Lu dans le cadre du club de lecture de ma médiathèque.

4
Livre très sympathique qui remonte le moral. Cela n’empêche pas l’auteur de décrire notre société de façon assez triste. Il se sert pour cela de la personnalité d’un vieil homme de plus de soixante dix ans qui refuse l’ensemble du modernisme. Son intérêt pour la société dans laquelle il vit s’est arrêté aux années 60. Depuis plus rien ne trouve grâce à ses yeux, ni les noms des voitures qui, d’appellations qui font rêver comme Caravelle, Dauphine, Ariane, sont passée à des mots qui ne veulent rien dire comme Scénic, ni les beauté féminines, son idéal féminin restera à jamais Grace Kelly, ni bien sûr les façons modernes de communiquer.

Lui restera pour toujours relié au monde avec un téléphone en bakélite noir avec un cadran que l’on tourne avec un doigt… Son fils va devenir père, et le roman raconte très bien les peurs du futur père et sa joie absolue devant le bébé fragile mais dont le regard est si présent. L’année des 6 ans du petit, le grand père le gardera un mois dans sa maison au coeur des landes. Le bonheur de ces deux être, aux deux bouts du temps de l’espace humain est touchant : ce petit fils saura séduire ce vieux grincheux , et le petit garçon aimera de toutes ses forces ce grand-père hors norme. Toutes les peurs dans lesquelles sont élevées les enfants d’aujourd’hui sont évoquées et si on comprend les parents, on est également du côté du « grand-paria » (nom qu’il s’est choisi et qui lui va bien), l’hyper protection dans laquelle sont élevées les enfants d’aujourd’hui, leur permettra-t-elle de grandir ?

Les personnages ne sont pas idéalisés, ils sont dans leur vérité. J’ai bien aimé que la maman de l’enfant, Leila, ne succombe pas au charme du grand-père : la conversation téléphonique où le grand-père explique que l’enfant a dormi dans le même lit que lui pour ne pas avoir de cauchemars est bouleversante. Elle a peur de l’inceste, et le grand-père est totalement choqué qu’elle ait pu penser à cela.

Le premier chapitre démarre par une scène dans le métro absolument inoubliable, elle fera sourire les parisiens et les provinciaux qui sont si heureux de ne jamais utiliser les transports en « commun » parce qu’ils sont communs justement ! (Ce n’est pas de moi, c’est une réflexion du grand père).

Citations

La télévision aujourd’hui

Encore ignore-t-il l’existence du rap et des émissions de téléréalité. Ne m’a-t-il pas déclaré tout récemment : « un jour, tu vas voir, ils vont foutre des caméras dans une maison et filmer des crétins à ne rien faire » ? S’il savait. Je n’ose rien dire. Je n’ai jamais osé.

La jeunesse d’aujourd’hui vue par le grincheux

– On montre son cul, on a des anneaux dans le nez, on mange avec les doigts, on s’exprime par borborygmes, on se tape dessus au moindre désaccord, on se trémousse sur des rythmes binaires…ça ne t’évoque rien ?

– Euh…

– Moi si : l’âge des cavernes. des siècles de civilisation pour en arriver là ! Ce n’est pas triste c’est effroyable.

 L’opinion du grincheux sur les médecins

– Tu as vu un ophtalmo ?

– Un type qui te regarde dans les yeux pour te prendre ton fric ? Même les femmes n’osent plus faire ça.

 Le masculin

Que tu dises non, non et non ! A force de ne plus être machos, vous êtes devenus manchots, ma parole, toi et les hommes de ta génération !

Petite leçon d’économie

Pourquoi acheter, toujours acheter, quand on peut faire durer les choses ? Pourquoi jeter, toujours jeter, grossir les décharges, quand on peut réparer ? Tu as remarqué que les verbes « jeter » et « acheter » étaient très proches ? Cette machine, je la jette, cette machine, je l’achète, ça sonne pareil … Et voilà comment la fuite en avant continue, et vas-y que j’achète , et vas-y que je jette , et tant pis pour la planète ! En plus ça rime ! Tu vois je suis un grand poète. Un grand poète paria.

On en parle

Livre-esse, Cathulu

4
J’avoue avoir lu ce roman un peu à reculons , malgré les louanges que j’avais lues à son propos. La première raison c’est que je n’avais pas été charmée par le précédent roman de Maylis de Kérangal « Naissance d’un pont ». La deuxième, c’est la nature même de son sujet, le don et la greffe d’organe.

Je suis le plus souvent choquée par les campagnes incitant les citoyens à manifester leur volonté de donner leurs organes s’ils se retrouvaient en état de mort cérébrale. On insiste toujours sur le fait qu’ainsi ils peuvent sauver des vies et il y a toujours un discours culpabilisant vis à vis de eux qui ne souhaitent pas donner leurs organes. Et bien ce roman prend la peine d’évoquer sans jamais juger ni donner la moindre leçon de morale , l’état de souffrance absolue des parents qui apprennent la mort cérébrale de leur fils et doivent en même temps accepter, ou non, de donner ses organes.

