20161014_160713Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard,

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Avec cet humour que l’on dit « juif » Joann Sfar, l’auteur du « Chat du Rabbin » raconte sa tris­tesse à la mort de son père. Orphe­lin d’une mère « partie en voyage » alors qu’il avait quatre ans, ce père brillant, beau, dragueur, bagar­reur a comblé la vie de ce dessi­na­teur de Bandes Dessi­nées, cinéaste et roman­cier. Et le vide qu’il laisse après sa mort dans le cœur de son fils ne peut que diffi­ci­le­ment se refer­mer. Alors, celui-​ci écrit ce livre et dans un joyeux pèle-​mêle raconte toutes ses joies et peines d’enfants qui viennent sous sa plume et vont lui servir exor­cisme à sa douleur. Nous sommes dans la veine des dessi­na­teurs de « Char­lie Hebdo » plein d’irrespect mais aussi plein d’amour pour un père qui a su lui donner l’envie de vivre. Divisé en petit chapitre, ce texte m’a parfois ravie et souvent amusée mais pas tout le temps. C’est comme pour « Char­lie Hebdo » parfois je me sens loin de cet humour, tout en recon­nais­sant le talent de ces humo­ristes.

Citations

La foi

Je ne contre­dis jamais mon cousin Paul. Parce que je l’aime. Parce que sa foi me rassure. Parce que j’aimais l’autorité qu’il avait sur moi quand j’étais enfant. Je ne sais pas au sujet de Dieu, mais pour mon cousin, j’ai toujours aimé le croire. Même si je n’y parviens pas.

Humour et style

Dans ma famille, on m’a dit qu’être avec une fille non juive, c’était aussi grave que d’être pédé (côté famille pater­nelle, car côté maman on a eu Hitler alors on n’a pas eu le temps pour embê­ter ses semblables).

Humour grinçant

Pour résu­mer, on peut l’appeler Yitzak Rabin ou Anouar el-​Sadate : à chaque fois qu’un homme a sincè­re­ment tenté de faire la paix dans cette région, il s’est pris une balle dans la tête.

20160716_131754Traduit de l’anglais par Hélène Hinfray

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Je conseille la lecture de ce court témoi­gnage à tous les fans de « Down­ton Abbey ». La quatrième de couver­ture dit que ce récit inspira plusieurs scéna­ristes dont Julian Fellowes (créa­teur de Down­ton Abbey). Mais ne vous atten­dez pas à retrou­ver la série, contrai­re­ment au person­nage de Daisy, Marga­ret Powel est une jeune fille qui a tout de suite eu une conscience aiguë des limites de sa condi­tion. Elle ne fait pas partie de ceux ou celles qui, à l’image de Carson ou de Mme Hughes, s’identifient complè­te­ment à la famille qu’ils servent. Elle cherche par tous les moyens à sortir de sa condi­tion d’aide cuisi­nière et pour cela change le plus souvent possible d’employés. Cela nous vaut une série de portraits des riches familles anglaises hautes en couleurs ! Entre celle où on l’oblige à repas­ser les lacets des chaus­sures, celles où on ne les nour­rit pas assez, celles où on les fait trimer comme des bêtes de somme, tout cela donne une vision bien éloi­gnée de notre chère famille Craw­ley. Une seule famille semble un peu corres­ponde à cet idéal, mais Marga­ret n’y reste pas long­temps car elle veut surtout se marier et ne plus être au service de.. Ce qui donne autant d’énergie à cette toute jeune fille c’est une éduca­tion rude mais très joyeuse au bord de la mer à Hove près de Brigh­ton. Elle y a acquis une vision très juste de la société. Bien sûr le style est très plat mais on ne s’attend pas à plus pour ce témoi­gnage très vivant.
Pour le plai­sir d’entendre sa voix voici un petit film où elle recom­mande de manger du poulet anglais :

Citations

L’importance du dimanche dans sa famille

Enfin, on ne peut pas dire non plus que l’église jouait un grand rôle dans la vie de mes parents. Je crois qu’ils n’avaient pas vrai­ment de temps à consa­crer à ça ; ou plus exac­te­ment ils n’en avaient pas envie. D’ailleurs on était plusieurs dans la famille à ne pas être bapti­sés. N’empêche qu’on devait tous aller au caté­chisme le dimanche. Pas parce que nos parents étaient croyants, mais parce que pendant ce temps-​là on n’était pas dans leurs jambes. Le Dimanche après-​midi, c’était le moment où il faisait l’amour.

