Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Édition Albin Michel

Encore la guerre 1418 ? Non, pas tout à fait ! Il s’agit ici de la fin de cette guerre et le fait qu’elle a engen­dré celle qui a suivie, et que, d’après l’auteur, rien n’a été fait pour l’évi­ter. Antoine Rault mêle à son roman des pages très précises d’ana­lyses histo­riques, et le lecteur revit avec préci­sion la signa­ture du traité de Versailles.

Il sera ressenti comme un « Diktat » humi­liant pour tous les alle­mands. Peu d’entre eux verront dans les années qui suivent l’oc­ca­sion de fuir la guerre et on connaît la suite l’es­prit de vengeance et la folie du Natio­nal-Socia­lisme.
Côté roma­nesque : le personne de Charles-Albert, un soldat amné­sique, il sera utilisé par les services de rensei­gne­ment fran­çais pour espion­ner l’Al­le­magne, il est à la fois crédible, tragique et atta­chant. On suit, donc, son parcours, d’abord dans les centres de soins fran­çais qui n’ont qu’un seul but dépis­ter les simu­la­teurs. Puis à travers son enga­ge­ment dans ce qui reste de l’ar­mée alle­mande, la montée inexo­rable vers un natio­na­lisme qui va bien­tôt détruire ce qui reste de la nation alle­mande. L’état de l’Al­le­magne après cette guerre que l’ar­mée n’a pas eu la sensa­tion de perdre est parfai­te­ment raconté et même si j’ai trouvé parfois que l’au­teur est trop didac­tique, ses argu­ments sont impa­rables et ses démons­tra­tions très convain­cantes. Les horreurs de la guerre sont insou­te­nables et j’avoue avoir décou­vert ce qui s’est passé, grâce à ce livre, en Letto­nie ? Dans les temps actuels, où beau­coup de gens doutent de l’Eu­rope, ce roman permet d’ou­vrir les yeux sur les dangers des guerres guidées par le natio­na­lisme c’est donc une lecture que je ne peux que recom­man­der même si la nature humaine appa­raît comme bien cruelle qu’il s’agisse des puis­sants de ce monde qui se jouent de la vie des popu­la­tions, que des simples soldats qui deviennent des tortion­naires et des bouchers à la première occa­sion lorsque le droit de tuer leur est donné.

Citations

Les soins aux traumatisés de la guerre

Les poilus appe­laient « le torpillage » pour expri­mer qu’a­près s’être fait mitrailler et pilon­ner dans les champs de bataille, le soldat trau­ma­tisé avait droit, en plus, de se faire torpiller à coups de décharges élec­triques – mais les méde­cins, eux, parlaient De réali­sa­tion ou de galva­ni­sa­tion, suivant le courant utilisé, ça vous avait tout de suite un petit air régé­né­rant, et, bien sûr, ils prenaient soin de préci­ser que c’était « pour ainsi dire indo­lore ».
Derrière toute cette approche, une grande idée en ces temps de patrio­tisme exacerbé et de chasse aux « lâches » , aux embus­qués, aux déser­teurs : consciem­ment ou incons­ciem­ment, les trau­ma­ti­sés simulent pour fuir les combats. Le but n’est donc pas de les soigner mais de les renvoyer là-bas. Petite préci­sion inté­res­sante : en France, les trau­ma­tismes psychiques dus à la guerre ne sont recon­nus comme des bles­sures ouvrant droit à une inva­li­dité que depuis 1992.

Les banques

Et puis, de toute façon, une banque ne peut pas être un profi­teur de guerre puisque la voca­tion même d’une banque, c’est de savoir profi­ter en toute circons­tance… Une banque fonc­tionne de la même manière en temps de paix qu’en temps de guerre. On lui confie des valeurs et elle accorde des crédits et contri­buent ainsi à soute­nir l’éco­no­mie. C’est très noble, au fond, très noble, en temps de paix comme en temps de guerre. Parfois, Alfred se repré­sen­tait en Dieu multi­pli­ca­teur et redis­tri­bu­teur. Il y avait un côté magique, démiur­gique, dans son métier, qui le mettait en joie. La banque était le métier le plus… aérien… oui, c’est ça… le plus subli­me­ment éthéré du monde. Bien plus qu’un peintre qui emploie de vraies couleurs ou qu’un écri­vain qui utilise des mots pour racon­ter une histoire, le banquier, lui, n’a recourt qu’à l’abs­trac­tion et au senti­ment. Pour créer, il compte sur la confiance, sur la crédu­lité humaine. Un Dieu, donc, un illu­sion­niste, un grand mani­pu­la­teur.

Cruautés de la guerre pays balte 1919

Avant d’aban­don­ner Riga, les géné­raux russes ordon­nèrent à leurs troupes de mettre à mort des centaines de Lettons qui avaient été jetés en prison parce qu’il était suspecté d’être hostiles aux Soviets. Les soldats refu­sèrent de se livrer à cette bouche­rie mais les femmes bolche­viques fana­ti­sées l’ac­com­plir avec une sauva­ge­rie inouïe. Natu­rel­le­ment, « à titre de repré­sailles », comme ils se justi­fièrent eux-mêmes, les Alle­mands ne furent pas en reste. Ils fusillèrent non seule­ment ces femmes crimi­nelles mais près de mille prison­niers. Sans comp­ter bien sûr les tortures, les viols et des pillages. Alors, en repré­sailles de ces repré­sailles, les natio­na­listes Lettons se livrèrent à leur tour à des atro­ci­tés à l’en­contre des soldats qu’ils parve­naient à captu­rer. C’est la vieille loi de la cruauté humaine. La barba­rie des uns nour­rit et libère la barba­rie des autres.

Cliché sur les femmes

Les Pari­siennes ont du charme, c’est certain, mais elles rous­pètent tout le temps, elles réclament, elles ont des tas d’exi­gences. Ça doit être ruineux, une fran­çaise. Et puis, elles sont adorables, coquettes, amusantes, mais elles n’ont pas la beauté racée des Slaves.

Édition Plon

Un roman histo­rique abso­lu­ment superbe , je l’avais déjà repéré chez « Ales­lire » et Keisha sans pour autant me moti­ver, et puis, j’ai reçu ce livre en cadeau (et … il fait partie de la sélec­tion de mon club de lecture). Pour moi aussi, c’est un coup de cœur absolu. Tout vient du talent de cet écri­vain, Camille Pascal et je me lais­se­rai tenter par ses autres livres telle­ment celui-ci m’a séduite et embar­quée dans une autre époque. Je ne suis pas du tout spécia­liste de cette période et si, comme moi les livres d’his­toire ont tendance à vous ennuyer, ne soyez pas effrayé par les 646 pages décri­vant cet instant où le roi Charle X a dû renon­cer à la couronne par pur aveu­gle­ment, il faut dire que le prince de Poli­gnac, son ministre l’a bien aidé à tenir fermer des yeux qui ne voulaient pas voir que la monar­chie abso­lue n’était pas possible à restau­rer. Pour­quoi quatre rois ? Car en quelques jours, la France a vu Charles X abdi­quer au profit de son petit fils Le Duc de Bordeaux, mais avant cela, quelques heures seule­ment son fils, le duc d’An­gou­lème, aura été le Roi de France le temps de signer son abdi­ca­tion . Et puis, fina­le­ment, soutenu par la chambre que Charles X voulait dissoudre, Louis-Philippe devien­dra le « roi des fran­çais » et accep­tera le drapeau trico­lore.

