Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Moi je tourne des films. Ça gagne bien et ça ne fait du mal à personne.

Cette phrase peut donner le ton à tout le livre, chaque remarque est empreinte du style Audiard, celui qui a donné des dialogues inou­bliables au cinéma fran­çais. Son roman se déguste par petites touches, ne me deman­dez pas de vous racon­ter l’intrigue j’en serai bien inca­pable. Mais on est bien avec cet auteur et les Pari­siens et Pari­siennes qui ont sans doute disparu et qui traî­naient dans des cafés qui sont rempla­cés par des restau­rants chics ou des fast-food moins chics et moins chers. Le plai­sir vient de ces phrases qu’on aime­rait tant ne pas oublier comme les répliques des « Tontons Flin­gueurs » que certains connaissent par cœur. Alors, lisez les cita­tions et vous aurez un tout petit avant-goût du plai­sir que procure ce roman.

Citations

Alban de Méro­vie est un person­nage très seul. Il l’a cher­ché. Oh, oui, bien cher­ché .

À force de coucher avec les meilleurs amies de sa femme et avec les femmes de ses meilleurs amis, il n’a plus de femme et n’aura bien­tôt plus d’amis.
Quelle noir­ceur !

Autodérision

– Aux champs . Je t’offre une petite croque et tu me paies une toile !
- Il y a rien à voir.
- Il y a pas un film de toi qui passe ?
- Il y en a forcé­ment toujours un qui passe, c’est pas pour ça qu’il est à voir.

La campagne

Pour­tant, nous ne dormons plus ensemble depuis quinze ans déjà… Ou alors dans son prieuré de Valmon­dois, à côté de L’Isle-Adam… À la campagne, ça ne compte pas, on fait n’importe quoi parce qu’on s’emmerde.

L’argent

« Un taxi pour Tobrouk » et « Le cave se rebiffe » occu­paient des Champs-Élysées, « Les Cahiers du cinéma » , et « Harper’s Bazaar » nous brûlaient vif, on s’en foutait, on gagnait plein de sous. Qu’en faisais-je, mon Dieu quand j’y pense… Les bagnoles… Les fringues… Les éditions de luxe… Aujourd’hui je roule Renault, j’écris Bic et je lis Poche… J’ai dépas­sionné tout ça.

La mort de Mesrine

Le déploie­ment d’artillerie, (soixante douze points d’impact !), puis les poulets s’embrassant, façon foot­bal­leur, autour du cercueil BMW. Mais on n’était pas au bout, c’est après que ça deve­nait vrai­ment dingue : La belle Sylvia giclant de l’auto, décon­nec­tée à zéro, un cocker sous les bras hurlant : « Les salauds ! Ils ont tué mon chien » . C’est quand même pas banal, comme réac­tion, non ? Pour­quoi pas plutôt. Ils ont tué mon homme ? À croire concer­nant l’homme, qu’elle prévoyait l’issue de longue date.

Description du « Train bleu » gare de Lyon

J’aime ce musée très ennuyeux où tout peut arri­ver… Même l’idée vague de prendre le train. C’est une rela­tion de métiers, Alexis Moncorgé, ( rela­ti­ve­ment plus connu sous le pseu­do­nyme de Jean Gabin) , qui m’a fait décou­vrir l’endroit.

Une idée de lecture que je dois à Domi­nique. Je conseille ce livre à tous les amou­reux et amou­reuses de Paris et de Modiano. J’ai déam­bulé dans le XVI° en lisant ce court essai et j’ai cru mettre mes pas dans ceux de Béatrice Commengé et de Modiano. Ce n’est pas un guide touris­tique même si cela permet de visi­ter Paris d’une façon origi­nale, cette auteure sait surtout nous faire comprendre la vie de Modiano et son impé­rieux besoin d’écrire. Rien n’était très net dans la vie de ce jeune fils d’un juif au passé trouble et d’une actrice qui lais­sait souvent son fils en garde dans des lieux inso­lites. Quand ses parents se sont rencon­trés, ils habi­taient en face de cet endroit rue Shef­fer dans le XVI° :

Ils ont connu un semblant de vie fami­liale au 15 quai Conti, et aussi les rigueurs de pension­nats dans lesquels il n’était pas heureux. Il a eu le malheur de perdre un frère qui semblait plus fait pour le bonheur que lui. Sinon on peut dire que son oeuvre est le reflet d’une ville dont il a connu les beaux quar­tiers mais aussi les quar­tiers popu­laires puisque à l’époque, il en exis­tait encore : sa véri­table demeure c’est Paris .