L’école

Mais ce qui était formi­dable à l’école, c’est qu’on devait apprendre. À mon avis, il n’y a rien de plus impor­tant que de savoir lire et écrire et comp­ter. C’est de ces trois choses-​là qu’on a besoin si on veut travailler et gagner sa vie. Nous, on nous forçait à apprendre , et je pense que les enfants il faut les forcer. Je ne crois pas aux théo­ries comme quoi « s’ils n’en ont pas envie ça ne leur appor­tera rien ». Bien sûr que ça leur appor­tera quelque chose . Nous, notre maîtresse venait nous donner une bonne gifle quand elle nous voyait bayer aux corneilles. Et croyez-​moi, quand on sortait de l’école on sortait avec quelque chose.

L’intérêt des patrons pour leurs domestiques

En fait pendant toute ma vie en condi­tion j’ai constaté que les patrons se souciaient toujours énor­mé­ment de notre bien-​être moral. Ils se fichaient pas mal de notre bien-​être physique. Pourvu qu’on soit capable de bosser, ça leur était bien égal qu’on ait mal au dos, au ventre ou ailleurs ? Mais tout ce qui avait à voir avec notre mora­lité, ils trou­vaient que ça les regar­dait. C’est ce qu’ils appe­laient « prendre soin des domes­tiques » s’intéresser à ceux d’en bas. Ça ne les déran­geaient pas qu’on fasse de grosses jour­nées, qu’on manque de liberté et qu’on soit mal payé ; du moment qu’on travaillait bien et qu’on savait que c’était le Bon Dieu qui avait tout orga­nisé pour que nous on soit en bas à trimer et qu’eux ils vivent dans le confort et le luxe, ça leur conve­nait parfai­te­ment.

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Traduit de l’anglais (Grande-​Bretagne) par Isabelle Caron. Lu dans le cadre du meilleur des coups de coeur de l’année 2015/​2016 au club de lecture de la média­thèque de Dinard

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J’ai eu beau­coup de mal à lire ce livre qui utilise un procédé éton­nant et, comme tous les procé­dés, très arti­fi­ciels. Le person­nage prin­ci­pal est souvent en grand danger de mort, en si grand danger que la mort l’emporte … le roman pour­rait alors s’arrêter. Ce serait mécon­naître le pouvoir de l’écrivain qui reprend là où l’histoire s’est mal enga­gée pour la survie d’Ursula . Ce bébé meurt au chapitre un, à la nais­sance car le méde­cin n’a pas pu arri­ver à temps, à cause de la neige. Kate Atkin­son reprend : le méde­cin arrive et Ursula respire.… Puis, elle périra noyée mais en repre­nant le récit là où le danger était si grand que la fin logique était la noyade, elle sera sauvée par un peintre qui peignait une marine de cette si belle côte avec deux enfants jouant sur le rivage.

Bref, de récit en récit, on arrive à connaître parfai­te­ment la Grande Bretagne de 1910 à 1946. Ce roman ne donne pas toutes les clés ni des rela­tions des person­nages entre eux, ni du pour­quoi de leur présence dans des lieux si char­gés histo­ri­que­ment : le lecteur est promené du Blitz dans les caves de Londres, au nid d’aigle aux côtés d’Eva Braun et Hitler. Au début, je me perdais à cause de ce procédé qui crée de multiples retours en arrière et puis je m’y suis habi­tuée. J’ai pensé que c’était comme si l’écrivain vous propo­sait de refaire votre vie autre­ment à chaque fois que la souf­france vous a tota­le­ment submergé. Ursula prend peu à peu conscience qu’elle possède un pouvoir à la fois de prémo­ni­tion et aussi celui d’empêcher la catas­trophe en déviant les forces du destin, il faut pour cela effec­tuer un retour en arrière. Comme je lisais simul­ta­né­ment « La Variante Chilienne  » je trouve que cette cita­tion convient parfai­te­ment à « Une Vie Après l’Autre »

Les « si » sont des carre­fours invi­sibles dont l’importance se mani­feste trop tard.

Pour être plus claire, je prends un exemple : Brid­get la nour­rice et aide cuisi­nière de la famille, toute heureuse de la fin de la guerre 1418 veut aller avec son amou­reux fêter le retour des soldats à la gare de Londres. Dans la première version du roman, elle y attrape le virus de la grippe espa­gnole, elle en mourra mais le trans­met­tra au plus jeune frère d’Ursula. Celle-​ci met toutes ses forces pour reve­nir au moment de la prise de déci­sion d’aller à Londres pour empê­cher ce projet dont elle seule connaît les funestes consé­quences. Cela nous vaut trois récit diffé­rents car Brid­get veut abso­lu­ment mettre son projet à exécu­tion, Ursula finira par la préci­pi­ter du haut de l’escalier de la maison. Les consé­quences sont doubles, Brid­get n’ira pas à Londres, personne dans la famille n’aura la grippe espa­gnole. Mais on ferra soigner la petite fille pour trouble mentaux, elle rencon­trera un psychiatre qui sera bien­veillant et qui l’accompagnera une grand partie de son enfance. Je crains qu’en disant cela, vous soyez comme moi dérouté par ce procédé, ce serait alors vous priver d’un roman qui décrit si bien l’Angleterre de cette époque. Je n’ai jamais rien lu d’aussi précis à propos de l’horreur des bombar­de­ments sur Londres pendant la guerre. Et puis, il y a cet humour si britan­nique qui fait telle­ment de bien.

