Édition Taillandier

Jai été tentée par ce roman, car j’ai souvent une tendresse pour les auteurs qui se penchent sur leur enfance, et qui savent nous faire parta­ger « le vert para­dis des amours enfan­tines », cette cita­tion de Baude­laire n’est pas gratuite, car dans presque tous les moments de ses souve­nirs, l’au­teur fait des paral­lèles entre sa vie et des person­nages de la litté­ra­ture il convoque Proust (évidem­ment !) Nabo­kov, André Chénier et tant d’autres. Certains sont de sa famille car comme tout membre de la noblesse il parle de sa généa­lo­gie, sans en être fier car ce serait de « mauvais goût », voire vulgaire. J’ai déjà dans ma biblio­thèque le livre de mémoire d’une de ses tantes, Pauline de Pange : « Comment j’ai vu 1900″ qui m’avait beau­coup plus intéressée.

L’au­teur est né en 1957, et a vécu son enfance à côté de Laval dans une demeure qui devait ressem­bler à cela :

C’est là encore qu’il écrit ses livres, en parti­cu­lier celui-ci.

On sent que l’au­teur veut nous faire ressen­tir la douceur avec laquelle il a été élevée, et combien ses parents ont été mêlés de près à la vie de la France. En bon catho­lique, ils étaient anti­sé­mites, en amou­reux de la France ils étaient résis­tants. Mais lui est né en 1957, donc tout cela ne lui revient que par bribes et ne doit donner lieu à aucune gloriole : toujours la peur d’en faire trop en se ventant. Alors il reste la vie de ce petit garçon qui n’a vrai­ment rien de passion­nant. Sa tante (éloi­gnée) nous avait fait décou­vrir le monde de la noblesse avant 1914, lui ne nous fait pas décou­vrir grand chose , sinon la vie d’un petit garçon tendre­ment aimé de ses parents, je suis ravie pour lui qu’il ait reçu autant d’af­fec­tion. Je me demande s’il a pensé qu’en rendant publique son enfance dans ce qui doit être le château du village, il fait le même effort que la famille Craw­ley dans Down­town Abbey qui ouvre leur demeure aux visiteurs.

Tout est en retenu dans ce livre, en discré­tion et en allu­sions litté­raires. Ce sont peut-être ces quali­tés qui dans la vie sont agréables qui ont rendu ce livre si fade à mes yeux, je dois, cepen­dant, rendre hommage aux quali­tés du style d’Em­ma­nuel de Wares­quiel (ce qui fait que de deux coquillages je suis passée à trois).

Citations

Portrait d’un oncle (avec un trait de caractère que j’ai déjà rencontré)

Il parlait avec une légère pointe d’ac­cent anglais qui lui venait sans doute de ses anciennes « nannies », n’écou­tait pas, vous inter­rom­pait, n’en­ten­dait pas ce qu’on lui disait et pouvait reprendre très natu­rel­le­ment une conver­sa­tion qui n’avait pas commencé ou qui avait été inter­rom­pue depuis des jours. Il m’en­chan­tait , plus tard, par sa faci­lité à manier le quipro­quo, les propos déca­lés, les réponses « ex abruto » qui lais­saient pantois tous ceux qui ne le connais­saient pas. Il fallait pour l’ai­mer l’ap­pro­cher de loin, accep­ter d’en­trer dans son monde, l’ap­pri­voi­ser, comme Le petit Prince son renard.

Fin du livre.

Nous restons seuls avec nos souve­nirs. C’est peut-être pour cela qu’on écrit. On veut en finir avec le temps, passer l’ar­doise à l’éponge. Elle était deve­nue indé­chif­frable à force de repen­tir et de ratures. On espère résoudre le rébus, retrou­ver les mots cachés comme Alice la clef de la porte au pays du lapin Blanc

11 Thoughts on “Voyage autour de mon enfance – Emmanuel de WARESQUIEL

  1. keisha on 25 avril 2022 at 08:00 said:

    Une lecture sans peps, alors ?

  2. j’ai un faible pour ce genre de récit mais j’en ai telle­ment lu que je suis deve­nue plus qu’exi­geante alors je vais passer mon tour

  3. Je ne connais pas du tout cet auteur et tu n’es pas assez convain­cue pour que je note.

  4. Je ne me sentais déjà pas spécia­le­ment atti­rée, et au vu de ton avis, rien ne me retient…

  5. Bonjour Luocine, j’ai entendu parler pour la première fois d’Em­ma­nuel De Wares­quiel quand il avait été invité dans une émis­sion mati­nale à la radio. Il était inter­viewé sur son livre « Sept jours 17 – 23 juin 1789 – La France entre en révo­lu­tion ». C’est passion­nant. Plus que son enfance, donc. Bonne après-midi.

  6. Excel­lente idée de chro­ni­quer cet écri­vain et histo­rien. Je m’étais récem­ment noté son livre « Le temps de s’en aper­ce­voir » qui est un recueil de réflexion sur l’His­toire et sur notre époque. A lire ta chro­nique, je me dis que je passe­rai mon tour sur « Voyage autour de mon enfance », mais je suis heureux de t’avoir lu !

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