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The Wire ! Ma série cultis­sime ! N’ayons pas peur des mots ! Ni des points d’exclamation ! Au risque d’écorner l’image d’intello que peut donner mon blog : livres et films plutôt « art et essai » (déso­lée je n’ai pas ri au « Chti »), j’avoue ou plutôt je dévoile que je suis une fan des séries TV. Je le suis deve­nue quand j’ai pu les regar­der en DVD, et dans leur langue d’origine. Avec les sous-titres, hélas ! Quand je connais un épisode presque par cœur, je mets les sous titres en anglais.

Pour « The Wire », je ne peux le regar­der qu’avec des sous-titres en fran­çais : 80 % des person­nages parlent l’argot des quar­tiers en diffi­cul­tés de Balti­more et à mon grand regret je ne comprends rien. On perd d’ailleurs un des charmes de la série : les jeux sur les expres­sions et les accents. Entre eux, ils se recon­naissent de Balti­more-Ouest et Baltimore-Est.

La série comporte cinq saisons, chacune d’entre elle se centre sur une des grandes diffi­cul­tés des grandes villes américaines :

  • La saison 1 : la créa­tion d’une cellule avec des poli­ciers qui vont essayer d’être intègres face à la drogue.
  • Saison 2 : la fin de l’ère indus­trielle tradi­tion­nelle, ici la fin de l’activité portuaire.
  • Saison 3 : la corrup­tion politique.
  • Saison 4 : l’éducation.
  • Saison 5 : les diffi­cul­tés de la presse écrite.

Loin des séries où on voit des poli­ciers intègres réus­sir à tous les coups à mettre le méchant hors d’état de nuire. « The Wire » colle au plus près de la réalité poli­cière, si chaque saison a bien pour thème une enquête , celle-ci se déroule en 12 épisodes et quand elle est réso­lue c’est souvent par le hasard et le travail de four­mis des enquê­teurs beau­coup plus que par le grand coup de géni d’un poli­cier hors du commun. Évidem­ment, il n’y a pas de gentils par contre, il y a des vrais méchants qui font très peur. La façon dont est trai­tée la réalité de la grande ville améri­caine est passion­nante, j’ai été très touchée par l’évocation du lycée en zone sensible.

La réus­site vient de la complexité aussi des person­nages secon­daires, Omar, le vengeur soli­taire, Bubbles l’indic drogué, l’horrible Rawls le poli­cier corrompu et brutal. Mais aussi des person­nages prin­ci­paux : aucun n’est tota­le­ment sympa­thique, et surtout pas Mc Nutty le poli­cier qui a un rôle très impor­tant dans la série. Sauf peut être Lester le poli­cier intel­li­gent et désa­busé et le rédac­teur du grand jour­nal de Balti­more. Le seul acteur qui me pose problème, car je trouve qu’il joue mal c’est celui qui incarne Cédric Daniel, du coup son person­nage est moins crédible.

En regar­dant cette série, on l’impression de mieux comprendre les Etats-Unis. On voit aussi les diffé­rences et les ressem­blances avec notre société en espé­rant qu’on ne laisse jamais s’installer, en France, une écono­mie paral­lèle autour de la drogue aussi puissante !

On en parle

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Comment trans­mettre la mémoire de l’horreur ? Nguyên An Tinh, narra­trice très proche de l’auteure a fui, sur un boat-people, le Viet­nam commu­niste. Elle nous livre des moments de sa vie, des frag­ments de sa mémoire. Une odeur, un bruit, un mot entraîne un nouveau souve­nir. Monsieur Vinh grand chirur­gien de Saigon, a confié ses cinq enfants, à cinq bateaux diffé­rents, essayant ainsi de multi­plier les chances qu’au moins un d’entre eux survive. Ils survi­vront tous, lui devien­dra balayeur de rue à sa sortie de prison. « Prison » ce mot ramène l’au­teure à une autre prison, celle de l’autisme où son fils, Henry, est enfermé pour toujours.

