Éditions Philippe Rey, 409 pages, août 2011

Traduit de l’anglais (Inde) par Bernard Turle

 

 

Elle sourirait quand elle apprendrait qu’aux toilettes du troisième étage une plaque indiquait « Dames » et l’autre « Scientifiques ».

Toujours dans la série des livres qui ne sortent pas de la médiathèque, voici un roman pour faire mieux connaître l’Inde. J’ai remarqué qu’il n’a pas non plus un grand succès sur Babelio. C’est pourtant un livre que j’ai lu attentivement jusqu’au bout. Il prend comme sujet, ce qui fait sans doute la gloire la plus incontestable de ce grand pays : la recherche scientifique. Dans ce centre de recherche le personnel est séparé selon les fameuses castes qui soi-disant n’existent plus ! tous les chercheurs sont des brahmanes masculins, aucun personnel de service ne l’est et le héros du livre, Ayyan est « dalit » parce qu’on ne dit plus jamais « intouchable ». Comme l’auteur Ayyan ne supporte lus cette division , et il regarde d’un œil critique tous ces scientifiques qui se gargarisent de leur savoir sans poser leur regard sur les gens qui les servent. Il les espionne et enregistre leurs conversations, ce qui va lui être utile pour son plan de vengeance. Il n’en peut plus de vivre dans une cité immonde où s’entassent des milliers de personnes, avec son épouse Orva et son fils Adi ils vivent dans moins de 20 m2 et les WC sont dans la cour commune à tout l’immeuble. C’est d’ailleurs un lieu important pour propager des nouvelles vraies ou fausses. Adi est sourd d’une oreille et, à l’école, il vit des moments difficiles, jusqu’à ce que père réussisse à le faire passer pour une enfant surdoué. Pour cela il lui fait apprendre par cœur des phrases piochées dans son centre de recherche, l’enfant de 10 ans les dit en classe et commence fortement à agacer ses professeurs. Ayyan paye un journaliste pour écrire un article sur son fils qui aurait gagné un concours prestigieux en Suisse. Ensuite le mensonge s’emballe mais Ayyan garde le contrôle jusqu’au bout.

Cette partie du roman est drôle et on a vraiment envie de savoir comment la supercherie sera découverte. Mais, le roman s’éloigne un peu de son propos en ridiculisant complètement les scientifiques indiens. Ils s’écharpent sur le « Big-Bang » et la façon de savoir comment entrer en contact avec des « extra-terrestre » est ridicule et pas crédible. La passion amoureuse du grand savant à la tête de l’institut avec une jeune femme est importante pour l’intrigue, mais c’est aussi une charge terrible contre les femmes arrivistes en Inde ce qui est assez pénible . Les deux femmes du roman ne sont pas des personnages intéressants. La femme d’Allyan est emprisonnée dans ses croyances religieuse et la superbe femmes scientifique s’avère être une garce destructrice. Le personnage principal est loin d’être sympathique mais peut-il faire autrement avec les cartes biaisées qu’il a en mains.

Je comprends la rage du Journaliste écrivain, Manu Joseph, de voir que son pays ne se débarrasse pas des mépris de castes et la description de la survie des « Dalits » est vraiment bien racontée, la charge contre le monde scientifique est drôle parfois, mais il est vrai aussi que l’Inde fourni au monde des chercheurs remarquables.

Pour moi, ce roman fleuve prend trop de temps pour le fil du récit, et pour dénoncer ce qui ne va pas en Inde. Je salue , évidemment, le regard acéré de cet auteur sur son pays qui rend son roman intéressant à lire.

Extraits.

Dès le début un talent de conteur.

