Voici donc le quatrième roman que je lis et que j’apprécie de Laurent Seksik. Cet auteur a un grand talent pour faire revivre les gens célèbres du début du XX°siècle. Après Einstein, Romain Gary voici donc l’évocation des derniers mois de la vie de Stefan Zweig et de sa jeune compagne Lotte Altmann , madame Zweig. Venant de finir « les joueurs d’échec », j’ai eu envie de mieux comprendre cet auteur. Ce court récit est abso­lu­ment poignant, on connaît la fin et cette lente montée vers le geste inéluc­table : le suicide du couple, est terrible. Surtout celui de la jeune femme qui suit son amour dans la mort mais qui avait la vie devant elle. Le terrible déses­poir de cet immense écri­vain est très bien décrit ainsi que son inca­pa­cité à mener un dernier combat vers l’espoir. Mais on sait aussi qu’il a raison, Hitler et les Nazis autri­chiens ont fait dispa­raître à tout jamais une immense culture dont les intel­lec­tuels vien­nois étaient les repré­sen­tants les plus éminents : l’Homo-austrico-judaïcus . Mais j’en veux quand même à Stefan Zweil de ne pas avoir tenté de faire revivre cette culture car le nazisme a eu une fin et il n’était plus là pour empê­cher l’Autriche d’oublier les apports de cet ancien monde .

Citations

Les raisons du désespoir de Stefan Zweig

Lui n’était porteur d’aucune idéo­lo­gie. Il détes­tait les idéo­lo­gies. Il avait simple­ment cher­ché les mots pour dire. « Nous avons existé ». Il n’était pas certain qu’il demeu­rât quelque chose de la civi­li­sa­tion qu’il avait connu. Il fallait avoir grandi à Vienne pour mesu­rer l’ampleur du meurtre en prépa­ra­tion. Il voulait cise­ler une pierre qui prou­ve­rait aux géné­ra­tions qu’un jour vécut sur cette terre une race désor­mais éteinte, « l’Homo-austrico-judaïcus ».

Richesse de la tradition juive

Dans notre tradi­tion , un être humain se défi­nit d’abord par les liens qu’il entre­tient avec les autres . On ne mesure une vie qu’à l’aune d’une autre vie . Je ne vous demande pas de vous ouvrir à Dieu, sans doute le moment est-il mal choisi de s’en remettre à lui tandis qu’il semble avec tant d’acharnement se détour­ner de son peuple.

Le désespoir de Zweig et la question du poids des écrivains face à la barbarie.

Nul, en aucun coin du monde, n’avait besoin ni des paroles ni des écrits de Stefan Zweig. D’ailleurs, sa voix serait-elle seule­ment audible au milieu des fracas des armes ? Sa voix chevro­tante et plain­tive face aux voci­fé­ra­tions du Fuhrer, aux hurle­ments de Goeb­bels ? Sa voix venue des des abîmes, tirée de de sa souf­france ? Sa voix se perdait dans le souffle du vent.

Quel roman ! et pour­tant je ne suis pas une fan des romans histo­riques. mais je trouve que cette auteure a su donner une forme très réus­sie à un moment de notre histoire si peu connue. Je savais déjà que notre « bon » Saint Louis avait imposé le port de « la rouelle » aux juifs de France, je savais aussi que Philippe Le Bel les avait chas­sés du royaume en les spoliant de tous leurs biens. Mais cette haine envers le Talmud, je n’en savais rien. Pour­tant j’ai déjà beau­coup lu sur le sujet, en parti­cu­lier le livre de Bernard Lazare « L’antisémitisme son histoire et ses causes ». C’est grâce à cet essai que j’ai compris une des raisons de l’antisémitisme viscé­rale des chré­tiens misé­rables des temps anciens. Ceux à qui l’on disait que : « malheu­reux sur terre les portes du para­dis s’ouvriraient pour eux ». Les juifs eux répondent : votre para­dis est sur terre et c’est là que vous devez tout faire pour être heureux. Ils appa­raissent alors comme des jouis­seurs et ne méritent que le mépris.

Elliet Abecas­sis, situe son roman à l’époque de Saint Louis, celui qui va partir en croi­sade, massa­crer les Cathares et très diffi­ci­le­ment suppor­ter les juifs dans son royaume, en parti­cu­lier ceux qui étudient le Talmud. Il va être aidé par un » karaïte ». Et voilà encore un fait histo­rique que je ne connais­sais pas : les karaïtes, sont des juifs qui refusent le Talmud et qui veulent en rester à la Thora. Ils ont à peu près disparu mais leur rôle dans la Shoa est pour le moins ambi­guë. Saint Louis fera fina­le­ment brûler tous les Talmuds et les juifs qui défen­dront leur précieux livres. Pour­quoi cette haine du Talmud, pour une raison ô combien contem­po­raine, grâce à l’étude du Talmud les Rabbins essaient d’adapter la Thora au monde qui les entoure. Cette inter­ro­ga­tion sans fin des textes bibliques peut appa­raître comme un grave danger à une église qui domine le monde et qui veut établir une pensée unique. Et le roman dans tout ça , et bien bravo à Eliette Abel­cas­sis, ce n’est pas du tout une histoire plaquée sur une réalité histo­rique, c’est une histoire qui permet de comprendre au plus près les diffi­cul­tés posées par la vie à un jeune juif qui veut respec­ter tous les dogmes de sa reli­gion. Et quand on s’appelle Cohen ce n’est pas une mince affaire car on doit plus qu’un autre respec­ter à la lettre les préceptes de la Thora. Comment alors vivre un amour défendu ? Je n’en raconte pas plus car j’espère bien retrou­ver ce roman sur vos blogs et je sais que vous êtes nombreuses à ne pas aimer qu’on vous divul­gâche un suspens roma­nesque.

