Édition Grasset, 427 pages, août 2023.

J’avais laissé cet auteur avec « L’ami de jeunesse » au milieu de ses études d’histoire à la Sorbonne (un roman qui m’a fait éclater de rire). Comme il a bien fait de les entreprendre et sans aucun doute en tirer le plus grand profit, car voici un roman historique qui m’a absolument enchantée. Je sais que j’ai été tentée par ce roman par un blog que je suis (je mettrai un lien dès que je saurai de qui il s’agit). Voici déjà Sandrine, Athalie et Keisha.

L’histoire se passe en 1367, dans la région de Toulouse. La peste de 1348, a ravagé l’Europe et une grande partie du monde, et ceux qui y ont réchappé, se tourne vers la religion pour retrouver l’espoir. Plusieurs thèmes se croisent dans ce récit, la peste et la mortalité qu’elle a engendrée, les doctrines religieuses qui traversent cette époque et qui n’ont pas intérêt à être traitée d’hérétiques, l’inquisition qui n’hésitent jamais à brûler tous ceux qui pourraient menacer l’autorité de l’église et du pape, quitte à les sortir de leur tombeau et envoyer sur le bûcher leur cadavre, la vie dans les couvent et dans les béguinages, les dissensions entre les franciscains et les bénédictins , et par dessus tout cela l’ombre d’un penseur dominicain le grand maître Eckhart, dont les sermons ont troublé tant de chrétiens à l’époque.

Le roman commence au couvent de Verfeil, dirigé par frère Guillaume. Deux moines, Antonin et le frère Robert, y sont religieux et amis, alors qu’il n’y a pas d’hommes plus différents : Antonin est cultivé et vient d’une famille aisée, Robert ne sait pas lire et est très frustre. Pourtant ces deux là sont amis et leur amitié guidera toute l’intrigue romanesque. Guillaume décide d’écrire ses mémoires et pour cela envoie Antonin et Robert chercher à Toulouse du vélin de qualité et de l’encre. Cela nous vaut des passages très intéressants sur le tannage des peaux. Malheureusement l’inquisiteur de Toulouse qui surveille de près, et cela depuis longtemps le frère Guillaume comprend le projet et arrête les deux amis Antonin et Robert. Il décide d’enfermer Robert et ne lui rendra la liberté que si Antonin trahit son supérieur.

Les mémoires du frère Guillaume nous font revivre le grand maître Eckhart dont il a été le principal disciple. Ils ont, tous les deux, séjourné en Allemagne et vécu dans un béguinage où vivait une certaine Mathilde dont le Maître Eckhart aurait été très proche. En exergue, du roman nous avons une prière de Mathilde où l’on sent toute l’exaltation de cette jeune femme (certains diraient la foi)

Couvre moi du manteau de ton long désir,

Laisse mon corps nu mourir au froid du monde …

Elle sera brulée vive pour hérésie comme appartenant à l’hérésie « les frères du libre esprit ». Et les théories d’Eckhart y ressemblent fort. Si j’ai bien compris, la théologie n’est pas mon fort, mais il faut reconnaître qu’Antoine Sénanque rend ces théories assez claires. Beaucoup de croyants cultivés avaient envie de se passer de la hiérarchie de l’église pour retrouver Dieu. Voilà le danger, que des esprits deviennent libres pour retrouver en eux-mêmes leur part de Divin.

Les mémoires de Guillaume nous font revivre aussi les ravages de la peste et toutes les erreurs commises pour la soigner. Mais le pire c’est l’horreur de l’inquisition, je retrouve intacte quand je lis des récits à propos de l’inquisition mes colères d’adolescente. Les guerres de religion, l’inquisition, la gestapo font partie de mes cauchemars d’enfant. Et dans tout cela il faut sauver Robert des griffes de l’inquisiteur et c’est un suspens très bien mené, je le dis souvent pour pouvoir complètement profiter du récit je suis allée lire l’épilogue pour savoir qui avait survécu à cette tragédie. Je ne vous en dis rien car je respecte nos différences.

