Édition ACTES SUD . Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail

Je ne sais plus comment ce roman est arrivé chez moi, peut-être l’ai-je trouvé dans une brocante. Et, hélas pour moi, je ne me souve­nais pas non plus que j’avais dit à Kathel que ce roman ne m’at­ti­rait pas plus que ça. J’ai vrai­ment peiné à le lire et je n’ai pas compris grand chose à ce que veut nous expli­quer cette auteure. Le résumé est simple, un homme photo­graphe publi­ci­taire recueil un petit animal que des voyous essaient de tuer à coups de pied en bas de son immeuble. Cet animal est en réalité un troll auquel Ange va s’at­ta­cher et essayer de sauver. Cela nous vaut des digres­sions sur les légendes autour des trolls qui tentent à prou­ver l’exis­tence de ces étranges créa­tures. Aucune réflexion sur les croyances et ce qu’elles repré­sentent dans la menta­lité des peuples qui croient à ces créa­tures. Par exemple en Bretagne, il existe de nombreuses légendes autour des fontaines, les Groac’h , les sorcières peuvent entraî­ner les impru­dents dans l’eau, je pense que bien des acci­dents ont été évités lorsque les enfants couraient libre­ment dans les campagnes. S’ap­pro­cher de l’eau reste un danger et le petit enfant est sensible à ce genre d’his­toires. Est-ce la même chose avec les trolls finnois. On n’en saura rien dans ce roman. Je me suis même demandé si ce n’était pas plutôt une analyse de l’ho­mo­sexua­lité car il s’agit surtout de cela du désir sexuel entre hommes. Une mauvaise pioche pour moi, mais lisez vite l’avis de Kathel, de Keisha qui peuvent complè­te­ment vous faire oublier le mien.

Citations

Rapport sexuel avec un troll

La porte grince, Pessi sort de la salle de bain l’air repu et content, sa petite langue rouge pour­lèche ses babines telle une flamme. Il bondit droit dans mes bras sur le canapé et se pelo­tonne sur mes genoux. Son enivrante odeur de baies de genièvre me monte aux narines et son poids chaud sur mes cuisses, rayon­nant de l’ex­ci­ta­tion de la chasse, est à peine suppor­table. Pessi nettoie pares­seu­se­ment le sang des commis­sures de ses lèvres et, sans vrai­ment savoir ce que je fais, je le tire un peu plus près de moi, à peine et tout douce­ment et au moment où sont au chaud touche mon ventre, j’ex­plose tel un volcan. 

Mon cœur bat aussi vite et fort qu’un marteau-piqueur. Le dos de Pessi est taché de sperme, comme mes cuisses, et j’es­saie de toutes mes forces de ne pas penser à ce qui vient de se passer. Instinc­ti­ve­ment, j’éloigne le fragile bouquin jauni et, au même moment, Pessi s’écarte un peu, pas par irri­ta­tion mais par commo­dité, il n’a pas fini sa toilette, et je le repousse de mes genoux d’un geste si soudain, presque violent, qu’il prend peur, file dans l’en­trée et cherche à grim­per sur le porte chapeau. Ses puis­santes pattes de derrière battent l’air et heurtent le cadre du miroir, qui tombe avec un bruit sourd sur l’épais tapis au moment où je me rue dans la salle de bain pour laver le liquide honteux.

Traduit de l’es­pa­gnol (Chili) par A.M Métai­lié Èdition Métailié/​Seuil

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Il s’agit d’un livre de jeunesse que les adultes ont grand plai­sir à lire. J’ai hâte de le faire lire à des enfants parce que c’est très drôle et que cela rend la leçon de vie complè­te­ment accep­table. Je pense que l’au­teur aime bien les chats, telle­ment, qu’il a voulu leur donner ce qui leur manque : « la parole » . D’ailleurs tous les animaux parlent mais ils font bien atten­tion à ne pas commu­ni­quer avec les hommes car, lorsque, par hasard ils ont commencé à le faire, ils leur arrivent bien des malheurs : les perro­quets doivent répé­ter « Coco » toute la jour­née enfer­més dans une cage. Et les dauphins doivent faire des cabrioles dans des piscines qui au regard de leur espace natu­rel leur semblent des petites baignoires !