Toutes les questions sont bien posées et on vit au plus près l’état de sidération dans lequel sont plongés les parents de Simon. La façon dont leur cerveau se fige à l’annonce qu’ils ne peuvent imaginer et leur plongée dans le plus noir des cauchemars. Ce qui rend ce roman exceptionnel, c’est le talent de Maylis de Kérangal, qui à partir de là, décrit tous les acteurs qui vont se mettre en mouvement , jusqu’à la « ré » implantation du cœur de Simon dans le corps de Claire. Tout cela se passe en moins de vingt quatre heures. Mais qui dit urgence et rapidité, n’empêche pas de sentir l’intensité du déroulement des vies celle du donneur, de ses parents, du receveur…

Cela permet à l’auteur de nous décrire plusieurs « types » de notre société . Face à la mort de ce jeune surfeur de dix neuf ans, elle rassemble, les différentes personnalités du corps médical : du prestigieux chef de service , héritier d’une dynastie de médecins parisiens, à l’infirmière du Havre aux amours compliquées. Un petit exemple bien vu de notre époque, l’infirmière qui attend désespérément un appel d’un amoureux et qui répond au médecin chef de service en sentant les vibrations de son portable, complètement partagée entre l’envie de regarder qui l’appelle et se concentrer sur ce qu’on est en train de lui reprocher. Notre époque vous dis-je !

Je comprends les louanges à propos de « Réparer les vivants » et je trouve qu’au delà du sujet choc , c’est un grand roman que je conseille à chacun et chacune de lire si ce n’est déjà fait.

 Citation

Un passage où on voit son talent à décrire des personnages ancrés dans notre société, mais aussi un bon exemple de son style, je raccourcirais volontiers certaines de ses phrases (mais pas celle -là) :

La plupart comédiens sur le carreau, débutants pleins de promesses ou éternels seconds couteaux de productions télévisuelles, arpenteurs de spots publicitaires, doublures, figurants, silhouettes, courant les castings pour amasser des heures, gagner de quoi payer un loyer – le plus souvent une colocation dans un arrondissement du nord-est parisien ou de la proche banlieue-, ou reconvertis coach pour des journées de formation aux techniques de vente – à domicile ou autres-, et finissant parfois par intégrer des panels de cobayes où ils louaient leurs corps, goûteurs de yaourt, testeurs de crème hydratante ou de shampoing antipoux, expérimentateur de pilules diurétiques.

On en parle

Clara et Cathulu et Kroll et bien d’autres avis intéressants sur Babelio

5
Quel plaisir de retrouver mon blog avec ce roman. 
J ai beaucoup lu pendant ces semaines bien occupées,tout n’est pas d’égale valeur. J’avais eu le temps de noter ce roman d’abord chez Dominique,puis chez beaucoup d’entre vous. Je vais me joindre au chœur de celles et ceux qui se sont senties bien dans cette épopée du 20° siècle.

Épopée de la vie et de la mort

Épopée de ceux qui ont survécu aux terribles incendies qui ont ravagé les forêts canadiennes dans les années 1910.
L écrivaine a su rendre compte de la force destructrice du feu et de la terreur qui est, à jamais, entrée dans le regard des survivants.

Épopée des êtres si vieux qu’on voudrait les mettre à mourir tous ensemble, et qui décident de vivre leur fin de vie comme ils le veulent, libres et indépendants bien cachés au fond des bois.
Épopée d’une femme enfermée à 16 ans dans un asile psychiatrique et qui n’en ressortira qu’à 80 pour enfin vivre une vraie vie.

Épopée, enfin, de la narratrice, femme photographe qui réussira à monter l’exposition qui lui tenait à cœur pour rendre compte de cette période où « il pleuvait des oiseaux » au-dessus des forêts calcinées du nord canadien.

Si j’ai utilisé le mot « épopée », ce n’est pas pour trahir la simplicité du style ni la banalité des vies ordinaires qui font la richesse du roman, c’est que, je le pense, il y a une grandeur à savoir rendre compte du quotidien des êtres quand ils sont libres et vivent dans leur propre système de valeur.

Un roman superbe, envoûtant et profondément vrai dont j’ai littéralement savouré chaque phrase.

Citations

Comme moi, je pense que tous ceux et celles qui aiment les histoires se retrouveront dans ce passage

J’aime les histoires, j’aime qu’on me raconte une vie depuis ses débuts, toutes les circonvolutions et tous les soubresauts dans les profondeurs du temps qui font qu’une personne se retrouve soixante ans, quatre-vingts ans plus tard avec ce regard, ces mains, cette façon de vous dire que la vie a été bonne ou mauvaise.

 Échapper au sort commun de la vieillesse

– En deux minutes, j’avais fait mon baluchon et en route pour la Liberté !
Et de s’éclater encore d’une grande salve de rires, accompagné de Charlie qui avait abandonné toute retenue et juillet d’un bon rire gras et sonore. Les deux vieillards s’amusaient comme des enfants à l’idée de ce coup asséné à toutes les travailleuses sociales de ce monde qui veulent enfermer les vieux dans des mouroirs .

 l’euthanasie sans les lois

Il y avait un pacte de mort entre mes p’tits vieux. Je ne dis pas suicide, ils n’aimaient pas le mot, trop lourd, trop pathétique, pour une chose qui, en fin de compte, ne les impressionne pas tellement. Ce qui leur importait, c’était d’être libres, autant dans la vie qu’à la mort, et ils avaient conclu une entente.

 Description d’un incendie de forêt

Le feu a des caprices qu’on ne s’explique pas. Il va sur les plus hauts sommets, arrache le bleu du ciel, se répand en rougeoiement, en gonflement, en sifflement, dieu tout-puissant, il s’élance sur tout ce qui est vivant, saute d’une rive à l’autre, s’enfonce dans les ravins gorgés d’eau, dévore les tourbières, mais laisse une vache brouter son herbe dans son rond de verdure. Que peut-on comprendre ? Le feu, quand il atteint cette puissance, n’obéit qu’à lui-même.