 Cheveux noirs épais ramenés sur le côté, Ayyan Mani se faisait une raie, à la va-comme-je-te-pousse, en dents de scie telles les frontières tracées jadis par les Britanniques entre deux voisins hostiles. Il avait le regard acéré de l’homme à qui on n’en compte pas. Sa moustache drue abritait un perpétuel sourire. Sombre de peau, propre sur lui, il n’en avait pas moins l’air pauvre.
 Il observait les promeneurs du crépuscule. Des centaines sur la longue promenade face à la mer d’Oman. Des jeunes femmes solitaires, bien chaussées, marchaient à vive allure, comme si elles fuyaient un sort funeste qui les aurait fait ressembler à leur mère. Leurs fières poitrines rebondissaient, la chair de leurs cuisses tremblotait à chacun de leurs pas. Déformé par des grimaces de sportive, le visage de ces femmes des hautes castes à la peau claire et à l’expression blasée, luisait de sueur..

Je souris à ce portrait.

De petite taille, il donnait l’impression de se tenir très droit parce que son dos n’était pas assez long. À voir la façon dont sa chemise était tendue, Ayyan devina qu’il la coinçait dans son caleçon pour qu’elle tienne mieux -mode intime de beaucoup d’hommes de sa connaissance. Une fine ceinture marron faisait quasiment deux fois le tour de sa taille. Sa poche de chemise ployait sous le poids de son contenu. Un peigne rouge sortait de la poche arrière, de son pantalon.

L’incroyable histoire des BDD à Bombay.

BDD était une ruche de dix mille appartements d’une pièce répartis dans cent vingt bâtiments de trois étages, tous identiques, alignés comme des ruines, grisâtres car d’anciennes pluies en avaient depuis longtemps effacé les peintures. Un million de vêtements pendaient aux grilles d’une multitude de petites fenêtres sombres. Des pans de façade, parfois même des toitures, s’effondraient, surtout pendant les calamiteuses pluies de la mousson en août. Les cités avaient été construites par les Britanniques, quatre-vingts ans plus tôt pour loger les sans abris dans un tardif sursaut de bonne conscience. Mais les travaux avaient été tellement baclés que les gens avaient refusé d’y emménager, ne voyant pas pourquoi ils auraient dû renoncer à jouir du monde entier et du ciel bleu, pour se satisfaire d’une petite pièce sombre ouvrant sur un long couloir lugubre. Les bâtiments furent donc convertis en prison pour combattants de la liberté. Les studios dédaignés devinrent des cellules dont l’on ne pouvait s’échapper. Dans ce lieu, dont, quatre-vingts ans plus tôt, même les sans abris n’avaient pas voulu, dans ce lieu, qui avait ensuite été une prison, vivaient désormais plus de quatre-vingts mille personnes qui peinaient sous le fardeau d’union matrimoniale dont elle ne serait libérées que par la mort.

Les scientifiques.

Acharya était le genre d’homme qui, d’abord, décidait de croire en une vérité de son choix puis, ensuite et seulement ensuite, cherchait pendant tout le restant de leur vie cette chose de peu qu’on appelle la preuve.

La mendicité.

 Parce que la navette de l’Institut fut bloquée dans un embouteillage sur Coloba Causeway, il vit des gamins mendier à la fenêtre d’un taxi. Le jeune couple, à l’intérieur, faisait mine de ne pas les voir. Comme ils auraient aimé donner une roupie ! Mais ils avaient lu dans un journal de langue anglaise une enquête comme il en paraît au moins une par an sur la cruauté des syndicats de mendiants censés exploiter les enfants. En refusant de donner une roupie aux gamins, ils frappaient les syndicats en plein cœur. Tant de philosophie pour une transaction à une roupie ….

Le « journaliste » qui a écrit l’article à propos du fils de Ayyan.

Thambe, reporter à « Yug » , était l’un de ces hommes toujours excités qui font des choses pour lesquelles il n’existe pas de nom : il pouvait récupérer des licences perdues, vous procurez des mini-cartes de rationnement et connaissait le numéro de portable d’employés du gouvernement. (….)
– Tu me demandes si mon supérieur sait que j’écris des articles contre de l’argent ? Soit direct. Nous sommes amis maintenant. Bien sûr qu’il le sait. Tu veux connaître mon salaire ? Huit cents roupies. En m’engageant, il m’a dit : « Nous ne payons pas beaucoup. » Puis il a sorti une carte de presse avec ma photo dessus et m’a dit :  » À partir de maintenant, tu peux aller partout et faire ce que tu veux avec. « 

Raisonnement d’un scientifique.

