Édition Quai Voltaire , Traduit de l’anglais par Jean­nette Short-Payen

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Une petite plon­gée dans le monde abbayes du début du XVII° siècle, après la mort du roi Henry IV, dans un couvent de nonnes où l’ac­cu­sa­tion de sorcel­le­rie n’est jamais bien loin et permet tous les abus. C’est un récit assez compli­qué, une histoire de vengeance imagi­née par un cerveau supé­rieur et féroce, un certain Guy Le Merle qui a été humi­lié dans sa jeunesse par un évêque tout puis­sant. Pour mener à bien sa vengeance, il doit utili­ser les capa­ci­tés de celle qu’il appelle mon Ailée parce que (du temps où elle était saltim­banque) elle se prome­nait sur des fils tendus dans les airs. Celle-ci a trouvé refuge dans un couvent pour élever sa fille Fleur et pendant quatre ans, elles mène­ront toutes les deux une vie paisible sous l’au­to­rité d’une mère supé­rieure dont l’es­prit de charité faisait régner un certain bonheur dans cette abbaye de l’île de Noir­mou­tier, c’est amusant de voir une région que l’on connaît bien vivre sous la plume d’une auteure étran­gère et situer ces descrip­tions au XVII° siècle , le passage du « Goa » aura évidem­ment son impor­tance ! Il faut dire que l’au­teure à une mère fran­çaise elle a peut-être passé des vacances dans cette région.

Pour parve­nir à ses fins, Le Merle dissi­mulé sous les traits d’un prêtre va utili­ser une toute jeune nonne qu’il va mettre à la tête de cette abbaye, celle-ci voit le diable partout et les pauvres sœurs iront de châti­ment en châti­ment. Cette nonne est en réalité la soeur de l’évêque dont il veut se venger. Je m’ar­rête là pour ne pas trop en dire sur le suspens qui sous-tend ce récit. Tout le charme de ce roman vient de ce qu’on ne sait pas jusqu’à la dernière page si le person­nage du « Merle » est unique­ment cruel et s’il est capable d’amour pour son « Ailée ». J’ai trouvé cette histoire de vengeance bien compli­quée et si j’ai retenu ce roman c’est plutôt pour la descrip­tion de la vie des nonnes dans les abbayes, mais je reproche aussi à l’au­teure de voir tout cela avec des yeux de femmes du XXI° siècle pour qui faire la diffé­rence entre la foi et la crédu­lité est si facile à faire. C’est un roman histo­rique qui éclaire d’un œil sans complai­sance la reli­gion du XVII° siècle et la condi­tion des femmes dans les couvents, et rien que pour cela il peut vous plaire.

Citations

La fondation des abbayes.

Fondée il y a quelques deux cent ans par une commu­nauté de frères prêcheurs, l’ab­baye est très vieille. Elle a été payée grace à l’unique devise qui a court pour l’église : la crainte d’être damné. En ces temps d’in­dul­gence et de corrup­tion, une famille noble ne pouvaient assu­rer sa posi­tion dans le royaume qu’en atta­chant son nom à une abbaye.

Des propos qui sentent le XXI° siècle plus que le XVII° mais c’est très bien dit.

Je n’ai jamais cru en Dieu.En tout cas, pas à celui auquel nous avons l’ha­bi­tude de nous adres­ser, ce grands joueur d’échecs qui, de temps en temps, baisse le regard vers son échi­quier, déplace les pièces selon les règles connues de lui seul et daigne regar­der son adver­saire bien en face et avec le sourire du grand maître qui sait d’avance qu’il va gagner la partie. Il doit y avoir, me semble-t-il une horrible paille dans l’es­prit de ce créa­teur qui s’obs­tine à mettre ses créa­tures à l’épreuve jusqu’à ce qu’il les détruise, qui ne leur accorde un monde regor­geant de plai­sir que pour l’heure annon­cer que tout plai­sir est péché, qui se complaît à créer une huma­nité impar­faite mais s’at­tend à ce qu’elle aspire à l’in­fini perfec­tion ! Le Démon, au moins, joue franc-jeu, lui. Nous savons exac­te­ment ce qu’il veut de nous. Et pour­tant, lui-même, le Malin, le Génie du mal travaille secrè­te­ment pour l’Autre, le Tout Puis­sant. À tel maître, tel valet.

Toujours l’effet des connaissance d’aujourd’hui sur une description du passé .

Je leur ai recom­mandé d’évi­ter les jeûnes exces­sifs, de ne boire que l’eau du puits et de se laver au savon matin et soir. 
» À quoi cela pourra-t-il bien servir ? » a demandé soeur Thoma­sine en enten­dant ce conseil. 
Je lui ai expli­qué que parfois des ablu­tions régu­lières empê­chaient les mala­die de se propager. 
Elle a eu l’air un peu convain­cue de cela. « Je ne vois pas comment ! a‑t-elle dit. Pour éloi­gner le démon, ce n’est pas d’eau propre et de savon dont on a besoin, c’est de l’eau bénite ! »

Les Éditions de Minuit.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

J’ai lu d’ex­cel­lentes critiques de ce roman qui enchante la sphère offi­cielle média­tique, alors que c’est un « flop » pour moi contrai­re­ment à Dasola . Il faut dire que dans la vie courante, je ne m’in­té­resse jamais à la vie des stars ni à leur bonheur, ni à leur malheur. Or ici le « Monu­ment Natio­nal » est un ancien acteur très connu. Quel­qu’un qui a beau­coup beau­coup d’argent qui le dépense sans comp­ter et qui vit dans un château. Sa femme très belle, ancienne miss côte d’azur, a adopté une petite asia­tique, elle raconte son inti­mité sur Insta­gram. Tout ce petit monde est entouré de servi­teurs plus ou moins dévoués. Toute ressem­blance avec des gens connus (Belmondo ? Johnny ? Depar­dieu ?) est voulue par l’au­teur. On profite de la moindre de leurs photos sur les réseaux sociaux et lors du décès du vieil acteur tout le monde se déchire à belles dents pour l’hé­ri­tage. Ce roman se veut une critique acerbe de notre société, les trop riches d’un côté et les pauvres de l’autre , les gilets jaunes au milieu. On y trouve aussi le confi­ne­ment qui empêche certains d’al­ler cher­cher des fonds dans les pays « offshores », et pour couron­ner le tout une « party » offi­cielle avec les Macron . Puis une montée dans la violence et une fin très étrange un peu dans le genre thril­ler. la morale est sauve : les riches deviennent pauvres mais … non les pauvres ne deviennent pas riches.