 L’esprit de village

Qui Ange Polson était-elle venue embêter ?
Tout le monde et personne en particulier, la réflexion de sa mère ou de la mercière , venait de ce fond inépuisable de méchanceté que les petites villes entretiennent jour après jour.

La dernière phrase qui sonne si juste et pas seulement pour ce roman.

Et la mort ?
Eh bien, elle rôde encore. Il ne faut pas s’en faire avec la mort, elle rôde dans toutes les histoires.

On en parle

à sauts et à Gambades , Sylire , Aifelle, Clara…..

 Traduit de l’américain par Jean-luc PININGRE.

5
J’ai passé quatre semaine en compagnie de ce gros roman , j’avais noté cet auteur chez Cuneipage, à propos d’un autre titre que je lirai également. J’ai commencé par celui-là car il était diponible à la médiathèque. C’est un roman exigeant et long à lire, mais jamais ennuyeux et qui peint toute la société nord-américaine aux différents stades de la vie. De l’enfance , en passant par l’adolescence jusqu’à la vieillesse, tout est là avec des propos d’une justesse étonnante. Je sais qu’un livre me restera en mémoire quand j’ai envie de noter une multitude de passages. Les scènes dans le bar de Miles sont criantes de vérité.(Mais trop longues à recopier !).

On rit parfois, par exemple, lorsque le seul jeune américain qui n’avait pas conduit avant de prendre des leçons passe son permis au péril de la vie de l’examinateur est à mourir de rire (finalement , l’examinateur n’aura que le poignet cassé !). On sourit souvent aux remarques douces amères sur les défauts des personnages secondaires. Et des personnages, il y en a beaucoup certains hauts en couleur comme ce vieux prêtres complètement frapadingue qui écoute en confession des amours des uns et des autres, en se faisant passer pour son collègue.

Certains sont d’une humanité qui me touche comme Béa, tenancière de bar,la mère de Jeanine, la future « ex » femme du personnage principal, qui se trompe souvent et qui préfère se fâcher contre sa mère plutôt que d’ouvrir les yeux sur ses conduites. Et puis il y a Francine Whiting qui a provoqué le malheur de tant de gens ! Elle est souvent haïssable mais finalement est-elle responsable ou victime ? Mais le roman ne se résume pas à une peinture de personnages, on a peur également car on sent une tension monter peu à peu jusqu’au dénouement et la violence d’un jeune trop cassé par la vie.

J ‘aime beaucoup la personnalité du personnage principal qui se laisse tout le temps avoir à cause de sa gentillesse , il le sait mais n’arrive pas à devenir méchant. Il accepte de servir dans son bar, l’homme qui lui a ravi sa femme , mais j’ai adoré qu’il lui casse la figure le jour où , enfin, la coupe a été trop pleine. Tout le roman est sous-tendu par une histoire qui s’est passée du temps de l’enfance de Miles, on la découvre peu à peu et on sent que le point final ne pourra être mis que lorsque tout sera enfin éclairci.

Un grand roman j’ai tout aimé et aussi parce qu’il a réussi à me faire ralentir mon rythme de lecture habituel.

Citations

Personnalité du gentil Miles

Il avait suggéré à Mrs. Whiting de le remplacer, mais c’était un appareil coûteux et la vieille dame s’y était refusée tant qu’il fonctionnerait. Quand Miles était d’humeur clémente, il voulait bien se rappeler que les femmes de plus de soixante dix ans n’aimaient pas qu’on leur parle d’une machine âgée, épuisée, qui avait déjà duré plus que leur espérance normale de vie. Lorsqu’il était d’humeur moins charitable, il soupçonnait son employeur de faire coïncider l’obsolescence de tout le matériel -le Hobart, le fourneau Garland, le Grimm, le Mixer à milk-shake, avec son propre décès, minimisant ainsi sa générosité

 L’humour de l’adolescente

La seule bonne chose qu’ait apportée la séparation de ses parents, avait déclaré Tick, était qu’au moins elle n’avait plus besoin d’aller à l’église, maintenant que sa mère avait troqué la religion catholique contre l’aérobic.

 Les disputes dans le couple

Pour Miles un des grands mystères du mariage était qu’ on disait à chaque fois les choses avant de comprendre qu’il aurait fallu se taire.

 Un dicton à méditer

Qui veut s’entendre avec ses voisins met une clôture à son jardin.

 Humour de Miles

À chaque fois que Max l’emmenait en voiture, Miles ressentait une profonde parenté avec tout être vivant incapable de courir plus vite que son père ne conduisait, à savoir -les guépards étant rares dans l’état du Maine- à peu près tous.

 Un personnage vraiment radin et antipathique

Walt avait même dû emprunter pour payer l’alliance et les deux jours de lune de miel foireuse sur la côte, au cours desquels, si Jeanine avait eu un cerveau, elle aurait pu comprendre pourquoi il aimait tant faire l’amour avec elle. Parce que ça ne lui coûtait rien

 Je trouve cette phrase particulièrement juste

Ce n’est pas parce que les les choses arrivent progressivement qu’on est prête à les vivre. Quand ça urge , l’esprit s’attend à toutes sortes de mouvements brusques , et on sait que la vitesse est un atout. La « lenteur » , qui fonctionne sur un mode totalement différent , donne à tort l’impression d’avoir le temps de se préparer, ce qui occulte une réalité fondamentale , à savoir que les choses peuvent sembler particulièrement lentes, on sera toujours plus lent soi-même.