On a déjà entendu à peu près toutes les horreurs par lesquelles, elle et ses proches sont passés. Comme ce Monsieur An ancien juge de Saigon qui croit sa mort arri­vée car, ce jour-là, un garde l’oblige à sortir des rangs des prison­niers, à s’agenouiller, lui met le pisto­let sur la tempe, tire …. Il n’y avait pas de balle dans le char­geur. Monsieur An ne sera plus jamais le même, et il se souvien­dra toute sa vie des nuances des bleus du ciel du jour où …

Van Thùy a réussi à nous trans­mettre l’horreur qu’elle porte en elle. Et pour­tant ce livre reste léger et pudique. Même quand elle décrit la pros­ti­tu­tion des jeunes, voire des enfants. C’est la force de ce livre, il n’y a jamais aucun mélo­drame et pour­tant quelle trace il laisse dans notre mémoire ! Je pense que chaque lecteur portera en lui un moment de sa mémoire, pour moi c’est l’hommage qu’elle rend aux femmes du Vietnam.

Quand j’ai refermé ce livre, je me suis deman­dée pour­quoi elle était retour­née dans ce pays, et, est-ce qu’un jour le Viet­nam devien­dra une démo­cra­tie. La relec­ture de ce livre pour notre Prix du club de lecture m’a encore plus subju­guée que la première fois. Je n’ai pas compris pour­quoi je ne lui avais pas mis 5 coquillages, et surtout ai-je assez insisté sur le style de Kim Thuy ? Elle écrit à la perfec­tion dans une langue proche de la poésie, très person­nelle et si facile à adop­ter par tout le monde.

Citations

Proverbe vietnamien

La vie est un combat où la tris­tesse entraîne la défaite.

Mon passage

On oublie souvent l’existence de toutes ces femmes qui ont porté le Viet­nam sur leur dos pendant que leur mari et leurs fils portaient les armes sur le leur. On les oublie parce que sous leur chapeau conique, elles ne regar­daient pas le ciel. Elles atten­daient seule­ment que le soleil tombe sur elles pour pouvoir s’évanouir plutôt que s’endormir. Si elles avaient pris le temps de lais­ser le sommeil venir à elles, elles se seraient imaginé leurs fils réduits en mille morceaux ou le corps de leur mari flot­tant sur une rivière telle une épave. Les esclaves d’Amérique savaient chan­ter leur peine dans les champs de coton. Ces femmes, elles, lais­saient leur tris­tesse gran­dir dans les chambres de leur cœur. Elles s’alourdissaient telle­ment de toutes ces douleurs qu’elles ne pouvaient plus redres­ser leur échine arquée, ployée sous le poids de leur tristesse.

On en parle

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J’avais mis ce livre, une première fois, sur mon blog, lors de sa créa­tion. Je l’ai mis, aussi, dans ma biblio­thèque de Babe­lio et je n’arrive pas à comprendre pour­quoi je suis toujours la seule lectrice, c’est un petit chef d’œuvre (n’ayons pas peur des mots !). Il concourt pour « le coup de cœur des coups de cœur » en juin 2010 de notre club de lectrices de la biblio­thèque de Dinard. Pour une fois, nous avions été unanimes dans nos éloges ; c’est si rare !

Je l’ai offert souvent et à chaque fois, on m’a fait savoir qu’on le trou­vait très bien. Il faut dire que ce roman a tout pour plaire. Il traite avec subti­lité et humour, d’une réalité doulou­reuse : l’exil. Alexan­dra, jeune auteure drama­tique, qui a plus d’un point commun avec Anca Visdei, fuit son pays, la Rouma­nie à l’occasion d’un colloque littéraire.

