’armée du géné­ral Leclerc et mourir en 1945 en combat­tant. Cette histoire centrale du livre, l’auteure ne peut la comprendre qu’en repre­nant le parcours de sa famille depuis la Turquie. Toute sa famille avec ses lourds secrets et ses peines tragiques viennent hanter sa mémoire et permettent peu à peu de comprendre ce que cela veut dire d’être juive aujourd’hui dans un style abso­lu­ment superbe.

Citations

Son enfance

C’était après la guerre, dans les années cinquante, au temps du chewing-gum, du swing et de la moder­nité. Etre juif repré­sen­tait une mala­die mortelle à laquelle on avait réchappé de justesse et dont il ne fallait pas trop parler.

La Turquie et les juifs

Lente­ment, subti­le­ment, genti­ment même, au fils des années d’école primaire, de l’apprentissage des rudi­ments d’histoire et de géogra­phie, le turc m’avait débar­qué sur le rivage : ma reli­gion, mention­née sur mon acte de nais­sance, « musevi », qui signi­fie mosaïque, s’interposait entre moi et la commu­nauté natio­nale.

Son amour du français et de son orthographe

J’ignore jusqu’à aujourd’hui la cause de cet amour fou pour cette ortho­graphe, de cette jubi­la­tion enfan­tine à conqué­rir l’arbitraire souve­rain de la langue. Peut-être que l’écriture phoné­tique du turc me parais­sait d’une faci­lité enfan­tine et que la diffi­culté du fran­çais était à la mesure de celle de grandir ?

Une belle phrase tellement chargée de sens

Un destin de deuils et de chagrins avait balayé ce chatoie­ment crépus­cu­laire de l’Entre-deux guerres, dans les Balkans otto­mans voisins de l’Empire austro-hongrois.

20151109_162509Traduit de l’anglais israé­lien par Jean-Pierre Carasso et Jacque­line Huet.

Présentation de son éditeur

Si une roquette peut nous tomber dessus à tout moment, à quoi bon faire la vais­selle ?

Mais je citerais volontiers également Jérôme qui m’a fait découvrir cet auteur

C’est simple, si je devais un jour deve­nir écri­vain (ce qui n’arrivera jamais, je vous rassure), j’aimerais pouvoir écrire comme Etgar Keret !

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Comme je le comprends, depuis son article, datant du 4 septembre 2015, ce petit recueil m’accompagne partout, il est sur ma liseuse ce qui est très pratique, je peux même lire au golf en atten­dant que mes amis terminent leur partie. Il m’accompagne égale­ment dans ma réflexion après le 13 novembre 2015. Les Israé­liens savent mieux que quiconque ce que cela veut dire de vivre avec des bombes qui explosent, et d’être entou­rés de pays qui sont prêts à vous rayer de la carte à la moindre faiblesse. Ils ont, donc, parmi eux des écri­vains comme Etgar Keret qui avec un humour à la Woddy Allen sait se moquer des travers juifs et surtout de lui-même sans pour autant renier qui il est et d’où il vient.

Je sais que nous sommes nombreuses à préfé­rer les romans aux nouvelles, mais ici on n’a pas l’effet habi­tuel de ce genre litté­raire, en géné­ral ce que l’on redoute c’est un passage d’une histoire diffé­rente à une autre qui empêche de se sentir bien dans ce que l’on vient de lire car cela change trop vite. Ici, on accom­pagne la vie d’Etgar Keret , celle de son fils Lev et de son épouse, à la fois dans leurs souve­nirs et leurs diffi­cul­tés quoti­diennes . Le lecteur va du sourire, à l’éclat de rire , le tout teinté d’une très grande émotion. Pour savoir écrire de cette façon, à la fois déta­chée mais très sensible, sur tous les petits aspects de la vie avec un enfant, les tragé­dies de la vie et du monde , il faut un talent qui force mon admi­ra­tion. se dessine, alors, une person­na­lité d’écrivain qui n’a rien d’un super héros, mais qu’on a envie d’aimer très fort car il donne un sens à la vie.

Citations

Vue sur mer en Sicile

Parce que, enfin, je la connais très bien cette mer : c’est la même Médi­ter­ra­née qui est à deux pas de chez moi à Tel-Aviv, mais la paix et la tran­quillité que respirent les gens du coin sont des choses que je n’avais jamais rencon­trées. La même mer mais débar­ras­sée du lourd nuage exis­ten­tiel, noir de peur que j’ai l’habitude de voir peser sur elle.