Voilà le cadre, mais à l’intérieur de ce décor, on suit pas à pas, les hési­ta­tions de Charles X et son départ pour Cher­bourg où l’attend le bateau qui l’emmènera en Angle­terre. Cet homme est hanté par la mort de son frère Louis XVI. Il est persuadé que ce sont les faiblesses de ce roi qui ont causé sa perte. Hanté par l’image de l’échafaud, il se raidit dans des atti­tudes qui ne peuvent que l’entraîner vers sa perte. En contre point, à cette cour que rien ne peut éclai­rer, on voit les très riches bour­geois pari­siens manœu­vrer pour garder le pouvoir parle­men­taire même si pour cela il faut libé­rer les instincts révo­lu­tion­naires d’une popu­la­tion misé­reuse. À la fin de cet été 1830, Louis Philippe est donc sur le trône de France, grâce à la grande bour­geoi­sie d’affaires qui effec­ti­ve­ment est bien partie pour se déve­lop­per mais qu’en est-il du peuple ? L’histoire montrera qu’il est plus facile de se débar­ras­ser d’un roi que de la bour­geoi­sie d’affaires et que des révoltes peuvent être mater plus violem­ment par les forces de la répu­blique que par une armée royale surtout quand celle-ci est compo­sée de merce­naires. Ces jour­nées sont super­be­ment évoquées et il fallait bien 646 pages pour en comprendre toute la portée et sentir l’ave­nir de la France.

Citations

Les odeurs …

Le roi profita de l’ins­tant pour deman­der à l’huis­sier du Conseil d’ou­vrir l’une des fenêtres. Aussi­tôt, l’odeur des oran­gers vint éteindre celles des parfums de cours, trop musqués.

Motivation de Charles X

L’es­prit de la Révo­lu­tion n’a jamais aban­donné une partie de la popu­la­tion. C’est à la monar­chie qu’on en veut. Si je cédais, ils me trai­te­raient comme ils ont traité mon malheu­reux frère. Sa première recu­lade a été le signal de sa perte… Ils lui faisaient aussi des protes­ta­tions d’amour et de fidé­lité ; ils lui deman­daient seule­ment le renvoi de ses ministres. Il céda, et tout fut perdu … Si je cédais cette fois à leur exigence. Il fini­rait par nous trai­ter comme ils ont traité mon frère.

Jolie formule et portrait intéressant

Lui-même n’avait pas été insen­sible à cette intel­li­gence et à cette viva­cité de conver­sa­tion qui voilait main­te­nant d’es­prit l’af­fais­se­ment de ses charmes. Cette femme du monde savait être d’ex­cel­lents conseils et une source inépui­sable de rensei­gne­ments obte­nus de première main, qu’elle avait experte. En parta­geant de temps à autre le lit du duc de Fitz-James, elle tenait la rampe du côté des ultras et des soutiens du minis­tère Poli­gnac, mais son amitié ancienne avec la duchesse d’Or­léans lui ouvrait aussi les portes du Palais-Royal où l’on respire est un air plus libé­ral. Enfin, sa tendre compli­cité avec le conseiller Pasquier la plaçait au cœur du juste milieu. Ainsi cette femme de 50 ans, en se tenant à cheval sur les deux Faubourgs, était-elle deve­nue l’une des plus recher­chées et des mieux infor­mées de Paris.

Autre temps autres mœurs

Comment rester un patron digne et respecté aux yeux de ses employés sans droit de vote qui leur permet­tait de consen­tir l’im­pôt et de parti­ci­per à la vie de la nation ? C’était une honte, un défi au bon sens, un retour à l’an­cien régime et à la société d’ordres.

Le luxe en 1830

Casi­mir Périer salua très aima­ble­ment Thiers et Rému­zat qu’il connais­sait un peu et fut avec les quatre élec­teurs d’une amabi­lité d’homme d’af­faires ; il dissi­mula avec talent le déplai­sir qu’il avait à rece­voir chez lui des fauteurs de trouble et leur parla comme un livre d’es­compte. Ces manières de patri­cien, le luxe assourdi dont il s’en­tou­rait, la coupe parfaite de son habit, l’éclat d’une chemise qui n’avait pu être blan­chie qu’à Londres, des souliers glacés au cham­pagne, tout cela émer­veillait Thiers et ses amis.

La misère

Jamais le grand réfé­ren­daire n’avait vu la misère d’aussi près, et elle lui parut bien effrayante. Toute une popu­la­tion d’ou­vriers, de gagne deniers, de crève-la-faim, de femmes dépoi­traillées , d’en­fants morveux, de vieillards éden­tés toute une gueu­saille l’en­tou­rait, l’apos­tro­phait, l’agrip­pait, touchait son beau manteau de velours pour­tant taché par la pommade de sa perruque qui n’avait pas résisté à la chaleur et perlait de sa queue de rat sur son col brodé.

Bien dit

À l’hô­tel de ville, le marquis de La Fayette s’en­ivrait de cette popu­la­rité qui est à la poli­tique ce que l’en­cens est au culte des dieux.

Édition le Seuil

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Après « la villa des femmes » et « l’empereur à pied », voici ma troi­sième lecture de ce grand écri­vain liba­nais. Ce texte est très court et les chapitres qui le composent font parfois moins d’une demi-page. Le titre dit beau­coup sur cette biogra­phie : Raphaël Arben­sis aurait pu, en effet mener des vies bien diffé­rentes. L’au­teur sent que sa desti­née tient plus du hasard et de la chance que de sa propre volonté. Ce sont des idées bien banales aujourd’­hui mais qui, au début du XVII° siècle, sentent l’hé­ré­sie pour une élite catho­lique toute puis­sante et peu éclai­rée. Elle vient de condam­ner Gali­lée et donc, regar­der, comme le fait le person­nage, le ciel à travers une lunette gros­sis­sante relève de l’au­dace. L’au­teur ne connaît pas tout de la vie de cet aven­tu­rier du pays des cèdres comme lui, mais malgré ces périodes d’ombre qu’il s’empêche de remplir par trop de roma­nesque, il sait nous rendre vivant ce person­nage . Le plus agréable pour moi, reste son talent d’écri­vain : grâce à son écri­ture, on se promène dans le monde si foison­nant d’un siècle où celui qui voyage prend bien des risques, mais aussi, est telle­ment plus riche que l’homme lettré qui ne sort pas de sa zone de confort. Chaque chapitre fonc­tionne comme une fenêtre que le lecteur ouvri­rait sur la société de l’époque, ses grands person­nages, ses peintres, sa pauvreté, ses paysages. Un livre enchan­teur dont les ques­tion­ne­ments sont encore les nôtres : qu’est ce qui relève de notre déci­sion ou de la chance que nous avons su plus ou moins bien saisir ?

