Ce livre est dans mes listes depuis .….. long­temps ! j’apprécie cette auteure qui fait partie des gens qui me font du bien. D’abord parce que Kata­rina Mazetti aime racon­ter des histoires et que j’adore que l’on m’en raconte. Ensuite, parce qu’elle a un sens de l’humour avec lequel je suis bien : jamais méchant mais telle­ment perti­nent. La fin est peut-être trop gentille, mais elle ne fait que deux pages et il fallait bien finir ! C’est pour­tant pour cette raison et l’aspect un peu cari­ca­tu­ral de certains person­nages que ce roman n’a pas eu ses cinq coquillages que j’ai parfois eu très envie de lui mettre. Nous sommes embar­qués sur un bateau de croi­sière vers l’Antarctique avec des Suédois sans soucis finan­ciers mais avec parfois des diffi­cul­tés bien plus graves. Les deux person­nages centraux sont un jour­na­liste et une certaine Wilma. Le jour­na­liste se noie dans un divorce qui le prive de ses enfants. Tous les torts sont évidem­ment, selon lui, du côté de son épouse, mais peu à peu on se rendra compte que ce n’est peut être pas si simple. Et surtout, comme dit mon beau-frère préféré « il y a malheur plus grand » : que cache, en effet, la raideur et la maladresse de Wilma ? Il prend le risque à force de ne s’intéresser qu’à sa petite personne et profi­ter sans vergogne de la gentillesse et de l’optimisme de celle qui ne veut pas étaler ses problèmes de passer à côté d’une véri­table diffi­culté de la vie. Et puis, il y a, Alba qui compare chaque type humain à des compor­te­ments des animaux mais préfère ces derniers au hommes car : l’expression « les hommes sont des animaux » est une offense aussi bien envers les manchots que les autres espèces animales. C’est vrai que ce n’est pas un roman qui va rester à vie dans ma mémoire mais il m’a fait sourire et j’ai bien aimé les obser­va­tions sur les compor­te­ments des mammi­fères dits supé­rieurs, un peu cari­ca­tu­raux, peut-être comme ces deux sœurs : l’une, la riche exploite sans pitié la gentillesse de l’autre, la plus pauvre. Ces petits bémols ne doivent pas faire oublier que c’est avant tout un roman léger et agréable et pas l’étude du siècle sur les mœurs de la société suédoise.

Citations

Préface

Tous les person­nage de ce roman ont été tirés d’un compost d’observation diverses et de frag­ments de souve­nirs qui a mûri dans la tête de l’auteur durant un laps de temps indé­fini.

C’est indi­qué « bagages » avec une flèche à droite et une autre à gauche. Sur le même panneau ! J’ai un faible pour les Fran­çais, mais Charles-de-Gaulle est un concen­tré de leurs pires défauts.

Des noms qui font rêver (ou pas)

Thiru­va­nan­tha­pu­ram 

C’est vrai en France aussi

Regar­dez le public au théâtre ou dans les vernis­sages ! Quatre-vingt-dix pour cent sont des femmes, la plupart ayant dépassé la cinquan­taine, les dix pour cent restants y ont été traî­nés par une femme. Inter­di­sez l’accès aux femmes de plus de quarante-cinq ans et vous pouvez annu­ler toute vie cultu­relle suédoise !

Le résultat d’une enquête journalistique

Le conseiller d’éducation s’est pendu avant le procès lais­sant une épouse et trois enfants dont deux fréquen­taient son école. La répu­ta­tion de la rempla­çante a été ruinée et elle a perdu son boulot. Le seul à être vrai­ment heureux à proba­ble­ment été l’enfoiré qui avait vendu l’histoire au départ. Et puis, nous les trois épau­lards . Dans une bonne humeur forcée, nous sommes allés nous saou­ler au pub pour célé­brer notre acti­vité si utile à la société.
Bon évidem­ment qu’elle était utile à la société, je le soutiens encore aujourd’hui. Mais. La vie de six personnes à été détruite.

Philosophie du marin

Tout le monde devrait connaître un bon mal de mer de temps en temps, a-t-il marmotté. Ça vous rend humble et doux, on se rend compte qu’on n’a pas grand-chose à oppo­ser à la nature. Je crois que je vais inven­ter un comprimé de mal de mer qui fonc­tionne à l’envers. Pour le jeter dans le gosier des tyrans omni­po­tents aux quatre coins du monde quand ils s’apprêtent à enva­hir un pays , ou à dévas­ter une forêt, ou simple­ment à battre leur femme.

Un vantard

Göran est resté au bar à racon­ter à ceux qui voulaient bien l’écouter qu’il n’avait jamais eu le mal de mer. Ce qui est sans doute vrai -mais il n’a pas précisé qu’il n’avait jamais vrai­ment pris la mer, seule­ment fait des courses en hors-bord sur le lac près de chez nous.

J’ai souri

C’est un peu comme boire un verre de cognac quand on sent venir un gros rhume. Ça ne guérit personne, mais on s’amuse plus en atten­dant d’être patraque.