Son père

« En réalité, la situa­tion est idéale, me dit-il très sérieu­se­ment tout en me cares­sant la main. J’adore prendre les déci­sions quand les choses sont au plus bas. la situa­tion est une telle drek(merde) pour l’instant que ça ne peut que s’arranger : avec la chimio, je meurs très vite ; avec les rayons je me tape une gangrène de la mâchoire ; quant à l’opération, tout le monde est sûr que je ne survi­vrai pas parce que j’ai quatre-vingt-quatre ans. Tu sais combien de terrains j’ai acheté comme ça ? Quand le proprié­taire ne veut pas vendre et que je n’ai pas un sou en poche ? »

Moment d’émotion

- Mais pour­quoi ? insista Lev. Pour­quoi un père doit proté­ger son fils ?

Je réflé­chis un instant avant de répondre « Écoute, dis-je en lui cares­sant la joue, le monde dans lequel nous vivons est parfois très dur. Alors la moindre des choses c’est que tous ceux qui naissent dans ce monde aient au moins une personne pour les proté­ger.

- Alors et toi ? demanda Lev. Qui te proté­gera, main­te­nant que ton père est mort ? »

Je n’ai pas fondu en larmes devant lui mais plus tard ce soir-là, dans l’avion de Los Angeles, j’ai pleuré.

Difficulté d’être chauffeur de taxi

Le taxi est un mode de trans­port dans lequel toit est fait pour la seule satis­fac­tion du client. Les malheu­reux chauf­feurs conduisent toute la jour­née et n’ont pas de toilettes à bord, où aurait-elle voulu qu’il se soulage dans le coffre ?

Sa femme qui a « un mauvais fond »

« je vais sûre­ment pas aller au mariage d’un type qui sent le bouc que tu as connu dans une salle de gym où tu as mis les pieds même pas deux semaines, a déclaré ma femme avec beau­coup de déter­mi­na­tion.

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Traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

4
Superbe BD et excellent moment de lecture. Comme je suis déçue que cette BD n’ait pas reçu un coup de cœur ! Malheu­reu­se­ment, je ne l’avais pas encore lue et je n’ai pas pu la défendre.

Les person­nages sont très proches de la réalité et si j’aime cette BD ou roman graphique, c’est que le dessin est indis­pen­sable à la qualité du récit. La grand-mère juive est drôle et telle­ment vraie ses expres­sions de visages en disent plus que de longues pages de romans. Dès les premiers instant, on comprend sa person­na­lité lorsqu’elle ne veut pas jeter sa bouteille d’eau au contrôle avant de prendre l’avion. Elle préfè­rera boire un litre et demi d’eau plutôt que de la jeter, quand on connaît le confort des toilettes dans l’avion, c’est un acte de pur incons­cience ou d’héroïsme. Sa petite fille est une jeune israé­lienne de son époque qui n’a pas l’habitude de se lais­ser dicter sa conduite. Avec sa grand-mère, elles sont venues voir s’il était possible de récu­pé­rer des biens en Pologne.

L’histoire aurait pu être tragique, elle est surpre­nante et dépeint très bien les mémoires des personnes très âgées. Les secrets de famille qui n’en sont pas vrai­ment ont pesé lourd dans le passé de cette vieille grand-mère. Son voyage n’avait pas le but que l’on croyait mais il était indis­pen­sable qu’elle revienne à Varso­vie. La façon dont cette BD nous fait décou­vrir Varso­vie est origi­nale et très vivante. Les jeunesse juive doit se retrou­ver à 100 % dans l’œuvre de Rutu Modan.

Mieux qu’un long roman, cette BD nous dit beau­coup sur l’amour et le poids des souve­nirs doulou­reux sans jamais tomber dans le pathos. Un superbe exemple de l’humour juif.

Citation

Je l’ai fait pour agacer Tzilla. La seule chose que les juifs aiment plus que l’argent, c’est la provo­ca­tion.