Citations

L’importance des rêves

L’interprétation du rêve est multiple car son objec­tif n’est pas de défi­nir la vérité du rêve, mais de récon­ci­lier le rêveur avec lui-même par une parole créa­trice qui lui permet de résoudre ses conflits inté­rieurs. Pour cela, l’interprète peut-être comparé à un prophète. Si l’on parvient à éluci­der l’origine de ses problèmes et de ses angoisses on peut chan­ger sa vie, ou même anti­ci­per les problemes d’un pays, comme le fit Joseph avec le Pharaon !

Les karaïtes et la Torah

La loi orale est consi­dé­rée comme inepte et subver­sive. Pour eux, la Torah orale contre­dit la Torah écrite, elle ne peut donc être de source divine. Ils disent que le talmud avec ces disputes et ces multiples contra­dic­tions est impar­faite et critique. Une lutte a eu lieu au sein même du judaïsme entre les karaïtes et les talmu­distes. Les karaïtes aujourd’hui se cachent. Ils ne disent pas qui ils sont, mais on les remarque car ils vivent de façon austère. Ils se déplacent la tête décou­verte, sans kippa, sauf dans leur syna­gogue. Leur calen­drier est écrit en fonc­tion de l’observation de la lune. Il ne tolère pas le feu de shab­bat, même quand il a été allumé par quelqu’un d’autre ou avant le début du jour saint.

Débat de toujours en religion

Or, s’il on en reste à la Torah et à elle seule, on devrait lapi­der un homme qui coupe du bois le jour du Shab­bat, tuer les amants adul­tère d’un coup d’épée devant tout le monde, comme le fait Pinhas dans la Bible, lapi­der les jeunes filles qui ne sont pas vierge… Contre cela, la loi orale, le Talmud, s’élève et dit : On n’a pas le droit de tuer un homme pour une raison affec­tive. »
Je n’ai pas peur de le dire : si notre Torah n’est pas humaine, si elle n’est pas inter­pré­table, si elle nous paraît violente et injuste par moment, comment la défendre ?

Ce qui a le plus profondément divisé les chrétiens des juifs

Je voulais lui appor­ter au moins un peu de récon­fort et lui expli­quer qu’il n’y a pas vrai­ment de para­dis ni l’enfer selon le Talmud, que ce sont des inven­tions de l’Eglise pour domi­ner les esprits, pour impo­ser son servages moral et conso­li­der son ascen­dant sur les pauvres : s’ils sont malheu­reux ici, ils seront rétri­bués au para­dis, et inver­se­ment.

Saint Louis

Je suis parti, j’ai quitté mon pays, j’ai fui ceux qui nous pour­chas­saient pour nous mettre à mort. Ils sont entrés dans nos syna­gogues, ils se sont empa­rés de nos écrits, ils ont pris les manus­crits, ils les ont déro­bés et les ont empor­tés sur ordre du roi.
Les inqui­si­teurs ont allumé le bûcher en plein cœur de la ville. Les moines et les prêtres ont fourni le bois, ils ont souf­flé sur les braises pour augmen­ter la flamme aux yeux de tous, en signe de vengeance et de haine. Et voici que nos livres brûlent, se consument, crépitent, les feuilles se gonflent sous la chaleur, les reliures se délitent, les lettres tour­noient et s’envolent, les marges s’étiolent, les mots dispa­raissent, tout s’envolent vers les cieux, dans la fumée qui se lève, les emporte à jamais, et j’entends au milieu des crépi­te­ments les paroles assour­dies de deux mille rabbins depuis mille ans, de mille disciples et mille maîtres , qui argu­ment avec d’autres disciples et maîtres , au fil des âges, et qui, sans s’encombrer du temps qui passe, sur l’éternité d’une page, commentent à l’infini la parole de l’Éternel.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Déjà je n’avais pas été passion­née par « la liste de mes envies » , mais ce roman est une vraie décep­tion, de celles qui me font fuir les auteurs fran­çais. Non, pour­tant, ce n’est pas une de ces habi­tuelles auto­fic­tion, mais ni le sujet ni la façon dont il est traité n’ont réussi à m’intéresser. Je résume rapi­de­ment, la mort acci­den­telle de sa mère fait de Martine alias « Betty » une enfant élevée par un père trop porté sur la bouteille. Elle gran­dira cahin-caha jusqu’à l’âge où sa mère est morte, puis son appa­rence se figera dans une éter­nelle jeunesse exté­rieure. Elle restera à jamais une jeune femme de trente cinq ans. Et commence alors une vie étrange qui ne lui apporte aucun bonheur mais au contraire que des problèmes : une sépa­ra­tion, la perte de son emploi, l’éloignement de ses amies. À travers de courts chapitres, de para­graphes encore plus courts, les années s’envolent très vite, on voit passer soixante de vie sans que rien n’accroche l’intérêt. Les person­nages secon­daires sont, cepen­dant plus inté­res­sants, on imagine bien son père estro­pié pendant la guerre d’Algérie et sa compagne qui se récon­fortent l’un l’autre des bles­sures de la vie. L’amour d’André et de Betty est tota­le­ment irréa­liste, il me fait penser irré­sis­ti­ble­ment à la BD de Fabcaro : « Si l’amour c’était d’aimer », et tant pis pour les « anti­di­vul­gâ­cheuse », il résis­tera à toutes les vicis­si­tudes de la vie.