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4Merci Krol, je suis à la recherche de textes courts pour mes lectures à haute voix au Foyer Loge­ment de Dinard. Je ne lisais pas beau­coup de nouvelles, je m’y inté­resse de plus en plus et grâce aux blogs je fais de très bonnes rencontres. Ces quatre nouvelles sont, à l’image de leur auteur, Patrice Fran­ces­chi, très fortes ancrées dans les drames et les choix les plus cruels que la vie peut nous conduire à faire. J’ai une très nette préfé­rence pour la première nouvelle, mon goût pour la mer et récem­ment pour la navi­ga­tion, me permet de vivre avec angoisse et fasci­na­tion les récits de tempête. Et celle que doit affron­ter Flaherty, en décembre 1884, est un pur moment d’horreur et d’effroi.

Lire ces pages bien calée dans un fauteuil arrive quand même à donner un senti­ment d’insécurité tant les mots sonnent justes et que les images sont fortes. Ensuite, il y a le thème qui est le même dans les quatre récits : des circons­tances excep­tion­nelles amènent à faire des choix que rien n’y personne ne peut faire à votre place et qui vous marque­ront à jamais. Après le capi­taine de « la Provi­dence », on retrouve un sous-lieu­te­nant qui ne veut pas s’avouer vaincu et qui seul résis­tera à l’avancée alle­mande en mai 1940, puis un autre marin, Wells, qui ne veut pas voir des réfu­giés sur un bateau de fortune mourir en pleine mer sous les yeux d’un équi­page indif­fé­rent et enfin, Pierre-Joseph qui rencontre Made­leine en 1943, sur un quai d’une gare pari­sienne avant de monter dans un train avec leurs enfants pour être dépor­tés vers la mort déci­dée par des Nazis qui jouent de façon sadique une dernière fois avec leurs victimes.

Oui, tous ces choix sont terribles et inter­pellent le lecteur. Ils vont bien à la carrure d’aventurier De Patrice Fran­ce­shi qui les raconte très bien. Mais, il se passe quelque chose dans les nouvelles, c’est que, malgré soi, on compare les récits : je me suis tota­le­ment embar­quée avec Flaherty, et beau­coup moins dans les deux dernières nouvelles qui sont pour­tant parfai­te­ment racon­tées. Une seule expli­ca­tion : je m’attendais à leur contenu. Et j’ai déjà lu ces récits dans d’autres romans, ce n’est pas une critique suffi­sante, les exilés qui meurent sur les mers dans l’indifférence la plus totale, comme la cruauté des Nazis peuvent être mille fois trai­tés. Mais le raccourci de la nouvelle fait que le lecteur est plus exigeant, il exige quelque chose en plus que le récit des bassesses humaines qu’il a si souvent lues. Je l’ai trouvé dans « le fanal arrière qui s’éteint » et aussi dans « carre­four 54 » qui d’ailleurs traite d’un moment moins connu de notre histoire : comment ont réagi sur le terrain les soldats fran­çais en 1940 qui ne voulaient pas accep­ter la déroute de l’armée mais moins dans les deux autres.

Citations

L’entente du second et du capitaine

L’estime réci­proque que se portaient Mack­ney et Flaherty était l’une des légendes de la « Provi­dence ». Les deux hommes avaient affronté ensemble d’innombrables coups durs sur tous les océans et ne s’en étaient sortis que par leurs savoirs mutuels ; cepen­dant, ils n’auraient su donner un nom aux liens que ces épreuves avaient tissés entre eux et on ne se souve­nait pas que Flaherty ait jamais adressé le moindre compli­ment à Mack­ney, ni que celui-ci ait féli­cité un jour son capi­taine pour quoi que ce sot. En vérité, cela ne se faisait pas entre gens de cette sorte ; de toute façon, comme le disait Klavensko, ces deux là n’avaient pas besoin de mots pour se dire ce qu’ils pensaient.

Le début de l’angoisse

Ils se sentirent enva­his soudain par une inquié­tude sourde et entê­tante qu’ils n’avaient encore jamais connue ; c’était comme une bête malsaine qui venait de prendre nais­sance quelque part dans leurs corps et enflait mainte­nant tout douce­ment, se nour­ris­sant de ce qu’il y avait de meilleur en eux.

Le poids des responsabilités

Flaherty recon­nut dans ses yeux cette drôle d’espérance qui persiste dans l’adversité tant qu’il existe un ultime recours. Et voilà, songea-t-il avec une morne pensée ; en vérité, les capi­taines ne servent à rien en temps ordi­naires … Mais quand plus rien ne va… Alors, bien sûr… Tout sur leurs épaules… Et pour eux, pas de recours… Personne au-dessus… Ah, je suis peut-être trop préten­tieux.

L’ouragan

Dix heures ne s’étaient pas écou­lées que, le 24 décembre au petit matin – dans l’aube infi­ni­ment triste qui se levait sur l’océan déchaîné – , le vent, tout en restant plein sud se mit à forcir comme on ne pensait pas que ce fût possible. Il hurlait avec une telle hargne qu’il devint presque impos­sible de s’entendre à moins de deux mètres ; l’aiguille de l’anémomètre se bloqua au-delà de 11 Beau­fort. Cette fois, l’ouragan était-là -et il écrasa litté­ra­le­ment la houle et les vagues (…) Le vent était si assour­dis­sant qu’il n’entendait rien que son siffle­ment aigu – et tous les autres sons étaient anni­hilé : il y avait de quoi terro­ri­ser les plus témé­raires. Il eut la prémo­ni­tion que la mer venait de s’emparer de toute sa personne, avec tout le mal qu’elle conte­nait et tout ce que cette « faiseuse de veuves » pouvait appor­ter de malheur- et il eut peur pour la première fois de sa vie.

