Lu dans le cadre de masse critique de Babe­lio.



Je me souviens que le résumé de ce livre m’avait atti­rée car on y parlait de la guerre en Abys­si­nie en 1936. C’est une guerre dont on parle peu mais qui m’a toujours inté­res­sée et révol­tée. L’Éthiopie d’aujourd’hui est aussi un pays qui m’intrigue et qui semble avoir un dyna­misme où l’on retrouve cette fierté natio­nale dont parle ce roman. Je ne regrette pas d’avoir dérogé à mes prin­cipes et d’avoir répondu à « Masse-critique ». Ce roman histo­rique qui commence en 1936, en Éthio­pie pour se termi­ner à Rome en 1945, est passion­nant et a d’étranges réso­nances avec la période actuelle. L’auteure Theresa Révay à choisi comme héroïne prin­ci­pale une corres­pon­dante de guerre. C’est une idée géniale car cela lui permet d’exercer son regard critique sur tous les points chauds du globe à l’époque. De la guerre d’Espagne à la montée du nazisme à l’entrée en guerre de l’Italie fasciste de Musso­lini en passant par les guerres du désert et de la vie à Alexan­drie. Elle aura tout vu cette sublime Alice et tout compris.

Le seul point faible du roman c’est cette superbe histoire d’amour entre ce prince italien et la belle corres­pon­dante de guerre améri­caine. Mais il fallait bien un amour pour relier entre eux des événe­ments aussi tragiques. J’avoue que je n’y ai pas trop cru, c’est un peu trop roma­nesque mais ce n’est pas là l’essentiel. L’important c’est de revivre ces époques et se deman­der si le monde n’est pas à nouveau en train de partir sur des pentes aussi dange­reuses que dans ces moments tragiques. Lire le récit de tous ces épisodes dans un même roman cela fait peur car l’enchaînement tragique était évitable sans la mollesse des consciences dans les démo­cra­ties. Le Nazisme a vrai­ment la palme de l’horreur et pour­tant Musso­lini et Franco n’étaient pas des anges. Je verrais bien ce roman dans une série, chaque guerre consti­tuant une saison ; on aurait alors le temps d’aller au bout des dessous des conflits. Je crois, par exemple, que le public serait content d’en apprendre plus sur la façon dont les Italiens se sont conduits en Abys­si­nie.

Citations

Les armes chimiques en 1936 en Abyssinie

Après la grande Guerre, les armes chimiques avaient pour­tant été pros­crites aux termes d’une conven­tion inter­na­tio­nale rati­fiée par l’Italie. Leur usage était un acte scan­da­leux et mépri­sable.

Le correspondant de guerre

Les rela­tions avec les hommes d’État ressem­blaient à un jeu de poker. Il fallait garder l’esprit clair, dissi­mu­ler ses pensées tout en obte­nant qu’ils dévoilent les leurs.

Description qui permet de se croire au Vatican : sœur Pascalina

Le voile sombre ondulé ondu­lait sur ses épaules. Sa jupe effleu­rait le sol, dissi­mu­lant ses pieds, si bien qu’on avait l’impression qu’elle flot­tait au-dessus d’un pave­ment de marbre

Portrait d’Hemingway à Madrid en avril 1937

En face d’elles, un grand miroir se fendilla sur toute sa hauteur. Heming­way, torse bombé, gesti­cu­lait en cher­chant à rassu­rer son audi­toire. Le célèbre écri­vain s’était d’emblée imposé comme le cœur ardent de la bâtisse. Non seule­ment parce qu’il stockait dans ses deux chambres, outre d’innombrables bouteilles d’alcool, des jambons, du bacon, des œufs, du fromage, de la marme­lade, des conserves de sardines, et des crevettes, du pâté fran­çais t d’autres victuailles impro­bables en ces temps de pénu­rie, mais aussi parce que sa ferveur à défendre la cause répu­bli­caine et son tempé­ra­ment homé­rique lami­naient son entou­rage.

L’histoire d’amour

Ainsi allait le monde d’Umberto. Elle était consciente de ne pas y avoir sa place. (…) Elle mesura encore une nouvelle fois combien Umberto était écar­telé entre sa vie de famille et les moments qu’il lui accor­dait. (…) A son corps défen­dant, une pointe doulou­reuse la trans­perça et elle regretta d’être deve­nue une femme amou­reuse tris­te­ment banal.

Le fascisme

Je viens d’entendre le cri nécro­phile « Viva la muerte ! » Qui sonne à mes oreilles comme « À mort la vie ! » s’était écrié le philo­sophe, avant d’ajouter : Vous vain­crez mais vous ne convain­crez pas. Vous vaincre parce que vous possé­dez une surabon­dance de force brutale, vous ne convaincre pas parce que convaincre signi­fie persua­der. Et pour persua­der il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat. » Ses adver­saires, fou de rage, avaient hurlé : « À mort l’intelligence ! »

Le nazisme

Pour être inno­cent sous le Troi­sième Reich, il fallait être enfermé dans un camp de concen­tra­tion ou mort.

20161107_111041Traduit de l’anglais par Élodie LEPLAT. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Notre Club s’est donné une tradi­tion pour clore ses lectures. Au mois de juin, nous élisons « notre coup de cœur des coups de cœur », pour cela, la ving­taine des parti­ci­pants – remar­quez le mascu­lin, cette année deux hommes nous ont rejointes !) doivent lire les dix livres en lice pour pouvoir parti­ci­per au vote autour d’agapes faites maison. « Le chagrin des vivants » avait connu un tel succès que je n’avais pas pu le lire l’an dernier , et depuis il est toujours sorti de la média­thèque. Comme je comprends son succès ! je pense que ce roman va être un concur­rent sérieux pour notre prix en juin 2017.