Un livre surpre­nant donc mais qui plaira aux amou­reux de notre chère Grande Bretagne qui vient de choi­sir de quit­ter l’Europe !

Citations

L’éducation sexuelle toute britannique

Sylvie n’avait pas la moindre idée d’où venaient les bébés, elle n’avait guère été plus avan­cée pendant sa nuit de noce. Sa mère, Lottie, avait fait des allu­sions, mais craint de donner des préci­sions anatomiques.Les rela­tions conju­gales entre Hommes et femmes semblaient mysté­rieu­se­ment impli­quer des alouettes prenant leur essor au point du jour.

Des contacts physiques contraires à la bonne éducation britannique

Le bébé emmailloté comme une momie pharao­nique fut enfin remis à Sylvie.Elle caressa douce­ment sa joue de pêche et dit « Bonjour, ma petite » et le Dr Fellowes se détourna afin de ne pas être témoin de démons­tra­tions d’affection aussi siru­peuse.

Les sentiments pour une belle mère

Adelaïde mena­çait de mourir depuis plusieurs années, mais « n’avait jamais tenu sa promesse » disait Sylvie.

Les bienfaits de l’Europe

Ursula était vierge en s’embarquant pour l’Europe, mais ne l’était plus à son retour. Elle pouvait en remer­cier l’Italie. (« Ma foi, si on ne peut pas prendre un amant en Italie, on se demande bien où s’est possible », disait Millie).

Le sens du roman

Et si nous avions la chance de recom­men­cer encore et encore jusqu’à ce que nous finis­sions par ne plus nous trom­per ? Ce ne serait pas merveilleux ?

20160512_101050Traduit de l’anglais par France Camus-​Pichon.

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Lecture que je dois à Krol, je me demande si comme moi elle a été gênée par le prénom de la cinquième femme de Michael Beard : « Patrice » est pour moi un prénom de garçon, à chaque fois je m’efforçais de penser « Patri­cia » sans quoi je n’arrivais pas à lui donner des traits fémi­nins. Comme notre person­nage est un scien­ti­fique tourné ver l’avenir de la planète, j’ai asso­cié son roman à une revue qui explore le futur « Usbek et Rica  », dont je parle­rai peut-​être un jour. En atten­dant, voici donc le roman racon­tant la vie de Michael Beard physi­cien couronné par un prix Nobel que les mauvaises langues jugent très immé­rité . Peu importe, c’est un membre influent de la Royale Acadé­mie de sa Majesté Eliza­beth d’Angleterre. Il ronronne un peu et passe son temps à répé­ter la même confé­rence dans des lieux divers et devant des publics variés. Il a une autre occu­pa­tion lire les articles de physique pour voir à quel moment et en quels termes son nom sera cité. Bref sur le plan profes­sion­nel, ce n’est plus vrai­ment ça, il est de plus forte­ment agacé par la jeune géné­ra­tion à cato­gan qui ne respecte pas assez les glorieux aînés.

Et sur le plan person­nel ? Là c’est carré­ment la Béré­zina ! Sa cinquième femme, la fameuse Patrice, le trompe avec un vulgaire maçon . Bien sûr, lui ne se prive jamais de conquêtes fémi­nines. Mais avec cette histoire de maçon sa descente aux enfers commence. Il n’a plus que deux préoc­cu­pa­tions dans la vie, oublier Patrice et essayer de déci­der de commen­cer un début d’un éven­tuel régime ! Évidem­ment, il rate les deux . Il partira pour­tant au pôle nord puis dans le désert du Mexique. Mais conti­nuera avec la même constance à rater sa vie. Quelque soit ses rencontres et ses diffé­rentes femmes, il les trompe toujours et il gros­sit toujours autant. Il ne fait pas que cela, il est d’une mauvaise foi incroyable et se donne bonne conscience quelques soient ses actions qui peuvent aller jusqu’à tuer quelqu’un, sans le vouloir certes , et ensuite faire endos­ser cette mort par un autre. Évidem­ment, il est égale­ment malhon­nête dans sa recherche scien­ti­fique. Bref un sale bonhomme avec qui je suis restée trop long­temps.