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Voilà le roman que je lisais pendant les longs moments d’attente du festi­val du film britan­nique. Pour s’évader des atmo­sphères glauques des cas sociaux anglais, de la drogue et de la violence quoi de plus bien­fai­sant que les embruns du grand Nord. Et puis, j’avais telle­ment appré­cié « L’égaré de Lisbonne » . Hélas ! la magie a beau­coup moins fonc­tionné, nous sommes ici dans un parfait roman histo­rique, et ce n’est vrai­ment pas mon genre préféré. J’ai bien senti tout le sérieux des recherches de l’auteur, pour faire revivre une époque et des lieux qui nous sont étran­gers, il est vrai que je ne connais­sais rien à l’Islande du XVe siècle et que je suis beau­coup plus savante aujourd’hui. J’imagine que tous les passion­nés d’Histoire salue ce roman, à juste raison. Mais pour ma part, lorsque le travail de l’historien prend le pas sur celui du roman­cier, je préfère lire un essai qu’un roman. Malgré ces réserves, je conseille ce livre à tous les gens qui ont envie de décou­vrir la vie dans les rudes contrées du grand nord aux siècles passés.

Comme je suis plon­gée, grâce aux conseils de Domi­nique dans Sapiens, tout ce que je lis se colore de cette lecture passion­nante et dont j’espère écrire la chro­nique bien­tôt. Ici la dispa­ri­tion d’un peuple libre pêcheur cueilleur au profit des agri­cul­teurs séden­taires qui épuisent les sols sans pour autant permettre le mieux être d’une popu­la­tion est une illus­tra­tion exacte du propos de Yuval Noah Harari. J’ai aimé aussi retrou­ver tout ce qu’on sait sur la décou­verte des nouveaux conti­nents améri­cains et les raisons pour lesquelles, notre mémoire collec­tive a retenu le nom de Chris­tophe Colomb, plutôt que des coura­geux navi­ga­teurs Vikings peu en odeur de sain­teté. Ce fut pour moi une lecture labo­rieuse, mais cette remarque en dit plus long sur mon peu d’appétence pour ce genre litté­raire que pour le roman lui-même.

Citations

Les légendes du grand nord

Les gens débat­tirent de l’origine des elfes. La plupart expli­quaient qu’ils descen­daient de certains enfants d’Adam et Eve, que celle-ci avait caché à Dieu car ils n’étaient pas lavés. Dieu avait alors déclaré : « Ce qui doit m’être caché sera caché aux hommes. » Ces créa­tures équi­voques, sans âme, avaient néan­moins le pouvoir de se lais­ser voir des hommes s’ils le dési­raient. Mais d’autres parmi l’assistance préten­daient qu’à la suite d’une révolte au para­dis , provo­quée par le diable, ceux qui s’y étaient ralliés avaient été relé­gués en enfer, alors que ceux qui étaient restés neutres a aient été renvoyés sur Terre , condam­nés à vivre cachés dans des monti­cules, des collines et des rochers.

L’orgueil des gens de mer

Je sais bien que tu as mérité d’être arrivé le premier. Mais ne t’en vante pas trop. Les hommes n’aiment pas qu’on ternissent leur répu­ta­tion, et tu pour­rais bien t’attirer des jalou­sies. N’oublie jamais ça : la première qualité d’un marin, c’est l’humilité. 

Le goût des livres en Islande

Non seule­ment Jon aimait lire, mais il était fasciné par les livres en tant qu’objets capables de renfer­mer de la culture, du savoir, de la mémoire. La produc­tion d’un livre lui parais­sait être comme une alchi­mie complexe, dont il voulait tout savoir. Pour faire un livre, il fallait des hommes capables d’écrire, des animaux -peau de veau et plumes de cygne – , des plantes qui servaient à élabo­rer l’encre et la couleur.

Le mal de mer

Il était inutile de lutter contre les mouve­ments d’un bateau. Ceux qui résis­taient se soumet­taient immé­dia­te­ment au mal de mer. Seuls ceux qui compo­saient parve­naient à perce­voir, dans leur chair, les moindres humeurs de leur embar­ca­tions.

Philosophie du couple

Tu sais mon fils, un mari et une femme, c’est comme les deux berges d’une rivière : il y a des méandres et des rapides, mais aussi des gués. Il faut prendre la rivière comme elle va. Et le temps n’était plus loin où elle allait deve­nir un torrent infran­chis­sable. Pour­tant, on s’aimait sincè­re­ment. J’ai aimé ton père pour son esprit ouvert, sa curiosité,son carac­tère libre, aven­tu­reux. Je l’ai détesté pour les mêmes raisons.
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Je dois le dire tout de suite je ne suis pas très adepte des romans histo­riques et pour­tant celui-là m’a vrai­ment passion­née. En réalité, pour que je me sente bien dans la lecture, le genre litté­raire a telle­ment moins d’importance que le style de l’auteur et Bruno d’Halluin n’en manque pas. Pour vous en convaincre, j’aurais pu reco­pier les premières pages de son roman, il y décrit une tempête terrible au large de l’Afrique qui déci­mera l’armada des 11 cara­velles envoyées par le roi du Portu­gal en 1500, pour confir­mer la route des épices vers les Indes.