 On en parle

voir Babelio

 Dominique, merci.

5
Et, j’espère que mon billet va donner envie à d’autres blogueurs et blogueuses de lire cet essai. Ok ! il est un peu long mais passionnant presque de bout en bout. Le « presque » n’est pas une critique mais décrit la nature même de cet essai. Svetlana Alexievitch part à la recherche de témoignages de citoyens qui ont connu l’URSS et qui vivent maintenant en Russie.Il y a donc, des témoignages plus intéressants que d’autres. Elle sait écouter ses compatriotes et on sent qu’il faut parfois du temps à ces gens pour dévoiler ce qui les rend très malheureux.

L’auteur alterne les témoignages assez longs avec des « propos de cuisine », qui sont un peu les brèves de comptoir chez nous. On y lit l’opinion de « Monsieur et Madame tout le monde » et que, le saucisson a longtemps été l’unité de mesure de la richesse d’un pays ! Tous ou presque sont tristes et les seuls destins moins tragiques sont ceux qui vivent à l’étranger.

On ressort bouleversé par cette lecture, car on se sent aspiré peu peu par les différentes tragédies russes. J ai parfois été proche du malaise, car il ressort de ce livre que le pire ennemi de l’homme c’est l’homme s’il a le droit de tout faire subir à son semblable. Comme ce tortionnaire qui se vante d’avoir fait mourir des prisonniers en leur maintenant la tête dans les seaux d’excréments.

Il se pose alors régulièrement cette question : comment vivre sereinement en Russie, puisqu’aucun tortionnaire n’a été jugé. Les victimes et les bourreaux se partagent donc les lieux de rencontre. Je pense que cela ne doit pas être très facile à vivre. À travers tous ces témoignages un élément ressort régulièrement, du temps de la période soviétique, l’argent n’avait pas d’importance et c’est pour tous un choc énorme d’imaginer qu’aujourd’hui, on soit jugé sur ses capacités financières.

Il y avait peu de plaisirs durant les 70 années du soviétisme, en conséquence de cela (peut-être), les joies de l’esprit -en particulier celles des textes littéraires- s’imposaient. Les jeunes Russes d’aujourd’hui n’ont plus ce goût de lire. Être libres, voulaient dire pour les intellectuels soviétiques, pouvoir lire ce qu’on voulait ,sauf que maintenant ils sont libre et ils ne lisent plus !

Le plus déchirant , parce ce que plus contemporain : les victimes des purges staliniennes appartiennent au passé, c’est le sort des Russes dans les nouvelle Républiques. Les guerres contre les minorités sont horribles , tout est permis et, hélas ! Ça continue.

Un grand livre indispensable pour comprendre notre époque !

 Citations

Humour communiste

Un communiste, c’est quelqu’un qui a lu Marx, et un anti-communiste, c’est quelqu’un qui l’a compris.

L ‘argent

Avant, je méprisais l’argent parce que je ne savais pas ce que c’était. Dans notre famille, on n’avait pas le droit de parler d’argent. C’était honteux. Nous avons grandi dans un pays où on peut dire que l’argent n’existait pas. Je touchais mes cent vingt roubles, comme tout le monde, et cela me suffisait. L’argent est arrivé avec la perestroïka. Avec Gaïdar. Le vrai argent. Au lieu de « Notre avenir, c’est le communisme ! » il y avait partout des pancartes avec « Achetez…Achetez…..L’argent est devenu synonyme de liberté.

 Juger Staline ?

Pourquoi nous n’avons pas fait le procès de Staline ? Je vais vous le dire… Pour juger Staline, il faut juger les gens de sa propre famille , des gens que l’on connaît. Ceux qui nous sont le plus proches.

 Les gens simples

Ils n’étaient pas tous communistes, mais ils étaient tous pour un grand pays. Les changements, ça leur faisait peur , parce qu’après tous les changements, les gens simples finissent toujours par se faire avoir.

 Un pays conçu pour la guerre

Notre État a toujours fonctionné sous le régime de la mobilisation , dès les premiers jours. Il n’était pas conçu pour la paix.

Une formule à retenir

Le communisme, c’est comme la prohibition : l’idée est excellente mais ça ne marche pas.

 Une famille ordinaire

Moi, je fais partie des gens que monsieur l’oligarque envoie se faire foutre. Je viens d’une famille ordinaire : mon père est alcoolique, et m amère se crève la paillasse pour trois fois rien dans un jardin d’enfants. À leurs yeux nous sommes de la merde , du fumier… Un jour quelqu’un me mettra obligatoirement un fusil entre les mains . Et je le prendrai.

 L’exil

J’ai fichu le camp aux États-Unis. Je mange des fraises en hiver. Du saucisson, il y en a autant qu’on en veut ici.

 Les changements

Il y en a qui ont eu le gruyère et d’autres, les trous du gruyère.

Les héros soviétiques à la maison

Un héros ! Pendant longtemps, il s’est pavané avec son manteau militaire, il buvait, il faisait la bringue. C’était ma grand mère qui travaillait. Lui, il était un héros.

On en parle

Chez Dominique où je l’avais noté et « entre les lignes et entre les mots » blog que j’ai trouvé chez Babelio.

 Traduit du russe par Sophie Benech.
Merci Dominique pour cette découverte.

5
C’est un petit bijou ! Comme Dominique, je regrette que l’auteur ne se soit pas davantage étendu sur l’histoire de Tatania Gnéditch. Cette femme a traduit de mémoire (848 pages en édition poche !) le Dom Juan de Byron. Son talent est tel, qu’elle a réussi à attendrir un des bourreaux de la Tchéka qui lui a fourni, papier crayon , et une édition de Byron pour qu’elle puisse finir son travail.