J’avais lu aussi que cette auteure (autrice pour Atha­lie) était très drôle, elle ne me fait pas rire du tout. J’ai du mal à expli­quer, je crois que de passer du temps avec ces gens creux et mani­pu­la­teurs m’a rendue triste : je n’avais pas besoin d’elle pour détes­ter la famille de Johnny, j’avoue ne pas connaître celle de Belmondo. Je suis souvent touchée par le jeu de Depar­dieu mais je ne veux rien savoir de sa vie ni de ses amitiés avec Poutine …

La richesse des stars m’est indif­fé­rente comme celle des joueurs de foot et c’est peut la raison pour laquelle je suis tota­le­ment passée à côté d’un roman qui a plu à ceux et celles qui côtoient ces stars et qui ont sans doute envie de dévoi­ler leurs plus mauvais aspects, et parler de leur richesse : on aime rare­ment ceux qui ont gagné trop d’argent surtout quand ceux-ci l’étalent sans aucune pudeur à travers les photos qu’ils laissent sur les réseaux sociaux. Je dois dire que je n’avais pas aimé un autre roman de cette auteure « Propriété privée ».

Citations

Exemple de la façon de raconter .

Sans pouvoir se passer de Domi­nique Bernard, notre mère se défiait de lui. Elle crai­gnait toujours, avec le nombre de ses rela­tions, qu’il ménage des inté­rêts concur­rents. Aussi, quand l’agent fit valoir des raisons proto­co­laires, et lui repré­senta qu’on ne pouvait s’in­vi­ter à l’Ely­sée, si célèbres soit-on, en posant tout un tas de condi­tions, elle demanda sèche­ment ce qu’il propo­sait pour satis­faire à la fois le peuple et le président.
Domi­nique Bernard n’avait pour ambi­tion que de satis­faire les artistes, plaida-t-il. Et si le bonheur d’Ambre et Serge passaient par une fête natio­nale, eh bien soit, on trou­ve­rait le moyen d’in­vi­ter le peuple à la party. Mais on ne pour­rait pas insta­gra­mer toute la soirée en direct de la prési­dence. À la place, on filme­rait une courte vidéo avec la première dame dans les jardins de l’Ély­sée. Brigitte serait enchan­tée de présen­ter ses petits enfants à la progé­ni­ture de Serge.

Évasion fiscale et l’argent .

Bien sûr, notre famille avait mis son capi­tal à l’abri. Quelques années plutôt, nos parents avaient pris conseil auprès d’un fisca­liste. Celui ci leur avait aussi­tôt fait remar­quer qu’il n’était pas raison­nable, et même tout à fait impru­dent, de lais­ser crou­pir notre argent dans le même vieux pays quand des contrées plus neuves, plus modernes, offraient des condi­tions autre­ment intéressantes.
Le fisca­liste, pour sa part, n’éprou­vait aucune réti­cence à faire appel aux banques. Seuls les pauvres vivaient de leur argent, résuma-t-il au grand salon, les gilets jaunes qui s’échi­naient à rembour­ser des agios quand la noto­riété ouvrait partout d’in­fini lignes de crédit.


Éditions Fleuve

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Quelle lecture plai­sir ! Ce roman apporte un excellent moment de détente et parfois c’est juste­ment cela que l’on cherche. J’ai aimé le regard avisé et plein de tendresse de cette écri­vaine sur les clients d’un restau­rant parisien.

Le fils conduc­teur auquel on doit le titre, ce sont les efforts de Cyril, le serveur qui est amou­reux de la serveuse Marion. Chaque chapitre est inti­tulé d’un plat que l’on peut comman­der au restau­rant : « Hareng-pomme- de-terre à l’huile » « ris de veau sauce madère » … certains de ces chapitres sont consa­crés aux pensées de Cyril et de Marion : compli­qué d’être amou­reux quand on est timide et qu’on a peur de bles­ser l’autre. Les autres chapitres sont consa­crés à des couples qui sont à des moments diffé­rents de leur histoire. L’au­teure nous donne toujours les deux versions : les pensées de la femme et celle de l’homme. Nous suivront par exemple un couple qui devrait commen­cer, mais ils se sont rencon­trés grâce à un site de rencontre, ils se sont écrit de longs mails et cela ne les aide pas à trou­ver des façon de se parler. Nous suivrons aussi le couple bien installé dans la vie, lui il est méde­cin et se réfu­gie dans le travail car il fuit son épouse qu’il ne recon­nait plus trop sûre de son rôle de femme de méde­cin. Nous aurons aussi le couple de l’éter­nel dragueur qui ne cherche qu’à coucher avec de belles femmes qu’il soumet trop faci­le­ment. Entre ses décou­vertes Cyril essaie d’avan­cer dans sa conquête de Marion. Tous ont vécu une scène initiale : une femme est debout, ne s’as­soit pas à la table de son conjoint. Celui-ci lui parle d’un ton très dur et mépri­sant, elle hési­tera long­temps, si long­temps qu’elle attire les yeux de tous les clients du restau­rant. Elle finira au grand soula­ge­ment du lecteur qui a entendu tout ce qu’elle a dû suppor­ter de son goujat de mari, par partir. Tous ces person­nages sont émou­vants, et nous les fréquen­tons dans notre quoti­dien mais tout le talent de Claire Renaud c’est de savoir nous les présen­ter de façon très vivante grâce à une écri­ture très moderne.

Un roman que je vous conseille pour vous détendre et aimer vos contemporains.

Citations

Un portrait réussi .

Lui, ça fait quatre ans qu’il est ici. Au départ, c’était provi­soire, un job étudiant. Puis c’est devenu un job tout court quand il n’a plus été étudiant. Il a arrêté d’al­ler à la fac de cinéma. il ne va plus au cinéma. Comme si Paris lui avait fait revoir toutes ses ambi­tions à la baisse. Il ne se recon­nais­sait pas dans ces ciné­philes préten­tieux qui citaient toujours le seul film qui n’avait pas vu du réali­sa­teur qu’il aimait biens. Il se sentait toujours en défaut, de culture, de niveau social, d’argent. Il n’osait rame­ner aucun pote de la fac chez lui, encore moins les filles, il avait honte.

Les avancées amoureuses.

– Moi j’aime bien être seule. Ça ne me dérange pas, déclare-t-elle.
Une autre info. Une touche supplé­men­taire de pein­ture sur la toile. Une autre pièce du puzzle.
Et quelle pièce ! Elle est seule ! Pas de petit ami dans le paysage. Céli­ba­taire. Libre. Ils sent pour­tant d’autres chaînes. 
Et une soli­tude plei­ne­ment assu­mée et consen­tie n’est-elle pas plus terrible que tous les bellâtres du monde en embus­cade ? Il saurait mieux atta­quer un rivale que fran­chir des barrières invi­sibles. Mais il n’a pas le choix.