Elle écrit à sa sœur pour qui elle éprouve une grande affec­tion, la façon dont toutes les deux se jouent des dangers du régime tota­li­taire est drôle mais tragique à la fois. Leurs lettres sont très surveillées, elles s’en amusent : « Ta lettre a mis quatorze jour. D’habitude ça ne prend qu’une semaine…Tu dois utili­ser de mauvaises enve­loppes, là-bas ils les fabriquent moins bien qu’ici, car ton pli s’est décollé pendant le voyage et une secou­rable postière de chez nous a été obli­gée de le recol­ler, très discrè­te­ment d’ailleurs. Il n’y aurait pas eu la petite marque que tu sais, c’était un travail comme neuf ! Quel sens esthé­tique pour une simple postière ! »

Le pays d’accueil, la Suisse n’est pas épar­gnée par l’humour d’Alexandra, j’ai souri à l’évocation des intel­lec­tuels de son colloque :

Tout le monde a été adorable avec moi. Le colloque a duré trois jours, l’admiration un peu moins…..Ils m’ont répondu …. Nous connais­sons et aimons votre pays. Nous avons passé une semaine à un congrès d’écrivains héros du peuple au bord de la mer noire.

On sent en Alexan­dra une vita­lité et une envie de s’imposer comme une écri­vaine de langue fran­çaise qui force l’admiration le parcourt sera long et diffi­cile mais avec tant d’esprit et d’énergie comment ne pas y parve­nir. À sa sœur qui lui dit qu’elle est belle comme une odalisque elle répond « Une odalisque est une crétine enfer­mée dans un harem, qui partage un gros mari violent avec une dizaine d’autres débiles de son espèce et qui passe son temps au bain à montrer des vertèbres super­fé­ta­toires à Monsieur Ingres. ».

La trame roma­nesque est riche des deux mouve­ments : la dureté et la désin­té­gra­tion du régime de Ceau­sescu et l’intégration dans ce qu’on appe­lait à l’époque « le monde libre », cela passe par le lien des deux sœurs qui est riche d’une compli­cité puis d’une tension qui rend le roman passion­nant et triste parfois. J’ai lu et relu plusieurs fois ce livre, avec toujours le même plaisir.

J’espère trou­ver dans le monde des blogs d’autres lectrices passionnées.

On en parle

link. Blog d’Anca Visdei : link.

Traduit du danois par Suzanne Juul et Bernard Saint Bonnet.

5
Je ne connais­sais pas cet auteur et les « fans » du club de lecture m’ont dit que c’est un peu dommage de commen­cer par celui-ci qui est le dernier d’une longue série (Un curé d’en­fer et autres racon­tars – Jorn RIEL). Je lirai sûre­ment les autres, car j’ai envie d’en savoir plus sur ce monde du Groenland.

Jorn Riel est un conteur extra­or­di­naire et je suis partie avec lui dans le monde si rude du grand nord. Celui qui défi­nit ainsi un racon­tar : « Ce sont des histoires vraies qui pour­raient passer pour des mensonges, à moins que ce ne soit l’inverse » a un véri­table talent pour faire vivre des person­nages hauts en couleur. C’est complè­te­ment déjanté, tragique et drôle à la fois. On passe très vite de vie à trépas, du rire aux larmes, dans un cadre hors norme, beau, mais telle­ment froid et inhos­pi­ta­lier. On comprend que l’au­teur préfère vivre en Malaisie !

Citations

La propreté

Nous devons accueillir nos invi­tés propres et frin­gants … Bien entendu, en tant que chef de station, je commence et me réserve cette marmite d’eau chaude. Puis Museau se lavera avec la même eau, et en dernier Lasse­lille, qui, étant le plus jeune, n’a maté­riel­le­ment pas eu le temps ni le loisir de deve­nir aussi sale que nous autres.

Faire l’amour

Il reti­rait une certaine fierté du fait qu’il pouvait encore la faire roucou­ler comme une tour­te­relle en pleine parade quand il rugis­sait et comman­dait aux esprits dévoués du domaine.

Voyager léger

Valfred voya­geait léger. Quatre bidons d’eau-de-vie de myrtilles, dix neuf boites de sardine à l’huile, son 89 et un sac de voyage avec quelques vête­ments de rechange.

Portrait

Un type adorable et modeste, avec une soif réconfortante.

Les paysages

Le Fjord des glaces se trouve dans l’inextricable entre­lacs de fjords et de baies qui se frayent un chemin depuis la mer jusque profon­dé­ment à l’intérieur du pays. Les montagnes vers le nord sont hautes et sombres, les plaines vers le sud ouvertes et alan­guies au soleil et à la lumière, et dans l’est les collines ont la rondeur rêvée pour que le soleil puisse s’y ébattre une heure ou deux avant de s’éteindre pour la nuit.

