Traduit du néer­lan­dais (Belgique) par Isabelle Rosse­lin

Edition poche Folio

En lisant le billet de Domi­nique je m’étais fait une promesse, mettre ce livre dans ma liste, puis dans ma pile à côté de mon lit, et puis fina­le­ment de le lire. Promesse tenue. J’ai bien aimé cette lecture dont un bon tiers est occupé par le récit de la guerre 1418 vu du côté des Belges. Stefan Hert­mans a voulu redon­ner vie à un grand-père très digne et très pieux. Il a voulu aller plus loin que son appa­rence d’homme sévère habillé en costume et portant tous les jours une laval­lière noire et un borsa­lino. Il a trouvé un homme meur­tri par la guerre et qui ne s’est jamais remis des souf­frances qu’il a ressen­ties dans son corps et celles qui ont blessé et tué de façon horrible ses compa­gnons. La force avec laquelle sont racon­tés ces combats m’ont permis de me rendre compte de l’hé­roïsme de cette armée dont je savais si peu de chose avant de lire ce roman. Un autre aspect que j’ai décou­vert, c’est la domi­na­tion à l’époque du fran­çais sur le flamand (les temps ont bien changé !). Les pauvres soldats flamands non gradés devaient donc obéir à des ordres parfois absurdes et qui, surtout, pouvaient les emme­ner à la mort donnés par des offi­ciers qui ne s’ex­pri­maient qu’en fran­çais d’un ton le plus souvent mépri­sant. Plusieurs fois, dans ce récit on ressent la langue fran­çaise comme une façon de domi­ner les flamands. Comme ce lieu­te­nant qu’il entend dire derrière son dos

Ils ne comprennent rien, ces cons de Flamands

Au delà des récits de guerre, on découvre un homme Urbain Martien (pronon­cez Martine) qui a aimé et a été aimé par ses parents. Son père, grand asth­ma­tique, lui a donné le gout du dessin mais malheu­reu­se­ment, il lais­sera trop tôt sa femme veuve avec ses quatre enfants. Urbain connaî­tra la misère celle où on a faim et froid et pour aider sa mère il travaillera dans une fonde­rie sans aucune protec­tion et dans des condi­tions effroyables. Fina­le­ment il s’en­ga­gera à l’ar­mée et sera formé au combat ce qui le conduira à être un cadre sous offi­cier pendant la guerre.
Il connaî­tra l’amour et sera passion­né­ment amou­reux d’une jeune femme qui ne survi­vra pas à la grippe espa­gnole ; il épou­sera sa sœur et ensemble, ils forme­ront un couple raison­nable.

J’ai eu quelques réserves à la lecture de cette biogra­phie, autant le récit de la guerre m’a passion­née car on sent à quel point il est authen­tique : nous sommes avec lui sous les balles et les des canons enne­mis, on patauge dans la boue et on entend les rats courir dans les tran­chées. Autant la vie amou­reuse de son grand-père m’a lais­sée indif­fé­rente. En revanche, sa jeunesse permet de comprendre cet homme et explique pour­quoi la reli­gion tient tant de place dans sa vie. Pour la pein­ture puisque c’est l’autre partie du titre disons que le talent d’un copiste même merveilleux n’est pas non plus très passion­nant, la seule ques­tion que je me suis posée c’est pour­quoi il n’a que copié des tableaux et n’a pas cher­ché expri­mer ses propres émotions.

Quand je suis éton­née d’ap­prendre que la ville où j’ha­bite se situe dans le Nord de la France :

Blessé une deuxième fois sur le front de l’Yser, touché par une balle à la cuisse, juste en dessous de l’aine, il avait été évacué ; pour sa réédu­ca­tion, il avait été envoyé dans la ville côtière de Dinard, dans le nord de la France. Depuis la ville voisine de Saint-Malo, il avait fait la traver­sée, avec quelques compa­gnon en réédu­ca­tion, vers Southamp­ton, pour rendre visite au fils de son beau-père, mais à peine était-il en haute mer une tempête s’était levée, qui avait duré un jours et demi.