Scène tellement vraie.

- Alors, ma chérie ? Qu’est- ce qui te ferait plai­sir ? Une salade pour toi, une entre­côte pour moi, c’est ça ?
Oui, c’est ça. Ou autre chose. Qu’importe.
Je vais manger légè­re­ment, pour conser­ver la ligne, pour te garder, la concur­rence est rude, elle me main­tient à un haut niveau de fruits et légumes, tandis que tu pren­dra de la viande, carnas­sier, préda­teur, et toute la mytho­lo­gie qui va avec. Ta signa­lé­tique est peu subtile.

Je déteste ces mots là moi aussi. Surtout « mon coeur »

« Tu pren­dras un dessert, ma chérie ? »
Chez les autres, je trouve cela ridi­cule voire odieux. Acco­ler les remarques les plus triviales à des mots doux me révolte. Les « passe-moi le sel mon cœur » et autres « descends la poubelle mon trésor » me donnent la nausée quand ils ne me font pas écla­ter de rire.

Éditions Gras­set

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Après le Secret et la Mauvaise Rencontre, je renoue avec cet auteur grâce au club de lecture. Le narra­teur doit faire face au deuil de sa compagne tendre­ment aimé. Cela lui devrait être chose plus aisée qu’à d’autres puis­qu’une de ses spécia­li­tés en tant que psycha­na­lyste c’est juste­ment « Le deuil ». Seule­ment comme chacun le sait, c’est telle­ment plus simple d’ex­pli­quer et d’ai­der les autres que de se comprendre soi-même et de ne pas faire les erreurs que l’on a vu les autres commettre. Le narra­teur plonge donc dans le deuil sans que rien ne puisse le rete­nir : ni l’af­fec­tion de sa fille, ni son ami violon­cel­liste, ni son méde­cin qui surveille la pile qui doit empê­cher son coeur de s’ar­rê­ter. La nouveauté qui nous vaut ce roman, c’est le « service » que propose des « start-up » : créer un avatar de la personne récem­ment dispa­rue et dialo­guer avec elle . Oui, ce service existe, et non, je ne connais personne qui l’a essayé. On devine comment cela marche, et l’au­teur le raconte très bien, vous lais­sez des créa­teurs de logi­ciel entrer dans votre vie virtuelle, vous leur confiez photos et docu­ment sonores, grâce à des entre­tiens, ils découvrent votre vie et celle du défunt, et moyen­nant un budget consé­quent, ils créent l’ava­tar de la personne dispa­rue qui pourra dialo­guer avec vous.

Pour le roman­cier ce sera salu­taire puisque c’est grâce à cela qu’il retrou­vera l’ins­pi­ra­tion nous racon­ter son deuil enri­chi de cette expé­rience : et hop ! la boucle est bouclée.

On apprend au passage qu’a­voir une pile dans le coeur, n’est pas anodin et que vous donnez à une compa­gnie le droit de ralen­tir ou d’ac­cé­lé­rer votre rythme cardiaque. D’ailleurs, il y a quel­qu’un qui a montré qu’un hacker pour­rait ainsi neutra­li­ser des personnes très âgées porteuses de ce genre de pile (si possible des diri­geants politiques).

C’est un roman très facile à lire et qui met en lumière une pratique funé­raire qui risque de se déve­lop­per : notre société veut telle­ment fuir la mort que je pense que ce genre d’en­tre­prise va connaître un bel essor. Malgré une écri­ture très agréable, je n’ai pas été touchée par ce roman que j’ai trouvé vide. Il est rare que j’ap­pré­cie un livre où l’au­teur raconte comment il a du mal à écrire tout en écri­vant, c’est une impu­deur qui me gêne.

PS c’est tout à fait par hasard que sur mon blog deux auteurs ayant le même nom se suivent !

Citations

Un père et sa fille.

Quelques années aupa­ra­vant, Agnès avait rencon­tré l’homme de sa vie qui allait deve­nir son mari, puis le père du petit miracle devant lequel Irène et moi sommes retom­bés en enfance. Seule ombre au tableau : la compli­cité qui me liait à ma fille s’était émous­sée. Il m’était diffi­cile de perce­voir encore dans la femme épanouie celle qui, autre­fois blot­tie dans mes bras, me confiait ses secrets. La gros­sesse puis la mater­nité d’Agnès avait natu­rel­le­ment installé une nouvelle distance : la fille aimée était main­te­nant avant tout une épouse et une mère. J’ai su faire bonne figure afin que personne n’aper­çoive, sous les atten­tions et la tendresse d’un grand-père, la nostal­gie d’un père.

L’Après.

Dans le tiroir du meuble de la salle de bain, j’avais entre­pris d’en­fer­mer ses produits de beauté mais au moment de les ranger je n’ai pu résis­ter au besoin de dévis­ser le bouchon de son parfum : tel le génie de la lampe, Irène avait jailli du flacon, remplis­sant la pièce de ces effluves autant que de son absence.

Joli passage :

« C’est une curieuse expé­rience de consta­ter que ma vie ne tient qu’à un fil, celui qui relie cette pile à mon cœur, un cœur qui ne bat plus pour personne »
Lui confiai-je, Peu après la mort d’Irène, un jour où l’ab­sence de mon épouse me pesait plus encore que d’or­di­naire et me rendait impos­sible cet exer­cice dans j’avais pour­tant la maîtrise : faire bonne figure. Une autre fois où je retrou­vais un peu de mon humour, je parvins à lui demander :
« Docteur vous qui savez redon­ner du rythme à ceux qui défaillent, pouvez-vous faire quelque chose pour les cœurs brisés ? »
Il répon­dit en souriant :
« Et vous, qui savez si bien écrire sur le deuil, votre sagesse et votre plume ne peuvent-elles vous aider à traver­ser cette épreuve ? »


Éditions Le Dilet­tante . Couver­ture Camille Cazau­bon.
 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

J’ai indi­qué le nom de la personne qui a imaginé cette couver­ture car elle m’a bien plu. Dans le grand rond, le titre je vais l’ex­pli­quer dans mon billet, mais dans tous les petits ronds d’autres chiffres et peut-être vous amuse­rez vous comme moi, et la biblio­thé­caire du club de Dinard à en trou­ver la signi­fi­ca­tion – pour 1515, ok nous sommes nombreux mais pour 8848 ?- . (Je me demande ce que Goran aurait pensé de cette couverture ?)

Mes coquillages parlent pour moi : ce roman a su me séduire et pour­tant j’ai quelques réserves. Je trouve que les person­nages manquent d’humanité , la compagne du « héros » montre l’éten­due de ses senti­ments, seule­ment au dernier chapitre.