On en parle

chez Keisha et Aifelle

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51SDtLStvVL._SL500_AA300_.jpg

Traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche

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À lire de toute urgence ! Comment vivre en Israël quand on est Arabe ? Si l’on en juge par le talent et l’humour de Sayeb Kashua, écri­vain de langue arabe qui écrit en hébreu, appa­rem­ment ce para­doxe est vivable mais au prix de multiples contor­sions. Si vous avez déjà beau­coup lu sur ce tout petit pays qui, avec une surface à peine plus éten­due que deux dépar­te­ments fran­çais, tient l’équilibre de la paix du monde entre ses mains, préci­pi­tez-vous sur ce roman !

Je suis certaine que vous appren­drez mille et un petits détails sur la vie au quoti­dien en Israël, et que cet écri­vain saura faire évoluer vos idées. Et si vous ne savez rien sur ce pays (je doute qu’une telle personne existe !), alors vous décou­vri­rez avec surprise que pour être avocat et plai­dez des affaires pour les arabes vous devez avoir des diplômes israé­liens, parler et écrire l’hébreux que vos clients connaissent mal.

Vous appren­drez qu’il y a autant de diffé­rences entre un Juif et un Arabe qu’entre un Arabe des terri­toires occu­pés ‚ un « immi­gré de l’intérieur » et un habi­tant d’ « origine » de Jéru­sa­lem. Que, pour être avocat arabe et avoir une bonne clien­tèle, il faut rouler dans une grosse berline alors qu’un Juif peut se conten­ter d’une voiture quel­conque car il n’a rien à prou­ver à sa commu­nauté. Entre le malheur de l’enfant qui est rejeté parce que son père a été assas­siné en tant que collabo, et la femme juive qui ne peut plus voir son fils qui a tenté (et presque réussi) à se suici­der, tous les malheur de la terre sont rassem­blés dans ce récit.

Et pour­tant ce roman n’est pas triste, il est même parfois fran­che­ment drôle. Je vous conseille, messieurs, si vous souf­frez de ce problème, la méthode de notre avocat pour lutter contre l’éjaculation précoce et réus­sir enfin à faire jouir votre compagne : se souve­nir d’événements tristes. Lui, en revi­vant minute par minute l’enterrement de son grand-père a réussi à souti­rer au moment de la mise en terre de son aïeul, des râles de jouis­sance de sa femme … à essayer ! !

L’intrigue du roman est bien construite mais m’a, person­nel­le­ment, moins convain­cue que l’ambiance du roman car une grand partie est fondée sur le ressort de la jalou­sie obses­sion­nelle d’un mari vis-à-vis de sa femme, je suis rare­ment inté­res­sée par ce genre de compor­te­ments.

Sayed Kashua est, par ailleurs, connu pour avoir écrit une série télé­vi­sée : « travail d’Arabes » qui fait rire les Juifs et les Arabes en Israël. En lisant ce livre, on se prend à espé­rer, qu’un jour, les gens d’esprit domi­ne­ront et qu’ils appren­dront à se connaître et à s’apprécier. Réus­si­ront-ils, là où, les reli­gions, les idéo­lo­gies, les poli­tiques et les mili­taires ont échoué et sont respon­sables d’une haine si vive et de tant de morts ?

Citations

Le contrôle au facies … (social !)

Il savait désor­mais que les soldats, les gardes fron­tières, les vigiles et les poli­ciers, issus pour la plupart des couches infé­rieures de la société israé­lienne, n’arrêteraient jamais un indi­vidu portant des vête­ments mani­fes­te­ment plus chers qu’eux mêmes en portaient.

Les conversations dans les dîners de la classe aisée arabe israélienne (cela ressemble beaucoup à ce que je connais ailleurs !)

En géné­ral, les hommes parlaient d’immobilier ou d’argent : qui a acheté quoi et qui est plongé dans les dettes jusqu’ au cou… Les femmes, elles, des insti­tu­trices de leurs enfants et d’histoires d’autres parents d’élèves.

Les subtilités des préjugés entre Arabes israéliens

En revanche, ils n’avaient jamais envi­sagé d’inviter Samah et son époux, bien que tous deux ne fussent pas moins instruits que les autres invi­tés et bien que leur statut social fût peut-être supé­rieur à celui des autres. Le fait d’être rési­dents de la ville orien­tale les élimi­ne­rait car ces rencontres regrou­paient des immi­grés de l’intérieur et il y a avait des choses – ainsi pensaient-ils- qu’ils ne pouvaient parta­ger avec les autoch­tones, aussi riches et éclai­rés fussent-ils.

Les mères arabes sont-elles différentes des mères juives ou de toute mère ?