5
Le roman se déroule essen­tiel­le­ment à Londres, sur cinq jours, du 7 novembre 1920 au 11 novembre où toute cette grande ville et tout le pays lui-même se souvien­dra de ceux qui sont morts pendant la guerre 14 – 18 sur le sol de France. Nous suivons égale­ment la dépouille du « combat­tant inconnu » qui sera inhumé à West­mins­ter. Le début du roman est un peu compli­qué, car c’est un roman choral, nous suivons le destin d’Hettie une jeune fille d’origine très modeste, de 19 ans qui veut danser et vivre à tout prix alors que son frère mort vivant n’arrive pas à retrou­ver le goût de la vie après son retour du front. Puis à Evelyn d’origine aris­to­crate qui a travaillé dans une usine d’armement pendant la guerre pour oublier la mort de son fiancé, et se sent deve­nir une vieille fille acariâtre et enfin à Ada dont le fils est mort à Albert avant d’envoyer cette carte postale de l’église tris­te­ment célèbre à sa mère.

066_001À partir de ces quatre femmes dont les destins se croisent, l’après guerre à Londres se dessine devant nos yeux de lecteur encore surpris de tant d’horreurs. Est-ce qu’il faut attendre 100 ans pour que tout soit dit sur une guerre ? J’ai beau­coup lu sur celle-ci, mais évidem­ment du côté fran­çais, il me semble qu’en France on a mieux traité les anciens combat­tants qu’en Grande Bretagne. Les hommes muti­lés sont réduits à la mendi­cité. J’aimerais en savoir plus sur ce sujet mais déjà, dans la célèbre série Down­ton Abbey, on voit que les anciens soldats ont besoin de la charité publique pour se nour­rir. La force du roman vient de ce que peu à peu comme beau­coup de Londo­niens nous sommes atti­rés par la céré­mo­nie du 11 novembre 1920 où beau­coup de Britan­niques, dont nos quatre person­nages, trou­ve­ront dans cette céré­mo­nie en l’honneur du « combat­tant inconnu » un peu de conso­la­tion pour des maux si multiples et si profonds que rien ne semblait pouvoir les apai­ser. L’auteure a très bien rendu compte de la variété des destins bras­sés dans un même creu­set, celui de la guerre qui a tué, mutilé, ravagé une géné­ra­tion d’hommes jeunes et donc par voies de consé­quences de leurs proches.

Citations

Les souffrances d’une mère

L’automne vint, les jour­nées commen­çaient à raccour­cir, la conscrip­tion à s’imposer. Alors elle commença à prier, ce qu’elle n’avait pas fait depuis des années. Elle priait égoïs­te­ment, déses­pé­ré­ment, pour elle, pour Michael, pour que la guerre s’arrête à sa porte. Elle igno­rait à qui elle adres­sait ces prières, elle igno­rait qui était le plus puis­sant : un Dieu distant, qui écou­tait ou pas ; la guerre affa­mée elle-même, qui gron­dait sur leur seuil.

Ceux qui sont revenus

Pour­quoi ne peut-il pas passer à autre chose ?

Pas seule­ment lui. Tous autant qu’ils sont. Tous les anciens soldats qui font la manche dans la rue, une planche accro­chée autour du cou. Tous vous rappellent un événe­ment que vous voudriez oublier. Ça a suffi­sam­ment duré. Elle a grandi sous cette ombre pareille à une grande chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie.
La guerre est termi­née, pour­quoi ne peuvent-ils donc pas tous passer à autre chose, bon sang ?

Payer pour une inscription sur les tombes des soldats morts en France

Ils m’ont demandé quelle inscrip­tion mettre sur la tombe. C’était six pence la lettre, rien que ça. On aurait pu croire qu’ils paye­raient pour ça non ?

Qui a gagné la guerre

L’Angleterre n’a pas gagné cette guerre. Et l’Allemagne ne l’aurait pas gagnée non plus

- Qu’est ce que tu veux dire ?
– C’est la guerre qui gagne. Et elle conti­nue à gagner, encore et toujours.

20160718_100133Traduit de l’anglais par Mathilde Bach. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard, il a obtenu « un coup de cœur », ce sont des valeurs sûres ces coups de cœur de notre club !

4
Superbe roman qui tient en haleine le lecteur jusqu’au point final. Plusieurs histoires se croisent et inter­fèrent les unes dans les autres. On y retrouve cette sensa­tion qu’un « frois­se­ment d’aile de papillon » dans un coin de la planète aura des réper­cus­sions dans le monde entier. Dans la péri­phé­rie de Las Vegas, la famille de Daniel vit au rythme des missions mili­taires d’un genre parti­cu­lier. Il dirige des drones sur des terro­ristes qui menacent la planète. Une guerre propre ? Seule­ment est-ce qu’une guerre peut l’être ? Ce jour là , Daniel et Maria ne tueront pas seule­ment un terro­riste sur la fron­tière afghane et pakis­ta­naise, en appuyant sur un bouton, ils tueront aussi le grand amour d’un écri­vain : Michael. Celui-ci, terrassé par cette mort qu’il ne comprend pas, essaie de se recons­truire auprès de Saman­tha (à qui le livre est dédié) Josh et leurs deux filles dans un agréable quar­tier de Londres. Mais là encore, la bavure des mili­taires améri­cains aura des consé­quences tragiques.

