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Petit roman plein d’humour qui se lit très vite. Peinture inoubliable d’une mère abusive, odieuse et du petit monde des exilés russes. Dimitri Radzanov excellent pianiste rivalise au piano avec un certain Horowitz. Pour la mère de Dimitri il n’y a aucun doute, son fils est le meilleur, même s’il joue dans un poulailler dans le fond de son jardin de Chatou et Horowitz (Face de Chou) à Carnegie Hall. Beaucoup des tragédies du 20e siècle : les guerres l’exil l’extermination des juifs traversent rapidement ce petit roman. Mais son charme vient surtout de tout ce qui est dit sur la musique, la solitude et la souffrance du concertiste virtuose.

Citations

« Nous faire ça à nous ! » La voix de ma grand-mère me fendait les tympans, aussi tranchante que le scalpel en train d’inciser les cadavres d’école. Par ce « nous » outragé, elle désignait les Radzanov uniquement, transformant une défaite historique en offense personnelle.

 

Maman n’avait pas d’instruction, ce qui constituait aux yeux de sa belle-mère un défaut rédhibitoire, aggravé par ce crime de lèse-Anastasie : « Elle m’a pris mon fils ! »

 

 – Vous connaissez Horowitz ? s’étonna ma mère.
– Non, mademoiselle, Horowitz NOUS connaît !

 

Mon père s’étant fait virer de sa fabrique de colle ( un boulot auquel il n’avait jamais adhéré)…

 

Car il faut savoir à qui cela ressemble, une vie de concertiste. C’est comme si tu grimpes l’Alpe-d’Huez tous les jours sans ta selle.

 

Depuis l’âge de25 ans, il est persuadé qu’il est atteint d’un mal incurable, mais sa seule maladie est la frousse de perdre sa virtuosité et d’être envoyé dans un camp comme son père et des millions d’autres juifs.

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Impression étrange, la première partie du roman a très peu d’intérêt, un homme se fait plaquer par son amie beaucoup plus jeune. Il est russe et repart à Saint-Pétersbourg au milieu de la Russie moderne, là il rencontre un vieil homme, Volski, qui lui raconte son passé d’homme russe : le blocus de Leningrad, la guerre, le goulag, la mort de sa compagne dans un camp, son travail auprès des enfants handicapés. Makine le raconte très bien, le roman prend alors tout son intérêt. J’ai pensé à la citation de Tchékhov que Makine cite plusieurs fois :

« Il nous encourageait à couper le début et la fin de nos nouvelles. Je ne sais pas si le remède du docteur Tchékhov peut guérir un roman. En tout cas, mon héroïne vit dans la partie qu’il conseillait de couper ».

Je me demande si l’écrivain avait besoin de nous faire passer par les petitesses de notre monde actuel pour nous intéresser à la grandeur du tragique destin de Volski.

Citations

Un jeune russe dans l’édition. Alors j’ai voulu me payer sa tête, j’ai cité Marx « le seul critère de la vérité est le résultat pratique » et dans l’édition, le résultat c’est le nombre de ventes, n’est ce pas ? Si des livres de merde se vendent, c’est qu’on en a besoin.

On en parle

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Je ne passe pas ma vie à lire des livres. J’en lis aussi à mes petits enfants. Celui-là connaît un grand succès. Aucune parole n’accompagne les dessins , pourtant l’histoire est très facile à comprendre. Tout le charme du livre provient des petits détails qui ne se découvrent que peu à peu, il est rare de tous les voir à la première lecture. Finalement, le gâteau sera repris aux méchants rats, seuls les gentils auront le droit de le goûter… Et le petit canard retrouve sa maman…

Traduit de l’anglais par Pierre Ménard.

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Petit livre d’humour, typiquement britannique. Et si la reine d’Angleterre se mettait à aimer lire ? Elle découvre la lecture grâce au bibliobus et délaisse ses devoirs royaux pour sa nouvelle passion : la lecture. Au-delà de l’humour, l’auteur raconte très bien le plaisir de la lecture, et les obligations de la reine d’Angleterre , l’auteur se moque si bien des Anglais ! Les questions rituelles de la reine à ses sujets, lors des rencontres officielles, sont très drôles.