Cette tempête, à vous rendre malade, est décrite avec un tel réalisme que l’on ne doute pas un instant que Bruno d’Halluin sait de quoi il parle. En effet, il est lui même navi­ga­teur et il a dû essuyer quelques coups de tabac, sans doute s’est-il alors demandé comment faisaient les marins du XIVe et XVe Siècle sans carte ni moyen très effi­cace pour se posi­tion­ner sur l’immensité des flots. C’est grâce à leur courage, à leur volonté de domi­ner le monde, et surtout à leur insa­tiable envie de s’enrichir que les Portu­gais ont donné au monde occi­den­tal des cartes fiables et des possi­bi­li­tés de commerce vers des contrées loin­taines.

Bien sûr, le chapitre des grandes décou­vertes a fait partie de nos programmes scolaires, mais pouvions-nous nous rendre compte de ce que cela voulait dire de partir ainsi vers les Indes sans savoir comment y arri­ver ? L’horreur du voyage est telle que le person­nage prin­ci­pal en restera marqué toute sa vie. Les tempêtes, la vague scélé­rate qui a failli les englou­tir, l’absence de vent et le risque de mourir de faim et de soif, le mal de mer dans des bateaux qui roulent et tanguent sans cesse, les accos­tages dans des pays hostiles où la popu­la­tion locale peut vous assas­si­ner pour vous dévo­rer, les mala­dies dont le terrible scor­but qui attaquent tous les survi­vants. Il revien­dra pour­tant mais pour retrou­ver Lisbonne en proie aux pogromes contre les juifs même ceux qui comme notre héros s’étaient conver­tis au catho­li­cisme, et en plus des misères humaines un trem­ble­ment de terre et évidem­ment la peste !

Alors, les grandes décou­vertes un moment de gloire pour le Portu­gal ? Oui assu­ré­ment, mais que la vie était rude pour ceux qui ont fabri­qué cette gloire au prix de leur souf­france et de leur vie.Le roman raconte égale­ment l’histoire de cette plani­sphère qui a été dessi­née au Portu­gal mais qui est conser­vée en Italie, Bruno d’Halluin résout cette énigme et là encore il nous permet de mieux comprendre la valeur des cartes mari­times.

1280px-CantinoPlanisphereUn grand roman que j ai décou­vert grâce à Electra’s amazing, blog que je connais depuis peu, et depuis, j’ai vu que Yspad­den  l’avait égale­ment repéré.

Citations

Des phrases fortes pour des émotions qui le sont tout autant

« Si tu veux apprendre à prier, prends la mer » dit le proverbe.
Les vagues étaient si hautes que nous avions l’impression d’être envoyés vers les cieux, puis sitôt après d’être préci­pi­tés dans l’abîme. Comme si l’humain n’avait pas sa place entre les deux.

Expression de marin

Les mâts et vergues nus, seule­ment parés de cordages sifflants, suffi­saient d’ailleurs au vent d’ouest pour nous faire avancer.Nous allions ainsi, « l’arbre sec » comme disent les gens de mer, qui pour une fois utili­saient un voca­bu­laire facile à comprendre.

Sentiments pendant la tempête

Les vagues s’élevaient si haut que c’était merveille. Je doutais que la mer pût obéir au Seigneur. Elle semblait vivre sa propre vie , sauvage , indif­fé­rente aux hommes et aux dieux. Les gens de la mer disait qu’il fallait la respec­ter, mais elle ne nous respec­tait pas . Pour elle , nous n’étions rien. Peu lui impor­tait qu’on vécût ou mourût . Je me remé­mo­rais les mots du philo­sophe athé­nien Anachar­sis , à qui l’on deman­dait si les vivants étaient plus nombreux que les mors. » Dans quelle caté­go­rie, répon­dait-il , placez vous ceux qui vont en mer ? »

Lisbonne

Quelle ville que Lisbonne ! À la fois capi­tale du royaume et grand port mari­time, elle n’avait pas d’équivalent. On pouvait y admi­rer de pres­ti­gieux monu­ments , et l’instant d’après, en tour­nant simple­ment le regard , obser­ver des cara­velles en partance pour l’Afrique.… On pouvait faci­le­ment se procu­rer du drap de Flandres que des masques d’Éthiopie, et main­te­nant du poivre ou de la cannelle des Indes

Le traité de Tordesillas

Le pape avait d’abord donné à l’Espagne les îles et terres fermes nouvel­le­ment décou­vertes, ou à décou­vrir, à l’ouest d’un méri­dien fixé à cent lieues à l’ouest des Acores et des îles du Cap vert. Puis le fameux traité avait déplacé cette limite à trous cent soixante dix lieues à l’ouest des îles du Cap-vert. À l’est de ce méri­dien, les terres reve­naient au Portu­gal. Je trou­vais ahuris­sant qu’un homme, fût-il souve­rain pontife, pût couper la terre en deux pour la parta­ger entre deux nations.