Reve­nons à l’his­toire : Fran­çois est un haut cadre chez Google France, il gagne très bien sa vie, il est divorcé et père d’une adoles­cente peu sympa­thique, il va de conquête en conquête, bref tout va bien pour lui. Sauf que … il va avoir soixante ans et il est abso­lu­ment terri­fié par la vieillesse. Heureu­se­ment, il fait beau­coup plus jeune que son âge.

La fiction peut commen­cer, dans une société où on peut deman­der à chan­ger de nom, de sexe pour­quoi ne pas deman­der à chan­ger de date de nais­sance et se rajeu­nir de quelques années. Fran­çois fera calcu­ler son âge par un algo­rithme mis au point par une toute nouvelle société : « Human­prog » et décou­vrira que son âge biolo­gique est de trente neuf ans et quatre mois.- d’où le titre 39,4.

On le comprend bien ce roman est l’oc­ca­sion pour cet auteur dont j’ai très envie de lire le premier roman (Panne de secteur), de se moquer de la peur du vieillis­se­ment. Il le fait avec un don incroyable, celui de saisir tous les travers de notre société. Je pense que son poste d’ob­ser­va­tion de profes­seur et chef de clinique dans un grand hôpi­tal pari­sien lui donne accès aux gran­deurs et aux peti­tesses de l’âme humaine. La scène chez le chro­ni­queur Ruquier est telle­ment vraie, le pauvre philo­sophe qui veut simple­ment dire que fina­le­ment nous mour­rons tous et la façon dont une chro­ni­queuse le renvoie « à la niche » sans lui permettre de s’ex­pri­mer est d’une tris­tesse qui n’a d’égale que celle que nous éprou­vons parfois quand nous regar­dons les inter­ve­nants sur les plateaux de télé­vi­sion mettre en pièce un philo­sophe ou un scien­ti­fique qui ne parle pas le langage à la mode du petit monde parisien.

Le style de cet auteur est très parti­cu­lier, il avait, semble-t-il rebuté des lecteurs par un goût prononcé pour des mots rares de la langue fran­çaise, il le fait ici aussi mais ça ne gène pas la lecture. Je ne suis pas certaine que je me souvien­drai de

un quéru­lent processif 

Bien que l’au­teur en donne l’ex­pli­ca­tion dans la fin de sa phrase :

Fran­çois se trou­ver présenté comme un quéru­lent proces­sif, l’un de ces illu­mi­nés en proie à un délire de reven­di­ca­tion destiné à redres­ser un dommages fictif.

Ce n’est pas un roman que l’on lit faci­le­ment car souvent on doit rester concen­trer pour savou­rer ce qu’il va nous décrire et comme hélas ce qu’il nous raconte sont les côtés les plus super­fi­ciels et les plus tristes de notre société, le lecteur (en tout cas moi) est un peu sonné par sa lecture. On rejoint mon bémol du début, je suis certaine que même chez les bobos pari­siens il y a plus d’hu­ma­nité que ce qui est décrit par Philipe B Grim­bert. (à ne pas confondre avec un autre Philippe Grimbert !)

(PS : lors de notre réunion du club de lecture 7 avril, une lectrice a exprimé son dégoût de ce roman, car elle trou­vait le person­nage abso­lu­ment « machiste », ce qui est vrai, mais à aucun moment l’au­teur n’a de la sympa­thie pour son person­nage . Et pour moi j’y ai vu surtout une condam­na­tion du machisme de ces hommes qui ont tout réussi en même temps qu’ils gardent une appa­rence physique digne de la jeunesse. Et fina­le­ment la seule person­nage sympa­thique sera la femme qui clôt l’his­toire. Mais si vous lisez ce livre j’ai hâte de savoir comment vous inter­pré­tez les inten­tions de l’auteur )

Citations

Portrait de la chroniqueuse chez Ruquier.

Elle était à cet instant semblable à ces chiens de combat muscu­leux de petite taille qui paraissent trou­ver dans l’ob­tu­ra­tion déter­mi­née de leur mâchoire sur leur proie, le point d’équi­libre et de justi­fi­ca­tion de l’en­semble de leur person­na­lité. elle s’était saisie du vieux philo­sophe, lui agrip­pait un morceau de chair pendante avec une telle puis­sance qu’il parais­sait impro­bable, même en la soule­vant dans les airs, de lui faire lâcher prise.

Et fin de l’émission

François et Jehan rega­gnèrent les coulisses, lais­sant sur le plateau Jacques Hofstein et son regard aussi expres­sif qu’une feuille de papier jour­nal frois­sée. L’as­sis­tante leur assura qu’ils avaient été « top » avec une pointe d’au­di­mat enre­gis­trées pendant près d’une minute quarante. On enten­dit une voix loin­taine l’ani­ma­teur intro­duire les invi­tés suivant pour un débat consa­cré à « l’in­sé­mi­na­tion des vaches laitières et ses rela­tions avec notre culture du viol ».

Quel art de la formule.

À part quelques épidé­mies virales géron­to­phages on conti­nuait à s’en­li­ser dans la comp­ta­bi­lité maré­ca­geuse des régimes de retraites et les dernières réformes, illus­trées du slogan tout droit sorti du cerveau d’un énarque facé­tieux « travailler plus long­temps pour vieillir moins lente­ment » lais­sant craindre une nouvelle secousse tellurique. 

La description des urgences de Cochin sent le vécu.

Il s’était bête­ment tordu une cheville un dimanche matin en plein footing et, crai­gnant une entorse grave, s’était rendu aux urgences de l’hô­pi­tal Cochin. Arrivé vers 11heure , il avait quitté les lieux à 19 heures armé d’une ordon­nance pour du Doli­prane rédigé par un interne moldave qui l’avait examiné d’un air flapi. Bien avant cela, il avait patienté dans une salle d’at­tente surpeu­plée, à côté d’un vieillard couché sur un bran­card, qui répan­dait autour de lui une forte odeur d’urine ne semblant même plus incom­mo­der la femme usée qui lui tenait la main. Le sol était macu­lée de taches diverses et, tous les quarts d’heure, une voix de femme annon­çait en hurlant le nom de la personne invi­tée à s’ap­pro­cher de l’of­fice où trois infir­mières s’af­fai­raient. Tout autour se tenait une foule compo­site d’adultes seuls ou de familles. Un peu à l’écart s’ag­glu­ti­naient en grappes près d’une ving­taine d’hommes, de femmes et d’en­fants autour d’un homme d’une soixan­taine d’an­nées coiffé d’un feutre vert élimé. Le voisin de Fran­çois l’in­forma, avec le ton rési­gné d’un homme rompu à la fréquen­ta­tion des lieux, qu’il s’agis­sait du patriarche d’une famille de gitans donc les avatars cultu­rels l’in­ci­taient à ne jamais se dépla­cer à l’hô­pi­tal sans la tota­lité de son « cheptel ».