 Il avait toujours honni les disproportions . C’est pourquoi, à une époque, il avait méprisé les dirigeables au même titre que de petites femmes blanches au volant de longues berlines. L’engin et sa fonction devaient être proportionnés Mais était-ce une exigence raisonnable ? L’engin étant un objet physique, il avait forcément une taille. De son côté, la fonction, elle, étant abstraite, ne pouvait être qualifiée par sa taille. La petite femme blanche n’était pas la fonction de la berline. La sonde dans la nacelle du ballon, n’était pas la fonction de ce dernier. Le but de la berline était que la petite femme blanche se rende quelque part – disons, au hasard à un enterrement. La fonction du ballon était de confirmer qu’il y avait de la matière extraterrestre dans le cosmos. Que venez donc faire la disproportion dans tout ça ?

Dispute entre mathématiciens (calculer la vitesse de propagation des nouvelles dans l’institut).

 Même s’il était vrai que les nouvelles voyageaient, elle ne voyageaient pas dans un espace physique, d’où l’on en déduisait qu’il était impossible de parler de vitesse. Le premier mathématicien, hochant vigoureusement la tête, rétorqua qu’entrait en ligne de compte une distance « non linéaire » et que les nouvelles voyageaient donc à travers un espace physique. Ayyan ne comprenait pas entièrement ce que ces gens entendaient par « probabilités » et « distance non linéaire », mais il n’eut pas le cœur de quitter la cantine. Au bout d’environ une heure, les deux mathématiciens convinrent autour d’une troisième assiette en carton, que les mauvaises nouvelles voyageaient plus vite que les bonnes. Ayan aurait pu le leur dire dès le début. 

Humour.

 Ayyan avait l’impression d’être un personnage dans un film d’art et d’essai. Rien n’arrive pendant un bon moment, après quoi il ne se passe encore rien, puis c’est déjà le générique de fin.

 

 

Éditions Belfond, 335 pages, décembre 2025

Traduit de l’anglais(États-Unis) par Catherine Gibert

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Mais pourquoi diable, je ne me suis pas souvenue de mes précédentes déceptions, je le dis tout de go, cette auteure n’est pas pour moi. Je le savais depuis Double faute, puis cela s’est aggravé avec Quatre heures vingt-deux minutes et dix huit secondes.

Ce roman est une sorte de science fiction, les États-Unis, vivent une période de tyrannie qui impose l’égalité entre tous les citoyens et la suppression dans le langage de toute référence aux différences en particulier intellectuelles. Donc suppression de tout classement intellectuel et toute la société va très mal. Le personnage principal a de graves problèmes car elle refuse de se soumettre aux diktats de la société de la « Parenté Morale ». Les États-Unis s’écroulent car, aussi bien en médecine, que dans tous les autres postes qui demandent de hautes qualifications, il ne faut surtout pas discriminer des gens incompétents.

Le seul passage qui m’a intéressée c’est l’enfance de Pearson qui a été élevée dans une famille de témoins Jéhovah. Je pense qu’elle connaît bien cette secte. J’ai appris que ces gens ne croyaient ni à la vie éternelle ni à la résurrection . L’auteure décrit bien la tristesse de la vie parmi ces gens, à 16 ans elle a fui et a été recueillie par la famille de sa « meilleure et seule  » amie Emory.

Tout le roman est construit sur cette rivalité entre ces deux filles, Pearson qui croit qu’Emory pense comme elle que la « Parenté Morale » est complètement stupide, et sera trahie par cette Emory qui sait, elle, bien s’adapter .

