lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard (thème exil)

Une femme d’origine géor­gienne, Tamouna, va fêter ses 90 ans, elle a fui à 15 ans avec sa famille son pays natal en 1921. Atteinte aujourd’hui d’une mala­die pulmo­naire, elle ne peut vivre sans oxygène, sa vie est donc limi­tée à son appar­te­ment et aux visi­tes de sa nombreuse et pétu­lante famille. Par bribes les souve­nirs vont arri­ver dans son cerveau un peu embrumé. Sa petite fille qui doit ressem­bler très fort à Kéthé­vane Dawri­chewi, l’oblige à regar­der toutes les photos que la famille conserve pieu­se­ment. Bébia et Babou les grands parents sont là enfouis dans sa mémoire un peu effa­cés comme ces photos jaunies. Et puis surtout, il y a Tamaz celui qu’elle a tant aimé et qui n’a jamais réussi à la rejoin­dre à travers les chemins de l’exil. Ce livre m’a permis de recher­cher le passé de la Géor­gie qui a en effet connu 2 ans d’indépendance avant de tomber sous la main de fer de Staline. Ce n’est pas un mince problème pour un si petit pays que d’avoir le grand frère russe juste à ses fron­tiè­res et encore aujourd’hui, c’est très compli­qué. Mais plus que la réalité poli­ti­que ce livre permet de vivre avec la mino­rité géor­gienne en France, connaî­tre leurs diffi­cul­tés d’adaptation écono­mi­ques, le succès intel­lec­tuel des petits enfants, les peurs des enfants qui atten­dent leur père parti combat­tre les sovié­ti­ques alors que la cause était déjà perdue,la honte d’avoir un oncle parti combat­tre l’armée russe sous l’uniforme nazi . Tous ces souve­nirs sont là dans sa tête et dans cet appar­te­ment qu’elle ne quitte plus. Je suis toujours très sensi­ble au charme de cette auteure, elle reste toujours légère même dans des sujets graves et j’ai aimé qu’elle partage avec des lecteurs fran­çais ses origi­nes et sa famille.

Citations

Pudeur du récit

Le chien est resté en Géor­gie. avec ses grands parents. Elle ne les a jamais revus. Aucun des trois. Elle ignore la date exacte de leurs morts.

Le géorgien avant 1918

Nous parlons géor­gien entre nous. C’est la langue de la famille. Celle des vacan­ces. À l’école, on doit parler le russe. C’est la règle. Le géor­gien est une langue de chien, dit notre maître. Toute tenta­tive de braver l’interdit est sévè­re­ment punie.

Solidarité des exilés

Il vient du Maroc, il était cuisi­nier au palais du roi avant de venir en France, il évoque souvent l’exil et la famille qu’il a lais­sée derrière lui. Elle écoute, elle le force parfois à dire les mauvais trai­te­ments qu’il a subis au palais . Il le dit par bribes avec réti­cence. elle se repro­che ensuite son insis­tance. elle-​même ne parle jamais des raisons de son exil.

Les peurs des enfants

De nouveaux émigrés sont arri­vés, mon père n’est pas revenu, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. Il a peut-​être été déporté, je crois que c’est le sort des oppo­sante. Ou bien il est mort. Je dois te paraî­tre cyni­que . Je te choque sans doute. Mais je meurs des mots que personne ne prononce.

Un livre vite lu et certai­ne­ment vite oublié, je ne comprends abso­lu­ment pas pour­quoi cette auteure mêle sa vie senti­men­tale à ce récit. J’ai essayé de compren­dre, puis j’ai lu en diago­nal son histoire d’amour torride avec « P » le séduc­teur. En revan­che, j’ai bien aimé la descrip­tion de sa famille pied-​noir. Le portrait de sa grand-​mère est criant de vérité. Cette femme si digne , aux cheveux colo­rés et perma­nen­tés, au visage parfai­te­ment maquillé a raconté à sa petite fille ses souve­nirs de « là-​bas₩ » c’est à dire de son Algé­rie natale qui n’a vrai­ment rien à voir avec le « crime contre l’humanité » dont à parlé un poli­ti­que. Les Montaya sont des Espa­gnols pauvres qui ont réussi à ferti­li­ser un bout de terre très aride de la campa­gne oranaise : Misser­ghin. Toute la famille a vécu dans le souve­nir de ce lieu, et l’auteure décide son père à retour­ner en Algé­rie. Elle ne sait pas si elle a raison de l’y entraî­ner, fina­le­ment, il l’en remer­ciera. Dès que son père s’est retrouvé sur les lieux de son enfance, il s’est senti beau­coup plus à l’aise qu’en France où il a toujours été un homme timide et réservé. Les liens entre l’Algérie et la France, à travers les rencon­tres que le père et sa fille sont amenés à faire avec des algé­riens de toutes le géné­ra­tions sont décrits de façons sincè­res et subti­les cela montre que nous sommes bien loin des décla­ra­tions simplis­tes et polé­mi­ques des poli­ti­ques sur ce sujet.