Un chat devient la mère adop­tive d’une mouette et doit lui apprendre à voler, vous pensez que ce n’est pas possible et complè­te­ment farfelu et bien lisez donc ce roman et vous verrez que pour un chat rien n’est impos­sible, il faut beau­coup de cœur, du courage il faut aussi et une grande soli­da­rité entre les animaux. Bref un petit bijou de lecture qui fait beau­coup de bien !

Citations

Leçon de vie

Nous t’ai­mons tous , Afor­tu­nada. Et nous t’ai­mons parce que tu es une mouette , une jolie mouette . Nous ne te contre­di­sons pas quand tu cries que tu es un chat , quand nous sommes fiers que tu veuilles être comme nous , mais tu es diffé­rente et nous aimons que tu sois diffé­rente. Nous n’avons pas pu aider ta mère , mais toi nous le pouvons. Nous t’avons protégé depuis que tu es sorti de ton œuf. Nous t’avons donné toute notre tendresse sans jamais penser à faire de toi un chat. Nous t’ai­mons mouette. Nous sentons que toi aussi tu nous aimes, que nous sommes tes amis, ta famille, il faut que tu saches qu’a­vec toi, nous avons appris quelque chose qui nous emplit d’or­gueil : nous avons appris à appré­cier, à respec­ter et à aimer un être diffé­rent. Il est très facile d’ac­cep­ter et d’ai­mer ceux qui nous ressemblent, mais quel­qu’un de diffé­rent c’est très diffi­cile et tu nous as aidé à y arri­ver. Tu es une mouette et tu dois suivre ton destin de mouette. 

Les humains

Par l’encre du cala­mar ! En mer il arrive des choses terribles. Parfois je me demande si quelques humains ne sont pas deve­nus fous, il essaie de faire de l’océan une énorme poubelle. Je viens de draguer l’embouchure de l’Elbe et vous ne pouvez pas imagi­ner la quan­tité d’or­dures que char­rient les marées ! Par la cara­pace de la tortue ! Nous avons sorti des barils d’in­sec­ti­cides, des pneus, des tonnes de ces maudites bouteilles de plas­tique que les humains laissent sur les plages.

La fin

« Seul vole celui qui ose le faire » 

Traduit de l’an­glais (Ètats-Unis) par Brice Matthieussent ; collec­tion 1018

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’ai oublié sur quel blog j’avais lu qu’il fallait abso­lu­ment lire ce petit roman de John Fante, mais quand je l’ai vu au club de lecture de notre média­thèque, j’étais très contente. Oui, c’est un excellent moment de lecture tout en humour grin­çant et méchant qui décoiffe, parfois un peu trop pour moi. Le person­nage prin­ci­pal est un écri­vain qui trouve un soir un énorme chien devant chez lui. Un chien de race Akita qui, sur cette photo, semble bien sympa­thique mais qui est un véri­table danger dans une famille qui n’al­lait pas non plus très bien avant son arri­vée

Ce chien mérite très bien son nom, Stupide, il saute sur tout ce qui lui semble un compa­gnon sexuel accep­table et comme il est très puis­sant cela donne des scènes aussi comiques que gênantes. L’écri­vain, narra­teur de ce roman se sent mal de tous les livres qu’il ne réus­sit plus à écrire. Il se sent raté aussi bien socia­le­ment que dans sa vie fami­liale. Même s’il le raconte avec beau­coup d’hu­mour, on sent son déses­poir à l’image de la scène finale qui donne peu d’es­poirs sur la survie de son mariage. Ce roman raconte aussi très bien le choc des familles lors des départs des enfants qui occu­paient une place si impor­tante au quoti­dien dans la maison. J’ai trouvé très origi­nale dans ce roman la pein­ture de chaque person­nage, on peint souvent la famille améri­caine comme une force en soi. Dans les films, les séries, les romans, la famille made-in US semble un lieu d’en­ga­ge­ment et de résis­tance à toute épreuve. Ici, au contraire chaque indi­vi­dua­lité est carac­té­ri­sée par une desti­née propre et leur seul point commun lors de ce roman c’est ce chien, qu’elle le rejette ou l’aime. Un point de vue et un humour très parti­cu­lier qui fait du bien en contre point des images trop lisses que nous renvoie « la culture » améri­caine : John Fante est issu de l’immigration italienne, et a connu la misère, ceci explique cela. Je ne voudrais pas donner une fausse image de ce livre qui est surtout très drôle même si on sent une grande tris­tesse sous cette façon de rire de tout et surtout de lui.