Le roman raconte la lente recons­truc­tion d’un homme écri­vain après un deuil tragique. Le fait qu’il soit écri­vain est impor­tant, il a toujours écrit ses livres grâce à un un don parti­cu­lier : il sait entrer dans la vie des gens et ceux-ci lui font confiance au point de ne rien lui cacher de leur senti­ments les plus intimes. Grâce à ce don, il devient l’ami indis­pen­sable de ses voisins, celui qui est invité à toutes les fêtes et qui peut donc un jour pous­ser la porte de leur maison en leur absence afin de récu­pé­rer le tour­ne­vis dont il a un besoin urgent. Le roman peut commen­cer, nous progres­sons dans la maison des voisins de Michael, saisi peu à peu par un senti­ment d’angoisse terrible.

Je m’arrête là, car le roman est construit sur un suspens que je n’ai pas le droit de divul­gâ­cher sans me mettre à dos tous les amateurs du genre qui seront ravis, car c’est vrai­ment bien imaginé. J’ai person­nel­le­ment été plus sensible aux réflexions sur l’écriture. Ce person­nage d’écrivain repor­ter m’a beau­coup inté­res­sée. Faire son métier en utili­sant la vie d’autrui comporte toujours une part de voyeu­risme qui est aussi un des thèmes de ce roman. Mais évidem­ment l’autre centre d’intérêt qui ques­tionne aussi beau­coup notre époque ce sont les consé­quences de la guerre de notre temps qui utilise des drones pour éviter de faire mourir au sol les soldats de la force domi­nante.

Citations

Une bonne description

Ces hommes qui travaillaient dans des bureaux, et que les costumes ne semblaient jamais quit­ter, même nus.

L’anglais international

Il n’arrivait pas à recon­naître son accent. Ses phrases commen­çaient en Europe puis elles migraient, comme des hiron­delles, survo­laient l’Afrique à mi-chemin du point final.

Les vertus de la mer

La côte n’avait jamais été son décor natu­rel. Et cepen­dant il se réveilla avec la certi­tude que seul l’océan pouvait l’apaiser. La mer semblait assez immense pour répri­mer les angoisses qui le déchi­raient . Assez pure pour lui dessiller les yeux.

Les peurs américaines et la guerre des drones

Las Vegas four­nis­sait à l’Amérique des versions du monde, afin que l’Amérique n’ait pas besoin de s’y aven­tu­rer. D’autres pays, d’autres lieux étaient ainsi simul­ta­né­ment rappro­chés et tenus à distance. Exac­te­ment comme ils l’étaient sur ces écrans qu’il obser­vait à Creech. N’était-ce pas ce qu’ils faisaient égale­ment là-bas, lui et Maria, avec leur tasse à café qui refroi­dis­sait sur l’étagère à côté ? Intro­duire dans l’Amérique une version de la guerre. Une version à la loupe mais à distance, un équi­valent sécu­risé, où ils n’étaient pas obli­gés d’aller eux-mêmes.

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Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Isabelle Caron. Lu dans le cadre du meilleur des coups de coeur de l’année 2015/​2016 au club de lecture de la média­thèque de Dinard

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J’ai eu beau­coup de mal à lire ce livre qui utilise un procédé éton­nant et, comme tous les procé­dés, très arti­fi­ciels. Le person­nage prin­ci­pal est souvent en grand danger de mort, en si grand danger que la mort l’emporte … le roman pour­rait alors s’arrêter. Ce serait mécon­naître le pouvoir de l’écrivain qui reprend là où l’histoire s’est mal enga­gée pour la survie d’Ursula . Ce bébé meurt au chapitre un, à la nais­sance car le méde­cin n’a pas pu arri­ver à temps, à cause de la neige. Kate Atkin­son reprend : le méde­cin arrive et Ursula respire.… Puis, elle périra noyée mais en repre­nant le récit là où le danger était si grand que la fin logique était la noyade, elle sera sauvée par un peintre qui peignait une marine de cette si belle côte avec deux enfants jouant sur le rivage.

Bref, de récit en récit, on arrive à connaître parfai­te­ment la Grande Bretagne de 1910 à 1946. Ce roman ne donne pas toutes les clés ni des rela­tions des person­nages entre eux, ni du pour­quoi de leur présence dans des lieux si char­gés histo­ri­que­ment : le lecteur est promené du Blitz dans les caves de Londres, au nid d’aigle aux côtés d’Eva Braun et Hitler. Au début, je me perdais à cause de ce procédé qui crée de multiples retours en arrière et puis je m’y suis habi­tuée. J’ai pensé que c’était comme si l’écrivain vous propo­sait de refaire votre vie autre­ment à chaque fois que la souf­france vous a tota­le­ment submergé. Ursula prend peu à peu conscience qu’elle possède un pouvoir à la fois de prémo­ni­tion et aussi celui d’empêcher la catas­trophe en déviant les forces du destin, il faut pour cela effec­tuer un retour en arrière. Comme je lisais simul­ta­né­ment « La Variante Chilienne  » je trouve que cette cita­tion convient parfai­te­ment à « Une Vie Après l’Autre »

Les « si » sont des carre­fours invi­sibles dont l’importance se mani­feste trop tard.

Pour être plus claire, je prends un exemple : Brid­get la nour­rice et aide cuisi­nière de la famille, toute heureuse de la fin de la guerre 1418 veut aller avec son amou­reux fêter le retour des soldats à la gare de Londres. Dans la première version du roman, elle y attrape le virus de la grippe espa­gnole, elle en mourra mais le trans­met­tra au plus jeune frère d’Ursula. Celle-ci met toutes ses forces pour reve­nir au moment de la prise de déci­sion d’aller à Londres pour empê­cher ce projet dont elle seule connaît les funestes consé­quences. Cela nous vaut trois récit diffé­rents car Brid­get veut abso­lu­ment mettre son projet à exécu­tion, Ursula finira par la préci­pi­ter du haut de l’escalier de la maison. Les consé­quences sont doubles, Brid­get n’ira pas à Londres, personne dans la famille n’aura la grippe espa­gnole. Mais on ferra soigner la petite fille pour trouble mentaux, elle rencon­trera un psychiatre qui sera bien­veillant et qui l’accompagnera une grand partie de son enfance. Je crains qu’en disant cela, vous soyez comme moi dérouté par ce procédé, ce serait alors vous priver d’un roman qui décrit si bien l’Angleterre de cette époque. Je n’ai jamais rien lu d’aussi précis à propos de l’horreur des bombar­de­ments sur Londres pendant la guerre. Et puis, il y a cet humour si britan­nique qui fait telle­ment de bien.