Citations

Un paragraphe et un souvenir

Maman a commencé à porter des jupes qui décou­vraient ses genoux grâce à une certaine Mary Quant, en Angle­terre ; puis bien­tôt elles révé­lèrent presque toutes ses cuisses. Ses jambes étaient longues, et pâles, et je priais pour plus tard avoir les mêmes 

Pour donner une idée du style

À trente ans, quarante cinq, je vivais depuis plus de deux ans dans un grand studio, rue Basse.

J’avais perdu l’envie de cuisi­ner, décou­vert chez Picard les plats pour personnes seules, et lorsque mon fils venait déjeu­ner je faisais livrer ses chers sushis. 
André moi étions restés amis. Il passait de plus en plus de temps en Suède où il choi­sis­sait ses mélèzes, ses trembles, ses épicéas, et lorsqu’il reve­nait, il ne manquait jamais de m’appeler ou de m’inviter à dîner ; j’étais chaque fois ensor­ce­lée par son regard triste, toi Gene Kelly, moi Fran­çoise Dorléac, je l’aimais encore, je l’aimais toujours. 
Je rédi­geais mes textes pour La Redoute en regar­dant des séries télé -» Dawson », mon côté fleur bleue, « Dr Quinn, femme méde­cin », même si elle m’agaçait terri­ble­ment, « Urgences », ah, Doug Ross, et « Twin Peaks ». Je n’envisageais ni chien ni chat de compa­gnie, ils auraient été capables, à quatre ans de me repro­cher d’être plus jeune qu’eux. 
Je vous laisse cette chan­son car, pour moi, elle me parle beau­coup mieux beau­coup du vieillis­se­ment que ce roman

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

J’explique mon peu d’enthousiasme pour ce roman. Du même auteur j’avais bien aimé « le réveil du cœur ». Je m’intéresse rare­ment aux écri­vains qui racontent leur diffi­culté d’écrire pour fina­le­ment nous donner un roman sur le manque d’inspiration. La crise de la cinquan­taine chez un homme qui a peu de raisons de se plaindre m’énerve un peu, enfin les formules toutes faites qui passent de mode très vite m’exaspèrent. Je ne peux pas trou­ver dans ce « Le presque » un seul aspect qui retienne mon atten­tion. Sûre­ment pas la fin, (tant pis pour les anti-divul­gâ­cheuses), car en plus ça se termine bien : la femme parfaite qui se sacri­fie par amour retrouve son Marc de mari qui pour­tant l’a repous­sée ainsi que ses amis. Tout le monde ne lui veut que du bien, même son patron, mais lui n’est que « presque » heureux . Sans doute, on retrouve là quelques traits de notre société mais l’intrigue est trop faiblarde : il va partir dans une chambre isolée de tous pour essayer d’écrire , il rencon­trera le whisky mais sera sauvé par sa merveilleuse femme est ses merveilleux amis !

Citations

Le Presque

Et puis cette vie de famille, stéréo­ty­pée jusqu’à la cari­ca­ture, qui voit petit à petit s’éloigner Marion et Valen­tine, avec la froide ingra­ti­tude de l’entrée dans l’âge adulte, loin, très loin des gamines qui lui sautaient au cou il y a peu encore. Et pour finir, surtout, cette vie avec Chloé, vingt ans d’une union sans nuage, d’abord amants, puis amou­reux, puis parents… Avec juste ce qu’il faut de sexe, à la faveur des soirs d’alcool, pour tenir sans mourir… Loin, si loin de la passion des débuts. Fran­che­ment, à quoi ça ressemble. À quoi ça ressemble, ce boulot qui l’alimente sans le nour­rir, qui le paie sans l’enrichir, ses ambi­tions inas­sou­vies, cet amour sans grand A. À quoi ça ressemble, cette place d’éternel numéro deux, ou de numéro trois, ou pire encore, sur le glorieux podium des projets abou­tis des rêves accom­plis, loin, très loin du médaillé d’or qu’il aurait aimé être… À quoi ça ressemble, tout ça, bordel ?