Citations

De courts chapitres comme autant de cartes postales du XVII° siècle

Chapitre 6
Il fréquente aussi les lavan­dières qui lavent le linge dans le Tibre . Il fait rire et les trousse à l’oc­ca­sion. À cette époque , les rives bour­beuses du fleuve sont enva­hies par les bate­liers , et les tein­tu­riers y diluent leurs couleurs. Nous sommes dans les premières années du ponti­fi­cat d’Ur­bain VIII. La colon­nade du Vati­can n’est même pas encore dans les projets du Bernin, Borro­mini n’a pas encore construit la Sapienza, le palais des Barbe­rini s’ap­pelle encore palais Sforza et la mode des villas véni­tienne intra-muros commence à peine. Mais il y a des chan­tiers et l’on creuse des allées et des voies. Des peintres et des sculp­teurs habitent en ville. Le Tras­te­vere et un village séparé de la cité, cette dernière n’a pas la taille de Naples, mais depuis le bord du fleuve on voit les dômes de Saint-Pierre et le palais Saint-Ange. Les grands murs du temps de l’Em­pire sont toujours debout, roses et briques parmi les cyprès et les pins, et sous la terre dorment encore bien des merveilles. Un jour de 1625, sur la place du Panthéon, un larron inter­pelle Raphaël pour lui vendre quelque chose en l’ap­pe­lant Monsi­gnore. Arden­tis s’ar­rête, méfiant, le larron rit en décou­vrant une horrible rangée de dents abîmées et lui indique sa brouette sur laquelle il soulève une petite bâche. Aven­sis se détourne du spec­tacle de l’af­freuse grimace du mendiant pour regar­der ce qu’il lui montre et là, au milieu d’un bric-à-brac fait de clous, de chif­fons, de morceaux de plâtre et de divers outils abîmés, il voit une tête en marbre, une grande tête d’empereur ou de dieu, le front ceint d’un bandeau, les lèvres pulpeuses, le nez grec et le cou coupé, posé sur le côté, comme lors­qu’on dort sur un oreiller.
Chapitre 27 un des plus courts
Dans le ciel, il y a toujours ces grands nuages blancs qui se contor­sionnent tels des monu­ments en apesan­teur, qui prennent des postures fabu­leuses et lente­ment chan­geantes comme les anges et les êtres séra­phiques impro­bables de Véro­nèse.

Á travers une longue vue les personnages regardent Venise et le lecteur croit reconnaître des tableaux

Une autre fois, il voit un homme buvant du vin à une table sur laquelle, en face de lui, une femme nue est accou­dée qui le regarde pensi­ve­ment, le menton dans la main. Il voit un maître de musique près de sa jeune élève devant un clave­cin, il voit une table un globe terrestre dans une biblio­thèque déserte et un jour, dans ce qui semble une chambre à coucher, il voit une femme en bleu, peut-être enceinte, debout et absor­bée dans la lecture d’une lettre.

Le hasard ou le destin

Nos vies, écrit-il, ne sont que la somme, tota­li­sable et dotée de sens après coup, des petits inci­dents, des hasards minus­cules, des acci­dents insi­gni­fiants, des divers tour­nants qui font dévier une trajec­toire vers une autre, qui font aller une vie tout à fait ailleurs que là où elle s’ap­prê­tait à aller, peut-être vers un bonheur plus grand si c’était possible, qui sait ?, mais sans doute souvent plutôt vers quelque chose de moins heureux, tant le bonheur est une proba­bi­lité toujours très faible en compa­rai­son des possi­bi­li­tés du malheur ou simple­ment de l’in­si­gni­fiance finale d’une vie ou de son échec.

Édition LA TABLE RONDE

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Qui aurait pu imagi­ner que je lise avec autant de passion une biogra­phie de Jeanne d’Arc ? Sandrine et Domi­nique peut être, et d’autres sans doute, qui avaient mis des commen­taires élogieux sur leur blog et qui semblaient prêts à se lancer dans cette lecture… Cet auteur a un don, chaque livre est un cadeau car ils nous trans­portent dans un univers qui n’est pas le nôtre et que pour­tant nous connais­sons. Quelles connais­sances avais-je de Jeanne : Bergère à Domrémy … entend des voix … Pucelle… délivre Orléans… fait couron­ner le roi Charles VII à Reims… brûlée sur la place publique à Rouen. C’est peu ! mais si on réflé­chit, c’est déjà beau­coup. J’en sais beau­coup moins sur Charles VII qui pour­tant a été roi de France. J’ai détesté les statues la repré­sen­tant que je voyais dans les églises du temps de mon enfance et encore plus sa récu­pé­ra­tion par un parti qui n’a guère ma sympa­thie.

Malgré toutes ces remarques, je savais que je lirai cette biogra­phie puis­qu’elle avait été écrite Par Michel Bernard dont j’ai tant aimé « Les forêts de Ravel » et » Deux remords de Claude Monet ». Aucune réserve sur ce roman qui a été couronné du prix du roman histo­rique en 2018. Il nous plonge au XV°siècle dans une époque terrible pour la France, les Bour­gui­gnons sont alliés avec l’Angleterre et ces deux puis­sances réduisent le royaume de France à un très petit terri­toire. C’est dans ce contexte, très bien rendu par l’au­teur que s’ins­crit l’épi­sode de Jeanne d’Arc, qui par sa bravoure et son assu­rance a rendu le courage aux troupes du roi. C’est raconté avec une écono­mie de moyens éton­nante, ce qui fait la preuve qu’un bon roman histo­rique n’a pas forcé­ment besoin de milliers de pages pour faire comprendre beau­coup de choses même si la situa­tion est complexe. Le plus frap­pant chez Jeanne, c’est sa déter­mi­na­tion, et le fait que grâce à cela elle s’im­pose à tous ceux qui l’ont connue de près même les horribles soudards chefs de guerre. Les autres traits de son carac­tère même s’ils nous étonnent aujourd’­hui sont plus ordi­naires pour son temps : son immense piété qui s’ac­corde bien avec celle de son roi, son courage et sa bravoure au combat, à cette époque, on se tue et on se fait tuer avec plus ou moins de panache. Mais là, il s’agit d’une femme enfin d’une Pucelle, c’est à dire un peu plus qu’une enfant et un peu moins qu’une femme. Une femme héroïne de guerre et domi­nant les hommes, il y a peu d’exemples dans l’his­toire de l’hu­ma­nité et en plus elle a permis à la France de retrou­ver son éner­gie pour bouter les anglais hors des fron­tières de son pays. Elle a mal fini, certes, mais quand même un court moment on a pu croire que la domi­na­tion (nom fémi­nin) pouvait chan­ger et deve­nir l’apa­nage des femmes.

Citations

Première rencontre avec Baudricourt

Des folles, des illu­mi­nées, il en avait vu des dizaines depuis quinze ans qu’il comman­dait la place au nom du roi, mais comme celle-là, qui non seule­ment lui deman­dait une lettre de recom­man­da­tion et une escorte pour la conduire sur la Loire, auprès de son souve­rain, mais préten­dait qu’il lui donne­rait, à elle , cette gamine, l’ar­mée à conduire, ça jamais il n’avait connu. Les extra­va­gants couraient les rues et la campagne en ces temps cala­mi­teux. La guerre, la famine et les épidé­mie les faisaient sortir de nulle part, pullu­ler et brailler sur les places les carre­fours et jusqu’aux porches des églises, chaque fois en se récla­mant de Dieu, de la Vierge et de tous les saints.