Un livre surpre­nant donc mais qui plaira aux amou­reux de notre chère Grande Bretagne qui vient de choi­sir de quit­ter l’Europe !

Citations

L’éducation sexuelle toute britannique

Sylvie n’avait pas la moindre idée d’où venaient les bébés, elle n’avait guère été plus avan­cée pendant sa nuit de noce. Sa mère, Lottie, avait fait des allu­sions, mais craint de donner des préci­sions anatomiques.Les rela­tions conju­gales entre Hommes et femmes semblaient mysté­rieu­se­ment impli­quer des alouettes prenant leur essor au point du jour.

Des contacts physiques contraires à la bonne éducation britannique

Le bébé emmailloté comme une momie pharao­nique fut enfin remis à Sylvie.Elle caressa douce­ment sa joue de pêche et dit « Bonjour, ma petite » et le Dr Fellowes se détourna afin de ne pas être témoin de démons­tra­tions d’affection aussi siru­peuse.

Les sentiments pour une belle mère

Adelaïde mena­çait de mourir depuis plusieurs années, mais « n’avait jamais tenu sa promesse » disait Sylvie.

Les bienfaits de l’Europe

Ursula était vierge en s’embarquant pour l’Europe, mais ne l’était plus à son retour. Elle pouvait en remer­cier l’Italie. (« Ma foi, si on ne peut pas prendre un amant en Italie, on se demande bien où s’est possible », disait Millie).

Le sens du roman

Et si nous avions la chance de recom­men­cer encore et encore jusqu’à ce que nous finis­sions par ne plus nous trom­per ? Ce ne serait pas merveilleux ?

SONY DSCLu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. où il a obtenu un coup de cœur sans aucune hési­ta­tion.

5
Quel roman ! On est pris par le récit parfois palpi­tant, par les descrip­tions de si beaux paysages, par l’évocation de person­na­li­tés roma­nesques, et puis par cette guerre qui a failli tout détruire. Le Liban c’est le pays de mes amis, et cette photo le raconte : entre les gâteaux qu’ils m’offrent et cette nappe qu’ils ont fait broder pour moi, j’ai placé ce livre qui m’a fait revivre les histoires qu’ils m’ont maintes fois racon­tées. Ces grandes familles liba­naises qui, au delà de leur confes­sion, s’entendaient parce qu’ils aimaient leur pays et savaient trou­ver les alliances pour le tenir en équi­libre. Les grandes familles étaient, chré­tiennes, chiites, druzes ou sunnites. Elles étaient avant tout liba­naise, et ce doux pays aux vergers incom­pa­rables vivaient en se respec­tant. Certes les classes sociales étaient très marquées, et les amours devaient servir à confor­ter des alliances finan­cières, mais au-delà de ces contraintes la vie était belle. Les réfu­giés pales­ti­niens, chas­sés de leurs pays ont apporté les premiers troubles, et puis, on connaît les enchaî­ne­ments tragiques.

Cette grande famille des Hayek* alliée aux Ghosn*, est mise à mal par la mort du patriarche et la guerre qui se passe à leur porte. À l’intérieur de leur superbe villa, Marie la femme, et Mado la belle sœur, qui cultive sa haine pour la femme de son frère se livrent une guerre sans merci. C’est égale­ment une des réus­sites du roman : cette guerre fratri­cide qui suit les aléas de l’autre guerre.

Sans trop dévoi­ler le roman, le titre « la Villa des femmes » permet de se dire qu’elles arri­ve­ront peut-être à s’unir pour lutter contre la destruc­tion ambiante. L’avant-guerre, ce Liban des grandes familles nous entraîne dans un monde merveilleux, celui des princes et des prin­cesses, mais au  XX°siècle. J’ai adoré la scène où toute la maison­née galope sur de beaux pur-sang pour récu­pé­rer les chevaux qui se sont échap­pés. On sent le vent, les odeurs , la mer .. on rêve. J’ai adoré aussi la scène ou Mado crache son venin sur sa belle-sœur : c’est de la tragé­die grecque et Médée n’est pas loin. Bref, je suis enthou­siaste et la petite note qui me fait du bien, c’est écrit dans un fran­çais superbe parce que dans ce Liban là, la langue de la civi­li­sa­tion des idées et de la litté­ra­ture c’était la mienne, la nôtre le fran­çais.

* La famille Hayek d’origine liba­nais existe vrai­ment, et inutile de présen­ter aux Fran­çais la famille Ghosn

Citations

Des histoires de cimetières et de mesquineries

Dans la voiture, elle se mettait en colère et marmon­nait dans mon dos contre son frère qui lais­sait faire, qui donnait son accord pour que fussent inhu­més là une vieille femme ou un vieillard trépas­sés simple­ment parce qu’ils s’appelaient Hayek . « On n’est plus entre nous, ni sur nos terres ni en dessous » grom­me­lait-elle.

L’amour romantique

Badi » les accom­pagne souvent, et voilà la messe est dite, regards équi­voques, rougeur sur les joues de Marie qui petit à petit est gagnée par l’audace, qui s’isole avec Badi », encou­ra­gée par ses cousines, et tout le monde évidem­ment joue avec le feu parce que l’on sait très bien que le mariage de Badi » et Marie est impos­sible. Mais on s’amuse, on élabore des scéna­rios, on essaie de les faire exis­ter, la vie pour un moment est comme un roman.