Ce roman est passionnant, bien écrit, et il vous embarquera pour plusieurs jours dans un passé fait de violence mais aussi d’amitié sur les routes entre Toulouse , Albi et Avignon.

 

Extraits

Début.

Languedoc, Monastère de Verfeil. 11 février 1357
– On se gèle les couilles, frère Antonin.
 – Ce ne sont pas des paroles de moines.
– Ce ne sont pas les paroles qui font le moine, mais la vérité … et la vérité c’est qu’on se gèle les couilles.
– Il fait effectivement très froid.
– « Effectivement très froid… » . C’est sûr on n’a pas été élevé dans les mêmes et étables, frère Antonin. Maudit froid d’anglais. 
– Je dirais plutôt « froid de Franciscain ».
– Ces merdeux .
– Arrête, Robert. 
– Heureusement, Dieu ne les protège pas plus que nous et donne bonne récompense à leur leçon de misère. Hiver maudit mais juste, on dit qu’ils crèvent comme des sauterelles, sous la bénédiction de leur chère mère nature, cette cargne…

La vocation !

 Son père ne lui avait pas donné le choix. À douze ans il l’avait traîné chez les frères et en guise d’au revoir avait scellé sa vocation par ces mots : « Comme tu es bon à rien, tu seras bon à Dieu. »

L’explication du titre.

 François avait donné l’exemple d’une vie de pauvreté et d’amour, Dominique avait inspiré la sainte Inquisition qui convertissant les indécis par le feu. 
La voix de François parlait au cœur des hommes égarés, celle de Dominique à leurs cendres. C’est la sienne qui portait le mieux.
La promesse du bûcher avait repeuplé les églises et redressé les erreurs théologiques. On avait simplifié les débats et prier et les bonnes âmes qui s’interrogeaient sur une religion purifiée et libérés de l’autorité du pape de méditer leurs erreurs dans le silence l’isolement. Conseil à suivre. 
 Le monastère avait servi de forteresse aux cathares assiégés par les chevaliers français. Ces pierres avaient été baptisées par le sang des renégats qui prétendaient a une pureté impie.

J’aime l’humour de cet écrivain .

Les peaussiers turcs avaient envahi la périphérie des villes où on les prélevait en temps d’épidémie comme victimes expiatoires en compagnie des usuriers juifs. Les bûchers réunissaient ces pêcheurs et réconciliaient leurs croyances dans les flammes. Depuis les années de peste, ils s’en allumaient partout. Les prophètes des rues appelaient à une grande purification car les dernier jours de la terre étaient proches. Il était écrit qu’aucun juif ni aucun Turc ne connaîtrait la fin du monde en Europe, tant on les massacrait pour les priver d’apocalypse.

Eckhart

Il s’arrêtait pour goûter les parfums et prolongeait de longues pauses de les paysages. Il n’exigeait aucune prière, aucun rituel. Il me demandait de laisser faire la nature, de la laisser prier pour nous et pour le monde car sa beauté était action de grâce. C’était la première leçon du maître, Antonin, voir dans la nature une action de Dieu

Humour macabre .

Eckhart ne mesurait pas l’inquiétude du pape devant la montée des hérésies qui touchait l’Allemagne et le pouvoir de plus en plus souverain qu’il déléguait à son archevêque. Eckhart pensait que l’on devait corriger l’hérétique par la parole, l’archevêque suggérait qu’on lui tranche d’abord la gorge avant de l’écouter.

Pourquoi la haine de l’inquisiteur à propos d’ Eckhart ?

 Tous ceux qui prétendaient que l’Église était inutile, qui méprisaient le pape, les moines, et les sacrements. Tous ceux qui ne comptaient que sur leur propre force spirituelle qui se sentait capables de Dieu, tous ceux-là étaient fils d’Eckhart.
 L’inquisiteur avait pour suivit les insoumis qu’on accusait de posséder les écrits du maître. Il avait brûlé des centaines de pages de ses sermons mais il n’avait pas eu accès aux bibliothèques des grands du royaume, ni à celles des intellectuels et des universitaires qui en gardaient des copies. l’enseignement d’Eckhart était à présent une hérésie de riche.