Le portrait de Jean d Orléans

Jean d’Or­léans l’avait vue à Chinon et il avait encou­ragé le roi à l’écou­ter et tenter le coup. Il n’était pas sûr qu’elle parvien­drait à déli­vrer la ville, mais sa promesse, en versant l’es­poir dans le cœur des gens, l’ai­dait à tenir. C’était déjà ça. Le roi lui avait confié la défense de ces murs. C’était son affaire, puisque le fief de la famille se trouve et là, et que Charles d’Or­léans et son autre demi-frère étaient déte­nus en Angle­terre. Il n’avait que 27 ans, mais c’était aussi l’âge du roi. Assez vieux pour s’être beau­coup battu, il avait non seule­ment du courage, chose commune chez les gens de guerre, mais de l’ins­truc­tion, du juge­ment et de la mesure. Sa bâtar­dise empê­chait que lui soit donné le comman­de­ment de l’ar­mée, mais il avait l’es­time du roi et de ses pairs qui cher­chaient ses avis. Lui aussi avait décelé dans la paysanne de Domrémy ce qui faisait le plus défaut en France, la foi, le désin­té­res­se­ment et le sens d’une gran­deur retrou­vée. 

Des formules bien trouvées

Le comman­dant de l’ar­mée anglaise Lord Glas­dale, était préoc­cupé. Les affaires prenait mauvaise tour­nure. Mécon­tents de leurs alliés, les Bour­gui­gnons avait retiré leur force du siège à la fin de l’hi­ver. L’en­tente entre les deux puis­sances, celle qui faisait bouillir le bœuf et celles qui le mouillait de vin rouge, s’était refroi­die.

Un autre portrait et un soldat vaincu par le charme de Jeanne d’Arc

La Hire, de la gueule diri­geait sa compa­gnie, des yeux suivait sa Pucelle et le grand guer­rier qu’il avait dévolu à sa sauve­garde. Le capi­taine le plus brutal de l’ar­mée fran­çaise se montrait le plus atten­tif à son inté­grité. Dans la furie du combat, s’il la savait près de lui, il rava­lait ses jurons, ce qui lui coûtait plus que de renon­cer à ache­ver un Anglais à terre. Cela aussi, au nom de Dieu, elle l’avait inter­dit

L’aspect très religieux de Jeanne et de l’époque

Dans cette petite ville sur le Cher , en lisière de la forêt de Sologne, se trou­vait une des grandes abbayes du royaume. D’Alen­çon consi­dé­rait l’ap­pui logis­tique que les moines pour­raient appor­ter à un grand rassem­ble­ment d’hommes et de chevaux , Jeanne pensait au soutien spiri­tuel que les saints hommes dispen­se­raient à une armée de pêcheurs. La débauche ne pour­rait se donner libre cours dans un pays bâti et labouré par les hommes de Dieu. C’est par la vertu que nous vain­crons, répé­tait Jeanne, car c’est elle qui donne au bras sa force et à l’épée son tran­chant.

Chez Albin Michel

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Je suis partie, grâce au talent d’An­to­nin Varennes, dans le Paris de 1900, complè­te­ment cham­boulé par l’ex­po­si­tion univer­selle, j’ai suivi la jeune et belle Aileen Bowman corres­pon­dante de presse d’un jour­nal new-yorkais. Elle a imposé à son rédac­teur en chef son séjour à Paris. Elle nous permet de décou­vrir cette ville courue par les artistes, ce qui va du clas­si­cisme absolu tant vanté par Royal Cortis­soz, le critique d’art à qui le gouver­ne­ment améri­cain a confié le choix des tableaux, par exemple celui qui lui plait le plus et dont il dit :

Puis­sante, avait déclaré le critique . Simple et fort. Équi­li­bré. Parlant d’elle-même. Il y a chez cette bête la force tran­quille et la persé­vé­rance des travailleurs améri­cains de la terre.

Aillen a tendance à n’y voir qu’un taureau dans un étable et préfère les nus de Julius Stewart qui lui fera décou­vrir le Paris des artistes (Picasso y faisait ses débuts), l’au­teur nous fait vivre dans le détail l’éla­bo­ra­tion des tableaux de cet artiste mi-améri­cain mi-fran­çais (comme elle)

Nous suivons aussi la construc­tion de l’ex­po­si­tion univer­selle qui fait de Paris un village de décors et où on invite les popu­la­tions indi­gènes à se donner en spec­tacle. C’est là, la première raison de la venue à Paris d’Ailleen , elle veut retrou­ver son demi-frère Joseph jeune métis mi-indien mi ‑blanc qui est devenu fou à cause de ce partage en lui de civi­li­sa­tions trop anti­no­miques, il fait partie du spec­tacle que les indiens donnent à Paris mais il n’est que souf­france et apporte le malheur partout où il passe ; encore que… la fin du roman donne peut être un autre éclai­rage à ses actes terribles..

On suit aussi l’énorme enthou­siasme qu’ap­porte la révo­lu­tion indus­trielle ; le progrès est alors un Dieu qui doit faire le bonheur des hommes, c’est ce que pensent en tout cas aussi Rudolf Diesel qui expose son moteur révo­lu­tion­naire, et Fulgence Bien­venüe, qui construit le métro avec un ingé­nieur Charles Huet marié à une si jolie femme.
Enfin le dernier fil, c’est le combat des femmes pour pouvoir exis­ter en dehors du mariage et de la procréa­tion et en cela Aileen aussi, est une très bonne guide.
On suit tout cela et on savoure les récits foison­nants d’une autre époque, la belle dit-on souvent, certai­ne­ment parce qu’elle était pleine d’es­poirs qui se sont fracas­sés sur les tran­chées de la guerre 1418.

Citations

Conseils de son père

Arthur lui donnait des conseils sur la façon d’af­fron­ter le monde : savoir se taire, garder sa poudre au sec, être toujours prête. Et peut-être aussi être belle. À la façon dont Arthur Bowman appré­ciait la beauté : quand elle nais­sait d’une harmo­nie entre un objet et son utilité, une personne et la place qu’elle occu­pait dans le monde.

Réflexion sur le passé

La maîtrise du temps, l’ins­truc­tion, est aux mains des puis­sants. Les peuples, occu­pés à survivre, n’en possèdent pas assez pour le capi­ta­li­ser, le faire jouer en leur faveur. Ils empilent seule­ment les pierres des bâti­ments qui leur survi­vront.