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Un livre que l’on m’a offert en pensant à mes exploits de navi­ga­trice débu­tante. Roman passion­nant, sur une navi­ga­tion très parti­cu­lière. Clara a beau­coup aimé, elle partage avec moi le goût des récits qui se passent en Bretagne sur l’eau ou sur terre. Le roman a commencé par m’agacer à cause du style de l’auteur, volon­tiers poéti­sant. Et puis, lorsque ces trois person­nages prennent la mer pour fuir vers l’Angleterre en partant de Saint-Malo, mon atten­tion a été immé­dia­te­ment captée. En partie parce que, comme les trois person­nages, j’ai débuté la voile, dans la baie de Saint-Malo et je connais toutes les diffi­cul­tés dont parle Sylvain Coher, je voulais savoir comment trois néophytes pouvaient passer dans le chenal entre le grand Jardin et l’île Cézembre sans encombre.

Sylvain Coher a été lui-même moni­teur de voile, il connaît bien la côte bretonne et ses multiples pièges, cela lui permet d’avoir à la fois le regard d’un expert et se souve­nir de tous les éton­ne­ments des débu­tants. Il m’a beau­coup amusée lorsque l’un des fugi­tifs imagine que les bouées annon­çant les dangers devaient être une façon d’amarrer un bateau qui voulait s’arrêter en pleine mer.…

La tension monte dans ce roman, car évidem­ment la navi­ga­tion est beau­coup moins simple qu’ils ne l’imaginaient, et même si les cours d’optimiste de l’ado malouine les aident bien au début, décou­vrir la voile au milieu du rail de la Manche entre les cargos et la houle qui s’est levée s’avère une périlleuse entre­prise révé­la­trice des quali­tés et de la force de résis­tance de chacun. Le person­nage prin­ci­pal, c’est la mer, celle qui attire et qui fait peur, qui rend malade certains et fascinent les autres. Avec un voca­bu­laire précis et des images que j’ai de plus en plus appré­ciées, l’auteur rend bien ce qui peut se passer sur un bateau au large mené par des débu­tants.

L’accostage auprès du phare des Scilly est un moment de tension extrême, le phare Bishop est aussi appelé ou phare des naufra­gés et ce n’est pas pour rien !

La tension vient aussi du passé que fuit les deux garçons. Il est peu à peu dévoilé et le lecteur comprend ce qui les unit. Cette histoire là, est moins bien rendue que la diffi­culté de la navi­ga­tion avec toute sa palette de réac­tions : Lucky décou­vrira sa voca­tion, il ressen­tira l’appel de la mer et sera marin, le « petit » le plus jeune n’a, sur ce petit voilier, éprouvé que la peur et a été tout de suite victime d’un mal de mer qui ne lui a laissé aucun répit, il aurait préféré être dans les bras de la fille qui n’était pas la sienne. Un roman à lire pour la descrip­tion de la navi­ga­tion, il faut tenir bon, j’ai dû passer les cinquante premières pages pour être conquise . C’est aussi un livre à offrir à tous ceux et celles qui naviguent au large des côtes bretonnes.

Citations

Phrases poétiques qui m’ont agacée au début

Il s’étira et se laissa cares­ser une bonne heure par la main experte d’un soleil pour­tant déjà rendu bas dans le ciel

La pluie l’appuyait au sol dans les longues flaques du parking désert

L’eldorado anglais

D’après Lucky, les Anglais allaient droit au but ; là-bas, l’école comp­tait bien moins que l’esprit d’entreprendre, les béné­fices nets et les costumes bien taillés. En Angle­terre, les hommes se refai­saient à neuf en rien de temps. le monde s’ouvrait à eux, pour peu qu’ils aient des tripes.

Le personnage de la fille ado

La mer,c’est là où on s’emmerde le plus après le bahut, bien sûr

le quart de nuit

Impression de débutant que j’ai eu !

Le retour sur terre

Le ponton flot­tant accom­pa­gnait encore un peu leur pas. Mais tout au bout, le bitume leur offrit une terrible sensa­tion de pesan­teur et d’immobilité .Chaque fois qu’ils posaient le talon sur le sol, c’était comme si on leur mettait le pied à l’étrier. La bour­rade faisait fléchir les genoux et pesait lour­de­ment sur les épaules. Ils étaient simul­ta­né­ment trop raides et trop mous, leurs premiers pas ressem­blaient à ceux des poulains dans les prés

Quelques mots au hasard

le vit de mulet

Les moques 

Le vent les dépa­lait

Capeyer 

La boucaille 

Cape­ler

Les dalots du cock­pit

Traduit de l’anglais par Fran­çois Ponthier.