Interview sur Evene

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Traduit de l’an­glais par Isabelle Stoianov.

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L’avantage du club de lecture c’est la redé­cou­verte des grands clas­siques. Je l’ai relu atten­ti­ve­ment et j’ai fran­che­ment adoré, encore une fois ! Le début est un peu lent et l’histoire ne se met en place qu’au tiers du livre. Mais ensuite on se rend compte que tout avait de l’importance.

Les chro­niques d’une petite ville en Alabama avant la deuxième guerre mondiale sont très savou­reuses et comme tout est vu à travers les yeux d’une enfant de six ans c’est souvent drôle et émou­vant : les ragots, les familles où on sait tout sur tout le monde, les sectes reli­gieuses, les méthodes scolaires, les vieilles filles qui ont leur mot à dire sur l’éducation des enfants, et surtout la condi­tion des noirs.
Le père, Atti­cus, élève seul ses deux enfants et leur donne des valeurs huma­nistes dans une petite ville où le racisme est de règle. Commis d’office pour défendre un noir inno­cent mais accusé du viol d’une femme blanche, sa vie et celle de ses enfants va deve­nir très compliquée.

On ne peut pas s’empêcher d’adorer Atti­cus, c’est un beau person­nage. Je pense qu’on ne peut pas l’oublier, ni comme père, ni comme avocat. Grâce à ce livre, on comprend mieux d’où vient l’Amérique, j’ai beau­coup pensé au temps où nous chan­tions surtout quand l’auteur évoque les enfants métis et une fois encore je me suis réjouie de la victoire d’Obama.

Citations

Les garçons furent donc convo­qués pour trouble à l’ordre public, voies de fait, injures et blas­phèmes en présence du sexe fémi­nin. Le juge inter­ro­gea Mr Conner sur la raison de ce denier chef d’accusation ; celui-ci répon­dit qu’ils avaient juré si fort qu’il était sûr que toutes les dames de Maycomb les avaient entendus.

Tu es trop petite pour comprendre, mais parfois, la Bible est plus dange­reuse entre les mains d’un homme qu’une bouteille de whisky entre celles de ton père.

Je voulais que tu comprennes quelque chose, que tu voies ce qu’est le vrai courage, au lieu de t’imaginer que c’est un homme avec un fusil à la main. Le courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. Tu gagnes rare­ment mais cela peut arriver.

- C’est quoi un métis ?
- Un enfant à moitié blanc, à moitié noir … ils sont tristes
- Pour­quoi tristes ?
- Parce qu’ils n’appartiennent à aucune commu­nauté. Les gens de couleur n’en veulent pas parce qu’ils sont à moitié blancs ; les Blancs n’en veulent pas parce qu’ils sont de couleur.

- Hé, faut pas nous bour­rer la caisse ! dis-je
- Je te demande pardon ?
- Ne fais pas atten­tion, inter­vient Atti­cus. Elle essaie de te provo­quer. Cal dit qu’elle jure en parfait argot depuis une semaine maintenant.
Oncle Jack haussa les sour­cils mais ne dit rien. En dehors du charme foncier de tels mots, j’agissais en appli­ca­tion de la vague théo­rie que, si Atti­cus décou­vrait que je les avais appris à l’école, il ne m’y enver­rait plus.

On en parle

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Traduit du danois par Suzanne Juul et Bernard Saint-Bonnet.
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Je le savais, je l’avais écrit je lirai d’autres Racon­tars (Le naufrage de la Vesle Mari et autres racon­tars ‑Jorn RIEL). Parfois, en décou­vrant un auteur, on se demande pour­quoi on ne le connais­sait pas. D’autant plus que, lorsque je parle de Jorn Riel, on me répond souvent « Ah, oui j’ai bien ri à ses racon­tars ». Alors voilà quand le « Vertigo » (mot pour déprime au Groen­land) vous prend, je vous conseille un recueil de racontars.Le bonheur c’est parfois communicatif :