Citations

La mémoire de mon père m’impressionne. Celle d’Amin, me stupé­fie. Ce n’est pas celle d’un garçons d’une tren­taine d’années qui aime avant tout s’amuser et dont le carac­tère a priori joyeux n’a rien de nostal­gi­que. En aucun cas il ne peut s’agir de ses propres souve­nirs, on les lui a trans­mis. Il a reçu l’Algérie fran­çaise en héri­tage, comme moi.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard. Il a reçu un coup de coeur. 

J’ai rare­ment eu un plai­sir aussi fort en lecture. Je suis bien dans la langue de cet auteur et avec ses person­na­ges. Je pense aussi qu’une partie de mon bien être vient du contre­point qu’il apporte à la période que nous vivons en ce moment où tant de gens venant de ces mêmes régions repren­nent le chemin de l’exil. En lisant la prose de Raphaël Constant, j’ai ressenti un immense espoir. Espoir que les hommes quel­les que soient leurs origi­nes, leur couleur de peau, leur langue, leur reli­gion, puis­sent vivre ensem­ble et façon­nent grâce à leurs éner­gies venant du monde entier une région de notre planète. Je ne savais pas que dès 1920 les « levan­tins », c’est à dire les Syriens et les Irakiens chré­tiens ou musul­mans, avaient fui une région touchée par la misère.

Une rue, de Fort de France, porte le surnom de la rue des Syriens, c’est la plus commer­çante et c’est là que le person­nage dont nous suivons le destin, Wadi, va s’installer et faire fortune. Il aura aupa­ra­vant quitté son père et sa mère qui vivent en Syrie à Hala­biyah (lieu qui vient de connaî­tre une nouvelle destruc­tion et sans doute un nouvel exode). Dès son arri­vée il aura la chance de tomber sous la coupe de Fanotte une femme noire qui va lui appor­ter l’amour physi­que mais aussi les langues de ce pays : le créole et le fran­çais. Grâce à elle et à son incroya­ble éner­gie, il va réus­sir à s’installer et vivre bien en Marti­ni­que, sans jamais oublier sa mère à qui il doit ses yeux verts, il la sait malheu­reuse au pays car elle est la première épouse de son père à qui elle n’a pu donner qu’un fils qui est si loin d’elle.

Le livre croise plusieurs destins, ceux des Syriens qui ont habité cette rue. J’ai été très sensi­ble à la vie de Bachar le cousin de Wadi, il s’est fait chré­tien par amour d’une jolie indienne. Le person­nage que j’ai préféré c’est Fanotte, son intel­li­gence et son éner­gie sont les fils conduc­teurs de ce roman. Elle saura accep­ter la légi­time épouse de son Wadi sans rien perdre de sa superbe : quelle femme ! J’ai aimé enten­dre toutes ses langues, même si bien sûr il faut les traduc­tions pour que je comprenne le créole, à l’image de ce peuple bigarré les langues sont des marqueurs sociaux très forts mais cela ne les empê­che pas de vivre ensem­ble et de réus­sir à faire une commu­nauté. Ce n’est pas non plus une image idyl­li­que qui se dégage de ce livre, non c’est une société dure, raciste et impla­ca­ble pour les faibles mais on sent que la vie est toujours prête à repar­tir .

Citations

La Syrie après l’empire Ottoman

Là encore, mon père se distin­guait parmi les villa­geois de Hala­biyah, qui consi­dé­raient les chré­tiens d’Europe comme des sauveurs parce qu’ils avaient jeté bas l’Empire otto­man. il aimait à se procla­mer, à la grande irri­ta­tion de certains, Arabe d’abord, Syrien ensuite et enfin sujet de la sublime porte. A l’entendre, cette dernière avait toujours respecté les peuples qu’elle avait conquis, y compris en Europe même, dans une région qu’il dési­gna comme étant les Balkans. Chaque région jouis­sait d’une large auto­no­mie et pour peu qu’elle ne rechi­gnât point à payer l’impôt que levait annuel­le­ment Istan­bul, elle pouvait se déve­lop­per en toute tran­quillité.