Le dur métier de comédienne

Avec Paula, on peut rire de n’importe quoi, sauf de tout ce qui touche à sa balbu­tiante carrière de comé­dienne. Monter sur les planches, pour elle, c’est plus qu’un rêve, c’est sa vie. Hélas, les rôles sont rares, et la vache enra­gée est bien la seule viande que consomme cette végé­ta­rienne convain­cue. Alors, comme beau­coup, elle survit en animant des ateliers en MJC et en accu­mu­lant les anima­tions super­mar­ché. Ainsi des dernières fêtes de Pâques, qui l’ont ont vue déam­bu­ler en lapin au rayon choco­lat d’un hyper(« Et encore, j’aurais pu être la cloche », sourit-elle amère­ment).

Est-ce vrai ?

C’est comp­ter sans l’eau qui dort… Et dont il faut toujours se méfier chez les femmes, tant elle peut se lever d’un coup en une vague énorme. C’est comp­ter sans la propen­sion qu’elles ont à ne jamais se conten­ter d’une situa­tion bancale, pas nette, pas tran­chée , là où les hommes composent souvent avec leur conscience -Marc plus que tout autre. Dans ces cas-là, pas de demi-mesure : quand elles tranchent, elles tranchent, quand elles arrachent, elles arrachent, et quand bien même l’arbre plan­ter l’est depuis vingt ans, il entraîne tout dans sa chute : la souche, les racines et la motte de terre qui va avec, aussi consi­dé­rable soit-elle. Il ne reste qu’un trou, une dent creuse de la taille d’un cratère.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Ce roman a été chau­de­ment défendu par une partie des lectrices du Club et cela lui a valu de parti­ci­per « au coup de cœur des coups de cœurs » de l’année 2017/​2018.
J’avais déjà essayé de le lire, mais l’écriture m’avait immé­dia­te­ment rebu­tée. Je ne suis pas à l’aise lorsque je sens que, de façon arti­fi­cielle, l’écrivain adopte une style « poétique » . Ici , cela passe par des mots vieillis qui ne rajoutent pas grand chose au récit : Corroyage, Extrace, Hiero­phante, Hongroye. Et puis par un rythme de phrases très parti­cu­lier. L’écrivain dit qu’il a voulu décrire le bascu­le­ment d’une petite ville de province : Besan­çon qu’il ne nomme pas (mais il dit que c’est la ville où est né Victor Hugo), vers le monde moderne pendant les années 19701980. Mais ce n’est vrai­ment qu’une toile de fond très loin­taine à une vie de famille tota­le­ment pertur­bée par la mort d’un jeune enfant, le petit frère du narra­teur. Sa mère va conti­nuer à le faire vivre dans son imagi­naire et dans sa folie, elle lui dresse un couvert, fait son lit, achète des vête­ments et des four­ni­tures scolaires pour lui.… Le père essaiera d’oublier tout cela dans l’alcool. Mais ce drame semble très loin­tain car il est vu à travers les yeux d’un enfant. Je pense que la seule façon d’aimer ce livre c’est d’aimer la langue de cet auteur, langue à laquelle je n’ai pas été sensible. Les deux passages que j’ai notés vous permet­tront, je l’espère, de vous faire une idée par vous même.

Citations

le linge qui sèche

Margue­rite-des-Oiseaux possé­dait des culottes semblables à des voiles. Des culottes de trois trois-mâts que l’on imagi­nait gréées sur son fessier et que le moindre pet gonflait comme un grand foc afin de la propul­ser de la cuisine aux latrines. Les culottes de grand-mère, simples esquifs, ne prenaient pas le large et ressem­blaient plutôt à des taies d’oreiller munies de deux grands trous. Celles de maman étaient à peine un peu moins prudes et formaient presque un V du côté de l’entre-cuisse. Quant aux slips de Lucien : inexis­tants. Elle les pendait ailleurs, Fernande, avec ses culottes à elle, dans un bûcher fermé à clé, hors de la vue des cuistres. Quand on a épousé un Monsieur d’importance qui possède pardes­sus, brillan­tine et joues flasques, on exhibe pas ces choses de basse extrace aux yeux du tout-venant.

Effet de style « poétique »

Il possé­dait en lui, quelque chose d’inné, de bestial, comme un cri des cavernes lorsqu’un premier orage illu­mina la grotte ; un cri qui se serait trans­mis le silex en silex, de tison en disant, de feu en feu, de foyer en foyer, de forge en forge, et qui aurait fini par échouer, ici, entre ses mains de forge­ron, comme il l’était sans doute écrit de toute éter­nité tant il semblait évident que Jacky avait dû naître d’un ventre de fer en fusion entre deux cuisses de lave au temps des grandes fissures cambriennes tandis que les volcans proje­taient dans les menus quelques myriades d’enclumes phos­pho­res­centes.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Voici la phrase qui résume le sens de ce roman

Les marchands n’ont pas d’ennemis, ils n’ont que des clients.

