Éditions les Avrils, 235 pages, janvier 2026

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Dans le thème « romans historiques, qui concluent notre club du mois de juin, ce roman consacré à la querelle autour du « Roman de la rose » à la fin du 14° siècle, avait parfaitement sa place.

Je ne savais pas grand chose de cette querelle dont les deux principaux protagonistes sont : Christine de Nizan qui juge cette œuvre offensante pour les femmes et Jean de Montreuil qui la trouve géniale, et qui plaint cette pauvre Christine de ne pas goûter l’humour du texte. Le texte, justement revenons à lui, une première mouture évoque dans une prose allégorique un preux chevalier voulant cueillir, un bouton de rose. (d’où le nom du roman) il est trop hardi et se fera éconduire. Des années plus tard , un certain Jean de Meun reprend ce texte et en rédige la fin. Il en transforme aussi le sens : il suffit de pousser les défenses de la dame et elle vous en sera reconnaissante. L’amour c’est une affaire virile qui se mène au pas de charge.

L’auteur essaie de cerner les protagonistes de l’époque et l’époque elle même. Pour que ses lecteurs se mettent bien dans l’ambiance, il s’y prend à rebours des procédés habituels, au lieu de restituer fidèlement cette fin du Moyen-âge, il n’a de cesse que de le comparer à notre monde, on croise dans son récit, Elvis Presley, les influenceurs avec leur followers, obtenir le 06 de sa dulcinée et bien sûr Trump. C’est un peu lourdingue, mais c’est aussi très amusant, plus, sans doute, que la querelle elle même. Quelle époque ! la guerre de cent ans et un épisode de l’histoire que je n’ai jamais bien compris : la guerre entre les Armagnacs et les Bourguignons qui termine ce récit. C’est vraiment une fin de siècle où les comportements amoureux n’étaient certainement pas la préoccupation première des pauvres habitants du Royaume de France, entre la peste, les impôts, et la soldatesque que Christine de Nizan exige le respect des aspirations féminines, devaient être le cadet des soucis de bien des gens. Pourtant ces poèmes ont eu du succès et étaient lus et sa volonté de défendre les femmes avait de réels fondements. Si elle est peu connue aujourd’hui, elle le doit certainement à son statut de femmes de lettres qui n’a pas été prise au sérieux pendant des siècles.

J’ai des réserves sur le procédé utilisé par l’auteur mais je lui reconnais un grand talent pour actualiser un fait du 14° siècle et rendre contemporains des personnages que l’on fige facilement : le Moyen-âge est si loin de nous , et bien non les mêmes ressorts sont à l’œuvre quelle que soit l’époque . Dans ce roman cela se concentre à travers deux clans : le masculinisme, et le féminisme. Longtemps l’un l’a emporté sur l’autre. Et aujourd’hui ?

Extraits.

Début.

1367

 Il est long, le chemin vers Paris, au XIV° siècle, quand on vient des Vosges. Exaltant, aussi !
 Le jeune Jean Charlin a quitté depuis longtemps sa famille à Monthureux-le-sec. Il a appris à lire et a écrire au village, puis on l’a envoyé à Reims, dans l’abbaye de Saint-Remi. Et voilà qu’il a obtenu ce dont il n’osait rêver une bourse pour aller étudier au collège de Navarre, à Paris.

 Deux époques.

Quand j’imagine, Jean-qui-n’est-pas-encore-de-Montreuil, découvrant cette prose si juste et si libre, je pense à un adolescent français qui, dans la rigueur des années 1950, découvre un jour Elvis Presley sur le téléviseur familial. Un nouveau monde qui s’ouvre ! Dès lors, il n’a plus qu’une envie, s’acheter une guitare et tenter d’apprivoiser l’engin. Ce qui ne l’empêchera pas de tenir par ailleurs de virulents propos anti-américains. 
Comme Pétrarque, Jean se rêve plus tard en homme de lettres, voyageant à travers la chrétienté, comme un rocker en tournée, se réservant parfois des plages de solitude champêtre au milieu de ses livres et d’une nature paisible pour écrire et méditer. Il a vingt-cinq ans, et tout lui semble possible : devenir quelqu’un tout en participant à un grand mouvement – voilà qui est grisant !

Exemple du style de l’auteur.

 Et de l’argent, désormais, elle sait comment en faire pousser. Ces poèmes plaisent à la cour, on lui en réclame régulièrement de nouveaux. Elle n’avait pas l’intention de les rendre publics, mais d’autres l’ont fait pour elle et des copies circulent déjà, alors pourquoi pas ? C’est décidé, elle en fera son métier, quoi qu’on en dise.
 On n’a jamais vu personne, homme ou femme, et vivre uniquement de sa plume ?
Eh bien, on va voir.