Femme en Martinique

Naître femelle, dans ce pays-​là est une sacrée déveine. Non seule­ment on doit se débat­tre avec la misère qui ne vous lâche pas d’un pas, mais on doit aussi suppor­ter la scélé­ra­tesse des hommes. Qu’ils emmiel­lent avec du beau fran­çais appris par cœur ou vous sédui­sent avec du créole grosso-​modo, le résul­tat est égal : vous vous retrou­vez à pleu­rer toute l’eau de votre corps sur le pas de votre case déser­tée. Vous avez beau année après année, tenter de vous faire une raison, rien n’y fait ! à chaque fois, vous retom­bez dans le même piège, mais avec un gros ventre qui augmen­tera le nombre de vos marmailles.

Le nom des exilés

Il y eut donc les Habib, les Jaar, les Mans­sour, les Bachar, les Abdul­lah, les Yacoub, les Ben Amar­tya, souvent des prénoms que l’administration fran­çaise, par igno­rance, inscri­vait comme patro­ny­mes. Trop heureux d’avoir atteint les rives de cette terre promise qu’était l’Amérique, les venus du Levant se gardaient bien de protes­ter. Ils comp­taient bien mener une nouvelle vie et si le prix à payer n’était que cela, ce n’était pas si grave.

Le style, trois exemples

- Entre le Levant et la Marti­ni­que, le cour­rier prenait ses aises.
- Que son patron se fût laissé aller à lui mignon­ner l’arrière train, encore moins à exiger qu’elle lui ouvrit son devant.
- Depuis qu’elle suivait l’école du soir, son parler était devenu trop inti­mi­dant pour qu’on puisse lui tenir tête, mais d’autres atten­daient leur heure. L’aller lui appar­tient, maugréaient-​elles, mais le retour sera nôtre. Patience !

Dicton arabe

Tu es maître des paro­les que tu n’as pas pronon­cées ; tu es l’esclave de celles que tu as lais­sées échap­per

Que j’aime ce passage…

Décou­vrir que derrière l’étalage de nos rites, l’affirmation têtue de nos croyan­ces, l’entre choc de nos langues et de nos rêves, il n’y avait, dans le fond, qu’une seule et même soif, ne fut pas un mince éton­ne­ment.
Soif de tenir tête aux chien­ne­ries de l’existence.
Soif de compren­dre le pour­quoi de celle-​ci puis­que Dieu semble avoir déserté le monde et que de faux prophè­tes parlent à Sa place.

L’adaptation en Martinique

Wadi n’avait pas fini d’apprendre dans cette Améri­que Marti­ni­que où en quatre-​vingt ans il avait vécu cent fois plus de choses extra­or­di­nai­res qu’en dix-​sept ans de vie en Syrie. Là-​bas , la vie était régle­men­tée depuis us de mille ans, chaque acte était codi­fiée , chaque parole pesée et soupe­sée grâce au livre sacré et au hadith, ces faits et gestes du Prophète que des géné­ra­tions et des géné­ra­tions avaient pieu­se­ment consi­gnés. Ici à l’inverse, régnaient le préci­pité, l’improvise, le sauve-​qui-​peut, l’indifférence au Lende­main, la soif de profi­ter de chaque instant, le tout enve­loppé dans une criaille­rie perma­nente. Comme si les Créo­les avaient peur du silence.

Le créole si on le dit à voie haute on peut presque le comprendre

Mandé’y non ! : eh ben pose lui la ques­tion

et avec l’intonation

La ! La ! La peut bien vouloir dire : Non ! Non ! Non…

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4Merci Krol, je suis à la recher­che de textes courts pour mes lectu­res à haute voix au Foyer Loge­ment de Dinard. Je ne lisais pas beau­coup de nouvel­les, je m’y inté­resse de plus en plus et grâce aux blogs je fais de très bonnes rencon­tres. Ces quatre nouvel­les sont, à l’image de leur auteur, Patrice Fran­ces­chi, très fortes ancrées dans les drames et les choix les plus cruels que la vie peut nous conduire à faire. J’ai une très nette préfé­rence pour la première nouvelle, mon goût pour la mer et récem­ment pour la navi­ga­tion, me permet de vivre avec angoisse et fasci­na­tion les récits de tempête. Et celle que doit affron­ter Flaherty, en décem­bre 1884, est un pur moment d’horreur et d’effroi.