Dans notre média­thèque, et à notre club, les romans histo­riques ont toujours beau­coup de succès, je pense que la moyenne d’âge doit-y être pour quelque chose. Je ne suis pas une fan abso­lue du genre, non pas que je sois plus jeune que les autres, mais souvent je trouve que les romans histo­riques sont trop didac­tiques et ne m’embarquent pas toujours dans la petite histoire à force de vouloir servir la grande (Histoire). Pour ce roman, on doit d’abord remar­quer que Patrick Rambaud est un excellent écri­vain, on sent son plai­sir à nous racon­ter cette épopée et je suis partie avec lui sur la terre de tous les dangers : brigands, barbares, comme sur la mer de l’Adriatique sur laquelle régnaient de terribles pirates . Les riches marchands de Venise, ne veulent plus dépendre de Rome et en 823, ils embarquent pour Alexan­drie, voler la relique de Saint Marc afin d’asseoir leur auto­rité face aux papes. Parce que c’est à ce détail que se joue l’autorité d’un lieu , l’importance de la relique qui la protège.

Le Vati­can possède et vénère le corps de Saint Pierre, Venise aura celui de Saint Marc. On sent que l’auteur s’amuse beau­coup (et nous avec lui !) avec ces histoires de reliques, nous suivrons donc le coude de Weren­trude qui a été remplacé par un fémur de cochon.., nous appren­drons qu’une église possède le nombril du Christ – il a dû l’oublier avant de monter au ciel ! Les marchands doivent d’abord se rendre à Mayence pour faire le plein d’esclaves, puis se confron­ter aux luttes de pouvoir à Venise et enfin partir à Alexan­drie et reve­nir. Inutile que je vous raconte la fin, nous la connais­sons tous puisque de Venise nous connais­sons la place Saint Marc, nos marchands ont donc réussi leur mission : ils ont ramené le corps de l’évangéliste sur leur bateau. Venise pourra donc se déve­lop­per sans autre tutelle que les doges véni­tiens.

Ce grand voyage nous permet de comprendre la société du XIXe siècle et toute l’originalité de la cité lacustre. L’humour de l’auteur est présente dans tout le roman, mais c’est là ce que je lui reproche, c’est écrit par un homme du XXIe siècle et évidem­ment ces histoires de reliques nous font surtout rire. Mais les person­nages de ce roman n’y croient pas du tout, eux non plus, ils s’en servent juste pour mani­pu­ler les foules. Je me demande si c’était aussi simple que cela. Comment faire croire aux foules des histoires auxquelles on ne croit abso­lu­ment pas soi-même ? Je pense que les posi­tions des uns et des autres étaient plus nuan­cées. Mais peu importe, l’histoire est belle et bien racon­tée, vous aime­rez le moine septique et jouis­seur Thodoald, vous admi­re­rez l’intelligence des deux marchands Marino Bon et surtout Rustico qui savent inven­ter les inter­ven­tions divines qu’il faut pour permettre à Venise, la cité né des flots de faire du commerce libre­ment.

Citations

Présentation de Venise au IXe siècle en 828

Les Véni­tiens étaient ce peuple de marchands réfu­giés dans les lagunes, entre les Alpes et l’Adriatique, pour se garan­tir des barbares qui déso­laient le conti­nent euro­péen. Ils vivaient sur l’eau à la façon des oiseaux de mer. Ils ne voulaient pas affron­ter des enne­mis mais cher­chaient des clients. Aux uns ils vendaient des esclaves, aux autres du poivre ou de la soie. Leur force, c’était leurs bateaux. L’Europe était aux mains des évêques et des Papes, qui avaient su profi­ter des inva­sions venues de l’Est pour supplan­ter partout le pouvoir pâli­chon des empe­reurs de Rome. Ceux-là tentaient d’exercer leur tutelle sur cette Venise récal­ci­trante dont les richesses exci­taient déjà les convoi­tises.

Le nord et le sud en 823

Au nord, les ténèbres d’un chris­tia­nisme primaire, teinté de magie, des contrées où l’on manque de tout et où l’on ne sait plus rien ; Char­le­magne n’a jamais réussi à lire. Le sel est un luxe. Et le piment, pour cacher l’odeur forte du gibier en décom­po­si­tion, est aussi un luxe. Du côté d’Aix la chapelle on n’a plus de mémoire. Les mœurs civi­lisé de l’Antiquité n’ont pas péné­tré ces cervelles durcies. On subsiste entre brutes, on élève la super­sti­tion en dogme. Au sud, en Médi­ter­ra­née, les maho­mé­tans commencent à razzier les îles chré­tiennes et sauvages, la Corse, la Sardaigne, la Sicile, des terres riches que leurs habi­tants sont inca­pables de ferti­li­ser. Les califes ont de l’or et du savoir. Ils ont conservé un lien avec la loin­taine Asie dont ils reçoivent les cara­vanes inter­mi­nables. Au Sud, on sait aussi bien cares­ser que tuer. Au nord, tout vous agresse.

Les abbayes

La cave d’une abbaye, il n’y a rien de plus précieux. Quand les barbares enva­his­saient le pays, les moines commen­çaient par cacher les tonneaux avant même les cruci­fix.

Humour

-» Silence ! commande Rustico. un peu de respect pour le coude de sainte Weren­trude que les parents de cette enfant ont mise à la broche.
-Elle n’avait qu’à se conver­tir à l’islam, dit Thodoald. Elle serait morte de vieillesse.
- Sûre­ment, mais elle ne serait pas sainte.
- Je sais : il faut choi­sir .… :

Les dangers d’un roi pieux

La vertu produit l’hypocrisie. Il faut s’attendre aux pires malheurs, avec un roi qui pratique la sain­teté...