Quel regard acerbe ! Paris était envahi par les manifestants « gilets jaunes ».

Par le plus grand des hasards et pour le plus grand bonheur de Fran­çois, Jehan Lamarc et Tigrane Fanfard s’étaient vu empê­cher l’ac­cès au théâtre du Rond-Point pour l’un et à la fonda­tion de Louis Vuit­ton pour l’autre. C’est ainsi qu’un miracle se produi­sit. Unis par la frus­tra­tion domi­ni­cale, tels deux naufra­gés d’une croi­sière de luxe échoués sur une plage de Sicile parmi les clan­des­tins, la glace se brisa.

« Baiser » avec une grand mère.

Il venait de baiser avec une grand-mère. Une vision d’ef­froi le parcou­rut comme un fris­son. Celle du loup dans « le petit chape­ron rouge » après qu’il eut ingur­gité la mère-grand. Fran­çois avait toujours redouté que la vieille, ses os décal­ci­fiés est sa chair avariée, intoxique grave­ment l’ani­mal. Il se sentit fiévreux. Moins d’une minute plus tard il traver­sait au pas de course la cour de l’am­phi­théâtre, les lacets défaits, la chemise hors du panta­lon, la conscience souillée comme s’il venait de s’adon­ner à un acte de haute perver­sité, et sitôt rentré chez lui, se nettoya avec fréné­sie pour effa­cer les traces de cet acte odieux.

Le tourisme écologique.

Bien que presque tout, jusqu’à l’eau, fût importé de Casa­blanca ou d’autres villes du Maroc par avion, héli­co­ptère et puis­sant 4×4, l’en­semble du village affi­chait son esprit « éco-friendly ». Cela se tradui­sait par une absence de papier hygié­nique et de télé­vi­sion, l’uti­li­sa­tion exclu­sive de serviettes recy­clables, une poli­tique zéro plas­tique et un club enfant écopé­da­go­gique même si, élément appré­ciable, il n’y avait aucun enfant en ce milieu.

La vieillesse et la dépendance.

En écou­tant les récits de certains de ses amis sur les fin de vie pathé­tiques de leurs propres parents, Fran­çois réali­sait la chance qu’il avait eue. Il avait échappé au dimanche en EHPAD, aux vacances boule­ver­sés par les aléas médi­caux, sans parler des consé­quences finan­cières, les sommes exor­bi­tantes avalées pour main­te­nir des vieillards graba­taires et énuré­tiques « dans le confort et la dignité », qui enta­maient parfois de façon dras­tique le montant des héri­tages futurs.

Le vieillissement.

Outre le fait que la majo­rité de ses fréquen­ta­tions, passé le demi-siècle, se trou­vaient enga­gées dans une rela­tion exclu­sive avec une hyper­tro­phie de la pros­tate, un carci­nome mammaire ou les prodromes d’une isché­mie coro­na­rienne, beau­coup exhi­bait un inté­rêt nauséa­bond, qui suin­tait comme un exsu­dat dans leurs conver­sa­tions quoti­diennes, pour la fréquence de leur colo­sco­pie, la gran­deur d’âme de leur urologue, ou le talent démiur­gique de leur nutritionniste.


Édition Zulma . Traduit de l’islandais par Éric Boury.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Appe­lés en 2013 à élire le plus beau mot de leur langue, les Islan­dais ont choisi un substan­tif de neuf lettres dési­gnant une profes­sion médi­cale : Ijósmóði­rin, sage femme. Dans son argu­men­taire, le jury souligne qu’il unit deux mots magni­fiques : móðir qui signi­fie mère et Ijós, lumière.

Ce roman m’a fait du bien dans des moments où le monde deve­nait fou . Partir dans les réflexions d’une sage-femme elle même petite fille et arrière petite fille de sage-femme et décou­vrir l’Is­lande ancienne et actuelle m’a permis d’ou­blier la guerre et toutes ses consé­quences. J’ai eu envie de noter beau­coup de phrases qui me plai­saient, ma préfé­rée est sans doute celle que pronon­çait sa grand-tante à chaque naissance

Bonjour petit être. Tu es le premier et le dernier toi en ce monde.

Le reste du livre est consti­tué par une recherche pour comprendre ce que la grand-tante a voulu léguer à sa petite nièce. Dans son appar­te­ment que l’hé­roïne devra réno­ver, elle trouve une corres­pon­dance avec une amie Galloise et surtout des textes qui pour­raient être publiés. Mais que voulait vrai­ment dire Frida ? Tout ce que l’on comprend c’est que sa recherche asso­ciait la nais­sance à la lumière. Ce n’est pas très facile de comprendre ce que sa tante voulait dire, d’ailleurs sa petite nièce renon­cera à vouloir le faire publier.
Les moments que nous passons dans l’Is­lande actuelle, nous vivons des accou­che­ments, une tempête d’hi­ver et une belle ballade vers les aurores boréales . Ce n’est sans doute pas un grand roman car il est trop décousu à l’image de la tenta­tive de sa grand-tante de comprendre l’humanité mais on y est bien, je l’ai lu avec grand plai­sir et j’es­père rete­nir ma phrase préférée.

Citations

Naissance

Le ther­mo­mètre sur le rebord exté­rieur de la fenêtre affiche moins quatre degrés et l’ani­mal le plus vulné­rable de la terre repose sur la balance, nu et démuni, il n’a ni plume ni four­rure pour se proté­ger, ni cara­pace, ni poils, rien qu’un fin duvet sur le sommet de la tête, un duvet que la clarté bleu du néon traverse. 
Il ouvre les yeux pour la première fois. 
Et voit la lumière. 
Il ignore qu’il vient de naître.
Je lui dis, bien­ve­nue, mon petit.
Je lui essuie la tête, je l’en­ve­loppe dans une serviette puis je le donne à son père qui porte un t‑shirt avec l’ins­crip­tion « le meilleur papa du monde ».
Boule­versé, l’homme pleure. c’est terminé. La mère épui­sée sanglote aussi.
Le père se penche avec son bébé dans les bras et l’al­longe prudem­ment sur le lit à côté de la femme. L’en­fant tourne la tête vers la mère, il la regarde, les yeux encore emplis de ténèbres venus des profon­deurs de la terre.
Il ne sait pas encore qu’elle est sa mère. 
Elle le regarde et lui caressé la joue d’un doigt. Il ouvre la bouche. Il ignore pour­quoi il est ici plutôt qu’ailleurs. 
- Il a du roux dans les cheveux comme maman, remarque la parturiente. 
C’est leur troi­sièmes fils. 
- Ils sont tous nés en décembre, commente le père. 
J’ac­cueille l’en­fant à sa nais­sance, je le soulève de terre et le présente au monde. je suis la mère de la lumière. de tous les mots de notre langue, je suis le plus beau- « Ljómo­dir » (mère de lumière)

Des phrases que j’aimerais retenir.