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Partir en croi­sière – et en reve­nir- avec un tel roman à bord, c’est un remède assuré contre tous les coups du sort ! Car :

  • même si vous avez mauvais temps, vous aurez moins froid qu’à Terre-Neuve
  • même si le ciel n’est pas fran­che­ment dégagé vous n’aurez pas de la brume tous les jours et souvent des jour­nées entières,
  • même si vous devez véri­fier votre moteur, vous n’aurez pas à domes­ti­quer un moteur à deux temps qui ne vous dit jamais si le bateau part en avant ou en arrière,

  • même si parfois une odeur de gas-oil se répand dans la couchette arrière , pour avoir dû pomper l’eau dans le réser­voir à cause d’un bouchon mal vissé , vous n’aurez pas à suppor­ter l’odeur des déjec­tions des morues qui ont servi à calfeu­trer votre bateau,
  • même si vous faites partie des gens pour qui il est diffi­cile de comprendre que, si vous voulez que votre bateau aille à droite vous devez tirer la barre à gauche , les consé­quences de vos erreurs ne vous condui­ront pas sur le dos d’un cacha­lot ! !

Bref , tout ira forcé­ment mieux que sur « Fleur de passion » ce bateau qui prend l’eau pendant 250 pages .. sur 254 ? Vous n’aurez donc pas à vous échouer sur des bancs de vase en faisant marcher votre hélice à l’envers pour proje­ter la boue qui calfeu­tra pour quelques heures votre bateau. C’est un peu dommage, car vous n’aurez donc aucune raison d’essayer la merveilleuse recette du Café Irlan­dais : rempla­cer l’eau par du rhum pour passer le café. Mais étant donné le résul­tat sur les prises de déci­sions face aux auto­ri­tés fran­çaises , c’est peut-être préfé­rable. Bref, un grand clas­sique de l’humour anglais et que beau­coup de navi­ga­teurs connaissent et sur les pontons quand vous parlez de Farley Mowat vous trou­vez toujours quelqu’un pour racon­ter un passage qui l’a fait écla­ter de rire.

Une petite réserve cepen­dant, les procé­dés d’humour sont répé­ti­tifs et on se lasse parfois de retrou­ver les mêmes ressorts comiques , de plus, je pense que la traduc­tion n’est pas excel­lente. Heureux ceux qui peuvent le lire en anglais.

Citations

quelques exemples de vocabulaire qu’il m’a fallu rechercher

Je tossais péni­ble­ment dans leur sillage
Un maître-bau
Son pont était un flush-deck
Deux écubiers
Taqui­ner la morue à la dandi­nette
Son petit runa­bot
Des glènes de filin
Un loch breveté
Des cadènes pour les haubans…

Exemple d’humour

Pour des raisons trop longues à expli­quer , ce rivage s’appelle la « côte sud « , peut-être parce qu’il se trouve au sud de Saint-Jean et parce que Saint-Jean prétend être le centre de l’univers.

Pour tous ceux que l’expérience de la mer à marquer même si c’était pendant la guerre !

Durant la guerre, il a servi sur une vedette lance-torpilles ainsi que sur diverses autres petites unités d’un confort très rela­tif. La paix reve­nue, il a repris la mono­tone vie des gens d’affaires, mais son âme est restée sur la passe­relle d’une vedette. Il conti­nue , en imagi­na­tion, de cingler à travers les grises éten­dues de l’Atlantique, ses pièces crachant le feu sur les spectres des sous-marins alle­mands qui tentent déses­pé­ré­ment d’échapper à leur destin.

Exemple de recette à faire frémir

Le sreech est une bois­son spéci­fi­que­ment terre-neuvienne . Autre­fois on la fabri­quait en versant de l’eau bouillante dans les tonneaux de rhum vides afin de dissoudre les parti­cules rhumiques rési­duelles dont le bois restait impré­gné . On ajou­tait alors au liquide noirâtre ainsi obtenu des mélanges et des moûts. On faisait fermen­ter cette mixture durant le temps néces­saire avant de la distil­ler . Parfois , on procé­dait au vieillis­se­ment du produit en y lais­sant macé­rer pendant quelques jours une carotte de tabac à chiquer bien noire.
Les modes ont changé depuis et le sreech est aujourd’hui un tord-boyaux tout à fait différent.…..dans l’état quasi gazeux dû à l’addition d’eau chaude , le trans­fert de l’alcool au réseau sanguin est instan­tané . On en perd très peu dans le tube diges­tif.

Les principes à connaître avant d’aller naviguer à Terre-Neuve

  • Dès qu’une bouteille est sur la table, elle doit être débou­chée . Ceci « pour lais­ser entrer l’air dedans et chas­ser les vapeurs noires ».

  • Le second est qu’une bouteille débou­chée ne doit jamais être rebou­chée car, selon la croyance, « le contenu se gâte­rait ». Aucune bouteille de rhum ne s’est jamais gâtée à Terre-Neuve , mais aucune n’ayant jamais été rebou­chée, il n’y a donc aucun moyen de véri­fier l’exactitude de cette croyance .

  • Le troi­sième et dernier prin­cipe est qu’une bouteille ouverte doit être bue aussi vite que possible »avant que tout le bon ne s’évapore ».

On en parle

Sur un blog de Voyages à la voile (of course..) biblio de bord.

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Je viens de refer­mer ce livre et je pense à toutes les voca­tions de navi­ga­teurs qu’il a dû faire naître. C’est un roman d’aventure écrit à la fin du XIX° siècle,dans la veine de Robin­son Crusoé mais sur la mer. Je ne connais­sais pas Joshua Slocum , ce récit était offert en supplé­ment du maga­zine « Voiles et Voiliers ». La première partie est consa­crée à la navi­ga­tion de Joshua Slocum en tant qu’armateur sur un trois mats : l’Aquidneck.