Propos prêtés à Rudolf Diesel vainqueur du grand prix de l’exposition universelle

- Vous ne croyez pas, comme Saint-Simon, que les ingé­nieurs seront les grands hommes de ce nouveau siècle ? Que la tech­no­lo­gie appor­tera la paix et la pros­pé­rité ?
Il lui fallut encore un peu de silence pour trou­ver ces mots, ou le courage de répondre.
- Je suis un paci­fiste, madame Bowman , mais je sais que ce ne sont pas les ouvriers ni la masse des pauvres qui lancent les nations dans des guerres. Il faut avoir le pouvoir des poli­ti­ciens pour le faire. Et poli­ti­ciens ne se lance­raient pas dans des conflits armés s’ils n’avaient pas le soutien des scien­ti­fiques, qui garan­tissent les chances de victoire grâce à leurs décou­vertes et leurs inven­tions. Non je ne partage pas l’op­ti­misme du comte de Saint-Simon.

Réflexion sur la bourgeoisie et la noblesse en 1900

Les bour­geois comme les Cornic et mes parents sont convain­cus que la bonne éduca­tion de leurs enfants est leur meilleure défense contre les préju­gés dont ils sont victimes. Ils se trompent.Les aris­to­crates, dont les privi­lèges sont l’hé­ri­tage du sang, ne méprisent rien tant que l’édu­ca­tion.

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Quel livre ! Bravo Alexandre Duyck vous avez su de nouveau m’in­té­res­ser, je devrais dire, me passion­ner pour la guerre 1418. Encore ce sujet, peut-on dire , oui mais ce roman donnera un éclai­rage que je crois indis­pen­sable à une bonne compré­hen­sion de cette guerre. Augus­tin Trébu­chon est déclaré mort le 10 novembre 1918, c’est écrit sur le monu­ment au morts mais c’est un mensonge ! Il est mort en réalité le 11 novembre 1918. L’au­teur retrace le parcours de ce berger de l’Ariège qui a choisi de partir à la guerre alors qu’or­phe­lin, il aurait pu être dispensé en tant que soutien de famille. Nous revi­vons avec lui, l’en­thou­siasme des premiers jours de 1914. L’au­teur remarque que les plus enra­gés à vouloir tuer les boches sont des gens qui ne la feront pas, cette guerre, mais qui se croient obli­gés de dire, plus fort que tout le monde, combien ils auraient aimé la faire ! Puis viennent les combats, l’hor­reur que nous connais­sons si bien, mais aussi l’évo­ca­tion de la dure condi­tion de berger qui n’est pas étran­gère à l’en­ga­ge­ment d’Au­gus­tin . Berger en Ariège, c’est être le plus pauvre des paysans, et le moins consi­déré des hommes. Au point où, Augus­tin n’ose même pas abor­der la fille qu’il aime ; bien sûr, il aime la faire danser au son de l’ac­cor­déon le soir où il y a bal au village, mais ce n’est pas tout à fait suffi­sant. La vie d » Augus­tin est donc remplie par sa connais­sance des animaux, ces moutons et les animaux sauvages de la montagne, ainsi qu’une percep­tion très fine de la nature. Ce savoir, si peu valo­risé dans son village, va se révé­ler un précieux atout pour résis­ter aux quatre longues années de guerre, jusqu’au 11 novembre 1918, où il attend avec toute sa compa­gnie la dernière sonne­rie de clai­ron qui va signi­fier que l’ar­mis­tice est signée, elle l’est d’ailleurs depuis quelques heures. Il rêve à ce qu’il va faire , et surtout à l’Ar­gen­tine où il a prévu de s’exi­ler. Cette attente est bien longue et l’au­teur rend parfai­te­ment l’am­biance de ces derniers instants.

Hélas un gradé , un de ceux que détestent Augus­tin lui demande d’al­ler porter de toute urgence un message de la plus haute impor­tance aux troupes postées à l’avant de leur ligne. Il est 1o heures 45, dans un quart d’heure le clai­ron doit sonner, mais l’ur­gence du message et l » imbé­cil­lité du gradé ne souffrent d’au­cun retard , Augus­tin tombera sous une balle enne­mie avec dans sa poche ce message :

« Rendez-vous à Dom-le-Mesnil pour la soupe à 11h30 »

Citations

Les chefs

Les chefs qui jouent les gentils qui m’ap­pellent « mon petit : alors que j’ai quarante ans, qui demande de mes nouvelles et moi comme un con, je leur réponds mais à peine ai-je commencé à parler, il regarde déjà ailleurs, je me plains de mes pieds, ils répondent : » Parfait, c’est très bien conti­nue comme ça mon petit », ces chefs-là sont tous des faux-culs, des lâches qui n’as­sument pas d’être des chefs mais qui, dans le dos des petits sont pires encore que les autres parce qu’à la fin ils trahissent toujours la confiance.

Les rapports des hommes entre eux

C’est notre côté cul-terreux, disaient les Pari­siens, les pires de tous, les Lyon­nais sont pas mal non plus mais les Pari­siens restaient les pires, si certains de tout savoir, les pires des pires étant les insti­tu­teurs pari­siens deve­nus lieu­te­nant et qui nous parlaient comme à des demeu­rés, à des gosses, à leurs élèves, à croire qu’ils n’ont eu que des dégé­né­rés dans leur école, les instits pari­gots, faudraient les livrer en masse au boches, en cadeau, faites-en ce que vous voulez, montrez leur du pays mais par pitié, ne nous les rendez pas ou alors mort, et encore. Les insti­tu­teurs et la science infuse, comme ils disent, la haine du patois, leur beau Fran­çais dont ils usent comme d’une arme pour mieux t’hu­mi­lier, te démon­trer leur supé­rio­rité, ils emploient des verbes, des temps de conju­gai­son dont tu n’as jamais soup­çonné l’exis­tence ni deviné l’uti­lité mais il en abuse, ils en jouissent, ils te parlent d’écri­vains célèbres dont tu ignores jusqu’au nom, nous des frus­trés qui te refusent le droit de moins bien parler qu’eux, qui te jugent parce que tu en sais mille fois moins qu’eux et qui sont inca­pables de se débrouiller sans une carte

Les humiliations des gradés

Il me répète ce que je sais déjà, dans moins de 30 minutes la guerre va s’ache­ver, nous avons gagné, les boches ont signé l’ac­cord, on va tous pouvoir rentrer chez nous : » Moui dans ma belle maison pour y baiser maman », qu’il dit » Toi dans ton trou à rat de bouseux de Lozé­rien ». Ne pas réagir, ne pas lais­ser appa­raître la moindre émotion, Pons m’a expli­qué comment faire comme si de rien n’était. Comme j’ai peur de le regar­der dans les yeux, j’ap­plique la méthode que m’a expli­qué un copain, fixer des poils entre les deux sour­cils, on fait croire à l’autre qu’on le regarde droit dans les yeux mais en fait on ne fait que comp­ter ses poils entre les sour­cils.
Des gars sont morts de froid dans les tran­chées, des tas de gars, c’est quand même fin de mourir de froid la guerre. Moi je ne m’en suis jamais plaint. Mais je ne suis jamais endormi les fois où j’ai compris qu’il valait mieux ne pas. Un jour j’ai entendu un jeune sous-lieu­te­nant se vanter :« Les poilus ont de la paille, moi un lit ». C’est la première fois depuis le début de la guerre, je crois, où j’ai vrai­ment eu envie de tuer quel­qu’un.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

Un livre qui m’a davan­tage éton­née que plu. Il y a deux livres en un, d’abord le récit de forma­tion de Pol Pot du temps où il s’ap­pe­lait Saloth Sâr . C’est dans toutes les faiblesses de cet enfant, puis du jeune homme que Nancy Hous­ton traque tout ce qui a pu faire de cet homme qui a tant raté, ses études, ses amours, un tyran parmi les plus sangui­naires. Il ne réus­sit pas à obte­nir ses diplômes, il fera tuer tous les intel­lec­tuels. Il puisera dans les discours révo­lu­tion­naires fran­çais, de 1789 à 1968, le goût des têtes qui doivent tomber ! Les chiffres parlent d’eux mêmes, Pol Pot est respon­sable de 1,7 million de morts, soit plus de 20 % de la popu­la­tion de l’époque. L’ar­ticle de Wiki­pé­dia, en apprend presque autant que ce livre, mais l’émo­tion de l’écri­vaine rend plus palpable l’hor­reur de ce moment de l’his­toire du Cambodge.