L’homme doit d’abord naître pour pouvoir mourir.
Il n’y a pas grand chose sous le Soleil 
qui puisse surprendre une femme ayant une si longue expé­rience du métier. 
Si ce n’est de l’être humain lui-même.
En réalité, l’ani­mal le plus précaire de la terre ne se remet jamais d’être né.

Présentation de ses parents (je me demande ce que sont des cercueils qui ne sont pas à usage unique ? ? ?.)

Nos parents diri­geaient et dirigent encore aujourd’­hui une modeste entre­prise de pompes funèbres avec mon beau-frère, le mari de ma sœur. Comme le dit ma mère, les affaires sont « floris­santes » puisque tout le monde doit mourir un jour. C’est mon grand-père pater­nel qui a fondé cette entre­prise, il fabri­quait lui-même les cercueils, solides et soignés, avec du bois de qualité. Mais c’est une épopée révo­lue, désor­mais les cercueils sont « à usage unique et impor­tés », comme le regrette mon père. C’est donc une longue tradi­tion fami­liale que de s’oc­cu­per de l’être humain aussi bien au tout début de sa vie que lors­qu’il arrive à sa desti­na­tion finale, ce que souligne très juste­ment ma mère.

Repas en famille.

Au dernier repas de familles, ma mère a passé toute la soirée à parler de la mort. Papa hochait régu­liè­re­ment la tête et mon beau-frère l’écou­tait avec atten­tion. Après, il est allé dans la cuisine pour remplir le lave-vais­selle et mes parents ont conti­nué à discu­ter du prix des cercueils, de leur qualité et des commandes en cours.

Les journées d’hiver en Islande.

Je tente de lui expli­quer que le jour se lève et prend fin très vite après, fina­le­ment j’ex­prime les choses d’une autre manière : le Soleil appa­raît à l’ho­ri­zon peu avant midi et dispa­rait vers trois heures. L’aube s’étire en longueur toute la mati­née et trois heures après la paru­tion de la lumière, l’air s’as­som­brit à nouveau et le soleil s’en­fonce dans la mer.

La philosophie de sa grand-tante sage femme comme elle.

Même si elle ne croyait pas en l’homme, ma grand-tante avait foi en l’en­fant. Ou disons plutôt : elle ne croyait en l’homme qu’en deçà de 50 cm. Cela corres­pond égale­ment aux récits de ses collègues de la mater­nité. selon elle, il y avait d’une part l’être humain et d’autre part, l’en­fant. tout ce qui était petit, et de préfé­rence plus petit que petit, vulné­rable et faible, susci­tait son inté­rêt et éveillait sa tendresse, que ce soit dans le monde des hommes, dans le règne animal ou végétal.

Point final.

Là où les manus­crits se contre­di­saient, c’est que même si ma grand-tante prévoyait la dispa­ri­tion de l’être humain, elle suppo­sait qu’il y aurait dans le monde du futur une place non seule­ment pour les animaux et les plantes, mais aussi pour les enfants. Et pas unique­ment eux puisque deux autres caté­go­ries y seraient égale­ment repré­sen­tées . D’une part les gens qui avaient conservé leur âme d’en­fant, « qui s’amu­saient à souf­fler sur les graines de pissen­lits et savaient s’éton­ner », et d’autre part – ce qui n’a rien de surpre­nant, a souli­gné ma sœur- les poètes.
Voici les listes des mots qui veulent dire brouillard et neige en islan­dais je les ai pris en photo car c’est trop compli­qué à écrire.


Édition Calmann Levy.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Déci­dem­ment cet auteur est attiré par la vieillesse car après » L’étoile et la vieille » voici « le vieux » !

Ce roman se divise en trois moments : la peur du Vieux de ce qu’il appelle « les bombes » c’est à dire tous ceux qui meurent autour de lui ou qui sont atteints de mala­die dégé­né­ra­tives. Il rencontre à un enter­re­ment d’une femme qu’il a aimée autre fois, la fille qu’il a élevée pendant quelques années, Camille qui est deve­nue actrice et metteur en scène. Il va croi­ser aussi Simon un jeune acteur très beau qui le ques­tionne sur le suicide assisté.
La deuxième partie tourne autour du suicide de Simon et de l’opéra que Camille et lui voulaient monter « La flûte enchanté ». Le vieux qui a monté plusieurs opéra a toujours souf­fert de n’avoir jamais réussi à monter cette œuvre de Mozart. Nous verrons comment l’équipe d’ac­teurs et de chan­teurs vont vivre ce deuil brutal et appa­raît un person­nage étrange une bretonne comme je n’en ai rencon­trée que dans des contes, qui fait des crêpes et qui racontent des légendes en parti­cu­lier autour de l’An­kou (la repré­sen­ta­tion de la mort en Bretagne), elle est la concierge du théâtre et jouera un rôle dans le suicide de Simon on décou­vrira un person­nage obsédé par la mort, très déséqui­li­bré et alcoolique.

Enfin la troi­sième partie, nous appre­nons le prénom du vieux : Jean-Michel qui vit avec une ancienne canta­trice, Mireille, et ensemble ils décident de mourir en utili­sant le suicide assisté , ensemble ils auront le COVID et ensemble, ils s’en sorti­ront et fina­le­ment ne se suici­de­ront pas.
Plusieurs thèmes se croisent dans ce roman, la repré­sen­ta­tion théâ­trale, la vieillesse et surtout la mort.

J’ai assez bien aimé la première partie, fran­che­ment détesté la deuxième avec cette bretonne sortie dont on ne sait quel imagi­naire et qui ne rend pas justice aux bretons que je connais et la troi­sième est quasi­ment insup­por­table, cette descrip­tion de ce couple qui veut mourir dans la dignité et qui, au dernier moment se raccroche à la vie m’a abso­lu­ment dégoutée .

Au moment où je rédige ce billet des bombes, des vraies celles-là, tombent sur Kiev et cela explique beau­coup mon dégoût de cette fasci­na­tion pour la mort de ceux qui ont tout pour vieillir tran­quille­ment. J’exa­gère peut-être mais c’était bien le thème de Michel Rostain, la mort et celle-ci frappe à notre porte de façon telle­ment plus terrible et l’on se rend compte que le plus souvent l’homme ne choi­sit plus rien .

