Édition Calmann Levy.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Déci­dem­ment cet auteur est attiré par la vieillesse car après » L’étoile et la vieille » voici « le vieux » !

Ce roman se divise en trois moments : la peur du Vieux de ce qu’il appelle « les bombes » c’est à dire tous ceux qui meurent autour de lui ou qui sont atteints de mala­die dégé­né­ra­tives. Il rencontre à un enter­re­ment d’une femme qu’il a aimée autre fois, la fille qu’il a élevée pendant quelques années, Camille qui est deve­nue actrice et metteur en scène. Il va croi­ser aussi Simon un jeune acteur très beau qui le ques­tionne sur le suicide assisté.
La deuxième partie tourne autour du suicide de Simon et de l’opéra que Camille et lui voulaient monter « La flûte enchanté ». Le vieux qui a monté plusieurs opéra a toujours souf­fert de n’avoir jamais réussi à monter cette œuvre de Mozart. Nous verrons comment l’équipe d’ac­teurs et de chan­teurs vont vivre ce deuil brutal et appa­raît un person­nage étrange une bretonne comme je n’en ai rencon­trée que dans des contes, qui fait des crêpes et qui racontent des légendes en parti­cu­lier autour de l’An­kou (la repré­sen­ta­tion de la mort en Bretagne), elle est la concierge du théâtre et jouera un rôle dans le suicide de Simon on décou­vrira un person­nage obsédé par la mort, très déséqui­li­bré et alcoolique.

Enfin la troi­sième partie, nous appre­nons le prénom du vieux : Jean-Michel qui vit avec une ancienne canta­trice, Mireille, et ensemble ils décident de mourir en utili­sant le suicide assisté , ensemble ils auront le COVID et ensemble, ils s’en sorti­ront et fina­le­ment ne se suici­de­ront pas.
Plusieurs thèmes se croisent dans ce roman, la repré­sen­ta­tion théâ­trale, la vieillesse et surtout la mort.

J’ai assez bien aimé la première partie, fran­che­ment détesté la deuxième avec cette bretonne sortie dont on ne sait quel imagi­naire et qui ne rend pas justice aux bretons que je connais et la troi­sième est quasi­ment insup­por­table, cette descrip­tion de ce couple qui veut mourir dans la dignité et qui, au dernier moment se raccroche à la vie m’a abso­lu­ment dégoutée .

Au moment où je rédige ce billet des bombes, des vraies celles-là, tombent sur Kiev et cela explique beau­coup mon dégoût de cette fasci­na­tion pour la mort de ceux qui ont tout pour vieillir tran­quille­ment. J’exa­gère peut-être mais c’était bien le thème de Michel Rostain, la mort et celle-ci frappe à notre porte de façon telle­ment plus terrible et l’on se rend compte que le plus souvent l’homme ne choi­sit plus rien .

Citations

La peur de l’Ehpad .

- Ce n’est pas l’état de Cathe­rine qui m’an­gois­sait, c’est l’Eh­pad : y aller me terro­ri­sait comme s’il s’agis­sait de mon prochain domicile !
« Lorsque j’ai enfin surmonté ma trouille, je suis arrivé là-bas un jour de chorale. Dans le grand salon de l’Eh­pad, une chef d’or­chestre tirait de toutes ses forces les voies épui­sés d’un demi-cercle de vieillards – vingt voix éraillées égre­nait comme elles pouvaient les sous-titres de la chan­son de Dalida qu’on leur proje­tait en mode karaoké :
» Je sais bien que tu l’adores, Bambino, Bambino
Et qu’elle a de jolis yeux, Bambino, bambino…
Mais tu es trop jeune encore, Bambino, Bambino,
Pour jouer les amoureux. »
» Cette chan­son qui clau­di­qué, lento, mollo, pas sano du tout, c’était à pleu­rer. Cathe­rine était la, hagarde au milieu de cette assem­blée de fauteuils roulants, et alors je me suis vu, je t’as­sure… vu à côté d’elle, en survêt lamen­table, édenté et gâteux. la vraie bombe, c’est celle-là, celle qui ne me tuera pas et me main­tien­dra en vie mais en ruine !
Coup de massue supplé­men­taire, un des choristes a fait rouler son fauteuil jusqu’à moi pour deman­der : « c’est vous le nouveau ? » Et j’ai soudain réalisé pour­quoi pas moi en effet ? après tout j’ai l’âge régle­men­taire pour dépo­ser un dossier d’ad­mis­sion dans un Ehpad. (Cathe­rine et moi, on est nés la même année !) 

J’ai souvent entendu cette remarque.

Même vides, les salles de théâtre ne sont jamais désertes. Les notes qu’on y a chan­tées, les pages qu’on y a dites, les âmes qui ont dansé sur la scène ont toutes laissé un bout d’elles-mêmes. Il suffit de fermer les yeux et d’écou­ter, les Théâtres palpitent tout le temps de milliers d’émotions

Édition Galli­mard NRF, Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Je me rends compte que je n’ai noté qu’un passage sur cet essai, c’est le signe du peu d’in­té­rêt que j’ai ressenti à cette lecture. Jérôme Garcin est le gendre de Gérard Philip, toute la famille vit dans le souve­nir de cet acteur qui émou­vait tant ma grand-mère et ma mère. L’au­teur veut nous faire revivre cette émotion. Je me souviens du livre de son épouse que j’avais lu à l’époque. Je m’en excuse mais je vais faire du mauvais esprit mais j’ai pensé en lisant ce livre : sur ce même sujet, on a eu sa femme, on a main­te­nant son gendre à quand les petits enfants ? Et puis malgré moi j’ai pensé aussi : voici une mort qui rapporte … Je sais, c’est horrible mais c’est à l’image du vide que j’ai ressenti à cette lecture. J’ai quand même retenu trois choses, je trouve toujours aussi inad­mis­sible qu’on lui ai caché son cancer. Je savais mais j’avais oublié que son père était un riche bour­geois compro­mis au moment de Vichy, Et j’ai appris aussi, que, pour lui, le plus grand homme du siècle était Lénine.… Une lecture donc tout à fait inutile même si, comme moi, vous avez aimé sa voix lisant « le Petit Prince » et racon­tant Mozart aux enfants.

Citation

La mort

C’est à Rodrigue, un Rodrigue au visage pâle, presque trans­pa­rent, que, toute la jour­née, des visi­teurs vont venir dire adieu. Comme si la tragé­die de Corneille se prolon­geait dans un post scrip­tum gran­diose, il reçoit, couché sur son lit, dans la chambre en hauteur où l’on accède en montant quelques marches, à la manière d’un prince espa­gnol exposé dans la salle des audiences du palais Sévil­lan de l’Al­ca­zar. Jamais la mort n’a été plus théâtrale.