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Traduit de l’Anglais (Afrique du Sud) par Fran­çoise ADELSTAIN.

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C’est la première fois que ma parti­ci­pa­tion à « masse critique » de Babe­lio est un succès total. Je ne pense pas que j’aurais entendu parler de ce livre autre­ment et c’est injuste pour la qualité de ce récit. Ce roman est abso­lu­ment passion­nant surtout pour la pein­ture de l’Afrique du Sud dans les années 60. J’ai une petite réserve à propos du parcours initia­tique du jeune Simon, je le trouve un peu trop naïf mais ça n’enlève rien à la force et donne un peu d’humour au roman.

Le récit démarre dans un lycée de la capi­tale de « l’état libre d’Orange », le héros se retrouve confronté à un élève avec qui il a partagé ses années de primaire, Fanie. Un tour­noi de tennis est orga­nisé entre leur lycée plutôt clas­sique et un lycée profes­sion­nel fréquenté par des afri­ka­ners que les lycéens anglais méprisent en les appe­lant « les Clefs-à-molette ». Chaque rappel de ce qui s’est passé entre Fanie et Simon, est l’occasion pour le héros de se replon­ger dans son enfance. Nous voyons alors se dérou­ler la vie dans une petite ville de province afri­ka­ner, c’est à peu près l’horreur. Racisme, into­lé­rance, stupi­dité et étroi­tesse d’esprit tout cela béni par une reli­gion obscu­ran­tiste sont au rendez-vous. Les adultes sont d’une lâcheté et d’une bêtise incroyables. On a parfois du mal à croire que tout cela se passe dans les années 60, on se dirait au début du 20° siècle. Le racisme n’est pas tant envers les noirs qui sont à peu près absents du livre, c’est entre les afri­ka­ners et les anglais et entre les diffé­rentes reli­gions.

Une person­na­lité noire sera l’objet d’un souve­nir : une femme, Mary qui, pendant 8 ans, a lavé les cheveux dans un salon de coif­fure et est mariée avec le jardi­nier de la famille de Simon. Un blanc prend sa place et elle est chas­sée sans aucun état d’âme : c’est la loi ! Il faut dix ans dans le même emploi pour qu’un noir puisse rester dans une ville blanche. Mary retour­nera dans une tribu à des centaines de kilo­mètres qu’elle ne connaît pas, lais­sant derrière elle un mari tota­le­ment désem­paré. L’humour vient de la person­na­lité de la mère de Simon qui est un peu moins conven­tion­nelle que les autres habi­tants du bourg. Le récit de l’instituteur sadique est terrible, mais hélas plau­sible (et cela pas seule­ment en Afrique du Sud).

Le jeune Simon se forme peu à peu à la sexua­lité des adultes dans un pays entiè­re­ment sous la domi­na­tion de la reli­gion, c’est vite de l’ordre du péché, même si c’est un prêtre qui l’initie à la mastur­ba­tion « réci­proque ». Steve, l’ami de Simon et Fanie, a le malheur de ne pas être de leur commu­nauté, donc il sera jugé et condamné et mourra en prison parce que la femme du pasteur est sure qu’il est pédo­phile (ce qui n’est pas prouvé) alors que le prêtre lui semble très bien être accepté par la commu­nauté et peut conti­nuer à initier les jeunes garçons. Bref un monde étroit et pervers où l’originalité est consi­dé­rée comme une offense aux « bonnes » mœurs.

J’ai été sensible à l’écriture de Michiel Heynes, (comment ne pas l’être ! et bravo à la traduc­trice), c’est un grand écri­vain : il est nous entraîne dans un monde que je ne connais­sais pas, nous fait sourire parfois et nous fait décou­vrir bien des ressorts cachés de l’âme humaine.

Citations

Le rugby étant le plus impor­tant, en réalité l’unique, déno­mi­na­teur commun de la culture blanche en Afrique du Sud.

Nous en avions donc conclu que le père de Fanie était un homme sobre, et Louis van Niekerk avait déclaré d’un ton péremp­toire : « C’est pour ça qu’il est fils unique. »

Son père l’avait retiré de l’école pendant un an parce qu’il avait décou­vert une réfé­rence à la théo­rie de l’évolution dans notre manuel de sciences natu­relles.

Elle figu­rait comme dans notre livre d’histoire au titre de foyer d’une petite tribu indi­gène « amicale » -ce qui signi­fiait que les autoch­tones n’avaient opposé aucune résis­tance à l’occupation de leur terre par les Voor­trek­kers* (boers)

Je révé­rais tant l’autorité que je respec­tais même un de ses repré­sen­tants aussi perverti que Mr De Wet ; je n’ai jamais perdu l’espoir absurde de plaire à cet homme dont le bonheur consis­tait à faire mail aux autres.

Klasie allait prou­ver que les Boers avaient en réalité gagné la guerre, en démon­trant de façon déci­sive que les histo­riens anglais avaient falsi­fié tous les récits des combats, étant donné le fait bien connu que, ayant inventé l’écriture, les Anglais peuvent habiller la vérité à leur image.

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