 

 

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Édition STOCK

Après « le roi disait que j’étais le diable » voici donc la suite de la vie mouvementée d’Aliénor d’Aquitaine. Elle n’est plus la Reine de France , ni l’épouse du trop sage et trop pieux Louis VII, mais elle est Reine d’Angleterre et l’épouse du fougueux et cruel Henri Plantagenêt. « La révolte » dont il est question ici, est celle qu’elle a fomentée avec ses trois fils pour reprendre à Henri le trône de l’Angleterre. Cela lui vaudra d’être emprisonnée pendant quinze ans dans des donjons britanniques très « inhospitaliers » (En période de confinement, elle aurait peut-être eu des conseils à nous donner !). Mais elle en sortira et soutiendra ses fils qui ne cesseront, eux, de se faire la guerre. C’est une période incroyablement violente, trop pour moi c’est sûr et je n’arrive pas à voir dans Aliénor d’Aquitaine une féministe lettrée que l’auteure veut nous présenter. C’est une femme de pouvoir cruelle et calculatrice et rien ne l’arrête quand elle veut étendre son influence. En revanche, je suis prête à croire au portrait de Henri Plantagenêt, un homme d’action violent et déterminé. Le roman se présente comme un long monologue de leur fils Richard (Cœur de Lion) qu’il adresse à sa mère. Si cette période m’intéressait, je crois que je préférerais lire l’oeuvre d’un historien, je sens trop dans ce récit l’envie de l’auteure de présenter Aliénor comme une femme moderne « féministe ». Cela n’enlève rien au style très alerte de cette auteure mon peu de goût pour ce roman en dit beaucoup sur mon dégoût des scènes de batailles successive où on embroche, on viole, on assassine allègrement.

 

Citations

Tout oppose le roi de France, Louis VII à Aliénor

Blois s’apprêtait à fêter les Rameaux. Ma mère se réjouit. Durant ces années de mariage, au côté d’un Louis si pieux, son sang d’Aquitaine a failli s’assécher. Il réclamait la foule, la musique, les façades décorées. Il était malade de calme. Mais demain, ma mère se glissera au milieu des rondes et boira du vin.

Une belle tempête

 Les marins implorent le ciel, les yeux mouillés de pluie. La mer joue avec le vaisseau comme une balle. Les vagues se dressent, s’abattent et balaient le pont telle une langue blanche surgit des tréfonds . On tombe, s’agrippe, on disparaît. Un marin hurle. Il se balance le long de la coque, son pied coincé dans un cordage la tête en bas. Des lames d’eau frappe sa silhouette, il agite les bras puis devient pantin mou, renversé, qui fait de grands allers-retours au bout de sa corde, et ce mouvement répond à la danse des tonneaux sur le pont qui roulent d’avant en arrière. Autour, dans la vapeur grise, on ne voit rien, mais tout est bruit. On jurerait que le vent ricane, le ciel rugit de joie. Le bois grince tant qu’il semble crier, la coque résonne des hennissements affolés des chevaux. La cale du bateau inondée, recrache les outils des charpentiers. Il faut éviter l’avancée fulgurante des scies, invisible dans les remous, ainsi que celles des clous. À la proue, les bannières tordues de vent rappellent la trace dérisoire d’un prestige. Soudain les nuages s’écartent et découvrent une lune pareille à un œil blanc et fixe. Chacun se tait, figé dans cette clarté sinistre. Puis les brumes se referment comme une bouche, l’obscurité tombe et la tempête reprend.