Et puis nous voyons la très jeune narra­trice, qui doit avoir plus d’un point commun avec l’au­teure, passer une enfance et adoles­cence très marquée par le mouve­ment hippie pendant son enfance et mai 68 à Paris pendant sa jeunesse. Le but de ces deux histoires, est de montrer les points communs entre cet horrible Pol Pot et la narra­trice. Je pense qu’il n’y a qu’elle qui voit les ressem­blances. En revanche, le passage par Paris et la descrip­tion des intel­lec­tuels , Jean-Paul Sartre en tête qui soutiennent les Khmers Rouges est terrible pour l’intelligentsia fran­çaise. La seule excuse à cet aveu­gle­ment volon­taire, c’est de ne pas vouloir prendre partie pour les améri­cains qui ont envoyé sur le Cambodge plus de bombes que pendant la deuxième guerre mondiale sur toute l’Eu­rope. Et voilà toujours le même dilemme : comment dénon­cer les bombar­de­ments améri­cains sans soute­nir le commu­niste sangui­naire, Pol Pot.

Citations

l’écriture

De toute façon, elle a appris depuis l’en­fance à neutra­li­ser par l’écri­ture tout ce qui la blesse. Les mots réparent tout, cachent tout, tissent un habit à l’évé­ne­ment cru et nu . Dorit ne vit pas les choses en direct mais en différé : d’abord en réflé­chis­sant à la manière dont elle pourra les écrire, ensuite en les écri­vant. Proté­gée quelle est par la maille des mots, une vraie armure, les agres­sions ne l’at­teignent pas vrai­ment.

Mai 68

Un jour Gérard vient l’écou­ter jouer du piano dans l’ap­par­te­ment de la rue L’ho­mond. Au bout d’une sonate et demie de Scar­latti, il pousse un soupir d’en­nui : » C’est bien joli, tout ça dit-il, mais je n’y entends pas la lutte des classes. »

Les Khmers rouges

Le 9 janvier 1979, les troupes nord-viet­na­mienne se déploient à Phnom Penh, révé­lant au monde la réalité du Kampu­chéa démo­cra­tique, la capi­tale déser­tée, dévas­tée… Les champs stériles… Les monceaux de sque­lettes et de crânes… De façon directe ou indi­recte, au cours de ces quarante cinq mois au pouvoir, le régime de Pol Pot aura entraîné la mort de plus d’un million de personnes, soit envi­ron un cinquième de la popu­la­tion du pays. Le Cambodge gît inerte, tel un corps vidé de tout son sang .

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Cita­tion de Sénèque qui illustre parfai­te­ment le sens de ce roman :

Tirons notre courage de notre déses­poir même 

Ce roman concourt à notre prix final du mois de Juin 2019, c’est dire si l’en­thou­siasme des lectrices a été convain­quant. J’avoue que je me suis amusée à cette lecture. J’ai retrouvé une partie de mon enfance quand je chipais des livres à mes frères et qu’en secret, je partais dans des romans plus aven­tu­reux que mes goûts habi­tuels en matière de lecture. Je pense aussi que cette auteure s’est bien amusée à rédi­ger des belles scènes de navi­ga­tion et de batailles entre les bateaux du roi et ceux des pirates. Virgi­nie Caillé-Bastide s’est appli­quée à être la plus exacte possible aussi bien en matière de navi­ga­tion que sur le plan histo­rique. Elle a choisi de garder des tour­nures de la langue du XVIIe siècle, mais cela n’empêche nulle­ment la compré­hen­sion. Pour étof­fer son roman elle a choisi de confron­ter un pirate à l’âme noire, Ombre, à un pasteur Jésuite à l’in­tel­li­gence et à l’hu­ma­nité remar­quables. C’est sans doute ce qu’on peut lui repro­cher, les personnes posi­tives le sont à la lumière du XXI° siècle et de valeurs huma­nistes qui ne sont venues que très tardi­ve­ment dans les conscience des humains. Mais ce reproche ne doit arrê­ter aucun lecteur ou lectrice. Si vous voulez connaître, l’his­toire de Ombre, ancien­ne­ment petit noble breton, qui a vu toute sa famille et ses proches mourir de faim, qui reniera Dieu et ses œuvres pour partir dans les Caraïbes et deve­nir un des pirates les plus craints des mers loin­taines, embar­quez-vous sur le Sans-Dieu, l’aven­ture sera au rendez vous, et l’amour aussi, un peu, peut être trop, si vous êtes unique­ment atta­ché à la réalité histo­rique.

Citations

La famine sous Louis XIV, propos sarcastiques

Certes, notre pauvre dame a déjà perdu six enfants et le petit Jehan était le seul que le Seigneur notre Dieu avait omis de lui reprendre.

Combat de pirates

Après la déto­na­tion, chacun enten­dit le siffle­ment recon­nais­sable entre tous de cette arme redou­table. Tour­noyant dans les airs, les deux boulets reliés par une chaîne enta­mèrent d’im­por­tance un grée­ment déchi­rèrent une voile, et rencon­trèrent deux mate­lots qui avait eu l’in­for­tune de se trou­ver sur leur course. Au même instant, le brick tira à bout portant belle salve dans les flancs du galion, l’at­tei­gnant au cœur de ses œuvres vives, où se situaient canon et réserve de poudre. Aussi­tôt, un début d’in­cen­die se déclara ajou­tant à la confu­sion de l’as­saut. Le bricks s’était encore appro­ché ne se trou­vait plus qu’à quelques brasses de l’es­pa­gnol. Perchés dans les enflé­chures des haubans, les gabiers du « Sang Dieu » lancèrent des dizaines de grenades sur le pont du galion, causant grand dommage à l’en­nemi. Puis à l’aide de grap­pins et de crochets, ils agrip­pèrent les vergues et les drisses, de façon à permettre au restant de l’équi­page de sauter à bord du vais­seau. Pendant l’abor­dage, bien des pirates tombèrent sous les balles des mous­quets espa­gnol, mais la majo­rité d’entre parvint à gagner le pont prin­ci­pal et se préci­pita avec force cris sur les soldats ébahis. Hache en main et sabre au clair, l’Ombre fut l’un des premiers à se jeter sur un offi­cier qui n’avait pas eu le temps de rechar­ger son mous­quet, et dont l’épée déli­ca­te­ment cise­lée , vola au premier coup de hache.….