Le rêve de chaque mère arabe dans ce pays était que son enfant soit méde­cin ou avocat.

Les difficultés de vie et les facultés d’adaptation des habitants

Car les épouses, mères, et sœurs de prison­niers qui s’adressaient à un avocat pour qu’il repré­sente leurs êtres chers étaient nombreuses. La plupart des familles pales­ti­nienne de Cisjor­da­nie préfé­raient envoyer une femme contac­ter un avocat de Jéru­sa­lem car leurs chances de fran­chir les barrages mili­taires sans permis de circu­ler étaient supé­rieurs à celles des hommes.

L’humour et réalité

« Il a juste volé à des Juifs », disaient certains de ses clients pour tenter de convaincre l’homme de loi qu’en fin de compte leur parent était inno­cent car les lois des Juifs étaient diffé­rentes, ce qui mini­mi­sait le vol. Pour eux, ce vol était une brou­tille, les Juifs ne sont-ils pas des gens prévoyant ? Ils ont des compa­gnies d’assurances, ils possèdent de l’argent et, dans une certaine mesure, voler un véhi­cule a un Juif était une sorte d’emprunt, voire de resti­tu­tion a des proprié­taires légi­times, et non un délit passible de condam­na­tion.

Les localités arabes en Israël

Déci­dé­ment toutes les loca­li­tés arabes se ressem­blaient. Les muni­ci­pa­li­tés soignaient l’entrée de l’agglomération, et, au diable le reste ! L’important était que le maire puisse se faire tirer le portrait devant l’entrée solen­nelle de sa cité et l’imprimer ensuite sur les tracts de sa campagne élec­to­rale.

On en parle

Je suis à la recherche d’un blog ayant parlé de ce livre ?

Traduit de l’hébreu par Valé­rie Zenatti.

Pour­quoi aucun coquillage ? Cela me semble telle­ment puéril à côté du contenu du livre ! Aharon Appel­feld est né dans une région du monde qui a changé de natio­na­lité très souvent. Origi­naire de Buco­vine, il a surtout le malheur d’être juif, toute sa famille dispa­raî­tra pendant la deuxième guerre mondiale. Il doit sa survie, à son courage, il a fui le camp de concen­tra­tion. Pendant deux ans, il a erré dans les forêts de l’Ukraine en essayant, jour après jour, de ne pas mourir, il n’avait que dix ans !

C’est la première partie du livre. Le livre commence par le bonheur d’une enfance heureuse dans un monde qui a complè­te­ment disparu aujourd’hui. Comme toujours, dans ces témoi­gnages, certains passages sont très diffi­ciles à lire. Le chapitre sept, par exemple. Il se souvient d’une femme qui fait tout ce qu’elle peut pour obli­ger un enfant à fuir la douceur rela­tive de ses bras pour qu’il se cache et essaye de se sauver, l’enfant tel un petit animal s’accroche à elle avec l’énergie du déses­poir, ensemble ils monte­ront dans le train de la mort.

La deuxième partie du livre raconte ses diffi­cul­tés à s’adapter en Israël et à trou­ver sa langue d’écriture. C’est une très belle réflexion sur la culture et la langue. Je m’attendais à trou­ver des remarques sur le conflit pales­ti­nien mais ce n’est pas son propos. Pour moi, c’est un livre à lire abso­lu­ment, un de plus diront certains sur ce sujet. Mais en le lisant on comprend qu’il ne pouvait pas faire autre­ment que de nous le racon­ter. Ses souve­nirs sont si lourds qu’il doit pouvoir les parta­ger avec ses lecteurs

Citations

Chaque fois qu’il pleut, qu’il fait froid ou que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, ou dans les forêts qui m’ont abrité long­temps.

Ma mère fut assas­si­née au début de la guerre. Je n’ai pas vus sa mort, mais j’ai entendu son seul et unique cri. Sa mort est profon­dé­ment ancrée en moi -, et plus que sa mort, sa résur­rec­tion. Chaque fois que je suis heureux ou attristé son visage m’apparaît, et elle, appuyée à l’embrasure de la fenêtre, semble sur le point de venir vers moi.

À cette époque, j’appris qu’un homme ne voit jamais que ce qu’on lui a déjà montré.

Chaque être qui a été sauvé pendant la guerre l’a été grâce à un homme qui, à l’heure d’un grand danger, lui a tendu la main.