Toujours les mêmes comparaisons.

 Pour le dire rapidement, il se voit comme un rocker exigeant, un pur et dur. Christine, elle, n’est qu’une chanteuse pop qui tente de gagner des followers dans les hôtels princiers.

Conception masculine de l’amour.

 » Sois bien persuadé qu’il n’est point de femme qu’on ne puisse vaincre, et tu seras vainqueur. »
 Ainsi s’adresse le poète Ovide, en l’an 1, au jeune citoyen romain qui ignore encore l’art d’aimer. S’ensuivent de savants conseils tactiques, souvent teintés d’ironie, qu’on pourrait résumer ainsi : la femme cache son désir, elle dit non mais si tu sais t’y prendre, elle te dira oui, car quoiqu’elle s’en défende, elle a toujours envie. Sois viril, sois fier, montre un peu de savoir-faire, et elles seront toutes à toi !

Oui on en connaît des comme ça !

 Jean sans peur, vous le connaissez : c’est le type qui se voit au-dessus de toutes les lois, celui qui vous bouscule sans s’excuser. Celui qui pique, qui menace, qui harcèle, s’offusque dès qu’on ose l’attaquer. On lui oppose la loi ? Il dénonce la partialité des juges, on lui propose une médiation ? Il fait ravager les campagnes près de la capitale pour peser sur les négociations. Jean sans peur aime se battre, Et souvent, l’on se couche devant lui. Il est de ceux qui vous font comprendre, très vite, que rien ne l’arrêtera tant qu’on ne lui aura pas abandonné le pouvoir. Le pur langage de la force.

Jugement d’un critique littéraire en 1894 sur Christine de Pizan.

 » Bonne fille, bonne épouse, bonne mère, du reste un des plus authentiques bas-bleus qu’il y ait dans notre littérature, la première de cette insupportable lignée de femmes auteurs, à qui nul ouvrage sur aucun sujet ne coûte, et qui pendant toute la vie que Dieu leur prête, n’ont affaire que de multiplier les preuves, de leur infatigable facilité, égale à leur universelle médiocrité. »

Édition la Table Ronde

Après « les Forêts de Ravel » , « Deux Remords de Claude Monet« , ‘Le Bon Coeur » voici donc la suite du procès de Jeanne d’Arc : la victoire de Charles VII sur les Anglais et la révision du procès de Jeanne d’Arc. Encore une fois, cet auteur a su m’intéresser à une période que je connais mal. L’angle qu’il a choisi est passionnant, le roi va de victoire en victoire et reconquiert son royaume. Il met fin à la guerre de cent ans. C’est un roi négociateur et au lieu de pourchasser tous ceux qui l’ont trahi en s’alliant aux Bourbons ou aux Anglais, il les accueille dans le royaume de France. les populations vont donc se rallier plus facilement au roi de France. Mais il reste une tâche sur son « CV », il a été couronné à Reims grâce à Jeanne d’Arc. Comment lui le roi si pieux, pouvait-il devoir son couronnement une femme jugée par l’église pour hérésie ? C’est pour cette raison qu’il poussera à la révision de son procès pour démontrer que celui-ci n’avait été instruit que pour plaire aux Anglais. Soit, mais les potentats de l’église sont encore en place, ils sont même encore plus importants et le roi ne veut pas d’épuration … Peu importe, ils se tairont et Jeanne d’Arc pourra être lavée de tout soupçon d’hérésie. Intéressant comme l’est aussi le travail du peintre du peintre Jean Fouquet à qui l’on doit ce portrait du roi et de sa maîtresse :

Voyez vous dans ce portrait « un petit homme dans un grand roi » ?

 

 

Un livre fort intéressant, même si, à mon goût, on est trop dans les histoires des puissants et pas assez avec la population qui souffrent tant pendant ces conflits armés. On peut espérer qu’après cette guerre qui n’en finissait pas la France connaîtra une période de prospérité. Avant d’autres guerres, des croisades et des guerres de religion….

 

Citations

L’importance d’être pucelle

Trois jours avant, mercredi 9 mai, deux bourreaux avaient présenté à l’accusé les instruments de torture, la roue, les chaînes, les pinces, dans une salle basse du donjon du château. En la terrorisant, on voulait lui faire avouer ce qu’elle taisait obstinément, les révélations reçues à Domrémy. Elle avait tenu bon, ce qui avait beaucoup impressionné les assistants. Plus tard, après réflexion et hors sa présence, avait été débattue et mise aux voies l’opportunité de la soumettre effectivement à la torture. C’était assez rare, surtout pour une femme, pucelle par surcroît.