J’ai peiné à la lecture de ce roman pour­tant agré­menté de passages drôles pimen­tés par un humour très britan­nique. On y retrouve aussi beau­coup de problèmes qui agitent notre planète. Mais voilà le roman annonce assez vite qu’il est impos­sible que ce person­nage s’en sorte bien, du coup on attend sa chute et on trouve qu’elle tarde à venir. Et comme son cerveau est embrumé par l’alcool ou l’importance de la nour­ri­ture , j’ai eu plus d’une fois la tenta­tion de lire en diago­nal pour aller plus vite que lui. D’avance je savais qu’il allait rede­man­der un whisky, se resser­vir du plat prin­ci­pal, coucher avec la serveuse, pomper dans des recherches d’un autre savant et se les appro­prier et que tout cela allait très mal se finir. Bref, j’ai étouffé parce que je me suis sentie enfermé dans ce person­nage qui a fini par m’énerver.

Citations

Mauvais goût pour un anglais et ce maçon est l’amant de sa femme…

le maçon, celui-​là même qui avavit rejoin­toyé leurs murs, aménagé leur cuisine, refait le carre­lage de leur salle de bain, ce type épais qui, un jour, devant une tasse de thé, avait montré à Michael une photo de sa maison simili-​Tudor réno­vée et tudo­ri­sée par ses soins, avec un bateau posé sur sa remorque sous un réver­bère de style victo­rien au milieu de l’allée béton­née, et un empla­ce­ment où ériger une cabine télé­pho­nique rouge à usage déco­ra­tif.

Flegme et classe britannique

Vous pouvez me parler sans me regar­der, avait-​il envie de dire, surveillant le flot de véhi­cules devant eux pour tenter de prédire à quel moment il allait devoir attra­per le volant. Pour­tant, même Beard avait du mal à criti­quer un homme qui le trans­por­tait gratui­te­ment – son hôte, en fait. Plutôt mourir ou mener une morne vie de tétra­plé­gique qu’être impoli.

L’obsession de la nourriture , par exemple : les chips

Sa tech­nique était de poser la lamelle de pomme de terre au milieu de sa langue et, après avoir profité quelques secondes de la sensa­tion, de l’écraser contre son palais. Selon lui, la surface irré­gu­lière de la chips causait de minus­cules ulcé­ra­tions de la chair, dans lesquelles se déver­saient le sel et les addi­tifs, doux mélange de plai­sir et de douleur à nul autre pareil.

20160421_164157Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Traduit de l’anglais (Grande-​Bretagne) par Charles Recoursé

J’ai bien aimé la présen­ta­tion de ce roman par la maison d’édition :

Une mère meurt. Elle laisse derrière elle deux petits garçons et leur père terras­sés par le chagrin. Un soir, on frappe à la porte de leur appar­te­ment londo­nien. Surgit alors un étrange person­nage : un corbeau, doué non seule­ment de parole mais d’une verve enfié­vrée, d’un aplomb surpre­nant et d’un sens de l’humour rava­geur. Qu’il soit chimère ou bien réel, cet oiseau de malheur s’est donné une mission auprès des trois âmes en péril. Il sera leur confi­dent, baby-​sitter, analyste, compa­gnon de jeu et d’écriture, l’ange gardien et le pitre de service — et il les accom­pa­gnera jusqu’à ce que la bles­sure de la perte, à défaut de se refer­mer, guérisse assez pour que la soif de vivre reprenne le dessus.

Boule­ver­sante, hila­rante, auda­cieuse et unique, cette fable moderne est un bijou litté­raire qui nous rappelle ceci : ce sont les pouvoirs de l’imaginaire et la force des mots qui nous tiennent en vie.

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J’avais eu, aussi, envie de le lire en lisant les billets de Jérôme Noukette ... Mais, je dois avouer que ce très court roman n’a pas fonc­tionné pour moi. Sans remettre la traduc­tion en cause, je pense quand même que c’est plus facile à savou­rer en anglais. L’humour du corbeau m’est complè­te­ment passé à côté. J’ai été très sensible au déses­poir des enfants et du père, l’arrivée du corbeau qui cherche à sa façon à les rame­ner vers la vie ne m’a pas gênée au début. Et puis, les sons bizarres, les suites de mots sans aucun sens m’ont déta­chée de ses propos et du livre. Je ne sais pas comment on peut racon­ter le deuil, d’une femme aimée, mère de deux jeunes garçons, cet auteur a essayé sans me montrer une voie, je respecte cela mais je suis restée à côté, un peu comme lorsque des amis traversent des épreuves si lourdes que cela nous rend muets . Je garde­rai cepen­dant cette phrase toute simple des enfants après la mort brutale de leur maman :

Les vacances et l’école c’est devenu pareil.