La religion (Propos d’un personnage du 9° siècle, j’en doute !)

Les croyances, toutes les espèces de croyances génèrent le désordre. Si tu crois, tu veux persua­der ceux qui ne croient pas au même chose que toi, tu t’imposes, tu légi­fères, tu ordonnes. Tous nos malheurs viennent de ces conflits lamen­tables et diabo­liques. Les reli­gions sont les manu­fac­tures où se fabriquent des monstres. Elles provoquent achar­ne­ment, déla­tion, haine, meurtre, mépris, inter­dic­tion, rigi­dité, exter­mi­na­tion, héca­tombe, perver­sité, illu­sion, enfan­tillages…

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Par grande tempête, ce qui n’était pas le cas le jour où j’ai pris cette photo, les côtes de la manche rappellent les tour­ments dans lesquels ont été pris l’équipage du Toroa : le capi­taine Rongo Walker, le second Tama­toa et le narra­teur le Fren­chie dont on ne connaî­tra que ce surnom.

C’est l’un des sujets de ce roman, les lois impi­toyables de la mer. Pour les avoir une seule fois oubliées, Rongo Walker a failli perdre la vie, celle de ses deux équi­piers et son bateau. Cela a commencé par une mauvaise pêche, puis par une panne de radio, enfin par un soleil couchant trop rouge annon­cia­teur de tempêtes. Mais l’appât d’une pêche mira­cu­leuse à la langouste, a fait perdre au capi­taine sa légen­daire prudence. Les descrip­tions de la mer en furie sont à vous donner le mal de mer et à vous empê­cher de dormir. Mais sur un bateau aux condi­tions de vie si rudes se tissent aussi des liens d’amitié très forts qui nous permettent de comprendre pour­quoi et comment les hommes ont de tout temps réussi à vaincre la peur de la mer déchaî­née.

Le deuxième thème du roman, ce sont les tradi­tions Mahori, dans des sortes de contes qui s’insèrent dans le roman, elles sont racon­tées et permettent de comprendre une autre civi­li­sa­tion qui avait une toute autre connais­sance de la mer que celle qui permet de navi­guer aujourd’hui. Ce sont de très beaux textes qui permettent de réflé­chir, encore une fois, à la dispa­ri­tion de civi­li­sa­tions orales qui valaient large­ment la notre et qu’on n’a ni su comprendre et encore moins respec­ter.

Si j’étais par moment complè­te­ment séduite par ce livre, j’ai, aussi, été moins prise par la répé­ti­tion des récits tradi­tion­nels qui veulent trop démon­trer les charmes et les valeurs de ces civi­li­sa­tions. J’ai trouvé les propos répé­ti­tifs, ces anciens qui savaient navi­guer sans aucune carte ni bous­sole seule­ment avec les étoiles, les courants et le sens de la houle, c’est abso­lu­ment magique mais j’ai eu du mal à m’y inté­res­ser plusieurs fois de suite. Je vois pour­tant que ces récits à leur façon accom­pagnent le roman et que le dernier évoque la fin d’un ancien navi­ga­teur mais cela n’a pas suffi à capter toute mon atten­tion. Alors que les récits de la pêche et de la vie sur le bateau m’ont saisie d’effroi et d’admiration. Malgré mes réserves, je ne peux que conseiller la lecture de ce roman j’aimerais tant parta­ger avec vous ce plai­sir de lecture. Ne serait-ce que pour vous dépay­ser (par beau temps) dans des paysages abso­lu­ment magni­fiques et peu connus

Citations

Une de mes réserves : la difficulté de lire des noms étrangers

Mon nom est Tema­rii à Terii­paia, je suis né le 1er décembre 1919 à Iripau,le village dans le nord de Tahaa. Les Poly­né­siens, trois choses nous importent, un lopin de terre ou bâtir son Fare, un coin de lagon pour la pêche, une montagne à culti­ver. Moi c’est Muri­fe­nua dans la baie de Vaiore et ma plan­ta­tion là-haut, sur la colline de Maha­mene.

Un dicton qui fait réfléchir

Dans nos îles on a ce prin­cipe : Ha’amata Hape, Ha’aoti Hape.Ce qui commence faux finit faux.

Climat du Sud de la nouvelle Zélande

Fiord­land – ce nom avait acquis au fil des mois l’éclat mysté­rieux des légendes. Les gens d’ici évoquaient cette région sauvage, aux confins sud de la Nouvelle-Zélande, avec un émer­veille­ment souvent teinté d’effroi. Rien que d’immenses forêts, des lacs et des montagnes, une poignée d’habitants à peine sur des centaines de kilo­mètres, un climat effroyable, – pluie, vent et froid prenaient dans la région des propor­tions d’apocalypse. Il n’y avait que les pêcheurs pour navi­guer dans ces parages. Les tempêtes en mer de Tasman étaient violentes, impré­vi­sibles, on enten­dait parler de navire en perdi­tion dros­sés sur les récifs, de chavi­rage brutaux, d’hommes perdus en mer. Les abris et étaient rares sur ces côtes, très éloi­gnés les uns des autres, inac­ces­sibles par vent fort.