Et voici la photo de la foule qui attend l’ar­ri­vée des bles­sés de la guerre 1418 qui vont être soignés à Dinard dont a fait partie Urbain Martien .

Citations

Pourquoi cette référence à Proust

Le tailleur l’en­voie d’un ton bourru cher­cher à l’école le fils de cette famille bour­geoise. Au bout d’un certain temps, il est chargé chaque jour de cette tâche et doit porter le cartable rempli de livres du jeune monsieur en prenant garde de rester deux pas derrière lui, pour éviter de rece­voir un coup de canne que ce garçon de douze ans manie déjà avec une suffi­sance prous­tienne.

Le couple de ses grand-parents

Son mariage avec Gabrielle était sans nuages pour quiconque n’était pas plus avisé.Enchevêtrés comme deux vieux arbres qui, pendant des décen­nies, ont dû pous­ser à travers leurs cimes respec­tives, luttant contre la rareté de la lumière, ils vivaient leur jour­née simple, unique­ment entre­cou­pées par la gaieté appa­rem­ment frivole de leur fille, leur unique enfant. Les jour­nées dispa­rais­saient dans les répliques du temps diffus. Il peignait.

Le 20 siècle

Il a consi­gné ses souve­nirs ; il me les a donnés quelques,mois avant sa mort en 1981. Il était né en 1891, sa vie semblait se résu­mer à l’in­ver­sion de deux chiffres dans une date. Entre ces deux dates étaient surve­nus deux guerres, de lamen­tables massacres à grande échelle, le siècle plus impi­toyable de toute l’his­toire de l’hu­ma­nité, la nais­sance et le déclin de l’art moderne, l’ex­pan­sion mondiale de l’in­dus­trie auto­mo­bile, la guerre froide, l’ap­pa­ri­tion et la chute des grandes idéo­lo­gies, la décou­verte de la baké­lite, du télé­phone et du saxo­phone, l’in­dus­tria­li­sa­tion, l’in­dus­trie ciné­ma­to­gra­phique, le plas­tique, le jazz, l’in­dus­trie aéro­nau­tique, l’at­ter­ris­sage sur la lune, l’ex­tinc­tion d’in­nom­brables espèces animales, les premières grandes catas­trophes écolo­giques, le déve­lop­pe­ment de la péni­cil­line et les anti­bio­tiques, Mai 68, le premier rapport du club du club de Rome, la musique pop, la décou­verte de la pilule, l’éman­ci­pa­tion des femmes, l’avè­ne­ment de la télé­vi­sion, des premiers ordi­na­teurs – et s’était écoulé sa longue vie de héros oublié de la guerre.

Les goûts musicaux

En revanche, il éprou­vait du dégoût et de la colère en enten­dant Wagner et faisait ainsi sans le savoir le même choix que le grand philo­sophe au marteau : Nietzsche écri­vit en effet à la fin de sa vie qu’il préfé­rait la légè­reté méri­dio­nale, l’af­fir­ma­tion de la vie et de l’amour chez Bizet, au fume­rie d’opium teutonnes des ténèbres mystique de Wagner. Offen­bach rendait mon grand-père joyeux, et quand il enten­dait les marches mili­taires, il se rani­mait . Il connais­sait par cœur la pasto­rale de Beetho­ven surtout le mouve­ment où le coucou lance son appel dans la fraîche forêt vien­noise.

L’accent français en Belgique

En face, dans la boutique d’al­lure vien­noise du boulan­ger juif Bloch, les femmes de la bonne société prenaient un café servi dans une petite cafe­tière en argent accom­pa­gné d’un crois­sant beurré, tandis qu’elle lisait un livre acheté chez Hercken­rath, le papier d’emballage soigneu­se­ment plié en quatre à côté de leur main baguée. Elles étaient telle­ment chics qu’elle affec­taient une pointe d’ac­cent fran­çais en parlant flamand.