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Je ne parle pas souvent des maisons d’édition car je trouve, le plus souvent, qu’elles font seule­ment leur travail (ce qui n’est pas si mal, évidem­ment !). Or, grâce à ce roman, j’ai décou­vert la maison de Joëlle Losfeld et ses quali­tés méritent d’être souli­gnées. En plus du texte parfai­te­ment présenté, et donc, agréable à lire, d’une couver­ture utili­sant une photo de statut de l’antiquité égyp­tienne où l’on croit recon­naître le sourire énig­ma­tique de Gohar (le person­nage prin­ci­pal, ex-​philosophe), l’éditeur a enri­chi ce livre d’une série de docu­ments nous permet­tant de mieux connaître Albert Cossery. Cet auteur célèbre dans les années 50 dans le petit monde de Saint Germain-​des-​Prés est quelque peu oublié aujourd’hui. Cette maison d’édition sait le faire revivre et j’aurais plai­sir à garder ce bel objet-​livre qui dans ma biblio­thèque.

Je dois cette lecture à Goran un nouveau venu dans ma blogo­sphère, et je me suis rendu compte en allant cher­cher ce titre dans une bonne librai­rie pari­sienne, que cet auteur était pour de nombreux lecteurs une réfé­rence indis­pen­sable pour la litté­ra­ture égyp­tienne. Égyp­tienne ? écrit par un homme ayant surtout vécu en France, il a d’ailleurs reçu le prix de la Fran­co­pho­nie en 1992, et visi­ble­ment très influencé par la litté­ra­ture fran­çaise. On pense tout de suite à un autre Albert, Camus celui-​là. Le mendiant le plus inté­res­sant, Gohar, est un super Meur­sault, il a encore moins que lui de raison de tuer et il est autre­ment plus puis­sant car il entraîne celui qui aurait dû le punir dans son sillage du monde de l’absurde ou la notion du bien et du mal dispa­raît. Un mendiant de plus, un ancien poli­cier, hantera les rues du Caire dans des lieux consa­crés unique­ment à la survie, et où le plus impor­tant c’est de respec­ter un code de l’honneur fondé surtout sur l’esprit de déri­sion. Ce n’est ni cet aspect, ni l’enquête poli­cière assez mal menée qui a fait pour moi l’intérêt de ce livre, c’est la décou­verte de ce monde et de toutes les petites ficelles pour survivre. Le crime gratuit me révulse, et le côté philo­so­phique du dépas­se­ment du bien et du mal est telle­ment daté que cela ne m’intéresse plus. En revanche, la vie de ces êtres qui n’ont plus rien est très bien décrite.

Je doute tota­le­ment de la véra­cité des person­nages car ils sont décrit par un intel­lec­tuel à l’abri du besoin et rési­dant en France. Je pense que c’est toujours plus facile d’imaginer les très pauvres dans une forme de bonheur et refu­sant les faci­li­tés de notre société que comme des exclus du système et qui aime­rait bien en profi­ter un peu. Mais là n’est pas du tout le propos du roman et je rajoute que c’est un livre qui se lit faci­le­ment et agréa­ble­ment, j’ai tort d’avoir un juge­ment moral sur son propos car c’est juste­ment ce que dénonce Albert Cossery : cette morale occi­den­tale qui fait fi de l’énorme misère des pauvres en Égypte, ce que nous dit cet auteur c’est que puisqu’on ne peut rien y chan­ger le meilleur moyen c’est encore de vivre comme les mendiants du Caire. Une absence de volonté de possé­der quoique ce soit est, pour lui, beau­coup plus dange­reuse pour l’équilibre de la société qu’une quel­conque révolte. On peut le penser comme une première pierre à l’édifice de la compré­hen­sion de ce pays, mais je pense que des roman comme « Taxi  » de Kaled Khamissi ou « L’immeuble Yakou­bian  » de Alaa El Aswani mettent en scène une Égypte beau­coup plus contem­po­raine et les auteurs ne sont plus encom­brés par le poids des idées des intel­lec­tuels fran­çais (marxisme, exis­ten­tia­lisme et autres struc­tu­ra­lisme).

Citations

L’ironie

Peut-​être était-​il atteint d’une mala­die conta­gieuse. » Les microbes ! » se dit-​il avec angoisse. Mais presque aussi­tôt la peur des microbes lui parut risible. Si l’on devait mourir des microbes, pensa-​t-​il, il y a long­temps que nous serions tous morts. Dans un monde aussi déri­soire, même les microbes perdaient de leur viru­lence.

Le pays paradisiaque (ça a bien changé ! mais peut-​être pas pour ce détail)

En Syrie, la drogue n’était l’objet d’aucune inter­dic­tion. Le haschisch y pous­sait libre­ment dans les champs, comme du véri­table trèfle ; on pouvait le culti­ver soi-​même.