Ce récit trop bref, rend compte de la passion des russes intellectuels broyés par le régime soviétique, mais également fascinés par la littérature. Un petit bijou , et il faut parfois peu de mots pour être bouleversée ; l’image de Tatania dans sa minuscule cellule sans lumière de la Loubianka qui se fait rabrouer,et injurier par son gardien car elle se lève parfois, de sa table de travail au lieu de rester assise pour finir sa traduction, est définitivement fixée dans ma mémoire.

L absurdité du régime soviétique peut se lire dans les très longs livres de Soljenitsyne mais aussi dans les raisons qui ont valu à cette femme, en 1945, 10 ans de condamnation au goulag.

« A la demande d’un diplomate anglais, elle avait traduit en huitains anglais un poème de Véra Imber « le méridien Poulkovo », destiné à être publié à Londres. Après l’avoir lu, le diplomate lui avait dit : « Si vous travailliez pour nous , vous pourriez faire beaucoup pour les relations entre la Russie et l’Angleterre ! ».

Ces paroles l’avaient profondément marquée, l’idée de voyage en Grande Bretagne avait commencé à la hanter, et elle considérait cela comme une trahison. Elle avait donc retiré sa candidature au Parti. On comprend fort bien que les commissaires-interrogateurs n’aient pas ajouté foi à cette confession hallucinante, mais on n’avait pas réussi à trouver d’autres chefs d’accusation . Elle avait été jugée(cela se faisait à l’époque) et condamnée à dix ans de camp de redressement par le travail pour « trahison de la patrie », selon l’article 19, qui stipule que l’intention n’a pas été concrétisée. »

Elle reviendra du camp , sera professeur de traduction, et patagera son intimité avec des êtres incultes qu’elle a connus en camp , mais, peut-être qu’au delà de la littérature , ils l’ont aidée à survivre dans ce milieu où tant d’autres ont laissé leur vie.

« Son « mari de camp » , Grégori Pavlovitch (Égor), était alcoolique au dernier degré et jurait comme un charretier. Extérieurement, Tatania l’avait civilisé, elle lui avait appris, par exemple, à remplacer son juron préféré par le nom d’un dieu latin. À présent, il accueillait les élèves de sa femme en disant : « On boit un petit coup, les gars ? Et si, elle veut pas elle a qu’à aller se faire phébus ! »

Vraiment un tout petit livre pour une très grande émotion.

la-traversee-du-continent

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque, Thème littérature francophone canadienne.

5Et voilà 5 coquillages sans l’ombre d’une hésitation : quel plaisir de découvrir un petit bijou de lecture qu’on a immédiatement envie de partager avec tous ceux qu’on aime. Un club de lecture, ça sert à ça : PARTAGER des plaisirs. Une enfant de 11 ans vit depuis 5 ans avec ses grands parents aimants et ses deux petites soeurs, dans un tout petit village francophone, au milieu des champs de maïs ; elle doit traverser le continent Nord américain , pour retrouver sa mère .

Tout est parfait et sonne juste dans ce roman, d’abord la séparation avec les grands parents. L’auteur change de point de vue à chaque fois que Rhéauna (Nana) doit se confronter à la peine d’un membre de sa famille, on suit d’abord les difficultés de la petite fille, puis en quelques pages très sobres, on comprend pourquoi l’adulte en est arrivé à vivre une vie qui semble parfois totalement absurde. Comme le mari de Bébette monstre obèse qui dégoûte profondément la petite Rhéauna.

Le grand-père sait qu’après le départ de ses petites filles qu’il aime encore plus fort que sa propre fille, il n’y aura plus que la mort comme perspective. Sa souffrance m’a beaucoup touchée. La première halte de l’enfant, c’est chez la petite soeur de son grand-père. La mal aimée, l’acariâtre tante révèlera son douloureux et si beau secret à la petite fille émerveillée. Ensuite, elle retrouve Bebette et son fameux « saperlipopette », que de tristesse derrière cette personnalité exubérante !

Puis elle retrouve Ti-Lou , qui est devenue « guidoune » pour faire souffrir son tortionnaire de père. À travers ce voyage , l’enfant va peu à peu se détacher de la déchirure qu’a représentée la séparation de son lieu d’enfance protégé par ses grands-parents et en même temps, s’attacher et aller vers sa mère. Les trois rêves qu’elle fait dans le train sont de très beaux moments de littérature et permettent de comprendre le chemin inconscient de l’enfant qui part de la terreur pour aller vers l’indépendance et l’affection.

La chute, la fin, je ne peux pas la raconter sans déflorer le roman, mais c’est absolument génial. Le style fait beaucoup pour le plaisir de lecture, on ne comprend pas tous les mots mais on savoure une langue venue d’ailleurs, plus rocailleuse que le français mais qui va bien avec ce que décrit l’auteur.

PS je n’explique pas le mot « guidoune » à vous de trouver !

Citations

Les mots qu’on ne connaît pas mais qu’on comprend

Il l’embrasse à pleine bouche, cette fois en ratoureux qui n’a pas d’autre argument.

Les personnalité et les rôles dans les fratries

Elle continuait de faire rire tout le monde, comme toujours, tout en faisant preuve d’une assurance étonnante. Et se montrait tranchante quand elle trouvait bon de l’être, c’est-à-dire à peu près tout le temps.