Il y avait donc une flèche sur la cathédrale de Paris en 1429

Jeanne avait eu la cuisse transpercé d’un trait d’arbalète dans l’assaut raté du 8 septembre 1429. L’arbalétrier était un soldat de Jean Villiers de l’Isle-Adam, capitaine bourguignon réputé pour sa propension aux tueries, viols et rapines. Il trottait maintenant à ses côtés. Après un service funèbre à la mémoire de son père dans l’église Saint-Martin des Champs, Charles VII avait solennellement répété le serment des rois de France au retour du sacre, sous la flèche de la cathédrale Notre-Dame bondée.

Les armées royales rentrent dans Rouen

Sur tous s’étendait la généreuse amnistie royale. On le croyait. Son armée était précédée d’une réputation favorable. Depuis qu’elle avait été réorganisée en force permanente, régulièrement rémunérée, sa tenue faisait contraste avec les mauvaises habitudes des Anglais. Les mangeurs de viande bouillie continuaient d’être rétribués par le pillage. Disciplinés au combat, ils se comportaient en soudards le reste du temps. Par précaution, Dunois avait quand même laissé le gros de l’armée hors les murs. Les éléments qui défilaient avait été choisi pour leur mérite, une grande partie était les Écossais, les préféré du roi. Il y avait aussi des mercenaires italiens. Des hommes d’armes fermaient la marche derrière la bannière royale où, sur fond de satin cramoisi, on voyait Saint-Michel, le soleil et les étoiles. Tous, gens et bêtes, marchaient vers la cathédrale.

Agnes Sorel

Il avait quitté sa maîtresse enceinte ; elle devait être maintenant dans le septième mois de sa grossesse. C’était folie d’avoir entrepris ce long voyage dans cet état et en plein hiver, si humide et quinteux en Normandie. Il était malgré tout heureux de la revoir. Il avait regretté quelle ne fût pas à ses côtés dans Rouen. Elle était sa maîtresse depuis sept ans, pourtant son charme continuait d’agir. Elle lui manquait. La liaison avait commencé à Toulouse, en février 1443, après qu’il avait remarqué cette blonde de dix neuf ans à l’extraordinaire beauté parmi les suivantes d’Isabelle de Lorraine, épouse de René II, duc d’Anjou. Elle avait maintenant trois enfants de lui, ce serait le quatrième . Dès qu’elle fut rassurée de ses sentiments, elle l’encouragea à poursuivre la reconquête. En riant, elle menaçait de se refuser à lui s’il réservait sa vaillance à leur couche.

Le tableau d Agnès Sorel

Le génie de l’artiste n’était pas surestimé. La ressemblance était parfaite. Sa blondeur, l’éblouissante pureté de sa peau blanche, le brillant de ses yeux bleus, ses lèvres délicatement renflées au dessin parfait, jusqu’à la palpitation de l’air autour d’elle étaient admirables. Il n’avait jamais vu une aussi belle peinture. Il aurait presque regretté de ne pouvoir l’exposer à l’admiration générale. Mais si d’aventure il en avait eu l’intention, ce qu’il voyait l’aurait interdit. Jean Fouquet avait représenté Agnès le corsage délacé, le sein gauche entièrement dégagé.

Les façons de résoudre les conflits épargnent souvent les puissants

L’absence de coopération du haut clergé de Rouen ne le surprit aucunement. Pour contraindre ses responsables à livrer leur témoignage il eût fallu une intervention directe et personnelle du roi lui-même auprès d’eux. Ces premières informations, bien qu’inabouties, révélaient suffisamment la forte implication de l’Université de Paris dans la condamnation de la Pucelle. Elle indiquait aussi que beaucoup de ses responsables étaient toujours en activité et occupaient les fonctions élevées dans la hiérarchie de l’église. La mort de Cauchon masquait une réalité de l’accélération subite des temps dissimulait ; beaucoup d’hommes clés du procès étaient encore vivants et décidés à défendre leur position actuelle en même temps que leurs actions passées.

Le mont saint Michel

Son frère, Louis, avec une centaine d’hommes d’armes, quelques archers et les molosses qui montaient la garde aux créneaux, avait vaillamment défendu le Mont-Saint-Michel contre les Anglais pendant dix huit années. Jamais, grâce à ce capitaine normand intraitable et à quelques autres, la prière du sublime rocher ne s’était élevée vers Dieu dans une autre langue que le latin ou le français

Petitesse de Charles VII

Charles VII n’était pas venu à Rouen pour assister à la proclamation de l’arrêt annulant la condamnation de Jeanne, fille de Jacques d’Arc et d’Isabelle Rommée , par l’archevêque de Reims, dans le palais archiépiscopal, le matin du 7 juillet 1456. Quel geste pour l’histoire s’il avait écouté ce qu’on lui conseillait. Jusqu’au bout, il fut un petit homme dans un grand roi.