Avancées techniques allemande 1914

Le fort de Loncin est mis hors de combat par un tir de plein fouet sur la poudrière. Le béton n’était pas encore armée, ce qui fut fatal au vieux masto­donte, dernier vestige d’une époque candide. (.….) En chemin nous appre­nons que presque tous les forts sont tombés et que toute résis­tance est deve­nue vaine. Les Alle­mands utilisent des mortiers lourds d’un calibre de 420 milli­mètres dont nous igno­rions tota­le­ment l’exis­tence. Leurs tirs ont ouvert des brèches dans tous les forts liégeois ; ces cita­delles désuètes peuvent tout au plus résis­ter un calibre 210 milli­mètres.

Les troupes allemandes en Belgique

Un matin, une semaine plus tard, nous enten­dîmes pleu­rer un enfant. Un garçon­net d’une dizaine d’an­nées était debout sur l’autre rive. Le comman­dant nous inter­dit d’al­ler le cher­cher. Carlier dit que c’était une honte, il retira son uniforme, sauta dans l’eau et nagea jusqu’à l’autre côté. Au moment où il voulut tendre la main à l’en­fant, celui-ci détala . Les Alle­mands se mirent à tirer avec toutes leur bouches de feu, nous n’avions aucune idée d’où prove­naient les tirs. Carlier tomba à la renverse, roula sur la berge jusque dans l’eau, plon­gea en profon­deur, ne ressor­tit que lors­qu’il fut arrivé de notre côté. Tout le monde avait suivi la scène en rete­nant son souffle ; Carlier fut hissé à terre, le comman­dant dit qu’il méri­tait en réalité une lourde sanc­tion, mais en voyant à quel point le procédé des Alle­mands nous avait indi­gnés, il en resta là.
Nous prîmes conscience que nous avions en face de nous ennemi sans le moindre scru­pule. Ce genre de tactique de guerre psycho­lo­gique était nouveau pour nous, nous avions été éduqués avec un sens rigou­reux de l’hon­neur mili­taire, de la morale et de l’art de la guerre, nous avions appris à faire élégam­ment de l’es­crime et à réali­ser des opéra­tions de sauve­tage, nous avions appris à réflé­chir à l’hon­neur du soldat et de la patrie. Ce que nous voyons ici et était d’un autre ordre. Cela boule­ver­sant nos pensées et nos senti­ments, nous ressen­tions, le cœur rempli d’an­goisse, que nous reve­nions d’autres hommes prêts à tout ce que nous avions évité aupa­ra­vant.

Les atrocités de la première guerre ont-elles entraîné celles de la seconde ?

Toutes ses vertus d’une autre époque furent réduites en cendres dans l’en­fer des tran­chées de la Première Guerre mondiale. On enivrait sciem­ment les soldats avant de les amener jusqu’à la ligne de feu (un des plus grands tabous pour les histo­riens patrio­tiques, mais les récits de mon grand-père sont clairs à ce sujet) ; les bouis-bouis, comme les appe­lait mon grand-père, se multi­pliaient, on en voyait pour ainsi dire partout à la fin de la guerre, de ces lieux où l’on encou­ra­geait les soldats à apai­ser leurs frus­tra­tions sexuelles pas toujours en douceur ‑une nouveauté en soi, sous cette forme orga­ni­sée. Les cruau­tés les massacres trans­for­mèrent défi­ni­ti­ve­ment l’éthique , la concep­tion de la vie, les menta­li­tés et les mœurs de cette géné­ra­tion. Des champs de bataille à l’odeur de prés piéti­nés, des mourants comme au garde-à-vous jusqu’à l’heure de leur mort, des scènes pictu­rales mili­taires avec en toile de fond la campagne du dix-huitième siècle remplie de collines et de boque­teaux , il ne resta que des décombres mentaux asphyxiés par le gaz moutarde, des champs remplis de membres arra­chés , une espèce humaine d’un autre âge qui fut litté­ra­le­ment déchi­que­tée.

Toutes les après-guerres se ressemblent

Partout surgissent de véhé­ments patriotes, qui pendant la guerre se livraient à un commerce clan­des­tin mais inten­sif avec les Alle­mands. Partout des traces et des témoi­gnages sont fiévreu­se­ment effa­cés. Partout j’as­siste à des querelles, de l’ani­mo­sité, des ragots, des trahi­sons, des lâche­tés et des pillages, tandis que les jour­naux exultent en évoquant une paix bien­heu­reuse. Nous, les soldats qui reve­nons du front, nous sommes mieux infor­més. Nous nous taisons, luttons contre nos cauche­mars, écla­tant parfois en sanglots en sentant l’odeur du linge fraî­che­ment repassé ou d’une tasse de lait chaud.