La guerre et les milices

De jeunes guer­riers oisifs, en chemise de corps et qui parais­saient au courant de nos ennuis, si nous avions bien affaire à Salloum dit le Vicieux. J’opinai et je les vis échan­ger une moue qui semblait signi­fier que nous n’étions pas au bout de nos peines… Le domaine recom­mença à être envahi. les mili­ciens reprirent leurs aises de tous côtés.

À ne pas lire par les anti-divulgâcheuse : la dernière phrase du roman

Et, dans le formi­dable mais dérai­son­nable espoir que tout cela recom­men­ce­rait, il ramena son regard vers les choses qu’il avait sous les yeux et qui portaient les traces de l’usure, du temps, et me demanda : « Bon, alors, par quoi commence-t-on ? »

20160102_184800Traduit de l’américain par Anne Laure Tissut. Ce roman est arrivé jusqu’à moi grâce à Keisha qui ne l’a pas commenté et Aifelle que je remer­cie pour sa gentille atten­tion.

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Laird Hunt plonge le lecteur du 21e siècle dans la guerre civile améri­caine que nous appe­lons en France guerre de séces­sion. Elle fit un million de morts, il faut se souve­nir qu’elle fut la guerre la plus meur­trière de la nation améri­caine. Comment la faire revivre aujourd’hui ? L’auteur a pris le parti de la racon­ter du point de vue d’une femme, puisqu’il est avéré qu’une centaine de femmes se dégui­sèrent en homme pour parti­ci­per aux combats. C’est évidem­ment un point de vue origi­nal, car même si Constance a un fort tempé­ra­ment, l’horreur de ce qu’elle doit vivre fera vaciller sa raison. Peu à peu, le lecteur perd pied dans l’imaginaire d’une femme dont l’esprit flotte entre la réalité sordide des violences de la guerre et les souve­nirs de son enfance qui sont aussi marqués, on le décou­vrira peu à peu, par des scènes trau­ma­ti­santes. Elle doit faire face à deux dangers, celui de tout soldat à la guerre et celui d’être reconnu comme femme. Une seule chose est vrai­ment douce pour elle, son amour pour Bartho­lo­mew trop faible pour être soldat.

Pour­quoi ne suis-je pas plus enthou­siaste pour ce roman encensé par la critique et la blogo­sphère ? Je sais que cette guerre est encore un sujet brûlant aux États-Unis, beau­coup moins pour moi. Je recon­nais à cet auteur un talent certain pour faire revivre cette époque et les troubles psycho­lo­giques causés par les faits de guerre. Mais je dois dire que la conscience trou­blée de Constance ne m’a pas permis de toujours bien comprendre ce qu’elle vivait. Distin­guer le réel du cauche­mar est compli­qué quand le filtre passe par un cerveau dérangé. Comme pour Constance , le début de la guerre est clair et précis, donc ma lecture enthou­siaste et rapide, et peu à peu, je me suis embour­bée dans l’horreur, les cadavres putrides, les corps muti­lés, la folie trai­tée à coups d’eau glacée et ma lecture est deve­nue très labo­rieuse.

Citations

Problème de traduction ?

Il y avait des batailles en aval et dès que la rumeur eut circulé que nous allions à leur rencontre, le régi­ment connut une saignée sévère de recrues. Ce n’était à faire que de sortir du rang pour ne plus reve­nir.

Un beau personnage de femme mais qui trahira Constance

Elle parlait d’amour et d’amour anéanti par la guerre . Cela ne la déran­geait pas de trahir la cause pour laquelle son mari avait combattu et péri, me dit-elle. Les États confé­dé­rés avaient fait séces­sion par entê­te­ment, et la guerre était venue empor­ter son mari . Elle parti­rait au Nord quand tout serait fini. Elle retour­ne­rait dans ce village du Maine qu’elle avait quitté tant d’années plus tôt.
- » S’ils m’acceptent , dit-elle.
- Pour­quoi ne le feraient-ils pas ?
- Cette guerre, fit-elle. Cette guerre, cette guerre. »

Résumé de ce qu’a vécu Constance

Il en fallait plus que que la brûlure du fouet du vieux pour me donner du cœur à l’ouvrage. Plus que l’homme à la corde avec son pisto­let de cava­le­rie . Plus que le souve­nir de tous les hommes avec qui j’ai vécu dans l’armée de l’Union,. Des hommes capables de pisser sur un chat à l’agonie. De se moquer d’un petit garçon perdu. De violer une femme entrée dans l’automne de sa vie. De faire brûler une maison appar­te­nant à des femmes d’église. De vous boucler dans une taule à fous et de vous y lais­ser pour­rir.

Un nouveau mot

Secesh : homme du sud.

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Déso­lée pour la couver­ture de ce livre, j’ai rare­ment vu plus moche. Heureu­se­ment, comme ce roman a été couronné par tant de prix et admiré dans le monde des blogs cela n’empêchera personne de l’acheter . J’avais d’autant plus envie de le lire que j’avais commencé à l’entendre lu par l’auteur lui-même. L’histoire est main­te­nant bien connue, deux soldats de la guerre 14 – 18 réchappent de très peu à la mort, malgré la cruauté d’un « salo­pard de gradé » le lieu­te­nant d’Aulnay Pradelle qui en veut à leur vie. Réunis par la mort qui est passée si près d’Albert Maillard, et qui a grave­ment mutilé Edouard Péri­court en lui arra­chant la moitié du visage, les deux anciens poilus vont essayer de survivre dans l’après guerre, puis ils vont imagi­ner une fabu­leuse escro­que­rie. Les deux person­na­li­tés sont tota­le­ment oppo­sées autant l’un est timoré et ne cherche qu’à se faire le plus discret possible, autant l’autre est complè­te­ment hors norme.