Citations

La peur de l’Ehpad .

- Ce n’est pas l’état de Cathe­rine qui m’an­gois­sait, c’est l’Eh­pad : y aller me terro­ri­sait comme s’il s’agis­sait de mon prochain domicile !
« Lorsque j’ai enfin surmonté ma trouille, je suis arrivé là-bas un jour de chorale. Dans le grand salon de l’Eh­pad, une chef d’or­chestre tirait de toutes ses forces les voies épui­sés d’un demi-cercle de vieillards – vingt voix éraillées égre­nait comme elles pouvaient les sous-titres de la chan­son de Dalida qu’on leur proje­tait en mode karaoké :
» Je sais bien que tu l’adores, Bambino, Bambino
Et qu’elle a de jolis yeux, Bambino, bambino…
Mais tu es trop jeune encore, Bambino, Bambino,
Pour jouer les amoureux. »
» Cette chan­son qui clau­di­qué, lento, mollo, pas sano du tout, c’était à pleu­rer. Cathe­rine était la, hagarde au milieu de cette assem­blée de fauteuils roulants, et alors je me suis vu, je t’as­sure… vu à côté d’elle, en survêt lamen­table, édenté et gâteux. la vraie bombe, c’est celle-là, celle qui ne me tuera pas et me main­tien­dra en vie mais en ruine !
Coup de massue supplé­men­taire, un des choristes a fait rouler son fauteuil jusqu’à moi pour deman­der : « c’est vous le nouveau ? » Et j’ai soudain réalisé pour­quoi pas moi en effet ? après tout j’ai l’âge régle­men­taire pour dépo­ser un dossier d’ad­mis­sion dans un Ehpad. (Cathe­rine et moi, on est nés la même année !) 

J’ai souvent entendu cette remarque.

Même vides, les salles de théâtre ne sont jamais désertes. Les notes qu’on y a chan­tées, les pages qu’on y a dites, les âmes qui ont dansé sur la scène ont toutes laissé un bout d’elles-mêmes. Il suffit de fermer les yeux et d’écou­ter, les Théâtres palpitent tout le temps de milliers d’émotions

Éditions Seuil

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Un livre de 85 pages qui se lit comme un grand article de maga­zine sur la mort du père d’Édouard Louis que j’avais connu grâce à « En finir avec Eddy Belle­gueule » . On retrouve dans ce roman la descrip­tion sans conces­sion de la misère qui a vaincu son père. J’aime beau­coup l’écri­ture de cet écri­vain et il permet de cerner de près le pour­quoi de la déchéance physique de cet homme dont il a eu tant peur avant de penser qu’il l’a sans doute aimé. Son fils remonte dans le temps et essaie de retrou­ver celui dont le prin­ci­pal crédo était de ne pas être une femme­lette et le pire de l’in­jure était d’être un pédé. Tout le long de ce petit texte Édouard Louis se souvient d’un spec­tacle qu’il avait monté avec ses cousins où lui même jouait le rôle de la chan­teuse. De façon obsti­née, il cherche à savoir pour­quoi son père n’a pas été fier de lui : est ce parce qu’il était déguisé en fille ? Sans doute, mais son père ne lui a rien dit. Cet auteur se souvient aussi du jour ou un de ses frères a essayé de tuer ce père, tout cela parce que lui a dénoncé le fait que sa mère donnait de l’argent à un délin­quant qui ne cherche qu’à boire et à se droguer. L’auto-analyse de la mauvaise conscience est bien à l’image de ce que j’ai déjà lu de cet auteur. Dans sa recherche de la cause de la mort de son père les 10 dernières pages (sur 85, je le rappelle !) sont consa­crées à tous les respon­sables poli­tiques qui ont pris des déci­sions qui ont appau­vri son père donc qui lui a rendu la vie plus diffi­cile. J’avoue que ce ne sont pas mes passages préfé­rés. Je trouve que dénon­cer des hommes poli­tiques en distri­buant les mauvais points comme un maître d’école à l’an­cienne, sans dénon­cer Ricard, alors que son père est capable d’en boire une bouteille entière certains soirs, ce n’est pas très juste dans la distri­bu­tion de ceux qui ont tué son père.

Citations

Noël .

Toute la famille est autour de la table. Je mange beau­coup trop, tu as acheté trop de nour­ri­ture pour le réveillon. Tu avais toujours cette peur d’être diffé­rent des autres à cause du manque d’argent, tu le répé­tais, Je ne vois pas pour­quoi on serait diffé­rent des autres à cause du manque d’argent, et pour cette raison, pour ça tu voulais avoir sur la table tout ce que tu imagi­nais que les autres avaient et mangeaient pour Noël, du foie gras, des huîtres, des bûches, ce qui fait que para­doxa­le­ment plus nous étions pauvres elt plus on dépen­sait d’argent à Noël, par angoisse de ne pas être comme les autres.

École et masculinité .

Pour toi, construire un corps mascu­lin, cela voulait dire résis­ter au système scolaire, ne pas te soumettre aux ordres, à l’Ordre, et même affron­ter l’école et l’au­to­rité qu’elle incar­nait. Au collège, un de mes cousins avait giflé un profes­seur devant toute sa classe. On parlait toujours de lui comme d’un héros. La mascu­li­nité, -« ne pas se compor­ter comme une fille, ne pas être un pédé »-, ce que ça voulait dire, c’était sortir de l’école le plus vite possible pour prou­ver sa force aux autres, le plus tôt possible pour montrer son insou­mis­sion, et donc, c’est ce que j’en déduis, construire sa mascu­li­nité, c’est se priver d’une autre vie, dans un autre futur, dans un autre destin social que les études auraient pu permettre. La mascu­li­nité t’a condamné à la pauvreté, à l’ab­sence d’argent. 

Éditions Fleuve

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Lors de la réunion du club de lecture du mois de février, une seule lectrice avait lu ce roman. Elle l’avait adoré et aurait aimé lui mettre un grand coup de cœur. Notre biblio­thé­caire a donc décidé que nous devions être plusieurs à donner notre avis car nos coups de cœur doivent être le reflet d’au moins quatre personnes. Je peux comprendre l’en­thou­siasme de la lectrice que je ne partage pas. Le secret pour tomber sous le charme de ce roman c’est d’en aimer le style. Cette écri­vaine écrit dans une langue poétique qui ne m’a pas touchée, et toute l’his­toire se passe dans une atmo­sphère de mystère qui va peu à peu s’éclai­rer, si, comme moi, vous êtes ration­nelle et n’acceptez pas les coïn­ci­dences qui tombent trop bien vous reste­rez en dehors de cette histoire qui peut alors sembler à la limite du ridi­cule. Pour les diffé­rents person­nages c’est aussi quitte ou double où vous vous y atta­che­rez ou vous n’y croi­rez pas : Anto­nin, le mari parfait qui pendant vingt ans reste pétri d’amour pour cette femme murée dans son silence. L’ enfant de 5 ans, Solen qui croi­sant une femme qu’il n’a jamais vu dans un square crée immé­dia­te­ment avec elle un lien. Cet enfant s’avèrera son petit fils…

L’histoire commence ainsi : une très belle jeune femme est sauvée de la noyade par un homme sur la plage de Saint Enogat, c’est à dire chez moi ! Incroyable !