Explication du titre, et fin du livre

Ainsi, ce para­doxe fut une constante dans sa vie : ce ballot­te­ment entre le mili­taire qu’il avait été par la force des choses et l’ar­tiste qu’il aurait voulu être. Guerre et téré­ben­thine. La paix de ces dernières années lui permit de prendre peu à peu congé de ses trau­ma­tisme. En priant Notre-Dame des Sept Douleurs, il trouva la séré­nité. Le soir avant sa mort, il est parti se coucher en pronon­çant ces mots : je me suis senti si heureux aujourd’­hui, Maria.

Traduit du néer­lan­dais (Belgique) par Daniel Cunin

Ce roman prêté par ma sœur, lui avait beau­coup plu car il se foca­lise sur un aspect peu connu de la guerre 14 – 18 vu du côté britan­nique, à savoir la mino­rité qui n’a pas parti­cipé à l’élan patrio­tique qui a conduit une géné­ra­tion à faire la guerre. J’ai partagé son plai­sir de lecture et j’ai aimé les rapports entre les deux person­nages prin­ci­paux : John le paci­fiste et Martin le va-t-en-guerre. Ils ont grandi auprès de la même femme. La mère de Martin,madame Bombley, d’un milieu très pauvre et secoué par l’alcoolisme brutal d’un père marin, heureu­se­ment souvent absent, a été la nour­rice de John dont la mère n’a pas survécu à son accou­che­ment. Son père se réfu­gie dans la douleur et la passion pour les livres anciens qu’il ne lit pas mais qu’il collec­tionne. John Patter­son est destiné aux études, malheu­reu­se­ment la guerre 14 – 18 vien­dra inter­rompre cette desti­née.

Le choix de ces deux person­nages permet à l’au­teur de cerner au plus près le patrio­tisme en Grande Bretagne. C’est ma réserve par rapport à ce roman, les patriotes sont tous abru­tis et seuls les paci­fistes ont le courage de réflé­chir. C’est inté­res­sant de voir tous les procé­dés qui ont amené les Britan­niques à s’en­ga­ger dans une guerre qui, somme toute, n’était pas la leur. Par exemple des groupes de femmes qui décorent de plumes blanches les hommes qui ne s’en­gagent pas alors qu’ils pour­raient le faire. Les agents recru­teurs postés dans tous les endroits stra­té­giques de Londres qui entraînent tous les jeunes à vouloir au plus vite servir leur pays, les effets de la propa­gande qui repré­sentent les Alle­mands comme des sauvages et qui annoncent victoire sur victoire des troupes anglaises. Face à cela, deux person­nages qui s’op­posent à la guerre et dont les person­na­li­tés sont très bien analy­sées et ont, cela se sent, toute la compré­hen­sion de l’écri­vain.

Fina­le­ment, John s’en­ga­gera, lorsque son père sera tué, victime annexe d’un bombar­de­ment alle­mand avec un zeppe­lin. Il recher­chera Martin et voudra savoir ce qui lui est arrivé. Ce sera encore l’occasion de détruire un peu plus l’image de l’héroïsme et dénon­cer la cruauté des armées au combat.Tout ce qui est dit est vrai, sans doute mais explique mal l’élan de tout un peuple pour faire cette guerre. L’in­té­rêt du roman, réside dans l’ana­lyse de l’ami­tié conflic­tuelle qui lie Martin et John et aussi le portrait du père de John, le facteur qui ne supporte plus d’ap­por­ter les lettres annon­çant la mort des soldats dans les foyers anglais. Le titre du roman est très impor­tant car si tout se joue sur le terrains au milieu des bombes et des balles qui fauchent les vies, l’au­teur accorde une grande impor­tance au cour­rier qui peut à lui seul chan­ger le sort de ceux qui reçoivent ces lettres.

