Traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye.

Repéré chez Blogart , je pensais vrai­ment tomber sous le charme de ce roman, mais ma lecture fut beau­coup plus labo­rieuse que la sienne. La construc­tion du roman est origi­nale : l’auteur scrute cette photo prise pendant la deuxième guerre mondiale et anime ces person­nages statiques en leur donnant une person­na­lité enri­chie de ses connais­sances histo­riques.

Ce départ est vrai­ment très inté­res­sant : vous voyez ces deux jeune filles, l’une d’elles regarde des hommes en uniforme alle­mand. Tout le drame de la Slové­nie est dans ce regard. Voici donc la jeune Slovène, Sonja, qui sait que son amour, Valen­tin, est dans les geôles de la Gestapo qui est diri­gée par un Slovène, Ludek, fervent mili­tant de l’idéal Nazi. Il est plus alle­mand que n’importe quel soldat de la Wehr­macht. Pour cela, il oublie son iden­tité slovène et veut se faire appe­ler Ludwig. Contre les faveurs de la jeune fille, il accep­tera de libé­rer son amou­reux que nous suivrons dans les maquis de la résis­tance yougo­slave. Aux horreurs nazies s’opposent les horreurs des maqui­sards, la popu­la­tion est broyée par des brutes sangui­naires qui se méfient de tout le monde. Que reste-t’il de l’âme d’un peuple lorsque de telles logiques tota­li­taires se mettent en place ? Pas grand chose, des bribes de poésies qui hantent encore les mémoires et parfois des person­nages qui gardent leur huma­nité, mais ils sont si seuls. C’est un roman déses­pé­rant et diffi­cile à lire car on change souvent de point de vue, les mêmes faits se répètent racon­tés par des person­nages diffé­rents. Et puis parfois, les faits décrits sont tout simple­ment insou­te­nables, comme les assas­si­nats par les commu­nistes de pauvres gens qui n’ont que le tort d’être là au mauvais moments, comme les tortures dans les geôles nazies. Personne n’est à l’abri, surtout quand on commence à penser que les espions peuvent être partout. Ce roman montre, une fois de plus que lorsque l’horreur s’abat sur un pays personne n’en sort indemne contrai­re­ment aux versions offi­cielles construites par les vain­queurs.

Citations

Traitement des prisonniers par les SS

Il s’agit de creuser des tombes pour les fusillés

Là il y a des hommes condam­nés défi­ni­ti­ve­ment qui purgent une peine de prison ça pour­rait se faire. Et les prison­niers de guerre du camp de Melje. Les Anglais ? demanda quelqu’un à travers un nuage de fumée. Ça n’ira pas. Ça ne peut abso­lu­ment pas être des Anglais, d’après la conven­tion de Genève, les prison­niers de guerre anglais ne peuvent pas faire ce travail. Mais on a des Russes, eux, on peut les utili­ser.

Un pays en guerre

Mais même si c’était la guerre et si les infor­ma­tions toujours plus mauvaises, parfois même terri­fiantes se bous­cu­laient, les gens vivaient leur vie de tous les jours. Dès que les sirènes s’arrêtaient de hurler et des bombes de tomber, ils allaient au théâtre et au cinéma ou avant chaque film on passait une revue hebdo­ma­daire, Wochen­shau, où des mili­taires en tanks que débou­laient toujours plus super­be­ment dans les plaines polo­naises et défen­daient la fron­tière occi­den­tale de l’invasion des Barbares, d’autres allaient aux expo­si­tions à Paris et mangeaient des crois­sants dans les café en compa­gnie de femmes, d’autres encore faisaient tour­ner les roues des canons et leurs obus déchi­raient le ciel nocturne au-dessus de l’Allemagne et battaient les avions qui appor­taient la mort avec leurs bombes. C’était la guerre, en ville, la vie conti­nuait, on obte­nait de la nour­ri­ture avec des cartes de ration­ne­ment, les trafi­quants du marché noir gagnaient de l’argent grâce à la viande qu’ils rappor­taient des fermes envi­ron­nantes, les bureaux travaillaient impec­ca­ble­ment, les travailleurs conti­nuaient à sortir de l’usine. On ne savait pas on ne voulait pas savoir ce qui se passait dans les bureaux où aller travailler Ludwig Misch­kol­nig et Hans Hoch­bauer ni dans les caves où Johann retrous­sait ses manches.

L’amour et la guerre

L’amour triomphe de la distance, l’amour triomphe de tout. Sauf de la guerre. La guerre triomphe de tout, même de ceux qui se battent. Et de ceux qui attendent que ça passe.

Le militant le courage en temps de guerre.

Avec une mitrailleuse, au-dessus de Vitanje, il avait tenu la posi­tion tout un après-midi dans la neige de sorte qu’on avait pu se replier. Un combat­tant, un fou. Peut-être qu’il n’aurait pas dû deve­nir chef du rensei­gne­ment. Un commu­niste. Un idéa­liste. Mais entre l’idéalisme et le sadisme, la voie est parfois étroite, esti­mait Vasja, le sadique est celui qui sait quel démon il a en lui.

20150705_215034Traduit du slovène par Andrée Lück Gaye.