C’est ainsi qu’elle s’était transformée sans trop s’en soucier en tortionnaire de cette petite sœur qu’elle considérait davantage, à l’instar des autres membres de la famille, comme la servante de la maisonnée que comme la fille cadette des Desrosiers, Bebette commandait, Régina obéissait. Ce n’était nulle part, c’était juste une chose qu’on acceptait sans discuter. Et qui avait durer des années.

J’ai enfin compris l’utilité des dimunitifs

Ils portent des noms impossibles, Althéode, Olivine, Euphrémise, Télesphore, Frida, Euclide, qu’ils font claquer à grands coups de tapes dans le dos ou entre deux embrassades.

 La société dans les années 1900

En grandissant , tu vas te rendre compte qu’on vit dans un monde fait par les hommes, pour les hommes….pis souvent contre les femmes…C’est comme ça depuis la nuit des temps, on peut rien y changer, pis celles qui essayent de changer quequ’chose font rire d’elles… Elles ont beau se promener dans les rues avec des banderoles pour exiger le droit de vote par exemple, tout le monde rit d’elles…même les autres femmes. Tu comprends, on a juste trois choix, nous autres : la vieille fille ou ben la religieuse -pour moi c’est la même chose- , la mère de famille, pis la guidoune.

 On en parle

Babelio en attendant de mettre des liens plus précis

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque, thème littérature canadienne française.

4
Quel livre ! J’ai toujours su que je le lirai. Toutes les personnes qui m’en avaient parlé m’en avaient donné envie. Et puis…. le temps passait. Si l’un ou l’une d’entre vous ne l’avez pas pas encore lu , précipitez vous. Ce livre est dans toutes le bibliothèques , j’en suis certaine.

C’est une oeuvre autobiographique, Denise Bombardier est née au Québec et est élevée dans une foi catholique qu’on peut qualifier de très intense qui frise parfois l’obscurantisme et la bêtise absolue. Pendant cette lecture, je me disais que tous les croyants devraient lire ce livre pour comprendre comment des conduites aussi absurdes qu’inquisitrices peuvent produire exactement le contraire de l’effet escompté. Et pourtant, cette petite fille a mis toute son énergie pour devenir la plus parfaite des petites catholiques. Seulement voilà, elle avait aussi une grande envie de vivre et de s’instruire.

Alors patatras, une injustice de plus, une remarque encore plus absurde que la précédente et d’un coup elle a tout rejeté. Ce qui fait la force de ce témoignage , c’est qu’elle se souvient bien à quel point elle a cru et participé de tout son coeur au bourrage de crâne des sœurs qui, en plus de lui inculquer la religion catholique, l’amenaient à mépriser celles qui étaient moins en réussite qu’elle.

Ce qui est amusant c’est que l’ensemble du Québec a rejeté ces formes de religiosité ,Denis Bombardier n’a été en somme qu’une précurseur(e) d’un mouvement beaucoup plus général d’émancipation.

Citations

Drôle de sentiments de charité chrétienne (« les queues » sont la mauvaises élèves)

Lorsque, en préparant nos âmes, avant la confession bimensuelle, Mlle Tremblay nous demande : « Avez-vous aimé votre prochain comme vous-même ? » il ne me viendrait jamais à l’esprit de me sentir coupable de mon attitude odieuse à l’endroit des pauvres « queues ». Le prochain, ce sont mes égaux, elles sont mes inférieures.

Les gens instruits

 On se méfiait des gens trop instruits.Ils faisaient peur. Seuls échappaient à cette règle les médecins, les avocats et et les prêtres, qui incarnaient les trois besoins fondamentaux du Québec d’alors : se faire soigner si l’on est vraiment malade, pouvoir se défendre si l’on est attaqué, et sauver son âme pour s’assurer une vie meilleure dans l’au-delà. C’est pourquoi Maurice Duplessis avait tant de succès auprès des foules lorsqu’il lançait sa petite phrase : « L’instruction, c’est comme la boisson forte, y en a qui ne supporte pas ça. ».

 La foi

Mgr Léger, archevêque de Montréal , réussit à « mettre le Québec à genoux » , selon sa propre expression . Il devint la vedette du Chapelet en famille diffusé chaque soir à la radio . La cote d’écoute de l’émission battit tous les records et, en survolant le Québec à cette heure , on pouvait entendre durant quinze minutes le murmure d’un peuple entraîné par son pasteur vers le refuge sacré du sein de la Mère des mères.

On en parle

J attends vos réactions pour mettre un lien votre blog car je n’ai rien trouvé sur Babelio.

Traduit de l’anglais par Fernande DAURIAC
Lu grâce à la recommandation de mon libraire préféré.

Voyager c’est découvrir que tout le monde a tort.

5
J’espère que mon libraire n’attend pas avec impatience mon article sur Luocine car cela fait quelque temps que je trimbale ce livre dans tous mes déplacements… Sans jamais m’y mettre , mais, lorsque je l’ai commencé, j’ai compris son enthousiasme. C’est un livre à recommander à tous les voyageurs.