C « est vrai­ment passion­nant de décou­vrir à quel point le commerce mari­time est compli­qué , en plus du danger de la navi­ga­tion, le capi­taine est confronté à une série de diffi­cul­tés et peut à tout moment être complè­te­ment ruiné, voire pire …(les meurtres sont visi­ble­ment très fréquents ).
Il y a d’abord la mer et les tempêtes . Ce que Slocum ne dit pas c’est qu’il est victime aussi de son entê­te­ment à vouloir navi­guer à la voile alors que déjà, en 1880, tous les navires de commerce, ou presque tous, étaient passés au moteur.

Ensuite, il y a les règle­ments, visi­ble­ment les auto­ri­tés portuaires peuvent déci­der de garder des bateaux loin de leurs ports et faire pour­rir des cargai­sons de marchan­dises sans que les moti­va­tions soient très claires. Il y a ensuite les mala­dies : choléra, variole.. Et enfin les hommes, les marins sont souvent des crapules , voire des crimi­nels et parfois des incom­pé­tents ou des voleurs. Parmi tous ces hommes ‚il y a Slocum qui,il faut bien le dire, a une très haute idée de sa valeur, il se pense excellent marin , c’est sans doute vrai mais c’est un peu agaçant qu’il le répète à l’envie pendant tout son récit. La seconde partie « le voyage du Liber­dade », commence par le récit de la construc­tion d’un voilier rudi­men­taire après le naufrage de l« Aquid­neck »

Il part du Brésil pour reve­nir jusqu’à Washing­ton avec pour tout équi­page son épouse et ses deux fils. C’est pendant ce voyage qu’on pense à Robin­son : comment survivre avec un mini­mum d’équipement, dans une nature au combien hostile ? Au cours de ce voyage extra­or­di­naire sur cette embar­ca­tion de fortune,un jour, il accoste pour cher­cher de l’eau auprès d’un phare perché sur un minus­cule rocher et là l’attend un gardien de phare qui se dit « gouver­neur » de l’île et qui se comporte en chef d’état , c’est assez drôle et telle­ment absurde !

C’est aussi l’intérêt du récit : les rencontres avec toutes sortes de gens. J’ai bien aimé sa discus­sion avec des paysans améri­cains . Il leur explique que les Brési­liens ont libéré les esclaves sans pour autant se faire la guerre. Le paysan répond, « Les sudistes étaient fous, ils ont eu la guerre et ils ont dû affran­chir les noirs quand même… ». Les notes qui accom­pagnent ce récit sont inté­res­santes, on y apprend que Slocum n’a jamais réussi à refaire sa fortune et qu’il était bien le marin extra­or­di­naire qu’il dit être.

Citations

Les gens de mer et le jugement sur les pilotes

On me raconta qu’ils juraient plus que coutume , ce qui en dit long , car tout le monde s’accorde à consi­dé­rer que le pilote moyen est le person­nage le plus mal embou­ché de la gent marine.

Une grosse tempête

Nos hommes s’étaient amar­rés chacun à son poste. Tous les espars de rechange dont on n’avait pas doublé les amarres furent balayés par-dessus bord ainsi, sur le pont , que d’autres acces­soires qui furent brisés et dont la tempête arra­cha les saisines. La cambuse ne fut pas épar­gnée et le cuisi­nier échappa d’un cheveu à un grave acci­dent lorsqu’une lame, balayant le pont, emporta portes , fenêtres , réchaud casse­role , bouilloires.… et l’artiste culi­naire lui-même , entraî­nant tout en vrac dans les dalots sous le vent , à travers lesquels l’homme de l’art ne passa heureu­se­ment pas grâce à l’accumulation de toutes ces épaves. Une avarie de ce genre est toujours vive­ment ressen­tie et vous fait l’effet d’une douche froide , si j’ose ainsi m expri­mer. Cela signi­fie qu’il va falloir manger froid pendant quelque temps , si ce n’est pire.

Description des vagues lors des tempêtes

Nous passions sur un banc et la mer brisait sur le haut fond ! Une seconde vague arri­vait, énorme , et se dres­sait, haute, plus haute , toujours plus haute , jusqu’à ce que rien ne pût soute­nir plus long­temps la montagne d’eau ! Elle parut alors marquer un temps d’arrêt, puis s’écroula comme pour mieux nous englou­tir et nous empor­ter dans sa furie dévas­ta­trice. Barre dessous , je ne pouvais rien faire de plus, sinon prier. La manœuvre fit bruta­le­ment virer le canot , étrave face au danger , tandis que, souffle coupé par l’anxiété , nous nous apprê­tions à affron­ter la suite. Nous avions à peine eu le temps de murmu­rer « Sauvez-nous Seigneur ‚ou nous allons périr… » que la vague brisait avec une violence terri­fiante … et passait en nous lais­sant là , trem­blants , dans la main de Dieu, réduits plus que jamais à l’impuissance.