Lire ces pages bien calée dans un fauteuil arrive quand même à donner un senti­ment d’insécurité tant les mots sonnent justes et que les images sont fortes. Ensuite, il y a le thème qui est le même dans les quatre récits : des circons­tan­ces excep­tion­nel­les amènent à faire des choix que rien n’y personne ne peut faire à votre place et qui vous marque­ront à jamais. Après le capi­taine de « la Provi­dence », on retrouve un sous-​lieutenant qui ne veut pas s’avouer vaincu et qui seul résis­tera à l’avancée alle­mande en mai 1940, puis un autre marin, Wells, qui ne veut pas voir des réfu­giés sur un bateau de fortune mourir en pleine mer sous les yeux d’un équi­page indif­fé­rent et enfin, Pierre-​Joseph qui rencon­tre Made­leine en 1943, sur un quai d’une gare pari­sienne avant de monter dans un train avec leurs enfants pour être dépor­tés vers la mort déci­dée par des Nazis qui jouent de façon sadi­que une dernière fois avec leurs victi­mes.

Oui, tous ces choix sont terri­bles et inter­pel­lent le lecteur. Ils vont bien à la carrure d’aventurier De Patrice Fran­ce­shi qui les raconte très bien. Mais, il se passe quel­que chose dans les nouvel­les, c’est que, malgré soi, on compare les récits : je me suis tota­le­ment embar­quée avec Flaherty, et beau­coup moins dans les deux derniè­res nouvel­les qui sont pour­tant parfai­te­ment racon­tées. Une seule expli­ca­tion : je m’attendais à leur contenu. Et j’ai déjà lu ces récits dans d’autres romans, ce n’est pas une criti­que suffi­sante, les exilés qui meurent sur les mers dans l’indifférence la plus totale, comme la cruauté des Nazis peuvent être mille fois trai­tés. Mais le raccourci de la nouvelle fait que le lecteur est plus exigeant, il exige quel­que chose en plus que le récit des basses­ses humai­nes qu’il a si souvent lues. Je l’ai trouvé dans « le fanal arrière qui s’éteint » et aussi dans « carre­four 54 » qui d’ailleurs traite d’un moment moins connu de notre histoire : comment ont réagi sur le terrain les soldats fran­çais en 1940 qui ne voulaient pas accep­ter la déroute de l’armée mais moins dans les deux autres.

Citations

L’entente du second et du capitaine

L’estime réci­pro­que que se portaient Mack­ney et Flaherty était l’une des légen­des de la « Provi­dence ». Les deux hommes avaient affronté ensem­ble d’innombrables coups durs sur tous les océans et ne s’en étaient sortis que par leurs savoirs mutuels ; cepen­dant, ils n’auraient su donner un nom aux liens que ces épreu­ves avaient tissés entre eux et on ne se souve­nait pas que Flaherty ait jamais adressé le moin­dre compli­ment à Mack­ney, ni que celui-​ci ait féli­cité un jour son capi­taine pour quoi que ce sot. En vérité, cela ne se faisait pas entre gens de cette sorte ; de toute façon, comme le disait Klavensko, ces deux là n’avaient pas besoin de mots pour se dire ce qu’ils pensaient.

Le début de l’angoisse

Ils se senti­rent enva­his soudain par une inquié­tude sourde et entê­tante qu’ils n’avaient encore jamais connue ; c’était comme une bête malsaine qui venait de pren­dre nais­sance quel­que part dans leurs corps et enflait mainte­nant tout douce­ment, se nour­ris­sant de ce qu’il y avait de meilleur en eux.

Le poids des responsabilités

Flaherty recon­nut dans ses yeux cette drôle d’espérance qui persiste dans l’adversité tant qu’il existe un ultime recours. Et voilà, songea-​t-​il avec une morne pensée ; en vérité, les capi­tai­nes ne servent à rien en temps ordi­nai­res … Mais quand plus rien ne va… Alors, bien sûr… Tout sur leurs épau­les… Et pour eux, pas de recours… Personne au-​dessus… Ah, je suis peut-​être trop préten­tieux.

L’ouragan

Dix heures ne s’étaient pas écou­lées que, le 24 décem­bre au petit matin – dans l’aube infi­ni­ment triste qui se levait sur l’océan déchaîné – , le vent, tout en restant plein sud se mit à forcir comme on ne pensait pas que ce fût possi­ble. Il hurlait avec une telle hargne qu’il devint pres­que impos­si­ble de s’entendre à moins de deux mètres ; l’aiguille de l’anémomètre se bloqua au-​delà de 11 Beau­fort. Cette fois, l’ouragan était-​là -et il écrasa litté­ra­le­ment la houle et les vagues (…) Le vent était si assour­dis­sant qu’il n’entendait rien que son siffle­ment aigu – et tous les autres sons étaient anni­hilé : il y avait de quoi terro­ri­ser les plus témé­rai­res. Il eut la prémo­ni­tion que la mer venait de s’emparer de toute sa personne, avec tout le mal qu’elle conte­nait et tout ce que cette « faiseuse de veuves » pouvait appor­ter de malheur- et il eut peur pour la première fois de sa vie.

