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Traduit de l’anglais(Inde) par Sylvie Shnei­ter.

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Quatre voya­geurs benga­lis rete­nus dans une gare à proxi­mité d’Agra dans les années 50, vont racon­ter leur premier émoi amou­reux. Ce livre nous est présenté comme un grand clas­sique de la litté­ra­ture Bengali, son prin­ci­pal inté­rêt à mes yeux, est de nous plon­ger dans une réalité indienne, éloi­gnée de la nôtre .

Les histoires se passent dans les années 30 dans un pays où oser regar­der une jeune fille dans les yeux rele­vait d’une grande impu­deur ! Ces quatre hommes ont tous fait des mariages de raison, arran­gés par leur famille, mais la première jeune fille qui les a émus, les parents n’y étaient pour rien. Les quatre hommes ont plai­sir à racon­ter leur jeunesse, et l’ambiance de la salle d’attente m’a fait penser à certaines nouvelles de Maupas­sant où des hommes décident ainsi de racon­ter leur premier amour. Mais la Norman­die du XIX° siècle n’a vrai­ment rien à voir avec le Bengale du début du 20e !

La campagne normande est autre­ment plus vivante que ces Indiens qui se caressent du regard. On se demande pour­quoi ces hommes sont tran­sis d’amour pour des jeunes filles qu’ils n’osent à peine regar­der. Bref, j’ai décou­vert ce livre sans être passion­née ni même émue mais inté­res­sée par ce pays aux mœurs si éloi­gnées du nôtre. La quatrième histoire, celle de l’écrivain qui se souvient du temps où lui et ses trois amis étaient amou­reux de la même jeune fille est celle que j’ai préfé­rée. On imagine bien les trois adoles­cents rendant tous les services possibles pour être proches de la jeune fille, en tout bien tout honneur, évidem­ment.

Citations

Certaines phrases qui m’ont agacée mais est ce un effet de la traduction ?

Les répliques mono­syl­la­biques ne faci­litent pas la pour­suite d’une conver­sa­tion mais les obèses sont des êtres sociables et grégaires.
(et vlan pour les obèses !)

Ses lèvres, ni trop pleines ni trop minces, au modelé ferme, avaient sans doute l’ha­bi­tude de donner des ordres en quelques mots.
(ou comment juger quelqu’un un peu rapi­de­ment , non ?)

Exemple d’amour bengali, une jeune femme inconsciente et des jeunes garçons amoureux

Mona Lisa, tu ne sauras jamais à quel point nous avons exulté, le bonheur que nous avons éprouvé au fil des jours et des nuits, pendant la mous­son de 1927, dans le vieux quar­tier de Paltan. Notre ferveur ne s’est jamais démen­tie dans l’obscurité peuplée d’ombres effrayantes…Si elle disait : « Oh », cela nous émou­vait autant qu’un air de flûte ; si elle disait « eau », nous avions l’impression d’être submer­gée par les fleuves du monde entier.

On en parle

Pour l’instant je n’ai pas trouvé de blogs parlant de ce livre.

Traduit de l’an­glais par Annick Le Goyat.

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Sous la forme de sept lettres adres­sées à un diri­geant Chinois, venu visi­ter L’Inde pour comprendre le dyna­misme de ce pays , Balram Halwaï se charge de le lui expli­quer. Pour moi, c’est un livre à offrir à tous ceux qui ont visité l’Inde ou qui veulent le faire. On est loin de l’idée que les pauvres sont heureux dans leur misère et n’envient pas notre faci­lité de vie. Certaines descrip­tions sont à la limite du soute­nable, par exemple l’hôpital public, où le père du person­nage prin­ci­pal mourra sans avoir vu de méde­cin, dans des salles d’une saleté repous­sante. La corrup­tion est partout, les familles domi­nantes ne lâchent pas un iota de leur puis­sance et si, dix pour cent de la popu­la­tion vit bien sur le dos des quatre vingt dix pour cent de malheu­reux qui se tuent gratui­te­ment à la tache, c’est que les familles sont autant d’otages aux mains des puis­sants barons de cette mafia.

Toute la société indienne est passée au crible et rien ni personne ne sortent indemnes du regard atten­tif et accu­sa­teur de Aravind Adiga. Sur la quatrième de couver­ture on lit « Roman écrit au scal­pel et même à la chair du sous-conti­nent… » C’est vrai.

Pour autant le talent de l’écrivain ne rend pas ce livre étouf­fant, mais impla­cable. Je me suis dit que je me servi­rai de ce livre pour expli­quer pour­quoi je n’irai jamais en Inde (Pour être très honnête, j’ai beau­coup de mal à voya­ger…) Le passage sur la descrip­tion du Gange répond à une de mes inter­ro­ga­tions : Comment peut-on prendre un bain dans le Gange qui visi­ble­ment sert à tout dans ce pays ? Réponse il ne faut surtout jamais le faire.

Citations

Je vous décon­seille forte­ment un bain dans le Gange, à moins que vous n’aimiez avoir la bouche remplie d’excréments, de paille, de frag­ments de corps humains détrem­pés, de charognes de buffles, et de toutes sortes d’acides indus­trielles.

En résumé il y avait autre­fois mille castes et destins en Inde. De nos jours, il ne reste que deux castes : les Gros Ventres et les Ventres Creux.
Et deux destins : manger ou être mangé.

Il existe trois mala­dies majeures dans ce pays, monsieur : la typhoïde, le choléra, et la fièvre élec­to­rale.

Les rêves des riches ne coïn­cident jamais avec ceux des pauvres, n’est ce pas ? Toute leur vie, ces derniers rêvent d’avoir assez à manger et de ressem­bler aux riches. Et de quoi rêvent les riches ?
De perdre du poids et de ressem­bler aux pauvres.

Traduit de l’an­glais ( de l’Inde) par Chris­tiane Besse

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Très beau livre et il m’a obli­gée à lire lente­ment, cela signi­fie que le livre me passionne autant pour son histoire que son écri­ture. On y lit la diffi­culté de « sur »vivre au Bengla­desh. Beau­coup de thèmes sont abor­dés avec une grande déli­ca­tesse, la protec­tion de la nature, les rapports dans le couple et la violence des conflits dans cette région où les popu­la­tions sont parfois à la limite de la survie. La descrip­tion du raz de marée est abso­lu­ment saisis­sante. Le mélange des mythes et des faits natu­rels est très inté­res­sant. Pour une fois, dans un récit à propos de l’Inde les castes et les reli­gions sont au second plan, et on y retrouve donc les valeurs d’humanité commune à toutes les civi­li­sa­tions.