Discussion de pirates

« Oh là Gant-de-fer, sauras-tu encore te servir de ton boute-joie afin d’en réga­ler les drôlesses et émou­voir leur tréfonds ? » L’in­té­ressé répon­dait aussi­tôt 
« Et toi, Foutri­quet, si ton appen­dice est propor­tion­nel à ta taille, je gage que tu ne leur feras point grand effet et qu’elle s’en vien­dront me trou­ver afin que je les satis­fasse à ta place ! »

Le style

À peine l’amour rencon­tré, la mort s’était-elle invi­tée ? Les misé­rables qui exploi­tait le corps de cette malheu­reuse avait-il occis le naïf jeune damoi­seau afin de lui faire payer le prix de son impu­dence ?

Comme vous le voyez, ce court roman a obtenu un coup de cœur à notre club. Après « Sauver Mozart » c’est le deuxième roman de Raphaël Jéru­salmy que je lis avec toujours le même plai­sir. J’ap­pré­cie, aussi, que l’au­teur change complè­te­ment d’époque et de sujet. Nous voici avec le grand inqui­si­teur Torque­mada en Espagne en 1485. Il y a, cepen­dant, un point commun entre ces deux romans, nous sommes au cœur de la commu­nauté juive qui va bien­tôt connaître une terrible desti­née : l’ex­pul­sion du royaume d’Es­pagne. Le crime perpé­tué à Sara­gosse contre l’in­qui­si­teur local, unani­me­ment détesté : Pedro de Arbuès, va servir de prétexte à une répres­sion menée par Torque­mada lui-même et fina­le­ment à l’expulsion des juifs hors du royaume et rendra très fragile la présence des juifs « maranes » en Espagne. Ce roman suit le destin deux person­nages fictifs que tout ou presque oppose : Léa une jeune fille instruite et très douée en dessin venant d’une famille conver­tie et culti­vée et Angel de la Cruz un noble en haillon et merce­naire qui loue ses services aux plus offrants. L’amour du dessin et de la gravure réunit ces deux person­nages. Ce roman, nous permet de comprendre la force du dessin qui peut trou­bler les puis­sants jusqu’à les rendre fous . Comment ne pas penser aux cari­ca­tures de Maho­met publié par Char­lie-Hebdo qui ont valu à 12 personnes dont 8 dessi­na­teurs d’être assas­si­nés au nom d’Al­lah !

L’en­quête pour retrou­ver les assas­sins et aussi l’au­teur des affiches placar­dées qui cari­ca­ture Torque­mada et sa verrue est passion­nante, elle permet de construire un roman avec un suspens très prenant. On sent que l’au­teur connaît bien les ressorts des enquêtes poli­cières des services secrets.

J’ai toujours du mal à lire des romans à propos de l’inquisition, tuer ou tortu­rer au nom de Dieu m’est insu­por­table, mais deux éléments dans ce roman allège ma lecture : les moments où l’au­teur décrit l’art du dessin ou de la gravure, ce sont des passages magiques et la fin puisque la desti­née des person­nages ne se termine pas sur un bûcher avec en plus une note d’hu­mour à propos d’une relique toujours expo­sée au Musée de Topkapi.

Citations

L’inquisiteur Pedro de Arbuès

L’in­qui­si­teur de Sara­gosse est fati­gué. Le fardeau de ses respon­sa­bi­li­tés lui pèse. Il aime­rait tant reve­nir à l’étude. Dans un monas­tère isolé. Loin de cette capi­tale toujours en effer­ves­cence, de ce peuple au sang chaud. Il voudrait toucher des livres, cares­ser des manus­crits, guider les copistes dans leur travail. Plutôt que d’éle­ver des potences, alimen­ter des bûchers. Mais il accom­plit son devoir, jour après jour, sans rechi­gner. Pour instau­rer le royaume de Dieu

Le noble pauvre en Espagne du 15 et 16 siècle

- Angel Maria Ruiz de la Cruz y Alta Messa
Raquel et Léa répriment un fou rire. Leurs glous­se­ments qu’elles tentent d’étouf­fer en se cachant derrière leur éven­tail, tintent gaie­ment au cœur du silence embar­rassé des autres convives.
Habi­tué aux moque­ries qu’at­tire sur lui un noble en guenilles, Angel de la Cruz s’as­sied comme si de rien n’était. 

Remarque intéressante

Il est bien placé pour savoir qu’un infirme possède toutes sortes de ressources pour pallier son inva­li­dité. Et, qu’armé du courage qu’il lui faut pour la surmon­ter jour après jour, il est capable de bravoure plus qu’un autre mieux portant.

De cet auteur j’ai beau­coup aimé Villa des femmes . On retrouve dans ce roman le regard impi­toyable et rempli de nostal­gie de Charif Majda­lani sur son pays : le Liban qui « fut » un si beau pays. Il analyse aussi avec une préci­sion qui n’en­lève rien à la poésie, les légendes qui ont consti­tué un clan fami­lial dont le narra­teur est un descen­dant du clan des Jbeili. Cette « dynas­tie » a été fondée par celui qui a donné son titre à ce roman « L’empereur ». Cet homme plus mythique que réel, a bâti sa richesse en débrous­saillant des montagnes et en deve­nant collec­teur d’im­pôts. Mais une terrible loi empoi­sonne ce clan, l’an­cêtre avait décidé, pour que cet empire reste intact, que seul le fils aîné aurait le droit de se marier et avoir des enfants. Les cadets connaî­tront des sorts tragiques ou seront atti­rés par des aven­tures dans le vaste monde. L’au­teur sait parfai­te­ment rendre compte des ambiances et des tour­ments dans lesquels vivent les diffé­rents membres du clan. Il fait toujours l’ef­fort de distin­guer la part de la légende fami­liale de ce que peut être la réalité, nous offrant par la même une analyse très vivante de la société liba­naise et des diffé­rents destins de ceux qui choi­sissent l’exil.
Je dois avouer que ce roman m’a moins enthou­siasmé que le précé­dent mais j’ai été abso­lu­ment saisie par la fin : le Liban d’au­jourd’­hui, à l’image de notre planète, détruit tout son envi­ron­ne­ment de façon sans doute irré­mé­diable. Les rapports entre les hommes sont régis par l’argent et rien ne saurait arrê­ter le béton même quand les rivages d’un pays sont para­di­siaques. Ils deviennent hideux à la vue de tous pour­tant rien ne semble arrê­ter les projets les plus mons­trueux les uns que les autres. Rien que pour ces dernières pages, il faut lire ce roman qui fait réflé­chir au rôle de l’homme sur la planète.