Le point de vue de cet auteur belge sur l’en­ga­ge­ment britan­nique est origi­nal et très fouillé, mais j’ai vrai­ment du mal à croire que seuls les abru­tis voulaient faire la guerre cela a dû jouer sur un ressort plus profond de la nation anglaise.

Citations

Comment influencer ceux qui ne sont pas assez patriotes

Quatre filles de mon année, qui m’avaient à quelques reprises accosté, lambi­naient dans le couloir ; sans tarder, je partis dans la direc­tion oppo­sée alors que le garçon aux boucles, qui ne se doutait de rien, tomba dans leur piège. Je ralen­tis le pas pour écou­ter ce qui allait suivre. Comme je m’y atten­dais, les filles s’empressèrent de lui adres­ser la parole sur un ton mépri­sant.
« Qu’est-ce que tu fabriques au cours de Ker ? » lança l’une d’entre elles coif­fée à la garçonne.
« On ne t’a jamais vu avant, fit l’autre. Tu t’es perdu ? »
« Tu as peut-être perdu ta maman ? gloussa la troi­sième.
Le géant resta bouche bée. Bien souvent, la meilleure réponse réside dans le silence. Mais les étudiantes n’étaient pas déci­dés à lâcher leur proie.
« Tu veux qu’on t’aide à trou­ver ton chemin ? suggéra la fille à la physio­no­mie garçon­nière. Il y a un bureau de recru­te­ment à deux pas d’ici. C’est là qu’est ta place. A moins que tu ne sois trop poltron pour te battre  ? »
Le ton deve­nait plus agres­sif.

Pourquoi les jeunes se sont-ils engagés ?

Les gens sont des lemmings, reprit-il. Ils s’acharnent à marcher avec la multi­tude. Au sein de laquelle il se croit en sécu­rité. Qui les dissuade de réflé­chir. De choi­sir. Suivant aveu­gle­ment le courant quel que soit l’en­droit où il les même. Animés, et chauf­fés par l’ha­leine de la masse. Toujours plus loin. Entraî­nant tout et tout le monde. Jusqu’au jour où…

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Je dois la lecture de ce livre à Aifelle, qui en parle comme d’une « pépite ». J’ai été touchée, moi aussi, par la sensi­bi­lité de ce « Fifi », petit dernier d’une tribu de paysans chez qui le cœur à l’ou­vrage remplace toutes les vertus dont celle du cœur. Fifi se console avec ses cochons, seuls êtres vivants qui lui donnent un peu de douceur depuis le départ de sa sœur Maryse, celle qui a donc fina­le­ment « passer la rivière ».

Pour­quoi suis-je moins enthou­siaste qu’Ai­felle, je n’aime pas trop les invrai­sem­blances, dans ce récit tota­le­ment intem­po­rel, il est vrai, un jeune adulte est élevé sans aucun lien avec le monde exté­rieur, comment a‑t-il échappé à l’école ? Comment ne sachant pas lire, arrive-t-il à apprendre unique­ment en appre­nant une lettre après l’autre, au bout de 24 séances, il sait donc lire ! ? (Tous les gens qui ont dû faire face à illet­trisme savent que c’est tota­le­ment impos­sible) Comment l’en­quête sur un incen­die alors que celui-ci a trois départs, et cause la mort de trois personnes, ne provoque pas une enquête appro­fon­die ? Une autre invrai­sem­blance est encore plus criante, , mais la dévoi­ler revien­drait à racon­ter la longue et diffi­cile enquête de Fran­çois (Fifi) vers ses origines.

Si on passe au-delà de tout cela, ce court roman est poignant, ce jeune homme sensible est élevé dans un monde de dureté absolu, il veut comprendre qui il est, pour­quoi sa famille se comporte de cette façon, et comment faire pour que ce soit diffé­rent. Il finira bien sûr par passer la rivière lui aussi, comme sa sœur Maryse seule personne à avoir donner un peu d’af­fec­tion au petit gardien des cochons.

Citations

Jolie phrase triste

Je prenais mon balai et mon torchon pour effa­cer le temps qui passe et la pous­sière comme la neige tombée sur tout ce qu’a­vait connu Maryse.