Citations

Beaucoup de pères pourraient écrire cela

Jimmy avait cinq mois, et je l’ai détesté comme jamais parce qu’il avait des coliques et braillait encore plus que Tina. Les hurle­ments d’un enfant ! Faites-moi avaler du verre pilé, arra­chez-moi les ongles, mais ne me soumet­tez pas aux cris d’un nouveau-né, car ils se vrillent au plus profond de mon nombril et me ramènent dans les affres du commen­ce­ment de mon exis­tence.

Un père reste une fille s’en va

Pendant qu’Har­riet sanglo­tait dans le patio, je suis allé dans mon bureau écrire à Tina une lettre que je ne poste­rai jamais, je le savais, quatre ou cinq pages éplo­rées d’un gamin qui avait laissé tomber son cornet de glace par mégarde. Mais je lui disais tout, ma culpa­bi­lité, mon terrible désir de pardon. Quand je l’ai relu, la force et la sincé­rité de ma prose m’ont boule­versé. Je l’ai trouvé par endroits très belle, j’ai même envi­sagé d’en tirer un bref roman, mais je n’avais pas mon pareil pour tomber en extase devant ma prose, je n’ai pas eu trop de mal à déchi­rer ce que j’avais écrit et à le mettre à la poubelle.

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Si vous voulez vous faire une idée exacte du trafic de l’ivoire entre l’Afrique et l’Asie ne ratez pas ce roman. L’évo­ca­tion des paysages afri­cains, m’ont entraî­née vers un ailleurs qui me sortait agréa­ble­ment de la grisaille bretonne. Mais bien loin des notes exotiques habi­tuelles, nous sommes face à la réalité afri­caines : cette jeune Anglaise Erin, veut abso­lu­ment arrê­ter le trafic de l’ivoire qui tue les éléphants afri­cains. Oui mais, qui est-elle pour empê­cher des hommes pauvres de vivre de ce qui leur rapporte un peu d’argent ? Que peut-elle contre les corrom­pus à qui ce trafic rapporte tant ? Et que faire face aux tradi­tions qui pensent que les cornes des rhino­cé­ros sont plus effi­caces que le viagra ?

Est-ce un combat perdu d’avance ? En tout cas, la lutte semble telle­ment inégale, d’au­tant plus que, même si le trafic s’ar­rê­tait, l’inexo­rable progrès et l’accroissement de la popu­la­tion afri­caine met en grand péril la faune sauvage.
Tous les aspects sont bien trai­tés dans le roman, ce qui rend la lecture un peu labo­rieuse parfois, mais on ne peut pas repro­cher à l’au­teur d’être trop sérieux.

L’in­trigue est bien construite, Erin a décidé de tracer les défenses d’élé­phant pour frap­per un grand coup contre la contre­bande d’ivoire, elle sera aidée par un ranger qui connaît bien les habi­tudes des bracon­niers qu’il a été lui-même autre­fois et un membre du gouver­ne­ment du Bost­wana, cela nous permet un tableau assez complet de la popu­la­tion afri­caine impli­quée dans ou contre le trafic de l’ivoire.

Je me demande toujours comment nous, les Euro­péens, nous pouvons donner des leçons à l’Afrique, nous qui avons éradi­qué tous, ou presque tous, les animaux sauvages qui peuplaient nos régions.

Citations

Trafic en Afrique

Ces dernières années, aux abords du célèbre parc, on est deux à trois rhino par jour. Leur corne, bien qu’elle soit un simple bout de kéra­tine, restait l’ap­pen­dice animal le plus cher et beau­coup essayaient de contour­ner la loi qui en avait inter­dit le commerce.

Le pourquoi des trafics

Tant que l’homme pense que ses faiblesses peuvent être compen­sées par la bile, du foie, des pattes, des griffes, qui lui suffit de consom­mer ou d’ac­cu­mu­ler des parties animales pour guérir ou pour exis­ter, tant que les pays consom­ma­teur de corne, d’ivoire, d’écaille et autres produits issus de la faune sauvage ne décide pas d’in­ter­dire ces pratiques et de les condam­ner, le bracon­nage pros­pé­rera toujours plus.