Une putain heureuse de l’être

« Pour­quoi irais-​je à l’école, dit Arnaba d’un ton mépri­sant . Je suis une putain, moi. Quand on a un beau derrière, on n’a pas besoin de savoir écrire. »

La ville européenne

L’avenue Fouad s’ouvrit au centre de la ville euro­péenne comme un fleuve de lumière. El Kordi remon­tait l’avenue, d’un pas de flâneur, avec le senti­ment inquié­tant d’être dans une ville étrange. Il avait beau se dire qu’il se trou­vait dans son pays natal, il n’arrivait pas à y croire… Quelque chose manquait à cette cohue bruyante : le détail humo­ris­tique par quoi se recon­naît la nature de l’humain.

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Un trajet Saint-​Malo – Paris en décou­vrant le pays Dogon. Merci pour ce conseil de lecture Maggie. Le roman a deux prin­ci­paux inté­rêts une enquête poli­cière, qui est sans mystère. On comprend très vite les enjeux du conflit qui opposent des jeunes perver­tis par l’argent, aux anciens du village respec­tueux des tradi­tions du pays des Dogons. L’autre inté­rêt ce sont juste­ment ces tradi­tions. Et aussi, celles de toutes les compo­santes du Mali. On se sent bien avec ce commis­saire Habib et son assis­tant Sosso, on comprend leurs réac­tions très carté­siennes face ce qu’on voudrait leur faire prendre pour de la magie. Une ques­tion restera sans réponse : l’assassin est-​il le pire person­nage de cette sombre histoire ?

Si j’ai aimé la première partie de ce roman, et la plon­gée dans cette culture qui a fasciné tant d’ethnologues, la seconde moitié où l’enquête poli­cière doit être réso­lue m’a beau­coup moins plu, et j’ai même alors trouvé que les réali­tés afri­caines étaient trop cari­ca­tu­rées. Je suis déci­dé­ment extrê­me­ment diffi­cile pour la litté­ra­ture poli­cière et donc, je ne suis pas un très bon juge. Si ce roman vous tombe sous la main, mes réserves, ne doivent pas vous arrê­ter, Koussa Konake m’a quand même permis d’oublier complè­te­ment le train et les passa­gers entre Saint-​Malo et Le Mans ( un peu trop court pour aller jusqu’à Paris) , j’étais sur les routes cabos­sées entre Mopti et le pays Dogon, malgré les nombreux rappels de la restau­ra­tion me disant que la voiture Bar était dans la voiture 14 et que des plats de grande qualité m’y atten­daient.

Citations

Vivre dans des milieux hostiles

Ces terres arides, rocailleuses, ravi­nées, où tout porte l’empreinte d’une érosion sans fin, sont à l’image de la vie rude de leurs habi­tants. Ici, il n’y a que la sueur de l’homme pour faire verdir les rochers. Si, quelque fois, un mari­got offre son eau, c’est juste pour assu­rer la survie. La nature n’écrase pas l homme, elle le mini­mise.

La religion en pays Dogon

Il arrive qu’une mosquée ou une église de ciment détonne dans cet univers telle­ment uniforme, mais on sent qu’elles attendent un Dieu qui n’est pas d’ici. Car le Dieu des Dogons n’a besoin ni de mosquée ni d’église. C’est Amma et il vit en chaque chose, dans chaque objet sculpté, dans l’âme de chaque Dogon.

Humour, après une conversation avec le ministre de l’intérieur

- Il a toujours été comme ça, jovial, sympa­thique, dyna­mique. Un vrai séduc­teur. On ne peut pas dire le contraire. Il est éloquent aussi, c’est sûr.
– Mais pares­seux.
– Ben oui, on ne peut pas tout avoir.

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Ce roman est une lente déam­bu­la­tion, parfois poétique, dans un corps qui commence à vieillir, dans le deuil d’un ami proche, dans la créa­tion artis­tique. Rien n’est très diffi­cile pour ce cinéaste, sa vie est douce sans aspé­rité, Philippe Clau­del a créé un person­nage d’aujourd’hui qui a la chance de pouvoir encore aimer et être aimé. Il se laisse aller à la tris­tesse car son ami qui avait de l’énergie pour deux a été vaincu par un cancer. Commence alors pour lui une réflexion sur la vie, la mort et le vieillis­se­ment. Le titre du roman vient de cette civi­li­sa­tion des Toraja qui font une place très parti­cu­lière aux morts et aux funé­railles.

J’ai été très touchée par cette image des tout petits bébés que l’on enterre dans le tronc des arbres pour qu’ils puissent conti­nuer à gran­dir, en quelque sorte. Ce livre se lit sans déplai­sir certains passages m’ont bien plu car ils expliquent assez bien ce que je ressens quand l’âge s’attaque à mes forces vitales. Pour autant, sans le club, je n’aurais certai­ne­ment pas lu ce roman et je ne sais pas s’il peut vrai­ment plaire à un large public.