Je pense que ce roman est une charge contre le « politiquement correct » qui a sévi dans les universités américaines. Mais ce n’est pas intéressant, le roman va d’un excès à l’autre car il y aura un retournement tout aussi excessif avec un retour de l’importance du QI. Je n’ai rien aimé, aucun personnage et surtout pas Pearson qui a choisi d’avoir deux enfants par insémination en choisissant le QI maximum . Puis avec son mari elle a une petite fille qu’elle juge stupide et qu’elle n’arrive pas à aimer. Quand le pense à la façon dont Philip Roth dans « la Tâche » dénonce les mêmes dérives universitaires, je suis triste d’imaginer que c’est une auteure comme Lionel Shriver qui reprend le flambeau de la résistance au « politiquement correct » et je me promets de ne plus JAMAIS relire un roman d’elle.

Et voici l’avis du Bouquineur totalement opposé au mien

 

Extraits.

Début.

 J’allais partir faire quelques courses pour le dîner – comme souvent, ma vieille copine Emory venait à la maison ce soir-là- quand j’ai reçu un appel de l’école, n’informant que mon fils était renvoyé pour cause de harcèlement et que je devais venir le chercher. Darwin est un garçon réfléchi, posé pas vraiment porté sur la persécution de ses petits camarades, si bien que je me suis demandé s’il ne s’agissait pas d’un quiproquo.

Témoin de Jéhovah.

 Pendant un temps, je me suis rapproché d’un témoin qui s’appelait Jacob, qui paraissait avoir quelque chose à offrir – si ce n’était de la malice, du moins un intérêt pour l’ailleurs ; il avait découvert la science-fiction qui ne contrevenait pas aux règles à proprement parler mais ne s’y confirmait pas non plus. À un moment donné, je lui ai avoué que chaque fois qu’une carte d’anniversaire circulait en classe pour mon prof d’anglais, je la signais. Il a été bien plus horrifié que je ne l’aurais pensé et pire, il m’a dénoncé le jour même à mes parents. (Ma mère me connaissait bien mal pour accepter que je me défends en prétendant que « tout le monde le faisait » : cela ne me ressemblait pas du tout). Comment un système de croyance aussi marginal et aussi profondément rebutant parvenait-il à en doctriner les gens avec un tel succès ? Quand j’ai su que les anciens avaient ordonné aux parents de Jacob de se débarrasser de tous ces Isaac Asimov, Ray Bradbury et Robert Heinlrin, je me suis dit : « Bien fait ! ».

Pourquoi sa mère est témoin de Jéhovah.

 Elle est où était -je ne pense pas qu’on m’aurait prévenue si elle était morte – l’archétype de la femme qui réussit. Un catéchisme qui dès le départ la propulsait parmi les élus lui avait forcément plu ; un catéchisme qui fournissait aux croyants le moyen de prendre l’ascenseur social. Fort de seulement quelques millions de fidèles dans le monde, les témoins lui offraient un contexte microscopique dans lequel elle pouvait briller. Avide considération, elle se dépensait sans compter en menues tâches pour la Watchtower Bible and Track Société.

Son père.

C’était un jeune homme docile qui voulait juste s’en sortir. Durant toute mon enfance, il a travaillé trente heures par semaine chez un quincaillier, sans jamais faire le moindre effort pour devenir gérant. De façon plutôt maligne, il avait trouvé sa place dans le seul segment de la population de Voltaire, Pennsylvanie, où faire du surplace professionnellement faisait de lui un modèle de masculinité. Même si, à en croire la doctrine, c’était lui le chef de famille, en pratique il ne l’était pas du tout. Les épouses Témoins sont les reines du comportement passif-agressif, même si une poignée seulement de ces ignares connaissent l’expression.

Ses parents.

Je me donne du mal ici pour essayer de comprendre pourquoi mes parents ont choisi de se faire les prisonniers d’une congrégation limitée sans espoir d’évasion, mais je suis toujours aussi perplexe. Les Témoins de Jéhovah ne croient même pas à une vie après la mort. Quand on meurt, on meurt. Ils n’adhèrent pas non plus à la réincarnation. Par conséquent mes parents n’avaient que cette vie à vivre et aucune autre. C’étaient des adultes. N’étant pas porté sur le questionnement métaphysique, ils avaient joyeusement accepté la proposition selon laquelle ils étaient maîtres de leur destin, on était dans « un pays libre » à une époque révolue où l’idée était presque crédible. Sachant tout ce qui s’offrait à eux – faire pousser des fraises en Oregon, ouvrir une pension pour chiens dans l’Oklahoma, partir en France. Comment est-il concevable que leur choix se soit porté sur une vie aussi effroyable ?