Rupture de milieu

C’est vrai que mon fils est quel­qu’un d’im­por­tant main­te­nant qu’il travaille pour le minis­tère. Si impor­tant qu’il ne peux plus dormir chez sa propre mère.

Culpabilité

Il y a quelques mois, il lui avait proposé de s’ins­tal­ler à Gabo­rone, il lui loue­rait un petit appar­te­ment, mettrait son père dans une clinique, mais ça ne s’était pas fait, elle ne lais­se­rait jamais ses frères seuls, et Serese n’avait pas beau­coup insisté. Autour de lui, au minis­tère, on avait connu des écoles privées, on avait voyagé, lui n’était allé qu’en Afrique du Sud, il avait étudié un an à l’uni­ver­sité de Johan­nes­burg. On lui avait appris à penser petit, il s’en était excusé avant de comprendre que le chan­ge­ment devait venir de lui, qu’il n’y avait personne d’autre à tenir pour respon­sable de ses faiblesses, même si ce n’était pas si simple.

La Chine et le commerce illégal de l’ivoire

Chaque année, le gouver­ne­ment chinois injec­tait cinq tonnes d’Ivoire sur le marché inté­rieur légal, ivoire qui était répar­tie entre les diffé­rents atelier de sculp­ture du pays. Cinq tonnes, un chiffre déri­soire. S’ap­pro­vi­sion­ner par la seule voie auto­risé était impos­sible. Des centaines de tonnes d’Ivoire entrait illé­ga­le­ment dans le pays. Il se murmu­rait que le gouver­ne­ment comp­tait d’ici deux ans inter­dire le commerce légal et fermer le marché, les atelier de sculp­ture, mais ces ateliers n’étaient qu’une vitrine, la majo­rité des tran­sac­tions étaient illi­cites, se passaient de certi­fi­cats d’au­then­ti­cité. Les groupes qui tenaient ce marché tenaient aussi des poli­ciers, des hommes poli­tiques, le réseau était vaste, complexe, Yang n’en n’était qu’une infime partie. Il avait fallu des années pour qu’elle se construise son propre réseau, trouve des sources fiables d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, mais si son rôle était essen­tiel, sa personne ne l’était pas, toujours, il y aurait une autre Yang.
Ces groupes avaient des tueurs, mettaient des têtes à prix, combien de victimes de leur volonté de s’en­ri­chir. À la sortie d’un avion, là où on se sent en sécu­rité, près d’une grande ville, dans un quar­tier huppé, des balles qui se perdent, qui se logent dans le corps de cet homme qui dispa­raît avec son combat, lais­sant un enfant à qui il sera dur de racon­ter la véri­table histoire. Dans certains ateliers de Pékin, les défenses sculp­tées étaient affi­chées a plus de 350000 dollars.

L’avenir de la faune sauvage

Si Erin était un éléphant, elle verrait aussi les forêts deve­nir des fermes, elle verrait des routes coupées en deux son habi­tat natu­rel, des barrières élec­tri­fiées sur le chemin de ses migra­tions, elle verrait l’être humain rogner toujours plus sur les terres sauvages pour déve­lop­per l’agri­cul­ture, conqué­rir chaque jour du terrain, elle serait empri­son­née dans un monde plus petit chaque année, ce qui était vaste ne serai plus que grand, elle pour­rait aussi éprou­ver la soif et boire des litres d’une eau conte­nant du sodium de cyanure dilué, elle pour­rait être prise de convul­sions, sentir son cœur ralen­tir, sa respi­ra­tion s’alour­dir, elle pour­rait s’ef­fon­drer sur le sol, entendre des coups de fusil, être chas­sée pour la simple posses­sion de son ivoire, peser plus de six tonnes et deve­nir un brace­let, si elle faisait partie de ce groupe, elle pense­rais sans cesse à l’homme, il l’obséderait, elle saurait recon­naître ses inten­tions à la simple into­na­tion de sa voix et adap­te­rait son compor­te­ment en consé­quence, elle pour­rait être aussi victime de la folie du diver­tis­se­ment et être captu­rée vivante par des hommes de l’agence de la vie sauvage zimbabwéenne pour le profit de zoo qui naissent à Hangz­hou ou à Shan­ghai, elle pour­rait finir dans un parc clos, derrière une vitre, elle pour­rait être une mémoire perdue, oui, si elle était l’un d’entre eux, elle serait en danger, une menace perpé­tuelle comme elle ne le sera jamais en temps qu’E­rin.