J’ai beaucoup ri à la lecture de ce roman et j’ai regretté de ne pas pouvoir le lire en anglais. Petit bémol : je l’ai prêté à ma fille qui ne l’a pas trouvé aussi amusant que moi, elle n’arrivait pas à le terminer tellement elle s’ennuyait, comme quoi !

Citations

Lorsqu’on a quatre-vingts ans, les événements ne se produisent plus : ils se reproduisent.

 

Cet attrait pour la lecture, songeait-elle, tenait au caractère altier et presque indifférent de la littérature. Les livres ne se souciaient pas de leurs lecteurs, ni même de savoir s’ils étaient lus. Tout le monde était égal devant eux, y compris elle. La littérature est une communauté, les lettres sont une république… …Les livres ne varient pas. Tous les lecteurs sont égaux… …La lecture… Il y avait en elle quelque chose d’anonyme, de partagé, de commun… …Elle pouvait parcourir toutes ces pages, l’espace contenu entre les couvertures de tous ces livres, sans qu’on la reconnaisse

En parlant de Proust

Le pauvre homme souffrait le martyre en raison de son asthme et faisait partie de ces gens qui auraient parfois besoin de se secouer un peu. Mais la littérature n’est pas avare en individus de ce genre. Le plus curieux, en ce qui le concerne, c’est que lorsqu’il trempait un gâteau dans sa tasse de thé (pratique par ailleurs répugnante) toute sa vie passée remontait à sa mémoire. Je dois avouer que j’ai testé sa méthode sans l’ombre d’un résultat.

On en parle

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5
J’ai lu plusieurs fois ce roman et je viens de le relire pour le mettre dans mon blog , avec toujours le même plaisir. J’avais dans la tête la phrase de ma sœur : « à travers les livres j’élargis ma connaissance du monde et des gens ». Farrago correspond exactement à cette attente. On y croise une foule de personnages pris dans des turbulences tragiques et comiques à la fois. On sent que l’écrivain a aimé tous ses personnages et qu’il a la tête pleine d’histoires de notre époque. Si on ne s’y perd pas, c’est grâce à Homer Idlewilde, vagabond à la recherche de son destin. Le tout se passe dans une Amérique profonde, avec des marginaux haut en couleur que l’on n’est pas près d’oublier.

Citations

Je pars moi-même à la recherche du shérif, ce qui d’une simplicité enfantine, le shérif étant de loin, dans toute la communauté, l’individu le plus facile à pister.

 

Duke, dont les ancêtres esclaves se sont tués au travail dans les champs de coton avant d’être libérés et de venir se tuer au travail dans l’arrière-pays californien et dans les mines de Tuskegee Heights

 

La misère, j’ai pensé, c’est que les gens n’arrivent pas à raconter l’histoire de leurs misères.

 

Je souhaite avoir un destin, j’ai murmuré. Je souhaite vivre une histoire qui fasse de ma vie un destin.

 

Sur toutes les plages du monde, il y a un galet que tu choisiras de ramasser parmi tous les autres, et sur tous les quais de gare du monde il y a un voyageur que tu choisiras de voir dans la foule des visages.

 

De même les gens sont incapables de raconter une histoire s’ils ne disposent pas d’une chute heureuse ou malheureuse …

Traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec (elle a dû bien s’amuser).
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J’ai beaucoup, beaucoup ri et en même temps ce livre est tragique. Je ne suis pas complètement certaine que ce livre s’adresse à des adolescents. Il s’adresse aussi bien à des adultes qu’aux ados. On comprend le désespoir absolu des indiens vivant dans les réserves, et en même temps on rit. C’est aussi la première fois que je lis des choses aussi crues sur le sexe sans que ce soit vulgaire. Le héros est un jeune indien qui est trop intelligent pour rester dans l’école de la réserve indienne , mais qui en même temps va perdre toutes ses racines. La description des réserves indiennes est sans doute plus proche de la réalité que les images que l’on se fait à travers les films américains (hélas !).