« Fjor­dur leva les yeux et souris. De la glace vierge et des chiens joyeux. Que deman­der de plus à la vie ? »

La lecture comme anti­dé­pres­seur, c’est moins compli­qué que la méthode de Lodvig. Pour aider Peter­sen à lutter contre les idées noires, il l’abandonne seul sur la banquise. Au lieu de mourir de faim et de froid, Peter­sen devien­dra un bon chas­seur et le Vertigo sera vaincu…

C’est diffi­cile de rendre compte des histoires de Jorn Riel, quand un écri­vain a le don de racon­ter il faut simple­ment se lais­ser porter par les histoires. Celle du cercueil, façon groen­lan­daise, qui se balade jusqu’à New-York, dans un iceberg déta­ché de la banquise un soir de tempête est à mourir de rire. Quand au titre, on le doit au « curé Polle­son, tout de noir et de décence vêtu ». Il imagine lutter contre la consom­ma­tion d’alcool de la popu­la­tion en brisant à coups de hache leurs alam­bics. La riposte fut à la hauteur de l’offense : l’alcool au Groen­land, c’est sacré !

Citations

Hansen regarda en l’air. D’abord il vit le toit qui se levait lour­de­ment, sans empres­se­ment. Ensuite, le tout fut doublé par le mission­naire Polle­son qui, tel une fusée au Nouvel An, fonça vers le ciel, les pans noirs de sa redin­gote battant comme des ailes ….

« Il a enfoncé sa hache dans la dyna­mite gelée » lui expli­qua Hansen.
« Putain » Valfred regarda le lieu­te­nant d’un air inter­ro­ga­tif. « Pourquoi ? »
« J’avais mis les caisses sur la table et marque EAU-DE-VIE sur la couvercles. Je trou­vais que ça faisait mieux comme ça. »

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Voici le livre respon­sable du long silence de Luocine. Deux semaines sans rajou­ter un livre sur mon blog ! Sans aucune hési­ta­tion, je mets Alias Cara­calla dans mes préfé­rences. Ce n’est pour­tant pas un roman. C’est parfai­te­ment écrit, cet essai nous permet de suivre, jour après jour, les efforts de Jean Moulin pour unifier la résis­tance. C’est peu de dire que tous les coups sont permis. J’ai lu ce livre en me docu­men­tant sur l’internet pour mieux comprendre ce qui s’était passé dans ces années là. Et comme dans le site que j’indique, j’ai perdu un ami lorsque dispa­raît Jean Moulin.En fili­grane du récit on voit l’évolution de Jean Cordier, son enga­ge­ment derrière Maur­ras son évolu­tion face aux trahi­sons de sa famille poli­tique, et sa prise de conscience des ravages de l’antisémitisme. Ce passage est souvent cité,tant il est sobre et en même temps très beau.J’ai passé trois semaines intenses loin du monde présent, mais j’ai mieux compris les consé­quences sur la poli­tique de notre pays. La page est aujourd’hui tour­née mais pour comprendre l’opposition de Mitter­rand au Géné­ral de Gaulle, je pense qu’il faut lire ce livre. Il n’en parle pas : Mitter­rand n’est pas encore dans la résis­tance quand le livre s’achève mais l’opposition de de Gaulle aux partis tradi­tion­nels est très bien décrite. Les hommes des partis de la IIIe répu­blique ont dû ressen­tir tout son mépris face à leur inac­tion et à leurs divisions.J’ai été égale­ment très sensible à l’effort de mémoire que fait cet homme de 90 ans aujourd’hui pour se souve­nir exac­te­ment de ce qui s’est passé. Pendant ces trois années sans aucun doute les plus impor­tantes de sa vie. On le sent taraudé par un souci de vérité à l’heure près. À travers son regard, la résis­tance semble bien fragile et le fait d’hommes autant isolés que déter­mi­nés à combattre.

Citations

Le secret de notre zèle tient dans la promesse de notre enga­ge­ment au combat dès que nous serions prêts. Cet objec­tif nous fouette. Partout et toujours, nous sommes volon­taires pour les mêmes taches rebu­tantes ? Notre seul objec­tif, depuis notre arri­vée en Grande-Bretagne, est la vengeance.