Genre de scènes « sympathique »

Nous contourneront l’abbaye de Fontevraud que certains voudraient piller, j’entends les mercenaires comparer cette abbaye à une orgie car elle est mixte, hommes et femmes y vivent ensemble, « de quoi se régaler l’heure des messes », ricanent les hommes. Mercadier essaie discrètement de les faire taire. Trop tard. Je remonte les rangs. Le plaisantin est facile à repérer. Il transpire. Je prends le temps de l’observer, puis de sortir mon épée. Elle glisse lentement le long de sa tante ruisselants. D’un seul coup, elle coupe son oreille. Le mercenaire hurle et se plie sur son cheval. Je tourne bride en veillant à ce que les sabots marchent sur l’organe sanglant. Je reprends ma place devant les troupes. Piller Fontevraud ! Ces guerriers ignorent donc que ma mère veut y être enterrée ? Il est hors de question d’y toucher.
 Je lance le départ. Ille chevaux s’ébranlent derrière moi. Ce grondement est une sève, rage et joie mêlées. Mercadier exulte. Un chant monte en puissance.
J’aime quand les coureurs
 Font fuir gens et troupeaux
Et j’aime quand je vois après eux
Venir les venir les gens d’armes…
 Mon épée cogne ma cuisse à chaque foulée, battements d’acier qui rythme ma vie, Au son d’un air gaillard repris par des ogres.

Les souvenirs d’une reine enfermée pendant quinze ans

 Mais je ne dois pas me laisser distraire. La mémoire est un soldat aux jambes maigres et infatigable. Elle attaque la nuit. Inutile de la fuir. Elle grimpe vos murs et rampe sous vos portes. Elle agit sans haine, avec la lenteur sereine de celle qui connaît ses droits. Qu’importe que son scintillement ressemble au robe des fées. Le dormeur, lui, ne peut plus bouger, et se sent gagné par le froid.

 

Quel roman ! et pourtant je ne suis pas une fan des romans historiques. mais je trouve que cette auteure a su donner une forme très réussie à un moment de notre histoire si peu connue. Je savais déjà que notre « bon » Saint Louis avait imposé le port de « la rouelle » aux juifs de France, je savais aussi que Philippe Le Bel les avait chassés du royaume en les spoliant de tous leurs biens. Mais cette haine envers le Talmud, je n’en savais rien. Pourtant j’ai déjà beaucoup lu sur le sujet, en particulier le livre de Bernard Lazare « L’antisémitisme son histoire et ses causes ». C’est grâce à cet essai que j’ai compris une des raisons de l’antisémitisme viscérale des chrétiens misérables des temps anciens. Ceux à qui l’on disait que : « malheureux sur terre les portes du paradis s’ouvriraient pour eux ». Les juifs eux répondent : votre paradis est sur terre et c’est là que vous devez tout faire pour être heureux. Ils apparaissent alors comme des jouisseurs et ne méritent que le mépris.

Elliet Abecassis, situe son roman à l’époque de Saint Louis, celui qui va partir en croisade, massacrer les Cathares et très difficilement supporter les juifs dans son royaume, en particulier ceux qui étudient le Talmud. Il va être aidé par un » karaïte« . Et voilà encore un fait historique que je ne connaissais pas : les karaïtes, sont des juifs qui refusent le Talmud et qui veulent en rester à la Thora. Ils ont à peu près disparu mais leur rôle dans la Shoa est pour le moins ambiguë. Saint Louis fera finalement brûler tous les Talmuds et les juifs qui défendront leur précieux livres. Pourquoi cette haine du Talmud, pour une raison ô combien contemporaine, grâce à l’étude du Talmud les Rabbins essaient d’adapter la Thora au monde qui les entoure. Cette interrogation sans fin des textes bibliques peut apparaître comme un grave danger à une église qui domine le monde et qui veut établir une pensée unique. Et le roman dans tout ça , et bien bravo à Eliette Abelcassis, ce n’est pas du tout une histoire plaquée sur une réalité historique, c’est une histoire qui permet de comprendre au plus près les difficultés posées par la vie à un jeune juif qui veut respecter tous les dogmes de sa religion. Et quand on s’appelle Cohen ce n’est pas une mince affaire car on doit plus qu’un autre respecter à la lettre les préceptes de la Thora. Comment alors vivre un amour défendu ? Je n’en raconte pas plus car j’espère bien retrouver ce roman sur vos blogs et je sais que vous êtes nombreuses à ne pas aimer qu’on vous divulgâche un suspens romanesque.