Traduit de l’ita­lien par Daniele Valin

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Après « Le jour avant le bonheur » et « Le Tort du Soldat » voici ma troi­sième lecture de cet auteur et un vrai coup de cœur . C’est un roman très court, parfai­te­ment écrit qui embarque le lecteur dans le monde de la montagne, des chamois et des bracon­niers. Plus exac­te­ment d’un bracon­nier qui a consa­cré sa vie à la chasse, et d’un superbe chamois qui a passé la sienne à l’évi­ter. Les évoca­tions de la nature sont pleines de charmes et de poésie et sont parfois belles à couper le souffle. Le temps de la lecture on respire un air diffé­rent et de cette lutte impla­cable personne ne sortira vain­queur. J’ai aimé l’écri­ture économe autant que somp­tueuse (bravo à la traduc­trice !) , ce roman a sa place dans toutes les biblio­thèques des amou­reux de la nature et les protec­teurs du monde animal mais dépasse large­ment ce cadre. Voilà bien l’illus­tra­tion du pouvoir de la litté­ra­ture car ce sont deux sujets qui sont souvent loin de mes préoc­cu­pa­tions et pour­tant, j’ai tout aimé dans ce roman.

Citation

Une bien jolie évocation

Les sabots des chamois sont les quatre doigts d’un violo­niste. Ils vont à l’aveu­glette sans se trom­per d’un milli­mètre. Ils giclent sur des à‑pics, jongleurs en montée , acro­bates en descente, ce sont des artiste de cirque pour le public des montagnes. Les sabots des chamois s’agrippent à l’air. Le cal en forme de cous­si­net sert de silen­cieux quand il veut, sinon l’ongle divisé en deux est une casta­gnette de flamenco. Les sabots des Chamois sont quatre as dans la poche d’un tricheur. Avec eux, la pesan­teur est une variante du thème, pas une loi.

L homme et le chamois

Le chas­seur avait suivi des cerfs, des chevreuils, des bouque­tins, mais plus de chamois, ces bêtes qui courent à la perfec­tion au-dessus des préci­pices. Il recon­nais­sait une pointe d’en­vie dans cette préfé­rence. Il avan­çait sur les parois à quatre pattes sans une once de leur grâce, sans l’in­sou­ciance du chamois qui laisse aller ses pieds, la tête haute. L’homme pouvait aussi faire des ascen­sions bien plus diffi­ciles, monter tout droit là où eux devaient faire le tour, mais il était inca­pable de leur compli­cité avec la hauteur. Eux vivaient dans son inti­mité, lui n’était qu’un voleur de passage.

Traduit de l’es­pa­gnol Vanessa Capieu

J’ai telle­ment aimé « une mère » que je n’ai pas hésité à lire ce roman, j’au­rais dû me méfier, j’ai beau­coup de mal à comprendre l’amour absolu des maîtres pour les chiens. Je comprends très bien que l’on aime bien son animal de compa­gnie et qu’on le traite bien, mais j’aime qu’il reste un animal et non pas le substi­tut d’une personne. Ici, c’est le cas, le chien devient le rempla­çant de l’être aimé et aussi bien pour la mère que pour toute la famille le deuil d’un chien semble équi­valent à la mort d’un être humain. On retrouve dans ce récit le charme d’ « Une mère » et certains passages sont drôles. Mais l’ef­fet de surprise n’existe plus on sait qu’A­ma­lia ne perd la tête qu’en appa­rence et qu’elle veut surtout que ses trois enfants connaissent une vie plus heureuse que la sienne. Ce qui n’est pas très diffi­cile. Ses efforts pour trou­ver un nouveau compa­gnon à son fils sont souvent aussi drôles qu’inefficaces. Elle s’est mise en tête que cet homme doit être Austra­lien, blond, vété­ri­naire et gay évidem­ment ! pas si simple à trou­ver mais cela ne l’empêche pas de cher­cher et de poser des ques­tions éton­nantes à tous les Austra­liens (ils sont heureu­se­ment peu nombreux !) êtes vous Vété­ri­naire ? êtes vous homosexuels?et inver­se­ment aux homo­sexuels ; êtes vous vété­ri­naire …

Bref un roman assez drôle mais qui reprend trop les effets du premier roman, je me suis donc beau­coup moins amusée.