La poésie

C’est un poète, il a l’amour des mots… Aimer les mots, c’est aimer les hommes surtout. On ne peut pas se parler à soi-même comme si on était seul !… Tout le monde aime les mots, nous les Maoris plus encore. On a perdu cela, mais nos anciens pouvaient se dispu­ter trois jours et trois nuits sans repos pour déci­der du sens d’un verbe…

La vie sur un bateau

En mer ce n’est pas chacun dans son coin, il faut savoir à tout moment sur qui on peut comp­ter. Par ses contraintes et sa mono­to­nie, la soli­tude qu’elle impose, toujours sous le regard des autres, la vie au large et un révé­la­teur. On dit qu’aller sur un bateau c’est comme être en prison avec, en prime, le risque de périr noyé. Les faux-semblants se dissolvent dans l’eau salée, on ne peut pas mentir long­temps.

Navigation traditionnelle

Je suis pas perdu, compre­nez. Je sais me retrou­ver sur le grand océan. Je sais où, car je l’ai appris, je sais sous quel astre se trouve tout les terres connus. Je connais les chemins d’étoiles, les oiseaux, tous les signes… Sans voir le ciel pendant trois jours, je trouve une place étroite entre de roche. C’est la houle qui me guide. Te Lapa m’aide aussi, les éclairs sous l’eau qui dansent en profon­deur. On voit toutes sortes de lumière la nuit quand on est seul en mer. Les reflets de la lune et des constel­la­tions, ça tremble en surface. L’éclat jaune vert qui brille là où l’eau brasse dans le sillage du Vaka, ou quand les pois­sons jouent avec les vagues. Les feux des hommes qu’on aper­çoit très loin, les objets enflam­mées qui traversent le ciel…

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. (Mon club de lecture va peut -être deve­nir célèbre)

Ce petit roman m’a beau­coup plu, mais je suis inca­pable de savoir s’il plaira à d’autres. Je le défi­ni­rai comme un roman d’atmosphère, il règne une ambiance à laquelle je me suis lais­sée prendre. La narra­trice, part en train sur les bords du lac Baïkal pour retrou­ver un homme qu’elle a aimé Gyl, et dont elle n’a plus de nouvelles. Ce voyage est l’occasion de renouer tous les fils qui font d’elle la femme qu’elle est aujourd’hui. Cette péré­gri­na­tion vers ce qu’elle est, avait commencé quelques années aupa­ra­vant lors de sa rencontre avec une femme très âgée, sa voisine du dessous, Clémence Barrot, une ancienne modiste qui ne sort plus guère et à qui elle lit des histoires. Elle la retrouve le plus souvent possible instal­lée sur son canapé rouge, -d’où le titre- .

Cette femme est riche d’une histoire d’amour qui s’est bruta­le­ment termi­née en 1943. Paul a été fusillé par les Alle­mands, il avait été recruté par le PCF et était entré dans la résis­tance. Clémence garde une photo prise sur les bords de la Seine, qu’elle cache derrière le canapé. Ils avaient 20 ans, ils étaient amou­reux, ils étaient beaux et la mort a tout arrêté. Clémence en veut terri­ble­ment aux Nazis et un peu au commu­nisme qui lui a enlevé son amou­reux. On retrouve un des éléments qui a consti­tué le passé d’Anne et Gyl, ils étaient tous les deux utopistes et voulaient chan­ger la société. Gyl, n’a pas supporté que le commu­nisme s’arrête et c’est pour­quoi il est parti en Sibé­rie pour faire revivre ce en quoi il croit. Clémence aime les histoires qu’Anne lui raconte, il faut dire qu’elle choi­sit des femmes au destin éton­nant, la brigan­dine Marion du Faouët, Olympe de Gouge, et Miléna Jezenska.

C’est l’autre élément qui construit le destin d’Anne : toutes ces femmes qui ont ont lutté jusqu’à la mort pour s’accomplir. Et puis il y a les livres qui l’habitent, Dostoïevski et Janké­lé­vitch qu’elle a appor­tés avec elle pour ce voyage. Mais surtout, le plus impor­tant c’est de croire en la rencontre amou­reuse. Tout cela provoque son départ et son voyage vers Gyl, mais en chemin elle croise Igor et s’il ne se passe pas grand chose avec lui, c’est un person­nage impor­tant du voyage. Cette traver­sée de la Russise et son arri­vée à Irkoutsk lui permettent de prendre conscience de ce qu’elle était venue cher­cher : elle même plus que Gyll. Hélas ! à son retour Clémence n’est plus là, elle ne pourra donc pas savoir qu « Anne a enfin trouvé ce qu’elle cher­chait.

Citations

Fin d’une utopie

Je n’étais pas seule à perce­voir cette insi­dieuse érosion des certi­tudes qui avaient emballé notre jeunesse, mais ce qui m’effrayait c’était le senti­ment, que parta­geaient quelques-uns de mes amis, de ne rien pouvoir d’autre que de m’abîmer dans ce constat. J’avais lu dans un roman à propos de la mort des théo­ries, « On se demande jusqu’à quel point on les avait prises au sérieux ». J’en voulais à l’auteur pour sa cruelle hypo­thèse. Ce monde rêvé, cette belle utopie : être soi, plei­ne­ment soi, mais aussi trans­for­mer la société tout entière, pouvaient-il n’être qu’enfantillages ? Nous conso­laient-ils seule­ment d’être les héri­tiers orphe­lins des dérives commises à l’Est et ailleurs, que certains de nos aînés avaient fait semblant d’ignorer ?