 

 

Édition Presse de la Cité. Traduit du japonais par Jean-Baptiste Flamin

 

C’est avec « Treize marches » que j’avais découvert cet auteur et malgré la classification thriller de celui-ci et ses 740 pages je m’étais promis de le le lire. Voilà qui est fait mais je ne suis pas certaine de relire de sitôt un thriller ! Les trois coquillages s’expliquent par ma grande difficulté à lire un roman où le ressort essentiel est dans le suspens. Mais si cela ne vous dérange pas, précipitez vous sur cet énorme roman, car dans le genre il doit être bienfait et le côté « science à peine fiction » fonctionne bien. Pour une fois, le point de vue n’est pas américain mais japonais et ça change pas mal de choses. D’abord sur les révélations des pratiques peu glorieuses des services secrets américains. Par exemple : les lieux de tortures et d’assassinats des personnes soupçonnées de terrorisme, pour respecter les règles du droit américain ces prisons sont dans des pays étrangers. Le plus grand scandale c’est certainement la guerre en Irak qui a laissé cette région complètement dévastée. Un jour où l’autre les États-Unis seront jugés pour avoir déclenché une guerre sous un prétexte qu’elle savait faux. Dans ce roman, il y a quelques personnages positifs des hommes désintéressés qui œuvrent pour le bienfait de l’humanité et qui prennent des risques incroyables pour réussir à créer un médicament qui sauvent des enfants atteints d’une maladie rare, ce sont des scientifiques japonais, et c’est très amusant de voir les rôles habituellement tenus par des américains donnés à de jeunes nippons.
Je dois évoquer le côté science fiction du roman.Un enfants est né dans une tribu pygmée dans la forêt africaine au Congo avec une tête très bizarre mais surtout des capacités cognitives complètement hors normes. Une expédition organisée par la CIA sous la responsabilité directe du président des États-Unis veut absolument liquider cet enfant. Comme tout roman de science-fiction celui-ci repose sur une question intéressante que ferait notre espèce à l’arrivée d’une mutation d’hommes avec des capacités nous dépassant complètement. Dans ce roman tout est mis en œuvre pour la détruire et cela permet de décrire tous les plus mauvais côtés de la puissance américaine, relayée par les pires instincts de violence des humains plongés dans les guerres tribales. Les violences dans les villages africains sont à peine soutenables et hélas elles ne sont pas loin de la vérité. Bref, 750 pages de tensions et d’horreurs de toutes sortes, ce n’est vraiment pas pour moi. Mais je suis quand même contente de l’avoir lu car je trouve que cet auteur pose de bonnes questions, et n’hésite pas à décrire ce qui d’habitude est soigneusement dissimulé. Après la peine de mort du Japon, (dans treize marches) voici les pratiques de la CIA américaine, l’humanité est vraiment loin d’être un havre de paix !

 

Citations

 

Le personnage principal japonais.

Kento n’avait pas décidé de continuer en doctorat parce que le monde de la recherche l’attirait, mais parce qu’il n’avait plus se résoudre à rentrer dans celui du travail. Au contraire, depuis son premier jour à l’université, Kento ne s’était jamais senti à sa place, comme s’il s’était trompé de voie. Il n’avait pas éprouvé une once d’intérêt pour la pharmacie ou la synthèse organique. Comme il ne pouvait rien faire d’autre, il s’était résigné à poursuivre, sans plus. Si rien ne changeait, dans vingt ans, il serait devenu un de ces chercheurs ennuyeux ayant trouvé refuge dans une niche, comme son père.