Citations

Mort d’un chien

Cette impos­si­bi­lité à défi­nir, ce trou noir d’émo­tion, fait de sa mort des limbes étranges dont il est diffi­cile de parta­ger l’in­ten­sité, parce que pleu­rer un chien, c’est pleu­rer ce que nous lui donnons de nous, et qu’a­vec lui s’en va la vie que nous n’avons donnée à personne, les moments que personne n’a vu. Lorsque s’en va le gardien des secrets, s’en vont égale­ment avec lui les secrets, le coffre, le puzzle rangé dedans et aussi la clé, et notre vie en reste tron­quée.

Un éclat de rire

(Pour le comprendre vous devez savoir qu’Amalia qui perd un peu la tête essaie de cacher à sa fille ‑très écolo- qu’elle est encore tombée assez rude­ment par terre sans les protec­tions que celle-ci lui a fait ache­ter. La serveuse Raluca d’ori­gine chinoise avait donc donné à Amalia des torchons remplis de glaçons parce que ses genoux sont couverts de bleus)

« Alors tu veux pas torchon ? »
Nouveau sourire de maman. Sylvia pousse un feule­ment et Emma un haus­se­ment d’épaules.
« Non, ma fille, répond maman. J’en ai plein chez moi, je te remer­cie. Main­te­nant que je sais que tu en vends, à si bon prix, en plus, je te les pren­drais à toi quand j’en aurai besoin. C’est promis. Je n’irai plus les ache­ter au marché. »
Et comme Raluca reste plan­tée là sans rien comprendre, le plateau en l’air, mani­fes­te­ment prête à deman­der des préci­sions que maman n’est pas le moins du monde dispo­sée à donner, et que Sylvia ouvre de nouveau la bouche, elle ajoute :
« Et si tu as des culottes, mais des orga­nique, hein dis-le moi surtout. Tu sais, précise-t-elle avec un clin d’œil entendu, de celles qui font le ventre plat. »
Silva et Raluca se regardent et Emma, qui bien sûr est tout autant perdue que Sylvia, baisse la tête et se passe le main sur le front.

Traduit de l’an­glais (Austra­lie) par Fran­çoise Rose.

Ce roman a le grand mérite de tenir la distance Saint-Malo/­Pa­ris. Il a, de plus, beau­coup plu à la petite souris jaune. Moins à moi, mais je suis toujours réti­cente aux histoires d’ani­maux et celle-là même si elle est très belle est parti­cu­liè­re­ment invrai­sem­blable. On peut aimer pour le dépay­se­ment afri­cain , pour l’amour des lions, et la beauté de notre planète qui est de moins en moins sauvage et de plus en plus tris­te­ment humaine. J’ap­pré­cie tous ces thèmes mais qu’une lionne veuille et sache sauver la vie d’une petite fille de 7 ans cela me semble tota­le­ment invrai­sem­blable. Autant que l’at­ta­che­ment subit et fort de la cher­cheuse quadra­gé­naire pour cette enfant. Le happy end n’est pas de trop, il est à l’image du livre « à l’eau de rose » de la savane. Et pour­tant, malgré tous ces défauts, l’au­teure a su m’emporter dans l’Afrique dure et superbe des grands espaces. Dans le genre « le lion » de Kessel est plus réaliste, peut être démodé, je ne sais pas, je ne l’ai relu depuis si long­temps. La souris jaune vous promet­tait une lecture d’été et je rajou­te­rai si vous aimez les lectures d’ado­les­cents défen­seurs de la planète.

Citations

Genre d’images qui créent un ailleurs

Quand le soleil attei­gnit l’ho­ri­zon, il se répan­dit sur la plaine. Angel retint son souffle. Majes­tueu­se­ment et immo­bile, la lionne se décou­pait sur le ciel nimbée d’une lumière dorée, telle une créa­ture de feu.

La psychologie de magazine féminin

Et si cela n’avait rien à voir avec son appa­rence ou son carac­tère ? Si c’était plutôt elle qui avait toujours choisi de vivre avec des gens qui l’aban­don­naient constam­ment ? Si elle avait incons­ciem­ment cher­ché à repro­duire la rela­tion qu’elle avait eue avec sa mère, traî­nant ce schéma derrière elle depuis des années, comme une malé­dic­tion ?