Citations

Ouais absolument, j’avoue que je me masturbe.
J’en suis fier.
Je suis doué.
Je suis ambidextre.
S’il existait une Ligue des Masturbateurs Professionnels, je serai proclamé n°1 et je gagnerai des millions de Dollars.
Et vous vous dites peut-être : « Écoute, vraiment, tu ne devrais pas parler de masturbation en public. »
Et bien tant pis pour vous, je vais en parler parce que TOUT le MONDE le fait TOUT le MONDE aime ça.
Et si Dieu n’avait pas voulu qu’on se masturbe, Dieu ne nous aurait pas donné de pouces. Donc je rends grâce à Dieu pour mes pouces.
 
C’est nul d’être pauvre, et c’est nul d’avoir l’impression que d’une certaine manière, on mérite de l’être. On se met à croire que si on est pauvre, c’est parcequ’on est bête et moche. Ensuite, on se met à croire que si on est bête et moche, c’est parce qu’on est indien. Et parce qu’on est indien, on se met à croire qu’on est destiné à être pauvre. C’est un cercle vicieux et il n’y arien à y faire.

5
Henry Bauchau est à mon avis un écrivain majeur de notre époque et j’apprécie toute son œuvre , ce roman me touche particulièrement. Ce livre m’a permis de mieux comprendre l’enfant psychotique, le travail du thérapeute et la création artistique. Les trois thèmes se mêlent dans un laborieux mais superbe aboutissement d’une œuvre poétique et romanesque
La création du langage est vraiment étonnante.

Citations

On était un enfant retardé par une maladie du cœur jusqu’à quatre ans. À l’hôpital Broussais on a été opéré et on a connu la terreur. Heureusement il y a un enfant bleu de sept ans qui a protégé… Parfois la vie devient plus clair, on est moins petit devant ceux qui font les mauvais coups mais souvent le démon est comme un ovni dans le ciel. Les gens se sorciérisent et les autobus hurlent dans les rues qui deviennent noires.

Vocabulaire du peuple du désastre

Bagarrement baïonnetter Bazardifier
Bazarder
bazardement
Bazarbouillis
bazarbouiller Bombardifier
bombardiser
bouilloniser brigandorangé bouillantonner Le catastrophié charabiacés
chauffagiser clocharder débilancolique Débilisé
Débiléfou
débilodélirant
désauvagé Détracté
Détractement
détractouiller déstructifié embalbutié emmerdoubler
ennuiable escarbarbouiller fabricole Gouille-gare Malheurifier
Le malheurifié
malheurisant
maragouiller médiouse orager pachacroute parlerie
rayonniser renversifier résucrrectifier révolvériser Sauvagé
sorciérisé
scandalifiant
4
J’ai beaucoup apprécié ce livre en particulier, toutes les remarques sur le vocabulaire et les contresens que nous faisons parfois en donnant au mot le sens d’aujourd’hui. Molière,  » valet du roi » est très éclairant à ce propos. Chaque rituel permet de comprendre la fonction royale mais permet aussi de réfléchir à propos de notre société

Citation

Je me sentis comme élever l’esprit et le courage, je me trouvai tout autre, je découvris en moi ce que je ne connaissais pas, et me reprochai avec joie de l’avoir trop longtemps ignoré. Cette première timidité qu’un peu de jugement donne toujours, et qui d’abord me faisait peine, surtout quand il fallait parler quelque temps en public, se dissipa en moins de rien. Il me sembla seulement alors que j’étais roi et né pour l’être.


4
J’ai commencé ce roman avec amusement, persuadée que je n’y trouverai qu’un intérêt modéré. (Ma grand-mère me parlait toujours avec émotion de Madame Coty, c’était son idéal de femme, elle lui attribuait des pensées de compassion pour les pauvres gens – sans doute à cause de la photo où elle sert de la soupe à son président de mari- et surtout Madame Coty était une bonne catholique). J’ai beaucoup aimé le livre du petit fils de René Coty, il permet au lecteur de traverser le siècle par petites touches et analyses assez fines de notre société. L’auteur s’y met en scène avec une honnêteté surprenante.Je pense que mon intérêt vient aussi de la description d’Etretat ou plus d’un dinardais retrouvera des remarques qu’il se fait parfois sur notre « si » petit monde. Je sais que j’offrirai ce livre à des amis de Saint-Lunaire, Saint Briac ou de Dinard. Son dernier chapitre sur le bain dans l’eau de la Manche m’a vraiment ravie.