Les rapports amoureux chez les scientifiques (Humour)

– On s’approche, on s’éloigne, sans jamais se heurter. Une vraie liaison de van der Waals.
– Ah, le plaignit Doi. Dommage.
– Et toi, tu as quelqu’un ? Il y a une fille mignonne dans mon labo. Avec elle c’est plutôt une liaison métallique. On bouge comme des atomes dans un groupe sans parvenir à se toucher. 
– Ce serait bien si je pouvais avoir une petite liaison covalente…
-Pareil…

Le danger

Le conseiller scientifique avait mesuré avec justesse l’ampleur de la menace biologique née dans la jungle congolaise. Cette menace c’était « le pouvoir » . Ce qu’il fallait craindre, ce n’était ni la force destructrice de la bombe nucléaire ni le potentiel des technologies et des sciences les plus avancées, mais la puissance intellectuelle qui les engendrait.

La guerre des drones

La brusque onde de choc l’assaillit par-derrière transperça tout son corps, la vague de chaleur et le souffle embrasé le firent voler en avant.

Il tomba la tête la première dans un ruisseau, ce qui lui évita de perdre conscience. Il ne récolta que des éraflures au visage. L’explosion l’avait rendu sourd, il se tapota les côtés du crâne pour tenter de retrouver l’ouîe. Il se releva, se retourna, et là, à cinquante mètres de l’endroit qu’il avait foulé quelques secondes plus tôt, découvrit un gigantesque cratère, bordée d’arbrisseaux aplatis par le souffle.
Yeagger se coucha à plat ventre, dégaina son fusil, sans la moindre idée du point de tir de les nuits. Il leva finalement les yeux, regarda à travers les branches qui recouvraient sa tête, et frémit. L’ennemi était dans le ciel. À six cents mètres d’altitude un Predator, drone de reconnaissance armée, avait lancé un missile antichar Hellfire. Son pilote avait déclenché ses flammes infernales depuis une base de l’armée de l’air situé dans le Nevada : un dispositif de pilotage semblable à une console de jeux lui permettait de manœuvrer cet engin à distance, de l’autre côté du globe.

Ce passage résonne aujourd’hui :

Il y a entraide parce qu’il est lucratif de s’entraider. Un exercice simple : l’aide publique au développement des pays industrialisés n’a d’autre but que de permettre à terme d’investir dans les pays en développement. Tôt ou tard, l’Afrique sera suffisamment développée pour garantir assez de ressources et de consommateurs. Allons plus loin : prenez les traitements médicaux. Dans ce domaine le profit passe avant tout le reste, même dans le développement de traitements contre les maladies graves. Les remèdes aux infections les plus rares ne sont pas développés faute de débouchés assez juteux.

Édition de l’Olivier

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy

 

Roman très étrange à côté duquel je suis passée sans accrocher. L’auteur nous raconte la vie de la famille Edelstein dont chaque membre possède un don surnaturel qui leur rend la vie impossible. La grand mère envoie des colis au contenu très bizarre, un savon à moitié utilisé, par exemple. Le père sait qu’il ne doit jamais rentrer dans un hôpital, le fils, Joseph, se fond (au sens propre) dans les décors et la fille Rose ressent les sentiments de ceux qui ont cuisiné pour elle. Chaque bouchée est une atroce souffrance quand les cuisiniers sont malheureux. Rose est amoureuse du grand ami de son frère Georges qui la trouve trop jeune. Joseph est un surdoué qui ne réussira pas à se faire admettre dans une bonne université.
On suit donc cette famille dont aucun des membres n’est vraiment heureux et en particulier Rose qui, à cause de ce don, nous fait découvrir peu à peu ce qui ne va pas dans sa famille et dans la nourriture aux USA.

Je suis certaine d’être passée à côté de l’intérêt de ce roman que j’ai lu pourtant avec attention car c’était un des rares romans que j’avais sur le bateau pour une navigation ralentie par l’anticyclone au large des Açores. J’espère que je rencontrerai des avis qui contrediront ces impressions d’une lecture inutile. Comme celui de Brize par exemple. Mais lisez aussi l’article de Jérôme qui en plus d’être beaucoup plus drôle que le mien décrit très bien combien les critiques officielles peuvent dire n’importe quoi !