Je suis le témoin de cette négo­cia­tion diffi­cile. Cela me permet de fran­chir une étape déci­sive dans mon évolu­tion poli­tique. Elle me révèle combien mes cama­rades et moi sommes privi­lé­giés d’être pris depuis deux ans par la France libre et à quel point la situa­tion des résis­tants métro­po­li­tains est misé­rable en compa­rai­son….. Une évidence me saute aux yeux : la gauche que j’ai tant combattu, incarne seule l’espoir de chan­ger leur condition.

J’ai envie de l’embrasser pour le remer­cier de tout : son présent, son retour, l’homme qu’il est Mais *Rex n’est pas quelqu’un que l’on embrasse. En dépit de son sourire et de sa gentillesse, son regard creuse un abîme entre nous.

En appro­chant du café, je vois venir à moi, serrés l’un contre l’autre, un vieillard accom­pa­gné d’un jeune enfant. Leur pardes­sus est orné de l’étoile jaune. … Je finis par comprendre que si cette vision mati­nale m’est telle­ment insup­por­table c’est parce qu’elle fait de moi un bour­reau : elle trahit l’humanisme, la frater­nité entre les hommes que je me vante de prati­quer dans le chris­tia­nisme. Comment ai-je pu deve­nir anti­sé­mite ? … Dans cette bras­se­rie incon­nue, j’ai l’impression de m’être à jamais débar­rassé du fardeau de mon éducation.

On en parle

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J’ai rare­ment été aussi boule­ver­sée par un livre. J’en ai lu chaque page, chaque ligne, chaque mot avec une inten­sité de plus en plus forte au fur et à mesure des chapitres. La quatrième de couver­ture l’annonce, l’auteure cherche à cerner la folie de son père au fil des 26 lettres de l’alphabet.

Elle s’aide du jour­nal qu’a tenu son père et de ses souve­nirs d’enfance entiè­re­ment marqués par la mala­die de son père maniaco-dépres­sif. Pour moi, dans ce livre tout n’est que souf­france et comme aucune solu­tion ne semble possible, ni l’intelligence de son père, ni l’amour de ses filles, ni l’amour que les femmes lui ont porté, on se sent terrassé.

Il faut aussi souli­gner la beauté de l’écriture qui rend cette histoire lisible.

Citations

À la lettre « D » Disparu

Quand je disais « mon père » cette année-là, les mots tenaient bon, je ne sais pas comment le dire autre­ment, j’avais l’impression de parler la même langue que les autres, d’habiter un monde commun (alors que d’ordinaire, pronon­çant ces deux mots, je voyais s’ouvrir un écart infran­chis­sable …… « mon père » c’est-à-dire mon délire, ma détresse, mon dément, mon deuil, mon disparu).

À la lettre « M » Mouton noir

… comme si, après toutes ces années, au seuil de sa nuit, il avait appris à jouer avec l’ombre en lui, renoncé à « faire comme tout le monde », à faire comme si, accepté cette figure impo­sée, ce portrait de lui en brebis galeuse, en bouc émis­saire, en mouton à cinq pattes, que sais-je encore, accueilli sa folie et trouvé par là le désir et l’espoir de ne plus en souf­frir, seul, toujours, diffé­rent, encore, mais apaisé.

Dans le journal de son père

J’avais pour­tant été un bon marin, mais la mala­die avait fait de moi un danger public.

L’auteure parle

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Je ne pense pas qu’il faille attendre de cet auteur une vérité histo­rique, mais il sait si bien embar­quer son lecteur dans le grand siècle qu’on prend un réel plai­sir à lire ce livre. et comme lui, on prend parti pour Fouquet (avec La Fontaine et Madame de Sévi­gné) contre Louis XIV et surtout Colbert. L’image de mon livre d’his­toire d’école primaire de Colbert se frot­tant les mains avant de se mettre au travail pour le bien de la France et de son roi, en a pris un sérieux coup. Pour Paul Morand, si Colbert se frot­tait les mains, c’etait surtout pour amas­ser une fortune person­nelle, pour lui et ses enfants.L’écrivain saura émer­veiller son lecteur par la descrip­tion de la fête donnée à Vaux pour le Roi, le passion­ner par le récit du procès qui tint en haleine la France des lettres de ce temps, et enfin l’émou­voir en lui racon­tant le sort de celui qui fut pour­suivi par l’in­jus­tice royale.