Un des inté­rêt du roman, c’est de mettre en scène l’après guerre. Et si l’arnaque aux monu­ments aux morts est une inven­tion roma­nesque, le scan­dale de la façon dont on s’est occupé des dépouilles des soldats tués au combat est en revanche tout à fait histo­rique. Le roman est soutenu par un suspens très fort, on se demande si, ayant échappé au pire, ces deux hommes ne vont pas connaître un destin funeste. Le person­nage de Henri d’Aulnay-Pradelle est telle­ment odieux, qu’il en est cari­ca­tu­ral ; on espère sans cesse que la vie va lui faire payer toutes ses turpi­tudes. C’est ma grande réserve pour ce roman, je n’ai pas pu croire aux person­nages des méchants. Pas plus d’ailleurs, qu’au person­nage du fonc­tion­naire incor­rup­tible : il est mal aimé, mal habillé, porte un dentier qui tient mal, sent mauvais, n’est compris de personne, il faut donc avoir ce physique là pour ne pas être corrup­tible ?

Le rythme du récit fait penser à un roman poli­cier, et les traits des person­na­li­tés à une bande dessi­née (et, il existe main­te­nant en bande dessi­née). Comme souvent, quand on attend beau­coup d’un roman, on est parfois déçu. Je m’attendais à beau­coup plus de nuances dans le trai­te­ment des person­nages. Ce serait si simple si les méchants étaient tous comme Henri d’Aulnay-Pradelle, et tous les hommes poli­tique corrom­pus jusqu’au dernier.

Citations

Verdun

En 1916, au début de la bataille de Verdun – dix mois de combats, trois cent mille morts-, les terrains de Chazières-Malmont, pas loin des lignes de front, encore acces­sible par la route et assez proches de l’hôpital, grand pour­voyeur de cadavres, s’étaient révé­lés, pendant un moment, un lieu pratique pour enter­rer les soldats. La fluc­tua­tion des posi­tions mili­taires et les aléas stra­té­giques bous­cu­lèrent à plusieurs reprises certaines parties de ce vaste quadri­la­tère dans lequel se trou­vaient à présent ense­ve­lis plus de deux mille corps, personne ne connais­sait réel­le­ment le nombre, on parlait même de cinq mille, ce n’était pas impos­sible, cette guerre avait fait explo­ser tous les records.

J’adore cette scène

Henri (le sale type de l’histoire) n’attendit pas la fin de la phrase pour quit­ter la pièce en claquant violem­ment la porte derrière lui. Ce bruit allait faire vibrer la maison de haut en bas. Hélas, l’effet tomba à l’eau. Cette porte, munie d’un méca­nisme pneu­ma­tiques, se rabat­tit lente­ment avec des petits ouf… ouf… ouf… sacca­dés.

les sentences de Madame Maillard qui scandent le roman à chaque difficulté de son fils Albert

Albert a voulu partir aux colo­nies , bon, moi je veux bien. Mais s’il fait comme ici et qu’il se met à pleur­ni­cher devant les indi­gènes, il va pas arri­ver à grand chose, c’est moi qui vous le dis ! Mais bon c’est Albert. Qu’est ce que vous voulez, il est comme ça.

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.
Traduit du Polo­nais par Anna Smolar.

3
Cet amour de pierre, c’est celui que ressent Grazyna pour Wotjek repor­ter de guerre. Ils s’aiment beau­coup et cherchent à construire une vie à deux, seule­ment voilà la guerre va peu à peu trans­for­mer en pierre ce qui était le dyna­misme de leur vie : leur amour. Grazyna va sombrer dans une grave dépres­sion, car elle se sent enva­hie par les histoires plus atroces les une que les autres que son mari lui raconte en reve­nant des conflits qui ont hanté notre quoti­dien ces dernières années. On voit passer, l’Afghanistan, la Géor­gie, la Tchét­ché­nie, l’Ouganda,le Cache­mire, Ceylan, l’Afrique du sud… Grazyna porte main­te­nant en elle le destin de Taïa, violée pendant des années par les soldats russes, ou par une autre femme déca­pi­tée. Wotjek aime la sensa­tion de peur et la montée d’adrénaline lorsqu’il suit un conflit, il aime aussi son épouse et a besoin de la savoir heureuse lorsqu’il est sur le terrain. Alors, ils vont tout essayer pour que ce qui les lie reste beau et vivant. Elle essaiera d’être son repor­ter photo­graphe, mais ça ne marchera pas, car il n’osera plus prendre de risques de peur de la mettre en danger. Ils repar­ti­ront ensemble faire un voyage touris­tique, mais Wotjek est inca­pable de voya­ger comme un touriste, il s’ennuie, il lui manque quelque chose. Fina­le­ment, il renon­cera à son travail, mais seront-ils heureux pour autant ?

Ce roman décrit très bien ce qui se passe chez tous les couples où l’un à une vie très intense (ici en plus très dange­reuse) et que l’autre est réduit à l’attente. Dans cette situa­tion déséqui­li­brée, il faut tout le savoir faire des femmes de marins ou de mili­taires, pour résis­ter à la dépres­sion chez la femme, et l’envie de fuite chez l’homme. Je ne peux pas dire que j’ai été passion­née par l’histoire qui semble très proche de la vie réelle de Grazyna JAGIELSKA, je trouve qu’elle ne fait rien pour s’inscrire dans sa vie person­nelle. Ses enfants passent comme des ombres dans ce roman, et son métier de traduc­trice complè­te­ment absent. Elle n’attend les solu­tions que de son mari , or, on sait dès le début que ça ne peut que la détruire. J’avoue qu’elle m’a agacée plus d’une fois, mais elle raconte très bien les traces que peuvent lais­ser la guerre pour ceux qui en sont témoins.