 

Citation

Dans la famille Edelstein le fils

Tout ce que j’ai comprenais , c’est qu’il n’avait pas inséré le pied de la chaise dans sa jambe , mais que, je ne sais comment, sa jambe était devenue le pied de la chaise , tout en gardant sa chaussette qui rentrait dans sa chaussure. La chair était invisible, ou plutôt, il ne restait qu’un reflet de jambe que je distinguais vaguement. S’était-il coupé la jambe ? Non. Encore une fois : pas de sang, rien. À la place, il n’y avait que ce reflet de jambe humaine autour du pied de la chaise, un halo tamisé d’humanité qui tendait à disparaître autour du solide pied en métal, un changement de texture qui, d’une certaine façon, faisait sens. On aurait dit que la chaise prenait naturellement l’avantage sur lui, comme si elle le dissipait ou l’absorbait avec une simplicité qui ferait croire qu’elle avait cet effet sur tout le monde. Et puis il avait le pied de la chaise, le bout en caoutchouc qui entrait dans la chaussure, chaussures qui ne paraissait plus contenir de pied humain.

lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Un livre étonnant, raconté à travers le regard d’un enfant de 12 ans qui vit dans une famille de sur-doués alors que lui ne l’est pas. Son père meurt et les rôles dans la famille, vont peu à peu changer. Isidore assez insignifiant, au moins aux yeux de ses frères et sœurs qui cumulent les succès scolaires va devenir un personnage central, il est, en effet, le seul à mettre les sentiments au centre de toutes ses préoccupations. Cette famille, vit au rythme du passage des thèses des uns et des autres, le mieux étant d’en faire deux pour rester le plus longtemps possible dans le cadre si rassurant de l’école. Rassurant ? Oui, quand on obtient toutes les félicitations sociales qui vont avec la réussite. Le petit canard boiteux, cet Isidore au cœur tendre finira par comprendre que l’on peut être heureux autrement que par la réussite scolaire et au passage fera sourire plus d’une fois son lecteur. 

Plusieurs choses m’ont gênée dans ce roman, le style d’abord, cela passe par la langue d’un ado et l’absence du « ne » est une vraie difficulté comment lire et comprendre « On peut plus pour toi » . On s’y fait , on devine ! ce qui m’a encore plus gênée c’est que le roman n’est pas ancré dans la réalité, on sait que ça se passe en France sans en reconnaître le lieu. 

Ce ne sont là que des détails d’un roman léger qui pourra amuser et distraire.

 

 

Citations

Un moment tendre (avec l’absence du ne de la négation. )

J’ai attendu le weekend pour aller sur la tombe du père. J’ai dit à personne que j’y allais. Je me disais qu’ils avaient tous oublié, ou qu’il s’était pas rendu compte de la date, et je voulais pas être rabat-joie de service. Quand je suis arrivé, la tombe du père était couverte de trucs que je pouvais attribuer à chacun de mes frères et sœur (un petit bonsaï =Léonard ; un bouquet de fleurs sauvages =Simone ; une bougie = Aurore ; des petits cailloux blancs dans le jardin =Jérémy ; l’orchidée devait être la part de ma mère). Ils avaient tous dû venir là chacun leur tour sans rien dire aux autres.

 

Humour macabre

Elle m’a demandé ce qui, à mon avis, arrivait aux enfants qui mouraient alors qu’il portait encore leurs bagues. » Tu crois qu’on les enterre avec ? Elle a dit. Je doute qu’il y ait des orthodontistes pour enfants morts.

 

 

Les joies de la thèse 

Tu as pas remarqué que Bérénice, Aurore et Léonard se sont tous inscrits en thèse parce qu’ils pensaient qu’ils allaient trouver des réponses à toutes leurs questions, mais qu’au lieu de ça, il leur faut de plus en plus de temps pour répondre à des questions de plus en plus simples ? Ils divisent toutes les questions en une infinité de sous-questions maintenant, et les sous questions sont tellement compliquées qu’ils finissent jamais par revenir à la question originale. Ils sont devenus cinglés.