4
Voilà un an, je rece­vais ce roman en cadeau, j’ai donc mis beau­coup de temps à le lire. Je ne connais­sais pas ce livre pour­tant très célèbre, je dois avouer que je ne suis pas atti­rée par les romans histo­riques, et puis, à chaque fois que je le commen­çais, j’étais rebu­tée par les noms étran­gers et pour suivre cette histoire, il faut rete­nir et se fami­lia­ri­ser avec « Hassan Ibn Sabbâh, Abd al Malik, Abdu Saroka , Ibn Tahir…». Et puis, lors d’une navi­ga­tion très calme où le soleil brillait plus que le vent ne souf­flait, j’ai enfin lu d’une traite ce roman. Je me suis plon­gée dans le monde musul­man du XIe siècle, dans ce château d’Alamut en Iran, et comme tous les les amateurs de romans histo­riques, j’ai été fasci­née par cette histoire très bien racon­tée.

Un homme : Hassan Ibn Sabbâh, se prétend prophète et lié direc­te­ment à Dieu, il forme des fedayins prêts à tout pour leur chef au nom de la foi Ismaé­lienne (variante du chiisme). Il prétend avoir les clés du para­dis où il peut envoyer les plus valeu­reux de ses fidèles. Cette secte connue aussi sous le nom « secte des assas­sins » a été évoquée par Marco Polo, mais la vérité et le mythe sont très diffi­ciles à démê­ler, on ne sait donc que peu de choses histo­riques sur ce person­nage et sa secte, en revanche, son histoire a envahi bien des imagi­naires toujours liés à la violence de ceux qui prône le fana­tisme. Le roman est le récit d’une mani­pu­la­tion d’un leader pour obte­nir un pouvoir absolu grâce à des hommes qui lui sont entiè­re­ment dévoués.

Mais si Vladi­mir Bartol s’est emparé de cette histoire, pour en faire ce roman publié en 1938, c’est pour mettre en scène le fana­tisme et ses terribles consé­quences. Il s’agit donc d’une réflexion très poin­tue et encore très perti­nente sur ce qui permet de fana­ti­ser des personnes jeunes et idéa­listes. Pour tous les commen­ta­teurs, Valdi­mir Bartol s’empare de cette histoire de l’Islam du XIe siècle, pour aider ses contem­po­rains à ouvrir les yeux sur l’engagement commu­niste ou nazi. Il est vrai que l’on retrouve dans les deux cas, un embri­ga­de­ment de la jeunesse au nom d’un idéal et la demande du chef d’une fidé­lité jusqu’au sacri­fice suprême, mais il y a dans « Alamut » une histoire bien parti­cu­lière de créa­tion d’un « faux » para­dis et je ne vois pas très bien à quoi ça corres­pond dans l’Allemagne nazie, pour le commu­nisme on peut penser aux » lende­mains qui chantent », mais dans les deux cas la jeunesse s’enflamme pour un chef pour qui ils sont prêts à donner leur vie.

Et hélas ! Ce roman permet de très bien comprendre le fana­tisme isla­mique d’aujourd’hui. Le prin­cipe du leader mani­pu­la­teur est très simple, après avoir constaté que les peuples en règle géné­ral ne veulent pas du savoir mais adorent croire aux histoires merveilleuses, il comprend que pour les mani­pu­ler, il suffit d’attiser leurs croyances, celui qui sera leur maître doit simple­ment avoir une avance sur eux et ne croire en rien de ce qu’il fait croire aux autres. Ce roman m’a fait beau­coup réflé­chir et je comprends son succès mondial, je crois qu’aujourd’hui , où des fous tuent au nom d’une reli­gion, il a sa place dans nos biblio­thèques. Je viens, en effet, de lire une cita­tion tirée du jour­nal Dar AL-Islam appe­lant à la guerre sainte contre la France qui aurait pu être pronon­cée par Hassan Ibn Salâa dans le roman de Vladi­mir Bartol :

« Nous n’avons pas d’avions pour vous bombar­der comme vous nous bombar­dez. nous avons des hommes qui aiment la mort comme vous aimez la vie ».

Citations

Mise en condition

Notre corps enclin à la paresse et au confort facile, redoute les diffi­cul­tés que la réus­site de grands projets attend de lui. Ses viles passions para­lysent notre volonté et nos nobles réso­lu­tions. Vaincre ces passions et libé­rer l’esprit de leurs entraves, voilà le but de nos exer­cices. Confor­ter la volonté et l’orienter de façon appro­priée vers un but donné, c’est notre seule obli­ga­tion pour que nous soyons capables de grands exploits et d’actions sacri­fi­cielles. Donc ne pas rester comme ces milliers d’hommes, esclaves de leur corps et de leur faiblesse mais au contraire nous appro­cher du niveau de l’élite qui est maîtresse de son corps et de ses faiblesses, voilà notre ambi­tion. Ainsi seront – nous capables de servir Notre Seigneur et d exécu­ter ses ordres.

Prosélytisme

Allez d’homme en homme et essayer de convaincre chacun. Ne soyez pas doctri­naires, adap­tez votre façon d’agir à chaque cas.

La force du fanatisme

La force de cette orga­ni­sa­tion se construira sur des gens d’un genre tout à fait nouveau. Leur parti­cu­la­rité sera un désir fou de mourir et un dévoue­ment aveugle au chef suprême. Nous attein­drons les deux quand ils croi­ront, que dis-je, quand ils sauront que la jouis­sance éter­nelle les attend au para­dis après leur mort.