En effet tout démarre à Dinard et se conti­nue à Luchon. Car l’homme emmè­nera la jeune femme dans son chalet des Pyré­nées, celle-ci est deve­nue mutique, son mari Anto­nin l’aime très fort et la protège. Vingt ans plus tard , elle retrou­vera sa voix grâce à une amie et surtout grâce à la correc­tion d’une thèse sur la néga­tion de gros­sesse, et elle retrou­vera aussi sa fille et son petit fils ! Sa fille retrouve le père de son fils … La jeune femme qui a perdu ses jambes dans un acci­dent de montagne , les retrouve .…Mais non là j’exa­gère elle marchera grâce à des prothèses.

Quand je résume l’in­trigue je ne rends abso­lu­ment pas justice au roman car rien n’est plau­sible seul le style sauve cette histoire :encore faut-il y être sensible !

Je ne vote­rai donc pas pour coup coeur mais je vais vite remettre ce livre en circu­la­tion pour que d’autres lectrices puissent donner leur avis .

Citations

Ma plage dans un roman trop poétique pour moi.

Comme sur un coup de tête, ils avaient décidé de retour­ner à Luchon par la route litto­rale, à son rythme, au gré de ses envies, et c’est à Dinard, sur la plage de Saint-Énogat, qu’il avait remar­qué une femme de dos, vêtu d’une longue chemise blanche qui se lais­sait aller tout habillée dans l’océan. La nuit était claire. Une nuit de juin où la lune explose de lumière ronde et pleine telle une partu­riente. En regar­dant la silhouette s’avan­cer dans l’eau, il s’était sentie comblé par cette balade nocturne le long de la mer qui, à cette lati­tude, se confon­dait avec l’océan.

Le cœur du roman.

On appelle « noyade blanche » ce qui aurait pu lui coûter la vie si Anto­nin n’avais pas nagé jusqu’à elle. Son corp s’était brus­que­ment refroidi et elle avait perdu connais­sance, comme si la mort avait voulu l’ap­pro­cher sans qu’elle s’en rende compte. Elle ne s’était pas débat­tue, avait pas impulsé le mouve­ment du bouchon qui crie à l’aide. Elle s’était lais­sée aller. Ses artères avait dû se rétrac­ter et elle avait dérivé dans l’in­cons­cience tran­quille de l’es­prit en sommeil. Anto­nin avait lutté contre la mariée pour la rame­ner sur la plage. Elle serait partie vite, très vite s’il avait attendu, il le savait. De l’eau était sortie de sa bouche, il avait fait ce qu’il fallait. Du nez aussi. Grande douleur à cet endroit là. Elle avait toussé, s’était étran­glée, son corps s’était recro­que­villé, animé par un réflexe sans doute. Elle avait toussé encore à s’en arra­cher les côtes et les poumons, puis elle avait ouvert les yeux.
Qu’a­vait-elle à fuir en plein cœur de la nuit pour avoir cher­cher la mort dans l’océan ?

Éditions Stock 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Dans cette auto­fic­tion, Emma­nuelle Lambert retrace la person­na­lité de son père en suivant les six derniers jours de sa vie. J’avais choisi cette lecture grâce à ces deux phrases qui sont sur la quatrième de couverture :

Mélan­co­lique sans le poids du pathos. Poignant et solaire.

Seule­ment, c’est bien de mort dont il s’agit, et je suis à l’âge où je vois partir les miens et mes amis et je n’ai pas eu le courage de lire les derniers instants de son père. C’est moi qui ai remis du « pathos » et ma sensi­bi­lité m’a empê­chée de profi­ter du côté « solaire » pour le « poignant », j’ai été plus que bien servie, j’ai bien revécu mes proches qui ont récem­ment disparu avec des cancers en phase terminale.

Pour les lecteurs plus jeunes que moi et moins nostal­giques, je pense qu’ils auront plai­sir à connaître ce père qui a mordu dans la vie et toutes ses nouveau­tés avec une force et une déter­mi­na­tion peu communes. Avec trois amis scien­ti­fiques comme lui, ils ont été très actifs en mai 68. L’un est devenu méde­cin, l’autre mathé­ma­ti­cien de génie et empor­ter par la folie et lui qui est au début de sa vie program­meur mais surtout le père de deux filles, l’au­teure et Maga­lie sa cadette.

Le couple paren­tal sera emporté par la tempête d’un divorce que la mère aura tant de mal à vivre, elle qui avait mis toutes ses forces dans la survie de cellule fami­liale beau­coup trop étroite pour ce père dont l’éner­gie était sans limite.

On sent que la narra­trice a du mal à suppor­ter cet aspect de la vie de son père, elle nomme sa nouvelle femme « l’épouse » il y a d’ailleurs un jeu sur les prénoms que j’ai eu du mal à comprendre, elle ne donne les prénoms que des personnes qui lui ont fait du bien mais ni de son père ni de sa mère.

Pour vous donner envie de lire ce livre, je dirai que son père m’a rappelé « les vieux four­neaux » . Je pense que vous pour­rez alors sourire quand elle décrit sa façon de conduire et de faire du sport sans jamais prendre de leçons.

Citations

Le style de l’écrivaine.

Il suin­tait la soli­tude d’un enfant grandi sans mère, et la conscience doulou­reuse de la diffé­rence sociale lors­qu’on l’ex­pé­dia dans une autre des écoles du groupe des Frères des écoles chré­tiennes, les Francs-Bour­geois de Paris. Ils était la bonne œuvre brillante et perdue parmi les grosses de riches. On dit que certaines personnes portent leur embryon mort de leur jumeau dans leur corps, dans des endroits incon­grus. Il me semble que, pour certains, l’en­fance déso­lée s’ac­croche à leur corps comme l’embryon mort à son double.

le dernier jour .

Le vendredi matin ma sœur et moi sommes arri­vés en même temps. Dans la chambre de l’épouse nous atten­dait sa douleur et son épui­se­ment m’ont atten­drie, bien que j’ai toujours été trop vieille et mal aimable pour avoir une belle-mère de mon âge.