 

 Citations

 

L’importance des rêves

L’interprétation du rêve est multiple car son objectif n’est pas de définir la vérité du rêve, mais de réconcilier le rêveur avec lui-même par une parole créatrice qui lui permet de résoudre ses conflits intérieurs. Pour cela, l’interprète peut-être comparé à un prophète. Si l’on parvient à élucider l’origine de ses problèmes et de ses angoisses on peut changer sa vie, ou même anticiper les problemes d’un pays, comme le fit Joseph avec le Pharaon !

 

Les karaïtes et la Torah

La loi orale est considérée comme inepte et subversive. Pour eux, la Torah orale contredit la Torah écrite, elle ne peut donc être de source divine. Ils disent que le talmud avec ces disputes et ces multiples contradictions est imparfaite et critique. Une lutte a eu lieu au sein même du judaïsme entre les karaïtes et les talmudistes. Les karaïtes aujourd’hui se cachent. Ils ne disent pas qui ils sont, mais on les remarque car ils vivent de façon austère. Ils se déplacent la tête découverte, sans kippa, sauf dans leur synagogue. Leur calendrier est écrit en fonction de l’observation de la lune. Il ne tolère pas le feu de shabbat, même quand il a été allumé par quelqu’un d’autre ou avant le début du jour saint.

 

 

Débat de toujours en religion

Or, s’il on en reste à la Torah et à elle seule, on devrait lapider un homme qui coupe du bois le jour du Shabbat, tuer les amants adultère d’un coup d’épée devant tout le monde, comme le fait Pinhas dans la Bible, lapider les jeunes filles qui ne sont pas vierge… Contre cela, la loi orale, le Talmud, s’élève et dit : On n’a pas le droit de tuer un homme pour une raison affective. »
Je n’ai pas peur de le dire : si notre Torah n’est pas humaine, si elle n’est pas interprétable, si elle nous paraît violente et injuste par moment, comment la défendre ?

Ce qui a le plus profondément divisé les chrétiens des juifs

Je voulais lui apporter au moins un peu de réconfort et lui expliquer qu’il n’y a pas vraiment de paradis ni l’enfer selon le Talmud, que ce sont des inventions de l’Eglise pour dominer les esprits, pour imposer son servages moral et consolider son ascendant sur les pauvres : s’ils sont malheureux ici, ils seront rétribués au paradis, et inversement.

Saint Louis

Je suis parti, j’ai quitté mon pays, j’ai fui ceux qui nous pourchassaient pour nous mettre à mort. Ils sont entrés dans nos synagogues, ils se sont emparés de nos écrits, ils ont pris les manuscrits, ils les ont dérobés et les ont emportés sur ordre du roi.
Les inquisiteurs ont allumé le bûcher en plein cœur de la ville. Les moines et les prêtres ont fourni le bois, ils ont soufflé sur les braises pour augmenter la flamme aux yeux de tous, en signe de vengeance et de haine. Et voici que nos livres brûlent, se consument, crépitent, les feuilles se gonflent sous la chaleur, les reliures se délitent, les lettres tournoient et s’envolent, les marges s’étiolent, les mots disparaissent, tout s’envolent vers les cieux, dans la fumée qui se lève, les emporte à jamais, et j’entends au milieu des crépitements les paroles assourdies de deux mille rabbins depuis mille ans, de mille disciples et mille maîtres , qui argument avec d’autres disciples et maîtres , au fil des âges, et qui, sans s’encombrer du temps qui passe, sur l’éternité d’une page, commentent à l’infini la parole de l’Éternel.