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L’avantage d’élargir sa blogo­sphère, c’est de trou­ver de nouvel­les tenta­tions : la lecture de ce livre je le dois à « Et si on bouqui­nait un Peu  » qui signe ses commen­tai­res « Patrice » sur mon Blog mais c’est Eva qui a écrit l’article qui m’a tentée. Son billet doit être bien fait car j’ai peu de goût pour les romans histo­ri­ques et pour­tant je n’ai pas hésité une seconde. J’espère donc, vous donner envie à mon tour. Cet auteur nous fait revi­vre un fait histo­ri­que qui appar­tient à la face sombre du grand règne de Louis XIV. À la fin de son règne, ce grand roi devient bigot et révo­que l’édit de Nantes. Pour le plus grand malheur des protes­tants instal­lés en France qui avait gagné une certaine tran­quillité et pros­pé­rité. La France s’est ainsi privée d’artisans indus­trieux qui ont fait la richesse des pays qui les ont accueillis.

La famille que Guillaume Vallade (fils cadet d’une bonne famille catho­li­que) va aider à fuir la France travaille dans des tapis­se­ries et sont « Lissiers » ou liciers . Il tombera éper­du­ment amou­reux d’Esther mais qui est mariée, elle lui confie sa sœur Jéhanne restée en France pour proté­ger leurs biens. Jéhanne a connu les dragon­na­des et toutes les horreurs que la solda­tes­que à qui l’on permet tout est capa­ble de commet­tre sur une femme sans défense et d’origine hugue­note . Guillaume, fis du plus grand bâtis­seur de Versailles aurait dû connaî­tre une vie facile, malheu­reu­se­ment, il sera la victime de la jalou­sie de sa belle sœur. Et c’est là que se situe le fait histo­ri­que du « Congrès ». L’église dans sa version la plus stupide a orga­nisé un procès pour prou­ver l’impuissance du jeune garçon, et annu­ler son mariage. La belle sœur compte ainsi faire de son fils le seul héri­tier des Vallade. Et donc, on oblige le jeune couple après moult examens de leur appa­reil géni­tal de passer à l’acte devant une foule de méde­cins de gens d’église et de la partie adverse. On ordonne au présumé coupa­ble de « Dres­ser, péné­trer, mouiller ».

Le roman évite tout passage voyeur, on est dans le drame de ce jeune homme chez qui ces inves­ti­ga­tions bloquent tout espèce de désir. Je ne veux pas divul­gâ­cher ce roman, la fin est triste autant que le début. Le passage le plus tragi-​comique, ce sont les discus­sions des méde­cins entre eux, Molière n’est vrai­ment pas loin, sauf qu’ici ces ânes savants ont entre leurs mains la vie et l’honneur d’un jeune homme et d’une jeune femme. L’absurdité des lois reli­gieu­ses qui se mêlent de justice humaine sont révol­tan­tes. J’ai beau­coup appré­cié la façon dont cette fin de règne et les diffi­cul­tés des uns et des autres sont décri­tes. Mais j’ai toujours les mêmes réser­ves pour ce genre de roman, j’aurais large­ment préféré lire le travail d’un histo­rien que ce sujet . Qu’est ce que c’est que cette histoire de « congrès » ? Est-​ce qu’il y a eu beau­coup de cas de couples obli­gés à s’exécuter devant témoins ? et le cas de ce Guillaume Vallade était-​il lié aux Hugue­nots ?

Bref, je ne suis pas tota­le­ment en accord avec la partie roman­cée de ce texte mais très inté­res­sée par la partie histo­ri­que, tout en ne faisant pas complè­te­ment confiance au roman­cier pour la véra­cité des faits. Compli­qué ! mais c’est ce que j’éprouve à chaque fois que je ne suis pas tota­le­ment bien dans un roman histo­ri­que. Que ceux qui aiment le genre se préci­pi­tent et me disent ce qu’ils en pensent car c’est vrai­ment dans le style un bon roman même pour moi, la diffi­cile.