Citations

Mais le rêve d’amour avait fait place au harcèlement mutuel qui occupe souvent les vieux couples.
 

Chaque dimanche, après déjeuner, les paysans cauchois s’engouffrent dans leur voiture pour aller regarder la mer …tout le reste a changé : les cultivateurs habitent des maisons modernes, reconstruites à l’intérieur des anciennes cours plantées ; leurs bêtes engraissent dans des hangars en parpaings et leur fourrage est protégé par des bâches en plastique sous des piles de pneus.

 

Abrégeons les préliminaires qui constituent, pour cette activité, le moment le plus pénible. Aucune douceur, aucune excitation, aucun frisson d’extase à espérer quand la première vague glacée vient lécher vos orteils. Elle semble plutôt là pour vous faire renoncer, en vous rappelant que, même par beau temps, la mer reste toujours aussi fraîche, très inférieure à la température du corps…… Certains courent aveuglément sur les galets, ils descendent la pente en poussant des cris et entrent dans l’eau comme des soldats de 14 se jetant sous la mitraille ; d’autres hésitent longuement et progressent, pas à pas, dans une relation masochiste avec l’élément.

Traduit du néerlandais par Bertrand Abraham (quel travail !)

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Livre passionnant que je lis, relis, prête, offre avec le même succès depuis 2 ans. Le principe du livre est simple, l’écrivain journaliste part en 1999 retrouver les traces du siècle. Chaque mois de son voyage, il traite un moment de l’Europe, par exemple : janvier 1999 il va chercher les traces de 1900 à 1914 à Paris l’affaire Dreyfus, puis en Grande-Bretagne l’enterrement de la reine Victoria…

C’est passionnant car il s’oblige ainsi, à décaler son point de vue suivant le pays où il est pour des évènements qui concerneront l’ensemble de l’Europe. Comme j’ai une formation de Française et que lui est Hollandais son regard m’a semblé très novateur, j’ai eu l’impression de revisiter toute l’histoire et de mieux la comprendre. Le livre est long mais comme il s’arrête de mois en mois on peut le laisser et le reprendre sans être perdu.

Citations

Freud obtint l’autorisation de quitter la ville dans laquelle il avait vécu depuis sa prime jeunesse. Il partit à Londres, où il allait mourir un peu plus d’un an après. Avant son départ, les nazis exigèrent du patricien mondialement connu une déclaration écrite certifiant qu’il avait été parfaitement bien traité. Freud signa sans sourciller et n’ajouta qu’une phrase : »Je peux cordialement recommander la Gestapo à tous ».

 

Nulle part ailleurs (qu’à la télévision suédoise) je n’ai eu l’occasion de voir cinq acteurs rester si longtemps muets et immobiles à l’écran. Ils devaient être en train de se bouffer le nez je pense.

 

Sabino de Arena fondateur du mouvement indépendantiste basque (avait évoqué dans sa dernière pièce « libe » le destin d’une femme préférant mourir plutôt que d’épouser un espagnol) prit pour épouse une jeune paysanne, uniquement à cause de la « pureté » de son sang. Après sa mort, elle eut tôt fait de se trouver un mari … un agent de police espagnol.

 

En 1954, les Français ont torpillé le plan de Communauté européenne qu’ils avaient eux-mêmes conçus.

 

Jusqu’en 1968, la majorité des garçons étaient encore en vestes et portaient les cheveux courts, la prédominance des pulls, des barbes ou des moustaches, et des longues chevelures ne cessa ensuite de se renforcer. Le caftan de berger afghan, doublé de fourrure, était très apprécié, été comme hiver.