Citations

Nous enter­rons nos morts. Nous les brûlons aussi. Jamais nous n’aurions songé à les confier aux arbres. Pour­tant nous ne manquons ni de forêts ni d’imaginaire. Mais nos croyances sont deve­nues creuses et sans écho. Nous perpé­tuons des rituels que la plupart d’entre nous seraient bien en peine d’expliquer. Dans notre monde, nous gommons désor­mais la présence de la mort. Les Toraja en font le point focal du leur. Qui donc est dans le vrai ?

Le vieillissement

Vous entrez dans la phase que j’appelle « le corps inami­cal ».

Pendant des années, vous avez vécu avec lui, en lui, en parfaite osmose, dans un équi­libre qui vous satis­fai­sait : vous l’entreteniez du mieux que vous pouviez, et il vous procu­rait en échange ce que vous atten­diez de lui, au moment où vous l’attendiez, perfor­mances physiques, amou­reuses, plai­sirs alimen­taires, sensa­tions… Puis le temps a lente­ment érodé votre parte­naire. Vous avez senti peu à peu sa présence, je veux dire sa marque, son usure, son défaut à vous suivre.

SONY DSCLu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard
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Livre très éton­nant qui, parfois, est très éner­vant et parfois très passion­nant, et très amusant , bref il est très, très, très .… Je pense que sans le club, je ne serais pas allée jusqu’au bout, Or, cela aurait été vrai­ment dommage car j’ai eu parfois de véri­tables moments de bonheur. Avant d’essayer de vous expli­quer, je vous raconte mon premier éner­ve­ment, cela ne concerne pas le roman mais la maison d’édition. Acte Sud édite des livres petits formats que l’on doit tenir à deux mains si on veut les lire, car sinon ils se ferment, ça m’énerve beau­coup.

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Je le tiens d’une main, pour la photo mais déjà il se referme et empêche la lecture.

Judith est une femme de plus de soixante dix ans, elle vient de perdre l’homme qu’elle aimait et souffre beau­coup de son absence. Elle vit à New-​York et a une amie, Janet qui est plus âgée et qui a décidé de résis­ter à sa façon aux affronts de la déchéance physique de la vieillesse. Judith est fran­çaise et a fui sa mère, son frère, la France qui n’ont pas su la rete­nir quand elle avait 18 ans. Je ne peux en dire plus sur cette souf­france dévoi­lée seule­ment à la fin du roman. Mais plus que le dévoi­le­ment de cette meur­tris­sure, ce que j’ai beau­coup aimé dans le roman ce sont des courts de moments de vérité qui m’ont abso­lu­ment enchan­tée. Par exemple , la scène ou Judith regarde des cars entiers de touristes se préci­pi­ter vers le stand de glaces après leur visite de l’usine Ben et Jerry est abso­lu­ment jouis­sive. Puis son regard s’arrête sur un couple discret qui attend sage­ment son tour pour avoir enfin le droit de profi­ter de ce qui semble la récom­pense suprême de cette visite : ache­ter leur cornet Ben et Jerry, surgit alors leur dragon de guide qui leur intime l’ordre de remon­ter immé­dia­te­ment dans leur car sans leur glace…

Tout ce voyage en car d’excursionnistes sous la houlette d’une guide peu patiente est criant de vérité. Judith finira par faire un rêve où elle s’imagine au para­dis mais celui-​ci a la forme du plus grand Mall dans lequel elle ne soit jamais allée. L’autre moment que j’ai aimé c’est quand les deux amies se souviennent , l’une de l’odeur du café, l’autre du rimmel et puis soudain se retrouvent dans un souve­nir commun, elles étaient unies dans un même spec­tacle de théâtre, l’une a sans doute habillée l’autre. Et pour­tant, elles ne s’étaient pas recon­nues.

Alors un très bon roman ? (qui en plus s’accompagne de la lecture de Céline). « Le bout de la nuit » de Judith , c’est dans sa jeunesse qu’il faut la cher­cher. Cette quête rend le livre lourd et labo­rieux, il y a une lenteur qui en rend la lecture diffi­cile. C’est d’autant plus éton­nant, que le texte est comme parsemé de moments de plai­sir. Il se veut aussi et surtout une réflexion sur la vieillesse et le sort que l’on réserve aux vieux dans nos socié­tés. Peut-​être que l’auteur a voulu trop en dire , et en consé­quence de quoi son roman manque d’unité, on n’y retrouve pas le mouve­ment qui entraîne le lecteur à tour­ner de plus en plus vite les pages.

Citations

Le passage qui m’a fait accrocher au roman

Je n’ai rien contre les romans non plus, mais souvent je leur trouve un goût d’artifice, je perçois le petit bruit de fond de leurs rouages ; on veut me conduire quelque part, à l’aveugle préten­du­ment, mais les décors et les acces­soires censés m’aiguiller ont quelque chose d’arbitraire, de falsi­fié.