Citations

Un couple qui se délite

Il sait m’accabler de tous ses problèmes, même la crainte d’arriver en retard à la guerre de Tchét­ché­nie .

Je prépare la mari­nade de la dinde et fais semblant de ne rien entendre. Après toutes ses années, je conti­nue à croire qu’on n’a pas le droit de dire des choses pareilles. Peut être qu’on peut les faire ? Se dépê­cher pour ne pas arri­ver en retard à la guerre ? Je n’en sais rien vrai­ment.

La place de la guerre dans leur couple

Je sens la peur et l’impuissance m’envahir. Je me trouve là, à côté de lui ; autour de nous un été illu­soire et incertain.…J’ai envie de rejoindre le chat, de ramper dans les cana­li­sa­tions et d’y rester. Ne plus parti­ci­per à quoi que ce soit. Ne plus regar­der mon mari partir, et fermer la porte. Ne pas cher­cher de marques sur son visage quand il revient. Il me semble qu’à chacun de ses retours, il me prive de quelque chose. Il ramène ds gens dans ses bagages, mais il laisse une grosse partie de lui-même de l’autre côté, dans un monde auquel je n’ai pas accès.

Plaisir du reporter de guerre

Je fais quelque chose d’extraordinaire : je fais le contraire de ce qu’il est bon de faire dans de telles situa­tions. Est-ce la raison de mon exci­ta­tion ? D’habitude, les gens désertent les lieux qui m’attirent. Je suis spécia­liste en condi­tion extrêmes. J’entre en action là où les autres se sentent para­ly­sés. N’est ce pas une façon de réali­ser un rêve d’enfance ? Celui de deve­nir pompier, pion­nier, ou encore soldat ?

Traduit de l’anglais par Claude et Jean DEMANUELLI

4
J’ai passé beau­coup de temps à lire ce roman , tout simple­ment parce que ce qu’il décrit est à peine suppor­table. La guerre en Afgha­nis­tan vu du côté pakis­ta­nais est une horreur et quand un écri­vain sait très bien écrire et captive son lecteur, cela devient tragique et trop lourd à suppor­ter parfois. Je n’ai pas renoncé ‚d’abord parce que cet écri­vain mérite d’être lu mais aussi parce que je me dis que, vivant dans un milieu telle­ment épar­gné ‚je n’ai pas le droit de fermer les yeux sur les horreurs des guerres qui secouent la planète. Nadeem Aslman met son talent d’écrivain au service de la connais­sance des civi­li­sa­tions entre elles. J ai lu dans un des inter­views de l’auteur que ce livre appa­raît comme un roman d’amour pour les Indiens et les Pakis­ta­nais, et un roman sur l’horreur de la guerre pour les Anglais, les Améri­cains et les Euro­péens. Pas de doute je fais partie des Euro­péennes ! Et en plus , je me dis que, si les Pakis­ta­nais et les Indiens voient dans ce roman ‚une belle histoire d’amour, ils ont une concep­tion éton­nante de ce senti­ment.

Naheed et Mikal s’aiment mais ils sont davan­tage unis par la mort que par la vie. Un des aspects les plus inté­res­sants de ce roman , c’est de montrer à quel point les Pakis­ta­nais n’ont abso­lu­ment aucune idée des valeurs de l’occident, et comment les Améri­cains ne connaissent pas mieux les moti­va­tions des combat­tants Afghans ou Pakis­ta­nais. Ce roman permet d’avancer dans la compré­hen­sion de ce qui s’est passé pendant cette guerre qui n’est pas encore termi­née.

Aucun mani­chéisme dans les person­nages , j’ai été boule­ver­sée par le person­nage de l’aveugle(Rohan) qui est un musul­man sincère et sans être fana­tique commet les pires horreurs au nom de sa foi. Il laisse mourir sa femme pour l’aider à retrou­ver la foi ! Il renvoie un enfant de son école dont la mère se pros­ti­tue pour payer les études de son fils.…

Je résume rapi­de­ment l’histoire ; deux jeunes Pakis­ta­nais partent aider les Afghans qui, après le 11 septembre 2001, voient les Améri­cains enva­hir leur pays. L’un d’entre eux Jeo meurt victime des seigneurs de guerre , l’autre Mikal sera pris et torturé par les Améri­cains. Ces deux jeunes élevés ensemble par le père de Jeo, Rohan, direc­teur d’une école « L’esprit Ardent » sont liés par un senti­ment d’amitié très fort. Hélas ! Ils aiment la même femme, Naheed qui n’est évidem­ment pas libre de choi­sir son destin. Fina­le­ment seules les femmes et le vieux Rohan survi­vront au carnage annoncé dès les premières pages. La fuite de Mikal, à travers l’Afghanistan et le Pakis­tan, permet de décrire les rouages de cette guerre reli­gieuse où tous les coups sont permis, les êtres humains sont de simples pions dans les mains de bandits dont le seul inté­rêt est de satis­faire leurs plus bas instincts : appât du gain, viol des femmes , et surtout écra­ser tous les gens un peu diffé­rents .