Nostalgie

Sans aucun doute, Igor était né après la mort de Staline, et je me deman­dais ce qu’il me répon­drait si je pronon­çais ce nom. J’aurais pour­tant aimé lui dire combien son pays avait habité nos esprits, les cruelles désillu­sions qu’i l nous avait infli­gées, et comment ce voyage me rame­nait à des années lumi­neuses où le sens de la vie tenait en un seul mot : révo­lu­tion.

Fin d’un amour

Je me souviens aussi qu’en ouvrant la porte, j’avais en tête une phrase d’Antonioni, » Je cherche des traces de senti­ments chez les hommes ». Je l’avais dit un jour à l’homme qui me quit­tait sans l’avouer, par petites trahi­sons succes­sives. Nous faisions notre dernier voyage. En entrant dans la chambre après des heures d’errance dans une ville où nous nous perdions, je lui avais dit ces mots comme s’ils 
étaient les miens et il avait pleuré. Je le voyais pleu­rer pour la première fois. La fatigue alour­dis­sait nos corps, nous avions fait l’amour dans une sorte de ralenti, d’engourdissement, il conti­nua de sanglo­ter dans mon cou, j’aurais aimé que ces minutes ne s’arrêtent jamais, tout se mélo­drame déli­cieux nous sépa­rait avec une infi­nie douceur, conte­nait à lui seul le temps vécu ensemble.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Un livre très vite lu et sans doute très vite oublié, je n’ai aimé ni le style ni le propos. Une femme cadre dans une impor­tante boite de commu­ni­ca­tion, se sent dépas­sée par la jeune géné­ra­tion. Elle est mal dans sa peau et n’aime ni sa vie de femme ni sa vie de cadre. Elle s’invente une gros­sesse pour fuir ses problèmes, mauvaise idée ! Pendant cette fuite en avant dont elle finira par se sortir, elle connaî­tra toutes les diffi­cul­tés du monde moderne et les angoisses d’une femme de quarante trois ans qui souffre de renon­cer à la mater­nité . La fin est très (trop) opti­miste : elle retrouve son mari, un autre travail, sans doute en province loin du quar­tier de la Défense où elle n’a rencon­tré que la dureté et où la perfor­mance consiste surtout à écra­ser les autres.

Citations

Travailler à la défense

Avant, les gens travaillaient à Paris toute leur existence.…À la défense on erre comme des malheu­reux sur le parvis, ou bien dans les gale­rie commer­cial des quatre temps. D’ailleurs je ne sors plus. Je bosse sans arrêt. Une pause d’une demi-heure, et c’est tout.
Le bus. Les gens. On voit qu’ils vont à la défense. Leurs visages portent l’uniforme de la gravité et de l’ennui.

Une écriture que je n’apprécie pas et des portraits trop rapides

Alys­son se tait enfin. Son bureau est en face au mien. Brune pas vilaine, mais une peau bouton­neuse. Elle me sourit. Elle sourit tout le temps. Elle retire ses écou­teurs, extirpe de son sac Lancel le dernier Musso, son iPhone, et pose le tout sur sa table. Elle est un peu maigre. Un nez pointu. Des lèvres fines. Alison, éton­nante personne sûre d’elle-même, répond à Lionel comme à un pair. Très perfor­mante. Lorsqu’il s’agit de travail, ses pres­ta­tions sont remar­quables : elle a fait Dauphine. Mais sur les autres sujets, on dirait une midi­nette, une cagole. Pour­quoi ne suis-je pas à l’aise ? Vis-à-vis d’elle, j’éprouve un senti­ment de gêne, presque d’infériorité. Elle est exac­te­ment ce que je voudrais être : à l’aise dans mon travail. La force d’Alison est de ne pas douter d’elle-même.

Et de deux, voici la seconde BD qui m’a fait beau­coup rire, donc aujourd’hui, si vous ne riez pas, c’est que vous n’y mettez pas du vôtre. Cette BD c’est Géral­dine qui me l’a fait décou­vrir et je l’en remer­cie comme elle, j’ai pouffé plusieurs fois et ce n’est pas si fréquent. On retrouve l’humour de Bena­quista, un dessin très clas­sique de Barral qui illustre bien le propos de cette BD, pour­quoi le livre des Records a-t-il un tel succès et pour­quoi tant de gens veulent être dedans ? L’ancien auteur de polar qu’est Bena­quista a mis dans ce livre « légè­re­ment » absurde une enquête poli­cière ou la police est nullis­sime. Heureu­se­ment, tout se termine bien, très bien même en espé­rant que le « Guide des Records des Échecs » ait le même succès que son illustre prédé­ces­seur

Citations

Le début

Genre de records que notre « héros » doit vérifier »

Éviter un suicide