Dureté

Chez nous, on ne pleure pas, ça mouille à l’intérieur, mais au dehors c’est sec.

L’absente

De notre mère pas de photo, juste la taloche quand je posais des ques­tions au père et ses yeux qui regar­daient vers nulle part, le grand silence qui se faisait alors.

La réalité et les livres

Peut-être que les livres ça ment, ça ne cesse de mentir, alors à quoi ça sert de lire pour espé­rer des choses qui n’ar­ri­ve­ront jamais.

Désespoir et lueur d’espoir

S’il y avait une chose impos­sible, c’était bien celle-là. ça je le savais que tu ne sauves personne rapport à Oscar et à Jean-Paul et à tous les autres qu’on aime, qu’on ne peut pas empê­cher de crever comme des mouches qu’on apla­tit avec la main. Je ne savais même pas si on peut se sauver soi-même, mais j’étais prêt à parier que oui.

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Merci Domi­nique pour ce déli­cieux conseil. J’avais demandé un conseil de lecture : j’étais en train de lire une série de livres plutôt éprou­vants . Et, j’ai reçu ce cadeau de lecture !

Il y a parfois des coïn­ci­dences agréables :

  • J’ai visité Bruges très récem­ment
  • Cet été, mes quatre petits fils ont su, à leur manière, me dire qu’ils étaient heureux que je sois leur « grand-mère »
  • Ma mère s’appelait Thérèse et ma grand-mère Augus­tine

La grand-mère du livre, celle que l’écrivain sait si bien faire revivre : Thérèse-Augus­tine ! L’amour du petit fils pour sa grand-mère est très bien raconté et ne peut que vous émou­voir. Il sait donner vie à cette femme qu’une trop rude enfance paysanne, voulait lais­ser dans l’ignorance de la culture.

Thérèse-Augus­tine décou­vrira les plai­sirs de la lecture avec son petit fils, c’est une belle leçon d’optimisme pour ceux à qui l’âge fait peur. L’auteur sait aussi, (sa biogra­phie nous dit que Charles Bertin est poète) décrire les plai­sirs des jardins et dela mer. Certaines pages sont de petits poèmes en prose. Un court mais réel plai­sir de lecture, un livre que je recom­man­de­rai à mon tour.

Citations

Elle ne pardonna jamais à son père la violence qui lui avait été faite en la reti­rant de l’école à douze ans. Ce fut le vrai drame de son exis­tence : un demi-siècle plus tard ; l’amertume d’avoir été flouée la tenaillait toujours.

Au fil des mois, la pratique des livres dans laquelle elle n’avait vu à l’origine que le symbole de sa libé­ra­tion et l’instrument d’une revanche sur le destin, finit par se muer en passion toute pure.

O Thérèse-Augus­tine, ma grand-mère des groseilles de juin qui trico­tiez en me racon­tant votre vie sur le perron aux capu­cines, bien des poètes, c’est vrai, firent moins bien que vous.

Pour le style

Mais la véri­table fête, c’est la lumière qui me la donnait : les jeux conju­gués de la pluie et du soleil trans­for­maient mon repaire de verdure en une manière de grotte océa­nique où tous les tons du vert, du jade au céla­don, de l’émeraude à l’aigue-marine, riva­li­saient dans cette pénombre élyséenne criblée de rayons. La plus mince ramure baignait dans une mousse de lumière dorée qui parais­sait puiser son éclat à quelque fabu­leuse source inté­rieure. Je ne me lassais pas de contem­pler à travers l’épaisseur du feuillage encore nappé de pluie, mais d’où montaient déjà les premières vapeurs, l’irisation des gouttes suspen­dues qui, durant un moment dont j’aurais souhaité prolon­ger les délices, conti­nuaient l’une après l’autre à se déta­cher, comme à regret, de l’extrême pointe des feuilles vernis­sées. Je ne savais pas encore que je décou­vri­rais dans cet avène­ment éphé­mère d’une œuvre de la nature une préfi­gu­ra­tion du plai­sir que je trou­ve­rais un jour dans les accom­plis­se­ments de l’art des hommes.