La reli­gion est un arme facile à bran­dir car personne n’ose s’y oppo­ser et fabriquent des victimes consen­tantes. La descrip­tion des paysages rajoute beau­coup, je n’ose dire aux charmes du roman, mais au plai­sir de lecture. Ce n’est certai­ne­ment pas ce livre qui fera aimer l’Islam , on le sait, tous les fana­tismes reli­gieux sont dange­reux, mais aujourd’hui celui de l’Islam se gère les armes à la main et il faut remon­ter aux guerres de reli­gions pour en retrou­ver l’équivalent en France . Il faut espé­rer que les musul­mans sauront inter­dire que ces violences là soient perpé­trées au nom de leur foi car seuls les musul­mans ont le pouvoir de faire appré­cier leur reli­gion et de montrer au monde que les horreurs qu’on commet au nom de l’Islam n’ont aucun rapport avec leur foi.

Citations

Une belle émotion au début du livre

Au bout de quelques instants , il avait avoué que son angoisse était due à l’apparition du méchant dans l’histoire que son père lui racon­tait .

« Mais as-tu jamais entendu une histoire dans laquelle les méchants finissent par gagner ? » lui avait demandé Rohan, en riant douce­ment pour le récon­for­ter.

L’enfant avait réflé­chi un moment avant de répondre.

« Non, mais avant de perdre, ils font mal aux gentils. C’est ça qui me fait peur. »

L « utilisation des enfants au combat

- La moitié de gamins ne sont pas des soldats, dit Mikal à un chef tali­ban. Il serait bon qu’ils restent cachés.

- Ce serait bon pour eux, peut-être, mais pas pour notre cause, répond l’autre. Tout le monde doit se battre. Cela aussi, ajoute-t-il d’un ton sans réplique , fait partie des plans d’Allah. »

Le drame de Rohan

J’ai fait des erreurs quand mon fils était encore enfant , dit Rohan. Sa mère est morte apos­tat , et, en consé­quence , je nous suis imposé , à moi-même et à mes enfants , une forme extrême de piété , les obli­geant à prier et à jeûner , leur révé­lant des choses qu’ils étaient trop jeunes pour conce­voir . L’impermanence de ce monde , les tour­ments de l’enfer et , avant cela, la tombe . J’ai fini par comprendre mon erreur , mais ils ont dû en rester marqués . Je me demande si c’est pour cette raison que mon fils est parti en Afgha­nis­tan.

la peur et la haine des Américains

« Je ne tiens pas à être vu en train de soigner un Améri­cain, comme ça en plein vent. On m’abattrait moi aussi. Je connais des gens qui refusent ne serait-ce que de regar­der des photos d’Américains. »

L incompréhension

- On ne peut jamais devi­ner ce qu’ils veulent les Occi­den­taux. Pour le savoir , il faudrait manger ce qu’ils mangent, porter ce qu’ils portent, respi­rer l’air qu’ils respirent . Être né là où ils sont nés.

- Pas forcé­ment . Tu as parlé des livres . On peut apprendre dans les livres.

- Personne d’ici ne peut savoir ce que savent les Occi­den­taux, dit l’homme. On ne les connaî­tra jamais. Le fossé est trop profond, trop défi­ni­tif. C’est comme si on deman­dait ce que savent les morts ou ceux qui sont à naître.

On en parle

Au bonheur de lire que je ne connais­sais pas et voici l’opinion de KROL que je connais bien.

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4
Quand un jour­na­liste peut écrire un roman de cette qualité, on se dit qu’il a emma­ga­siné une somme d’informations colos­sale sur le sujet. Ces articles sur l’Irlande, à l’époque où il couvrait l’actualité, devaient être riches et passion­nants.

Ce roman se lit d’une traite et j’ai été sidé­rée à quel point j’ai déjà oublié ce qui faisait, à une certaine époque partie, de mon quoti­dien : la violence en Irlande du Nord. Je me souviens de Bobby Sand mais je ne savais plus qu’il y avait eu autant de jeunes hommes à mourir de la grève de la faim dans les geôles anglaises. Le roman est construit autour d’un homme qui a été obligé de trahir l’IRA et qui, revenu de tout, se réfu­gie à Killy­begs , petit village de son enfance . C’était là qu’un père alcoo­lique et violent lui avait incul­qué la haine des Anglais.

J’ai été très inté­res­sée par la descrip­tion de la violence haineuse qui a séparé les « papistes » et les « protes­tants » et puis, fina­le­ment le côté vain de cette lutte puisqu’aujourd’hui, ces deux commu­nau­tés vivent ensemble. Je crois que tous les gens de ma géné­ra­tion liront ce roman avec un grand inté­rêt , car si la cause des Irlan­dais était juste, elle n’a pas pour autant triom­phé et comme le person­nage prin­ci­pal , ils se deman­de­ront : fina­le­ment, tous ces morts ont servi à quoi ?

Le côté impla­cable de la répres­sion anglaise est diffi­ci­le­ment suppor­table, je ne sais pas si, seule Madame That­cher est respon­sable ou si le mépris des Anglais pour les Irlan­dais vient de plus loin. Le seul pays a à avoir défendu la réuni­fi­ca­tion de l’Irlande c’est l’Allemagne Nazie, ce n’est pas une très bonne carte de visite. Les auto­no­mistes bretons en savent quelque chose.

Je n’ai pas encore parlé du poids de la trai­trise, qui pour­tant fait une grande partie de l’intérêt du livre, le person­nage prin­ci­pal ne pourra pas y survivre et pour­tant il n’avait pas eu le choix. Personne ne sort gran­dit de cette tragique Histoire ni les indi­vi­dus, ni les nations.

Citations

Quand mon père me battait il criait en anglais, comme s’il ne voulait pas mêler notre langue à ça.

Pour­tant la tris­tesse, en Irlande, c’est ce qui meurt en dernier.

Quand la campagne de l’IRA a offi­ciel­le­ment cessé, en février 1962, huit des nôtres avaient été tués, six poli­ciers avaient trouvé la mort et seules nos rivières couraient libres.

On en parle

Clara et les mots