Citation

La note est de moi, et malgré le moment tragi­que du récit, j’ai éclaté de rire en trou­vant la défi­ni­tion

L’impuissant commet le plus affreux crime de mensonge ! j’accuse de stel­lio­na­tai­res* et d’imposteurs ceux qui font suppo­ser de faus­ses marchan­di­ses pour véri­ta­bles. En commet­tant cette mysti­fi­ca­tion ils devien­nent faux-​monnayeurs.

*Stel­lio­na­taire qui commet un stel­lio­nat : fait de vendre un bien dont on sait ne pas être proprié­taire (la note est de moi car j’avoue que je ne connais­sais pas ce mot)

Opposition de deux conceptions de la religion

- Une femme doit compren­dre ce que des confes­seurs atten­dent qu’on leur réponde, murmura-​t-​il en surveillant qu’on ne l’entendait pas.

- De la reli­gion d’où je viens, ce genre d’homme n’existe juste­ment pas, dit-​elle d’une voix qui sonnait.

- Hélas, madame ! Il est peut-​être là, le fond de notre problème.

Une remarque tellement vraie

Je l’avais deviné dès qu’il est entré. Les porteurs de mauvai­ses nouvel­les ne peuvent pas dissi­mu­ler long­temps le malheur dont ils sont embar­ras­sés.

SONY DSCLu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard.

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Au programme du club, j’ai lu rapi­de­ment ce roman, avec plai­sir pendant la première moitié, et puis, peu à peu, plus labo­rieu­se­ment. Mais je n’ai peut-​être pas pris tout le temps qu’il fallait pour l’apprécier parce que je voulais le rappor­ter à la média­thè­que afin de savoir si d’autres lectri­ces auront plus de plai­sir que moi. Agnes Desar­the créé un person­nage, Rose, qui semble subir sa vie plus qu’elle ne la vit vrai­ment. Elle est l’enfant de Kris­tina, très belle femme au carac­tère étrange et d’un père offi­cier de l’armée fran­çaise qui a la fâcheuse habi­tude de pren­dre toujours les mauvai­ses déci­sions. Philo­so­phe à ses heures, et passionné par Spinoza, il hésite avant chaque action, et étant sûr de se trom­per à chaque fois, il va dans le sens inverse de ce qu’il pensait juste. Compli­qué et peu effi­cace. Rose se retrouve donc à Paris en 1920 sans argent mais avec beau­coup de courage. Elle est d’une naïveté peu crédi­ble mais cela permet à l’auteur de nous décrire les bas-​fonds pari­siens avec un plai­sir certain. Rose risque de perdre sa vie mais rencon­trera des person­na­ges variés dont un admi­ra­teur d’Apollinaire (d’où le titre du roman) qui la sauve­ront.

Pour en appren­dre un peu plus sur cette auteure, je me suis prome­née sur le Net, et j’ai eu la surprise de voir qu’elle était la fille du pédia­tre Aldo Nahouri qui a été criti­qué par les médias pour avoir tenu des propos très proches de ceux que le méde­cin qui essaye de soigner Kris­tina donnent à son mari. Famille surpre­nante où la créa­tion artis­ti­que prend une grande place ainsi que le souve­nir très doulou­reux de la dépor­ta­tion des juifs. Tout cela est présent dans l’écriture d’Agnès Desar­the, avec, dans ce roman, la diffi­culté d’arriver à une exis­tence propre , d’avoir un destin. Rose est domi­née par son époque et j’ai eu plus d’une fois envie de la confron­ter à la réalité de la vie. Je ne peux imagi­ner qu’une jeune fille de 19 ans vienne vivre à Paris avec pour seul bagage sa connais­sance d’Alexandre Dumas.

PS : à notre club, une seule lectrice a défendu ce roman, elle a été touchée par la misère du Paris de l’époque, les autres ont été plus sévè­res que moi, elles ont surtout souli­gné les ficel­les de la construc­tion roma­nes­que, sorte de pasti­che de tous les romans de l’époque.

Citations

Description de la personnalité de Kristina

Le reste du temps, elle gardait une distance qu’elle aurait voulu ironi­que (car elle ne manquait pas de goût), mais qui était vide (car elle manquait de cœur).

Conseil du médecin

Il faut la forcer si elle refuse mon ami. Pudeur, caprice, enfan­tillage. Ne restez pas planté devant la porte, comman­dant. Enfon­cez les lignes enne­mies. Il faut lui remuer les entrailles à cette chère si chère Kris­tina.