Construction du Liberdade

Il me faut en premier lieu dire un mot de l’outillage qui nous permit de le réali­ser.
En premier lieu , nous dispo­sons d’une hache , d’une hermi­nette et de deux scies , d’une tarière de 12,5 milli­mètres , d’une autre de 15 milli­mètres et d’une troi­sième de 10 milli­mètres . Dans deux grandes aiguilles à voiles nous réali­sâmes des vrilles , une aiguille à ralin­guer servit de poin­çon et, précieuse entre toutes, nous dispo­sions d’une lime , décou­verte dans un vieux sac à voiles rejeté par la mer.

Genre d’aventure qui fait froid dans le dos

On y jeta l’ancre et les voiles furent amenées, Nous sommes restés dans ce port enchanté jusqu’au lende­main matin, où la lumière du jour nous révéla que nous étions au beau milieu de récifs déchi­que­tés , d’énormes lames brisant de toutes parts. Seul était libre le petit chenal par lequel nous étions entrés à l’aveuglette .

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Traduit du danois par Hélène Hervieu et Alain Gnae­dig.

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Voici la raison de mon silence sur mon blog, je suis restée plon­gée (jeu de mot trop facile !) dans ce roman pendant deux semaines. J’ai trouvé ce livre dans un lieu que j’aime la « drogue­rie marine » à Saint-Servan (à côté de Saint-Malo) ce livre était, pour le blog de la vareuse lié à la Drogue­rie, leur coup cœur de l’année 2010.

L’auteur revi­site la fin du 19e et la moitié 20e siècle du point de vue de la commu­nauté des gens de la mer de Mars­tal. Au début, lors des temps anciens de la voile (1848), c’est un peu lent pour moi, mais peu à peu, j’ai été capti­vée par ce roman et j’avoue avoir très envie d’aller visi­ter Mars­tal et sa région. La dureté de la vie sur un bateau est telle, que cela forge une menta­lité parti­cu­lière : sans la cohé­sion de tous et l’acceptation d’un chef incon­testé, un bateau est menacé. Autre­fois la survie en mer était très problé­ma­tique tant les condi­tions étaient dures : l’humidité, le froid, les tempêtes, le risque de se perdre. Si, de plus, le capi­taine ne savait pas se faire respec­ter de ses hommes, alors, tout l’équipage allait à une perte certaine.

J’ai beau­coup aimé le person­nage d’Albert qui croit en l’unité et dans la soli­da­rité et qui veut appli­quer ce qu’il a appris de mieux sur les bateaux à l’organisation de la commu­nauté. J’ai aimé aussi la tragique condi­tion des femmes qui pleurent leur père, leur mari et leurs fils… Je comprends celle qui fera tout ce qu’elle peut pour que la mer n’attire plus les garçons. L’auteur a su donner vie à une région et à un pays, c’est je crois le premier auteur danois que je lis, je suis contente d’avoir commencé par ce livre car il rend compte du fonde­ment de leur civi­li­sa­tion basée avant tout sur l’amour de la mer et de la navi­ga­tion.

Les rapports entres les hommes sont fine­ment analy­sés, la diffi­culté du senti­ment amou­reux égale­ment. Les hommes et les femmes vivaient vrai­ment dans deux mondes complè­te­ment sépa­rés, pour les uns la dureté qui commen­çait dès l’école (mais était telle­ment pire à bord des navires), et pour les autres la survie du quoti­dien dans l’angoisse de l’attente.

Citations

N’est-ce pas là le secret des hommes à la guerre, qu’ils pissent et chient dans leur froc comme des enfants apeu­rés ? Nous avions tous, un jour ou l’autre, eu peur de mourir en mer, mais personne n’avait fait dans son froc parce que la tempête arra­chait les mâts et le grée­ment ou parce qu’une simple vague brisait le bastin­gage et balayait le pont.
C’était ça la diffé­rence. La mer respec­tait notre viri­lité. Pas les canons.

Personne ne respecte le faible qui implore

Le destin qui nous atten­dait, c’étaient les coups et la mort par noyade, et pour­tant on avait qu’un désir : prendre la mer.

Il voudrait être grand tout de suite. Il a l’intuition que l’enfance est un état qui n’est pas natu­rel et qu’à l’intérieur de lui-même se cache un être beau­coup plus grand qu’il empêche d’exister et qui surgira de autre côté de hori­zon.

Albert croyait au progrès. Il croyait aussi au senti­ment d’honneur chez les marins. C’était sur lui que se fondait l’unité ? Sur un bateau, le manque­ment d’un seul pouvait être lourd de consé­quence pour tous. Un marin s’en rendait vite compte. Le prêtre appe­lait ça les valeurs morales. Albert appe­lait ça l’honneur. À l’église, on était respon­sable devant Dieu. Sur un bateau, on était respon­sable devant tous les autres. C’est pour­quoi le bateau était un meilleur lieu d’apprentissage que l’église.

Lors de son dernier voyage à bord de Réso­lu­tion, James Cook avait fouetté onze de ses dix-sept mate­lots, il avait en tout distri­bué deux cent seize coups. Lorsque vint le moment où il eut besoin de leur soutien, ils lui tour­nèrent le dos, un dos couvert de cica­trices.

Il ne faut pas cher­cher vos racines dans votre propre enfance. C’est votre enfant qui vous lie à la terre. Votre chez vous, c’était l’endroit où se trouve votre enfant.

On en parle

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