Citations

Se rendre compte d’un ailleurs dès les premières pages

C’est très beau, pour­tant, au-dessus de Ayn Safié c’est sauvage à souhait, ce sont plusieurs brefs plateaux, semés de chênes verts et d’ar­bou­siers, avec des rochers aux formes animales, qui ensuite laissent la place à des déni­ve­lés impres­sion­nants, des rocs et des arbres sauvages qui s’ac­crochent à la montagne jusqu’au fond de la gorge où coule le ruis­seau de Ayn Safié. On est si haut que les Éper­viers qui passent semblent à portée de main, et l’on voit de là tout le pays, les maisons cachées sous leurs treilles, les plan­ta­tions de mûriers, les chemins, les chapelles, les églises, les moulins, et c’est cette vue pano­ra­mique qui déclenche ce rictus satis­fait sur le visage de l’empereur, quand il se dit qu’il a sous les yeux tout le pays et que, d’une certaine manière il le domine déjà.

Description dune région aux confins de l’Asie

Tout en progres­sant, Shebab mesu­rait l’es­pace du regard, comme depuis qu’il était parti il n’avait cessé de le faire. Ses yeux, dirait- il, étaient comme élimés et épui­sés à détailler les confins immenses et sans borne. Il obser­vait main­te­nant l’ho­ri­zon plat du côté du lac et de ses marais alors que de l’autre côté, comme toujours, les montagnes gigan­tesque semblaient leur faire des signes, assises depuis l’aube des temps dans une indif­fé­rence hautaine et mysté­rieuse.

Un passage qui décrit bien le Liban comme on le connaît aujourd’hui

Lorsque, en ce temps-là, on suivait la situa­tion du Liban depuis l’étran­ger, comme je le faisais, on pouvait avoir l’im­pres­sion que le pays était en ruine. Le monde entier – je le voyais lors de mes voyages – assis­tait à la dévas­ta­tion du centre de Beyrouth et des quar­tiers limi­trophes des lignes de front, et pensait que c’étaient la ville dans son ensemble et le pays qui étaient ravagé. Or l’ac­ti­vité écono­mique était fréné­tique et le commerce floris­sant, ce que les récits de ma mère ne cessait de me confir­mer. Il y avait un autre secteur qui explo­sait litté­ra­le­ment, c’était celui de l’im­mo­bi­lier. Je ne pense pas qu’il existe au monde un pays où la guerre a entraîné autant non de destruc­tions mais de construc­tions. Les dépla­ce­ments de popu­la­tion, les migra­tions internes et aussi l’ac­crois­se­ment démo­gra­phique explique cette fièvre dans le bâti­ment, la flam­bée des prix des terrains, notam­ment dans les envi­rons de Beyrouth non touchés par la guerre. La déli­ques­cence de l’État et de ses moyens de contrôle, la désor­ga­ni­sa­tion géné­rale des services urbains, la corrup­tion et la main­mise des partis sur les rouages admi­nis­tra­tifs permirent ensuite le déve­lop­pe­ment anar­chique de l’ur­ba­nisme qui sacca­gea le paysage, détrui­sit les montagnes et les alen­tours des villes. Assez tôt, dès le début des années quatre vingt, ma mère dans ses lettres s’est mise à me décrire les premiers dommages qui aujourd’­hui, étant donné tout ce qui a suivi, peuvent nous paraître bénins. Mais c’était le début d’un cycle cala­mi­teux dont les béné­fi­ciaires étaient aussi bien les proprié­taires de modestes parcelles et les petits entre­pre­neurs qui bâtis­saient n’im­porte comment que les consor­tiums qui naquirent à cette époque, regrou­pant des hommes d’af­faires, des entre­pre­neurs et des inté­rêts parti­sans et mili­ciens. Ces derniers groupes lancèrent des chan­tiers qui contri­buèrent comme le reste, mais de manière plus systé­ma­tique, à détruire les paysages et à ruiner l’en­vi­ron­ne­ment. Vous vous souve­nez, bien sûr, même si vous êtes plus jeune que moi, qu’en quelques années les oran­ge­raies du litté­ral nord avaient disparu, et avec eux les bourgs et les villages submer­gés par le béton, un béton qui grimpa à l’as­saut des premiers contre­forts autour de Beyrouth, détrui­sant les pinèdes et brouillant les échelles par l’érec­tion d’im­meubles dont la hauteur contre­ve­nait a des lois dont plus personne ne se souciait. Je n’étais pas là pour voir ses trans­for­ma­tions, je les ai décou­vertes avec horreur à mon retour, bien plus tard. Et j’ai égale­ment décou­vert alors comment des groupes finan­ciers et les entre­pre­neurs avaient mis la main sur les plages publiques et défi­guré la côte, débor­dant de tous côtés sur les terres agri­coles non construc­tibles, ce qui nous vaut ce conti­nuum urbain hideux à la place des kilo­mètres de litto­ral et de versants monta­gneux arbo­rés.

L’après guerre au Liban

Un modèle domi­nait à ce moment, vous vous en souve­nez, celui qui avait imposé les milliar­daires au pouvoir. Mais il était si diffi­ci­le­ment acces­sible que nombreux étaient ceux qui, voulant jouer les richis­simes nababs, dépen­saient sans comp­ter pour chaque repas, chaque célé­bra­tion, chaque mariage, après quoi les dettes les mettaient sur la paille. Des personnes très en vue dispa­rais­saient soudain, d’autres appa­rais­saient puis dispa­rais­saient à leur tour, tels des papillons impru­dents s’ap­pro­chant trop près tantôt du pouvoir, tantôt des oligar­chie finan­cière, et y brûlant aussi­tôt leurs ailes trop fragiles. Tout cela se jouait tous les jours sous les yeux des gens modestes, comme mes employés par exemple, et tant d’autres, qui assis­taient à cet opéra un peu obscène avec envie et parfois des airs dubi­ta­tifs.

Une fin bien triste

Quoi qu’il en soit, j’ai refusé jusqu’à l’idée de ce projet de parc natu­rel. Je ne peux imagi­ner ces montagnes et ces gorges bali­sées par des sentiers, asep­ti­sées et proté­gées par des mira­dors de mili­tants écolo­gistes. C’est comme mettre des animaux fabu­leux en cage pour en proté­ger l’es­pèce. C’est ce que j’ai dit aux jeunes gens venus ici me propo­ser de préser­ver les lieux. Cette région vivra le destin qu’il attend, leur ai-je dit l’en­tro­pie est partout, le monde se défait, la laideur gagne à toute allure. Je leur ai dit que, dès l’ins­tant où l’homme avait coupé le premier arbre, le phéno­mène s’était enclen­ché. Ici, il va plus vite qu’ailleurs, parce que nos conci­toyens sont plus avides et les paysages plus vulné­rables. Ils fini­ront par dispa­raître, comme tout, comme la terre entière qui un jour ne sera plus qu’un souve­nir, et je me demande d’ailleurs dans la mémoire de qui. C’est peut-être cela la pire angoisse humaine, le fait que, un jour, plus rien dans l’im­men­sité du cosmos ne se souvien­dra de quoi que ce soit de ce que les humains auront fait, de leur rêve, de leur aven­ture, de leur folie poétique, ne me de ce qu’ils ont recons­truit, bâti, il, ni de ce qu’ils auront pour cela même simul­ta­né­ment détruit, dévasté, ravagé.