En voici le principe, à chaque fois qu’Aldous Huxley arrive dans un lieu, il nous en fait une description précise et rien que pour cela , ce livre mérite d’être lu. Aldous Huxley n’est pas qu’un observateur c’est aussi un penseur critique sur l’organisation sociale et comme le titre l ‘indique un authentique septique. J’ai savouré ses descriptions. Celle de Bombay est très drôle l’énumération des différents style d’une ville qui a été construite entre 1860 et 1900 est inoubliable :

On passe du « style gothique vénitien » au « style ornementé français du quinzième siècle » en passant par le « style gothique du quatorzième siècle » et pour finir « le style moyenâgeux de Mr Trubshawe » et comme le rajoute Aldous Huxley avec son humour si britannique : « Mr Trubshawe resta prudemment imprécis. » Cet auteur m’a sidéré par la modernité, la pertinence et parfois la profondeur de ses propos. Son livre est publié en 1926, et la partie la plus intéressante et la plus longue de son voyage se situe en Indes.


Il passe ensuite en Malaisie, en Chine, au Japon, aux USA, et revient à Londres. C’est une époque où, un Anglais aux Indes est amené à s’interroger sur la supériorité, ou la soi-disant supériorité, des valeurs du colonisateur par rapport à celles du colonisé. Bien loin de simplifier les situations, il nous entraîne à chaque fois dans une réflexion qui nous étonne. Je prends un exemple, il est amenée à faire une promenade à dos d’éléphant, il explique d’abord ce que représente un éléphant pour un homme important à Jaipur, puis avec un humour très britannique décrit ce mode de transport, 

au risque de paraître ingrat, je dois reconnaître que, de tous les animaux que j’aie jamais montés, l’éléphant est de beaucoup le plus inconfortable.

Suit une explication précise de l’inconfort. Comble de l’horreur, ce jour là l’éléphant se soulage. Une pauvre paysanne se précipite pour recueillir les excréments du royal animal.

Première remarque sur les différences de statuts

elle nous donna du Salaam Maharaj, nous octroyant dans sa reconnaissance le titre le plus pompeux qu’elle pût trouver

Il continue sa réflexion et après sa gène, d’être aussi nanti, il finit par conduire sa réflexion sur l’utilité de recycler les excréments. Et voici sa conclusion :

« Notre œuvre , quand on la compare à celle des vaches et des éléphants, est remarquable . Eux, font, de façon automatique , du fumier ; nous, nous le recueillons et en faisons du combustible. Il n’y a pas là matière à déprimer ; il y a là de quoi être fiers. Pourtant , malgré le réconfort de la philosophie, je restai songeur. »

Trois pages de réflexions sur les excréments d’éléphant .. nous laissent un peu songeur mais très amusés également !
A son arrivé à Manille, il est sollicité par la presse, il réfléchit alors sur ce qu’est la notoriété et il se scandalise d’être plus sollicité par les journalistes parce qu’il est un écrivain déjà célèbre. Il se dit que s’il avait été un scientifique dont les recherches pourraient être très importantes pour l’avenir de l’humanité, il aurait été beaucoup moins connu.
Je me suis alors demandé ce qu’il penserait de notre époque ou une jeune femme devient célèbre pour avoir dit « Allô quoi «  !

J’ai moins aimé ses descriptions et ses remarques sur les USA, pourtant ça commençait bien avec la description de la publicité pour une entreprise de pompes funèbres qui est vraiment très drôle !

Un livre à déguster et qui vous surprendra !

Citations

philosophie du voyageur

En voyage vous perdez vos convictions aussi facilement que vos lunettes, mais il est plus difficile de les remplacer.

 Un septique

Bien des matériaux pourraient, sans inconvénient pour personne, être laissés là où ils sont. Par exemple, ces molécules d’encre que je transporte si laborieusement de leur bouteille à la surface de mon papier.

 La vie des colons

En discutant avec des Européens qui vivent et travaillent en Orient, j’ai constaté que, s’ils aiment l’orient ( et c’est le cas de la plupart) , ils l’aiment toujours pour la même raison. Là , disent-ils un homme est quelqu’un : il a de l’autorité, il est considéré ; il connaît tous les gens qui comptent, on le connaît . Dans son pays le même homme est perdu dans la masse, ne compte pas, n’est personne.

 Solutions à propos de la puanteur des gens trop pauvres pour se laver

Comme remède, Tolstoï nous suggère de puer tous ensemble. D’autres réformateurs souhaitent améliorer la situation économique pour que tout homme puisse prendre autant de bains chauds et changer de chemise aussi souvent que les privilégiés d’aujourd’hui qui ne puent pas. Personnellement, je préfère la seconde solution.

Valeurs humaines des Indiens

Car les Indes ne sont pas le berceau des sentiments humanitaires. La vie d’une vache, il est vrai, y est respectée, mais non la vie d’un homme.

 Dieu

Le fait que les hommes ont eu sur Dieu des idées absurdes et évidemment fausses ne justifie pas notre effort pour éliminer Dieu de l’univers . Les hommes ont eu des idées absurdes et fausses sur presque tous les sujets imaginables. Ils ont cru , par exemple que la terre était plate et que le soleil tournait autour d’elle. Nous n’en concluons pas que l’astronomie n’existe pas.

 Enfin voici ma préférée

Voyager c’est découvrir que tout le monde a tort.

Les philosophies, les civilisations qui, de loin, vous semblent bien supérieures à la vôtre, vues de près sont toutes, à leur façon , aussi désespérément Imparfaites. Apprendre cela -et cela ne s’apprend qu’en voyageant- mérite, il me semble, toute l aa peine, toute l’absence de bien-être , et tous le s frais d’un tour du monde.

On en parle

On en parle peu voici un blog où j’ai trouvé un avis qui rejoint un peu le mien : Le pas grand chose

 Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque , thème le voyage. 