Une phrase simple mais vraie

la jeunesse n’est jamais l’âge du doute mais de l’excès de certi­tudes.

La tenue des personnes âgées qui partent en excursion

Tous semblaient s’être donné le mot pour enfi­ler, ce matin-​là, de simi­laires combi­nai­sons de jogging, en molle­ton mou, aussi seyantes qu’un pyjama, marquées pour certain du logo de leur marque de fabri­ca­tion, combi­nai­sons qui ne les flat­taient fran­che­ment pas et évoquaient l’uniforme régle­men­taire d’une insti­tu­tion spécia­li­sée qui leur aurait accordé une auto­ri­sa­tion de sortie excep­tion­nelle.

Une définition de la vieillesse

Profi­ter, oui, pardon, j’étais arri­vée à l’âge où ma fonc­tion sociale était de profi­ter, y compris de la vacuité.

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Je n’avais pas lu ce livre dont on a parlé lors du club de lecture de février. Le juge­ment d’une parti­ci­pante qui n’aime pas les « histoires de secrets de famille » a empê­ché ce roman de rece­voir un coup de cœur du club. La discus­sion m’a inté­res­sée et j’ai eu envie de me rendre compte par moi même de ce que ce livre pouvait appor­ter. Tout commence par la mort de l’arrière grand-​mère et l’organisation de ses obsèques. Un secret enfoui depuis presque un siècle refait surface.

Tout de suite, j’ai accro­ché à ce roman car je suis telle­ment sûre que nos compor­te­ments sont dictés par le poids des non-​dits fami­liaux, et je suis hantée par cette ques­tion : comment ne pas trans­mettre à ses enfants le poids de ses erreurs ? À sa façon, en racon­tant un échec amou­reux dans quatre géné­ra­tions diffé­rentes, ce roman aide à comprendre ces diffi­cul­tés fonda­men­tales de la vie. Bien sûr ce n’est pas un chef d’œuvre litté­raire, mais ce livre peut faire du bien à touts ceux et toutes celles qui se posent ce genre de ques­tions : Comment stop­per les répé­ti­tions fami­liales plus ou moins morti­fères ? Dans la famille de Lia, tout commence par l’arrière grand-​mère qui s’est forgée une légende plutôt que de se confron­ter à la réalité de sa souf­france. Par cette conduite, elle a influencé néga­ti­ve­ment les choix amou­reux de sa fille et de sa petite fille. Lia mettra tout en œuvre pour casser la répé­ti­tion des échecs des femmes Palin. Mais ce qui est éton­nant et telle­ment bien vu, c’est de se rendre compte que chaque géné­ra­tion fait des erreurs en essayant d’éviter celles de la géné­ra­tion précé­dente.

Le roman se lit très vite et sans être passion­née par l’intrigue, j’ai vrai­ment aimé le ques­tion­ne­ment de ces femmes parce que leurs ques­tions résonnent très fort en moi. Comment trans­mettre des forces, il y a les messages conscients et tout ce que malgré soi on lègue aux géné­ra­tions futures. Si ce roman est sur les rayons de vos média­thèques, n’hésitez pas à l’emprunter même s’il n’a pas de coup de cœur, je suis sûre que vous y lirez une partie ou une autre de vos inter­ro­ga­tions. Il se lit vite mais ne s’oublie pas si vite.

Citation

Une bien jolie phrase

- Ton arrière-​grand-​mère aura été toute sa vie une femme de courage et de convic­tion, me dit-​elle.
-C’est bizarre de parler d’elle au futur alors qu’elle est morte.
-C’est du futur anté­rieur, pas du futur. Mais tu as raison, ma chérie. C’est un temps merveilleux. Celui qui permet de parler au futur de ceux qui sont passés. C’est le temps des nécro­lo­gies.

La difficulté d’être trop aimée

C’est comme si elle m’avait fondue en elle, chair indis­tincte de sa chair, âme indis­so­luble de son âme. J’ai dû la suivre, m’adapter, comprendre, accep­ter. Pouvait-​il en être autre­ment ? Je n’avais qu’elle. Il fallait que je l’aime à tout prix pour me faire aimer d’elle. Coûte que coûte. Est-​ce cette confu­sion des êtres qui l’a trans­for­mée plus tard en combat­tante de ma liberté, de mes expé­riences d’adolescentes. Cette peur panique qui l’envahissait à chaque fois que je tentais de me déga­ger, cette couver­ture d’amour dans laquelle elle cher­chait à m’emmailloter dès que je voulais éprou­ver par moi même et qui me donnait le senti­ment d’étouffer. Je vais mieux depuis que je me suis éloi­gnée.