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La lecture des blogs m’a amenée à lire ce roman, et je n’ai pas regretté. C’est un roman vivant et très atta­chant. Le person­nage prin­ci­pal est un adoles­cent fou de lecture ‚ il s’attire tout de suite la sympa­thie des lecteurs et lectri­ces bouli­mi­ques, il est le fils d’un couple qui va mal, d’une mère venant de la bour­geoi­sie commer­çante qui se croit supé­rieure à son mari, fils d’émigré Italien. L’époque les années 60 est vrai­ment bien rendue, la guerre d’Algérie, le lycée où on s’ennuie, l’arrivée du rock et de la télé, le baby-​foot les cafés. (Je me suis demandé si on disait déjà en 1960 bac plus ou moins six pour parler du nombre des années d’études)

Mais le plus impor­tant c’est la gale­rie de portraits des immi­grés des pays de l’est rassem­blés et désunis par des secrets que le roman dévoi­lera peu à peu. J’ai beau­coup appré­cié qu’un roman­cier fran­çais prenne autant de soin à nous faire décou­vrir des person­na­ges et les rendre crédi­bles même dans leurs outran­ces. Jusqu’au bout , ces person­na­ges sont vivants et plein de contra­dic­tions , le livre refermé on aime­rait en savoir encore plus sur chacun d’eux.

Citations

Long­temps, j’ai vécu dans l’ignorance la plus totale de l’histoire de ma famille. Tout était parfait ou pres­que dans le meilleur des mondes. On ne raconte pas aux enfants ce qui s’est passé avant eux ? D’abord ils sont trop petits pour compren­dre, ensuite ils sont trop grands pour écou­ter, puis ils n’ont plus le temps, après c’est trop tard. C’est le propre de la vie de famille. On vit côte à côte comme si on se connais­sait mais on ignore tous des uns et des autres. On espère des mira­cles de notre consan­gui­nité : des harmo­nies impos­si­bles, des confi­den­ces abso­lues, des fusions viscé­ra­les. On se contente des menson­ges rassu­rants de notre parenté.

Le cinéma ça fait oublier. C’est le meilleur remède contre la déprime. De préfé­rence un film qui finit bien, qui rend meilleur, qui donne de l’espoir, avec un héros genou à terre, aban­donné par ses amis, humain, avec de l’humour, au sourire enjô­leur dont le meilleur pote meurt dans es bars, qui encaisse les coups avec une résis­tance incroya­ble, triom­phe des méchants et de leurs complots, rend justice à la veuve et aux oppri­més, retrouve sa bien-​aimée, une superbe blonde aux yeux bleus, et sauve la ville ou le pays au son d’une musi­que entraî­nante.

Tu nous emmer­des avec tes problè­mes. Tu es vivant, profites-​en pour vivre.

Des drôles d’accents qui leur faisaient manger la moitié des mots, conju­guer les verbes à l’infinitif, les mettre en début de phrase, bouf­fer les pronoms, confon­dre les homo­ny­mes, igno­rer le mascu­lin et le fémi­nin ou les acco­ler dans des asso­cia­tions hasar­deu­ses.

Quand un homme accom­plit son rêve, il n’y a ni raison ni échec ni victoire. Le plus impor­tant dans la Terre promise, ce n’est pas la terre, c’est la promesse.

On en parle

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Superbe livre, j’ai, bien sûr, pensé que j’aurais préféré que comment faire l’amour avec un nègre sans se fati­guer soit choisi par la biblio­thé­caire pour nous faire décou­vrir Dany Laferrière.(Je me promets de le lire prochai­ne­ment !)

Haïti semble toujours concen­trer tous les malheurs de la planète. Cet écri­vain n’explique rien, mais raconte si bien et dans une si belle langue qu’on est complè­te­ment envouté par son récit. La gale­rie de portrait des Haïtien­nes et Haïtiens est inou­blia­ble mon préféré est cet homme dont les sbires du régime de « Baby-​doc » ont détruit la biblio­thè­que qui ne conte­nait que des livres de poésies :

Et Alcool est le seul livre qui n’a pas été détruit ce jour-​là puisqu’il l’avait, comme toujours avec lui – il ne s’est jamais dégrisé d’Apollinaire.

Durant tout le chapi­tre, l’auteur prend des accents d’Apollinaire pour nous parler de l’ancien ami de son père.

La démar­che indo­lente
d’une vache
à sa prome­nade du soir.
La nuit devient
chagal­lienne.