Citations

Louis XIV, avec amer­tume, pense à Versailles qui n’a pas d’eau ; il n’a jamais vu pareil surgis­se­ment, cette féerie de sources captées, ces nymphes obéis­sant à d’in­vi­sibles machines. Il se fait expli­quer comment la rivière d’An­queil a été domes­ti­quée, resser­rée dans des lieux de tuyaux d’un plomb précieux. Fouquet ne lui dit peut être pas que ce plomb appar­tient à l’Etat, vient d’An­gle­terre sans payer de douane, mais Colbert le dira au roi. Car Colbert est là, dégui­sant sa haineuse passion, qui observe tout, envie tout.

Vaux, énorme échec pétri­fié ; mais ce n’est pas l’échec d’un fou, ce fut le décor d’une réus­site parfaite, qui n’a duré qu’une seule soirée, celle du 17 aout 1661.

Si même il fut malhon­nête et damnable, Fouquet, du moins, était géné­reux et bon, tandis que Maza­rin, Colbert, Séguier, la Montes­pan, bien d’autres héros de ce temps, furent à la fois malhon­nête et méchants.

Fouquet est l’homme le plus vif, le plus natu­rel, le plus tolé­rant, le plus brillant, le mieux doué pour l’art de vivre, le plus fran­çais. Il va être pris dans un étau, entre deux orgueilleux, secs, prudents, dissi­mu­lés, épura­teurs impitoyables.

Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Laura Derajinski.
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Connais­sez- vous beau­coup de libraires qui vous promettent de vous rembour­ser le livre s’il ne vous plaît pas ? Mon libraire l’a fait, mais il ne me le rembour­sera pas , car le trajet Paris Saint-Malo m’a semblé si court, la campagne bien petite et les vaches trop paisibles grâce à ce livre.
J’ai pensé à Une année à la campagne – Sue HUBELL. Cette fois c’est un homme qui se retrouve seul et au lieu d’éle­ver des abeilles, ils se lancent dans l’éle­vage des bisons, c’est plus mascu­lin ! J’ai beau­coup appris sur les grandes plaines améri­caines et les grands espaces font toujours un peu rêver.
L’éle­vage de bovins sur ces terres semble une bien mauvaise solu­tion, pour les paysans qui ne s’en sortent jamais, et pour les sols détruits par l’élevage. Les bisons sauvages vivaient sur ces terres et sont adap­tés à ce milieu.J’ai souri aux réflexions de son voisin Indien (40 kilo­mètres plus loin !), et à ses diffi­cul­tés devant deux adoles­cents qui préfèrent la télé­vi­sion à l’ef­fort physique.

Citations

Depuis que les vaches ont été implan­tées dans les Grandes Plaines du Nord, elles ont consommé le patu­rage de façon anor​male​.Et là j’ai compris ce qui clochait avec les vaches. Ce n’est pas qu’elle aient un problème. C’est juste qu’ici, sur les Grandes Plaines, elles ont l’air d’ëtre peintes sur le paysage, ne pour­ront jamais en faire partie. Elles sont comme une sorte de touriste ongulé et, à les élever, je me sentais comme un guide qui passe­rait son temps à traduire les menus et à indi­quer les toilettes.

La nour­ri­ture et l’in­dus­trie c’est un peu une alliance contre nature.

Les Indiens ont attendu long­temps pour voir les bisons de l’homme blanc sur leurs terres…

À mon grand éton­ne­ment, ils arri­vaient à regar­der les mêmes films indé­fi­ni­ment. frus­tré, je me suis tourné vers Jill, qui avait élevé un ado et survécu à l’épreuve.

On en parle

Site pour en savoir plus sur les bisons de Dan O’Brien et ache­ter de la viande : link.