Édition Albin Michel
Traduit de l’italien par François Brun
lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

Citations
Le métier de médecin
En tant que médecin , je récolte une foule d’indices pour les assembler et leur trouver un sens : des symptômes , des signes, des résultats d’analyses. Au fond, ce métier, c’est ça : faire la somme des symptômes, des signes, des analyses pratiquées et chercher l’explication. On pose une hypothèse diagnostique, puis on examine ce qui la corrobore. Pour ça, je dois pouvoir m’orienter, savoir quoi chercher et quoi regarder. La médecine d’aujourd’hui est aveugle, ces examens tous azimuts sont bien la preuve que le médecin ne sait plus regarder.
Utilité des photos
La photographie te met face à une réalité : la petite fille nue qui crie et qui pleure, le milicien qui meurt, l’enfant syrien noyé -une des photos les plus terribles, on a eu raison de la prendre et de la publier. Et cette réalité est une douleur, immense, lancinante. Pourtant, malgré cette souffrance qui nous est donnée à voir, nous ne comprenons pas plus. Qu’est-ce qui a changé, au bout du compte ?
L’horreur
Le corps est un journal intime où se lisent les événements des derniers jours de la vie. La raideur de certains muscles dit l’extrême privation d’eau. La faible présence de chair dans la cage thoracique témoigne de l’absence de nourriture pendant de longues périodes. Les lésions sont les signes visibles d’une grande violence subie, dans les prisons libyenne comme sur le bateau. Pendant la traversée, certains sont tués à coups de bâton devant les autres pour que ceux-ci comprennent que protester, où demander de l’eau est puni par la mort immédiate. Généralement, les corps sont jetés à la mer. Il arrive aussi que ceux qui ose se plaindre des conditions du voyage soient lancés vivants dans les vagues.