Citations

la lecture

J’ai toujours pensé
que c’était le livre qui fran­chis­sait
les siècles pour parve­nir jusqu’à nous.
Jusqu’à ce que je comprenne
en voyant cet homme
que c’est le lecteur qui fait le dépla­ce­ment.
Je n’achetais un livre que
si l’envie de le lire était plus forte
que la faim qui me tenaillait.

L’exil

Pour les trois quarts des gens de cette planète
il n’y a qu’une forme de voyage possi­ble
c’est de se retrou­ver sans papiers
dans un pays dont on ignore
la langue et les mœurs.

L’humour

Ce type à côté de moi me dit qu’il a fait déjà deux soli­des tenta­ti­ves de suicide, mais qu’il ne pour­rait suppor­ter une seule jour­née d’exil. Moi, c’est le contraire, je ne crois pas pouvoir survi­vre à un suicide.

Haïti

Si on meurt plus vite qu’ailleurs,
la vie est ici plus intense.
Chacun porte en soi la même somme d’énergie à dépen­ser
sauf que la flamme est plus vive quand son temps pour la brûler
est plus bref.

La pauvreté

Nous sommes dans la voiture de son ami Chico. On doit garder ses pieds sous ses jambes, car il n’y a pas de plan­cher. On voit l’asphalte défi­ler et les trous d’eau verte. On dirait une déca­po­ta­ble à l’envers.

5
Petit roman plein d’humour qui se lit très vite. Pein­ture inou­blia­ble d’une mère abusive, odieuse et du petit monde des exilés russes. Dimi­tri Radza­nov excel­lent pianiste riva­lise au piano avec un certain Horo­witz. Pour la mère de Dimi­tri il n’y a aucun doute, son fils est le meilleur, même s’il joue dans un poulailler dans le fond de son jardin de Chatou et Horo­witz (Face de Chou) à Carne­gie Hall. Beau­coup des tragé­dies du 20e siècle : les guer­res l’exil l’extermination des juifs traver­sent rapi­de­ment ce petit roman. Mais son charme vient surtout de tout ce qui est dit sur la musi­que, la soli­tude et la souf­france du concer­tiste virtuose.

Citations

« Nous faire ça à nous ! » La voix de ma grand-​mère me fendait les tympans, aussi tran­chante que le scal­pel en train d’inciser les cada­vres d’école. Par ce « nous » outragé, elle dési­gnait les Radza­nov unique­ment, trans­for­mant une défaite histo­ri­que en offense person­nelle.

Maman n’avait pas d’instruction, ce qui consti­tuait aux yeux de sa belle-​mère un défaut rédhi­bi­toire, aggravé par ce crime de lèse-​Anastasie : « Elle m’a pris mon fils ! »

– Vous connais­sez Horo­witz ? s’étonna ma mère.
– Non, made­moi­selle, Horo­witz NOUS connaît !

Mon père s’étant fait virer de sa fabri­que de colle ( un boulot auquel il n’avait jamais adhéré)…

Car il faut savoir à qui cela ressem­ble, une vie de concer­tiste. C’est comme si tu grim­pes l’Alpe-d’Huez tous les jours sans ta selle.

Depuis l’âge de25 ans, il est persuadé qu’il est atteint d’un mal incu­ra­ble, mais sa seule mala­die est la frousse de perdre sa virtuo­sité et d’être envoyé dans un camp comme son père et des millions d’autres juifs.

 
3
Livre intéressant : un Sénégalais, Omar Ba, essaie de convaincre ses compatriotes qu'ils ont plus     d'avenir au Sénégal qu'en France. Il étudie de façon objective , tous les drames de l'exil. C'est un point de vue rare et précieux et on sent qu'il n'hésite pas à aller à contre-courant des pensées consensuelles dictées par la bonne, ou mauvaise, conscience. Malheureusement son point de vue est affaibli parce qu'il vit en France ; il annonce qu'il retournera vivre au Sénégal. Je l'espère sinon son livre perdra beaucoup de force.

Citations

 Je dédie ce livre à tous ceux qui ne pensent pas comme moi.

Le qu'en dira-t-on, dont on fait son pain quotidien en Afrique, crée un véritable handicap lorsqu'il s'agit de prendre des décisions  personnelles.

Il est urgent d'attaquer le problème de l'immigration illégale sous l'angle du trafic d'êtres humains. Trop souvent on vacille entre l'extrémisme de la droite et l'angélisme de la gauche pendant que se poursuit la ruée macabre vers l'Europe.

L'ordre de prendre une pirogue ne vient d'aucun Etat du Nord, quand bien même ils sont en partie responsables.