Un Paris cita­din mais avec des lignes de fuites qui ont complè­te­ment disparu vers une zone entre campagne et banlieue. Enserré dans son corset péri­phé­rique Paris a perdu ce charme-là et surtout une réelle possi­bi­lité de s’agrandir. Il nous reste les livres de Modiano, cet auteur qui s’est appro­prié ses souve­nirs et ceux de ses parents au point où il le dit lui-même

Il n’y a jamais eu pour moi ni présent, ni passé. Tout se confond.

Citations

Le Paris occupé les parents de Modiano

J’avance jusqu’à l’autre bout de la rue sans passer devant la moindre vitrine -je suis donc forcé­ment passer, me dis-je, devant ce restau­rant ou un jeune juif de trente ans (fils d’un toscan émigrés à Paris après avoir tran­sité par Salo­nique, Alexan­drie et le Vene­zuela) et une jeune actrice blonde venu d’Anvers, de six ans sa cadette, appre­naient à faire connais­sance dans un Paris occupé par les Alle­mands, un Paris favo­rable aux amour précaires, un Paris inso­lite, où la vie semblait conti­nuer « comme avant », avec les mêmes rengaines à la radio et du monde dans les ciné­mas.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard. Il a obtenu un coup de coeur.

Roman choral qui suit tous les membres d’une famille pendant la guerre 3945, au Havre. Ce roman nous fait revivre ce qui s’est passé dans cette ville et qui est, sauf pour les Havrais, quelque peu oublié. Dès le début de la guerre, cette ville a été plus que géné­reu­se­ment bombar­dée afin de détruire les instal­la­tions portuaires. Mais l’épisode le plus doulou­reux se situe à la fin de la guerre. Une garni­son alle­mande a refusé de se rendre alors que les alliés encer­claient la ville. Le comman­dant alle­mand a proposé de faire évacuer les civiles, on ne saura jamais pour­quoi les Anglais ont refusé ni pour­quoi ils ont bombardé Le Havre rédui­sant cette ville en cendre. Cet article du Figaro pose bien toutes ces ques­tions.

Le roman suit la vie d’Emilie et de Joffre qui ont deux enfants Lucie et Jean et de Muguette sœur d’Emilie et de ses deux enfants. Les carac­tères sont bien imagi­nés et la vie de cette famille sous l’occupation est, sans doute, très proche de la réalité. J’ai décou­vert l’existence de la fonda­tion Guyne­mer qui envoyait des enfants en Algé­rie pour les éloi­gner des dure­tés de la guerre. Beau­coup d’enfants du Havre et de Saint Nazaire ont ainsi béné­fi­cié pour 6 mois ou un an d’une vie plus saine. Le déchi­re­ment pour les parents de devoir se sépa­rer de leurs enfants est très bien rendu et aussi, la façon dont on doit se méfier de tout le monde quand on n’accepte pas de colla­bo­rer. C’est un bon roman histo­rique qui permet de se remettre en mémoire de façon objec­tive ce qui s’est passé au Havre à cette période.

Citations

Souvenirs de la guerre 14 – 18

La guerre chez nous avait déjà mangé presque tous les hommes, le père de papa déca­pité par un obus la veille de l’armistice, le père de maman et une demi-douzaine de grand-oncle gazés par les Boches -eux étaient rentrés en 1928, mais pas pour long­temps, ils étaient déjà asphyxiés et sont morts paraît-il dans d’atroces souf­frances.

Portrait d’une femme qui parle peu

La cuisine, c’était sa manière à elle de montrer son amour, parce que les mots, je voyais bien qu’elle les cher­chait sans jamais les trou­ver, quand ça sortait, presque toujours ça faisait mal et je la détes­tais, puis aussi­tôt je lui par donnais ; elle faisait de son mieux et s’en voulait sincè­re­ment de m’avoir bles­sée.

Je ne connaissais pas l’expression

Félix Mercier – un grand écha­las qui ne se prenait pas pour la queue d’une poire.

La collaboration

« La colla­bo­ra­tion cousine, tu sais de quoi il s’agit : donne-moi ta montre et je te donne­rai l’heure. »