4
Et … Quel voyage ! L’écrivain explique, dans l’avant dernier chapitre, la genèse de ce roman historique. Cette épopée incroyable a, pour déclencheur, des faits authentiques,Michel Gardère en avait trouvé témoignage dans un petit livre qu’il a malencontreusement perdu et , malgré ses efforts désespérés , il n’en a, hélas ! retrouvé aucune trace mais en revanche, il a lu tout ce qui se rapporte à cette histoires qui est donc, en grande partie, véridique.

Des Arméniens vivant en Perse , dans un petit village chrétien, Khosrew Abad , sont réduits à la misère car ils ne peuvent plus faire face aux impôts levés par le Shah. Ces impôts sont exigés pour payer les dettes de la guerre perdue contre la Russie en 1828. Les villageois sont au bord de la faillite et risquent de se voir chasser de leur village , leurs biens confisqués,leurs femmes envoyées dans des bordels et les hommes en esclavage. Trois hommes entreprennent un périple incroyable pour se rendre à Paris afin d’y retrouver un ami du vendeur de chevaux qui lui avait parlé de la patrie des droits de l’homme et auprès de qui il pense trouver de l’aide.

Chahèn, le vendeur de chevaux espère retrouver son ami en France et ainsi sauver son village. Plusieurs sources attestent de ce périple et aussi de l’élan de solidarité de la part des catholiques français pour sauver ce petit village. Hélas ! un travail d’historien , montre que, si l’argent a bien été récolté , il s’est perdu dans les différentes rouages des églises orientales. (Décidément ce n’est pas d’aujourd’hui que l’argent des causes humanitaires sert surtout à faire vivre les organisations plutôt que de soulager les gens victimes des catastrophes).

L’écrivain fait revivre dans ce roman trois personnages haut en couleur et retrace leur périple. On sent une jubilation dans l’écriture et on sent aussi le plaisir de Michel Gardère qui doit être un conteur plein de vie. L ‘écriture est fleurie et très moderne , on a parfois l’impression de lire des romans de cap et d’épée , ou encore du Rabelais à la sauce Zevaco. Cela pour dire que j’ai eu un peu de mal avec le style mais qu’il ne faut pas s’arrêter à des formules toute faites et quelque peu anachroniques du genre :

Plate comme le pays de Jacques Brel sans ses canaux, mais avec ses canards , la steppe offrait pour seul obstacle à la monotonies des petits monticules de terre qui surgissaient de proche en proche.

On est emporté par la verve du conteur et on est bien dans cette histoire qui nous permet de visiter des contrées lointaines dans l’espace et dans le temps. Ah oui, vous vous dites que de Perse à Paris surtout à pied ça prend du temps ! Mais vous êtes loin du compte , nos trois compères veulent absolument avoir la bénédiction de la plus haute autorité ecclésiastique de leur mouvance religieuse . Les Arméniens sont plus proches des orthodoxes que des catholiques, alors avant de rejoindre Paris il leur faudra passer par les principaux lieux de ferveur religieuses : Salmas, Erevan, Odessa, Kiev, Moscou, Saint Pétersbourg … Ce n’est pas le chemin le plus direct , mais c’est celui que leur foi les oblige à prendre. Enfin bénis et bien fatigués ils peuvent se rapprocher de Paris.

L’auteur a créé un trio , très sympathique , entre Chahèn, le sage septique qui perd peu à peu confiance dans les valeurs de la religion , le colosse Bartev qui impressionne tout le monde par sa force et son courage , et donne des complexes à ses deux compagnons parce que chez lui tout est plus grand que chez les autres (oui même les parties intimes de son anatomie !), Gaïdzag le jeune voleur avide de tout savoir .

La vie de tous les jours entre ses trois compères est faite d’amour et de fidélité et les aventures se succèdent à un bon rythme, on ne s’ennuie pas , on s’amuse très souvent.

 Citations

le féminisme religieux

Si la femme était bonne à quelque chose, Dieu en aurait une auprès de lui.

 Les comparaisons de zizis

Les deux autres pèlerins frileux découvrirent avec beaucoup de surprise -à dire vrai de stupéfaction- que le géant ne l’était pas que par la taille. Tout chez lui était démesuré. Tout. Même en sortant de l’eau glacée. Sans se concerter, ils décidèrent qu’ils ne se laveraient que le haut du corps, jusqu’à la taille. En trempant la main dans l’eau et en la frictionnant sous leur bras et sur leur ventre. Le reste -et singulièrement leur virilité- attendrait bien un jour ou deux.

 Réflexion pleine de sens

Quand les sens partent dans tous les sens , la vie prend du sens , mais on perd le sens de la vie.

 Les Kurdes et l’éternel humain

Des bandes de brigands kurdes menaçaient souvent les convois mais ne prenaient jamais de risque s’ils étaient escortés. Délicieux paradoxe : bien souvent la garde se composait exclusivement de Kurdes provisoirement rangés.

 Le pari pascalien

Si Dieu n’existe pas , je peux évidemment faire ce que je crois juste. Mais s’il existe et que les catholicos est vraiment son porte-parole, je cours un risque personnel , ce qui n’est pas bien grave, mais j’en fais courir un bien plus terrible à mes compagnons et à mon peuple. Et je n’en ai pas le droit . C’est sur cette terrible dualité du doute que l’Église- toute les Églises- a bâti son message et sa force. Je ne peux pas démontrer que Dieu est une invention de l’homme , mais je ne peux pas non plus prouver qu’il n’existe pas.

Une formule amusante

Fuir , c’est prendre son courage à deux pieds.

On en parle

un nouveau blog « une pause livre«